CLOVIS ET LES MÉROVINGIENS

 

PAR JEAN-BAPTISTE CAPEFIGUE.

PARIS - AMYOT ÉDITEUR - 1869

 

 

INTRODUCTION.

 

LIVRE PREMIER. — L'EUROPE BARBARE. - LES GAULES CELTIQUES ET ROMAINES.

LIVRE II. — LA GAULE ROMAINE ET CHRÉTIENNE.

LIVRE III. — LES IRRUPTIONS DES BARBARES. - LES ORIGINES DES FRANCS. LEURS PREMIERS ROIS OU CHEFS.

LIVRE IV. — RÈGNE DE CLOVIS.

LIVRE V. — ENFANTS DE CLOVIS.

LIVRE VI. — LES TROIS SOCIÉTÉS : ROMAINE, GAULOISE ET BARBARE.

LIVRE VII. — HISTOIRE DES ROIS OU CHEFS FRANCS, DEPUIS CLOTAIRE Ier JUSQU'À DAGOBERT.

LIVRE VIII. — LE RÈGNE ET LA LÉGENDE DE DAGOBERT.

LIVRE IX. — DÉCADENCE ET FIN DE LA RACE MÉROVINGIENNE.

LIVRE X. — ÉTAT DES SCIENCES ET DES LETTRES SOUS LA PREMIÈRE RACE.

LIVRE XI. — LES PEUPLES ET LES EMPIRES AVEC LESQUELS LES FRANCS FURENT EN RAPPORT.

 

PIÈCES JUSTIFICATIVES ET ADDITIONS.

Chronologie des Rois Francs Mérovingiens, rectifiée par les Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur. — Chronologie historique des Papes contemporains des Rois Francs (de la Première Race). — Empereurs d'Occident et d'Orient en rapport avec les Mérovingiens. — Les Rois Visigoths d'Aquitaine, de la Gaule Narbonnaise et d'Espagne (de la Première Race). — Gouverneurs d'Espagne pour les Califes (712-731) jusqu'à la bataille de Poitiers. — Les Rois barbares d'Italie. - Les Ostrogoths. - Lombards. — Constitutions et Lois des Mérovingiens (420-753). — Extraits des Conciles des Gaules (429-750). — Géographie de la Gaule sur laquelle a été dressée l'organisation de l'Église. — Principales abbayes fondées dans les Gaules (360-700). — Les grandes Chroniques de France, telles qu'elles sont conservées dans l'Église de Saint-Denis en France. - Texte de la Loi Salique. — Histoire littéraire des Gaules et du royaume des Francs, depuis le troisième siècle jusqu'au huitième. — Extraits de l'antiquaire Le Blanc sur les Monnaies Mérovingiennes et du père Montfaucon sur les monuments de la Monarchie française. (Première Race.) — Dissertation sur la Société Gallo-Franque reconstituée par les Évêques et les Légendes.

 

INTRODUCTION.

La pensée d'écrire une Histoire de France par Grandes Époques, d'après les Chroniques et les Chartes, n'est point de moi ; elle me fut inspirée, il y a de longues années, par un des derniers bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, dom Brial.

J'étais alors élève de l'École des Chartes : l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres venait de couronner mon Mémoire sur Philippe-Auguste, et parmi mes juges se trouvait dom Brial. Il était de mon devoir de lui faire ma visite de remercîments. Au fond d'un jardinet du quartier Saint-Jacques était une petite maisonnette retirée. Un vieillard, à la figure austère, mais douce et bonne, m'accueillit avec une bienveillance particulière : Votre Mémoire est bien travaillé, mon enfant, me dit-il ; je lui ai donné volontiers ma voix, parce qu'il contient une étude sérieuse des Chroniques, Chartes, Diplômes, les vrais éléments de l'histoire. Jusqu'à présent on les a trop négligés ; on a fait des histoires de fantaisie avec l'esprit de système. Si jamais vous écrivez sur le Moyen Age, prenez pour éternel modèle l'Histoire du Languedoc par deux de nos anciens membres de la congrégation de Saint-Maur, dom Levic et dom Vaissette.

Ces paroles restèrent gravées dans mon esprit, et ma vie historique, depuis, s'est consacrée à ce travail que je vais publier successivement. Le public a fait bon accueil à Charlemagne, Hugues-Capet et Philippe-Auguste : je me propose de réimprimer et reproduire tous ces travaux, les lier entre eux, tout en les conservant séparés, de manière à former un tout sous ce titre : l'Histoire de France par Grandes Epoques. Un heureux hasard veut que chacune de ces époques ait son caractère déterminé ; de sorte qu'il n'y aura rien d'arbitraire et de systématique dans le récit.

