Guillaume vient
implorer les princes d'Occident. — Assemblée de Gisors. — Chefs de la
croisade. — Dîme saladine. — Mort de Henri II. — Assemblée de Nonancourt. —
Frédéric Barberousse devance les autres croisés. — Son itinéraire. — Perfidie
d'Isaac-l'Ange. — Mort de Frédéric. — Siège de Ptolémaïs. — Affaires de
Sicile. — Conquête de l'île de Chypre. — Prise de Ptolémaïs. — Départ du roi
de France. — Journée d'Arsur. — Opérations militaires. — Conrad, marquis de
Tyr, est assassiné. — Henri, comte de Champagne, est appelé au trône de
Jérusalem. — Saladin profite habilement des dissensions de ses ennemis. —
Prise de Joppé. — Traité de paix. — Ses clauses. — Richard cède son royaume
de Chypre à Guy de Lusignan. — Fin de la troisième croisade. — Captivité de
Richard. — Mort de Saladin. — Malek-Adhel, son frère, réunit sous ses lois
presque toutes les provinces de l'empire musulman. — De nouveaux croisés
arrivent en Palestine. — Journée de Sidon. — Résultats.
Tandis
que les Chrétiens, chassés de Jérusalem, étaient outrageusement repoussés par
leurs frères d'Orient, qui les accusaient de lâcheté, de trahison et de
parjure, Guillaume, archevêque de Tyr, venait implorer les princes de
l'Europe contre les Musulmans. Chargé par le pape Clément III, de prêcher la
guerre sainte, le vertueux prélat parcourut d'abord les principaux états de
l'Italie, et vint en France où il était impatiemment attendu. A l'assemblée
de Gisors, convoquée par Henri II, roi d'Angleterre, et Philippe-Auguste qui
avaient momentanément déposé les armes, il prêcha d'une manière si admirable,
dit une chronique contemporaine, qu'il détermina tous les seigneurs à prendre
la croix, et que ceux qui étaient ennemis devinrent amis. Philippe-Auguste et
Henri II, réconciliés, jurèrent de délivrer la Terre-Sainte, et reçurent les
premiers la croix. Leur exemple fut suivi par Richard, fils de Henri II et
duc de Guienne ; Philippe, comte de Flandre ; Hugues, duc de bourgogne ;
Henri, comte de Champagne ; Thibaut, comte de Biais et une multitude de
barons et de chevaliers. Tous ceux qui ne prenaient point part à la sainte
entreprise furent tenus, sous peine d'excommunication, de payer la dixième
partie de leurs revenus et de la valeur de leurs meubles. La terreur attachée
au nom de Saladin fit appeler cet impôt dîme saladine. Mals
l'insuffisance du produit fut la source des mesures les plus arbitraires.
Philippe-Auguste, inspiré de Dieu, disent les chroniqueurs, extorqua aux
Juifs cinq mille mares d'argent. En Angleterre, l'impôt fut levé avec des
violences qui firent hautement murmurer le peuple. Cependant
Richard, qui avait juré de ne pins guerroyer que contre les Infidèles, fut
bientôt entraîné à une révolte contre son père, et, soutenu par Philippe,
malgré les représentations des légats et des évêques, qui voyaient, avec
douleur, les produits de la dîme saladine consacrés à une guerre
sacrilège, et qui s'indignaient des retards apportés à la sainte expédition.
Au congrès de Bonmoulins, Richard, eu présence même de son père, se déclara
vassal de Philippe-Auguste, et lui prêta foi et hommage pour toutes les
provinces du continent. Le roi de France, sons prétexte de venger la
captivité de sa sœur Alix, retenue prisonnière par Henri, poursuivit sans
relâche le vieux roi que la fortune abandonnait, et lui imposa les plus dures
conditions par le traité d'Amy-sur-Cher. Le monarque anglais, déjà affaibli
et malade, mourut peu de jours après, maudissant Richard, et Jean son fils
bien-aimé qui avait pris part à la révolte. Richard,
devenu roi d'Angleterre, pressa vivement les préparatifs de la croisade, pour
expier la mort de son père dont il s'accusait en gémissant. Baudouin,
archevêque de Cantorbéry, reçut la mission de prêcher la guerre sainte. «
Dans tous les pays qu'il traversa, dit Michaud[1], l'enthousiasme de la croisade
dépeupla les campagnes : une vieille chronique rapporte que le prélat donna
la croix à un grand nombre d'hommes qui étaient accourus presque nus, parce
que leurs femmes avaient caché leurs vêtements. Partout la multitude abandonnait
les travaux des champs et des villes, pour entendre l'archevêque de
Cantorbéry. On recueillait avec respect la terre sur laquelle était marqués
l'empreinte de ses pas, et la poussière que ses pieds avaient touchée
guérissaient les infirmes et les malades... Cette ardeur religieuse et
guerrière, qu'il répandait parmi ses auditeurs, se communiquait de ville en
ville, de province en province, et pénétra jusque dans les îles qui
