Démembrement du
grand-duché de Russie. — Alexandre Newski le sauve de la ruine. — Fondation
du grand-duché de Lithuanie. — Mœurs des anciens Prussiens : Conquêtes des
chevaliers Teutoniques. — Fondation de Kœnigsberg et de Malien-bourg. —
Découverte de la Livonie. — Création des chevaliers Porte-glaives. — Ils se
réunissent à l'Ordre teutonique. — Coup-d'œil sur l'histoire de la Pologne.
Suite des rois de Bohême. — Influence de l'Allemagne dans les affaires de ce
pays. —. Gouvernement de la Hongrie. — Conquête de la Croatie, de la
Dalmatie, de la Bosnie et des villes maritimes, sous Ladislas Ier et Coloman.
— Publication de la Bulle d'Or favorable à l'aristocratie. — Béla IV répare
les maux de l'invasion des Mongols. — Royaume de Servie. — Second royaume de
Bulgarie. — Joannice. La Bulgarie est conquise par les Tartares et par les
Turcs. — Troubles dans les états du Nord. — Puissance du clergé. — Guerre de
Canut, duc de Sleswick, contre les Slaves. — Règne glorieux de Waldemar Ier
et de Canut VI. — Succès et revers de Waldemar II. — Suite des rois danois
jusqu'à la mort d'Éric VIL — Royaume de Norvège. — La royauté de Suède
partagée entre deux dynasties. — Conquête de la Finlande, de la Bothnie et de
la Carélie. — Avènement des Folkungiens.
SLAVES SEPTENTRIONAUX. - RUSSIE. - LITHUANIE. - PRUSSE. - LIVONIE. — L'histoire de la Russie,
depuis la mort d'Iaroslaf Ier jusqu'à l'invasion des Mongols, n'offre qu'une
suite déplorable de querelles intestines, qui retardèrent de quatre siècles
la grandeur de cet empire dont les commencements avaient été si glorieux. Les
deux fils aînés d'Iaroslaf se disputèrent le titre de grand-duc et la
possession de Kim, alors regardée comme la seule capitale de l'empire. Après
la mort de Wsévolod, troisième fils d'Iaroslaf (1093), l'autorité souveraine revint
au fils du frère aîné, Swiatopolk II, dont le règne fut désolé par les
incursions des farouches Poloutzi. Son cousin Wladimir II Monomaque, déjà
célèbre par sa valeur et sa fermeté, lui succéda et retarda de quelques
années le démembrement de la Russie. Après lui (1125), les prétentions rivales,
favorisées par l'absence d'une loi fixe qui réglât l'ordre de succession, se
renouvelèrent avec fureur ; et vers le milieu du douzième siècle eut lieu un
schisme politique dont les conséquences furent désastreuses. En 1157, André
Ier petit-fils de Wladimir II, et dont le père Juric avait fondé Moscou
l'année précédente, détacha, du reste de l'empire, la Russie septentrionale,
prit le titre de grand-duc et fixa sa résidence à Wladimir sur la Kliazma.
Les grands-ducs de Kiew, issus, d'un autre fils de Wladimir II, ne tardèrent
pas à perdre leur ancienne prépondérance, et cet état, avec les principautés
qui en dépendaient, telles que Halitsch et Wladimir en Wolhynie, tomba au pouvoir
des Mongols, des Lithuaniens, des Polonais. Le
grand-duché de Wladimir lui-même, harcelé sans cesse par les Poloutzi et les
Bulgares, déchiré par la rivalité des fils de Wsévolod III, présenta aux
Mongols une proie facile à saisir[1]. A la faveur de cette invasion (1288), plusieurs principautés, Twer,
Iaroslaf, Rostow, Rasen, etc., se déclarèrent Indépendantes en payant tribut
aux Mongols, tandis que dans le nord deux républiques, celles de Novogorod et
de Plescow, échappant à la domination des envahisseurs, se séparaient aussi
du grand-duché de Wladimir. Cet état se trouvait sur le point de disparaitre,
et la nationalité russe aurait pu faire naufrage avec lui, lorsqu'un homme de
génie parvint à préserver son pays d'une ruine imminente. Alexandre, fils du
grand-duc Iaroslaf Wsevolodowitsch, devait son surnom de Newski à une
victoire remportée, près de la Newa, sur les chevaliers de Livonie. Élevé par
Batou-khan à la dignité grand-ducale (1245), il sut, pendant un règne de dix-huit ans,
conserver la bienveillance des nouveaux maîtres de la Russie par la sagesse
de sa conduite, son exactitude à payer le tribut, et sa fidélité à remplir
les devoirs de soumission qui lui étaient imposés. Mais en même temps il
s'attacha à guérir les maux de la conquête par les bienfaits d'un
gouvernement équitable. Après la mort de ce prince qui mérita d'être canonisé[2] (1263), le pouvoir passa
successivement à ses deux frères Iaroslaf III et Wasili Ier, qui prirent Twer
pour résidence, et enfin à son fils Dimitry Ier (1276-1294). Les
Lithuaniens ou Lettones, sortis, à ce qu'on croit, de la même race que les
anciens Drewliens, profitèrent aussi de l'affaiblissement de l'empire russe
pour se rendre indépendants, et secouèrent le joug sous Ringold leur premier
grand-duc (1230).