L'œuvre, la seule encore inédite que je publie aujourd'hui, une des premières que j'ai écrites, car elle remonte à l'époque à laquelle j'étais élève de l'école des Chartes, porte ce titre : Clovis et la Première Race. Si j'ai réservé pour la fin de ces travaux d'érudition les recherches sur l'origine de notre Histoire, c'est qu'elles demandent plus d'études et surtout qu'elles ont été souvent défigurées. Quand on lit les compilations prétentieuses des auteurs modernes, on dirait qu'ils veulent retrouver et retracer l'histoire d'un gouvernement régulier, écrire la vie des rois sur le modèle de Louis XIV : on est allé même jusqu'à orner ces histoires de portraits, de façonner des hommes à barbe, avec des manteaux de velours et de soie. Où a-t-on trouvé toutes ces belles choses ? Quel monument a gardé la figure, l'empreinte de Clovis et de Dagobert ? Il reste à peine quelques médailles défigurées, quelques scels moitié poussière : le P. Montfaucon a fait graver deux ou trois armures, haches d'armes, glaives grossiers : pas d'autres débris de cette époque. Pourquoi en donner d'invention ? Qui peut admettre qu'on représente avec sa robe et sa couronne Pharamond y dont l'existence même est douteuse ? Les historiens modernes qui ont osé tout cela ressemblent infiniment aux enlumineurs du moyen âge, peignant le roi David avec les attributs de Charles VII, tel qu'on le voit sur les cartes à jouer.

La Première Race fut un temps de confusion et de désordre ; il n'y avait ni droit, ni devoir, ni autorité. Ceux qu'on appelait Rois (reges) étaient des chefs de tribus sauvages, à la manière des naturels de l'Amérique ou de la Calédonie. On ne peut trouver un gouvernement, une politique dans ce chaos. Aussi, tout à l'aise, il a été facile à chacun de créer un système, d'étaler une théorie sur l'état des personnes : leudes, colons, esclaves ; sur les codes barbares, sur l'autorité des rois, sur les assemblées politiques. Dans ce champ vaste et libre, chacun a pu développer son idée : Montesquieu, Mably, Boulainvilliers ont écrit des volumes contradictoires, pleins d'esprit et d'éclat : nul n'avait précisément raison, nul n'avait tort dans cette lutte stérile pour l'histoire.

Le volume que je publie sur Clovis et les Mérovingiens n'a pas la prétention de discuter les systèmes ; il raconte les faits, et, à l'aide des chroniques et des chartes, il peint cette société barbare pleine de drames, cette vie des forêts, de batailles, de chasses : curieuses, légendes recueillies par les monuments contemporains. Les Francs, Neustriens et Austrasiens n'établirent un gouvernement régulier que lorsqu'ils eurent adopté les institutions gallo-romaines, les provinces, les municipes. Le titre de Roi même était un souvenir de Rome, et Clovis reçut le pallium des Empereurs de Constantinople.

Dans cette organisation, les Évêques jouèrent un rôle très-actif ; expression du vieux monde gaulois, ils eurent plus d'influence sur la société que les chefs ou rois, comtes ou leudes avec lesquels souvent ils étaient en lutte ; les Évêques domptèrent avec peine la barbarie : ils furent les premiers citoyens des municipes, chanceliers des rois : saint Martin de Tours, saint Rémi, saint Germain d'Auxerre, saint Germain de Paris[1], sont des hommes politiques de premier ordre placés entre les rois et la multitude ; s'ils succombèrent quelquefois dans leur lutte ; en définitive, ils restèrent maîtres de la société.

Les documents ecclésiastiques sont très-précieux, pour l'histoire de la Première Race ; les chroniques sont écrites par les clercs. On ne saurait rien sur ces temps, si les évêques, les abbés, les moines n'avaient pas recueilli les événements avec patience. Nous avons fait entrer dans le cadre de nos recherches la vie des Saints y recueillie par les Bollandistes, peinture de la société tout entière. La vie de saint Éloi, par exemple, n'est-elle pas la chronique des ouvriers, des travailleurs sous la Première Race ? La vie de sainte Geneviève fait connaître Paris au temps d*Attila ; les mœurs, les usages, la vie publique et privée se trouvent dans les Bollandistes. Il n'est pas jusqu'aux miracles qui ne soient de curieuses révélations sur l'esprit d'une époque ; les miracles étaient une arme de défense pour le faible contre le fort ; Dieu intervenait en faveur de l'innocence et arrêtait les violences des méchants. L'enfer, le purgatoire, étaient la pénalité céleste des codes barbares.

Il résulte des documents publiés dans ce volume qu il n'existait pas en réalité de Monarchie Française une et agissante sous la Première Race, mais un groupe de chefs, rois de Paris, de Soissons, d'Orléans et de Metz : rarement un seul portait le titre de roi des Francs ; le territoire était déchiré en lambeaux. Les tribus se portaient sur un point ou sur un autre, attirées par le butin ou par la conquête. Aucune stabilité dans les principes, jusqu'à ce que la hiérarchie romaine se fut incrustée dans les lois. Le Code théodosien créa la Monarchie Française : les institutions monastiques, en stabilisant la propriété du sol, développèrent le goût des études et la pureté des mœurs. Chez les Francs primitifs, il n'était aucun respect de la vie de l'homme, aucune chasteté : on prenait, on quittait une femme ; les rois, les leudes en avaient deux ou trois à la fois y et ce fut la lutte la plus difficile y engagée par les Évêques contre les Rois, que le triomphe de l'unité et delà fidélité dans le mariage.