avoisinent l'Angleterre. » Mais les sommes énormes arrachées aux Juifs,
et les produits de la dîme saladine ne suffisaient point à Richard. Il
aliéna les domaines de la couronne, et vendit, pour ainsi dire, à l'encan les
premières charges de l'État. Dans
l'assemblée de Nonancourt, les rois de France et d'Angleterre fixèrent
l'époque du départ, et se décidèrent à se rendre par mer en Palestine. Rentré
à Paris, Philippe-Auguste fit son testament, suivant l'usage de Cette époque,
et confia l'administration du royaume à la reine Adèle sa mère, et à son
oncle le cardinal de Champagne. Ensuite il alla prendre, à Saint-Denis, la
panetière et le bourdon de pèlerin ; de là, il se rendit à Vézelay, où
l'attendait Richard. Avertis par l'expérience des premières croisades, les
deux monarques n'emmenèrent que dei chevaliers et des hommes d'armes,
défendant aux croisés, sous les peines les plus sévères, de se faire suivre
de leurs femmes et de leurs enfants. Après s'être juré une amitié éternelle,
les deux princes s'embarquèrent, Richard à Marseille, Philippe à Gènes. Déjà
Frédéric Barberousse les avait devancés, et l'Allemagne, soulevée à la voix
de Guillaume de Tyr, avait oublié un moment les dératés de l'empereur
d'Allemagne et du pape, pour marcher à la délivrance du Saint-Sépulcre. Afin
de prévenir las Malheurs qui avaient signalé l'expédition commandée par son
oncle Conrad III, Frédéric, qui avait assisté à ces désastres, n'enrôla que
les guerriers en état de fournir à leurs dépenses pendant deux ans. Les Allemands
se mirent en marche au commencement de l'été de l'année 1189. Leur armée
traversa paisiblement l'Autriche et la Hongrie, descendit le Danube et la
Drave ; mais elle n'arriva pas à Philippopolis sans avoir combattu les
Blagues, les Servius, les Bulgares et les Grecs, qui s'étaient embusqués sur
les montagnes et dans les défilés. C'est
alors que Frédéric reçut la nouvelle que les ambassadeurs en-. Noyés par lui
à Constantinople avaient été jetés dans les fers. Ne pouvant plus douter de
la trahison d'Isaac-l'Ange, successeur d'Andronic, massacré dans une émeute
populaire, il mit tout le pays à feu et à sang. La liberté rendue à ses
ambassadeurs ne l'empêcha pas de s'emparer d'Andrinople, de Démotique, et de
s'avancer en vainqueur jusques sous les mers de Byzance. Le lèche empereur
d'Orient, qui entretenait des intelligences secrètes avec Saladin, fut frappé
d'épouvante lorsqu'il vit flotter dans la plaine les bannières des croisés.
Lui qui, par un insolent message, avait refusé à Frédéric le titre
d'empereur, et lui avait défendu de mettre le pied sur son territoire, il
s'humilia jusqu'à la bassesse, reçut à Constantinople les soldats de la
croix, et s'empressa de leur fournir les vaisseaux nécessaires pour traverser
l'Hellespont, et leur donna neuf cents otages. Arrivé à Lampsaque, Frédéric
suivit la route d'Alexandre, passa le Granique, traversa les villes de
Pergame, de Sardes, de Philadelphie, de Tripoli, de Laodicée et arriva à la
source du Méandre, où le sultan d'Iconium Kidlige Arslan II, qui avait fait
un traité d'amitié avec les Chrétiens, fut battu et puni de sa perfidie. De
Susopolis l'armée descendit dans la plaine de Philomélium, où elle dispersa
une nombreuse armée de Turcs après plusieurs jours de combats, tandis que le
duc de Souabe prenait et pillait la ville royale d'Iconium. Mais toutes ces
victoires stériles étaient achetées par bien des pertes et bien des misères.
Lorsque les Turcs avaient fui, il fallait combattre contre des ennemis plus
redoutables, la faim, la soif et les maladies qui en sont inséparables. « Les
croisés, vainqueurs d'Iconium, dit Michaud[2], après un merveilleux combat,
se trouvèrent tout-à-coup dans l'abondance de toutes choses. Au milieu de
leur triomphe, leur situation n'était pas sans périls : il y avait toujours
là une nation ennemie qu'il fallait combattre. On sait qu'il n'y a pas de
conquête plus difficile que celle des pays défendus par les opinions
religieuses, parce que tout le monde est intéressé à la guerre. Aux temps
anciens, il s'agissait de décider si l'Asie appartiendrait à Darius ou à
Alexandre ; au temps des croisades, si elle serait chrétienne ou musulmane. » En
quittant Iconium, les Chrétiens se dirigèrent vers Laranda, franchirent avec
des peines inouïes les défilés du Taurus, et parvinrent sur les bords de la
petite rivière de Selef (Guieuk-Sou), que devait rendre célèbre la mort de l'Empereur.