Son fils Mendog se fit même déclarer roi par le pape, qui voulut récompenser
la conversion de ce prince au christianisme (1254). Mais il retourna ensuite au
culte des idoles et devint le plus cruel ennemi du nom chrétien. Ses deux
successeurs, qui se contentèrent du titre de grands-ducs, périrent de mort
violente. Suintorog, fils du prince de Samogitie, fonda alors une dynastie
éphémère, qui régna de 1268 à 1279. Mais, malgré les révolutions de son
gouvernement, la Lithuanie, renfermée primitivement entre la Duna et le
Niémen, formait, à la fin du treizième siècle, un état puissant qui allait
jusqu'au Bug et au Dniéper, et dont les villes principales étaient Kiernow,
Grodno, Brzesc, Piusk, Mozyr, Mstislaw, Witepsk. Dans le
cours du onzième siècle, les côtes de la mer Baltique, depuis l'embouchure de
la Vistule jusqu'au golfe de Finlande, étaient habitées par des peuples
slaves et finnois, parmi lesquels on remarquait les Prussiens ou Porusiens[3], les Livoniens, les Esthoniens.
Les Prussiens ne paraissent sous ce nom dans l'histoire que vers l'an 997,
époque où saint Adelbert de Prague fut martyrisé dans leur pays. Leurs mœurs
of-, fraient une analogie frappante avec celles des anciens Germains, et leur
religion avec le culte d'Odin. Ils croyaient aux présages, consacraient les
bois et les fontaines, et sacrifiaient des victimes humaines à Perkunas, dieu
du tonnerre, et à Pycollos, dieu des morts[4]. Cette nation idolâtre, fière
de son indépendance et attachée à la théocratie qui la gouvernait, avait
repoussé, pendant deux cents ans, tous les efforts tentés pour sa conversion.
Christian, abbé du monastère d'Olive, plus habile ou plus heureux que ses
prédécesseurs, ayant pris le titre d'apôtre des Prussiens, fut nommé, en
1215, par Innocent III, premier évêque de Prusse, et eut recours au
Saint-Siège pour faire prêcher une croisade qui fut publiée, en 1218, par le
pape Honorius III. « Des armées de croisés inondèrent alors la Prusse et y
mirent tout à feu et à sang. Les Prussiens s'en vengèrent cruellement sur les
Polonais de la Masovie qui avaient fait cause commune contre eux avec les
croisés de l'Occident. Enfin, Conrad, duc de Masovie, de la maison des Piast,
se sentant trop faible pour contenir la fureur des Prussiens, appela les
chevaliers Teutoniques à son secours ; désirant se ménager pour toujours
l'assistance et la protection de l'ordre, il lui fit don, dans les années
1226, 1228, 1230, du territoire de Culm, et lui assura, de plus, les
conquêtes qu'il pourrait faire sur l'ennemi commun. Cette convention ayant
été approuvée par l'empereur Frédéric II, les chevaliers vinrent prendre
possession de leurs nouveaux domaines. Ils les étendirent peu à peu par toute
la Prusse, à la suite d'une guerre longue et meurtrière qu'ils entreprirent
contre les idolâtres. La Prusse, peuplée successivement par de nombreuses
colonies germaniques, ne subit la domination de l'ordre que par la
destruction d'une grande partie de ses anciens habitants. Les chevaliers
affermirent leur domination et le christianisme dans la nasse, en y
construisant des villes et des forts, en y fondant des évêchés et des
couvents. La ville de Kœnigsberg[5], sur le Pregel, fut construite
en 1255, entelle de Marienbourg, sur le Nogat, qui devint ensuite le
chef-lieu de l'ordre[6], rapporte sa fondation à
l'année 1280[7]. » La conquête du pays fut
achevée en 1283 par la réduction de la Sudavie, la dernière des onze
provinces[8] qui composaient l'ancienne
Prusse. L'arrivée continuelle de nouveaux croisés, auxquels étaient
distribuées les terres et les dépouilles des vaincus, explique suffisamment
comment une poignée de chevaliers soumit, en si peu de temps, un peuple
belliqueux et fanatique. Au reste, les chevaliers n'édifièrent jamais les
vaincus ni par leur modération ni par leur charité, et furent souvent
accusés, devant le Saint-Siège, d'avoir converti les Prussiens, non, pour en
faire des serviteurs du Christ, mais pour augmenter le nombre de leurs
esclaves. En
1158, des marchands de Brème se rendant à Wisby, dans l'île de Gothland, qui
était alors le plus fréquenté des ports de la Baltique, furent jetés, par la
tempête, à l'embouchure de la Duna, et découvrirent ainsi les côtes de la
Livonie. Attirés par l'appât du gain, ils entrèrent en relations avec les
naturels, et cherchèrent à s'assurer le commerce lucratif de l'ambre Janne.
