Décadence des
républiques lombardes. — Commencement des maisons souveraines. — Lutte des
Torriani et des Visconti à Milan. — Othon Visconti, seigneur perpétuel. —
Variations du gouvernement de Florence. — La démocratie l'emporte. — Lutte de
Pise contre Gènes. — Bataille de la Méloria. — Supplice d'Ugolin. —
Abaissement de Pise qui perd la Corse et la Sardaigne. — Gouvernement de
Gènes. — Extension de cette république en Italie et au dehors. — Puissance de
Venise. — Elle cède à Gênes la navigation de la nier Noire. — Révolutions
dans son gouvernement. — Prédominance de l'aristocratie.
La mort
de Frédéric II, la chute de la maison de Romano et l'abaissement des Gibelins
semblaient assurer pour toujours le triomphe du parti guelfe dans la
Haute-Italie[1]. L'Allemagne, désolée par
l'anarchie, puis gouvernée par un prince qui abandonnait pour de l'argent des
droits surannés, n'était plus à craindre ; et les villes lombardes pouvaient
développer en paix les éléments de leur prospérité, à l'aide de
l'indépendance politique qu'elles devaient aux papes. Mais, après la lutte
étrangère, commencèrent les discordes intestines. En forçant les nobles du dehors
à venir s'établir dans leurs murs, en enclavant dans leurs territoires cette
foule de seigneuries, de comtés, de marquisats, dont la Lombardie était
couverte antérieurement au douzième siècle, les communes s'étaient préparé
une cause active et toujours présente de décadence. Se trouvant réunis en
force, les nobles s'entendirent mieux et essayèrent de s'emparer du
gouvernement. L'institution des podestats[2] n'avait été qu'un palliatif.
Les villes reconnurent l'insuffisance du remède, « et prirent peu à peu
le parti de déférer, sous le titre de capitaine, une sorte de dictature à un
citoyen puissant, ou à quelque prince ou seigneur étranger, espérant parvenir
ainsi à ramener l'ordre et la paix. Ces seigneurs ou capitaines réussirent,
dans la suite, à rendre absolu et perpétuel, un pouvoir qu'ils n'avaient d'abord
reçu que pour un temps et à de certaines conditions. De là, l'origine de
plusieurs nouvelles souverainetés, qui se formèrent en Italie dans le cours
du quatorzième siècle[3]. » Telle
fut, par exemple, la maison d'Est à Ferrare, la maison della Scala à Vérone,
celle des Visconti à Milan. Mais cette dernière est la seule qui, durant la
période dont nous nous occupons, ait joué un rôle important. Vers le
milieu du treizième siècle, Milan était partagé entre deux familles
puissantes, les Torriani (della Torre) et les Visconti, issus d'Éliprand, vicomte de
Milan, en 1065. Les descendants d'Éliprand avaient été constamment revêtus
des premières charges de la république ; mais ils passaient pour gibelins, et
leur rival, Pagano della Torre, acquit par sa popularité un grand ascendant à
la fin du règne de Frédéric II, Lorsqu'en 1261, Urbain IV nomma Othon
Visconti archevêque de Milan, Martin, fils de Pagano, s'y opposa, refusa de
recevoir l'archevêque, malgré l'interdit lancé sur la ville, chassa ses
partisans, et ajouta à la seigneurie les villes de Lodi et de Novare. Son
fils, Philippe, y réunit encore plusieurs cités, entr'autres Côme et Verceil,
et exerça en Lombardie une influence qui fut contrebalancée quelque temps par
le Gibelin Palavicini, podestat de Pavie et de Crémone. Après la défaite de Conradin,
les Torriani promirent de recevoir l'archevêque, tout en refusant de
reconnaître la souveraineté de Charles d'Anjou. Grégoire X était parent des
Visconti ; mais il voulait, avant tout, pacifier l'Italie, et celui qui fit
cesser la guerre entre Venise et Bologne, n'était pas homme à ranimer la
querelle, pour favoriser l'ambition de sa famille ; il approuva la conduite
des Torriani. Cependant, quand il fut mort, l'archevêque s'approcha de la
ville où il fut introduit par les nobles et les Gibelins, battit les Torriani