Nous reproduisons ici le récit du chroniqueur Ansbert, qui faisait partie de
l'expédition. « Tandis que les pèlerins, riches et pauvres, marchaient à
travers des rochers comme des chamois et des oiseaux, l'Empereur, pour se
rafraîchir, se baigna dans la rivière rapide de Séleucie (le Selef). Ce prince, qui avait échappé à
tant de périls, entra dans l'eau, malgré l'avis de tous, et fut misérablement
englouti. Respectons la volonté secrète de Dieu à qui on ne peut dire : «
Pourquoi avez-vous fait cela ? Pourquoi faire mourir avant l'âge un si grand
homme ? ... » Plusieurs de ceux qui l'accompagnaient volèrent au secours
de l'Empereur ; mais ils ne ramenèrent qu'un cadavre sur la rive. Cette perte
jeta la désolation dans l'armée. Le deuil et le désespoir remplissaient tous les
cœurs, les croisés pouvaient s'écrier avec le prophète : La couronne est
tombée de notre tête ; malheur à nous qui avons péché ! » La mort
de l'Empereur (1190)
arrêta subitement l’expédition. Le duc de Souabe, proclamé chef par les
croisés, poursuivit tristement sa marche emportant les restes de son père, et
parvint avec cinq mille guerriers, déplorables débris de la plus redoutable
armée qui fût jamais sortie de la Germanie, sous les murs de Ptolémaïs
assiégée par Guy de Lusignan. Ce prince, à peine rendu à la liberté, brûlait
de se signaler par quelque action d'éclat, espérant attirer ainsi sous ses
drapeaux ces braves chevaliers que la gloire et la ferveur appelaient en
Palestine[3]. Dans
cet intervalle Philippe-Auguste et Richard avaient abordé presqu'en même
temps à Messine. Guillaume II venait de mourir ; sa succession, disputée par
Henri VI, roi des Romains et époux de Constance, héritière de Guillaume, et
par Tancrède, frère naturel de Constance, avait allumé la guerre en Sicile.
Tancrède, cher au peuple et à la noblesse, avait usurpé le trône et s'y
maintenait, malgré une armée allemande qui ravageait la Pouille. L'arrivée
des princes croisés effraya l'usurpateur, qui retenait en captivité Jeanne,
veuve de Guillaume et sœur de Richard. Adroit et insinuant, il eut peu de
peine à gagner les bonnes grâces du roi de France ; mais Richard réclama avec
menace la dot de sa sœur, et prit d'assaut deux forts qui commandaient
Messine. De là, une lutte ouverte entre les Anglais et les Siciliens, et
bientôt on vit flotter sur les remparts de la ville l'étendard du prince
anglais. L'intervention énergique de Philippe-Auguste, suzerain de Richard,
mit fin aux désordres, et le drapeau disparut. Tancrède profita avec adresse
de la rivalité des deux monarques, et fomenta des divisions utiles à ses
intérêts. Lorsque Philippe somma Richard d'épouser sa sœur Alix, conformément
à sa promesse, celui-ci, entraîné à la fois par les perfides suggestions de
Tancrède, et par l'ascendant d'Éléonore de Guienne qui avait juré une haine
mortelle aux Français, refusa avec hauteur, et s'apprêta à épouser Bérengère
de Navarre, nouvellement arrivée en Sicile. La rupture était inévitable,
lorsque les deux rois, rappelés à la modération par de sages conseillers, se
jurèrent une seconde fois une amitié éternelle, que le moindre événement
pouvait briser. Au retour du printemps, Philippe s'embarqua pour la Palestine
et fut reçu devant Ptolémaïs comme l'ange du Seigneur. La ville était épuisée
et incapable de résister à un assaut bien concerté, mais Philippe avait
promis au roi d'Angleterre de l'attendre pour commencer l'attaque, et cette
généreuse condescendance, donna à Saladin le temps de réunir une armée
formidable. Pendant
que le roi de France se condamnait à une imprudente inaction, Richard faisait
la conquête d'un petit royaume. Isaac Comnène régnait dans l'île de Chypre
avec le titre fastueux d'empereur. Une tempête ayant dispersé la flotte
anglaise, le navire qui portait Bérengère de Navarre, voulut se réfugier dans
le port de Limisso dont l'entrée lui fut refusée. Richard, qui avait enfin
réuni ses vaisseaux, essuya un refus pareil ; furieux, il débarque ses
soldats, bat sans peine les troupes mal disciplinées d'Isaac qui tombe
lui-même au pouvoir du vainqueur, prend possession de l'île et fonde un