Comme l'introduction du christianisme dans ce pays était, suivant les idées
de l'époque, la première condition d'un établissement durable, un moine de
Segeberg, dans le Holstein, nommé Mainard, entreprit cette mission. Il fut,
selon Koch, le premier évêque de Livonie et fixa son siège au château
d'Usküll qu'il fortifia. Berthold, son successeur, fit publier, par le pape,
une croisade contre les Livoniens ; mais il périt en combattant le peuple
qu'il voulait convertir. Les prêtres furent alors égorgés ou chassés de la
Livonie. Bientôt une nouvelle armée de croisés fut conduite sur les bords de
la Dune par le troisième évêque Albert, qui bâtit, vers 1200, la ville de
Riga, où il établit son siège, considéré plus tard comme l'archevêché et la
métropole de la Prusse entière et de la Livonie. Le même évêque fonda, en
1201, l'ordre des chevaliers de la Milice du Christ ou Porte-glaives, auquel
il céda le tiers des conquêtes qu'il venait de faire. Cet ordre, confirmé en
1204 par Innocent III, fut arrêté, à son début, par la jalousie des Danois
qui, à la suite de la bataille de Wolmar (1220), lui enlevèrent ce qu'il possédait en Livonie. LA
captivité de Waldemar Ier, roi de Danemark, permit aux chevaliers
Porte-glaives de reprendre leur indépendance. Mais trop faibles pour lutter
contre les païens, ils prirent le parti de S'unir à l'ordre Teutonique
(1237), et cette sage mesure fut approuvée par le pape Grégoire IX. Le
grand-maître des Teutoniques nomma alors dés généraux provinciaux pour la
Livonie, sous le nom de Heermeister. L'union des deux ordres accéléra
les progrès de la conquête. La Courlande s'était soumise en 1230 et avait
embrassé le christianisme. La Semigalle fut conquise en 1275, et réunie à la
Courlande quelques aimées après. Tout fut réduit de la Vistule au lac Peipus,
à l'exception de la Samogitie, province lithuanienne, qui séparait les
possessions des deux ordres. SLAVES OCCIDENTAUX. - POLOGNE. - BOHÈME. — Pendant la période qui nous
occupe, l'histoire de la Pologne et de la Bohème est dénuée d'intérêt, et
nous n'indiquerons ici que les faits principaux. En Pologne, après la triste
fin de Boleslas-le-Hardi, son frère Wladislas Ire se contenta du titre de duc
qu'il transmit à son fils Boleslas III le Victorieux (1102). Selon l'usage des États
slaves, ce dernier prince, qui avait élevé la Pologne à un haut degré de
puissance, partagea en mourant ses Etats entre ses fils ; mais pour prévenir
les conséquences de cette division, il ordonna que l'aîné occuperait Cracovie
et son territoire, et en qualité de monarque exercerait les droits de
suzeraineté sur les princes apanages ses frères. Cette clause devint au
contraire une source de discussions sanglantes (1139). Wladislas II que l'on
s'accorde à regarder comme le fils aîné de Boleslas, ayant cherché à
dépouiller ses frères1 fut chassé par eux (1146) et fut la tige des ducs de Silésie. Cette province
qui se détacha de la Pologne vers la fin du douzième siècle se morcela en
plusieurs principautés, telles que Breslau, Liegnitz, Tropau, Ratibor, etc. :
de nombreuses colonies germaniques y furent introduites, et elle passa, au
quatorzième siècle, sous la haute souveraineté de la Bohème. Conrad, fils de
Casimir H le Juste et petit-fils de Boleslas III, forma les branches des ducs
de Cujavie et de Masovie, et en appelant les chevaliers Teutoniques contre
les Prussiens, il prépara à sa patrie une longue suite d'hostilités. Après le
règne de Boleslas V le Chaste, sous lequel la Pologne eut à souffrir
l'invasion des Mongols, Lezko-le-Noir, petit-fils de Conrad, exerça quelque
temps l'autorité souveraine (1279-1289). Il eut pour successeur Prémislas II, duc de
Gnesne et de Posnan, qui descendait du second fils de Boleslas III, et qui
prit en 1295 le titre de roi de Pologne. Tué l'armée suivante, il transmit
ses droits à sa fille Elisabeth, épouse de Wenceslas IV, roi de Bohème, qui
porta un moment la couronne de Pologne. La gloire de fixer le titre de roi
dans la maison de Piast et de réunir les principautés démembrées était
réservée à Wladislas Loketek. En
Bohème comme en Pologne, la dignité royale était dans les premiers temps
personnelle et non attachée à la souveraineté du pays. Aussi les successeurs
de Wratislas II en revinrent à l'ancien titre de duc. Bretislas II, fils aîné
de Wratislas, fit oublier par sa sagesse et sa valeur les torts de sa
jeunesse, et acheva d'extirper l'idolâtrie. Borziwoy, son frère et son
successeur, fut dépouillé par son cousin Swatopluk qui soutint l'empereur
Henri V dans sa guerre contre la Pologne (1108). Après l'assassinat de Swatopluk, les Bohémiens
élurent Wladislas Ier, troisième fils de Wratislas, qui se maintint sur le
trône malgré les intrigues de Borziwoy et de son autre frère Sobieslas. Ce
