HISTOIRE GÉNÉRALE DU MOYEN ÂGE

QUATRIÈME PÉRIODE. — DEPUIS LE COMMENCEMENT DE LA QUERELLE DES INVESTITURES JUSQU'AU PONTIFICAT DE BONIFACE VIII (1074-1294)

 

CHAPITRE LX. — ÉTATS SLAVES ET SCANDINAVES, DEPUIS LA FIN DU ONZIÈME SIÈCLE. - PRUSSE ET LIVONIE.

 

 

Démembrement du grand-duché de Russie. — Alexandre Newski le sauve de la ruine. — Fondation du grand-duché de Lithuanie. — Mœurs des anciens Prussiens : Conquêtes des chevaliers Teutoniques. — Fondation de Kœnigsberg et de Malien-bourg. — Découverte de la Livonie. — Création des chevaliers Porte-glaives. — Ils se réunissent à l'Ordre teutonique. — Coup-d'œil sur l'histoire de la Pologne. Suite des rois de Bohême. — Influence de l'Allemagne dans les affaires de ce pays. —. Gouvernement de la Hongrie. — Conquête de la Croatie, de la Dalmatie, de la Bosnie et des villes maritimes, sous Ladislas Ier et Coloman. — Publication de la Bulle d'Or favorable à l'aristocratie. — Béla IV répare les maux de l'invasion des Mongols. — Royaume de Servie. — Second royaume de Bulgarie. — Joannice. La Bulgarie est conquise par les Tartares et par les Turcs. — Troubles dans les états du Nord. — Puissance du clergé. — Guerre de Canut, duc de Sleswick, contre les Slaves. — Règne glorieux de Waldemar Ier et de Canut VI. — Succès et revers de Waldemar II. — Suite des rois danois jusqu'à la mort d'Éric VIL — Royaume de Norvège. — La royauté de Suède partagée entre deux dynasties. — Conquête de la Finlande, de la Bothnie et de la Carélie. — Avènement des Folkungiens.

 

SLAVES SEPTENTRIONAUX. - RUSSIE. - LITHUANIE. - PRUSSE. - LIVONIE. — L'histoire de la Russie, depuis la mort d'Iaroslaf Ier jusqu'à l'invasion des Mongols, n'offre qu'une suite déplorable de querelles intestines, qui retardèrent de quatre siècles la grandeur de cet empire dont les commencements avaient été si glorieux. Les deux fils aînés d'Iaroslaf se disputèrent le titre de grand-duc et la possession de Kim, alors regardée comme la seule capitale de l'empire. Après la mort de Wsévolod, troisième fils d'Iaroslaf (1093), l'autorité souveraine revint au fils du frère aîné, Swiatopolk II, dont le règne fut désolé par les incursions des farouches Poloutzi. Son cousin Wladimir II Monomaque, déjà célèbre par sa valeur et sa fermeté, lui succéda et retarda de quelques années le démembrement de la Russie. Après lui (1125), les prétentions rivales, favorisées par l'absence d'une loi fixe qui réglât l'ordre de succession, se renouvelèrent avec fureur ; et vers le milieu du douzième siècle eut lieu un schisme politique dont les conséquences furent désastreuses. En 1157, André Ier petit-fils de Wladimir II, et dont le père Juric avait fondé Moscou l'année précédente, détacha, du reste de l'empire, la Russie septentrionale, prit le titre de grand-duc et fixa sa résidence à Wladimir sur la Kliazma. Les grands-ducs de Kiew, issus, d'un autre fils de Wladimir II, ne tardèrent pas à perdre leur ancienne prépondérance, et cet état, avec les principautés qui en dépendaient, telles que Halitsch et Wladimir en Wolhynie, tomba au pouvoir des Mongols, des Lithuaniens, des Polonais.

Le grand-duché de Wladimir lui-même, harcelé sans cesse par les Poloutzi et les Bulgares, déchiré par la rivalité des fils de Wsévolod III, présenta aux Mongols une proie facile à saisir[1]. A la faveur de cette invasion (1288), plusieurs principautés, Twer, Iaroslaf, Rostow, Rasen, etc., se déclarèrent Indépendantes en payant tribut aux Mongols, tandis que dans le nord deux républiques, celles de Novogorod et de Plescow, échappant à la domination des envahisseurs, se séparaient aussi du grand-duché de Wladimir. Cet état se trouvait sur le point de disparaitre, et la nationalité russe aurait pu faire naufrage avec lui, lorsqu'un homme de génie parvint à préserver son pays d'une ruine imminente. Alexandre, fils du grand-duc Iaroslaf Wsevolodowitsch, devait son surnom de Newski à une victoire remportée, près de la Newa, sur les chevaliers de Livonie. Élevé par Batou-khan à la dignité grand-ducale (1245), il sut, pendant un règne de dix-huit ans, conserver la bienveillance des nouveaux maîtres de la Russie par la sagesse de sa conduite, son exactitude à payer le tribut, et sa fidélité à remplir les devoirs de soumission qui lui étaient imposés. Mais en même temps il s'attacha à guérir les maux de la conquête par les bienfaits d'un gouvernement équitable. Après la mort de ce prince qui mérita d'être canonisé[2] (1263), le pouvoir passa successivement à ses deux frères Iaroslaf III et Wasili Ier, qui prirent Twer pour résidence, et enfin à son fils Dimitry Ier (1276-1294).