royaume latin qui devait durer trois cents ans. Puis, après avoir célébré son
mariage avec Bérengère, il s'embarque emmenant avec lui l'empereur de Chypre,
chargé de chaînes d'argent. Son arrivée devant Ptolémais rehaussa encore les
espérances des Chrétiens. Mais
des discordes nouvelles ralentirent les progrès du siège. Conrad, marquis de
Tyr, et Guy de Lusignan se disputaient le trône de Jérusalem. A peine arrivé,
Philippe s'était déclaré pour Conrad. Ce fut une raison pour que Richard prit
hautement sous sa protection son compétiteur. L'armée chrétienne se partagea pour
ainsi dire en deux camps. D'un autre côté, les relations pleines de
courtoisie, qui s'étaient établies entre les princes chrétiens et Saladin,
avaient jeté une grande agitation parmi les troupes, et laissaient le champ
libre aux accusations de toute espèce. Cependant la gloire et les intérêts de
la Chrétienté firent taire un moment les factions[4]. « Alors, dit Matthieu Pâris,
les deux rois accompagnés de leurs chevaliers et soldats disposèrent autour
de la ville leurs pierriers et leurs machines. Jour et nuit, ils battirent
fortement les murailles, et bientôt la consternation se mit chez les Infidèles
qui perdirent l'espoir de pouvoir résister plus longtemps. Enfin, ils
délibérèrent et résolurent de traiter de la paix. Elle fut conclue à
condition que Saladin rendrait pour leur rançon la vraie croix, qu'il
mettrait en liberté quinze cents captifs chrétiens au choix des vainqueurs,
et que les Infidèles paieraient de plus sept mille besans d'or. Alors la
ville fut remise aux deux rois avec toutes les armes et toutes les richesses
qu'elle contenait. Les Sarrasins eurent seulement la vie sauve. Quand arriva
le jour fixé pour les restitutions, Saladin n'accomplit aucune de ses
promesses. En punition de cette violation du traité, deux mille six cents
Sarrasins eurent la tête coupée (1191)[5]. La
ville prise, de nouvelles discordes s'élevèrent entre les deux rois. Philippe
ne pouvait voir sans jalousie que tout ce qui se sait de grand dans l'armée
fût attribué à Richard, et celui-ci s'indignait d'être le vassal d'un prince
moins puissant et moins brave que lui. Le monarque français prit donc la
résolution de s'éloigner malgré les prières de ses barons, de ses chevaliers
et de Richard lui-même. « En partant, dit le chroniqueur que nous venons de
citer, le roi laissa le duc de Bourgogne avec dix mille hommes d'armes sous
prétexte d'aider Richard, mais en effet pour le trahir méchamment ; car il
lui donna en partant des instructions de trahison. Chaque jour, le roi de
France voyait tous les pèlerins qui se rendaient en foule à la Terre-Sainte,
se mettre sous la protection du roi Richard. Chaque jour la réputation de son
rival augmentait. Richard était plus riche en trésors, plus libéral à
octroyer des présents ; accompagné d'une armée plus nombreuse, plus ardent à
attaquer les ennemis : aussi Philippe, redoutant pour sa propre gloire cette
concurrence désavantageuse, voulait s'embarquer au plus tôt. Ce qui décidait
encore Philippe à hâter son départ, c'était la mort du comte de Flandre, dont
ledit roi convoitait la terre. Enfin, après avoir juré qu'il n'envahirait pas
à main armée la terre du roi d'Angleterre ou celle des autres seigneurs qui
restaient avec lui, il partit. Le roi Richard resté seul, fit déblayer les
fossés d'Acre, réparer les brèches des murs et y établit une bonne garnison.
» Richard,
resté seul chef de l'expédition, ne se reposa que quelque temps à Ptolémaïs,
et marcha vers Jérusalem à la tête de cent mille croisés. Les Chrétiens,
harcelés à chaque pas dans leur marche par un ennemi insaisissable,
arrivèrent péniblement à Césarée, s'avançant toujours entre les montagnes et
la mer, pour rester en communication avec la flotte chargée de bagages et de
vivres : ils traversèrent la forêt d'Arsur, près de laquelle ils
rencontrèrent toute l'armée de Saladin, impatiente de venger la perte de
Ptolémaïs. Le combat fut long et sanglant ; mais la bravoure de Richard que
les chroniqueurs représentent au fort de la mêlée, comme le moissonneur
abattant les épis, triompha enfin de l'opiniâtre résistance des Infidèles.