dernier, devenu duc à son tour (1125) repoussa l'invasion de Lothaire II, se déclara
contre la maison guelfe et obtint de Conrad III l'investiture de la Bohème
pour son neveu Wladislas II. Frédéric Barberousse, afin de récompenser les
services que Wladislas lui avait rendus en Italie, lui conféra la dignité
royale (1158) ; mais dans la suite il se
brouilla avec lui, et le força à résigner le pouvoir (1173) dont il disposa en faveur de
Sobieslas II. Irrité de ne pas trouver dans ce prince un instrument assez
docile, il reconnut les droits de Frédéric, fils de Wladislas II, et le
soutint contre la haine de ses sujets et les prétentions de Conrad, margrave
de Moravie. Contraint de se soumettre, Conrad partit pour la croisade, et à
son retour s'empara du trône alors vacant ; mais il trouva la mort devant
Naples où il avait accompagné Henri VI (1191). Cet événement fut le signal d'une anarchie
pendant laquelle quatre princes en six ans se succédèrent Sur le trône. Le
légitime héritier Prémislas Ottokar Ier, qui avait fui le ressentiment de
Henri VI, reparut en Bohème après la mort de ce prince et fut rétabli. Il
obtint même la dignité royale de Philippe de Souabe[9] qui le couronna à Mayence (1198), se fortifia à la faveur des
troubles qui agitaient l'Allemagne, et défendit la Moravie contre les armes
des Autrichiens. Le règne de son successeur Wenceslas III (1230-1253) fut troublé par ses démêlés
continuels avec l'Autriche. Mais la descendance mâle des ducs de ce pays
s'étant éteinte en 1248, Wenceslas tourna de ce côté l'ardeur inquiète de son
fils Prémislas. Par son mariage avec Marguerite, sœur des deux derniers ducs,
le prince bohémien s'empara de l'Autriche, de la Styrie et de la Carinthie,
et ne tarda pas à recueillir l'héritage de son père, sous le nom d'Ottokar
II. Vainqueur des Prussiens, moins heureux contre les Hongrois, Ottokar
succomba dans sa lutte contre l'empereur Rodolphe de Habsbourg (1278)[10], et sa mort, à la bataille de
Markfeld, mit en péril l'indépendance de la Bohème. Toutefois, son fils
Wenceslas IV conserva ce royaume dont les duchés autrichiens furent détachés,
et après lui Wenceslas V (1301-1306) ceignit une triple couronne (Hongrie,
Bohême, Pologne) ;
mais cet éclat était plus brillant que solide. Il fut le dernier roi slavon
de Bohème ; sa sœur Elisabeth porta le royaume dans la maison de Luxembourg,
et désormais les destinées de la l3ohème se confondront avec celles de
l'Allemagne. SLAVES MÉRIDIONAUX. - HONGRIE. - BULGARIE. - SERVIE. — Malgré l'introduction du
christianisme en Hongrie, les Hongrois conservèrent longtemps leurs mœurs
simples et rudes. Othon de Freysingen, qui écrivait du temps de Frédéric
Barberousse, raconte que ce peuple vivait encore sous des tentes en été et en
automne, que les maisons bâties en bois ou en pierres y étaient rares et que
les grands qui allaient à la cour emportaient leurs siéges avec eux. Les lois
rendues sous Ladislas Ier et Colman, à la fin du onzième siècle et au
commencement du douzième, indiquent encore mieux l'état de barbarie où la
Hongrie restait plongée. Les crimes y étaient punis par la perte de la
liberté ou par la mutilation de quelque membre, tel que le nez, l'œil ou la
langue. Les assemblées générales où ces lois étaient faites se composaient
des grands officiers de l'état, des représentants du clergé et des hommes
libres. Si des compétiteurs se disputaient souvent l'autorité royale, comme
la rivalité de Salomon et de Geysa en est la preuve (1063-1074), c'est que l'exercice de cette
autorité avait d'autant plus d'attraits qu'elle était moins limitée. Les rois
investis sans contrôle de toutes les branches de la puissance exécutive,
présidaient les diètes et faisaient à leur gré la paix et la guerre ; les
comtes ou les gouverneurs de province ne prétendaient en rien au pouvoir
individuel et héréditaire que les grands vassaux s'étaient arrogé dans
l'Europe occidentale. « Sous
un gouvernement aussi fort, il fut facile aux rois de Hongrie de reculer les
limites de leurs états. Le roi Ladislas enleva, vers 1080, aux Grecs le duché
de Sirmium composé de la partie inférieure de l'Esclavonie. Le même prince
étendit ses conquêtes dans la Croatie. Ce pays était gouverné depuis
plusieurs siècles par des princes slaves qui dominaient sur une grande partie
de l'ancienne Illyrie et Dalmatie, à laquelle ils donnèrent te nom de Croatie
; ils tenaient aussi l'Esclavonie supérieure[11]. Dircislav fut le premier de
ces princes qui prit le » litre de roi vers l'an 994. Démétrius Swinimir, un
de ses successeurs, se » rendit en 1076 vassal du pape pour jouir de sa
protection[12]. La race de ces rois s'étant
éteinte quelque temps après., le roi Ladislas, dont la sœur avait été mariée
à Swinimir, profita des troubles qui s'élevèrent dans la Croatie, pour