qu'il condamna à l'exil, et fut proclamé seigneur perpétuel de Milan (1277). Entouré
des mercenaires qu'il ramenait, Othon régna paisiblement sur un peuple las de
discordes et corrompu par la richesse. En 1284, il fit nommer vicaire de
l'Empire en Lombardie et prince souverain de Milan, Mattéo Visconti, fils de
son neveu Thibaud, qui avait été tué eu combattant à son service. Ce fut à
lui qu'il transmit son pouvoir après l'avoir exercé pendant près de vingt ans
(1295). Mattéo devait le rendre
héréditaire dans sa famille ; et, à l'exemple des Visconti, la maison della
Scala, à Vérone, venait de se déclarer franchement gibeline. En
Toscane, au contraire, la victoire du parti guelfe fut plus durable. Ce parti
y était représenté par Florence et par la ligue florentine (Arezzo,
Pistoie, Sienne, Volterra, Prato). Lucques, d'abord guelfe, passa aux Gibelins et s'associa aux
destinées de Pise. Après l'expulsion de Guido Novello (1267), les Florentins s'étaient
donnés à Charles d'Anjou, dont le vicaire fut chargé de la guerre et de la
justice. Les trente-six prudhommes furent réduits à douze, et un conseil de
cent vingt membres composé de nobles, de bourgeois, d'artisans, eut la part
principale dans le pouvoir exécutif, avec mission de distribuer les fonctions
publiques. Les biens des Gibelins proscrits furent divisés en trois parts,
une pour le fisc, une autre pour les capitaines : la troisième fut adjugée
aux Guelfes à titre d'indemnité. En 1273, Grégoire X, passant en Toscane pour
se rendre en France, voulut rapprocher les partis. Il releva Pise des
censures ecclésiastiques, et négocia pour faire rentrer les Gibelins à
Florence. Les Guelfes y consentirent ; mais leurs adversaires craignant
quelque trahison refusèrent de profiter de la permission qu'on leur
accordait. Le pape, irrité du mauvais succès de sa tentative, punit la ville
par un interdit dont Innocent V la releva bientôt (1276). Florence
alors marcha hardiment dans les voies démocratiques, sous la protection des
rois de Naples et malgré les factions qui la divisaient. En 1282, elle donna
à son gouvernement une forme entièrement républicaine par l'institution des
six prieurs des arts dont la réunion s'appela la Seigneurie. Ce
conseil fut investi de tout le pouvoir exécutif : les membres qui le
composaient mangeaient à la même table aux frais de l'état, et il leur était
interdit de s'absenter pendant les deux mois que duraient leurs fonctions.
Quelques années après furent publiés les Ordinamenti della Giustizia
qui privaient du droit de cité trente-sept familles nobles et les excluaient
à jamais des fonctions de prieurs (1291). L'année suivante, pour mettre un
terme aux Inimitiés particulières, les Florentins créèrent un magistrat,
nommé gonfalonnier de justice, revêtu du pouvoir de rassembler le peuple
soifs sa bannière toutes les fois que les mesures de conciliation seraient
insuffisantes pour faire cesser les troubles et rétablir la paix. Au milieu
de ces variations fréquentes, Florence ne laissa pas de s'enrichir par son
commerce et ses manufactures, et elle se mit en état de subjuguer peu à peu
les villes libres de la Toscane. Pise,
sa rivale politique et la rivale commerciale de Gènes, succomba la première.
D'abord supérieure à Gènes en forces maritimes, elle avait eu l'avantage dans
la lutte que la possession de la Corse et de la Sardaigne avait suscitée
entre les deux républiques. Pise acquit définitivement la Sardaigne en 1117,
et la divisa en quatre grandes juridictions ; celles de Cagliari, de Logodor,
de Galluri et d'Arboréa. Mais les Génois entretinrent dans cette île des
intrigues constantes, et Frédéric Barberousse, pour leur complaire, déclara
roi de toute la Sardaigne leur vassal Barisone, juge d'Arboréa, qu'il
couronna en cette qualité à Pavie, le 3 août 1164. Cependant, dès l'année
suivante, le même Empereur accorda l'investiture de Pile entière aux Pisans.