Huit mille Musulmans restèrent sur le champ de bataille : les Chrétiens ne
perdirent que mille soldats, parmi lesquels se trouvait l'intrépide Jacques
d'Avesnes. Mais cette glorieuse journée demeura stérile pour les croisés qui
ne surent point profiter de la victoire, et donnèrent à Saladin le temps de
réunir de nouvelles forces. En se retirant, les Musulmans ruinèrent les
places fortes qu'ils ne pouvaient défendre, et lorsque les Chrétiens
arrivèrent à Joppé, ils la trouvèrent démantelée, en relevèrent les murailles
et bâtirent plusieurs châteaux. Richard
avait dans son camp des ennemis plus redoutables que les Musulmans. Plusieurs
chefs chrétiens, et surtout le duc de Bourgogne, voyaient d'un œil jaloux les
exploits du héros anglais, et cherchaient à ternir une gloire qu'ils ne
pouvaient éclipser. Conrad, marquis de Tyr, négociait secrètement avec les
Turcs. Instruit de cette trahison, Richard, qui avait déjà essayé de traiter
de la paix avec Malek-Adel, frère du sultan, envoya des ambassadeurs à
Saladin. Il s'engageait à retourner en Europe à condition qu'on lui livrerait
Jérusalem, et qu'on lui rendrait le bois de la vraie croix. Le refus du chef
musulman ralluma la guerre. Richard s'avança vers les montagnes de la Judée ;
mais la rigueur du froid, la faim et les maladies ramenèrent l'armée vers les
côtes. Arrivés à Ascalon, que Saladin avait détruit de fond en comble, les
croisés en relevèrent les murailles avec ardeur[6]. Cependant,
un sourd mécontentement circulait dans l'armée : on reprochait au roi
d'Angleterre de s'amuser à rebâtir des villes au lieu de marcher sur
Jérusalem, le but principal de l'expédition. Le duc de Bourgogne s'éloigna
avec presque tous les chevaliers français, tandis que le marquis de Tyr
tentait de s'emparer de Ptolémaïs à la faveur des querelles survenues entre
les Génois et les Pisans. L'arrivée subite de Richard força Conrad à la
retraite, et la concorde fut un instant rétablie. Sur ces entrefaites
arrivèrent d'Angleterre des messagers qui instruisirent Richard des troubles
fomentés dans son royaume par l'ambition turbulente de son frère Jean. Forcé
de retourner en Europe, il voulut avant son départ faire élire un roi qui
ralliât les esprits divisés, et poursuivit avec vigueur la sainte entreprise.
Lé marquis de Tyr, son ennemi personnel, réunit les suffrages. Richard ne
s'opposa point à un choix qu'il croyait malheureux et qui humiliait
profondément son orgueil. Mais l'allié des Musulmans ne put jouir du haut
rang où la fortune l'appelait, il fut assassiné par deux Ismaéliens, que le
Vieux de la Montagne avait armés contre lui. « Quelques chroniqueurs
attribuent l'assassinat de Conrad à Homfroi de Thoron, qui avait à venger
l'enlèvement de sa femme et la perte de ses droits au trône de Jérusalem. Au
reste, on n'accusa dans l'armée chrétienne ni Homfroi de Thoron ni Saladin ;
mais plusieurs croisés, surtout les Français, n'hésitèrent point à attribuer
au roi d'Angleterre un meurtre dont il devait profiter. Quoique la bravoure
héroïque de Richard dût repousser toute idée d'une vengeance honteuse,
l'accusation dirigée contre lui s'accrédita par la haine qu'on lui portait.
Le bruit de la mort de Conrad arriva bientôt jusqu'en Europe ;
Philippe-Auguste craignit le même sort, et ne parut plus en public qu'entouré
d'une garde... Il est probable que le roi de France montra en cette occasion
plus de crainte qu'il n'en avait, pour rendre son rival odieux, et pour armer
contre lui la haine du pape et l'indignation de tous les princes de la
Chrétienté[7]. » Richard
apprit dans la plaine ct Ramla où il guerroyait contre les Infidèles,
descendus des montagnes de la Judée, la mort de Conrad et l'élévation de
Henri de Champagne, appelé au pouvoir par les Tyriens[8]. Loin de s'opposer à cette
élection, il céda au nouveau roi de Jérusalem, plusieurs villes qu'il avait
conquises. L'infortuné Guy de Lusignan fut oublié de toute l'armée qui ne
voyait en lui qu'un prince brave mais sans talents. Cependant
Richard ne pouvait se résoudre à s'embarquer sans avoir conquis la ville
sainte que Saladin avait mise en état de défense. Il s'avança donc jusqu'à
Béthénopolis, à sept lieues de Jérusalem. Là, les discordes des Chrétiens se
réveillèrent. Le duc de Bourgogne et beaucoup d'autres chefs, toujours jaloux
des exploits et de la renommée da roi d'Angleterre, paralysaient tous ses
efforts, et irritaient contre lui les pèlerins qui s'écriaient avec désespoir
: Nous n'irons donc point à Jérusalem ! C'est en vain que Richard
aperçut la ville sainte des hauteurs voisines d'Emmaüs. C'est en vain qu'il
versa des larmes à la vue de la montagne de Sion, il ne devait point entrer
dans Jérusalem. Saladin
profitait habilement des dissensions qui affaiblissaient l'armée chrétienne !