Les Lithuaniens ou Lettones, sortis, à ce qu'on croit, de la même race que les anciens Drewliens, profitèrent aussi de l'affaiblissement de l'empire russe pour se rendre indépendants, et secouèrent le joug sous Ringold leur premier grand-duc (1230). Son fils Mendog se fit même déclarer roi par le pape, qui voulut récompenser la conversion de ce prince au christianisme (1254). Mais il retourna ensuite au culte des idoles et devint le plus cruel ennemi du nom chrétien. Ses deux successeurs, qui se contentèrent du titre de grands-ducs, périrent de mort violente. Suintorog, fils du prince de Samogitie, fonda alors une dynastie éphémère, qui régna de 1268 à 1279. Mais, malgré les révolutions de son gouvernement, la Lithuanie, renfermée primitivement entre la Duna et le Niémen, formait, à la fin du treizième siècle, un état puissant qui allait jusqu'au Bug et au Dniéper, et dont les villes principales étaient Kiernow, Grodno, Brzesc, Piusk, Mozyr, Mstislaw, Witepsk.

Dans le cours du onzième siècle, les côtes de la mer Baltique, depuis l'embouchure de la Vistule jusqu'au golfe de Finlande, étaient habitées par des peuples slaves et finnois, parmi lesquels on remarquait les Prussiens ou Porusiens[3], les Livoniens, les Esthoniens. Les Prussiens ne paraissent sous ce nom dans l'histoire que vers l'an 997, époque où saint Adelbert de Prague fut martyrisé dans leur pays. Leurs mœurs of-, fraient une analogie frappante avec celles des anciens Germains, et leur religion avec le culte d'Odin. Ils croyaient aux présages, consacraient les bois et les fontaines, et sacrifiaient des victimes humaines à Perkunas, dieu du tonnerre, et à Pycollos, dieu des morts[4]. Cette nation idolâtre, fière de son indépendance et attachée à la théocratie qui la gouvernait, avait repoussé, pendant deux cents ans, tous les efforts tentés pour sa conversion. Christian, abbé du monastère d'Olive, plus habile ou plus heureux que ses prédécesseurs, ayant pris le titre d'apôtre des Prussiens, fut nommé, en 1215, par Innocent III, premier évêque de Prusse, et eut recours au Saint-Siège pour faire prêcher une croisade qui fut publiée, en 1218, par le pape Honorius III. « Des armées de croisés inondèrent alors la Prusse et y mirent tout à feu et à sang. Les Prussiens s'en vengèrent cruellement sur les Polonais de la Masovie qui avaient fait cause commune contre eux avec les croisés de l'Occident. Enfin, Conrad, duc de Masovie, de la maison des Piast, se sentant trop faible pour contenir la fureur des Prussiens, appela les chevaliers Teutoniques à son secours ; désirant se ménager pour toujours l'assistance et la protection de l'ordre, il lui fit don, dans les années 1226, 1228, 1230, du territoire de Culm, et lui assura, de plus, les conquêtes qu'il pourrait faire sur l'ennemi commun. Cette convention ayant été approuvée par l'empereur Frédéric II, les chevaliers vinrent prendre possession de leurs nouveaux domaines. Ils les étendirent peu à peu par toute la Prusse, à la suite d'une guerre longue et meurtrière qu'ils entreprirent contre les idolâtres. La Prusse, peuplée successivement par de nombreuses colonies germaniques, ne subit la domination de l'ordre que par la destruction d'une grande partie de ses anciens habitants. Les chevaliers affermirent leur domination et le christianisme dans la nasse, en y construisant des villes et des forts, en y fondant des évêchés et des couvents. La ville de Kœnigsberg[5], sur le Pregel, fut construite en 1255, entelle de Marienbourg, sur le Nogat, qui devint ensuite le chef-lieu de l'ordre[6], rapporte sa fondation à l'année 1280[7]. » La conquête du pays fut achevée en 1283 par la réduction de la Sudavie, la dernière des onze provinces[8] qui composaient l'ancienne Prusse. L'arrivée continuelle de nouveaux croisés, auxquels étaient distribuées les terres et les dépouilles des vaincus, explique suffisamment comment une poignée de chevaliers soumit, en si peu de temps, un peuple belliqueux et fanatique. Au reste, les chevaliers n'édifièrent jamais les vaincus ni par leur modération ni par leur charité, et furent souvent accusés, devant le Saint-Siège, d'avoir converti les Prussiens, non, pour en faire des serviteurs du Christ, mais pour augmenter le nombre de leurs esclaves.