Il m'a paru important de diviser l'histoire de France par époques, chacune marquée d'un caractère particulier : Clovis, Charlemagne, Hugues-Capet, Philippe-Auguste. En observant la chronologie, j'ai cherché à retracer l'esprit de la société et les mœurs générales qui sont la couleur de l'Histoire. Clovis et les Mérovingiens présentent la lutte engagée entre les rois énervés de la race sacrée des Mérovées, et les maires du palais qui se retrempent dans l'esprit fort de la conquête, les rivalités entre les races neustriennes et austrasiennes, l'invasion des Goths, des Visigoths, des Lombards qui s'agitent jusqu'à ce qu'ils forment des gouvernements réguliers.

Charlemagne fonda l'autorité suprême, en mêlant l'esprit austrasien au droit romain. L'idée de son empire, de sa couronne d'or et ses ornements de pourpre fut empruntée à Byzance. Charlemagne, en s'appuyant sur le Pape, savait qu'à Rome étaient les vestiges de l'Empire Romain.

Hugues-Capet fut la source de la féodalité qui prit le sol pour base. Le Roi organisa les services et la dignité des fiefs par la hiérarchie de la terre ; s'il y a un peu de désordre encore, la royauté est admise et saluée.

Philippe-Auguste, le premier, institua une forte et vaste monarchie, en imposant Tordre, même dans les grands fiefs de Normandie, de Flandres, de Champagne, de Guyenne, de Bourgogne. La bataille de Bouvines consacra le pouvoir royal.

La tâche que je m'impose est suprême, je ne l'ignore pas ; je dois dire toutefois que la plupart de ces époques ont été déjà étudiées et publiées dans mes ouvrages spéciaux qui furent comme des études préliminaires : il ne me reste plus qu'à les coordonner et à les perfectionner, en y ajoutant une chronologie détaillée des Rois, l'histoire des mœurs, des costumes et des armes ; l'esprit public et privé, la chronique des arts, la fondation des cathédrales, des abbayes et des monastères. Si les institutions monastiques ne tiennent qu'une faible place dans la société moderne, elles étaient tout au moyen âge : il faut donc en tenir compte. Il eût été facile d'imiter là prétentieuse et facile érudition qui adopte l'orthographe barbare pour les noms propres ; il y a déjà assez d'obscurité dans le texte sans y mêler ces noms difficiles à écrire, impossibles à prononcer. J'écris donc Clovis, Clotilde et Clotaire, comme Font écrit les bénédictins.

Dans un pèlerinage historique, je viens de parcourir les lieux où se passèrent les scènes les plus émouvantes de la Première Race : Soissons, Reims, Laon, Noyon, Tournay. Assurément tout y est bien changé. Aucunes des ruines, aucuns des monastères, abbayes ou églises ne remontent aux cinquième et septième siècles. Que sont devenues ces profondes forêts hercyniennes et des Ardennes, où s'accomplirent les drames sauvages des Rois Francs ? l'urus ne parcourt plus ces solitudes, et les molosses n'attaquent plus les taureaux. Les chasses merveilleuses ont cessé d'entendre retentir les cors enchantés ; la biche timide ne se réfugie plus sur le tombeau de saint Martin de Tours, et dans le monastère de Jumièges. Où sont les Rois qui voyagent suivis de leurs meutes, de métairies en métairies, aujourd'hui transformées en châteaux ? Deux forêts seules, Compiègne et Fontainebleau, restent pour nous donner une idée de la vie des premiers Rois Francs.

Pourtant du milieu de ces ruines semées dans les campagnes, il s'élève pour l'érudit une poussière de haches d'armes, de casques de fer, de sceptres vermoulus qui inspire et colore les études historiques. Je ne puis oublier qu'à l'Ecole des Chartes, la vue d'un diplôme avec le scel pendant, jaune et brisé, ou d'un papyrus mérovingien presque en débris, me faisait tressaillir, et c'est en cherchant à les lire, à les expliquer, que je suis arrivé à composer sur les documents mêmes, cette Histoire de la Première Race. Dans la ville où j'écris ces lignes, le hasard fit découvrir le tombeau de Childéric, le père de Clovis. Tout y était barbare et païen : des haches d'armes, des javelots d'os, de pierre et de fer, une tête de bœuf grossièrement travaillée, symbole religieux des Germains. Là était le Franc primitif. Avec le chef valeureux, on enterrait tout ce qu'il avait aimé, sa framée et son coursier[2].

Maintenant que l'on s'est bien pénétré du but et du caractère de cette œuvre historique, je crois essentiel de faire connaître les sources où elle est puisée, et l'esprit de sa rédaction. J'aime les vieilles chroniques y témoignages émouvants de l'esprit du passé y souvenir des générations mortes ; et cependant ces chroniques sont dédaignées par les écrivains comme étant au-dessous de la philosophie critique. Dans les collèges, tandis qu'on célèbre jusqu'à satiété les pères de l'histoire grecque et romaine : Hérodote, Tite-Live, à peine parle-t-on des pères de l'histoire de France qui ont préservé la pureté de notre renommée nationale, comme les supports des armoiries, les griffons, les licornes, défendaient le blason des ancêtres. C'est triste à voir que les livres classiques sur l'histoire de France, chronologie pâle, sèche, épi tome prétentieux de dates et d'événements, comme s'il n'y avait rien de neuf, de poétique dans les annales du pays.