Tandis que les croisés se repliaient vers la mer, il vint assiéger, avec une
armée nombreuse, la ville de Joppé, qui opposa une héroïque mais inutile
résistance. La citadelle fut sauvée par l'arrivée Inattendue de Richard, dont
la bravoure, presque fabuleuse, dispersa les ennemis dans un combat sanglant[9]. Cependant la santé de Richard
et celle de Saladin déclinaient chaque jour, et ils souffraient l'un et
l'autre, tous les inconvénients attachés aux discordes civiles et aux guerres
éloignées. Plantagenet brûlait de punir un rival perfide qui avait envahi la
Normandie pendant son absence ; et l'infatigable sultan ne pouvait plus
résister aux clameurs des soldats qui servaient son zèle et du peuple qui en
était victime. Une trêve de trois ans et huit mois fut enfin conclue. Il fut
stipulé, par le traité, que Jérusalem et le Saint-Sépulcre seraient toujours
ouverts à la dévotion des Chrétiens et des pèlerins d'Europe ; qu'ils ne
paieraient point de tribut et n'éprouveraient point de vexations ; que les
Latins conserveraient toute la côte, depuis Joppé jusqu'à Tyr ; et que la
ville d'Ascalon, réclamée vivement par les Turcs et les croisés, serait
démolie. Les principaux chefs des deux armées jurèrent d'observer la
convention ; mais les deux monarques se contentèrent de donner leur parole et
de se prendre la main. Avant de partir, le prince anglais abandonna soit
royaume de Chypre à Guy de Lusignan, sous la condition de le payer aux
Templiers qui le lui avaient acheté depuis longtemps. «
Richard, dit Michaud, n'ayant plus rien à faire en Orient, s'occupa de son
départ. Quand il s'embarqua à Ptolémaïs, les Chrétiens de la Terre-Sainte ne
purent retenir leurs pleurs. On n'avait jamais mieux connu ses vertus ni
rendu plus de justice à ses qualités brillantes. Tous, en le voyant partir,
se croyaient désormais sans appui et sans secours contre les agressions des
musulmans ; lui-même ne put retenir ses larmes, et, lorsqu'il fut sorti du
port, tournant les yeux vers la terre qu'il venait de quitter « Ô terre
sainte, s'écria-t-il, je recommande ton peuple à Dieu ; fasse le Ciel que je
vienne encore te visiter et te secourir ! » Ainsi finit cette troisième
croisade, où tout l'Occident en armes ne put obtenir d'autres avantages que
la conquête de Ptolémaïs et la démolition d'Ascalon. L'Allemagne y perdit sans
gloire un de ses plus grands empereurs et la plus belle de ses armées ; la
France et l'Angleterre, la fleur de la noblesse belliqueuse (1192)[10]. » Ce qui
distingua particulièrement cette croisade, ce furent les sentiments
d'honneur, d'humanité et de courtoisie qui adoucirent les mœurs et donnèrent
à la guerre un caractère moins farouche. A l'exemple des deux héros qui les
commandaient, les Musulmans et les Chrétiens eurent entr'eux de généreux
procédés inconnus jusqu'alors. D'ailleurs, cette croisade ne devait pas être
sans profit pour l'Europe. Des croisés, débarqués en Espagne, affaiblirent
les Maures par leurs victoires, tandis qu'un corps considérable d'Allemands
faisait une guerre heureuse aux sauvages habitants des rives de la Baltique. Cependant
le roi Richard devait encore subir de rudes épreuves avinât de rentrer en
Angleterre. Jeté par une violente tempête sur les côtes de l'Adriatique, il
ne voulut point traverser la France et se dirigea vers l'Allemagne déguisé en
pèlerin et suivi d'un seul serviteur ; mais il fut reconnu près de Vienne en
Autriche, et le duc Léopold, trop peu généreux pour oublier l'insulte qu'il
avait reçue en Palestine, le fit jeter en prison et le vendit ensuite à
l'empereur Henri VI, l'ennemi personnel de Richard. Le roi d'Angleterre resta
pendant deux ans renfermé dans le château de Trifels, près de Landau, et
n'obtint sa liberté qu'en s'engageant à payer une énorme rançon qui épuisa de
nouveau son royaume[11]. INTERVALLE ENTRE LA TROISIÈME ET LA
QUATRIÈME CROISADE (1192-
1199). — Saladin ne
survécut qu'une année au traité conclu avec les Latins. A sa dernière heure,
il distribua, sans distinction, d'abondantes aumônes aux Musulmans, aux
Chrétiens et aux Juifs, et fit porter, dans les rues de Damas, son drap
mortuaire par un émir qui répétait à haute voix : « Voilà ce que
Saladin, vainqueur de l'Orient, emporte de ses conquêtes. » Saladin, en
mourant, n'avait point réglé l'ordre de succession. Il laissait seize enfants
mâles et une fille. De tous ses fils, trois seulement eurent un état
considérable. Azis fut sultan du Caire ; Afhdal, sultan de Damas, avec
Jérusalem et la Palestine ; Dhaher eut en partage Alep et Bosra ; un
quatrième fils fut établi à Hama. La famille de Shiracouh domina à Émesse ;
un petit-fils d'Ayoub, à Balbek ; divers émirs, dans les villes de la Syrie
septentrionale et de la Mésopotamie. Malek-Adel, frère de Saladin, eut les
contrées au-delà de l'Euphrate (Mésopotamie proprement dite). L'union était
impossible entre tant de chefs rivaux. Une guerre formidable éclata entre
Azis et Afhdal ; ce dernier allait triompher de son frère, lorsque la paix
fut rétablie par la politique intéressée de l'habile Malek-Adel, qui
convoitait l'héritage de ses neveux et que l'affection des guerriers
musulmans rendait tout-puissant. Bientôt
la discorde se ralluma entre le sultan du Caire et celui de Damas. Malek-Adel
alors poussa les esprits à la guerre et se déclara pour Azis. Il prit
possession de Damas au nom de son neveu qui, dès ce moment, ne conserva qu'un
pouvoir nominal. A la faveur de ces dissensions, les Atabeks voulurent
ressaisir les provinces qui leur avaient été enlevées par les Ayoubites.