A la suite de nouveaux démêlés, les deux partis s'en remirent à l'arbitrage
de Barberousse, qui ordonna la division de l'île entre les Génois et les
Pisans (1175). Frédéric II, en 1238, nomma
sou fils Enzio roi de Sardaigne, en lui faisant épouser Adelasie, héritière
de Torre et de Galluri, laquelle, deux ans auparavant, avait fait donation de
ses biens au pape Grégoire IX. Cette royauté titulaire ne nuisit en rien à
l'autorité de Pise qui posséda la Sardaigne, sans contestation sérieuse,
pendant le cours du treizième siècle. La
querelle fut plus vive encore au sujet de la Corse. En 1092, Urbain II,
élevant Pise au rang d'archevêché, lui avait assigné, pour suffragants, tous
les évêchés de la Corse, disposition qui fut confirmée par Honorius II. Pour
terminer la guerre qui éclata entre les deux républiques, « l'archevêque
Ubert de Pise céda à Gênes, vers 1132, trois évêchés de Corse, en se
réservant ceux d'Aléria, d'Ajaccio et de Sagone. Le pape Innocent II conféra
depuis la moitié de l'île aux Génois moyennant un cens annuel d'une livre
d'or. Il érigea, en 1133, Gênes en métropole, et lui donna pour suffragants,
les évêchés de Mariana, d'Acci et de Nebio en Corse. L'archevêque de Pise
reçut, en 1138, du même pape, en compensation, les évêchés de Gartelli et de
Civita en Sardaigne[4]. » Ce partage occasionna
des collisions fréquentes qui engendrèrent des haines implacables entre les
deux peuples. Tant que la maison de Souabe fut puissante en Italie, les
Pisans conservèrent l'empire de la mer tyrrhénienne ; mais après la chute de
cette famille la guerre se ralluma avec fureur. Les Génois ayant voulu
réprimer les pirateries du juge de Ginerça en Corse, les Pisans se
déclarèrent pour lui. Les deux flottes s'observèrent pendant deux ans, et se
livrèrent enfin une bataille décisive à la Méloria, lieu jadis funeste aux
Génois (1284). Cette fois Gênes l'emporta.
Son amiral, Oberto Doria, battit complètement le podestat Morosini.
Vingt-huit galères pisanes furent prises, sept coulées à fond ; on compta
cinq mille morts, et le nombre des prisonniers fut tel, qu'on disait dans
toute l'Italie : « Allez à Gênes pour voir Pise. » Ce
désastre porta un coup mortel à la puissance pisane et assura la domination
de Gênes sur la Corse et les mers voisines. Les Guelfes de la Toscane
applaudirent à l'humiliation de la ville gibeline, reçurent les Génois dans
leur ligue, et s'engagèrent à réunir leurs efforts pour achever la ruine de
Pise. Celle-ci, menacée dans son existence, se donna pour podestat le comte
Ugolin de Gherardesca, qui essaya de s'appuyer sur les Guelfes et refusa de
se laisser associer l'archevêque Roger. Comme son neveu l'avertissait du
mécontentement du peuple, il le frappa de son poignard, et tua, d'un coup de
hache, un parent de l'archevêque. Mais celui-ci répandit le bruit qu'il
voulait livrer la ville aux Florentins, et, soutenu par trois familles
puissantes, enferma Ugolin avec ses deux fils et ses deux petits-fils dans la
tour de la place Degli Anziani. Les clefs furent jetées dans l'Arno, et les
malheureux moururent de faim (1287)[5]. Pise appela alors à son aide
le comte de Montefeltro qui la défendit quelque temps avec succès. Mais une
nouvelle guerre l'accabla, et, en 1290, elle souscrivit l'arrêt de sa ruine.
Les Génois la condamnèrent à combler son port et celui de Livourne, et à
céder l'île d'Elbe. Bientôt le pape Boniface VIII, invoquant les prétendues
donations de Charlemagne et de Louis-le-Débonnaire, donna à la maison
d'Aragon l'investiture de la Sardaigne (1294), et un massacre, qui rappelle celui des Vêpres
Siciliennes, finit par livrer l'île à Jayme II. Gênes,
au contraire, arrivait à cette époque au plus haut degré de la puissance et
de la richesse. Elle dut aux croisades les progrès de son commerce qu'elle
étendit dans les mers du Levant, à Constantinople, en Syrie et en Égypte.
Gouvernée primitivement par des consuls, cette république se donna, en 1190,
un podestat étranger pour réprimer la faction et la turbulence des nobles.
