INVASIONS DES SARRAZINS EN FRANCE, DEPUIS LEUR EXPULSION DE NARBONNE JUSQU'À LEUR ETABLISSEMENT EN PROVENCE, EN 889
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L'époque
que nous allons parcourir offre un caractère tout différent de celle qui
précède. On a vu que les Sarrazins, en pénétrant en France, avaient non
seulement l'intention de la conquérir et d'y faire fleurir l'islamisme, mais
que leur projet était de subjuguer tout le reste de l'Europe, et de faire de
cette partie du monde qui, sous les Romains, avait menacé d'envahir
l'Univers, une simple province du nouvel empire. Il ne faut pas oublier que
les chefs de l'armée conquérante étaient en général originaires de l'Arabie,
de la Syrie et de la Mésopotamie ; le centre de leur religion et celui de
leur puissance était en Orient ; et leurs pensées ainsi que leurs souvenirs
devaient les ramener vers les mêmes lieux. Aucune difficulté n'arrêtait des
hommes qui avaient pris part à des conquêtes sans exemple. Plus une contrée
était vaste et peuplée, plus ils y voyaient des chances de gloire et de
mérite aux yeux de Dieu. Le
tableau change avec l'époque que nous allons retracer. Le nouveau dominateur
de l'Espagne avait vu sa famille renversée du trône en Syrie, et périr de
mort violente. Retiré en Espagne, il n'apercevait en général que des ennemis
dans l'Afrique et les autres parties de l'empire, qui avaient si largement
contribué aux succès précédents. La Péninsule, d'ailleurs, par la situation
où elle se trouvait, était loin de pouvoir fournir les moyens de se livrer à
des entreprises hardies. A la suite des guerres intestines qui la désolaient
depuis si longtemps, l'esprit de faction ne cessait de faire des progrès, et
les chrétiens des provinces septentrionales de l'Espagne avaient profité du
désordre pour prendre une attitude menaçante ; enfin, le souvenir des échecs précédents
était présent à tous les esprits. D'un
autre côté, la France, objet immédiat de ces invasions, acquérait chaque jour
plus d'ascendant. Sous Pepin et Charlemagne, toute cette vaste contrée
obéissait à un même chef ; et l'avantage qu'elle avait de pouvoir, au besoin,
appeler à son secours les guerriers de l'Allemagne, de la Belgique et de
l'Italie, la mettait à l'abri de toute agression. Aussi, ce ne furent pas en
général les Sarrazins d'Espagne qui attaquèrent les chrétiens de France ; ce
furent plutôt les chrétiens de France qui attaquèrent les Sarrazins
d'Espagne. Pepin et Charlemagne se mettant en relation avec les chrétiens de
la Catalogne, de l'Aragon et de la Navarre, les habituèrent peu à peu à
recourir à leur haut patronage ; en même temps, ils favorisèrent de tous
leurs moyens les tentatives des émirs sarrazins et des gouverneurs de
provinces, qui voulaient se rendre indépendants du souverain de Cordoue.
Bientôt même, Charlemagne et ses enfants entrèrent à main armée en Espagne,
et pendant longtemps les provinces voisines de l'Èbre furent une dépendance
de la France. Plus tard, lorsque les chrétiens du nord de la péninsule
s'occupèrent de reconquérir le pays de leurs pères, les guerriers du midi de
la France, dont la plupart se vantaient d'avoir la même origine qu'eux,
accoururent pour les seconder. Chose
remarquable, et qui montre de quoi sont capables les passions humaines !
L'émir de Cordoue et les khalifes d'orient étaient plus occupés de se nuire
entre eux que de faire de nouvelles conquêtes sur les chrétiens d'Europe ;
tandis que les princes de Cordoue s'unissaient d'intérêt avec les empereurs
de Constantinople, presque toujours en guerre avec les mahométans de la
Syrie, de la Perse et de l'Égypte, les khalifes d'orient firent alliance avec
les princes français. A cette époque, comme dès l'origine du commerce
national, des navires partis de Marseille, de Fréjus et d'autres villes,
allaient se pourvoir, dans les ports de Syrie et d'Égypte, d'épiceries,
d'étoffes de soie, de parfums, etc.[1]. Aux relations commerciales,
s'étaient joints les motifs de piété, qui portaient alors une foule de
personnes à braver tous les dangers, pour aller visiter les lieux sanctifiés
par les mystères de notre religion. Au plus fort même des ravages des Sarrazins
en France, vers l'an 733, des pèlerins partis de l'occident circulaient
librement à Jérusalem, à Nazareth, à Damas, à la cour même du khalife, soit
que le prince n'eût qu'une idée confuse des pays d'où ces hommes venaient,
soit que, connaissant le motif qui les amenait, il dédaignât de faire
attention à eux[2]. Les
princes abbassides adoptèrent la politique la plus amicale envers la France ;
et si plus tard, les lieutenants auxquels ils avaient confié les cotes
d'Afrique se livrèrent à d'horribles déprédations sur nos rivages., c'est que
ces gouverneurs, séparés du centre de l'empire par d'affreux déserts et
d'immenses distances, profitèrent de la première occasion pour se rendre
indépendants. Depuis
la prise de Narbonne jusqu'à la mort de Pepin en 768, aucune hostilité n'eut
lieu entre la France et les Sarrazins. Pepin regardait les Pyrénées comme la
frontière naturelle de la France, et Abd-alrahman était occupé à soumettre
les émirs qui refusaient de reconnaître son autorité. Mais Pepin ne
négligeait rien pour entretenir l'esprit de faction parmi les Sarrazins. Dès
l'année 759, un an après l'occupation de Narbonne par les Français, le
gouverneur musulman de Barcelone et de Gironne, appelé Soliman ou plutôt
Soleyman, entra en relation avec Pepin[3]. A en croire les chroniqueurs
français, Soleyman se rangeait sous la puissance du fils de Charles-Martel.
Il est plus naturel de croire que l'émir sarrazin, visant à l'indépendance,
cherchait seulement un appui dans le roi des Français. On verra bientôt se
développer la politique des émirs musulmans du nord de la Péninsule, lesquels
recouraient à la France, lorsqu'ils étaient pressés par l'émir de Cordoue, et
qui retournaient à l'émir de Cordoue, lorsque les Français se montraient
exigeants. Ce qui
favorisait les tentatives de ces émirs, ainsi que celles des chrétiens des
provinces septentrionales de l'Espagne, c'est la nature du terrain. On sait
que la Catalogne, l'Aragon, la Navarre, etc., sont hérissés de montagnes, et
qu'il est facile à une petite troupe aguerrie de s'y maintenir contre des
armées innombrables. Les Arabes n'ayant occupé la plupart de ces contrées
qu'en passant, leurs écrivains n'en ont eu qu'une idée confuse. Ils appellent
ordinairement la Vieille-Castille et l'Alava actuel le pays d'Alaba et des
châteaux[4], région défendue en effet par
des positions extrêmement fortes. D'un autre côté, la Navarre est appelée
pays des Baschones. Quelquefois, dans la pensée des écrivains arabes, cette
dénomination comprend la partie de la Gascogne située en-deçà des Pyrénées,
laquelle était en communauté d'origine et de langage avec la Navarre. A
l'égard de la chaîne des Pyrénées proprement dite, les Arabes l'appellent la Montagne
des Ports, du mot latin portus, et de l'espagnol puerto,
signifiant passage, parce qu'en effet c'est par les Pyrénées qu'il
faut passer pour communiquer de l'Espagne avec le Continent. Les Arabes
distinguent quatre ports ou passages qui, disent-ils, sont à peine assez
larges pour donner entrée à un cavalier. Ces quatre passages sont, 1° la
route de Barcelone à Narbonne par la ville actuelle de Perpignan ; 2° la
route de Puycerda à travers la Cerdagne ; 3° la route qui conduit de
Pampelune à Saint-Jean-Pied-de-Port ; 4° enfin la route de Tolosa à Bayonne[5]. La chaîne des Pyrénées, au
moyen-âge, était moins accessible qu'aujourd'hui. Le récit des Arabes s'en
est ressenti, et il y a plusieurs de leurs dénominations géographiques qu'il
nous a été impossible de rétablir. Au
temps dont il est question ici, les gouverneurs de province et des grandes
villes, chez les Arabes d'Espagne, étaient revêtus du titre de visir ou de
porteur. Nos vieilles chroniques leur donnent le titre de roi, parce que le
plus souvent ils affectaient l'indépendance. Quant aux commandons de villes
d'un ordre secondaire, ils se contentaient du titre d’alcayd ou de conducteur. Tandis
que Pepin cherchait à tenir les différents partis en Espagne en échec les uns
par les autres, la discorde était attisée par le khalife d'Orient. Almansor
venait de fonder la ville de Bagdad, et était impatient de rétablir dans
l'empire l'unité politique et religieuse, qui se trouvait rompue par
l'élévation d'Abd-alrahman. Déjà il avait fait partir une flotte des côtes
d'Afrique, et plusieurs émirs espagnols espérant, à la faveur d'une si grande
distance, exercer une autorité moins restreinte, s'étaient déclarés pour lui.
Pepin, qui n'avait rien à craindre d'Almansor, et qui pouvait en être aidé au
besoin, se hâta d'entrer en relation directe avec lui. Nos chroniqueurs
désignent le prince musulman par son titre d'émir-almoumenyn, ou de
commandeur des croyants. En 765, des députés envoyés par Pepin se rendirent à
Bagdad, et revinrent au bout de trois ans accompagnés des députés du khalife.