Bientôt tout l'Orient fut en armes. La Perse était bouleversée par les
anciens Seldjoucides. Bagdad, résidence des faibles pontifes musulmans, était
menacée par les ambitieux Kharismiens. Cependant Malek-Adel marchait au
pouvoir suprême à travers ces rivalités qui secondaient ses projets.
Vainqueur de tous ses rivaux et maître de l'Égypte, il recueillit presque
tout entier le vaste héritage de Saladin (1200). Pendant
que Malek-Adel reconstituait l'empire de Saladin, les colonies chrétiennes
étaient en proie à de funestes dissensions. Henri de Champagne, dédaignant
son royaume de Jérusalem, brûlait de retourner en Europe ; Guy de Lusignan,
qui se maintenait avec peine dans son royaume de Chypre, ne songeait plus à
la Terre-Sainte, dont les trois ordres militaires étaient, pour ainsi dire,
les seuls défenseurs. Bohémond III, prince d'Antioche et comte de Tripoli,
était en guerre ouverte avec Livon, prince d'Arménie. La jalousie et
l'ambition avaient mis aux prises les chevaliers du Temple et ceux de
Saint-Jean, et le roi de Jérusalem fit d'inutiles efforts pour rétablir la
paix entre les deux ordres. Enfin, l'intervention du souverain pontife
termina une contestation qui devait bientôt renaître. Après la mort de Saladin, Célestin III avait tenté de réunir sous l'étendard de la croix les princes chrétiens : et, à sa voix, une armée composée d'Allemands et de Hongrois marcha vers la Palestine. L'empereur Henri VI, qui avait juré de délivrer Jérusalem, s'arrêta en Italie avec ses quarante mille hommes à conquérir le royaume de Sicile[12]. Cependant les croisés allemands, débarqués à Ptolémaïs, avaient commencé les hostilités, malgré les avis de Henri de Champagne, et des barons de la Palestine, qui voulaient prévenir le danger d'une rupture imprudente et prématurée. Malek-Adel, vainqueur des Chrétiens dans le voisinage de Naplouse, vint investir Joppé. La mort soudaine de Henri de Champagne empêcha les croisés de porter secours à la place menacée, qui tomba au pouvoir des Infidèles. Les Chrétiens, renforcés par l'arrivée des nouveaux croisés, marchèrent contre l'ennemi qu'ils rencontrèrent entre Tyr et Sidon : la victoire, longtemps disputée, se déclara enfin pour les Latins. Malek-Adel, blessé dans l'action, ne dut son salut qu'à la vitesse de son coursier (1197). Cette journée donna aux vainqueurs les villes de Sidon, de Laodicée, de Giblet et de Béryte. Neuf mille Chrétiens captifs furent rendus à la liberté. « Alors, dit une chronique contemporaine, Sion tressaillit d'allégresse, et les enfants de Juda furent remplis de joie. » Mais cette brillante victoire demeura stérile. Les discordes violentes, qui s'élevèrent bientôt entre les croisés d'Europe et les barons de Syrie, paralysèrent les forces des Chrétiens qui échouèrent devant la petite place de Thoron. Bientôt la paix désirée par les croisés et les Musulmans, également déchirés par des troubles intérieurs, fut conclue, et le départ des Allemands laissa sans défenseurs les villes qu'ils avaient conquises (1200). |
[1]
Histoire des Croisades, t. II, p. 310.
[2]
Histoire des Croisades, t. II, p. 331, sixième édition.