Dans la suite, ce podestat fut subordonné à des capitaines du peuple, que les
Génois instituèrent ponde première fois en 1257. Mais la rivalité des Doria
et des Grimaldi troubla longtemps l'état et manqua de livrer Gênes à
Charles-d'Anjou. Malgré, les vicissitudes auxquelles fut exposé le
gouvernement de Gênes avant de prendre une forme stable et permanente[6], cette ville agrandit son
territoire en Italie et son influence au dehors. Dès la fin du douzième
siècle, nous la voyons en possession du comté de Nice, du pays de Montferrat,
des principautés de Massa, d'Oneille et de Monaco. Es 1174, le comte Raymond
lui céda le commerce exclusif de la Provence et tous les ports situés entre
Torbia et Narbonne. La jalousie des ville voisines, telles qu'Alexandrie et
Tortone, et l'inimitié de l'empereur Frédéric II purent arrêter le
développement de la puissance génoise sur le continent italien ; mais, au
dehors, l'influence de Gênes alla toujours en croissant. Les traités qu'elle
conclut avec les Maures de Ceuta et les sultans d'Égypte facilitèrent
l'établissement d'entrepôts considérables sur la côte africaine. Elle se fit
payer tribut par les rois de Chypre, et, en 1261, aida Michel Paléologue à
chasser les Latins de Constantinople. Cet événement permit aux Génois de se
substituer aux Vénitiens dans les mers du Levant. Smyrne, dans l'Asie Mineure
; les faubourgs Pera et Galata, à Constantinople ; les îles de Scio, de
Mételin, de Ténédos, dans l'Archipel, leur furent cédées par les empereurs
grecs. A la suite d'une guerre contre Venise, ils restèrent en possession du
fameux port de Caffa dans la Chersonèse taurique, et de celui d'Azoff (l'ancienne
Tana), qui leur
servirent d'entrepôts pour, le commerce des Indes et même de la Chine. Les
rois de Sicile, de France, de Castille, d'Aragon, s'habituèrent à leur louer
des vaisseaux en vertu de traités toujours avantageux pour les marchands
génois[7]. Gênes avait aussi disputé
Candie aux Vénitiens, et elle enleva, comme nous l'avons vu, la Corse aux
Pisans. La
grandeur commerciale de Venise date aussi des croisades, qu'elle exploita dans
un intérêt tout mercantile. Grâce à la faveur d'Alexis Comnène, les Vénitiens
ne tardèrent pas à avoir des comptoirs, des factoreries, et une juridiction
particulière dans les principales échelles de l'Asie. Manuel Comnène,
enchérissant sur la protection de ses prédécesseurs, leur accorda par son
chrysobole les immunités les plus étendues dans tous les ports de l'Empire, à
l'exception de ceux de Chypre et de Candie. La troisième croisade, qui fit
passer Chypre aux mains des Latins, et surtout la quatrième, à laquelle
Venise prit une part si active, accélérèrent l'agrandissement de cette
république. Par le démembrement de 1205[8], les Vénitiens obtinrent un
monopole universel et une souveraineté partielle sur plusieurs villes et
ports de la Dalmatie, de l'Albanie, de la Grèce, de la Morée, sur les îles de
Corfou, de Céphalonie, de Candie, sur douze Cyclades qui formèrent le duché
de Naxos possédé par la famille Sanudo. Ils eurent aussi la moitié de
Constantinople et les ports de la mer Noire. Cet accroissement de pouvoir les
mit en état de résister aux attaques fréquentes des Hongrois qui leur
disputaient l'Illyrie, et à la ligue gibeline qui, sous les ordres
d'Eccelino, menaçait leur domination dans la terre ferme. Depuis longtemps
une sourde irritation divisait Gênes et Venise, lorsqu'un conflit sérieux
éclata à propos de la possession exclusive de l'église de Ptolémaïs (1258). La part que prirent les Génois
à l'expulsion des Latins de Constantinople accrut encore la haine des deux
états qui, à partir de l'année 1264, se firent une guerre acharnée,
interrompue seulement par de courtes trêves. Sous le pontificat de Grégoire
X, Venise ayant imposé un tribut à tous les peuples qui voudraient commercer
dans le golfe, Bologne réclama par les urines contre cette prétention
exorbitante, et, par la médiation du pape, obtint la liberté de la
navigation. La république comprima ensuite une révolte de l'Istrie, imposa à
Ancône un traité humiliant et reprit la guerre contre Gênes. Deux sanglantes
défaites, l'une, près de Cursola dans l'Illyrie (1293), l'autre dans le golfe même de
Venise (1297), abattirent son orgueil.