Il me paraît donc juste, essentiel de faire connaître les grands érudits qui ont recherché, conservé les documents primitifs de notre histoire. Voici d'abord le précieux Recueil de dom Bouquet, collection exacte et complète de toutes les chroniques, œuvre des religieux de la Congrégation de Saint-Maur. Pour les Bénédictins, dans leur paisible retraite, tout était travail, recherches ; ils avaient une riche bibliothèque, des manuscrits précieux, missels ornés de miniatures, cartulaires exacts des Chartes et des Chroniques. Les Bénédictins avaient commencé à préparer[3] leur collection sur l'initiative d'un homme d'Etat, le chancelier Le Tellier, fier et amoureux des annales de France. Ce fut le chancelier d'Aguesseau qui donna au recueil le titre de Rerum Gallicarum et Francicarum scriptores (les écrivains des choses gauloises et franques)[4]. Dom Bouquet, esprit calme, sérieux, aidé de jeunes religieux, continua ses travaux pendant plus de cinquante années : non-seulement il publiait dans son recueil les Chroniques, mais chaque volume était orné d'une admirable préface qui résumait les événements contemporains. Pieuse et grande congrégation que les Bénédictins et les Génovéfains ! Les membres de la Communauté de Saint-Maur étaient marqués d'un caractère si indélébile, qu'ils le gardaient encore à travers les révolutions. Près de dom Brial, assis et méditatif à l'Institut, on pouvait remarquer le conventionnel M. Daunou : s'il avait secoué la robe monacale, il gardait sur son front un calme religieux qui respirait l'étude ; tout dans sa démarche rappelait les solitaires des vieux cloîtres de Sainte-Geneviève, de Saint-Germain-des-Prés et des Blancs-Manteaux.

La collection des historiens de France bientôt se compléta par le Recueil des Chartes et Diplômes de M. de Brequigny[5]. C'était l'époque où Montesquieu publiait l'Esprit des lois. Louis XV, épris des vieilles institutions de la monarchie, ordonna de former le recueil des Ordonnances des Rois de France, qui dut être précédé d'un travail spécial sur les Chartes de la première et de la deuxième race, pour éclairer les Capitulaires de Charlemagne commentés par Baluze.

Un gentilhomme dauphinois, du nom de Leblanc, avait commencé sous Louis XIV son Traité sur les Monnaies et les Médailles, si précieux pour expliquer les règnes, fixer les dates, et régler la chronologie des événements[6]. Né sans fortune, sans protecteur, Leblanc n'aurait pu accomplir sa vocation s'il n'avait trouvé le duc de Montausier, âme sereine qui protégeait tout ce qui était utile et national. C'était un enthousiaste d'érudition que Leblanc : Un jour au Vatican, dit M. de Crussol, son compagnon de voyage en Italie, il découvrit une médaille de Louis le Débonnaire, gravée à Rome ; transporté de joie, Leblanc rédigea un Mémoire pour prouver que les rois de France avaient une antique suzeraineté sur Rome.

Montfaucon, soldat d'abord, prit la robe de Bénédictin pour se vouer à sa belle Collection des Monuments de la Monarchie française[7] : armures, blasons, statues couchées sur les tombeaux ou placées sous les porches des cathédrales. Ce Recueil, publié à l'origine du règne de Louis XV, fut plus tard protégé par Mme de Pompadour, si bonne artiste elle-même, qui gravait admirablement : la Marquise avait pris un grand goût pour les vignettes et les ornements des manuscrits. Les cinq volumes in-folio de Montfaucon furent dédiés à Louis XV. La lettre de Montfaucon au Roi est en tête du premier volume. Il est à remarquer que presque toutes les collections sérieuses d'érudition datent de ce règne qu'on a dit frivole.

Dom Clément entreprit avec les religieux de la Congrégation de Saint-Maur l'œuvre colossale d'une Histoire littéraire des Gaules et de la France primitive[8] : il fallait rapprocher, analyser les monuments, comparer, traduire les textes, faire connaître l'esprit des manuscrits, suivre les progrès de la langue, de la poésie. Les Bénédictins ne reculaient devant aucune peine, aucun labeur : tant de beaux travaux s'achevaient par l'esprit d'association et la solitude, la plus grande force à toutes les époques.

Sur le sommet de cette colline où maintenant s'élève le froid Panthéon, dans ses formes grecques et romaines, ses murailles nues, ses autels païens, s'étendait alors le couvent des Génovéfains, admirable retraite avec ses vergers de poiriers, de cerisiers, le puits commun sous l'amandier, les vignes en treille. Au fond était un vaste bâtiment, composé de cellules, les dortoirs propres et récrépis : là vivaient les laborieux Génovéfains. Il y a quelques années, la bibliothèque Sainte-Geneviève occupait encore ce bâtiment ; l'érudit éprouvait une sorte de tressaillement à la vue de ces masses d'in-folio, rangés sur des tablettes en longues lignes ; tout portait le monogramme de Sainte-Geneviève. Un silence profond régnait dans la galerie, à peine troublé par le pas lointain de quelques rares visiteurs ; là s'étaient achevées les plus belles œuvres de l'érudition.