Les uns et les autres débarquèrent à Marseille. Pepin accueillit très-bien
les députés de Bagdad ; il leur fit passer l'hiver à Metz ; puis les fit
venir au château de Sels, sur les bords de la Loire. Les députés furent
congédiés, chargés de présents, par la voie de Marseille[6]. La
politique de Pepin fut suivie par son fils Charlemagne. Dès que ce prince
entreprenant vit son autorité affermie, il rechercha l'amitié des personnages
les plus influents de l'Espagne, musulmans et chrétiens. Aux uns il montrait
le désir de les affranchir du joug de l'émir de Cordoue, et de les rendre
tout-à-fait indépendants ; aux autres il se présentait lui-même comme le
protecteur naturel du christianisme, comme le défenseur du pape contre la
tyrannie des rois lombards, et comme l'ami le plus ardent des saines
doctrines, attaquées par les novateurs et les hérétiques. Les
Arabes, en subjuguant l'Espagne, avaient laissé aux chrétiens le libre
exercice de leur religion. Il existait des évêques, ou du moins des préposés
ecclésiastiques à Cordoue, à Tolède, et dans les autres villes du premier
ordre. Mais dans les provinces frontières, dans les contrées qui étaient
tantôt au pouvoir des chrétiens et tantôt au pouvoir des musulmans, il ne
paraît pas qu'il y eût d'évêques. C'est Charlemagne qui se chargea de
pourvoir aux besoins spirituels des habitants. La ville métropolitaine de
Tarragone ayant été détruite par les Sarrazins, les chrétiens de la Catalogne
furent placés sous la juridiction de l'archevêque de Narbonne ; de son côté,
l'archevêque d'Auch eut sous sa surveillance les chrétiens d'Aragon[7]. S'élevait-il quelque conflit
entre les chrétiens d'Espagne, Charlemagne apparaissait comme arbitre. Ces
chrétiens avaient-ils quelque réclamation à faire auprès du pape, Charlemagne
offrait sa puissante médiation. Sur ces
entrefaites, en 777, deux émirs sarrazins des environs de l'Èbre se trouvant
en guerre avec l'émir de Cordoue, franchirent les Pyrénées, et se rendirent
avec une grande suite auprès de Charlemagne, en Westphalie, dans la ville de
Paderborn, où se tenait alors une diète solennelle[8]. Un des deux émirs se nommait
Solyman, et avait été gouverneur de Saragosse[9]. Dans un combat livré aux
troupes de Cordoue, il avait fait leur chef prisonnier, et il en fit hommage
à Charlemagne. Nos chroniqueurs ajoutent même qu'il se soumit à la puissance
du prince français. Charlemagne,
qui ne demandait pas mieux que d'étendre son autorité, crut l'occasion
favorable pour se rendre maître d'une partie de l'Espagne. Il fit un appel
aux guerriers de la France, de l'Allemagne et de la Lombardie, et se disposa
à franchir les Pyrénées. On était alors en 778. Il ne doutait pas qu'à son
approche les populations n'accourus- sent se ranger sous sa puissance ; mais
les chefs sarrazins, qui dans leurs démarches avaient eu uniquement pour but
de consolider leur indépendance, se préparèrent à résister. Il en fut de même
des chrétiens des montagnes, qui avaient juré de ne plus reconnaître de joug
étranger. Quand Charlemagne arriva de l'autre côté des Pyrénées, il fut
obligé d'entreprendre le siège de Pampelune, qui ne se rendit qu'après une
bataille sanglante. Saragosse résista également[10]. Les gouverneurs de Barcelone,
de Gironne, de Huesca, se contentèrent d'envoyer des otages. Tout-à-coup
l'on annonce que les Saxons, qui ne voulaient pas abjurer les pratiques du
paganisme, avaient repris les armes. Charles se hâta de retourner en France ;
mais à son passage à travers les Pyrénées, son arrière-garde fut attaquée
dans la vallée de Roncevaux, par les chrétiens montagnards, aidés peut-être
par les musulmans, et un grand nombre de ses plus illustres guerriers furent
tués. C'est là, dit-on, que périt Roland[11]. Le pays
que, dès ce moment, la France se trouva posséder de l'autre côté des Pyrénées
varia d'étendue suivant les époques. C'est le pays qui fut appelé Marche,
c'est-à-dire frontière, parce qu'en effet il servait de position avancée à la
France du côté de l'Espagne. Il fit partie du royaume d'Aquitaine, que
Charlemagne ne tarda pas à fonder en faveur de son jeune fils Louis, et dont
la capitale était Toulouse. Les écrivains arabes le comprennent sous la
dénomination générale de Pays des Francs, ce qui est une nouvelle
source de confusion dans leur récit[12]. Il
n'est pas de notre sujet de raconter au long les événemens qui furent la
suite de la politique ambitieuse de Charlemagne. Notre plan a pour objet les
invasions des Sarrazins en France, et non les invasions des Français en
Espagne. Il suffira de faire connaître les résultats de ces nouvelles
entreprises. Après
le départ de Charlemagne, la plupart des villes, qui s'étaient abaissées sous
son autorité, secouèrent le joug. Les Sarrazins surtout se regardèrent comme
humiliés de cette soumission, et pour se venger, ils tournèrent leurs efforts
contre les chrétiens de leur voisinage. Les chrétiens, habitués à une vie
dure, et vêtus de peaux d'ours, se retirèrent au haut des montagnes ou au
fond des vallées, et s'y défendaient avec leurs haches ou leurs faulx. Mais
beaucoup de personnes riches, ne pouvant plus se maintenir dans leurs biens,
furent obligées de s'expatrier, et vinrent demander un asile à Charlemagne.
Il existait alors aux environs de Narbonne de vastes campagnes qui avaient
été plusieurs fois ravagées dans les guerres précédentes, et qui se trouvaient
désertes. Ce prince distribua ces campagnes aux réfugiés, leur imposant pour
unique charge l'obligation du service militaire. Il paraît que parmi ces
réfugiés il y avait des musulmans devenus chrétiens ; c'est du moins ce
qu'indiquent leurs noms[13]. Plusieurs réfugiés devinrent
dans la suite des personnages importants. Il existe encore des familles
illustres qui font remonter jusqu'à eux leur origine[14]. L'émir
de Cordoue, Abd-alrahman Ier, mourut en 788. Les auteurs français du temps le
représentent comme un homme cruel, qui fit mettre à mort un grand nombre de
ses sujets arabes et africains ; ils ajoutent que les chrétiens et les juifs
eurent tellement à souffrir de ses exactions, qu'ils furent contraints de
vendre leurs propres enfants pour subsister[15]. Il est certain que ce prince,
forcé de conquérir son royaume, et obligé de résister à des attaques sans
cesse renaissantes, ne put pas toujours préserver la fortune et la vie de ses
sujets ; mais il était naturellement doux, ami des arts et des lettres, et
c'est à ses grandes qualités qu'il faut faire remonter la civilisation maure
en Espagne. Il ne paraît pas qu'Abd-alrahman ait eu des relations directes
avec Charlemagne. Un chroniqueur arabe rapporte que ce prince demanda à
Charlemagne, qu'il appelle simplement Carlé, une de ses filles en
mariage[16] ; mais il veut probablement
parler d'Abdalrahman II, qui entretint des rapports politiques avec
Charles-le-Chauve, et qui vivait à une époque où ces sortes d'alliances
n'excitaient pas les mêmes scrupules qu'autrefois. Abd-alrahman
Ier avait choisi pour successeur Son troisième fils, Hescham, de préférence
aux deux aînés. Cette circonstance ne tarda pas à amener de nouveaux
troubles. Hescham s'occupa d'abord de faire reconnaître son autorité à
Cordoue et dans les provinces voisines ; ensuite il s'avança du côté de
l'Èbre pour faire rentrer les émirs rebelles dans le devoir. L'ordre
étant à peu près rétabli, Hescham crut que le meilleur moyen d'extirper
l'esprit de faction qui avait causé tant de maux en Espagne, était d'exprimer
au dehors une grande pensée, une pensée propre à rallier tous les esprits. Il
avait à se venger des désordres que la politique de Pepin et de Charlemagne
avait excités de l'autre côté des Pyrénées ; de plus il commençait à
s'effrayer de l'aspect menaçant que prenaient les chrétiens des Asturies et
des autres provinces septentrionales de l'Espagne. Il forma donc le dessein
d'attaquer les chrétiens par tous les côtés, et il voulut que toutes les
ressources de l'empire concourussent au succès d'une si importante
entreprise. En effet, les pieux mahométans se plaignaient depuis longtemps de
voir les forces musulmanes tournées les unes contre les autres. Plusieurs
étaient allés jusqu'à dire qu'on n'était pas obligé de payer d'impôt à des
princes qui ne savaient faire la guerre qu'aux disciples du prophète, et ils
citaient malignement l'exemple des khalifes de Bagdad, qui, par leurs guerres
continuelles avec les empereurs de Constantinople, jetaient le plus grand
éclat sur l'islamisme[17]. Hescham,
voulant donner à cette guerre la plus imposante solennité, la présenta comme
une entreprise religieuse, et fit publier dans toute l'Espagne musulmane l'algihad[18], c'est-à-dire la guerre contre
les ennemis de l'Alcoran. Par ses ordres, on lut le vendredi dans les
mosquées, pendant que le peuple y était assemblé pour rendre hommage à
l'Éternel, une invitation aux fidèles de se lever pour la défense de la
religion. Ceux qui étaient en état de porter les armes devaient marcher
sur-le-champ vers les Pyrénées ; ceux qui ne l'étaient pas devaient concourir
de leur argent et de leurs autres moyens au succès de l'expédition. Le
discours qui fut lu en chaire était en prose rimée, et susceptible d'être
chanté ; il était entremêlé de passages de l'Alcoran propres à en augmenter
l'effet. Voici la traduction d'une partie de ce discours : «
Louanges à Dieu, qui a relevé la gloire de l'islamisme par l'épée des
champions de la foi, et qui, dans son livre sacré, a promis aux fidèles, de
la manière la plus expresse, son secours et une victoire brillante. Cet Être
à jamais adorable s'est ainsi exprimé : Ô vous qui croyez, si vous prêtez
assistance à Dieu, Dieu vous secourera et affermira vos pas. Consacrez donc
au Seigneur vos bonnes actions ; lui seul peut par son aide rallier vos
drapeaux. Il n'y a pas d'autre dieu que Dieu ; il est unique et n'a pas
de compagnon ; Mahomet est son apôtre et son ami chéri. Ô hommes ! Dieu a
bien voulu vous mettre sous la conduite du plus noble de ses prophètes, et il
vous a gratifiés du don de la foi. Il vous réserve dans la vie future une
félicité que jamais œil n'a vue, que jamais oreille n'a entendue, que jamais
cœur n'a sentie. Montrez-vous dignes de ce bienfait ; c'était la plus grande
marque de bonté que Dieu pût vous donner. Défendez la cause de votre
immortelle religion, et soyez fidèles à la droite vole ; Dieu vous le
commande dans le livre qu'il vous a envoyé pour vous servir de guide.