conquérir vers 1091 une grande partie de ce royaume et surtout de l'Esclavonie
supérieure qui en relevait. Le roi Coloman acheva cette conquête en 1102 et
se lit couronner, la même année, roi de Croatie et de Dalmatie à
Belgrad-sur-Mer. Il soumit pareillement dans les années suivantes les villes
maritimes de la Dalmatie, telles que Spalatro, Trau, Zara, qu'il enleva à la
république de Venise. Le royaume de Rama ou de Bosnie passa dans le même
temps sous sa domination ; dès l'année 1103, il prit le titre de roi de Rama,
et le roi Béla II, son successeur, disposa du duché de Bosnie en faveur de
Ladislas, son fils cadet. Enfin, la souveraineté des rois de Hongrie fut
aussi reconnue de temps à autre par les princes et rois de Bulgarie, de
Servie ou Rascie, de même que par les princes russes de Halitsch et de
Wladimir[13]. Toutes ces conquêtes donnèrent
lieu à un abus qui devint funeste à la Hongrie. Les rois s'arrogèrent le
droit de disposer des provinces nouvellement conquises en faveur de leurs
cadets auxquels ils les concédèrent à titre de duchés et avec des droits de
suprématie. Ces derniers s'en prévalurent pour troubler l'état et pour
fomenter des guerres civiles. « Le
règne du roi André II est remarquable par une révolution arrivée dans le
gouvernement. Ce prince ayant entrepris, en 1217, une expédition en
Terre-Sainte, pour laquelle il fit des dépenses extraordinaires et ruineuses,
les grands profitèrent de son absence pour augmenter leur pouvoir et pour
usurper les domaines et les revenus de la couronne. La corruption pénétra
dans toutes les parties de l'administration, et le roi fit de vains efforts,
après son retour, pour remédier aux désordres de l'état et à l'épuisement des
finances. Il prit enfin le parti de convoquer, en 1222, une diète générale
dont le résultat fut le fameux décret ou bulle d'or, base de la constitution
vicieuse qui régit depuis ce moment la Hongrie. Les biens du clergé et de la
noblesse y furent déclarés exempts de taxes et de logements de gens de
guerre. Les nobles acquirent l'hérédité des biens royaux qu'ils avaient reçus
en récompense de leurs services ; ils furent déchargés de l'obligation de
servir hors du pays, à leurs frais, dans les expéditions militaires, et on
leur accorda même le droit de résistance au cas que le roi enfreignît l'un ou
l'autre article de ce décret. Ce fut aussi le roi André II qui conféra, en
1224, de grands privilèges et immunités aux Saxons ou Allemands de la Transylvanie
qui y avaient été appelés par le roi Geysa II[14]. » Sous le
règne de Béla IV, l'invasion des Mongols porta un coup terrible à la Hongrie (1241-1243). Quand, après la retraite de
Batou, le roi sortit de son refuge ; il retrouva les villes en ruines et les
terres en friche. Secondé par les chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem et
par une puissante famille romaine ; les Frangipani, il répara les maux de la
conquête, rassembla les débris de son peuple errant dans les montagnes et
dans les forêts, releva les cités et appela de nouvelles colonies de la
Croatie, de la Bohème, de la Moravie et de la Saxe. La fin de son règne fut
paisible. Son fils Étienne V ne régna que deux ans (1270-1272), et son petit-fils Ladislas IV
paya de sa vie son attachement pour les Comans et pour les femmes étrangères (1290). Après lui, André III le
Vénitien, issu du mariage d'un fils posthume d'André II avec Catherine
Morosini, fit reconnaître ses droits et se maintint sur le trône malgré les
prétentions rivales des princes angevins de Naples. Il fut le dernier mâle du
sang d'Arpad (1301). L'empereur
grec Basile II, en anéantissant l'ancien royaume de Bulgarie, avait laissé
subsister la Servie, dont les princes se fixèrent à Scodra et prirent le
titre de roi des Slaves (1095). A la même époque, les Corans, après la destruction des Khazars
et des Petchenègues, envoyèrent une nombreuse émigration qui se fixa entre le
Dniester et l'Aluta, dans la Moldavie et la Valachie actuelles. Cette tribu
ne tarda pas à faire cause commune avec les débris de la nation bulgare, qui
depuis plus de cent soixante ans subissaient la domination des souverains de
Byzance. Sous Isaac l'Ange, on les priva de leur unique moyen de subsistance
en leur enlevant leurs troupeaux, et le refus d'une égalité de paie et de
rang dans le service militaire acheva d'aliéner ces guerriers indociles.
Pierre et Azan, deux chefs puissants de la race des anciens rois, se mirent à
la tête de la révolte, qui s'étendit rapidement des rives du Danube aux
montagnes de l'Hémus (1186). Après quelques efforts impuissants, Isaac reconnut leur indépendance,
et les troupes impériales n'osèrent plus s'aventurer dans un pays dont les
défilés étaient semés des ossements des Grecs. La valeur et la politique de
Calo-Jean ou Joannice établirent solidement le second royaume des Bulgares.
