HISTOIRE GÉNÉRALE DU MOYEN ÂGE

SECONDE PÉRIODE. — DEPUIS L'AVÈNEMENT DE JUSTINIEN Ier JUSQU'À L'AVÈNEMENT DE PÉPIN-LE-BREF (527-752)

 

CHAPITRE XVIII. — HISTOIRE DES LOMBARDS DEPUIS LEUR APPARITION SUR LES BORDS DU DANUBE JUSQU'À LA FIN DE L'EXARCHAT DE RAVENNE (527-752).

 

 

Justinien appelle les Lombards dans l'empire. — Alboin succède à son père Audoin. — Défaite des Gépides et mort de Cunimond. — Alboin part pour la conquête de l'Italie. — Disgrâce de Narsès. — Premiers succès des Lombards. — Pavie, capitale du royaume. — Exarchat de Ravenne. — Mort violente d'Alboin. — Cléphis son successeur est assassiné. — Oligarchie militaire. — Les Lombards reviennent à la royauté. — Règne d'Autharis. — Invasion des Francs. — Guerre contre les Grecs. — Avènement d'Agilulfe. — Paix avec les Francs. — Adaloal et Ariovald. — Conquêtes et législation de Rotharis. — Rodoald perd le trône et la vie. — Aribert commence la dynastie bavaroise. — Usurpation de Grimoald. — Bataille de Formica. — Règne de Pertharite, de Cunibert, de Luitbert. — Usurpation de Ragimbert. — Aribert II son fils est défait et remplacé par Ansprand. — Règne glorieux de Luitprand. — Hildebrand. — Ratchis. — Avènement d'Adolphe. — Fin de l'exarchat de Ravenne. — Le pape menacé dans Rome implore le secours de Pépin.

 

Les victoires de Bélisaire sur les Goths avaient compromis la sûreté de l'Empire en renversant l'importante barrière du Haut-Danube, que Théodoric et ses successeurs avaient gardée si fidèlement. Pour défendre l'Italie, les Goths évacuèrent la Pannonie et le Norique. L'empereur d'Orient réclamait la souveraineté de ces deux provinces abandonnées à l'audace du premier envahisseur. Les tribus des Gépides, cantonnées depuis la mort d'Attila sur les rives opposées du Danube, s'emparèrent bientôt des fortifications abandonnées par les Goths et plantèrent leurs drapeaux sur les murs de Sirmium et de Belgrade. Le ton ironique de la justification de ces barbares aggravait cette insulte faite à la majesté de l'Empire. Ils écrivirent à l'Empereur : « Vos domaines sont si étendus, ô César, vos villes si nombreuses, que vous cherchez continuellement des peuples auxquels vous puissiez abandonner ces inutiles possessions. Les braves Gépides sont vos fidèles alliés, et en anticipant sur vos dons, ils ont montré une juste confiance en vos bontés. »

Au lieu de les châtier de leur présomption, au lieu de faire valoir ses droits par les armes, Justinien appela un peuple féroce dans les provinces situées entre le Danube et les Alpes, et l'ambition des Gépides fat réprimée par la rivalité menaçante des Lombards. On aperçoit ce peuple pour la première fois sons le règne d'Auguste, entre l'Elbe et l'Oder. Plus farouches que les autres tribus germaniques, les Lombards ne faisaient jamais quartier à des ennemis vaincus. On disait qu'ils se rassasiaient de sang humain. Armés de longues piques, couverts de peaux de bêtes, ne laissant voir de leur visage, caché par leurs cheveux et leurs longues barbes, que des yeux étincelants et terribles, ils étaient devenus un objet d'effroi peur tous leurs voisins, et ils avaient maintenu sans secours étranger leur indépendance. Ils descendirent peu à peu vers le midi et le Danube. Ils dispersèrent après une longue lutte les Hérules, établis dans le Rugiland (518), et attirèrent sur eux par leurs victoires l'attention des empereurs d'Orient. A la sollicitation de Justinien, ils passèrent le Danube afin de réduire les villes du Norique et les forteresses de la Pannonie. Mais l'amour du pillage les porta bientôt au-delà de ces deux provinces. Ils errèrent sur les côtes de la mer Adriatique jusqu'à Dyrrachium ; puis, revenant sur leurs pas, ils engagèrent avec les Gépides une lutte qui, après trente années, devait se terminer par l'anéantissement de ce peuple rival.