L'Être-Suprême n'a-t-il pas dit : Ô vous qui croyez, combattez les peuples
infidèles qui sont près de vous, et montrez-vous durs envers eux. Volez
donc à la guerre sainte, et rendez-vous agréables au maître des créatures.
Vous obtiendrez la victoire et la puissance ; car le Dieu très-haut a dit : C'est
une obligation pour nous de prêter secours aux fidèles[19]. » A ce
discours, les pieux musulmans des diverses provinces de l'Espagne sentirent
leur zèle se réveiller, et les plus ardents coururent aux armes. L'appel fait
aux fidèles devait être d'autant mieux entendu, qu'il n'y avait pas alors
chez les Sarrazins d'armées permanentes : les personnes qui prenaient les
armes ne s'engageaient que pour une campagne, et la campagne terminée, elles
étaient libres de rentrer dans leurs foyers. Mais le temps n'était plus où,
au seul mot de guerre contre les chrétiens, les masses entières se levaient
spontanément. Les enfants des conquérants de l'Espagne étaient en possession
de terres considérables, et la plupart n'étaient pas empressés de quitter la
vie agréable qu'ils menaient pour s'exposer à toute sorte de dangers. D'ailleurs,
ce qui aidait le plus à former les anciennes armées des conquérants,
c'étaient les hommes de bonne volonté qui accouraient de l'Afrique, de
l'Arabie et de la Syrie, et maintenant ces contrées étaient presque fermées à
l'Espagne. On
était alors dans l'année 792. Cette espèce de croisade n'attira pas cent
mille hommes sous les drapeaux. Les Sarrazins furent divisés en deux corps ;
l'un marcha contre les chrétiens des Asturies, et n'obtint que de faibles
succès ; l'autre, commandé par le visir Abd-almalek, s'avança en Catalogne,
et se disposa à entrer de là en France. Cette
invasion eut lieu en 793. Charlemagne se trouvait alors sur les bords du
Danube, occupé à faire la guerre aux Avares ; et les meilleures troupes du
midi de la France s'étaient rendues en Italie, avec Louis, roi d'Aquitaine.
Aux approches des Sarrazins, les habitants des plaines allèrent se cacher
dans les cavernes, ou se réfugièrent sur les lieux élevés. Les Sarrazins se
dirigèrent vers Narbonne, impatiens de reconquérir un boulevard où ils
s'étaient maintenus si longtemps. Trouvant la ville en état de défense, ils
mirent le feu aux faubourgs, puis se portèrent du côté de Carcassonne[20]. Cependant
le comte de Toulouse, Guillaume, à qui Louis avait confié la garde de la
Septimanie, avait fait un appel aux comtes et aux seigneurs du pays. De toute
part les chrétiens en état de porter les armes accoururent se ranger sous son
étendard. Les deux armées en vinrent aux mains sur les bords de la rivière
d'Orbieux, au lieu nommé Villedaigne, entre Carcassonne et Narbonne. L'action
fut extrêmement vive. Guillaume fit des prodiges de valeur ; mais les
Français, ayant essuyé de grandes pertes, se retirèrent. De leur côté, les
Sarrazins, qui avaient perdu un de leurs chefs, n'osèrent pas aller plus
avant, et, contents du riche butin qu'ils avaient fait, ils retournèrent en
Espagne, où ils furent reçus comme en triomphe. Dans toutes les mosquées de
l'Espagne, les musulmans rendirent à Dieu des actions de grâces pour un
succès auquel depuis longtemps ils n'étaient plus accoutumés[21]. La
cinquième partie du butin réservée par la loi au souverain, se monta à
quarante-cinq mille mitscals d'or, ce qui fait environ sept cent mille francs
de notre monnaie actuelle, valeur intrinsèque, et ce qui en ferait neuf fois
plus, si on avait égard au peu d'argent monnayé qui circulait alors. Cette
somme paraîtra considérable, si on se rappelle que le pays qui servit de
théâtre à cette guerre ou était naturellement pauvre, ou avait été dévasté
plusieurs fois. Hescham voulant sanctifier en quelque sorte les fruits de
cette expédition, les employa à terminer la grande mosquée de Cordoue,
commencée par son père, et qui sert aujourd'hui de cathédrale. Ce qui avait
surtout attiré à la partie de la mosquée bâtie par Abd-alrahman le respect
des musulmans, c'est qu'elle avait été entièrement construite du produit du
butin fait sur les chrétiens. Un auteur arabe raconte que, lorsque les
nouvelles constructions furent achevées, les musulmans refusèrent d'y prendre
place pour offrir leurs vœux à Dieu ; et comme Hescham étonné demanda le
motif de ce refus, on lui dit que c'était parce que l'autre partie de
l'édifice provenait de l'argent pris sur les chrétiens, et qu'on était bien
plus sûr d'y voir ses prières exaucées. Là-dessus, le prince déclara qu'il en
était de même de la partie de la mosquée qui était son ouvrage, et il fit
venir le cadi et d'autres personnes graves, pour attester la vérité de ce
qu'il disait[22]. Quelques
auteurs ajoutent que les fondations de cette partie de la mosquée furent
assises sur une terre provenant des dernières conquêtes, et que cette terre
fut apportée de la Galice et du Languedoc, c'est-à-dire d'une distance de
près de deux cents lieues, soit sur des chars, soit sur le dos des malheureux
captifs chrétiens[23]. Si on
en croyait certains auteurs arabes, et Roderic Ximenès qui les a copiés, les
Sarrazins dans cette expédition auraient repris Narbonne. Mais le récit de
ces écrivains est fort confus, et le nom de pays des Francs qu'ils
donnent à la fois aux provinces chrétiennes situées en-deçà et au-delà des
Pyrénées, les empêche de se rendre un compte exact de la marche des troupes
musulmanes[24]. Si une ville telle que
Narbonne était retombée au pouvoir des Sarrazins, les auteurs chrétiens du
temps en auraient parlé, ne fût-ce que pour dire comment les Français y
étaient rentrés. Il faut faire attention qu'à l'époque où l'invasion eut
lieu, Charlemagne avait établi un ordre parfait dans ses états, et que les
chroniqueurs du temps nous apprennent, année par année, tout ce qui se
faisait d'important. Mais,
tandis que les écrivains chrétiens contemporains ne disent rien de la prise
de Narbonne par les musulmans, des écrivains postérieurs supposent les
Sarrazins maîtres, non seulement de cette antique cité, mais de tout le midi
de la France. On a vu que le chef chrétien qui se distingua le plus dans le
cours de cette guerre, fut le comte Guillaume. Guillaume appartenait à une
famille illustre ; et il s'était rendu digne du haut rang qu'il occupait, par
sa piété autant que par sa valeur. C'est le même qui, quelques années plus
tard, contribua le plus à la conquête de Barcelone, par les Français.
Guillaume, las des grandeurs de ce monde, se retira dans le monastère de
Gellone, situé aux environs de Lodève et qu'il avait lui-même fondé. Il y
mourut dans les plus vifs sentimens de religion, et mérita d'être rangé au
nombre des saints. Ces diverses circonstances, au milieu d'un siècle
très-porté à la piété, rendirent le nom de Guillaume très-populaire dans le
midi de la France. Un auteur, qui a écrit sa vie et qui vivait vers le
dixième siècle, nous apprend que, de son temps, on chantait dans les églises
et dans toutes les réunions un peu nombreuses la gloire de Guillaume et ses
exploits contre les Sarrazins[25]. Peu de temps après, lorsque
les poètes français se mirent à célébrer les grandes actions, les unes
vraies, les autres fabuleuses, de Charlemagne et de ses paladins, ils
n'oublièrent pas le comte de Toulouse. Nous possédons encore en français un
poème intitulé poème de Guillaume au court-nez, dans lequel on
représente Nîmes, Orange et Arles comme se trouvant au pouvoir des Sarrazins,
et comme ayant dû leur délivrance au courage invincible de ce héros[26]. D'un autre côté, une
inscription latine que l'on conservait avant la révolution aux environs
d'Arles, dans l'abbaye de Mont-Major, portait que Charlemagne fut obligé de
venir en personne à Arles, pour aider à l'expulsion des musulmans. Ces
divers récits n'ont pas le moindre fondement. On sait que les auteurs des
romans de chevalerie n'ont jamais été très-scrupuleux sur la fidélité
historique ; de plus, l'inscription de l'abbaye de Mont- Major est fausse.