Une plus riche bibliothèque encore était celle de Saint-Germain-des-Prés, autre abbaye de Tordre des Bénédictins : Les religieux, comme les abeilles dans leur ruche, dit Mabillon, travaillaient incessamment. Les plus rares, les plus belles collections grecques, latines sortaient des presses de son imprimerie ; les religieux en étaient les ouvriers ; le cloître s'étendait depuis la Seine jusqu'au Luxembourg, comme l'abbaye de Saint-Germain-l'Auxerrois, de la rue du Temple jusqu'au Marais ; les vieilles tours s'éclairaient du même soleil : sous Charles le Chauve, elles avaient défendu Paris contre les Normands ; le poème du moine Abbon constate les héroïques exploits des moines contre les pirates Scandinaves.

Au centre des deux abbayes était le grand dépôt de science pour l'histoire, le couvent des Blancs-Manteaux[9], où avait vécu le père Mabillon, qui fut pour la France ce que Muratori avait été pour l'Italie. Dom Bouquet y avait aussi préparé son recueil ; plein de modestie, souvent Bouquet reculait devant son œuvre immense ; il fallait les visites répétées du chancelier d'Aguesseau et du supérieur de la Congrégation pour vaincre sa timidité. La simarre violette du Chancelier se mêla plus d'une fois aux manteaux blancs des religieux.

Sur les rayons poudreux des bibliothèques monastiques brillait la collection des Bollandistes[10], œuvre immense[11]. Assurément Bollandus et les révérends Pères des provinces d'Anvers et de Malines ne croyaient pas travailler pour l'histoire civile et politique. Quand ils recueillaient les légendes de la vie des Saints, ils faisaient un acte de piété et de vénération ; et il se trouva que cette collection était la plus précieuse de toutes pour la vie privée et l'histoire des mœurs du Moyen Age. Les Saints s'étaient mêlés au peuple, aux métiers, au gouvernement ; l'hagiographe vous initiait ainsi à la vie publique et privée de la société dans laquelle ils avaient vécu. Avec un soin particulier dans son Recueil des historiens de France, dom Bouquet insérait des extraits des Bollandistes, d'un attrait immense. Dans les temps modernes, un érudit très-sceptique s'était enthousiasmé à tel point des Bollandistes qu'il disait avec sincérité : Donnez-moi ces gros volumes, enfermez-moi dans une cellule, et je me trouverai heureux et satisfait. La collection des Bollandistes est d'autant plus curieuse qu'on a laissé intacts les incidents merveilleux des miracles ; on était coloriste dans le pays qui a produit Rubens ; les Bollandistes firent oublier les Acta sanctorum de Mabillon, œuvre de critique froide et presque philosophique.

La méthode de découper par extrait Grégoire de Tours, Frédégaire, assurément imparfaite, dom Bouquet l'a suivie également pour la Chronique de Saint-Denis, déchiquetée par époque : la Chronique de Saint-Denis est l'histoire de France colorée par les chansons de gestes. Elle a été recueillie sous le règne de Charles V ou Charles VII avec un grand soin ; les plus vieux manuscrits ne vont pas au delà du quatorzième siècle ; on la considérait comme la précieuse Chronique de France, avec un tel caractère d'authenticité qu'elle était admise par les prudhommes et le Parlement. A quoi attribuer son grand succès aux quatorzième et quinzième siècles ? c'est que ces Chroniques étaient nationales et enthousiastes de la France ; on les recueillait à une époque néfaste, quand l'occupation anglaise grandissait par nos malheurs et par nos guerres civiles : les moines de Saint-Denis, l'abbaye essentiellement française, gardienne de l'oriflamme, recueillaient tous les faits, tous les gestes qui exaltaient la gloire de la patrie abattue, en rappelant le glorieux souvenir du règne de Charlemagne, de Roland et ses paladins. Quand Dunois, Tanneguy-Duchâtel voulaient délivrer la France de l'occupation anglaise, le soir près du foyer des vieux castels, ils lisaient quelques héroïques exploits des barons et des chevaliers, en s'écriant : Ceci se lit dans les Chroniques de Saint-Denis.