Audoin, roi des Lombards, combattit d'abord avec une égale alternative de succès et de revers. Mais la gloire de terminer cette guerre était réservée à Alboin, sou fils et son successeur. Ce prince devait épouser la petite-fille de Clovis : mais la foi du serment et les lois de la politique furent sens pouvoir sur l'esprit dit chef Barbare, qui brûlait d'obtenir ta main de la belle Rosemonde, fille de Cunimond, roi des Gépides. Albain ayant employé sans succès la voie de la persuasion, eut recours à la force et enleva la jeune princesse. D prévoyait que la guerre serait la suite de cet attentat : il la désirait ; mais les Lombards furent défaits par les Gépides, qu'appuyait une armée romaine et le ravisseur fut forcé de lâcher sa proie. Alboin implora alors le secours du khan des Avares, nouvellement venus du fond de l'Asie. Les misons qu'il fit valoir donnent, une idée de la politique des Barbares. « Il dit qu'en attaquant les Gépides, il avait eu dessein d'anéantir un peuple que son alliance avec le peuple romain rendait l'ennemi commun des nations et l'ennemi personnel du khan ; que la réunion de l'armée des Avares et de celle des Lombards assurerait la victoire ; que la récompense du triomphe serait infinie ; que le Danube, l'Elbe, l'Italie et Constantinople se trouveraient exposés sans barrière à leurs armées invincibles ; mais que si le khan ne prévenait pas l'exécution des odieux projets des Romains, la ruine et la dispersion de son peuple était inévitable. » Le chef des Avares consentit à un traité, mais à de dures et humiliantes conditions. Il demanda que les Lombards lui payassent sur-le-champ la dîme de leurs troupeaux ; que les dépouilles et les captifs fussent partagés également ; mais que les terres des Gépides appartinssent exclusivement aux Avares. Alboin dominé par ses passions, souscrivit sans hésiter à ces rigoureuses conditions ; l'empereur Justin, furieux de l'ingratitude et de la perfidie des Gépides, abandonna ce peuple à sa destinée et demeura tranquille spectateur de cette lutte inégale.

Cunimond apprit bientôt-que les Avares avaient envahi son territoire, et convaincu qu'après la défaite des Lombards, il repousserait aisément ces étrangers, il marcha d'abord contre l'implacable ennemi de son nom et de sa famille (566) : mais l'intrépidité des Gépides ne leur valut qu'une mort honorable ; les plus braves furent tués en combattant : la tête de Cunimond fut apportée au roi 'des Lombards, qui, pour assouvir sa haine ou suivre une coutume barbare de son pays, se fit une coupe d'honneur du crâne de son ennemi. Après la victoire, les alliés observèrent fidèlement les clauses du traité. La nation des Gépides disparut. On détermina ou on força la malheureuse Rosemonde à reconnaître les droits du vainqueur, et la fille de Cunimond parut oublier des crimes qu'on pouvait imputer à sa beauté.

L'ambition d'Alboin n'était pas satisfaite et le vainqueur des Gépides convoita bientôt les rives fertiles du P6 et du Tibre. Quinze ans auparavant un corps de Lombards alliés do Narsès avaient visité l'Italie. Les guerriers qui avaient pris part à cette expédition se souvenaient de son ciel, de ses montagnes, de ses plaines et de ses fleuves ; le bruit de leurs succès, la vue du butin qu'ils avaient rapporté, donnaient à la génération présente un vif désir de voir cette riche contrée. La valeur et l'éloquence d'Alboin échauffèrent encore les courages. On assure que pour faire plus d'impression sur les esprits, il fit servir dans un banquet des fruits d'une extrême beauté et d'un goût exquis, en leur disant : voilà ce que produit l'Italie ; il réunit sous ses drapeaux l'élite des guerriers de la Scythie et de la Germanie. Les robustes paysans du Norique et de la Pannonie se joignirent à ces troupes (568). Tout ce que les Lombards purent emporter de leurs richesses suivait l'armée ; ils abandonnèrent joyeusement leurs terres aux Avares d'après la promesse solennelle, faite et reçue sans sourire, que s'ils échouaient dans la conquête de l'Italie, ils rentreraient dans leurs anciennes possessions.

La faiblesse de la cour de Byzance fut utile aux Barbares, et ce fut pour la ruine de l'Italie que l'empereur écouta une fois les plaintes de ses sujets. Narsès s'était rendu odieux par son avarice et ses extorsions ; des députés de Rome à Constantinople énoncèrent avec liberté le mécontentement général ; ils déclarèrent que leur servitude sous les Goths avait été plus supportable que le despotisme d'un eunuque grec, et que, si on ne déposait par sur-le-champ leur tyran, ils se choisiraient un autre maitre. Narsès fut disgracié. Un nouvel exarque, Longin, remplaça le vainqueur de l'Italie, et l'impératrice Sophie insulta à son malheur par une lettre[1]. Au lieu d'aller comme un esclave et comme une victime à la porte du palais de Byzance, Narsès se retira à Naples d'où, si l'on en croit les assertions de ses contemporains, il excita les Lombards à punir l'ingratitude du prince et du peuple. Les soldats déplorèrent bientôt la perte de leur brave général. Ils n'entendaient pas parler de leur nouvel exarque, et Longin ignorait aussi l'état de l'armée et des provinces.

Alboin comptait bien ne pas trouver une armée romaine devant lui. Lorsqu'il fut au sommet des Alpes Juliennes, il promena un regard avide sur ces fertiles plaines auxquelles ses victoires ont donné le nom do Lombardie. Un commandant fidèle et une troupe choisie furent placés par lui dans le Frioul (forum Julii), et gardèrent les défilés des montagnes. La force de Pavie effraya les Lombards, et ils écoutèrent les prières des Trévisans. Leurs hordes chargées d'un lourd bagage vinrent occuper le palais et la ville de Vérone, et six mois après son départ de Pannonie, Alboin investit avec toute son armée Milan qui renaissait de ses cendres. La terreur le précédait. On voyait les lâches Italiens se réfugier au milieu des lacs, des rochers et des marais, et la république naissante de Venise, qui grandissait au milieu des calamités publiques, reçut dans son sein les fugitifs d'Aquilée. Milan capitula et le perfide Alboin, au mépris de la foi jurée, chassa de la ville l'archevêque Honorat, le clergé et les nobles. Des collines du Tyrol aux portes de Ravenne et de Rome, les Lombards s'emparèrent de l'intérieur de l'Italie, sans livrer une bataille, sans former un siège. L'exarque se voyant hors d'état de résister, alla annoncer à l'empereur Justin la perte rapide et irréparable de ses provinces et de ses villes (571).

Une place que les Goths avaient fortifiée avec soin, arrêta les progrès des conquérants, et tandis que des détachements de Lombards subjuguaient le reste de la Péninsule, le camp du roi demeura plus de trois ans devant la porte occidentale de Pavie. Alboin furieux de cette résistance fit l'épouvantable serment de massacrer tous les habitants. La famine lui permit d'accomplir ce vœu sanguinaire ; mais en passant sous la porte de Pavie son cheval s'abattit sans pouvoir se relever. Le Lombard crut voir dans cette chute un indice de la colère céleste, et remit son épée dans le fourreau. Il vint s'établir dans le palais de Théodoric, et annonça à la multitude tremblante qu'elle vivrait, mais qu'elle vivrait pour obéir (573). Le roi des Lombards, charmé de la position de cette ville, que la longueur du siège avait rendue plus chère à son orgueil, dédaigna l'antique gloire de Milan, et Pavie fut, durant quelques générations, la capitale du royaume d'Italie.

Alboin, abandonné de vingt mille Saxons auxiliaires, ne put poursuivre ses conquêtes et se concentra dans le Nord. La cour de Byzance conserva toute la côte depuis l'embouchure du Pô jusqu'à celle du Tibre. L'exarque de Ravenne gouvernait toutes les provinces de l'Italie qui n'avaient point subi la domination des Lombards. L'exarchat proprement dit se composait de Ravenne, Bologne, Imola, Faventia, Ferrare, Adria, Comacchio, Forli, Césène et quelques autres villes moins importantes. Les cinq principales villes de la Pentapole étalent Ancône, Rimini, Pesaro, Fano et Sinigaglia. L'exarchat et la Pentapole étaient soumis à l'autorité immédiate de l'exarque. Les principales villes des autres provinces étaient gouvernées par des ducs, simples lieutenants ou délégués de l'exarque qui pouvait les révoquer.

Le règne d'Alboin fut brillant, mais de courte durée. Ce prince fut la victime d'une trahison domestique et de la vengeance de sa femme, avant d'avoir pu régler définitivement ses nouvelles conquêtes[2]. Après avoir vidé dans une orgie plusieurs coupes de Falerne, il demanda le crâne de Cunimund. Les chefs lombards qui se trouvaient à sa table poussèrent d'horribles acclamations de joie, en voyant ce symbole de la victoire : « Remplissez cette coupe de nouveau, remplissez-la jusqu'à ce qu'elle déborde, s'écria le vainqueur inhumain, portez-la ensuite à la reine, et priez-la de ma part de boire à la mémoire de son père. » Rosamonde, suffoquée par la douleur et la rage, ne dit que ces mots : « Je dois obéir » à mon maitre. » Elle feignit de porter à sa bouche cette coupe exécrable, et prononça au fond de son cœur le serment de punir cette insulte dans le sang d'Alboin. Elle chargea du soin de sa vengeance Hemilchis, jeune officier du palais, son amant. Une occasion favorable ne se fit pas attendre. Le "roi chargé de vin sortit un jour de table et alla sommeiller suivant sa coutume. L'infidèle épouse, sous prétexte de veiller sur le repos de son mari, ordonna de fermer les portes du palais. Alboin surpris sans défense par les meurtriers fut égorgé au pied de sou lit. La fille de Cunimund sourit en le voyant tomber : on l'enterra sous l'escalier du palais, et longtemps après sa mort les Lombards révérèrent le tombeau et la mémoire de leur chef victorieux.

L'ambitieuse Rosemonde aspirait à régner sons le nom de son amant. La ville et le palais de Vérone redoutaient son pouvoir, et une troupe de Gépides qui lui étaient dévoués, se disposait à seconder les désirs de sa souveraine. Mais les chefs lombards, qui s'étaient enfuis dans les premiers moments de la consternation et du désordre, avaient repris courage et rassemblé leurs forces, et bientôt le peuple demanda à grands cris le châtiment de Rosemonde et des meurtriers du roi[3]. Elle se réfugia avec ses complices, sa famille et ses trésors à Ravenne. L'exarque Longin épris de sa beauté voulut l'épouser. Elle n'hésita pas à lui sacrifier un amant jaloux, et 'lénifiais en sortant du bain, reçut un breuvage empoisonné de la main de sa maitresse. Le goût de la liqueur, ses prompts effets, sa connaissance du caractère de Rosemonde lui apprirent bientôt que le poison coulait dans ses veines ; alors lui mettant le poignard sur la gorge, il la força de boire le reste de la coupe.

Les libres suffrages de l'assemblée de Pavie donnèrent le trône à Clephis ou Cleph, un des plus braves généraux d'Alboin (573). Ce prince s'avança jusqu'aux portes de Ravenne et de Rome, tandis que les ducs, voisins de la Gaule, faisaient en-deçà des Alpes une dernière incursion.

Après un règne de quinze mois, Cleph fut assassiné par un de ses officiers. Sa mort fut le signal d'une révolution que ses violences et ses caprices sanguinaires avaient préparée. Les seigneurs lombards exploitant à leur profit la disposition des esprits dégoûtés de la monarchie, se constituèrent en oligarchie militaire, et trente-deux se partagèrent le royaume conquis par Alboin.

Mais de l'égalité des droits et de l'inégalité de la puissance devait naître la guerre civile. Des discordes intestines arrêtèrent pour jamais l'élan de la conquête ; et la prise de Pérouse et de quelques autres villes attesta plutôt la faiblesse de l'exarque Longin que la force des Lombards. Bientôt les Grecs, qui avaient reçu de l'empereur Maurice des renforts, reprirent l'offensive. L'exarque Smaragdus remporta une victoire décisive, et s'empara de la forteresse de Brissello. D'un autre côté, Childebert, gagné par la cour de Byzance, se préparait à passer les Alpes à la tête de ses tribus germaniques. La crainte du danger ramena les Lombards à l'union monarchique, et Autharis, déjà célèbre par ses exploits, fut proclamé dans une assemblée générale de la nation (584).

Afin de prémunir la royauté contre de nouveaux coups, sans toutefois irriter les grands feudataires, qui l'avaient placé eux-mêmes sur le trône, le nouveau prince confirma les ducs dans leurs gouvernements, dont il se réservait la souveraineté : mais il exigea la moitié de leurs revenus, et les astreignit au service militaire toutes les fois qu'il les appellerait sous ses drapeaux. Il assura à leurs enfants mâles la possession de leurs fiefs, dont il ne disposa jamais que dans les cas de félonie. Dans l'espace d'un règne de six ans, le sage Autharis adoucit la férocité des Lombards, que la confusion du dernier gouvernement avait encore accrue, et les lois pleines d'équité dont il frappa le vol, le meurtre et l'adultère mirent fin aux désordres qui avaient signalé les dix années d'une aristocratie intolérable[4].

(585-588.) Les vainqueurs de l'Italie, rangés sous les étendards de leur nouveau roi, arrêtèrent trois invasions successives des Austrasiens, dont une était dirigée par Childebert II, le dernier des princes mérovingiens qui aient passé les Alpes. Un traité et de riches présents arrêtèrent la première. Dans la seconde, les Francs éprouvèrent une défaite sanglante. Enflammés par la vengeance, ils inondèrent une troisième fois les provinces des Lombards, et Autharis céda à la fureur de ce torrent. Les troupes et les trésors des Lombards étaient répandus dans les villes murées situées entre les Alpes et l'Apennin. Une nation moins sensible au danger qu'à la fatigue murmura contre l'inaction de ses vingt chefs, et le soleil ardent de l'Italie frappa ces corps habitués à un autre climat, et qui avaient déjà souffert les alternatives de l'intempérance et de la famine. Les Francs, ne pouvant conquérir le pays, le ravagèrent par le fer et par le feu. Si la jonction de leurs troupes avec les troupes impériales se fût effectuée aux environs de Milan, ils auraient peut-être renversé le trône des Lombards. Mais ils attendirent pendant six jours le signal d'un village en flammes dont on était convenu, et les Grecs s'amusèrent à réduire Modène et Parme, qui leur furent enlevées après la retraite des Austrasiens.

Autharis triomphant exerça tous ses droits sur l'Italie. Il subjugua, au pied des Alpes Rhétiennes, une île du lac de Côme, et enleva les trésors qu'on y avait cachés. Il fonda les duchés de Bénévent et de Capoue, réunis dans la suite. A l'extrémité de la Calabre, il toucha de sa lance une colonne placée près de Rhégium (la colonne Rhégine), sur le bord de la mer, et déclara que cette ancienne borne serait à jamais celle de son royaume. Mais cette prédiction ambitieuse ne s'accomplit pas, et la mort vint surprendre Autharis au milieu de ses projets et de ses préparatifs de guerre[5] (590).

Les vertus de la belle Théodelinde, veuve d'Autharis, avaient captivé la nation, qui lui permit de donner, avec sa main, le sceptre du royaume d'Italie. Cette princesse prit pour époux le duc de Turin Agilulfe, qui fut proclamé sans opposition[6].

Le choix de Théodelinde fut heureux. Le nouveau prince était digne du trône par son courage, sa fermeté et ses talents ; et une nation turbulente et guerrière avait besoin d'un pareil chef. Cédant aux éloquentes prières de son épouse, autant qu'à la reconnaissance et à la conviction, il embrassa le catholicisme que presque tous les Lombards s'empressèrent d'adopter. La religion chrétienne adoucit les mœurs de ce peuple farouche qu'elle initia peu-à-peu aux bienfaits de la civilisation.

La tâche d'Agilulfe était difficile à remplir. En effet, il était peu aisé de maintenir dans l'obéissance les ducs inquiets, remuants, jaloux, et souvent de connivence avec les étrangers. Le roi fut sans pitié pour les traîtres. Il défit et livra au supplice les ducs de Vérone, de Pavie et de Bergame, qui entretenaient de coupables intelligences avec l'ennemi, et reprit les villes livrées par leur perfidie. Le duché de Rome fut envahi par ses troupes, irritées des injures récentes ; mais la courageuse Intervention du pontife Grégoire-le-Grand, sauva les Chrétiens des horreurs de la guerre[7].

L'intervention de ce généreux pontife avait aussi ménagé la paix entre les Lombards et l'exarque Callinicus ; mais les Grecs ayant violé le traité avec leur perfidie ordinaire, Agilulfe se ligua avec les Avares, qui lui envoyèrent un corps considérable de Slaves, au moment même où ils faisaient de leur côté une irruption en Thrace. Le roi lombard reprit alors l'offensive, et s'empara des villes impériales de Crémone, Mantoue et Padoue qui furent pillées et livrées aux flammes. La paix rétablie, ces mêmes Avares, qui avaient fait une puissante diversion en faveur des Lombards, ravagèrent le Frioul, défirent et tuèrent le due Gisulfe, et se retirèrent chargés de butin et poussant devant eux des milliers de captifs.

Agilulfe jetait sans cesse des regards inquiets du côté des Alpes, que les Francs avaient tant de fois traversées. Il prévint de nouvelles incursions, en s'engageant par un traité solennel à payer annuellement un tribut de douze mille sous (605). Le mariage de son fils Adaloald, avec la fille de Théodebert H, cimenta l'union des deux peuples. Adaloald, associé à la royauté du vivant même de son père, prit les rênes du gouvernement après sa mort (615) ; mais après douze ans d'un règne qui ne fut troublé que par les discordes de la maison royale, il fut détrôné par son beau-frère Ariovald (627). Cette usurpation violente hâta la mort de Théodelinde, qui avait pris parti pour son fils contre son gendre. Les neuf années du règne d'Ariovald n'ont point de valeur historique.

A sa mort, les Lombards déférèrent à sa veuve Gondeberge, comme jadis à Théodelinde, le droit de se donner un époux. Gondeberge donna sa main et la couronne au duc de Brescia, Rotharis, prince conquérant et législateur (636). A peine monté sur le trône, Rotharis reprit la lutte avec l'empire Grec. La réduction de quelques places de la Vénétie signala ses premières campagnes ; mais en 640, la célèbre journée du Tanaro lui ouvrit toute la Ligurie, qui se soumit à ses lois. Une paix qui dura quatre-vingts ans fut le résultat de ces glorieuses expéditions. Les Lombards de Bénévent, attaqués à leur tour par les Grecs, se défendirent avec courage et succès, et reculèrent les limites de leurs domaines.

Rotharis employa les loisirs de la paix à recueillir toutes les lois de ses prédécesseurs pour en former un code, qu'il présenta à la sanction d'une assemblée générale, convoquée à Pavie. Ces lois ont pour but de maintenir le repos public, et de protéger les personnes et les propriétés[8]. Grimoald et Luitprand développèrent et amendèrent l'œuvre de Rotharis. Luitprand avait des idées d'administration supérieures à celles de son siècle et de son pays ; car, en tolérant malgré lui l'abominable usage du duel, il le condamnait et disait qu'une violence heureuse avait souvent triomphé de la cause la plus juste. Les rois lombards eurent des talents et des vertus. On trouve dans l'histoire de ce peuple des intervalles de paix, d'ordre et de bonheur domestique ; et les Italiens jouirent d'un gouvernement plus modéré et plus équitable qu'aucun des autres royaumes qui s'établirent sur les ruines de l'empire d'Occident.

La monarchie des Lombards avait recouvré sa première vigueur sous la forte administration de Rotharis. Après sa mort, qui arriva en 652, elle fut en proie à des discordes intestines qui présageaient sa ruine. Il avait laissé la couronne à son fils Rodoald, associé au trône depuis quatre ans. Ce jeune prince abandonné à des passions sans frein, fut assassiné après six mois de règne par un seigneur lombard dont il avait outragé la femme : Aribert, son successeur et neveu de la reine Théodelinde, commença la dynastie bavaroise (653). Aribert, avant de mourir, partagea son royaume entre ses deux fils Pertharite et Gondebert. Pertharite l'aîné fixa sa résidence à Milan ; Gondebert s'établit à Pavie.

Par ce partage imprudent, Grimoald, duc de Bénévent, se trouva phis fort que chacun des deux frères, qu'il arma bientôt l'un contre l'autre. Après avoir tué en trahison Gondebert dans son propre palais, il s'empara de ses trésors et se fit proclamer roi. A la nouvelle de ce meurtre, Pertharite alla implorer la protection des rois étrangers. En France, le maire Ebroin menaça de ses armes l'usurpateur, au moment même où l'empereur d'Orient abordait en Italie avec des forces redoutables. Constant II fuyant devant l'exécration générale, voulait ou rétablir le siège de l'empire à Rome et chasser les étrangers, ou le fixer à Syracuse. A. la tête d'une flotte nombreuse, il débarqua à Tarente, et marcha contre Bénévent avec une armée grossie par les garnisons qui occupaient les villes de la côte : Grimoald vola au secours de la place défendue vigoureusement par son fils Romuald. Les Grecs, forcés de lever le siège firent dispersés près de Formies (663). La journée d'Asti, où les Francs combattirent malheureusement pour Pertharite, concentra toute la puissance entre les mains de Grimbald et rendit à la monarchie lombarde sa force avec son unité (665).

Cependant Constant II s'était réfugié à Rome avec les débris de ses troupes. Mais bientôt menacé par l'armée victorieuse des Lombards, il évacua l'antique capitale du monde qu'il avait pillée, et alla se faire assassiner à Syracuse où il avait voulu transférer le siège de l'empire (668). Bari, Tarente, Brindes et toute la terre d'Otrante tombèrent alors au pouvoir du brave duc de Bénévent, Romuald. Grimoald profita des loisirs de la paix pour modifier et augmenter le code de Rotharis. La religion catholique qu'il embrassa, devint sous son règne et resta la religion dominante des Lombards. Garibald, fils et successeur de Grimoald, mort en 672, fut détrôné par Pertharite, réfugié à la cour de Childéric II, et que les Lombards mécontents s'étaient empressés de rappeler. Pertharite sut, pendant un règne heureux de quinze ans, se concilier l'affection de ses sujets, et laissa la couronne à Cunibert, son fils (686), qui triompha des efforts d'Alachis, sen compétiteur au trône (703). En mourant, il confia la tutelle de Luelbert, l'aîné de ses enfants, à Ansprand son parent. Raganbert, duc de Turin, disputa l'autorité souveraine, qu'une victoire remportée sur le tuteur du jeune roi remit entre ses mains. Aribert II, son fils, qui défit une seconde fois Ansprand, s'empara de Luelbert qu'il fit étouffer dans un bain. Mais Ansprand leva une nouvelle armée et livra bataille à l'usurpateur qui se noya dans le Tésin en fuyant. Ansprand ne régna que trois mois après sa victoire et laissa à Luitprand, son fils, un trône environné de dangers (712).

Luitprand, le plus grand roi de la monarchie lombarde, affermit d'abord son autorité en domptant le génie Inquiet d'une aristocratie toujours prête à se révolter. Ses utiles réformes, ses travaux législatifs et la fermeté de son caractère consolidèrent le pouvoir précaire qu'il avait reçu d'Ansprand. Conquérant non moins que législateur, il voulut réaliser un projet dont l'exécution avait été vainement tentée par plusieurs de ses prédécesseurs, celui de réunir sous la domination des Lombards toute l'Italie. Les querelles religieuses qui divisèrent les papes et les empereurs[9], et qui devaient amener une révolution politique dans le duché de Rome, étaient favorables à son ambition. La lutte s'engagea entre Grégoire II et Léon l'Isaurien. Le pape, menacé par une armée impériale, excommunia l'exarque Paul, et appela au secours de l'orthodoxie menacée Luitprand et tous ceux qui restaient attachés à la vraie foi. Toute l'Italie se souleva à la voix du pontife. Les Romains chassèrent leur préfet et déclarèrent qu'ils ne reconnaîtraient pour chef que leur évêque. Les Lombards entrèrent dans Ravenne où l'exarque Paul avait été massacré, et prirent aussi possession de Bologne et de la Pentapole. Grégoire II, effrayé des progrès de ses redoutables auxiliaires, tâcha de se soustraire à un nouveau joug en publiant un édit qui enjoignait aux Italiens de reconnaître la souveraineté de l'empereur. Il engagea sous-main la nouvelle république de Venise, dont l'influence se faisait déjà sentir dans la Péninsule, à se déclarer pour la cour de Byzance ; et bientôt l'exarque Eutychius enleva aux Lombards Ravenne et les autres villes dont ils s'étaient emparés. Luitprand furieux fait alors la paix avec Eutychius, réduit le duc de Spolète révolté, et marche contre Rome avec l'exarque ; mais Grégoire II éloigne le danger qui le menace en divisant les deux alliés, et les Lombards se retirent.

Cependant Grégoire III, qui avait suivi à l'égard des Lombards la politique de son prédécesseur, s'exposa à la colère de Luitprand en donnant asile à Thrasimond, duc de Spolète, une seconde fois révolté. Les Lombards envahirent le duché de Rome, mais tandis que Luitprand châtiait la rébellion de Gondescale, duc de Bénévent, et lui enlevait ses domaines, le pape implorait le secours de Charles Martel ; la mort du pape, du duc d'Austrasie et de l'empereur, mit tin aux hostilités ; et Luitprand, flatté par les prières du pape Zacharie, renonça à ses conquêtes et rendit le calme à l'Italie.

Luitprand eut pour successeur son petit-fils Hildebrand (744), qui fut bientôt déposé :et remplacé par Ratchis, duc de Frioul (745). Après un règne pacifique de cinq années, Ratchis abdiqua en faveur d'Astolphe, son frère, et prit l'habit de saint Bene, dans le monastère du mont Cassin (749). Le nouveau prince envahit presque en même temps les terres de l'Empire et le duché de Rome (751). La conquête de l'Istrie précéda celle de la Pentapole, et le vainqueur maitre de Ravenne mit fia à l'exarchat. Etienne, menacé dans Rome par le terrible roi Lombard, implora l'assistance de Constantin Copronyme, qui ne lui donna que de vains témoignages d'intérêt. C'est alors qu'il eut recours à l'intervention du roi des Francs[10]. Après la destruction de l'exarchat de Ravenne, les ducs, affranchis de la suprématie de l'exarque et soumis pour la forme au stratège de Sicile, se rendirent indépendants dans les provinces possédées encore par la cour de Byzance.

 

 

 



[1] « Venez, lui écrivait l'impératrice, reprendre votre place et votre quenouille parmi les femmes du palais. — Mes fils seront tissus de manière qu'elle ne puisse les rompre, » répondit Narsès.

[2] Alboin avait partagé le pays conquis en trente-six duchés soumis à des chefs militaires dont les prétentions à l'indépendance arrêtèrent bientôt l'essor de la domination lombarde. Les plus considérables de ces duchés furent celui de Frioul au pied des Alpes, sentinelle avancée contre de nouvelles invasions, celui de Spolette entre Rome et Ravenne, et plus tard celui de Bénévent dans la partie méridionale de l'Italie.

[3] Hemilchis avait eu pour complice un Lombard nommé Pérédée, d'une force prodigieuse.

[4] Autharis devenu arien prépara la conversion des Lombards au christianisme.

[5] Le royaume des Lombards et l'exarchat de Ravenne divisèrent inégalement l'Italie pendant deux siècles. Justinien réunit les attributions qui étaient d'abord séparées, et les exarques furent revécus au déclin de l'empire de toute l'autorité civile, militaire et mémo ecclésiastique. Leur juridiction immédiate, que l'on consacra ensuite sous le nom de patrimoine de Saint-Pierre, embrasait la Romagne actuelle, les vallées de Ferrare et de Comacchio, cinq cilles maritimes depuis Rimini jusqu'à Ancône, et cinq autres villes de l'intérieur, entre la mer Adriatique et les collines de l'Apennin. Les trois provinces de Rome, de 'Venise et de Naples reconnaissaient la suprématie de l'exarque. Il parait que le duché de Rome comprenait l'Etrurie, le pays des Sabins et le Latium. On en retrouve les limites le long de la côte de Civile-Vecchia à Terracine : et en suivant le cours du Tibre, depuis Alméria et Narni jusqu'au port d'Ostie. Cette multitude d'iles répandues de Grado à Chiozza, formaient l'empire naissant de Venise ; mais les Lombards qui voyaient avec une fureur impuissante une nouvelle capitale s'élever au milieu de la mer, ruinèrent les villes que cette république possédait sur le continent. La puissance des ducs de Naples était resserrée par la baie et les îles adjacentes, par le duché de Capoue avec lequel ils étaient en guerre, et par la colonie romaine d'Amalfi. Les trois îles de Sardaigne, de Corse et de Sicile étaient encore soumises à l'Empire, et Autharis, maitre de la Calabre ultérieure, étendit ses états jusqu'à l'isthme de Consentia.

[6] L'autorité du chef de la nation dies les Lombards était loin d'être absolue. Le roi exerçait les fonctions de juge pendant la paix, celles de général pendant la guerre, et il n'usurpa jamais la puissance législative. Il convoquait les assemblées nationales à Pavie ou dans les environs de cette ville. Les chefs les plus distingués par leur naissance et leurs emplois formaient son grand conseil ; niais les décrets de cette espèce de sénat n'avaient force de loi qu'après l'approbation du peuple et de l'année.

[7] Le pontificat de Grégoire-le-Grand est une des époques les plus mémorables de l'Église. Ses vertus et même ses défauts, un mélange singulier de simplicité et d'adresse, de bon sens et de superstition, convenaient parfaitement à sa position et à l'esprit de son temps. Loin de prendre comme le patriarche de Constantinople le titre d'évêque universel, il n'exerça sa juridiction qu'en qualité d'évêque de Rome, de primat de l'Italie et d'apôtre de l'Occident. Il précisait souvent, et son éloquence grossière mais pathétique, touchait profondément ses auditeurs. Il établit la liturgie romaine, la division des paroisses, le calendrier des fêtes, l'ordre des processions, le service des prêtres et des diacres, etc. Le chant qu'il introduisit, et qu'on appela cliva grégorien, conserva la musique vocale et instrumentale du théâtre, et les voix rauques des barbares essayèrent vainement d'imiter la mélodie de l'école romaine. Les évêques de l'Italie et des îles voisines reconnaissaient le pontife de Rome pour leur métropolitain. La création ou la translation des évêchés dépendait de lui, et ses heureuses incursions dans les provinces de la Grèce, de l'Espagne et de la Gaule autorisèrent les prétentions plus élevées de ses successeurs. Il réprima les abus des élections populaires : il conserva la pureté de la foi et de la discipline, et surveilla soigneusement les simples pasteurs. Sous son pontificat, les Ariens de l'Italie et de l'Espagne se réunirent à l'Eglise catholique. Il conquit aussi la Bretagne et d'une manière encore plus glorieuse que César. Au lieu de six légions, quarante moines s'embarquèrent pour cette île, et il regretta que ses austères devoirs ne lui permissent pas de partager les dangers de la guerre spirituelle qu'ils allaient entreprendre et qui eut un plein succès. L'Église de Rome possédait de riches domaines en Italie, en Sicile et dans les provinces les plus éloignées. Le successeur do saint Pierre administrait son patrimoine avec les soins d'un propriétaire intelligent et modéré. Grégoire recommanda dans ses épitres d'éviter les procès douteux ou vexatoires, de maintenir l'intégrité des poids et mesures, et de réduire la capitation des serfs de la glèbe qui payaient une somme arbitraire pour obtenir le droit de se marier. L'usage qu'il faisait de ses richesses annonçait un fidèle intendant de l'Eglise et des pauvres ; et il consacrait à leurs besoins les inépuisables ressources de l'ordre et des privations. Aux quatre grandes fêtes de l'année, il distribuait des largesses au clergé, à ses domestiques, aux monastères, aux églises, aux cimetières et aux hôpitaux de Rome et de tout le diocèse. Le premier jour de chaque mois, il faisait distribuer aux pauvres, selon la saison, du blé, du vin, de l'huile, du poisson, des habite et de l'argent. Il soulageait les malades, les infirmes, les étrangers et les pèlerins. Plusieurs évêques d'Italie échappés aux mains des Barbares reçurent de lui une généreuse hospitalité. Grégoire méritait le surnom de père du peuple ; et tels étaient ses scrupules, qu'il s'interdit pendant plusieurs jours les fonctions sacerdotales, parce qu'un mendiant était mort dans la rue. Les malheurs de Rome' jetèrent le pasteur apostolique dans les travaux de l'administration et de la guerre. Grégoire tira l'empereur de sa léthargie, exposa les crimes ou l'incapacité de l'exarque, excita les Italiens à défendre leurs villes et leurs autels, et dans un moment de crise il se mit lui-même à la tête de l'armée. Mais les scrupules de l'humanité et de la religion tempéraient son ardeur martiale. Si nous l'en croyons, il eut pu aisément exterminer les Lombards en entretenant parmi eux les factions domestiques. En qualité d'évêque chrétien, il aima mieux travailler à la paix. Sa médiation suspendit les hostilités ; mais il connaissait trop bien les artifices des Grecs et la violeuse des Lombards pour garantir l'exécution de la trêve. Trompé dans l'espoir qu'il avait conçu d'un traité général et permanent, il osa sauver son pays sans l'aveu de l'Empereur et de l'exarque. L'éloquence et les largesses de ce pontife respecté des hérétiques et des Barbares fléchirent la colère des Lombards. La cour de Byzance blâma la conduite de saint Grégoire ; mais il trouva dans l'affection d'un peuple reconnaissant la plus douce récompense et le meilleur titre de l'autorité souveraine.

[8] Les lois lombardes sont moins imparfaites que les autres lois des Barbares. « Les lois des Bourguignons, dit Montesquieu, sont assez judicieuses, celles de Rotharis et des autres princes lombards le sont encore davantage. » Rotharis, quoiqu'arien, fut également juste pour tous. Dans chaque diocèse, un évêque catholique contrebalançait l'autorité d'un évêque arien. L'égalité des droits assurait la paix.

[9] Voyez le chapitre suivant.

[10] Voyez le chapitre XXIII.