Le rusé Barbare envoya une ambassade au pape Innocent III, se prétendit
romain d'origine, et reçut humblement du pontife un archevêque latin avec la
permission de battre monnaie et le titre de roi. Après la conquête de
Constantinople par les croisés, il fomenta habilement le mécontentement des
Grecs, battit et fit prisonnier l'empereur Baudouin (1205)[15] tua dans une embuscade le
marquis de Montferrat, et annonça hautement l'intention de dépeupler la
Thrace pour en transporter les habitants au-delà du Danube. Sa mort et la
fermeté de l'empereur Henri arrêtèrent les succès des Bulgares et des
Valaques. Cependant, vers 1230, à la faveur de l'anarchie de l'empire grec,
la Thrace et la Macédoine furent réunies au royaume de Bulgarie jusqu'au
moment où Michel Paléologue rejeta les Barbara dans leurs anciennes limites (1275). Dix ans après, la Bulgarie,
qui s'étendait alors du Danube au Dniester, fut assujettie par les Tartares
Nogaïs, pour passer, à la fin du siècle suivant, sous la domination des Turcs
ottomans. Ce fut aussi le sort de la Servie ; mais la Valachie et la Moldavie
conservèrent leur indépendance sous la suzeraineté de la Hongrie. ÉTATS SCANDINAVES. - DANEMARK. - NORVÈGE. - SUÈDE. — Le défaut de règlements
fixes pour la succession au trône, entraîna longtemps les états du Nord dans
une suite de factions et de guerres civiles, que l'humeur farouche des
Scandinaves rendait encore plus opiniâtres et plus sanglantes. En Danemark,
le trône était électif dans la maison régnante. Il en était de même en
Norvège, où un usage bizarre admettait les fils naturels à la couronne, en
leur laissant la faculté de constater leur descendance par l'épreuve du feu ;
et ce ne fut qu'en 1200i qu'une loi rendue sous le règne d'Inge II prononça
l'exclusion des bâtards. En outre, la dévotion outrée et superstitieuse des
rois, qui comblaient le clergé de privilèges et de richesses, fut nuisible à
leur autorité et devint une source de démêlés entr'eux et leurs sujets. Fiers
de leurs vastes domaines et de leurs châteaux forts, dirigeant à leur gré les
délibérations des assemblées nationales et des sénats, les gens d'Église
acquirent un pouvoir qui devint sans contre- poids, quand ils eurent obtenu
l'établissement de la dîme, et la fondation de siéges métropolitains. L'introduction
de la dîme éprouva une vive opposition dans tout le Nord, et n'y fut même
généralement reçue que vers la fin du treizième siècle. En 1086, Canut IV,
roi de Danemark, ayant voulu l'imposer, fut égorgé par ses sujets dans
l'église d'Odensée. Quant à la création des archevêchés, elle date du
douzième siècle, et c'est à la requête des rois danois que la cour de Borne
érigea celui de Lunden, en Scanie (1104). La Norvège eut son archevêque particulier à
Drontheim, en 1152, et celui d'Upsal, en Suède, prit naissance en 1163. Ces
primats ne tardèrent pas à se faire une part considérable dans
l'administration de l'état : celui de Drontheim, par exemple, mit les rois en
tutelle, surtout lorsque Magnus Erlingson eut offert la Norvège en toute
propriété à saint Olof de Drontheim (1164). Suerrer, opposé à Magnus par les
mécontents, et maître du trône par le meurtre de ce prince, voulut réprimer
l'ambition de l'archevêque de Drontheim, et encourut la colère des papes
Célestin III et Innocent III qui l'excommunièrent et le déposèrent (1191-1198). Enfin le roi. Magnus VII,
surnommé Lagabaeter ou réformateur des lois, réussit à affranchir sa couronne
par la convention de 1273. L'archevêque et les évêques se désistèrent de leur
droit d'élection, aussi longtemps qu'il y aurait un descendant légitime de
Harold, Harfager, et l'église de Drontheim renonça aux droits de vasselage
qu'elle prétendait exercer au détriment de la royauté. Cet
état de troubles intérieurs eut pour résultat de ralentir l'ardeur viles
courses maritimes, qui pendant plusieurs siècles avaient rendu fameux le nom
des Scandinaves. Ne pouvant plus rien entreprendre contre l'Angleterre,
depuis la conquête de cette ile par les Normands neustriens, ils tournèrent
leurs armes contre les tribus slaves et finnoises qui habitaient de l'autre
côté de la mer Baltique ; et sous prétexte d'opérer la conversion de ces
peuples païens, plusieurs rois danois et suédois conduisirent contre eux des
expéditions militaires à titre de croisades. C'est
ainsi qu'en Danemark, sous le règne de Nicolas, sixième fils de Suénon II,
son neveu Canut dit le Saint, duc de Sleswick, fit une guerre heureuse contre
les Venèdes ou Slaves du Mecklembourg, et fut déclaré roi des Obotrites par
l'empereur Lothaire (1130). Mais il fut assassiné l'année suivante par Magnus, fils de
Nicolas. Éric IV, son frère, le vengea et succomba lui-même victime d'une
conspiration (1137).