Cette inscription, en disant que Charlemagne se rendit à Arles, ajoute que le
prince voulut immortaliser le triomphe qu'il venait de remporter, par la
fondation de l'abbaye ; or, l'abbaye ne fut fondée que plus de cent cinquante
ans après ; il est évident que le faussaire, en fabriquant l'inscription qui
reposait du reste sur des bruits alors populaires, avait surtout en vue de
faire croire le monastère plus ancien qu'il n'était réellement, et de lui
donner une origine qui ne lui appartenait pas[27]. Le roi
de Cordoue, Hescham, mourut en 796, et eut pour successeur son fils Hakam.
Aussitôt, les deux oncles du nouveau prince, qui, en leur qualité d'aînés,
avaient déjà tenté de s'emparer du pouvoir, reprirent les armes. Hakam fut
obligé de consacrer ses premiers soins à dompter les rebelles. L'année
suivante, tandis que Charlemagne était à Aix-la-Chapelle, on vit venir dans
cette ville le gouverneur musulman de Barcelone, qui implorait son appui. On
y vit également arriver Abdallah, oncle de l'émir de Cordoue, qui avait
succombé dans ses tentatives pour s'emparer du trône, et qui invoquait
l'assistance de la France[28]. La même année, le fils de
Charlemagne, Louis, roi d'Aquitaine, dans la diète qu'il tint, suivant
l'usage, à Toulouse, reçut un député d'Alphonse, roi de Galice et des
Asturies, qui demandait que toutes les forces chrétiennes se réunissent
contre l'ennemi commun. Il vint aussi à la diète un député d'un émir sarrazin
des environs de Huesca, appelé Bahaluc, qui demandait à vivre en bonne
intelligence avec les chrétiens[29]. Le
moment parut favorable pour se venger des dégâts faits par les Sarrazins dans
le Languedoc, et pour assurer le triomphe des armes françaises de l'autre
côté des Pyrénées. Déjà Louis et son frère Charles avaient fait quelques
incursions du côté de l'Èbre, mettant tout à feu et à sang. Louis passa de
nouveau les Pyrénées, du côté de l'Aragon, et pressa le siège de Huesca, dont
le gouverneur avait envoyé les clefs à Charlemagne, et qui cependant refusait
de recevoir les Français. En même
temps Abd-Allah, oncle de l'émir de Cordoue, se rendait maître de la ville de
Tolède, et son autre oncle, Soleyman, s'établissait dans Valence. Dans
ces circonstances critiques, Hakam fit marcher son armée contre Tolède. Pour
lui, prenant sa cavalerie, il vola vers les Pyrénées, fit rentrer dans le
devoir Barcelone et la plupart des autres villes qui s'étaient soulevées ;
puis s'avançant contre les chrétiens des Pyrénées, il fit les plus horribles
dégâts sur leurs terres, massacrant les hommes en état de porter les armes,
et emmenant les femmes et les enfants esclaves[30]. Parmi ces enfants, plusieurs
furent faits eunuques ; car Hakam, naturellement jaloux, recherchait, au
grand scandale de beaucoup de musulmans, les hommes mutilés pour certains
emplois de son palais. Les autres furent admis dans la garde qui veillait autour
de sa personne. En effet, Hakam s'était, le premier en Espagne, formé une
garde particulière ; et cette garde, pour qu'elle fût plus dévouée, se
composait de captifs pris à la guerre, et d'esclaves achetés à prix d'argent. Les
succès remportés par Hakam sur les chrétiens lui avaient fait donner par ses
soldats le titre d'almodaffer ou de victorieux[31]. A son retour devant Tolède, la
ville ouvrit ses portes ; Soleyman fut tué dans une bataille, et Abd-Allah se
retira en Afrique, attendant qu'il se présentât une nouvelle occasion de
reparaître sur la scène. Pendant
ce temps, Alphonse, roi de Galice, avait fait une expédition aux environs de
Lisbonne. A son retour il envoya à Charlemagne, comme trophée de ses succès,
quelques captifs sarrazins montés sur des mulets et couverts de leur
cuirasse. De son côté le roi d'Aquitaine avait pillé les environs de Huesca[32]. Ces
succès partagés n'offraient pas de résultat, et la conséquence la plus
immédiate de ces guerres continuelles, était la ruine des contrées qui
faisaient l'objet de la querelle. Le plus grand obstacle pour les Français
venait de ce que les gouverneurs sarrazins, après les avoir appelés,
refusaient de les recevoir, et que, si on avait recours à la force, ils
invoquaient l'appui de l'émir de Cordoue. Les Sarrazins étant restés maîtres
des villes les plus fortes, telles que Barcelone, Tortose, Saragosse, étaient
sûrs de trouver un asile au besoin ; et de là, s'ils voulaient se venger, ils
avaient la facilité de faire des courses sur les terres chrétiennes. Aucune
ville, sous ce rapport, n'était mieux située que Barcelone. Cette place,
extrêmement fortifiée, était rapprochée des frontières de France, et soit par
mer, soit par terre, elle pouvait répandre la terreur dans les environs.
L'émir sarrazin qui y commandait, et que nos vieilles chroniques appellent
Zadus ou Zaton, avait plusieurs fois rendu hommage pour sa principauté à
Charlemagne ; mais il s'était toujours défendu d'y laisser entrer les
Français. De
l'avis de Guillaume, comte de Toulouse, Louis résolut de tout tenter pour
s'emparer de cette ville. On était alors en 800 ; Charlemagne se trouvait à
Rome, occupé à se faire donner la couronne impériale. Louis, à la diète de
Toulouse, annonça ses intentions aux comtes et aux seigneurs, et chacun reçut
ordre, dès que la belle saison serait venue, de marcher avec ses hommes
d'armes vers la capitale de la Catalogne. Il nous
reste, au sujet des incidents de ce siège, de nombreux détails dans le poème
latin d'Ermoldus Nigellus déjà cité ; et comme ces détails jettent du jour
sur la manière dont la guerre se faisait alors, tant chez les musulmans que
chez les chrétiens, nous allons en rapporter quelques fragments[33]. «
Barcelone, dit le poète, était devenue pour les Maures un boulevard assuré.
C'est de là que partaient, sur des chevaux légers, les guerriers qui en
voulaient aux terres chrétiennes ; c'est là qu'ils revenaient avec leur
butin. En vain, pendant deux ans, les Français firent d'horribles ravages
autour de ses murailles : rien ne put décider le commandant à se soumettre. « Les
guerriers de l'Aquitaine étant arrivés devant la ville, chacun s'occupe de
remplir la tâche qui lui avait été imposée. Celui-ci prépare des échelles,
celui-là enfonce des pieux en terre. L'un apporte des armes, un autre entasse
des pierres ; les traits pleuvent de toutes parts, les murs retentissent sous
les coups du bélier, la fronde cause les plus terribles ravages. Le
gouverneur, voulant raffermir le courage des siens, annonce que des secours
sont partis de Cordoue ; ensuite, montrant de la main les Français : « Vous
voyez, leur dit-il, ces hommes de haute stature, qui ne laissent pas de repos
à la ville ; ils sont courageux, habiles à manier les armes, endurcis au
danger, et pleins d'agilité ; toujours ils ont les armes à la main ; elles
plaisent à leur jeunesse, et leur vieillesse ne s'en rebute pas. Défendons
bravement nos remparts. » L'armée
chrétienne avait été divisée en trois corps. Le premier était chargé
d'attaquer la ville ; le second, commandé par le comte Guillaume, devait
disputer le passage aux Sarrazins qui venaient de Cordoue. Louis, avec le
troisième, s'était placé au sommet des Pyrénées, prêt à se porter partout où
les circonstances l'exigeraient. Les troupes qui s'avançaient au secours de
la place, trouvant le passage fermé, se portèrent contre les chrétiens des
Asturies, qui les mirent en fuite. Alors Guillaume revint devant Barcelone,
et le siège fut repris avec une nouvelle vigueur, Zadon, se voyant hors
d'état de résister plus longtemps, sortit de la ville et tomba au pouvoir des
chrétiens. A la fin les Français montèrent à l'assaut, et la ville ouvrit ses
portes. La
prise de Barcelone eut lieu en 801. Cette ville était restée quatre-vingt-dix
ans au pouvoir des Sarrazins. Les mosquées furent purifiées et converties en
églises. Louis envoya à son père une partie du butin fait dans la ville. Ces
présents se composaient de cuirasses, de casques ornés de cimiers, de chevaux
superbement enharnachés. Les
possessions françaises en Espagne furent alors divisées en deux Marches, la
Marche de Gothie ou de Septimanie, qui répondait à la Catalogne actuelle, et
qui eut Barcelone pour capitale, et la Marche de Gascogne, qui comprenait les
villes françaises de Navarre et d'Aragon. La même
année, Charlemagne reçut une ambassade du célèbre Aaron-Alraschid. Quelque
temps auparavant, Charles avait envoyé en députation au khalife un juif
appelé Isaac, accompagné de deux chrétiens français. Les députés avaient
ordre, en se rendant à Bagdad, de passer par Jérusalem, qui était devenu à la
fois un lieu de pèlerinage et de commerce, et après s'être assurés de l'état
des saints lieux, de solliciter du khalife toutes les faveurs qui pourraient
en relever l'éclat, et rendre leur accès plus facile aux pèlerins et aux
marchands qui y affluaient de toutes les parties du monde. De plus, ils
devaient demander un éléphant, animal qu'on n'avait peut-être plus vu en
France depuis Annibal, et qui était de nature à frapper vivement la
curiosité. Le khalife accueillit très-bien les députés français. Il accorda à
Charles le droit de veiller à la sûreté des saints lieux ; en même temps, il
lui envoya un éléphant, le seul qui fût alors dans sa ménagerie. Enfin il lui
fit présent d'une tente magnifique, d'étoffes en coton et en soie, alors fort
rares en France, de parfums et d'aromates de tout genre, de deux candélabres
en laiton d'une grandeur colossale, et d'une horloge aussi en laiton qui se
mouvait par la force de l'eau, et qui marquait les douze heures du jour.