[3]
(1187-1190.) Après la bataille de Tibériade et la prise de Jérusalem, Saladin
avait tenté deux fois de s'emparer de la forte place de Tyr, sauvée par
l'arrivée de l'intrépide Conrad, fils du marquis de Montferrat, prisonnier des
Musulmans. Le sultan essaya, en vain, d'intimider Conrad, en le menaçant
d'exposer son père aux traits des assiégés. « Je préfère, répondit le guerrier
chrétien, la cause de Dieu à la vie de mon père. Saladin leva le siège et alla
investir Tripoli, qui résista victorieusement à ses armes. Bohémond, prince
d'Antioche et comte de Tripoli, menacé dans sa capitale, acheta une trêve de
huit mois. Les Musulmans s'emparèrent de Tortose et de plusieurs forteresses du
Liban. Guy de Lusignan avait obtenu sa liberté, après avoir juré de renoncer à
ses droits sur le royaume de Jérusalem et de retourner en Europe. Sorti de
captivité, il se fit délier de son serment par un conseil d'évêques. Mais
lorsqu'il voulut entrer dans la ville de Tyr, qui s'était donnée à Conrad, il
fut repoussé par les habitants. C'est alors qu'il vint assiéger Ptolémaïs,
appelée tour-à-tour par les historiens Acca, Accon, Acre. Ce siège dura deux
ans, et consuma dans un cercle étroit les forces de l'Europe et de l'Asie. Au
premier cri de guerre, les Moslems de l'Égypte, de l'Arabie et de toutes les
provinces de l'Orient vinrent se ranger sous les étendards du sultan, pour
délivrer leurs frères. On se battit avec acharnement dans neuf batailles, et
telles furent les vicissitudes de la guerre, que Saladin s'ouvrit une fois un
chemin dans la ville, et que, dans une autre circonstance, les Chrétiens
pénétrèrent dans sa tente. Par le secours de plongeurs et de pigeons, le chef
musulman entretenait avec la ville une correspondance suivie ; et dès que la
mer se trouvait libre, la garnison épuisée était remplacée par de nouveaux
défenseurs. La famine exerçait ses ravages dans le camp des Latins : les
combats, l'influence d'un climat étranger diminuaient tous les jours leur armée
; mais de nouveaux arrivants annonçaient et exagéraient le nombre de ceux qui
marchaient sur leurs traces. On disait que le pape, lui-même, était dans les
environs de Constantinople, à la tête d'une armée innombrable. La marche de
l'empereur d'Occident causait aux Musulmans des craintes plus sérieuses. La politique
de Saladin suscita les obstacles que Barberousse rencontra en Grèce et en Asie
; et il ne cacha pas sa joie lorsqu'il apprit la mort de ce redoutable
adversaire. Les Chrétiens éprouvèrent plus d'effroi que de confiance, lorsque
le duc de Souabe, qui devait succomber dans ce siège, arriva avec ses cinq
mille Allemands.
[4]
Il fut décidé dans un conseil de chefs que Guy de Lusignan garderait le titre
de roi pendant sa vie, et que la couronne passerait ainsi dans la famille de
Conrad.
[5]
Geoffroi de Vinisauf donne à peu près le même nombre. Roger de Hoveden dit cinq
mille. Le duc de Bourgogne et surtout Richard signalèrent leur cruauté en cette
circonstance. On affirme que Richard exerça son adresse, en décapitant de sa
main plusieurs prisonniers. Mais Jacques de Vitry assure que, loin de souiller
ainsi la victoire, Philippe-Auguste consentit à rendre la liberté à ses captifs
moyennant rançon.
[6]
Léopold d'Autriche, qui restait inactif avec ses Allemands, répondit à Richard
qu'il n'était ni charpentier, ni maçon. Bromton affirme que le roi le frappa
d'un coup de pied, et fit jeter son étendard dans les fossés de la ville.
Léopold s'éloigna furieux, et jura de se venger.
[7]
Histoire des Croisades, par MICHAUD, tome II, p. 418, 6e édition.
[8]
Le comte de Champagne épousa aussi Isabelle, veuve de Conrad.
[9]
« A sa vue, disent les chroniques, des escadrons entiers prenaient la fuite :
les plus intrépides Musulmans sentaient leurs cheveux se hérisser sur leur
front. Dans un combat singulier, il pourfendit, jusqu'à la ceinture un émir qui
avait osé le défier. Il n'hésitait jamais à voler au secours de ses compagnons
en péril, dût-il se précipiter seul au milieu des bataillons ennemis et revenir
tout hérissé de flèches, semblable à une pelotte couverte d'aiguilles. Les
Infidèles le regardaient comme supérieur à tous les autres hommes : — Rien ne
peut lui résister, s'écriaient-ils dans leur admiration et leur effroi, tous
ses coups sont mortels, et ses actions sont au-dessus de la nature humaine. —
As-tu vu l'ombre du grand roi Richard, disaient les cavaliers turcs aux chevaux
ombrageux ? »
[10]
Hist. des Croisades, t. II, p. 440, sixième édition.
[11]
Tout le monde connaît le dévouement de Blondel, qui avait juré, dit un
chroniqueur, qu'il querrait son seigneur en toute terre, tant qu'il l'aurait
trové.
[12]
Voyez le chapitre XLII.