Pour le récit du règne de Clovis, les Chroniques ont suivi et traduit les livres d'Aimoin, écrits sous Charles le Chauve. Aimoin était moins un chroniqueur sec, stérile, qu'un traducteur des Chansons de gestes, qui faisait revivre le règne de Clovis : les moines de Saint-Denis le préféraient à tous autres ; la forme des chroniques se prêtait à ces enluminures ; le langage était naïf, sincère, charmant : on s'explique très-bien comment les Lacurne Sainte-Palaye, le comte de Caylus, s'étaient épris de cette langue des quatorzième et quinzième siècles, si souple, et des Chroniques de Saint-Denis avec leurs incidences. Les deux frères Sainte-Palaye, nés le même jour, jumeaux de cœur et d'érudition, avaient vécu de la même vie ; ils s'étaient voués aux monuments de la langue française ; le comte de Caylus adorait les romans de chevalerie. Leurs travaux étaient facilités par l'œuvre gigantesque de Du Gange et son inimitable Glossaire[12]. Chaque mot du Moyen Age y était expliqué, commenté avec une dissertation spéciale ; immense travail que complétèrent Baluze, Mabillon[13] et le père d'Achery dans son Spicilège[14]. Tous ces savants hors ligne travaillaient par devoir, sans vanité, sans goût du monde, comme ces artistes du seizième siècle, qui n'étaient soutenus que par la foi dans leurs œuvres. Tels sont les principaux monuments que nous avons consultés pour écrire l'histoire de Clovis et de la Première Race.

Mais cette préface ne doit pas se limiter au règne de Clovis (l'objet spécial du présent volume) : elle doit aussi faire connaître l'ensemble de l'œuvre et le but que Fauteur se propose : il faut donner le programme général d'une Histoire de France qui s'étendra du quatrième siècle jusqu'aux temps modernes. Après Clovis et les Mérovingiens, commence le cycle carlovingien qui s'ouvre avec une magnificence particulière : il y a deux Charlemagne, l'un purement historique, l'autre pour ainsi dire enfanté par les Chansons de Gestes. La chronique-légende d'Éginhard est comme la biographie du vieil Empereur à barbe grise, la couronne au front et le sceptre en main. Éginhard, son secrétaire, a écrit sa vie ; épris de la fille de l'Empereur, le doux Éginhard la transportait sur ses épaules dans les jardins du palais d'Aix-la-Chapelle, par les plus durs frimas, afin que son petit pied ne marquât pas sur la neige. Après le récit d'Éginhard, la chronique de Turpin fut longtemps acceptée comme la vérité même : la France a toujours aimé à poétiser sa gloire. Turpin racontait les hauts faits des paladins, la triste et gigantesque expédition de Roncevaux où périrent Roland, Otgier le Danois. Les Chansons de Gestes disent l'histoire des quatre fils Aymond, montés sur le cheval Bayard. On ne doit pas dédaigner ces chroniques, la partie héroïque du règne de Charlemagne. Pour l'administration de ce grand Empire, il faut incessamment consulter les Capitulaires, œuvre de législation complète, publiée par Baluze, un grand érudit encore[15]. Baluze s'était consacré à l'étude du droit public ; ses notes sur les Capitulaires de Charlemagne supposent un esprit supérieur tout rempli des études sur les Codes romains.

La nuit se fait encore après ce jour merveilleux de Charlemagne. On arrive à la sécheresse barbare des chroniques de Raoul Glaber, si crédule qu'il voit partout des phénomènes, des prodiges après la funèbre terreur de l'an mille. Ce qui alors supplée aux récits de l'histoire ce sont les Chartes, les Cartulaires des abbayes jusqu'à ce que le Moyen Age pousse le grand cri : Croisade, Dieu le veut ! A cet appel retentissant, les barons, les chevaliers partent, la croix sur la poitrine. Dans ce pèlerinage, les Croisés voient les brillantes cités de la Grèce et de l'Asie-Mineure, Constantinople, Nicée, la Palestine : le soleil d'Orient inspire les chroniqueurs. Il y a une certaine poésie dans Robert de Nogent, Raymond d'Agiles, enfant de la langue d'oc, qui créa le poème de la lance sacrée, l'initiateur du Tasse. Guillaume de Tyr, l'oriental, est le pieux chroniqueur des Croisades. Les récits de Villehardouin, de Joinville, colorés comme les vitraux, marquent une transition, le passage de la Chronique simple aux Mémoires : puis viennent les Chansons de Thibaut, comte de Champagne, l'idéal trouvère de la reine Blanche de Castille, mère de saint Louis ; les troubadours chantent les expéditions lointaines. Rien n'éclaire mieux la société féodale que ces œuvres des poètes, témoins oculaires, pénétrés de l'esprit du temps. Pour les choses sérieuses de l'histoire, saint Louis dicte ses Établissements, et Etienne Boisleve, prévôt de Paris, les complète par son livre des Métiers.