Vainement le doge Gradenigo essaya de continuer les hostilités ; il fut
contraint de signer un traité qui interdisait aux vaisseaux vénitiens de
naviguer dans la mer Noire et sur les côtes de la Syrie (1299). Cette époque, si fatale à la puissance de Venise concorde avec la ruine de ses anciennes institutions : dans les siècles antérieurs, l'élément démocratique y dominait, et l'assemblée générale, composée d'électeurs nommés par le peuple, renouvelait chaque année le grand conseil. Mais, en 1112, ce conseil, dont les attributions très-étendues limitaient le pouvoir du doge, enleva à l'assemblée générale l'élection du chef de l'état, et se réserva le choix des tribuns auxquels appartenait la nomination des nouveaux membres. En 1298, Gradenigo fit faire un pas immense à l'aristocratie, en restreignant l'éligibilité aux familles des conseillers alors en exercice, et sous le dogat de Giovanni Soranzo (1319), l'élection même fut abolie. On fixa irrévocablement dans le grand conseil tous ceux qui en faisaient partie à cette époque, et leurs descendants à perpétuité ; et on inscrivit, sur un registre appelé livre d'or, les noms des familles investies de cette magistrature héréditaire. Ces changements ne purent s'effectuer sans exciter un vif mécontentement parmi ceux qui se trouvaient exclus de l'administration de l'Etat. L'esprit démocratique se manifesta par deux conspirations, qui éclatèrent à peu d'intervalle. Celle de Marino Bocconio, en 1299, fut réprimée par des supplices ; celle de Bohémond Tiépolo (1310) amena une collision sanglante. Les partisans de l'ancien gouvernement et ceux du nouveau se livrèrent bataille sur la place de Saint-Marc. « Tiépolo et son parti eurent le dessous : Querini, un des chefs, fut tué dans l'action. On nomma une commission de dix membres pour informer contre les complices secrets de la conjuration. Cette commission, qui ne devait être que momentanée, fut déclarée ensuite perpétuelle et devint, sous le nom de conseil des Dix, le plus redoutable appui de l'aristocratie[9]. » Ainsi fut fixée la constitution oligarchique, que la république de Venise devait conserver jusqu'au moment de sa destruction. |
[1]
Comme nous avons indiqué les principaux événements relatifs à l'histoire de la
Haute-Italie, eu parlant des successeurs de Frédéric II, nous renvoyons à cet
égard aux chap. XLIV et XLV.
[2]
Voyez le chap. XLI.
[3]
KOCH, Tabl.
des rérol., période. IV, p. 241.
[4]
KOCH, périod.
IV, p. 249, note, d'après Ughelli, Ital. sacra et Cenni, monum.
demin. pontif.
[5]
On connaît le terrible récit de Dante, qui se termine ainsi :
« Quand nous fûmes arrivés au quatrième jour, Gaddo
s'étendit à mes pieds en disant : « Mon père, pourquoi ne viens-tu pas à
mon aide ? » Il mourut là et je vis les trois tomber un à un entre le cinquième
et le sixième jour. Ensuite je me mis déjà aveugle à me rouler à tâtons sur
chacun d'eux ; et je les appelai encore deux jours après qu'ils furent morts.
Ensuite la faim eut plus de puissance que la douleur. (Infera. Cant.,
XXXIII.)
[6]
L'institution des doges de Gênes ne date que de l'année 1339.
[7]
On peut citer, par exemple, les marchés conclus par saint Louis au moment de
son expédition contre Tunis. Un seul vaisseau nommé le Paradis appartenant à
Pierre Doria, fut loué 3.750 livres tournois. Un autre, construit par Simon
Malone, fut vendu 9.000 livres. L'ensemble des sommes forme un total
considérable.
[8]
Voyez pour la part des Vénitiens dans la quatrième croisade le chap. LII.
[9]
KOCH, Tabl.
des Révol., périod. IV, p. 246.