L'éléphant et les autres présents ayant débarqué à Pise, furent transportés
avec un grand appareil à Aix-la-Chapelle, séjour favori de l'empereur. Les
députés étaient chargés de présenter à Charles les compliments du khalife, et
de lui dire qu'Aaron-Alraschid mettait son amitié au-dessus de celle de tous
les rois[34]. Les
députés français avaient eu ordre, en revenant, de se diriger vers les ruines
de Carthage, et de solliciter du lieutenant du khalife en ces parages,
Ibrahym, de la famille des Aglabites, la permission d'emporter les corps de
saint Cyprien et d'autres martyrs qui avaient arrosé de leur sang le sol de
cette ancienne capitale de l'Afrique. Ibrahym accorda sans peine ce qu'on lui
demandait ; il envoya même à la suite des députés français un ambassadeur qui
devait offrir à l'empereur ses salutations. On peut juger de la vive
impression que de tels événemens produisirent au milieu de peuples presque
sans communications avec le dehors, et dans l'opinion desquels toute la terre
semblait rendre hommage à l'éclat extraordinaire qui brillait sur la personne
du souverain[35]. Pendant
ce temps la guerre continuait en Aragon, en Catalogne et en Navarre avec des
succès partagés. Sans doute Charlemagne n'avait pas le temps de porter son
attention sur cette partie de ses frontières, ou bien ses instructions
n'étaient pas suivies. Il est certain que ce grand homme fut loin d'obtenir
de ce côté les mêmes succès que partout ailleurs. On aura une idée de la
singulière situation où il s'était placé, et de la politique de l'émir de
Cordoue par le fait suivant. En 809,
le comte Auréole, qui commandait pour les Français en Aragon, étant mort,
l'émir musulman de Saragosse, appelé Amoros, prit possession des places qu'il
occupait, dans l'intention apparente de les remettre à Charlemagne ; mais,
lorsque les troupes françaises se présentèrent, il refusa de les recevoir,
disant qu'il remplirait sa promesse à la diète prochaine ; et comme sur ces
entrefaites il fut privé de son gouvernement par l'émir de Cordoue, les
villes d'Auréole restèrent au pouvoir des musulmans. Tel est le récit des
auteurs français[36]. Or, voici, d'après un auteur
arabe, quel homme était Amoros. Cet émir était né à Huesca, d'un père
musulman et d'une mère chrétienne, genre d'alliance qui était alors fort
commun en Espagne, surtout dans les provinces septentrionales, habitées en
grande partie par des chrétiens. Les hommes nés ainsi de deux personnes de
religion différente étaient appelés par les Arabes du nom de moallad[37]. Ces hommes, en général,
n'avaient aucun principe de religion, et ils se déclaraient toujours pour le
parti le plus avantageux[38]. Quelques années auparavant, la
ville de Tolède, remplie de personnes de cette caste, avait menacé de lever
l'étendard de la révolte. Aussitôt l'émir de Cordoue, qui était sûr du
dévouement d'Amoros, fit choix de lui pour réprimer les habitants. Amoros,
après avoir concerté avec l'émir le plan de conduite qu'il devait tenir, se
présenta aux habitants comme un homme mécontent qui partageait leurs
dispositions, et qui n'attendait que la première occasion pour se révolter.
D'accord avec les habitants, il fit bâtir à l'endroit le plus élevé de la
ville une forteresse qui devait être le boulevard le plus sûr de leur liberté
; mais, dès que le château fut construit, il invita comme pour une fête les
principaux d'entre eux, et à mesure qu'ils entraient dans le château, on leur
coupait la tête. Quatre cents, d'autres disent cinq mille, furent ainsi
massacrés, et il en serait mort un bien plus grand nombre, si les habitants
ne s'étaient aperçus à temps de cette boucherie. Voilà l'homme qui avait pris
possession des villes du comte Auréole, dans l'intention, disait-il, de les
remettre aux Français[39]. Nous
parlerons maintenant des progrès que la marine des Sarrazins d'Espagne et
d'Afrique avait faits à cette époque, et des conséquences funestes qui en
résultèrent pour la France. On a vu
que, lorsque par suite de la chute des khalifes ommiades et de
l'établissement d'Abd-alrahman Ier à Cordoue, l'Espagne se trouva former un
état distinct du reste des provinces musulmanes, les khalifes de Bagdad
firent plusieurs tentatives pour y établir leur autorité, et que ces
tentatives avaient lieu par mer et à l'aide de flottes parties des côtes
d'Afrique. Cette circonstance obligea les émirs de Cordoue à donner une
attention particulière à leur marine. Dès
l'année 773, Abd-alrahman Ier avait fait construire des arsenaux dans les
ports de Tarragone, Tortose, Carthagène, Séville, Almerie, etc., et déjà
avant cette époque les îles Baléares, la Sardaigne et la Corse se trouvaient
exposées aux déprédations des pirates. Ces îles, abandonnées, pour ainsi
dire, à elles-mêmes, finirent par se placer sous la protection de Charlemagne[40], et dès lors les Sarrazins
d'Espagne, en y exerçant leurs ravages, outre qu'ils s'enrichissaient de
butin, se vengeaient d'un prince avec lequel ils étaient en guerre ouverte.
Aussi n'y avait-il pour eux rien de sacré. Les hommes en état de porter les armes
étaient ou faits captifs ou mis à mort, les femmes et les enfants emmenés en
esclavage. Les vieillards seuls et les infirmes étaient épargnés, comme ne
pouvant opposer de résistance, ni être d'aucune utilité. En 806,
les Sarrazins mettant tout à feu et à sang dans l'île de Corse, Pepin, à qui
son père Charlemagne avait confié le gouvernement de l'Italie, fit partir une
flotte pour les chasser. Les Sarrazins n'attendirent pas les chrétiens, et se
retirèrent ; mais dans le trajet, Adémar, comte de Gênes, les ayant attaqués
imprudemment, fut défait et tué. Les barbares emmenèrent avec eux soixante
moines, qu'ils allèrent vendre en Espagne, et dont quelques-uns furent plus
tard rachetés par l'empereur[41]. En 808,
d'autres pirates espagnols qui avaient fait une descente en Sardaigne, ayant
été repoussés de cette île par les habitants, déchargèrent leur fureur sur la
Corse ; mais attaqués à l'improviste par le connétable Burchard, ils
perdirent treize de leurs navires. Les chrétiens regardèrent cet important
succès comme un juste châtiment que Dieu avait voulu infliger aux cruautés
sans nombre commises par les barbares[42]. Néanmoins
l'année suivante les Sarrazins d'Afrique firent une descente dans l'île de
Sardaigne ; en même temps les Sarrazins d'Espagne, s'introduisant le jour de
Pâques dans l'île de Corse, y mirent tout à feu et à sang[43]. Ils retournèrent dans l'île de
Corse en 813. Mais, en se retirant, ils tombèrent dans une embuscade que leur
avait dressée Ermengaire, comte d'Ampourias, près de la ville actuelle de
Perpignan. Le comte leur enleva huit vaisseaux, dans lesquels étaient
entassés plus de cinq cents malheureux captifs. Les Sarrazins, pour se
venger, allèrent dévaster les environs de Nice, en Provence, et ceux de
Centocelle, aujourd'hui Civita-Vecchia, dans le voisinage de Rome[44]. Ce
redoublement de brigandages et d'atrocités annonçait assez que de nouveaux
combattans s'étaient présentés dans l'arène, et que si l'empereur ne prenait
des mesures extraordinaires, c'en était fait de l'empire qu'il avait élevé
avec tant de peine. On a vu que les côtes d'Afrique reconnaissaient, au moins
de nom, l'autorité des khalifes de Bagdad, et que la France était en relation
d'amitié avec les princes abbassides. Tant qu'Aaron-Alraschid vécut, le
prince aglabite de Cayroan, par un reste de considération pour lui, respecta
les côtes de l'empire ; mais à peine eut-il fermé les yeux (en 809), la guerre s'étant élevée entre
ses deux fils aînés, pour savoir qui lui succéderait, le prince aglabite se
crut dispensé de tous ménagements, et les ports de Tunis, de Sousa, etc.,
devinrent des repaires de pirates. Un gouverneur de Sicile se plaignant à un
député aglabite des cruautés qui chaque jour se commettaient au mépris de la
foi jurée, le député répondit : « Depuis la mort du commandeur des croyants,
ceux qui étaient esclaves ont voulu être libres ; ceux qui étaient libres,
mais pauvres, ont voulu être riches ; » et les pirates, pour être plus à
l'aise, allaient chercher des richesses là où il s'en trouvait. Le commerce
qui continuait à se faire entre la France et l'Italie, d'une part, l'Égypte,
la Syrie et l'Asie-Mineure, de l'autre, devait être un appât pour les
aventuriers africains[45]. Aux
pirates d'Afrique s'étaient joints les pirates normands. A cette époque, le
Jutland et les bords de la mer Baltique, où se maintenaient encore les
grossières pratiques du paganisme, regorgeaient d'une population pauvre et
aguerrie ; et comme dans ces contrées barbares le moyen le plus sûr d'arriver
à la gloire était de verser le sang et de se charger de butin, tous les
hommes d'un caractère entreprenant aspiraient à se mesurer avec les peuples
amollis du Midi. Déjà leurs barques légères commençaient à se montrer sur les
côtes françaises de l'Océan[46]. Charlemagne, qui ne se
dissimulait pas le danger des circonstances, ordonna, en 810, aux comtes et
aux gouverneurs de provinces de faire construire des tours et des forteresses
à l'embouchure des rivières par où les pirates avaient coutume de pénétrer dans
l'intérieur des terres. Il voulut de plus qu'on tînt des flottes prêtes dans
les principaux ports de mer, afin de donner la chasse aux escadres ennemies.
Tant que vécut ce grand prince, ces mesures suffirent pour préserver le
continent français[47]. Cependant
les deux partis commençaient à se lasser de ces hostilités continuelles, qui
ne pouvaient tourner qu'au désavantage de l'un et de l'autre. Il fut question
d'une trêve, et c'est la première fois que les chroniqueurs du temps parlent
d'une négociation de ce genre entre les souverains de la France et les émirs
de Cordoue[48]. Il s'agissait seulement d'une
paix momentanée. En effet, d'après l'esprit de l'islamisme, il ne peut pas y
avoir de paix permanente entre les vrais croyants et les chrétiens qui
habitent des pays limitrophes. Mahomet s'est ainsi exprimé dans l'Alcoran : «
Combattez les infidèles jusqu'à ce qu'il n'y ait plus lieu aux disputes ;
combattez jusqu'à ce que la religion de Dieu domine seule sur la terre[49]. » C'est par une simple
tolérance que les musulmans, dans les divers pays qu'ils ont conquis, ont
laissé aux chrétiens et aux peuples d'une autre religion que l'islamisme,
l'exercice de leur culte ; et toutes les fois qu'il est parlé d'un traité à
conclure entre eux et les chrétiens, ils se servent d'un mot particulier qui
répond à celui de trêve[50]. Une
première trêve, convenue en 810, ayant été ayant été violée, on en conclut
une autre deux ans après. Un député sarrazin, qui est peut-être l'amiral
Yahya-ben-Hakem, personnage que les écrivains arabes représentent comme un
homme d'esprit[51], se rendit pour cet objet à
Aix-la-Chapelle auprès de l'empereur. On convint d'une trêve de trois ans ;
mais elle ne fut pas mieux observée que l'autre ; car on a vu les Sarrazins
faire, en 813, une descente dans l'île de Corse, et dans le même temps Abd-alrahman,
fils de l'émir de Cordoue, se diri.de l'émir de Cordoue, se dirigeait vers
les Pyrénées, mettant tout à feu et à sang. Les musulmans s'avancèrent
jusqu'aux frontières de France, et c'est peut-être alors qu'ils mirent à mort
saint Aventin, qui habitait aux environs de Bagnères-de-Luchon, dans le
département actuel de la Haute-Garonne[52]. La mort
de Charlemagne, en 814, apporta d'abord peu de changement à la situation de
la France par rapport aux Sarrazins. Son fils, Louis-le-Débonnaire, qui lui
succéda dans la dignité d'empereur, et qui depuis longtemps agissait sous sa
direction, tâcha de suivre la même politique. Mal- heureusement, pendant que
la guerre ne discontinuait presque pas sur les bords de l'Èbre, la piraterie
sarrazine faisait sans cesse de nouveaux progrès. Un événement qui se passa à
cette époque en Espagne contribua singulièrement à donner de l'extension aux
courses des pirates. On a vu
que Hakam avait formé autour de lui à faire de lui une garde permanente, ce
qui l'obligea à faire de nouvelles dépenses et à établir de nouveaux impôts.
Hakam était détesté de ses sujets à cause de sa cruauté et de son humeur
farouche. Une révolte ayant éclaté dans les faubourgs de Cordoue, Hakam se
précipita avec sa garde sur les habitants, et pendant plusieurs jours le sang
coula par torrents. Quand la rébellion eut été domptée, le prince fit raser
les maisons des faubourgs, et ordonna à tous ceux qui avaient échappé au
massacre d'aller chercher une patrie ailleurs. Une partie de ces infortunés,
au nombre de plus de quinze mille, firent voile pour l'Égypte et entrèrent de
force dans Alexandrie. Acceptant ensuite une somme d'argent que leur offrit
le gouverneur, ils se dirigèrent, accompagnés d'une foule d'aventuriers de
tous les pays, vers l'île de Crète, alors au pouvoir des Grecs[53]. En vain les habitants
opposèrent de la résistance. Les exilés s'établirent dans l'île. Bientôt même
des Sarrazins d'Espagne se rendirent maîtres des îles Baléares, et ceux
d'Afrique de l'île de Sicile, de manière que toute la mer Méditerranée ne fut
plus qu'un vaste théâtre de violences et de brigandages. En 816,
des députés sarrazins se rendirent auprès de l'empereur à Compiègne, de la
part d'Abdalrahman, à qui son père Hakam avait remis le timon des affaires.
De là ces députés allèrent attendre l'empereur à Aix-la-Chapelle où il devait
se tenir une diète[54] ; mais la trêve dont on convint
ne fut observée ni d'un côté ni de l'autre. Une flotte sarrazine partie, en
820, de Tarragone, fit une descente dans l'île de Sardaigne ; et une flotte
chrétienne s'étant présentée pour la combattre, fut mise en déroute. Huit
navires chrétiens furent submergés et plusieurs autres brûlés[55]. La même
année Hakam mourut, et son fils, Abdalrahman II, lui succéda. Hakam, par
suite de ses cruautés, avait reçu de ses sujets arabes le surnom d'Aboulassy
ou de méchant. C'est de là que nos vieilles chroniques le désignent
ordinairement par le mot barbare abulaz[56]. A la
mort de Hakam, son oncle, Abd-Allah, le même qui plusieurs fois avait essayé
de se saisir du trône, et qui avait invoqué l'appui de Charlemagne, accourut
d'Afrique où il s'était retiré, et fit une nouvelle tentative. Les Français
profitèrent d'une occasion aussi favorable pour pénétrer dans les parties de
la Catalogne et de l'Aragon qui ne reconnaissaient pas leur autorité, et y
mirent tout à feu et à sang. Mais déjà les liens divers qui tenaient les
différentes parties de l'empire unies ensemble, et que la main puissante de
Charlemagne avait eu tant de peine à rapprocher, commençaient à se relâcher.
De toutes parts les mécontentements éclataient, les ambitions se montraient
exigeantes. En 820, Bera, gouverneur de Barcelone, fut accusé de félonie, c'est-à-dire
probablement d'intelligence avec les Sarrazins, qu'il était chargé de
combattre. Bera était du sang goth ; son accusateur l'était aussi. Comme les
preuves manquaient à l'accusation, on suivit l'usage établi en pareil cas
chez les Goths, et qui ne tarda pas à s'introduire chez les Sarrazins
d'Espagne. On fit battre ensemble les deux adversaires ; et Bera ayant été
vaincu fut considéré comme coupable[57]. Peu de
temps après, les chrétiens de la Navarre, qui apparemment avaient à se
plaindre de la domination française, firent alliance avec les musulmans et
leur livrèrent la ville de Pampelune. Deux comtes ayant été envoyés par
l'empereur pour étouffer la rébellion, furent attaqués à leur passage dans
les Pyrénées par les chrétiens des montagnes. Asnar, l'un des deux, qui était
d'origine gasconne, fut respecté ; mais l'autre, nommé Eble, qui était
Français, fut livré à l'émir de Cordoue[58]. Louis
était impatient de venger les outrages faits à sa puissance. Sur ces
entrefaites, en 826, la ville de Merida, en Estramadure, où de tout temps il
avait régné des dispositions peu bienveillantes pour les émirs de Cordoue,
ayant de nouveau pris les armes sous prétexte de mauvais traitements de la
part du gouverneur[59], Louis se hâta de se mettre en
relation avec les habitants. Voici la lettre qu'il leur écrivit : « Au
nom du Seigneur Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ, Louis, par la grâce
divine, empereur auguste, aux primats et au peuple de Merida, salut en notre
Seigneur. Nous avons appris vos tribulations et tout ce que vous avez à
souffrir de la cruauté du roi Abd-alrahman, qui ne cesse de vous opprimer et
de convoiter vos richesses. Il fait comme faisait son père Aboulaz, lequel
voulait vous obliger à payer des sommes que vous ne deviez pas, et qui de ses
amis avait fait ses ennemis, des hommes obéissants des hommes rebelles. Il
veut vous priver de votre liberté, vous accabler d'impôts de tout genre, et
vous humilier de toutes les manières. Heureusement vous avez bravement
repoussé l'injustice de vos rois, vous avez courageusement résisté à leur
barbarie et à leur avidité. Cette nouvelle nous est arrivée de différents
côtés ; en conséquence nous avons cru devoir vous écrire cette lettre pour
vous consoler, et pour vous exhorter à persévérer dans la lutte que vous avez
entreprise pour la défense de votre liberté ; et comme ce barbare roi est
notre ennemi aussi bien que le vôtre, nous vous proposons de combattre de
concert sa méchanceté. Notre intention est, l'été prochain, avec le secours
du Dieu tout puissant, d'envoyer une armée au-delà des Pyrénées, et de la
mettre à votre disposition. Si Abd-alrahman et ses troupes essaient de
marcher contre vous, notre armée fera une diversion puissante. Nous déclarons
que si vous êtes décidés à vous affranchir de son autorité et à vous donner à
nous, nous vous rendrons votre ancienne liberté, sans y porter la moindre
atteinte, et que nous ne vous demanderons aucun tribut. Vous choisirez la loi
sous laquelle vous voulez vivre, et nous vous traiterons comme des amis et
comme des personnes qui veulent bien s'associer à la défense de notre empire.
Nous prions Dieu de vous conserver en bonne santé[60]. » Dans la
diète générale que Louis tint à Aix-la-Chapelle, et où s'étaient rendus son
fils Pepin, devenu roi d'Aquitaine, et les comtes des diverses provinces
voisines de l'Espagne, l'empereur annonça l'intention de faire les plus
grands efforts pour punir l'insulte faite à ses armes ; mais avant même que
la diète fût levée, un seigneur goth, nommé Aïzon, qu'on soupçonnait
d'intelligence avec les Sarrazins, et qu'on avait mandé pour cet objet à
Aix-la-Chapelle, prit la fuite, franchit les Pyrénées, et se mettant à la
tête des mécontents de la Catalogne et de l'Aragon, s'empara de la ville
d'Ausone, d'où il fit du dégât dans les pays occupés par les Français[61]. En vain
l'armée française se mit en marche au printemps de l'année 827. Aïzon, qui
déjà avait envoyé demander du secours à l'émir de Cordoue, se rendit lui-même
dans cette capitale pour presser le départ des troupes. Abd-alrahman fit
partir quelques-uns de ses meilleurs soldats, entre autres une portion de sa
garde commandée par son parent Obeyd-allah. Comme l'armée française
s'avançait très-lentement, Aïzon et ses alliés eurent le temps de dévaster
les territoires de Barcelone et de Gironne, et de s'avancer jusqu'en Cerdagne
et dans le Val-Spir, en deçà des Pyrénées, où ils commirent d'horribles
ravages[62]. Pendant
ce temps les habitants de Merida faisaient les plus grands efforts pour
soutenir leur rébellion. Au bout de trois ans, n'étant pas secourus, ils
furent obligés d'ouvrir leurs portes. A la
même époque, les Normands, quittant les contrées sauvages du nord, devenues
trop petites pour leur grand nombre, faisaient chaque année des descentes sur
les côtes de l'Allemagne, de la France, de l'Angleterre et de l'Espagne. De
leur côté les pirates d'Espagne et d'Afrique ne laissaient pas de repos aux
côtes du midi de la France ni à celles de l'Italie. En 828, Boniface,
gouverneur de l'île de Corse, pour se venger de ces continuelles
déprédations, dirigea une expédition en Afrique, entre Carthage et Utique, et
parcourut tout le pays le fer et la flamme à la main[63]. Les
ports de l'Espagne et de l'Afrique, d'où partaient les navires de pirates,
étant en général situés dans le bassin de la mer Méditerranée, c'est dans
l'enceinte de ce bassin qu'ordinairement leurs entreprises avaient lieu. Il
est cependant parlé à cette époque d'un vaisseau sarrazin d'une grandeur
telle qu'on l'aurait pris de loin pour une muraille, lequel fit une descente
dans l'île d'Oye, en Bretagne, vers l'embouchure de la Loire[64]. Sans doute ce navire ne laissa
pas beaucoup de traces de son passage ; car il n'en est point fait mention
dans les histoires particulières du pays[65]. La
situation de l'empire devenait chaque jour plus effrayante, et Louis, à qui
l'histoire a donné le titre peu honorable de Débonnaire, était hors d'état de
s'élever au-dessus des circonstances fâcheuses où sa propre faiblesse l'avait
placé. Après avoir eu l'imprudence de partager de son vivant ses vastes états
à ses trois fils aînés, il eut encore l'imprudence de changer le partage
qu'il avait fait, et de réserver une quatrième part pour le plus jeune de ses
fils. Les trois aînés, irrités, crièrent à l'injustice et prirent les armes.
Louis, tantôt vaincu, tantôt vainqueur, déposé du trône, puis rétabli, perdit
toute considération aux yeux de ses propres sujets. L'anarchie
et les maux qui en sont la suite allant toujours croissant, les personnes
pieuses crurent reconnaître dans cette décadence générale une marque de la
colère céleste, excitée par la corruption qui s'introduisait dans toutes les
classes. Louis, dans une lettre adressée à tous les évêques, et datée de
l'année 828, s'exprime en ces termes : « La famine, la peste, tous les genres
de fléaux ont fondu sur les peuples de notre empire. Qui ne voit que Dieu a
été irrité par nos actions perverses ?[66] » Là-dessus l'empereur commande
un jeûne général, et ordonne aux évêques de s'assembler en concile dans les
quatre principales villes de l'empire, au nombre desquelles était Toulouse,
afin d'aviser aux moyens de faire cesser ce déplorable état de choses. Les
mêmes désordres affligeaient l'Espagne musulmane, et l'émir de Cordoue avait
continuellement à combattre quelque rébellion nouvelle. Les
relations commerciales entre l'empire français et les provinces d'Égypte et
de Syrie n'avaient jamais été interrompues. Les rapports politiques qui
avaient existé entre Charlemagne et Aaron-alraschid durent être repris avec
Bagdad, dès que l'orient eut recouvré la tranquillité. Il est fait mention, à
l'année 831, de l'arrivée en France de trois députés envoyés de delà les mers
par le khalife Mamoun, fils d'Aaron-alraschid. Deux de ces députés étaient
musulmans, et le troisième chrétien. Ils offrirent à l'empereur, entre autres
présents, des parfums et des étoffes[67]. La
guerre continuait toujours au-delà des Pyrénées. En 838, Obeyd-allah, parent
de l'émir de nées. En 838, Obeyd-allah, Cordoue, fit de grands dégâts sur les
provinces occupées par les Français ; de leur côté les Français pénétrèrent
en Castille et y mirent tout à feu et à sang. Pendant
ce temps, une flotte partie de Tarragone et renforcée par les navires des
îles Maïorque et Iviça faisait une descente aux environs de Marseille, et se
rendant maîtresse des faubourgs, emmenait tous les hommes laïques et
ecclésiastiques en état de porter les armes[68]. C'est peut-être en cette
occasion qu'eut lieu le fait attribué à sainte Eusébie, abbesse d'un couvent
de Marseille, et à ses quarante religieuses, lesquelles ne voulant pas être
exposées à la brutalité des barbares, se mutilèrent le nez et se rendirent la
figure difforme ; d'où elles furent appelées dans le pays les denazzadas[69]. Louis-le-Débonnaire
mourut en 840, et aussitôt la guerre éclata parmi ses enfants. L'Europe se
trouvait alors sous le poids d'un de ces terribles châtiments qui, suivant
l'expression de Bossuet, font sentir leur puissance à des nations entières,
et par lesquels la Providence frappe souvent le bon avec le méchant,
l'innocent avec le coupable. Les Sarrazins profitèrent de la confusion
générale pour s'introduire en Provence, par l'embouchure du Rhône, et
dévastèrent les environs d'Arles[70]. Dans le même temps un
gouverneur de Tudèle en Navarre, appelé Moussa, pénétra dans la Cerdagne, et
y fit de grands ravages[71]. De leur côté les Normands, à
l'aide de leurs barques légères, s'avançaient au centre de la France, par
l'embouchure de l'Escaut, de la Seine, de la Loire et de la Garonne, et
commençaient à faire du royaume presque un monceau de ruines. L'histoire de cette
époque n'est qu'un tissu d'intrigues ambitieuses, de honteuses trahisons et
de calamités de tout genre ; on a la plus grande peine à en suivre le cours
dans les chroniques contemporaines. Charles-le-Chauve, fils de Louis, avait
reçu en partage la France actuelle presque tout entière ; mais à la suite des
guerres intestines, les provinces changeaient de maître presque chaque année.
On ne laissait pas même de province intacte ; et comme si on avait voulu
anéantir toute espèce de relation et de commerce, le Languedoc et la Provence
avaient été partagés entre l'empereur Lothaire, le roi Charles-le-Chauve et
le jeune Pepin, fils de Pepin, ancien roi d'Aquitaine. Bientôt même un
seigneur, appelé Folcrade, prit les armes contre Lothaire, et se déclara
comte d'Arles et de Provence[72]. Le
relâchement de tous les liens sociaux en vint au point que les princes et les
chefs de parti, pour accroître leur influence, perdirent toute retenue, et
que certains descendants de Charles-Martel, de Pepin-le-Bref et de
Charlemagne, firent un appel aux barbares et les associèrent à leurs propres
querelles. L'Italie
n'était pas plus heureuse. Les Sarrazins étaient maîtres de l'île de Sicile ;
d'autres Sarrazins avaient été appelés sur le continent par deux seigneurs
chrétiens qui se disputaient la principauté de Bénévent. Enfin les pirates
d'Espagne et d'Afrique ne laissaient pas de repos aux côtes. En 846, ces
pirates remontèrent le Tibre, et vinrent piller les églises de Saint-Pierre
et de Saint-Paul aux portes de Rome. Les parages de la rivière de Gênes
avaient tellement à souffrir de ces déprédations, que les prêtres et les
moines eux-mêmes prirent les armes pour aider à la délivrance du pays[73]. Enfin
l'Espagne musulmane elle-même était frappée de tous les genres de fléaux. Les
factions s'y succédaient les unes aux autres. D'un autre côté, les Normands,
qui commençaient à ne plus trouver les mêmes richesses sur les côtes de
France, faisaient successivement des descentes à Lisbonne, à Séville et dans
d'autres cités opulentes. Pour surcroît de malheur, une horrible sécheresse
fit périr une partie des récoltes et des troupeaux ; des nuées de
sauterelles, venues d'Afrique, détruisirent ce qui avait résisté au manque
d'eau ; mais du moins Abdalrahman, dans des circonstances si fâcheuses, fit
ce qui était en son pouvoir pour adoucir le sort de ses sujets. En 848,
tandis que des pirates sarrazins dévastaient de nouveau Marseille et toute la
côte jusqu'à Gênes[74], le jeune Pepin, qui était en
guerre avec son oncle, Charles-le-Chauve, pour la possession du Languedoc, et
qui déjà une fois avait appelé à son secours les Normands, ne craignit pas de
recourir à l'appui des Sarrazins. Celui dont il fit choix pour cette
négociation était Guillaume, comte de Toulouse, petit-fils du Guillaume qui,
cinquante-cinq ans auparavant, s'était signalé par son zèle pour la religion
et la patrie. Guillaume se rendit à Cordoue et fut bien reçu du prince
musulman. A l'aide des troupes qu'il en obtint, il enleva aux lieutenants de
Charles, en Catalogne, Barcelone et quelques autres villes[75]. Quelques
pirates sarrazins, ayant pénétré de nouveau aux environs d'Arles, furent
retenus sur la cote par les vents contraires ; et les habitants accourant en
armes les massacrèrent. Mais pendant ce temps, une armée musulmane, commandée
par Moussa, gouverneur de Saragosse, s'avançait du côté d'Urgel et de
Ribagorse, et pénétrait jusqu'en France, mettant tout à feu et à sang. Telle
était la frayeur des habitants, qu'ils offrirent d'eux-mêmes leur argent et
tout ce qui était à leur disposition pour avoir la vie sauve.
Charles-le-Chauve fut obligé de demander la paix, et ne l'obtint qu'en
donnant de riches présents[76]. En ce
temps-là (850) les chrétiens d'Espagne eurent
à éprouver une vive persécution de la part du gouvernement de Cordoue, et le
bruit de cette persécution arriva jusqu'en France. Voici ce qui donna lieu à
ces vexations. D'après
la législation musulmane, il y a liberté de conscience pour les chrétiens, et
ils sont seulement soumis au tribut. Mais il faut qu'ils soient nés de père
et de mère chrétiens ; si l'un des époux a été musulman, l'enfant doit l'être
aussi, conformément à cette maxime de Mahomet, que les musulmans interprètent
à l'avantage de leur religion : « L'enfant suit nécessairement celui de ses
père et mère dont la religion est la meilleure[77]. » Il en est de même des
enfants mineurs d'un chrétien ou d'une chrétienne qui a embrassé l'islamisme
; si l'enfant parvenu à sa majorité refuse de professer la religion
mahométane, le magistrat a le droit de l'y contraindre[78]. Il faut en second lieu que les
chrétiens n'aient jamais fait profession de l'islamisme : eussent-ils
simplement levé la main et prononcé les mots : Il n'y a pas d'autre Dieu
que Dieu, et Mahomet est son prophète, les eussent-ils prononcés pour se
jouer ou en état d'ivresse, ils sont censés musulmans, et ils ne sont plus
libres de suivre un autre culte. Ils ne doivent pas non plus avoir commerce
avec une femme musulmane. Enfin il faut que les chrétiens s'abstiennent de
toute injure contre Mahomet et sa religion ; s'ils manquent à un seul de ces
points, ils n'ont pas d'autre alternative que l'islamisme ou la mort. Or on a
vu que les alliances entre les musulmans et les chrétiens étaient assez
communes en Espagne. Il arrivait souvent que les mères inculquaient à leurs
enfants, surtout aux filles, les dogmes du christianisme : ce qui avait déjà
plus d'une fois donné lieu à des scènes sanglantes. Il y
avait alors à Cordoue un prêtre fort instruit dans les lettres chrétiennes et
arabes, appelé Parfait. Le bruit courait que ce prêtre, dans un moment
d'oubli, avait prononcé la profession de foi mahométane. Quelques musulmans
l'ayant un jour rencontré dans une rue de Cordoue lièrent conversation avec
lui, et lui demandèrent ce qu'il pensait de leur prophète et de la religion
qu'il avait établie. Parfait refusa d'abord de répondre, craignant que ces
questions ne cachassent quelque piège ; mais comme ces hommes insistaient, il
s'exprima librement, et traita Mahomet d'imposteur et de suppôt de l'enfer.
D'abord les musulmans ne lui répondirent rien ; mais à quelques jours de là,
l'ayant rencontré au milieu d'une grande foule, ils le dénoncèrent comme une
personne qui avait mal parlé du prophète. Aussitôt la foule se jeta sur lui
et le conduisit devant le cadi ou l'alcade, que nous appelons juge. Le cadi
interrogea Parfait, et comme le prêtre ne voulut pas rétracter ce qu'il avait
dit, il fut condamné à mort. On se
trouvait alors dans le mois de ramadan, qui est le mois du jeûne des
musulmans. Pour donner à cette exécution plus de solennité, il fut décidé
qu'elle n'aurait lieu qu'à la fin du mois, époque où les musulmans, voulant
se dédommager de leurs privations, se livrent à la joie la plus vive. Au jour
fixé, Parfait fut amené au milieu d'une grande plaine, sur les bords du
Guadalquivir, et là, en présence d'une foule innombrable, il eut la tête
tranchée[79]. Cet
événement causa une sensation extraordinaire : les chrétiens étaient alors
fort nombreux en Espagne, même à Cordoue, siège de l'empire. Non seulement on
leur avait laissé une partie des églises de la ville ; mais ils avaient des
monastères de l'un et de l'autre sexe, surtout dans les montagnes situées au
nord de la cité. La religion chrétienne avait pénétré jusque dans le palais
du roi, à la suite du grand nombre d'esclaves de tous les pays qui
remplissaient une partie des emplois de la cour. Les musulmans zélés crurent
faire une bonne œuvre en dénonçant les chrétiens qui rentraient dans une des
trois catégories dont nous avons parlé. Bientôt même on vit au sein d'une
même famille des frères accuser leurs sœurs pour avoir leurs biens. Le
jugement n'était pas long : on demandait à l'accusé s'il persistait dans le
christianisme : s'il répondait affirmativement, on le mettait à mort.
Ordinairement les martyrs étaient attachés à un pieu ; on brûlait leur corps,
puis on jetait les cendres dans le fleuve, afin que les chrétiens ne pussent
pas les recueillir et les conserver comme des reliques. Quelquefois on
donnait les corps à manger aux chiens[80]. Ces
barbaries produisirent un effet bien différent de celui que le gouvernement
en attendait. Le courage que montraient les martyrs était si remarquable,
qu'il devint l'objet de l'admiration générale. Plusieurs chrétiens qui ne se
trouvaient dans aucune des trois catégories se présentèrent d'eux-mêmes pour
partager le sort de leurs frères. Parmi eux nous citerons un Français, nommé
Sanche, originaire d'Alby, qui occupait un emploi dans le palais, et qui
probablement avait été fait captif dans sa jeunesse ; il y avait également
deux eunuques. Les femmes surtout se distinguèrent en cette occasion. On vit
des vierges timides qui jusque-là n'avaient pas osé s'éloigner des regards de
leurs parents, accourir à pied vers Cordoue de plusieurs lieues à la ronde,
et demander à grands cris le martyre. Il suffisait pour cela qu'elles
proférassent quelque injure contre le prophète. La
chose en vint au point que beaucoup de musulmans furent effrayés des suites
d'une telle effusion de sang. D'ailleurs les évêques du pays s'assemblèrent,
et, malgré quelques prêtres ardents, décidèrent qu'autant il fallait savoir
endurer la rage des persécuteurs de la foi quand elle s'excitait elle-même,
autant il était contraire à l'esprit de l'Évangile de la provoquer. Enfin
Charles-le-Chauve, qui avait été sollicité par les chrétiens des provinces
septentrionales de l'Espagne chez qui les mêmes violences commençaient à
s'exercer, interposa sa médiation[81]. Abd-alrahman
avait d'abord paru aussi irrité qu'étonné du grand nombre de chrétiens
établis au cœur de ses états ; dans sa colère il chassa de son palais tous
ceux qui y remplissaient quelque emploi. Mais plus le nombre des chrétiens
était grand, plus les moyens que l'on prenait pour en réduire la quantité
étaient dangereux. Abd-alrahman II mourut sur ces entrefaites (852) et eut pour successeur son fils
Mohammed. Abd-alrahman avait un goût très-vif pour les arts et pour les
plaisirs, et sous son règne Cordoue devint le séjour des lettres, de la
musique, du chant et des fêtes de tout genre. A l'exemple de son père, de son
grand-père et des anciens Arabes en général, il cultivait la poésie. Voici la
traduction de quelques vers qu'il composa dans une de ses expéditions contre
les chrétiens. Ils étaient adressés à sa femme favorite, et ils donneront une
idée de l'esprit qui dominait à cette époque : «
Pendant que je suis loin de toi, je me trouve en face de l'ennemi, et je lui
envoie des flèches qui ne manquent jamais leur but ! « Que
de chemins j'ai foulés ! que de défilés j'ai traversés après d'autres défilés
! « Mon
visage a été exposé à toute l'ardeur du soleil, tandis que les cailloux
embrasés se fondaient de chaleur. « Mais
Dieu a relevé par mes mains sa religion véritable. