Mariage d'Arcadius
avec Eudoxie. — Chute de Rufin. — Puissance et disgrâce d'Eutrope. — Révolte
de Geins. — Mort d'Eudoxie et d'Arcadius. — Pulchérie gouverne l'Empire au
nom de son frère Théodose II. — Guerre contre les Perses. — Trêve de cent
ans. — Partage de l'Arménie. — Invasion et ravages d'Attila. — Premier
traité. — Ambassade de Maximin. — Complot de Vigilius. — Attila pardonne à
l'Empereur. — Avènement de Marcien. — Attila s'éloigne. — Mort de Pulchérie.
— Léon Ier arrive au trône par le crédit d'Aspar. — Aspar périt avec sa
famille. — Lutte des Nephtalites et des Perses. — Zénon tuteur de son fils. —
Il est déposé, puis rétabli. — Nouvelles révoltes infructueuses. — Edit
d'union. — Avènement d'Anastase. — Guerre d'Isaurie. — Mort de Pérozès. — Seconde
guerre contre les Perses. — Prise d'Amide. — Trêve de sept ans. —
Fortifications de Dara. — Mur d'Anastase. — Le Trisagion. — Querelles
religieuses. —Justin Ier s'empare du trône. — Conspirations réprimées. —
Assassinat de Vitalien. — Intrigues de Justinien. — Il est associé à l'empire
par Justin et lui succède.
De la
part des princes, un despotisme sans gloire ; de la part des sujets, une
servilité sans dévouement ; telle est en général l'existence de l'empire
Byzantin pendant sa longue histoire. Mais la puissance encore imposante de
cet empire, l'étendue de son territoire, sa civilisation avancée, l'intérêt
qui s'attache à quelques noms surnageant au milieu de cette uniformité
stérile, imposent à l'écrivain l'obligation d'étudier les destinées d'un
peuple qui, pressé de tous côtés par les Barbares et affaibli par ses propres
vices, lutta cependant douze siècles, jusqu'au jour où il succomba en léguant
à l'Europe les trésors de l'érudition et de la sagesse des anciens. Le
gaulois Rufin, indigne favori du grand Théodose, s'était arrogé une autorité
absolue sur la personne et sur les États d'Arcadius, prince faible et sans
expérience, qu'il considérait plutôt comme son pupille que comme son
souverain. Sa puissance odieuse dura peu. Pendant qu'il était à Antioche,
occupé à punir par un supplice cruel l'administration intègre et équitable du
comte Lucien, l'eunuque Eutrope prépara le mariage de l'Empereur avec la
belle Eudoxie fille du franc Bauto. Rufin, qui
avait espéré pour sa propre fille cette magnifique alliance, se vit perdu
dans l'esprit d'Arcadius par les artifices de la nouvelle impératrice. Il
conspira, et essaya de gagner les troupes que Stilicon venait de renvoyer en
Grèce. Mais le goth Gainas, chef de cette armée, avait reçu des ordres
positifs. En arrivant à Constantinople, il fit égorger Enfin dans le champ de
Mars, au milieu d'une revue, et en présence même de l'Empereur (27 novembre 395). Le
pouvoir passa à Eutrope, qui en abusa avec autant d'impudence que Rufin.
Devenu patrice et consul, le vil Proxénète aurait voulu vendre le genre
humain, pour faire oublier qu'il avait été vendu lui-même. Non content de
mettre à l'encan les provinces de l'Empire[1], Eutrope punit de la mort ou de
l'exil les hommes les plus illustres par leurs richesses on par leurs
services. Le comte Abundantius fut relégué sur les bords de la mer Noire, Timase maitre général des armées d'Orient, dans les
déserts de la Libye, où il périt sous les coups des satellites d'Eutrope. Le
favori arracha même au faible Arcadius un édit qui enveloppait dans la
punition des crimes de lèse-majesté, ceux qui, ayant eu connaissance d'une
intention de complot, ne l'auraient point révélée sur-le-champ (397). Il ne put cependant prévenir
la conspiration de Gainas, qui s'entendit avec Tribigild son compatriote et
son parent. Ce dernier, chef d'une colonie d'Ostrogoths que Théodose avait
cantonnés dans la Phrygie, se révolta et dévasta l'Asie mineure. Eutrope, ne
soupçonnant pas les projets de Gainas, lui confia la défense de la Thrace et
de l'Hellespont, tandis qu'il envoyait en Asie une armée qui se laissa
surprendre et disperser sur les bords de l'Eurymédon. Alors Gainas affecta de
ne pouvoir lutter contre Tribigild, négocia avec lui, et lui conseilla de
demander la tête d'Eutrope. Entraîné par Eudoxie, Arcadius signa l'arrêt de
son ministre, qui dut à l'éloquence de saint Jean Chrysostôme d'échapper à la
fureur du peuple. Exilé d'abord dans Pile de Chypre, Eutrope fut rappelé
précipitamment, jugé à Chalcédoine, et mis à mort (399). Gainas,
si bien servi par les intrigues du palais, ne dissimula plus. Il réunit son
armée à celle de Tribigild, et s'avança sans obstacle jusqu'au Bosphore.
Arcadius effrayé, consentit à livrer le pouvoir à l'ambitieux Barbare, qui
remplit Constantinople de ses troupes, et distribua les honneurs à ses
créatures. Mais la haine que les catholiques portaient aux Goths ariens fit
éclater une sédition. Pendant l'absence de Gainas, ses plus braves guerriers
furent égorgés, et Fravitta mis à la tête des
troupes fidèles, défendit avec succès les villes de la Thrace. Il empêcha
Gainas de repasser le Bosphore, et le força à s'éloigner. Au moment où le
chef des Goths se disposait à aller tenter la fortune en Scythie, il fut
arrêté, vaincu et tué par Uldin, roi des Huns et allié de l'Empire. La tête
de Gainas fut portée à Constantinople, et la mort du rebelle fut célébrée
comme une délivrance publique (janvier 401). L'impératrice
Eudoxie exerça dès-lors sans rivalité un pouvoir dont elle abusa pour
persécuter saint Jean Chrysostôme. Les historiens les plus graves ont élevé
des doutes sérieux sur sa fidélité à la foi conjugale. Cependant Arcadius
accueillit avec une grande joie la naissance de Théodose, et quand Eudoxie
mourut quatre ans après, il fut peut-être le seul qui la regrettât
sincèrement. Il se montra plus sensible à cette perte qu'aux ravages des
brigands Isauriens, aux incendies, aux tremblements de terre, aux invasions
de sauterelles, à la famine, et à tous les fléaux qui signalèrent son règne. A la
mort d'Arcadius (1er mai 408),
le préfet Anthémius s'empara de la tutelle du jeune Théodose II, âgé de sept
ans, et administra l'Empire avec fermeté. Il força Uldin à repasser le
Danube, augmenta les fortifications de Constantinople, pourvut à la défense
des villes Illyriennes, et tint les Barbares en respect sur la frontière de
Thrace. Il céda ensuite l'autorité à Pulchérie, sœur aînée de Théodose, qui
reçut à seize ans le titre d'Augusta et le soin de gouverner l'Orient. Habile
et sage, Pulchérie s'appliqua à maintenir la paix et la tranquillité
intérieure, et sut conserver sur son frère un ascendant qui résista au
caprice ou à l'intrigue. Chargée de l'éducation de Théodose, elle laissa à
des maîtres instruits le soin de lui enseigner les sciences divines et
humaines, et se réserva de lui apprendre l'art de gouverner. Mais elle se
borna à le façonner elle-même aux graves futilités des cours de l'Orient, et
l'éloigna des affaires, en lui inspirant les goûts d'un anachorète et d'un
rhéteur. Pour achever de le dominer, elle le maria à la savante Athénaïs[2], fille du philosophe athénien
Léontius. Celle-ci, en abjurant le paganisme, prit le nom d'Eudoxie, et jouit
sans trouble de l'amour de Théodose, jusqu'au jour où elle entreprit de
disputer à sa bienfaitrice le gouvernement de l'État, et en fut punie par une
disgrâce éclatante[3] (421). Une
guerre sans importance contre les Perses et les menaces du redoutable Attila,
troublèrent seules le long règne de Théodose. Quelque temps avant la mort de Jezdegerd, le tuteur supposé du fils d'Arcadius[4], un évêque qui aspirait à la
couronne du martyre, détruisit à Suze un des temples du Feu. Les Mages
irrités excitèrent une persécution violente à laquelle s'associa Bahram,
successeur de Jezdegerd. Des chrétiens fugitifs furent redemandés avec
hauteur et généreusement refusés. Les armées romaine et persane couvrirent
les montagnes de l'Arménie et les plaines de la Mésopotamie ; mais les
opérations de deux campagnes consécutives ne produisirent aucun événement
mémorable. Si l'histoire doit rejeter les fables adoptées par la crédulité
des Byzantins, elle ne peut passer sous silence la charité d'Acace, évêque
d'Amide, qui racheta sept mille Persans captifs et les renvoya dans leur
patrie, pour apprendre à Bahram quel était le véritable esprit de la religion
qu'il persécutait. Une Crève de cent ans termina cette guerre éloignée, et
les conditions principales du traité furent observées pendant près de
quatre-vingts ans par les successeurs d'Artaxerxès et de Constantin. Toutefois
les troubles de l'Arménie faillirent rompre la paix entre les deux empires.
Au commencement du cinquième siècle, cet ancien royaume était partagé en deux
portions inégales. Chosroës régnait à l'orient sur la partie la plus
considérable, et reconnaissait la suprématie du monarque persan. Arsace
possédait le reste sous la protection d'Arcadius. A la mort d'Arsace, les
Romains abolirent la royauté nationale, donnèrent le pouvoir à cinq satrapes
choisis par eux et fondèrent Théodosiopolis, près des sources de l'Euphrate.
Bahram suivit cet exemple. Il fit déposer Artasire
neveu et successeur de Chosroës, et réunit les États de ce prince à son
royaume, sous la dénomination nouvelle de Persarménie
(431-440). Cette usurpation excita
l'inquiétude du gouvernement romain ; mais le différend s'apaisa par un
nouveau partage fait à l'amiable quoiqu'inégalement. « C'est ainsi, dit
un moderne, que cessa d'exister un royaume qui servait :de séparation et
quelquefois de barrière à deux États ennemis, dont les fréquentes querelles
remuaient tout l'Orient. » Cependant
Attila avait imposé aux ambassadeurs de Théodose le traité de Marges. Maitre
de la Germanie et de la Scythie, il menaçait à la fois Constantinople et
Ctésiphon : déjà une bande de Huns traversant l'Arménie, la Cappadoce, la
Cilicie, avait poussé jusqu'à Antioche, tandis qu'une autre troupe de ces
Barbares combattait les Perses sur les confins de la Médie, était vaincue et
regagnait péniblement le camp royal, avec un impatient désir de vengeance.
Les deux empires étaient en suspens ; mais les intrigues de Genséric et les
refus opposés par la cour de Byzance aux prétentions d'Attila, qui demandait
l'extradition de l'évêque de Mar-gus et des Huns fugitifs, décidèrent le roi
du Nord à envahir l'empire grec. L'évêque de Marges, pour apaiser les Huns,
leur livra sa ville et le passage du Danube (442). Aussitôt des myriades de
Barbares inondent la Mœsie, la Dacie, l'Illyrie, depuis le Pont-Euxin jusqu'à
la mer Adriatique. Théodose est forcé de rappeler les garnisons des
frontières de la Perse et les troupes rassemblées en Sicile pour combattre
Genséric ; mais ces armées sont vaincues dans deux journées successives se
laissent repousser vers la Chersonèse de Thrace, et, arrêtées par la mer,
éprouvent une troisième et irréparable défaite. Dès lors Attila ravage sans
obstacle la Thrace et la Macédoine. Soixante-dix villes prises et rasées
disparaissent entièrement, et le peuple de Constantinople, effrayé par un
tremblement de terre, croit voir déjà dans ses murs les pâtres farouches de
la Scythie. Le
faible Théodose, abandonné par son collègue d'Occident, fut réduit à
solliciter la clémence d'Attila, qui dicta impérieusement les conditions
d'une paix ignominieuse. Il se fit céder la rive droite du Danube, depuis Singidunum jusqu'à Novae, dans une largeur de quinze
journées de marche, éleva à deux mille cent livres pesant d'or le tribut de sept cents livres stipulé par le traité de Marges, et
exigea la restitution des transfuges barbares (446). Au milieu des difficultés
suscitées par cette dernière clause, la petite ville d'Azimuntium
protesta seule contre la honte de l'Empire, et Théodose se vit poursuivi par
des ambassades menaçantes, qui, sous prétexte d'exposer les réclamations
d'Attila, épuisaient les richesses de l'Empire. Le roi des Huns, jaloux
d'assurer la fortune de ses favoris aux dépens de la majesté impériale,
traita comme une affaire d'état le mariage du gaulois Constance, que le
patrice Aetius lui avait donné pour secrétaire, et consentit à recevoir les
députés de Théodose, pourvu que leur chef fût un personnage consulaire. Le
sage Maximin, l'historien Priscus son ami, et l'Interprète Vigilius,
accompagnèrent au camp d'Attila le pannonien Oreste et le scyrre
Édecon, ministres du roi tartare (448). Après avoir traversé les ruines encore fumantes
de Sardien et de Naïssus,
les députés romains passèrent le Danube et s'enfoncèrent dans les vastes
plaines arrosées par la Theiss. Là, ils éprouvèrent tour-à-tour l'astucieuse
insolence et la générosité capricieuse des Barbares, et arrivèrent après de
longues fatigues dans une bourgade de la haute Hongrie, qui servait de
résidence à Attila[5]. Ce vaste village, composé de
chaumières et de maisons en bois, renfermait le palais du roi construit
également en bois, mais avec une grande magnificence et selon toutes les
règles de l'architecture. En sortant de l'audience de Cerce, la principale
reine, Maximin et ses collègues furent introduits devant Attila, qui toujours
simple et austère, les reçut assis sur un escabeau, entouré de rois barbares
et de transfuges romains. Il s'adressa d'un ton irrité à Vigilius, l'accusa
d'avoir diminué à dessein le nombre des déserteurs dont il exigeait
l'extradition, et le renvoya à Constantinople. Il s'adoucit cependant, invita
les députés à un festin, pendant lequel ils observèrent avec curiosité les
usages des Scythes, et les congédia trois jours après en les comblant de
présents. La
colère d'Attila contre l'interprète avait une cause plus grave que Maximin
n'avait pu d'abord soupçonner. Vigilius avait procuré à Édecon une entrevue
avec le chambellan Chrysaphius, et tous deux avalent essayé de corrompre cet
envoyé, en lui faisant de magnifiques promesses, pour prix de la vie
d'Attila. Théodose lui-même consentit au meurtre d'un ennemi qu'il n'osait
combattre. Édecon feignit d'entrer dans le complot, et avertit son maitre de
cette trame secrète. Le fils de Mundzuk respecta l'innocence de Maximin ;
mais quand Vigilius eut l'audace de revenir au camp des Huns avec la bourse
d'or qui devait gagner les gardes du palais, il fut traîné devant le tribunal
du roi barbare, qui lui fit grâce de la vie et s'en prit à Théodose. Eslaw, son ambassadeur, adressa à l'empereur une sévère
réprimande, et demanda la tête de Chrysaphius. Désarmé par les flatteries et
les présents de Nomius et d'Anatolius, Attila consentit à pardonner ; Il se
relâcha même de ses premières exigences, abandonna à leur sort les fugitifs
et les déserteurs, et céda le territoire an midi du Danube. Bientôt
la mort sauva Théodose d'une humiliation nouvelle. Il expira à cinquante ans,
des suites d'une chute de cheval (450)[6], et Pulchérie proclamée
impératrice d'Orient, satisfit sa haine et celle du public par le supplice de
Chrysaphius. Mais sentant tes Inconvénients de sa position, elle fit revêtir
de la pourpre le sénateur Marcien, qu'elle honora de sa main. Né dans la Thrace,
Marcien avait servi avec distinction sous Aspar et Ardaburius ; son mérite et
ses vertus privées justifiaient le choix de Pulchérie ; et quand il fut en
possession du pouvoir, il sut maintenir l'ordre dans l'État et la paix dans
l'Église. Attila lui ayant demandé le tribut annuel, Marcien le refusa
fièrement, et déclara que s'il avait de l'or pour récompenser la fidélité de
ses alliés, il ne manquait pas de fer pour repousser ses ennemis. Apolionius,
député du nouvel empereur, vint tenir le même langage dans le camp des Huns,
et Attila ébranlé par cette fermeté imprévue, se détourna sur l'Occident[7]. L'âge
de Pulchérie ne pouvait plus promettre d'héritiers à l'Empire, et d'ailleurs
elle avait imposé à Marcien l'obligation de respecter la chasteté dont elle
avait fait vœu. A sa mort (453), la race du grand Théodose s'éteignit à Constantinople, et
Marcien survécut peu à l'illustre épouse qu'il honorait comme une sainte (457). Le patrice Aspar qui, par ses
richesses et ses exploits, tenait le premier rang dans l'Empire, se serait
facilement emparé du diadème, s'Il eût voulu accepter publiquement la foi de Nicée
; mais, attaché à l'arianisme, il présenta un homme obscur, Léon de Thrace,
tribun militaire et le principal intendant de sa maison. Le domestique
d'Aspar reçut la couronne des mains du patriarche Anatole, et ce fut le
premier empereur de Byzance qui dut son élévation à un Barbare et qui fut
sacré par un évêque. Mais,
si l'orthodoxe Léon témoigna sa reconnaissance au patriarche, il ne tarda pas
à oublier les bienfaits qu'il avait reçus d'Aspar, lorsque l'orgueilleux
patrice prétendit lui imposer sa volonté et lui reprocher son manque de foi.
Il fit venir secrètement une armée d'Isauriens, l'introduisit dans
Constantinople, endormit adroitement les défiances d'Aspar et ordonna sa
mort. La famille du patrice fut enveloppée dans sa ruine. Léon, délivré de
cette tutelle importune, se déclara aussitôt contre Genséric roi des
Vandales, et offrit le secours de ses armées et de ses flottes à son collègue
Anthémius[8] qu'il venait de placer sur le
trône d'Occident. Le
mauvais succès de cette expédition et la fuite honteuse d e Basins-eus
beau-frère de Léon, furent compensés par les victoires que les généraux
impériaux remportèrent sur les successeurs d'Attila. Les Huns, rejetés en
Asie, tinrent les Perses en échec, et une tribu de ces peuples, les
Nephtalites, établis au-delà de l'Oxus, exigèrent souvent du grand roi des
tributs onéreux, ou levèrent dans ses États des contributions forcées. Pennés
ayant sollicité l'alliance de Léon contre ces incommodes voisins en reçut une
réponse évasive, et vit môme, sans pouvoir s'y opposer, le prince des
Lexiques se soustraire à l'influence de la Perse, pour mettre ses États sous
la protection des Romains. Léon
n'ayant pas d'enfant môle, désigna pour son successeur son petit-fils, nommé
Léon comme lui, et issu du mariage de sa fille Ariane avec Zénon chef de la
garde isaurienne. A la mort de son beau-père (474) Zénon s'approcha du trône de
son fils avec un respect affecté et accepta humblement le titre d'auguste et
le partage de l'autorité souveraine. Quelques mois après, la fin prématurée
du jeune prince le laissa seul maître de l'empire ; mais ses débauches, la
bassesse de sa naissance et ses défauts extérieurs le rendaient odieux.
Vorina veuve de Léon Ier, osa prononcer une sentence de déposition contre
l'ingrat serviteur qui lui devait le sceptre, fit proclamer par un sénat
servile son frère Basiliscus, et força Zénon à se cacher dans les montagnes
de l'Isaurie. Le règne de l'usurpateur fut court et orageux ; il fit
assassiner l'amant de sa sœur et offensa celui de sa femme, le frivole
Harmatius, qui prenait l'habillement, le maintien et le surnom d'Achille. Les
mécontents : conspirèrent pour rappeler Zénon de l'exil ; ils lui livrèrent
les armées, la capitale et la personne de Basiliscus dont la famille entière
fut condamnée par un vainqueur inhumain aux longues douleurs de la faim et du
froid (477). Vorina fut épargnée, grâce aux
prières de sa fille Ariane ; mais le voluptueux Zénon, incapable de défendre
et de gouverner l'Empire, vit son règne troublé par les incursions des
Ostrogoths et par les nouvelles intrigues de sa belle-mère. Vorina fit agir
les ennemis du patrice Illus, embrassa sa cause dès qu'il fut disgracié, créa
un autre empereur en Syrie et en Égypte, leva une armée de soixante-dix mille
hommes, et soutint, jusqu'au dernier moment de sa vie, une rébellion
infructueuse. Zénon en effet parvint à se débarrasser des Ostrogoths, en leur
offrant l'Italie à conquérir, triompha de la révolte opiniâtre d'Illus, fit
trancher la tête à son compétiteur Léonce et passa ses dernières années à
ordonner des supplices. Ce
prince avait essayé de rétablir l'unité de croyance, dans l'église d'Orient,
troublée par les monophysites. Ces partisans d'Eutychès ne reconnaissaient
qu'une seule nature incarnée et arrivaient à nier que Jésus-Christ procédât
de la nature humaine. Le concile de Chalcédoine assemblé par Marcien condamna
l'eutychianisme, qui dominait dans la Syrie et dans l'Égypte. Cette décision
fut suivie de trente années de désordres, et l'orthodoxe Léon ne put
triompher de l'opiniâtreté des monophysites. L'Hénoticon, ou édit d'union
publié par Zénon en 482, eut pour but de satisfaire les deux partis ; mais le
clergé catholique s'indigna qu'un laïque prétendit déterminer des articles de
foi, et l'Hénoticon, conforme cependant à l'orthodoxie, ne suspendit pas un
seul instant les querelles théologiques. Anastase,
simple silentiaire du palais[9], que la faveur de l'impératrice
Ariane appela au trône à la place de Zénon, était généralement estimé, si
l'on en juge par l'acclamation qui salua son avènement : « Régnez comme vous
avez vécu. » Le patriarche de Constantinople, qui soupçonnait Anastase d'être
attaché à l'hérésie d'Eutychès, s'opposa vainement à son élection. Le nouvel
empereur, devenu l'époux d'Ariane, supprima le honteux impôt du chrysargire, abolit la vénalité des charges, défendit
sévèrement les combats des hommes contre les bêtes. Il parvint à chasser de
Constantinople les séditieux Isauriens ; mais ceux-ci, proclamant auguste
Longin frère de Zénon, rassemblèrent cent cinquante mille hommes et
s'avancèrent jusqu'à Cotyée en Phrygie, où les
troupes impériales dissipèrent aisément cette multitude tumultueuse. Les
débris des Isauriens se retirèrent dans leurs forteresses du Taurus, où ils
résistèrent six ans encore ; la rébellion fut enfin étouffée par la mort des
principaux chefs dont les têtes furent exposées dans le cirque (407). Délivré
de cette guerre intestine, Anastase repoussa souvent avec succès les
incursions des Slaves et des Bulgares ; mais il fut moins heureux contre les
Perses. Sous Zénon, la trêve de cent ans avait été soigneusement observée, et
un ambassadeur Byzantin avait même accompagné comme médiateur le roi Pérozès
dans son expédition contre les Nephtalites. Ces barbares avaient étendu leurs
conquêtes de la mer Caspienne au centre de l'Inde ; leur prince s'asseyait sur
un trône enrichi d'émeraudes, et leur cavalerie était soutenue par une ligne
de deux mille éléphants. Les Perses se laissèrent surprendre deux fois dans
une position qui rendit leur valeur inutile et leur fuite Impossible. Les
Huns renvoyèrent le grand roi après l'avoir contraint d'adorer la majesté de
leur chef ; et la subtilité des mages qui conseillèrent à Pérozès de diriger
son intention vers le soleil levant, ne put diminuer la honte de cette
humiliation. Brûlant de se venger, il tenta une seconde attaque, et y perdit
son armée et la vie (488). La mort de Pérozès fut suivie de douze années de
troubles. Khobad ou Cabadès fils de Pérozès,
d'abord écarté du trône par son oncle Oualla,
soutint le fanatique Mazdak qui prêchait la communauté des femmes et
l'égalité des hommes, tout en adjugeant à ses sectateurs les domaines les
plus fertiles et les filles les plus belles. Les nobles déposèrent Cabadès et
donnèrent la couronne à son, frère Giamasp. Cabadès, d'abord prisonnier de
ses sujets, recouvra la liberté en prostituant sa femme et s'enfuit chez les
Nephtalites. Pour remonter sur le trône, il n'eut pas honte de recourir au
dangereux appui des Barbares qui avaient tué son père. Mais quand il fallut
payer les sommes qu'il avait promises à ces mercenaires, il eut recours à la
générosité d'Anastase. L'Empereur, cédant à une politique intéressée, voulut
assimiler Cabadès à un créancier ordinaire ; ce fut le motif ou le prétexte
de la guerre (502).
Les Huns et les Arabes marchèrent sous les drapeaux de Cabadès et couvrirent
l'Arménie et la Mésopotamie dont les villes étaient mal fortifiées. Martyropolis fut prise, Théodosiopolis incendiée : Amida
soutint un siège long et meurtrier. En trois mois Cabadès avait perdu sans
résultat cinquante mille des siens ; dans un dernier assaut sa présence et
ses menaces forcèrent les Perses à vaincre, et avant que son glaive fût
rentré dans le fourreau, quatre-vingt mille personnes expièrent le sang que
lui avait coûté cette entreprise. Pendant les trois ans que dura cette
guerre, la frontière d'Arménie éprouva toutes les calamités de la guerre.
L'or d'Anastase fut offert trop tard ; le nombre de ses soldats fut rendu
inutile par la rivalité de ses généraux. Le pays devint une solitude où les
vivants et les morts étaient abandonnés aux bêtes farouches. La résistance
d'Edesse et le défaut de butin disposèrent à la paix l'esprit de Cabadès, il
vendit ses conquêtes un prix exorbitant, et la même limite marquée seulement
par le carnage et la dévastation continua à séparer les deux empires (505). La trêve, d'abord conclue pour
sept ans, fut prolongée jusqu'au règne de Justinien. Cependant sous Justin la
conversion des Laziques, la soumission de leur roi
Tzath et le refus que fit l'Empereur d'adopter par les armes l'héritier
désigné de Cabadès, préparèrent de nouvelles et sanglantes hostilités. Anastase
profita de cet armistice pour fortifier la frontière orientale.
Théodosiopolis sortit de ses ruines, et les Romains fondèrent une autre
colonie, qui pût braver la puissance des Perses, en mettant la province à
couvert. Dans ce dessein l'Empereur agrandit et peupla la bourgade de Dara,
située à cinq lieues de Nisibis et à quatre journées du Tibre. Cette ville
était destinée à être la place d'armes de l'Orient et le boulevard de
l'Empire. Aussi Justinien acheva avec un soin extrême les ouvrages élevés à
la hâte sous son prédécesseur. Un travail du même genre recommande aussi la
mémoire d'Anastase : pour mettre la capitale à l'abri des incursions des
Slaves, il fit construire une muraille de dix-huit lieues qui joignait la
Propontide au Pont-Euxin et renfermait Sélymbrie dans son enceinte. Ce
rempart, relié par des tours, avait vingt pieds d'épaisseur (507). L'année
suivante les querelles religieuses recommencèrent avec fureur à propos du
Trisagion. Le peuple de Constantinople, attaché à l'ancienne formule, Dieu
saint, saint, saint, Seigneur des armées, repoussa obstinément l'addition qui
a été crucifié pour nous, parce qu'on l'attribuait à un évêque eutychien. Le
Trisagion avec l'addition ou sans l'addition fut chanté dans la cathédrale
par deux partis ennemis, qui recoururent bientôt aux pierres et aux bâtons.
L'Empereur punit les agresseurs ; le patriarche catholique Macédonius les
défendit. En un instant les rues furent remplies d'une foule innombrable que
les moines rangeaient en bataille, criant anathème au tyran manichéen. Déjà
Anastase faisait préparer ses galères et se tenait prêt à partir, lorsque le
patriarche daigna pardonner et calma la multitude. Toutefois Macédonius ne
jouit pas longtemps de son triomphe. Il fut exilé peu de jours après et la
sédition se ralluma sur une question du même genre : « Une personne
de la Trinité a-t-elle expiré sur la croix ? » En cette circonstance les
factions des verts et des bleus suspendirent leur rivalité, et leurs forces
réunies paralysèrent l'action du gouvernement. Les clefs de la ville et les
drapeaux des gardes furent déposés dans le forum de Constantin, dont les
catholiques avaient fait leur centre d'opérations. La tête d'un moine ami
d'Anastase, fut portée en triomphe et des torches enflammées furent lancées
contre les maisons des hérétiques. L'Empereur, après s'être caché trois
jours, implora la clémence de ses sujets : il parut sur le trône du cirque
sans diadème et dans la posture d'un suppliant, entendit le Trisagion
orthodoxe qu'on lui chanta comme une insulte, et offrit d'abdiquer. La
multitude accueillit cette proposition ; mais ne trouvant pas de successeur à
donner à Anastase, elle se contenta du supplice de deux ministres qui furent
jetés aux lions. Pour comble de maux, l'ambitieux Vitalien s'était déclaré le
partisan de Macédonius, et prétendait défendre la foi catholique avec une
armée de Huns et de Bulgares pour la plupart idolâtres. Les suites de cette
rébellion furent la dépopulation de la Thrace, le siège de Constantinople et
le massacre do soixante-cinq mille chrétiens. Vitalien continua ses ravages
jusqu'au moment où il obtint le rappel des évêques, la ratification du
concile de Chalcédoine et la satisfaction que demandait l'évêque de Home.
Anastase mourant signa ce traité contre son gré, et son successeur en remplit
fidèlement les conditions. Sous le
règne de l'empereur Léon, un paysan thrace ou goth était venu chercher
fortune à Constantinople. D'abord garde du palais, il se signala dans les
guerres d'Isaurie et de Perse, devint tribun, comte, général, sénateur, et
commandait les gardes à la mort d'Anastase. L'eunuque Amantius, qui régnait
au palais, le chargea d'acheter pour une de ses créatures le suffrage des
troupes ; mais le paysan de la Dacie leur distribua en son propre nom
l'argent d'Amantius, et l'heureux Justin, élevé par les gardes sur le
bouclier inaugural, fut reconnu empereur par le clergé, le peuple et les
provinces (juillet 518).
Justin avait alors soixante-huit ans ; d'une ignorance profonde il ne savait
pas même lire, et son expérience militaire ne pouvait le mettre en état de
gouverner un empire. Le sentiment de sa faiblesse le disposait à
l'incertitude, à la défiance et à la crainte ; mais le questeur Proclus
dirigea les affaires avec soin et fidélité ; il décida le vieil Empereur à se
faire un appui des talents et de l'ambition de son neveu Justinien[10], et sut protéger cette adoption
contre les intrigues des courtisans et la jalousie de Justin lui-même. Ce
règne de neuf ans ne fut troublé par aucune guerre civile ou étrangère, et
les complots qui menaçaient la vie de Justin furent sévèrement prévenus. Amantius
impliqué dans une conspiration perdit la tête ; trois de ses compagnons, les
premiers domestiques du palais, furent punis de mort ou exilés ; le
malheureux à qui l'eunuque avait voulu donner la couronne fut assommé à coups
de pierres et jeté dans le Bosphore. La perte de Vitalien présenta plus de
difficultés et de périls. Ce petit-fils d'Aspar, chef des Goths confédérés de
la Thrace, avait obtenu la faveur populaire en combattant Anastase et se
tenait avec son armée aux portes de Constantinople. On l'attira dans la ville
; on l'accueillit comme le fidèle champion de l'Église et de l'État ;
l'Empereur et son neveu lui donnèrent d'un air reconnaissant les titres de
consul et de général ; mais on mina sourdement sa puissance ; on excita
contre lui la faction des bleus ; et le septième mois de son consulat,
Vitalien fut percé de dix-sept coups à la table du prince. Justinien, qui
hérita de sa dépouille, fut accusé du meurtre d'un homme auquel il avait
récemment engagé sa foi en participant avec lui aux saints mystères. Investi du titre de maitre-général des armées d'Orient, le neveu de Justin évita d'aller commander les armées et de se compromettre par son absence. Au contraire il resta à Constantinople, et s'attacha à gagner le clergé, le peuple et le sénat. Attaché à l'orthodoxie la plus rigoureuse, il fit cesser le schisme en témoignant une grande déférence pour le pape de Rome, donna les siégea de l'Orient à des évêques catholiques qui lui étaient dévoués, distribua des richesses aux monastères. Mais les spectacles et les jeux n'étaient pas moins importants aux yeux de la multitude que le Symbole de Nicée et de Chalcédoine. Les dépenses du consulat de Justinien furent évaluées à deux cent quatre-vingt-huit mille pièces d'or ; vingt lions et trente léopards parurent en une seule fois dans l'amphithéâtre, et les vainqueurs des courses de chars reçurent en outre un don extraordinaire de chevaux richement harnachés. En même temps Justinien cultivait l'affection du sénat, qui pendant le règne d'Anastase s'était recruté d'une foule d'officiers militaires. Ces nouveaux magistrats conservaient autour d'eux une garde particulière composée de vétérans, dont les armes et les acclamations pouvaient dans un tumulte populaire disposer du diadème de l'Orient. Les trésors de l'État servirent à acheter les sénateurs, qui prièrent unanimement l'Empereur d'adopter Justinien pour son col4ue. Le vieux monarque accueillit mal cette demande et leur conseilla de porter leurs vues sur un candidat plus âgé. Le sénat n'en décora pas moins Justinien du titre royal de nobilissime, et Justin soit par amitié soit par crainte, ratifia le décret. La faiblesse d'esprit et de corps où le réduisit bientôt une blessure incurable qu'il avait à la cuisse, ne lui permit plus de tenir les rênes de l'Empire. Il fit venir le patriarche et les sénateurs, et en leur présence plaça le diadème sur la tête de Justinien qui du palais fut conduit au cirque, où il reçut les bruyantes félicitations du peuple. Justin vécut encore quatre mois (du 1er avril au 1er août 527) ; mais depuis cette cérémonie on le regarda comme mort pour l'Empire, et Justinien, dans la quarante-cinquième année de son âge, fut reconnu souverain légitime de l'Orient. |
[1]
CLAUDIEN, in Eutrop., I, 192-209.
[2]
L'histoire d'Athénaïs pourrait passer pour un roman si elle n'était attestée
par des témoignages positifs. Son père ne lui avait laissé qu'un legs de cent
pièces d'or qui lui fut contesté par la jalousie et l'avarice de ses frères.
Elle vint à Constantinople demander justice à Pulchérie, qui vanta au jeune
Empereur sa beauté et ses talents. Théodose la Nit derrière un rideau, l'aima
et l'épousa en grande pompe. Elle avait alors vingt-huit ans. Eudoxie fit venir
ses frères, leur pardonna et les combla de biens.
[3]
Pulchérie la frappa d'abord dans ses amis qui furent exilés ou condamnés à
mourir, et répandit des bruits outrageants sur sa vertu. Eudoxie se retira à
Jérusalem, y vécut seize ans dans les pratiques d'une dévotion austère, et
protesta en mourant qu'elle n'avait jamais passé les bornes de l'innocence et
de l'amitié.
[4]
Procope est le premier qui parle du prétendit testament d'Arcadius en faveur du
roi des Perses. TILLEMONT
(hist. des Emper., tom. II) fait voir
l'invraisemblance et la fausseté de cette tradition.
[5]
Il est difficile de déterminer la position de ce lieu ; les uns le placent près
de Tokay, les autres préfèrent Jazberin, à environ 12
lieues à l'ouest de Bude.
[6]
Théodose II a attaché son nom au premier corps authentique des lois impériales.
A la place d'une législation variable, fondée la plupart du temps sur les
décisions prétoriennes, les deux empires eurent un code régulier rédigé par le
jurisconsulte Antiochus, et dont la sagesse frappa les Goths de l'Italie et de
l'Espagne.
[7]
Attila avait d'abord juré de châtier le successeur de Théodose : entraîné d'un
autre côté par l'ambition et l'amour des combats, il envoya en même temps aux
deux Empereurs cet insultant message : « Attila mon maitre et le tien, dit le
député, t'ordonne de préparer sans délai un palais polir le recevoir. » Mais
bientôt, ajournant la conquête de l'Orient, il se mit en route vers la Gaule et
l'Italie.
[8]
Il était petit-fils de cet Anthémius qui gouverna quelque temps l'Empire après
la mort d'Arcadius. Pour l'expédition d'Afrique, voyez le ch. III.
[9]
Quelques historiens prétendent qu'Anastase fut nommé empereur au moment où il
allait prendre possession du siège patriarchal d'Antioche. Ce fait ne nous
parait pas appuyé sur de bonnes autorités. Tillemont dit seulement qu'Anastase
étant à Antioche en 488 contribua à élever sur le siège de cette ville,
Palladius, eutychien comme lui.
[10]
Le nom de Justinien était la traduction de celui d'Uprauda
qu'il avait porté d'abord. Son père Sabatius (en langue gréco-barbare Stipes),
s'appelait dans son village Istock. On adoucit
le mot de Bigleniza, nom de sa mère et on en
lit Vigilantia.