Nous sommes déjà bien loin du règne de Clovis ; mais l'histoire est une : le genre humain ne subit que des modifications, il se transforme et ne meurt pas ; c'est le serpent qui se mord la queue. Les chants joyeux des trouvères et des troubadours si pleins d'attraits préparent Froissard dont les récits nous font connaître la vie des castels, les fêtes, les tournois ; joyeux écuyer, il a tout vu, tout entendu. Monstrelet complète Froissard : s'il est moins pittoresque et moins brillant, il encadre ses récits dans des pièces officielles recueillies aux librairies et aux archives. On approche de l'époque judiciaire des Ordonnances de Charles V : on sent venir le Parlement. Quand les Anglais règnent à Paris après nos guerres civiles, les dépôts se remplissent de pièces historiques, car le prince Noir était très-formaliste comme les châtelains de la Guyenne. Si l'on excepte Juvénal des Ursins, les chroniques sont fort vides. Pour faire connaître le gouvernement des rois anglais en France, un savant dont nous avons déjà parlé, M. de Brequigny, publia de savantes dissertations. Louis XV, vainqueur à Fontenoy, vivement intéressé à ces études, ordonna de recueillir tous les faits, toutes les circonstances de la lutte, depuis des siècles engagée contre les Anglais. A la Tour de Londres, on conservait une multitude de pièces et de documents curieux sur les règnes de Charles VI et de Charles VII. M. de Brequigny fut désigné par le Roi avec la mission de fouiller ce précieux dépôt qui avait servi aux travaux de Rimer. On peut lire dans les Mémoires de M. de Brequigny le tremblement qui le saisit en présence de ce fouilli de pièces si considérables, qu'elles formaient un tas de dix pieds de haut et de dix-huit de large. Le savant se mit à l'œuvre, et de ce chaos sortit la belle collection, imprimée au Louvre et si précieuse pour l'histoire.

Sous le règne de Louis XI, les Ordonnances deviennent très-abondantes ; elles forment quatre volumes in-folio, commentés parle marquis de Pastoret. Louis XI s'occupe spécialement de la bourgeoisie, des corporations de métiers ; quant à la partie pittoresque du règne, elle est tout entière dans Philippe de Comines racontant les mystères du château de Plessis-lès-Tours avec une naïveté et une tranquillité telles, qu'on le dirait complice du roi.

Les Valois sont une race vaillante, chevaleresque : leur règne se mêle à la réformation, temps de dissertation et de luttes armées : l'impartialité est impossible. La Réforme attaque l'Eglise, les catholiques se défendent. Les lettres de Luther et de Calvin éclairent la guerre civile ; il n'y a pas de vérité absolue ; on n'écrit qu'avec passion ; véritable débat entre des âmes enflammées, ce n'est plus de la chronique, mais de la controverse et des entrechocs d'armes.

A la Réforme finit le Moyen Age et commence l'Histoire moderne. Dans la réimpression de nos travaux sur cette époque nous essayerons une innovation. Gomme pour l'histoire du Moyen Age, nous joindrons les pièces diplomatiques à nos simples récits pour leur assurer un caractère authentique et officiel. Les preuves sont le grand élément de l'histoire : c'est ainsi que travaillaient les Bénédictins. Une œuvre de fantaisie passe, un travail écrit sur les documents reste par la force de l'érudition puisée aux Chartes, aux Diplômes, aux Médailles. Je me suis toujours demandé comment la main ne tremble pas aux historiens ennemis des Ordres religieux en ouvrant les manuscrits que ceux-ci ont découverts, conservés et qui seuls leur permettent d'accomplir leurs travaux,

Loin de les imiter, j'invoquerai les grands noms des érudits. Soutenez mes efforts, pères de notre histoire : dom Mabillon, si modeste ; Du Gange qui avez donné la vie à notre vieille langue par les glossaires ; laborieux dom Bouquet, le collectionneur des chroniques ; Bongars, gentilhomme de Henri IV, grand érudit qui écrivit avec fierté : Gestes de Dieu par les Francs[16], en recueillant les chroniques des croisades ; dom Brial qui m'indiquiez comme éternel modèle l'Histoire du Languedoc de dom Levic et dom Vaissette. Autrefois, quand il existait des provinces, vastes circonscriptions, véritables nationalités, les États votaient des fonds pour de beaux livres sur la Province, d'où sont venues les Histoires du Languedoc, de Bretagne et de Bourgogne. Toutes ces choses sont assurément bien passées ; les générations présentes n'aiment pas à remuer les ombres ; mais les légendes du Moyen Age nous charment encore. La chronique de Turpin sur le désastre de Ronceveaux est le bulletin de Waterloo de l'épopée carlovingienne. La nation française a une belle histoire ; il ne faut pas abaisser le passé pour trop glorifier le présent. On me pardonnera, si je suis épris des vieilles chroniques, des paladins, des cours plénières, des tournois, des reliquaires, autour desquels se développa notre histoire nationale. N'oublions pas que le tombeau de saint Martin de Tours fut le palladium de notre gloire et le refuge des serfs poursuivis par le féodal.

Ce tombeau, principe de notre nationalité, j'ai voulu le toucher et le voir. A Tours, la cathédrale antique a été détruite : il n'existe plus que deux larges et vieilles tours, et Tune porte encore le nom de Charlemagne, Une rue a été percée à travers ces ruines : sur une petite place est une modeste chapelle en bois, construite autour des vestiges du tombeau de saint Martin : la dévotion au Saint est encore vive, ardente ; les murs recrépis de blanc sont pleins d'ex-voto suspendus : on descend dans une crypte qui rappelle les catacombes de Rome. Un flambeau à la main on peut voir les traces du tombeau national du civilisateur des Gaules[17].