Après le règne pacifique d'Éric V, la couronne fut disputée par Suénon III et
Canut V qui se partagèrent le royaume, et portèrent simultanément le titre de
rois. Irrité de ce partage et de l'influence que Waldemar, fils de
Canut-le-Saint, avait acquise par ses grandes qualités, il fit massacrer son
collègue et menaça les jours de Waldemar. Celui-ci échappa, gagna la bataille
de Gratenbede sur Suénon qui fut tué dans l'action', et resta maitre du trône
(1157). A partir du règne de ce
prince, l'histoire du Danemark commence à offrir quelque intérêt. Jaloux de
purger la Baltique des pirates slaves qui l'infestaient, et de convertir ces
peuples contre lesquels les efforts des Allemands avaient échoué, Waldemar
les attaqua plusieurs fois avec des flottes nombreuses. Il prit et saccagea
plusieurs de leurs villes, entr'autres Arcona et Carentz dans l'ile de Rugen,
où il détruisit l'idole de Swantevit (1168), et sur la côte de la Poméranie, Julin et Stettin,
dans le cours des années 1175 et 1176. Les princes de Rugen se reconnurent
ses vassaux et ses tributaires. On lui attribue la fondation du fort des
Danois (Danskwyk, Dantzick), et du château de Copenhague (Ziobenhavn). Non content de s'illustrer par
ses conquêtes, il donna de sages lois à ses peuples. Canut VI, son fils aîné
et son successeur (1182), marcha sur ses traces, et imposa la domination danoise aux
princes de Poméranie et de Mecklembourg, ainsi qu'aux comtes de Schwerin. Il
s'empara de Hambourg et de Lubeck, et soumit tout le Holstein, dont il chassa
les anciens comtes (1201). Waldemar II, son frère, rendit la couronne de Norvège vassale
de la sienne, ajouta à ses domaines le comté de Lauenbourg (1203), conquit la petite Poméranie et
le Samland, où il jeta les premières semences du christianisme (1210), et prit le titre de roi des
Slaves ou de Vandalie, en vertu d'un diplôme de l'empereur Frédéric II (1214). Il bâtit Stralsund, prit l'île
d'Œsel, conduisit une flotte portant soixante mille hommes contre les,
sauvages idolâtres de l'Estonie, et fonda au milieu d'eux la ville de Revel (1219). Maitre de presque toute 1a
côte méridionale de la mer Balti- : que, et élevé à un haut degré de
prospérité par la supériorité de sa marine et de son commerce, ce prince
attirait les regards de l'Europe entière, lorsqu'un événement imprévu vint
lui faire perdre tout le fruit de ses conquêtes. Henri, comte de Schwerin,
voulant venger un outrage qu'il prétendait avoir reçu de Waldemar, s'empara
de sa personne par surprise, en 1223, et le retint captif pendant près de
trois ans au château de Schwerin. Cette nouvelle réveilla le courage des
princes slaves qui reprirent les armes, Adolphe, comte de Schauenbourg,
rentra dans le Holstein : les villes de Hambourg et de Lubeck, les princes de
Mecklembourg et de Poméranie secouèrent le joug des Danois. Waldemar, enfin
délivré, voulut reconquérir ses états perdus ; mais il était trop tard pour
les ramener à l'obéissance. L'étendard national du Danebrog succomba à la
bataille de Bornhœvet, près de Ségeberg, dans le Holstein (1227). Waldemar ne sauva du désastre
que l'île de Rugen, la ville de Revel et l'Estonie, que ses successeurs
perdirent aussi dans la suite. Éric
VI, fils de Waldemar II, après avoir fait de vaines tentatives pour reprendre
les provinces nordalbingiennes, tomba dans un piège que lui tendit son frère
Abel, et fut lâchement égorgé (1250). Le meurtrier jouit peu du fruit de son crime. Il
abandonna ses droits sur Œsel à Hermann, évêque de cette ville, et périt deux
ans après eu combattant ses sujets révoltés. Son successeur, Christophe Ier.,
affranchit le Danemark de la suzeraineté des empereurs d'Allemagne, Inquiété
par les prétentions séditieuses de l'archevêque de Minden e des autres
prélats du royaume, il recourut contre eux à des mesures rigoureuses ; mais
leur ressentiment lui coûta la vie et il mourut, dit-on, empoisonné par
l'évêque d'Aarhus (1259). Les troubles qui agitèrent la minorité de son fils, Éric VII,
entraînèrent l'aliénation des domaines de la couronne et favorisèrent les
empiétements de l'aristocratie. Éric repoussa les Lithuaniens, termina ses
longs démêlés avec la Suède par un traite de paix, mais ne put réprimer les
incursions des pirates norvégiens, et surtout d'Alph Ellingson, le plus
redoutable d'entr'eux. Comme son père, il périt de mort violente sous les
coups des seigneurs de sa suite (1296). A part
les querelles des rois norvégiens avec les archevêques de Drontheim,
l'histoire de la Norvège ne, présente aucun fait important pendant cette
période. Sous les successeurs d'Olaf III, cet état est démembré en plusieurs
petits royaumes, gouvernés par des princes issus de Harold-Harfager. Ce n'est
qu'à partir du treizième siècle que la Norvège reconnaît les lois d'un seul
souverain, et commence à attirer l'attention des autres monarques. Vers le
milieu de ce siècle, Haquin V est invité par saint Louis, roi de France, à se
mettre à la tête de la flotte des croisés, et le pape jette les yeux sur lui
pour l'opposer à l'empereur Frédéric II. Mais il préfère, aux chances de ces
entreprises, le soin de policer ses sujets, et son exemple est suivi par son
fils Magnus Lagabaeter. Au dehors, la Norvège reprend, en 1095, les Hébrides
et les îles voisines, qui s'étaient détachées d'elle vers 1059 pour former le
royaume de Man. Les rois norvégiens y joignent les Orcades et la presqu'île
de Cantyre, sous le nom de royaume des lies, et conservent toutes ces
possessions jusqu'à l'année 1266, où l'Écosse achète Ille de Man et les
Hébrides. Les deux états s'unissent par le mariage d'Éric, fils de Magnus
Lagahaeter, avec Marguerite, fille unique du roi d'Écosse Alexandre III (1281). Mais dans le siècle suivant,
les Norvégiens sont chassés de la presqu'île de Cantyre, et les Danois, de la
province de Caitness dont ils étaient maîtres depuis le dixième siècle. « La
Suède, gouvernée successivement par les dynasties de Stenkil, de Blot-Swen et
de saint Éric, fut agitée par des troubles continuels, qui prenaient
principalement leur source dans la différence des deux cultes professés et
autorisés dans l'État. Toute la nation, divisée par ces cultes, se trouvait
partagée en deux factions et entre deux familles régnantes, qui se
déchaînaient l'une contre l'autre. Deux et même plusieurs princes régnèrent à
la fois depuis 1080 jusqu'en 1133, où le trône commença à être occupé
alternativement par les descendants de Blot-Swen et de saint Éric. Durant ce
temps il n'y eut que la force qui prévalut en Suède, et la couronne fut plus
d'une fois le prix de l'assassinat et de la trahison[16]. » Malgré ces désordres, la Suède étendit son influence au dehors, et fut entraînée aux missions armées tant par le génie de l'époque que par ie désir de punir les brigandages que les Finlandais et les Estoniens exerçaient de temps en temps sur le territoire suédois. Éric-le-Saint[17] eut la gloire de devenir l'apôtre et le conquérant de la Finlande vers l'an 1157. Il envoya aussi une colonie dans le Nyland, et subjugua les provinces de Halsingland et de Joemteland. Son successeur Charles VII réunit un moment les deux royaumes de Gothie et d'Upsal, et on place sous son règne la première croisade des Suédois en Estonie (1164). Éric Laspe ou le Grasseyant, arrière-petit-fils de saint Éric, reprit la guerre contre les idolâtres et conquit la Bothnie orientale ainsi que le Tavastland (1248). Après lui, une nouvelle dynastie, celle des Folkungiens, issue de Folke Fylbyter, commença avec Waldemar Ier (1250-1275) qui fut dépouillé au profit de son frère Magnus Ladélas. Sous le règne heureux de ce prince, la Suède recouvra son unité (1278), et les rois de ce pays s'intitulèrent dès lors rois des Goths et des Suédois. Birger, successeur de Magnus, étendit la domination suédoise du golfe de Bothnie à la mer Blanche par la conquête de la Carélie et de la Savolaxie. Il est le fondateur de Wiborg (1293). Les habitants de ce pays furent Incorporés à la Finlande et contraints d'embrasser le christianisme, qui pénétra à cette époque pour la première fois dans les froides régions de la Laponie. |
[1]
Voyez le chapitre précédent.
[2]
C'est encore aujourd'hui le plus grand saint de la Russie. « Pierre-le-Grand,
pour honorer sa mémoire, fit construire un couvent sur les bords de la Newa,
auquel il donna le nom d'Alexandre Newski, et l'impératrice Catherine Ire
institua un ordre qui porte également le nom de ce prince. » (KOCH, Tabl. des
Révol., périod. IV, p. 304.)
[3]
Du mot slavon Po, qui veut dire auprès (Porusiens, voisins des Russes).
D'autres font dériver ce nom de la rivière de Rues, qui forme une branche du
Memel. Dans ce sens, le nom de Prussiens signifierait riverains de la Russ.
Ils occupaient alors le paye compris entre la Vistule et le Niémen.
[4]
Voyez sur les mœurs des Prussiens, MICHAUD, Hist. des Croisades, tom. III, p. 296 et suiv.
Sixième édition.
[5]
Ainsi nommée du roi de Bohème, Ottokar II, qui, à la tête d'une armée de
croisés, en encouragea la construction.
[6]
Après l'expulsion des Chrétiens de la Palestine, par Bibars, l'ordre
Teutonique, d'abord transféré à Venise, fut fixé à Marienbourg par le
grand-maître Sigefroy de Feuchtwangen.
[7]
KOCH, Tabl.
des Révol., périod. IV, p. 286.
[8]
Les dix autres provinces, selon MM. BARBERET et MAGIN, étaient le Samland, la Nadrovie, la Szalavonie, la
Natangie, la Bartie ou Bartenland, la Galindie, la Warmie, l'Oggerland, la
Pomésanie et la Culmie.
[9]
GOLDAST, Append.
de regn. Bohem., p. 27. A partir de cette époque, tous les souverains de la
Bohème portèrent le titre de roi.
[10]
Voyez le chapitre XLVI.
[11]
Voyez le 1er volume, chapitre XXXVIII.
[12]
Voyez la fin du chapitre XXXIX de ce volume.
[13]
Les rois Béla III, Émeric et André II prirent du moins dans leurs diplômes les
titres de ces différents royaumes, et Coloman, fils puîné du roi André II, fut
même couronné, en 1214, roi de Halitsch et de Wladimir. Il est vrai que les
Russes reprirent Halitsch dans les années 1218 et 1220.
[14]
KOCH, Tabl.
des Révol., périod. IV, p. 306 et suiv. — Nous n'avons voulu rien changer à
ce résumé, qui se distingue par son érudition et sa clarté.
[15]
Voyez, pour plus de détails, le chapitre LI de cette période.
[16]
KOCH, Tabl.
des Révol., périod. IV, p. 282.
[17]
Ce prince, qui fut tué en 1161, avait été le bienfaiteur du clergé. Il fut
canonisé en 1264, et considéré, pendant plusieurs siècles, comme le principal
patron de la Suède.