En 1158, des marchands de Brème se rendant à Wisby, dans l'île de Gothland, qui était alors le plus fréquenté des ports de la Baltique, furent jetés, par la tempête, à l'embouchure de la Duna, et découvrirent ainsi les côtes de la Livonie. Attirés par l'appât du gain, ils entrèrent en relations avec les naturels, et cherchèrent à s'assurer le commerce lucratif de l'ambre Janne. Comme l'introduction du christianisme dans ce pays était, suivant les idées de l'époque, la première condition d'un établissement durable, un moine de Segeberg, dans le Holstein, nommé Mainard, entreprit cette mission. Il fut, selon Koch, le premier évêque de Livonie et fixa son siège au château d'Usküll qu'il fortifia. Berthold, son successeur, fit publier, par le pape, une croisade contre les Livoniens ; mais il périt en combattant le peuple qu'il voulait convertir. Les prêtres furent alors égorgés ou chassés de la Livonie. Bientôt une nouvelle armée de croisés fut conduite sur les bords de la Dune par le troisième évêque Albert, qui bâtit, vers 1200, la ville de Riga, où il établit son siège, considéré plus tard comme l'archevêché et la métropole de la Prusse entière et de la Livonie. Le même évêque fonda, en 1201, l'ordre des chevaliers de la Milice du Christ ou Porte-glaives, auquel il céda le tiers des conquêtes qu'il venait de faire. Cet ordre, confirmé en 1204 par Innocent III, fut arrêté, à son début, par la jalousie des Danois qui, à la suite de la bataille de Wolmar (1220), lui enlevèrent ce qu'il possédait en Livonie. LA captivité de Waldemar Ier, roi de Danemark, permit aux chevaliers Porte-glaives de reprendre leur indépendance. Mais trop faibles pour lutter contre les païens, ils prirent le parti de S'unir à l'ordre Teutonique (1237), et cette sage mesure fut approuvée par le pape Grégoire IX. Le grand-maître des Teutoniques nomma alors dés généraux provinciaux pour la Livonie, sous le nom de Heermeister. L'union des deux ordres accéléra les progrès de la conquête. La Courlande s'était soumise en 1230 et avait embrassé le christianisme. La Semigalle fut conquise en 1275, et réunie à la Courlande quelques aimées après. Tout fut réduit de la Vistule au lac Peipus, à l'exception de la Samogitie, province lithuanienne, qui séparait les possessions des deux ordres.

SLAVES OCCIDENTAUX. - POLOGNE. - BOHÈME. — Pendant la période qui nous occupe, l'histoire de la Pologne et de la Bohème est dénuée d'intérêt, et nous n'indiquerons ici que les faits principaux. En Pologne, après la triste fin de Boleslas-le-Hardi, son frère Wladislas Ire se contenta du titre de duc qu'il transmit à son fils Boleslas III le Victorieux (1102). Selon l'usage des États slaves, ce dernier prince, qui avait élevé la Pologne à un haut degré de puissance, partagea en mourant ses Etats entre ses fils ; mais pour prévenir les conséquences de cette division, il ordonna que l'aîné occuperait Cracovie et son territoire, et en qualité de monarque exercerait les droits de suzeraineté sur les princes apanages ses frères. Cette clause devint au contraire une source de discussions sanglantes (1139). Wladislas II que l'on s'accorde à regarder comme le fils aîné de Boleslas, ayant cherché à dépouiller ses frères1 fut chassé par eux (1146) et fut la tige des ducs de Silésie. Cette province qui se détacha de la Pologne vers la fin du douzième siècle se morcela en plusieurs principautés, telles que Breslau, Liegnitz, Tropau, Ratibor, etc. : de nombreuses colonies germaniques y furent introduites, et elle passa, au quatorzième siècle, sous la haute souveraineté de la Bohème. Conrad, fils de Casimir H le Juste et petit-fils de Boleslas III, forma les branches des ducs de Cujavie et de Masovie, et en appelant les chevaliers Teutoniques contre les Prussiens, il prépara à sa patrie une longue suite d'hostilités. Après le règne de Boleslas V le Chaste, sous lequel la Pologne eut à souffrir l'invasion des Mongols, Lezko-le-Noir, petit-fils de Conrad, exerça quelque temps l'autorité souveraine (1279-1289). Il eut pour successeur Prémislas II, duc de Gnesne et de Posnan, qui descendait du second fils de Boleslas III, et qui prit en 1295 le titre de roi de Pologne. Tué l'armée suivante, il transmit ses droits à sa fille Elisabeth, épouse de Wenceslas IV, roi de Bohème, qui porta un moment la couronne de Pologne. La gloire de fixer le titre de roi dans la maison de Piast et de réunir les principautés démembrées était réservée à Wladislas Loketek.

En Bohème comme en Pologne, la dignité royale était dans les premiers temps personnelle et non attachée à la souveraineté du pays. Aussi les successeurs de Wratislas II en revinrent à l'ancien titre de duc. Bretislas II, fils aîné de Wratislas, fit oublier par sa sagesse et sa valeur les torts de sa jeunesse, et acheva d'extirper l'idolâtrie. Borziwoy, son frère et son successeur, fut dépouillé par son cousin Swatopluk qui soutint l'empereur Henri V dans sa guerre contre la Pologne (1108). Après l'assassinat de Swatopluk, les Bohémiens élurent Wladislas Ier, troisième fils de Wratislas, qui se maintint sur le trône malgré les intrigues de Borziwoy et de son autre frère Sobieslas. Ce dernier, devenu duc à son tour (1125) repoussa l'invasion de Lothaire II, se déclara contre la maison guelfe et obtint de Conrad III l'investiture de la Bohème pour son neveu Wladislas II. Frédéric Barberousse, afin de récompenser les services que Wladislas lui avait rendus en Italie, lui conféra la dignité royale (1158) ; mais dans la suite il se brouilla avec lui, et le força à résigner le pouvoir (1173) dont il disposa en faveur de Sobieslas II. Irrité de ne pas trouver dans ce prince un instrument assez docile, il reconnut les droits de Frédéric, fils de Wladislas II, et le soutint contre la haine de ses sujets et les prétentions de Conrad, margrave de Moravie. Contraint de se soumettre, Conrad partit pour la croisade, et à son retour s'empara du trône alors vacant ; mais il trouva la mort devant Naples où il avait accompagné Henri VI (1191). Cet événement fut le signal d'une anarchie pendant laquelle quatre princes en six ans se succédèrent Sur le trône. Le légitime héritier Prémislas Ottokar Ier, qui avait fui le ressentiment de Henri VI, reparut en Bohème après la mort de ce prince et fut rétabli. Il obtint même la dignité royale de Philippe de Souabe[9] qui le couronna à Mayence (1198), se fortifia à la faveur des troubles qui agitaient l'Allemagne, et défendit la Moravie contre les armes des Autrichiens. Le règne de son successeur Wenceslas III (1230-1253) fut troublé par ses démêlés continuels avec l'Autriche. Mais la descendance mâle des ducs de ce pays s'étant éteinte en 1248, Wenceslas tourna de ce côté l'ardeur inquiète de son fils Prémislas. Par son mariage avec Marguerite, sœur des deux derniers ducs, le prince bohémien s'empara de l'Autriche, de la Styrie et de la Carinthie, et ne tarda pas à recueillir l'héritage de son père, sous le nom d'Ottokar II. Vainqueur des Prussiens, moins heureux contre les Hongrois, Ottokar succomba dans sa lutte contre l'empereur Rodolphe de Habsbourg (1278)[10], et sa mort, à la bataille de Markfeld, mit en péril l'indépendance de la Bohème. Toutefois, son fils Wenceslas IV conserva ce royaume dont les duchés autrichiens furent détachés, et après lui Wenceslas V (1301-1306) ceignit une triple couronne (Hongrie, Bohême, Pologne) ; mais cet éclat était plus brillant que solide. Il fut le dernier roi slavon de Bohème ; sa sœur Elisabeth porta le royaume dans la maison de Luxembourg, et désormais les destinées de la l3ohème se confondront avec celles de l'Allemagne.

SLAVES MÉRIDIONAUX. - HONGRIE. - BULGARIE. - SERVIE. — Malgré l'introduction du christianisme en Hongrie, les Hongrois conservèrent longtemps leurs mœurs simples et rudes. Othon de Freysingen, qui écrivait du temps de Frédéric Barberousse, raconte que ce peuple vivait encore sous des tentes en été et en automne, que les maisons bâties en bois ou en pierres y étaient rares et que les grands qui allaient à la cour emportaient leurs siéges avec eux. Les lois rendues sous Ladislas Ier et Colman, à la fin du onzième siècle et au commencement du douzième, indiquent encore mieux l'état de barbarie où la Hongrie restait plongée. Les crimes y étaient punis par la perte de la liberté ou par la mutilation de quelque membre, tel que le nez, l'œil ou la langue. Les assemblées générales où ces lois étaient faites se composaient des grands officiers de l'état, des représentants du clergé et des hommes libres. Si des compétiteurs se disputaient souvent l'autorité royale, comme la rivalité de Salomon et de Geysa en est la preuve (1063-1074), c'est que l'exercice de cette autorité avait d'autant plus d'attraits qu'elle était moins limitée. Les rois investis sans contrôle de toutes les branches de la puissance exécutive, présidaient les diètes et faisaient à leur gré la paix et la guerre ; les comtes ou les gouverneurs de province ne prétendaient en rien au pouvoir individuel et héréditaire que les grands vassaux s'étaient arrogé dans l'Europe occidentale.

« Sous un gouvernement aussi fort, il fut facile aux rois de Hongrie de reculer les limites de leurs états. Le roi Ladislas enleva, vers 1080, aux Grecs le duché de Sirmium composé de la partie inférieure de l'Esclavonie. Le même prince étendit ses conquêtes dans la Croatie. Ce pays était gouverné depuis plusieurs siècles par des princes slaves qui dominaient sur une grande partie de l'ancienne Illyrie et Dalmatie, à laquelle ils donnèrent te nom de Croatie ; ils tenaient aussi l'Esclavonie supérieure[11]. Dircislav fut le premier de ces princes qui prit le » litre de roi vers l'an 994. Démétrius Swinimir, un de ses successeurs, se » rendit en 1076 vassal du pape pour jouir de sa protection[12]. La race de ces rois s'étant éteinte quelque temps après., le roi Ladislas, dont la sœur avait été mariée à Swinimir, profita des troubles qui s'élevèrent dans la Croatie, pour conquérir vers 1091 une grande partie de ce royaume et surtout de l'Esclavonie supérieure qui en relevait. Le roi Coloman acheva cette conquête en 1102 et se lit couronner, la même année, roi de Croatie et de Dalmatie à Belgrad-sur-Mer. Il soumit pareillement dans les années suivantes les villes maritimes de la Dalmatie, telles que Spalatro, Trau, Zara, qu'il enleva à la république de Venise. Le royaume de Rama ou de Bosnie passa dans le même temps sous sa domination ; dès l'année 1103, il prit le titre de roi de Rama, et le roi Béla II, son successeur, disposa du duché de Bosnie en faveur de Ladislas, son fils cadet. Enfin, la souveraineté des rois de Hongrie fut aussi reconnue de temps à autre par les princes et rois de Bulgarie, de Servie ou Rascie, de même que par les princes russes de Halitsch et de Wladimir[13]. Toutes ces conquêtes donnèrent lieu à un abus qui devint funeste à la Hongrie. Les rois s'arrogèrent le droit de disposer des provinces nouvellement conquises en faveur de leurs cadets auxquels ils les concédèrent à titre de duchés et avec des droits de suprématie. Ces derniers s'en prévalurent pour troubler l'état et pour fomenter des guerres civiles.

« Le règne du roi André II est remarquable par une révolution arrivée dans le gouvernement. Ce prince ayant entrepris, en 1217, une expédition en Terre-Sainte, pour laquelle il fit des dépenses extraordinaires et ruineuses, les grands profitèrent de son absence pour augmenter leur pouvoir et pour usurper les domaines et les revenus de la couronne. La corruption pénétra dans toutes les parties de l'administration, et le roi fit de vains efforts, après son retour, pour remédier aux désordres de l'état et à l'épuisement des finances. Il prit enfin le parti de convoquer, en 1222, une diète générale dont le résultat fut le fameux décret ou bulle d'or, base de la constitution vicieuse qui régit depuis ce moment la Hongrie. Les biens du clergé et de la noblesse y furent déclarés exempts de taxes et de logements de gens de guerre. Les nobles acquirent l'hérédité des biens royaux qu'ils avaient reçus en récompense de leurs services ; ils furent déchargés de l'obligation de servir hors du pays, à leurs frais, dans les expéditions militaires, et on leur accorda même le droit de résistance au cas que le roi enfreignît l'un ou l'autre article de ce décret. Ce fut aussi le roi André II qui conféra, en 1224, de grands privilèges et immunités aux Saxons ou Allemands de la Transylvanie qui y avaient été appelés par le roi Geysa II[14]. »

Sous le règne de Béla IV, l'invasion des Mongols porta un coup terrible à la Hongrie (1241-1243). Quand, après la retraite de Batou, le roi sortit de son refuge ; il retrouva les villes en ruines et les terres en friche. Secondé par les chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem et par une puissante famille romaine ; les Frangipani, il répara les maux de la conquête, rassembla les débris de son peuple errant dans les montagnes et dans les forêts, releva les cités et appela de nouvelles colonies de la Croatie, de la Bohème, de la Moravie et de la Saxe. La fin de son règne fut paisible. Son fils Étienne V ne régna que deux ans (1270-1272), et son petit-fils Ladislas IV paya de sa vie son attachement pour les Comans et pour les femmes étrangères (1290). Après lui, André III le Vénitien, issu du mariage d'un fils posthume d'André II avec Catherine Morosini, fit reconnaître ses droits et se maintint sur le trône malgré les prétentions rivales des princes angevins de Naples. Il fut le dernier mâle du sang d'Arpad (1301).

L'empereur grec Basile II, en anéantissant l'ancien royaume de Bulgarie, avait laissé subsister la Servie, dont les princes se fixèrent à Scodra et prirent le titre de roi des Slaves (1095). A la même époque, les Corans, après la destruction des Khazars et des Petchenègues, envoyèrent une nombreuse émigration qui se fixa entre le Dniester et l'Aluta, dans la Moldavie et la Valachie actuelles. Cette tribu ne tarda pas à faire cause commune avec les débris de la nation bulgare, qui depuis plus de cent soixante ans subissaient la domination des souverains de Byzance. Sous Isaac l'Ange, on les priva de leur unique moyen de subsistance en leur enlevant leurs troupeaux, et le refus d'une égalité de paie et de rang dans le service militaire acheva d'aliéner ces guerriers indociles. Pierre et Azan, deux chefs puissants de la race des anciens rois, se mirent à la tête de la révolte, qui s'étendit rapidement des rives du Danube aux montagnes de l'Hémus (1186). Après quelques efforts impuissants, Isaac reconnut leur indépendance, et les troupes impériales n'osèrent plus s'aventurer dans un pays dont les défilés étaient semés des ossements des Grecs. La valeur et la politique de Calo-Jean ou Joannice établirent solidement le second royaume des Bulgares. Le rusé Barbare envoya une ambassade au pape Innocent III, se prétendit romain d'origine, et reçut humblement du pontife un archevêque latin avec la permission de battre monnaie et le titre de roi. Après la conquête de Constantinople par les croisés, il fomenta habilement le mécontentement des Grecs, battit et fit prisonnier l'empereur Baudouin (1205)[15] tua dans une embuscade le marquis de Montferrat, et annonça hautement l'intention de dépeupler la Thrace pour en transporter les habitants au-delà du Danube. Sa mort et la fermeté de l'empereur Henri arrêtèrent les succès des Bulgares et des Valaques. Cependant, vers 1230, à la faveur de l'anarchie de l'empire grec, la Thrace et la Macédoine furent réunies au royaume de Bulgarie jusqu'au moment où Michel Paléologue rejeta les Barbara dans leurs anciennes limites (1275). Dix ans après, la Bulgarie, qui s'étendait alors du Danube au Dniester, fut assujettie par les Tartares Nogaïs, pour passer, à la fin du siècle suivant, sous la domination des Turcs ottomans. Ce fut aussi le sort de la Servie ; mais la Valachie et la Moldavie conservèrent leur indépendance sous la suzeraineté de la Hongrie.

ÉTATS SCANDINAVES. - DANEMARK. - NORVÈGE. - SUÈDE. — Le défaut de règlements fixes pour la succession au trône, entraîna longtemps les états du Nord dans une suite de factions et de guerres civiles, que l'humeur farouche des Scandinaves rendait encore plus opiniâtres et plus sanglantes. En Danemark, le trône était électif dans la maison régnante. Il en était de même en Norvège, où un usage bizarre admettait les fils naturels à la couronne, en leur laissant la faculté de constater leur descendance par l'épreuve du feu ; et ce ne fut qu'en 1200i qu'une loi rendue sous le règne d'Inge II prononça l'exclusion des bâtards. En outre, la dévotion outrée et superstitieuse des rois, qui comblaient le clergé de privilèges et de richesses, fut nuisible à leur autorité et devint une source de démêlés entr'eux et leurs sujets. Fiers de leurs vastes domaines et de leurs châteaux forts, dirigeant à leur gré les délibérations des assemblées nationales et des sénats, les gens d'Église acquirent un pouvoir qui devint sans contre- poids, quand ils eurent obtenu l'établissement de la dîme, et la fondation de siéges métropolitains.

L'introduction de la dîme éprouva une vive opposition dans tout le Nord, et n'y fut même généralement reçue que vers la fin du treizième siècle. En 1086, Canut IV, roi de Danemark, ayant voulu l'imposer, fut égorgé par ses sujets dans l'église d'Odensée. Quant à la création des archevêchés, elle date du douzième siècle, et c'est à la requête des rois danois que la cour de Borne érigea celui de Lunden, en Scanie (1104). La Norvège eut son archevêque particulier à Drontheim, en 1152, et celui d'Upsal, en Suède, prit naissance en 1163. Ces primats ne tardèrent pas à se faire une part considérable dans l'administration de l'état : celui de Drontheim, par exemple, mit les rois en tutelle, surtout lorsque Magnus Erlingson eut offert la Norvège en toute propriété à saint Olof de Drontheim (1164). Suerrer, opposé à Magnus par les mécontents, et maître du trône par le meurtre de ce prince, voulut réprimer l'ambition de l'archevêque de Drontheim, et encourut la colère des papes Célestin III et Innocent III qui l'excommunièrent et le déposèrent (1191-1198). Enfin le roi. Magnus VII, surnommé Lagabaeter ou réformateur des lois, réussit à affranchir sa couronne par la convention de 1273. L'archevêque et les évêques se désistèrent de leur droit d'élection, aussi longtemps qu'il y aurait un descendant légitime de Harold, Harfager, et l'église de Drontheim renonça aux droits de vasselage qu'elle prétendait exercer au détriment de la royauté.

Cet état de troubles intérieurs eut pour résultat de ralentir l'ardeur viles courses maritimes, qui pendant plusieurs siècles avaient rendu fameux le nom des Scandinaves. Ne pouvant plus rien entreprendre contre l'Angleterre, depuis la conquête de cette ile par les Normands neustriens, ils tournèrent leurs armes contre les tribus slaves et finnoises qui habitaient de l'autre côté de la mer Baltique ; et sous prétexte d'opérer la conversion de ces peuples païens, plusieurs rois danois et suédois conduisirent contre eux des expéditions militaires à titre de croisades.

C'est ainsi qu'en Danemark, sous le règne de Nicolas, sixième fils de Suénon II, son neveu Canut dit le Saint, duc de Sleswick, fit une guerre heureuse contre les Venèdes ou Slaves du Mecklembourg, et fut déclaré roi des Obotrites par l'empereur Lothaire (1130). Mais il fut assassiné l'année suivante par Magnus, fils de Nicolas. Éric IV, son frère, le vengea et succomba lui-même victime d'une conspiration (1137). Après le règne pacifique d'Éric V, la couronne fut disputée par Suénon III et Canut V qui se partagèrent le royaume, et portèrent simultanément le titre de rois. Irrité de ce partage et de l'influence que Waldemar, fils de Canut-le-Saint, avait acquise par ses grandes qualités, il fit massacrer son collègue et menaça les jours de Waldemar. Celui-ci échappa, gagna la bataille de Gratenbede sur Suénon qui fut tué dans l'action', et resta maitre du trône (1157). A partir du règne de ce prince, l'histoire du Danemark commence à offrir quelque intérêt. Jaloux de purger la Baltique des pirates slaves qui l'infestaient, et de convertir ces peuples contre lesquels les efforts des Allemands avaient échoué, Waldemar les attaqua plusieurs fois avec des flottes nombreuses. Il prit et saccagea plusieurs de leurs villes, entr'autres Arcona et Carentz dans l'ile de Rugen, où il détruisit l'idole de Swantevit (1168), et sur la côte de la Poméranie, Julin et Stettin, dans le cours des années 1175 et 1176. Les princes de Rugen se reconnurent ses vassaux et ses tributaires. On lui attribue la fondation du fort des Danois (Danskwyk, Dantzick), et du château de Copenhague (Ziobenhavn). Non content de s'illustrer par ses conquêtes, il donna de sages lois à ses peuples. Canut VI, son fils aîné et son successeur (1182), marcha sur ses traces, et imposa la domination danoise aux princes de Poméranie et de Mecklembourg, ainsi qu'aux comtes de Schwerin. Il s'empara de Hambourg et de Lubeck, et soumit tout le Holstein, dont il chassa les anciens comtes (1201). Waldemar II, son frère, rendit la couronne de Norvège vassale de la sienne, ajouta à ses domaines le comté de Lauenbourg (1203), conquit la petite Poméranie et le Samland, où il jeta les premières semences du christianisme (1210), et prit le titre de roi des Slaves ou de Vandalie, en vertu d'un diplôme de l'empereur Frédéric II (1214). Il bâtit Stralsund, prit l'île d'Œsel, conduisit une flotte portant soixante mille hommes contre les, sauvages idolâtres de l'Estonie, et fonda au milieu d'eux la ville de Revel (1219). Maitre de presque toute 1a côte méridionale de la mer Balti- : que, et élevé à un haut degré de prospérité par la supériorité de sa marine et de son commerce, ce prince attirait les regards de l'Europe entière, lorsqu'un événement imprévu vint lui faire perdre tout le fruit de ses conquêtes. Henri, comte de Schwerin, voulant venger un outrage qu'il prétendait avoir reçu de Waldemar, s'empara de sa personne par surprise, en 1223, et le retint captif pendant près de trois ans au château de Schwerin. Cette nouvelle réveilla le courage des princes slaves qui reprirent les armes, Adolphe, comte de Schauenbourg, rentra dans le Holstein : les villes de Hambourg et de Lubeck, les princes de Mecklembourg et de Poméranie secouèrent le joug des Danois. Waldemar, enfin délivré, voulut reconquérir ses états perdus ; mais il était trop tard pour les ramener à l'obéissance. L'étendard national du Danebrog succomba à la bataille de Bornhœvet, près de Ségeberg, dans le Holstein (1227). Waldemar ne sauva du désastre que l'île de Rugen, la ville de Revel et l'Estonie, que ses successeurs perdirent aussi dans la suite.

Éric VI, fils de Waldemar II, après avoir fait de vaines tentatives pour reprendre les provinces nordalbingiennes, tomba dans un piège que lui tendit son frère Abel, et fut lâchement égorgé (1250). Le meurtrier jouit peu du fruit de son crime. Il abandonna ses droits sur Œsel à Hermann, évêque de cette ville, et périt deux ans après eu combattant ses sujets révoltés. Son successeur, Christophe Ier., affranchit le Danemark de la suzeraineté des empereurs d'Allemagne, Inquiété par les prétentions séditieuses de l'archevêque de Minden e des autres prélats du royaume, il recourut contre eux à des mesures rigoureuses ; mais leur ressentiment lui coûta la vie et il mourut, dit-on, empoisonné par l'évêque d'Aarhus (1259). Les troubles qui agitèrent la minorité de son fils, Éric VII, entraînèrent l'aliénation des domaines de la couronne et favorisèrent les empiétements de l'aristocratie. Éric repoussa les Lithuaniens, termina ses longs démêlés avec la Suède par un traite de paix, mais ne put réprimer les incursions des pirates norvégiens, et surtout d'Alph Ellingson, le plus redoutable d'entr'eux. Comme son père, il périt de mort violente sous les coups des seigneurs de sa suite (1296).

A part les querelles des rois norvégiens avec les archevêques de Drontheim, l'histoire de la Norvège ne, présente aucun fait important pendant cette période. Sous les successeurs d'Olaf III, cet état est démembré en plusieurs petits royaumes, gouvernés par des princes issus de Harold-Harfager. Ce n'est qu'à partir du treizième siècle que la Norvège reconnaît les lois d'un seul souverain, et commence à attirer l'attention des autres monarques. Vers le milieu de ce siècle, Haquin V est invité par saint Louis, roi de France, à se mettre à la tête de la flotte des croisés, et le pape jette les yeux sur lui pour l'opposer à l'empereur Frédéric II. Mais il préfère, aux chances de ces entreprises, le soin de policer ses sujets, et son exemple est suivi par son fils Magnus Lagabaeter. Au dehors, la Norvège reprend, en 1095, les Hébrides et les îles voisines, qui s'étaient détachées d'elle vers 1059 pour former le royaume de Man. Les rois norvégiens y joignent les Orcades et la presqu'île de Cantyre, sous le nom de royaume des lies, et conservent toutes ces possessions jusqu'à l'année 1266, où l'Écosse achète Ille de Man et les Hébrides. Les deux états s'unissent par le mariage d'Éric, fils de Magnus Lagahaeter, avec Marguerite, fille unique du roi d'Écosse Alexandre III (1281). Mais dans le siècle suivant, les Norvégiens sont chassés de la presqu'île de Cantyre, et les Danois, de la province de Caitness dont ils étaient maîtres depuis le dixième siècle.

« La Suède, gouvernée successivement par les dynasties de Stenkil, de Blot-Swen et de saint Éric, fut agitée par des troubles continuels, qui prenaient principalement leur source dans la différence des deux cultes professés et autorisés dans l'État. Toute la nation, divisée par ces cultes, se trouvait partagée en deux factions et entre deux familles régnantes, qui se déchaînaient l'une contre l'autre. Deux et même plusieurs princes régnèrent à la fois depuis 1080 jusqu'en 1133, où le trône commença à être occupé alternativement par les descendants de Blot-Swen et de saint Éric. Durant ce temps il n'y eut que la force qui prévalut en Suède, et la couronne fut plus d'une fois le prix de l'assassinat et de la trahison[16]. »

Malgré ces désordres, la Suède étendit son influence au dehors, et fut entraînée aux missions armées tant par le génie de l'époque que par ie désir de punir les brigandages que les Finlandais et les Estoniens exerçaient de temps en temps sur le territoire suédois. Éric-le-Saint[17] eut la gloire de devenir l'apôtre et le conquérant de la Finlande vers l'an 1157. Il envoya aussi une colonie dans le Nyland, et subjugua les provinces de Halsingland et de Joemteland. Son successeur Charles VII réunit un moment les deux royaumes de Gothie et d'Upsal, et on place sous son règne la première croisade des Suédois en Estonie (1164). Éric Laspe ou le Grasseyant, arrière-petit-fils de saint Éric, reprit la guerre contre les idolâtres et conquit la Bothnie orientale ainsi que le Tavastland (1248). Après lui, une nouvelle dynastie, celle des Folkungiens, issue de Folke Fylbyter, commença avec Waldemar Ier (1250-1275) qui fut dépouillé au profit de son frère Magnus Ladélas. Sous le règne heureux de ce prince, la Suède recouvra son unité (1278), et les rois de ce pays s'intitulèrent dès lors rois des Goths et des Suédois. Birger, successeur de Magnus, étendit la domination suédoise du golfe de Bothnie à la mer Blanche par la conquête de la Carélie et de la Savolaxie. Il est le fondateur de Wiborg (1293). Les habitants de ce pays furent Incorporés à la Finlande et contraints d'embrasser le christianisme, qui pénétra à cette époque pour la première fois dans les froides régions de la Laponie.

 

 

 



[1] Voyez le chapitre précédent.

[2] C'est encore aujourd'hui le plus grand saint de la Russie. « Pierre-le-Grand, pour honorer sa mémoire, fit construire un couvent sur les bords de la Newa, auquel il donna le nom d'Alexandre Newski, et l'impératrice Catherine Ire institua un ordre qui porte également le nom de ce prince. » (KOCH, Tabl. des Révol., périod. IV, p. 304.)

[3] Du mot slavon Po, qui veut dire auprès (Porusiens, voisins des Russes). D'autres font dériver ce nom de la rivière de Rues, qui forme une branche du Memel. Dans ce sens, le nom de Prussiens signifierait riverains de la Russ. Ils occupaient alors le paye compris entre la Vistule et le Niémen.

[4] Voyez sur les mœurs des Prussiens, MICHAUD, Hist. des Croisades, tom. III, p. 296 et suiv. Sixième édition.

[5] Ainsi nommée du roi de Bohème, Ottokar II, qui, à la tête d'une armée de croisés, en encouragea la construction.

[6] Après l'expulsion des Chrétiens de la Palestine, par Bibars, l'ordre Teutonique, d'abord transféré à Venise, fut fixé à Marienbourg par le grand-maître Sigefroy de Feuchtwangen.

[7] KOCH, Tabl. des Révol., périod. IV, p. 286.

[8] Les dix autres provinces, selon MM. BARBERET et MAGIN, étaient le Samland, la Nadrovie, la Szalavonie, la Natangie, la Bartie ou Bartenland, la Galindie, la Warmie, l'Oggerland, la Pomésanie et la Culmie.

[9] GOLDAST, Append. de regn. Bohem., p. 27. A partir de cette époque, tous les souverains de la Bohème portèrent le titre de roi.

[10] Voyez le chapitre XLVI.

[11] Voyez le 1er volume, chapitre XXXVIII.

[12] Voyez la fin du chapitre XXXIX de ce volume.

[13] Les rois Béla III, Émeric et André II prirent du moins dans leurs diplômes les titres de ces différents royaumes, et Coloman, fils puîné du roi André II, fut même couronné, en 1214, roi de Halitsch et de Wladimir. Il est vrai que les Russes reprirent Halitsch dans les années 1218 et 1220.

[14] KOCH, Tabl. des Révol., périod. IV, p. 306 et suiv. — Nous n'avons voulu rien changer à ce résumé, qui se distingue par son érudition et sa clarté.

[15] Voyez, pour plus de détails, le chapitre LI de cette période.

[16] KOCH, Tabl. des Révol., périod. IV, p. 282.

[17] Ce prince, qui fut tué en 1161, avait été le bienfaiteur du clergé. Il fut canonisé en 1264, et considéré, pendant plusieurs siècles, comme le principal patron de la Suède.