Il y a quelques mois j'étais à Reims sous le porche de la cathédrale où tant de figures de rois s'étalent dans leurs longs vêtements. En les contemplant, il me semblait voir toute l'histoire de France se dérouler sur des tablettes de pierres. On me montra dans le trésor la croix épiscopale de saint Rémi donnée, disait-on, par Clovis. On célébrait un grand office : il me semblait entendre l'archevêque Hincmar chantant le Te Deum pour Charlemagne : il avait sa mitre d'or, sa chape grecque, sa crosse antique. L'encens répandait ce parfum qui, selon Grégoire de Tours, avait attiré les compagnons de Clovis dans le baptistère. A Soissons, je cherchai la ruine de saint Médard et la statue couchée de la reine Frédégonde, la contemporaine de Brunehaut. A travers les villes et les villages, théâtre des événements de la Première Race, sur les hauteurs de Laon, au milieu de la vieille cathédrale ébréchée par le temps, je suivais les Francs de Clovis, la framée au poing. En traversant les forêts de Villers-Cotterets et de Fontainebleau, je me rappelai le récit des chroniques, les aboiements des molosses qui poursuivaient l'urus et les monstrueux sangliers. Ainsi l'imagination colore l'histoire ; elle nous fait vivre dans le passé, et c'est le plus grand bonheur pour l'érudit.

 

Reims, août 1869. Tours, mars 1869.

 

 

 



[1] Saint Martin de Tours vivait antérieurement à l'arrivée des Francs dans les Gaules : son nom et son tombeau furent pour les rois francs l'objet d'une grande vénération. Comme chanceliers, il y eut saint Éloi, saint Ouen, saint Arnould, saint Légers, etc. : on peut tous les considérer comme ministres de rois.

[2] Quelques objets trouvés dans le tombeau ont été réunis au musée du Louvre (salle des Mérovingiens). Les boucles d'oreilles épaisses nous paraissent appartenir à l'époque romaine : le fourreau du glaive est byzantin, ainsi que les deux figures mitrées des médailles. Les abeilles ont été l'objet d'une longue controverse. Ce qui est véritablement franc barbare, c'est la hache d'arme et le reste d'un glaive rouillés.

[3] Les recherches préparatoires durèrent quarante ans avant que les premiers volumes fussent publiés.

[4] Dom Bouquet publia, en 1738, les deux premiers volumes : puis successivement six autres volumes in-folio.

[5] Diplomata, chartæ, epistolæ et alia monumenta ad res Francicas spectantia, 3 vol. in-fol. 1791.

[6] Traité historique des Monnaies de France depuis le commencement de la Monarchie jusqu'à présent, 1690, in-4°.

[7] Les Monuments de la Monarchie française, 1729-33, 5 vol. in-fol.

[8] Dom Clément ne fit que rédiger le XIe volume de l'Histoire littéraire (XIIe siècle). Son travail principal fut l'œuvre considérable de l'Art de vérifier les dates, la troisième édition, plus complète que les précédentes. Il publia le premier volume en 1783, le second en 1784 et le troisième en 1787, in-fol. Dom Clément, aidé de dom Brial, publia aussi le XIIe et le XIIIe volume des Historiens de France.

[9] Ce fut dans ce couvent que se rédigèrent et s'imprimèrent les volumes de l'Histoire littéraire de France.

[10] Acta sanctonim quotquot toto orbe coluntur, in-fol. Les deux premiers volumes parurent à Anvers en 1643.

[11] Les Bollandistes sont tellement recherchés qu'on paye aujourd'hui les beaux exemplaires jusqu'à 15.000 fr.

[12] Glossarium ad scriptores mediæ et infimæ latinitatis ; la première édition est de Paris 1678, 3 vol. in-fol. : il a été réimprimé à Francfort, même format ; puis en 1710. Dom Carpentier, membre de la congrégation de Saint-Maur, publia une autre édition, de 1733 à 1736, 6 vol. in-4° ; il en rédigea la préface et fit de nombreuses additions.

[13] Acta sanctorum ordinis S. Benedicti in sæc, distributa, Paris, 1668-1702, 9 volumes in-fol.

[14] Veterum aliquot scriptorum qui in Galliæ bibliothecis, maxime Benedictinorum latuerant, Spicilegium, Paris, 1633-1677, 13 vol. in-4°.

[15] Regum Francorum capitularia, 1677, 2 vol. in-fol. La meilleure édition a été donnée par M. de Chiniac ; elle est de 1780, même format.

[16] Gesta Dei per Francos, Hanau, 1611, 2 tomes en 1 vol. in-fol.

[17] Une œuvre pieuse a été fondée pour la reconstruction de la cathédrale de Tours. Un million a été déjà recueilli par souscription. Le savant directeur de l'œuvre, un jeune et modeste oblat, l'abbé Rey, m'expliqua dans les plus grands détails les curiosités du tombeau. Comme je m'étonnais de la merveilleuse foi dans les miracles de saint Martin de Tours, il me montra un ex-voto : c'était celui d'un médecin sceptique qui n'ayant pu lui-même opérer la guérison de son enfant s'était adressé à saint Martin de Tours et trait obtenu par la foi ce que la science n'avait pu accomplir ; la foi est une si grande force même dans l'histoire civile : que de miracles n'a pas opérés la foi en la République et en Napoléon : la Marseillaise n'est-elle pas un grand cantique qui a opéré ses miracles ?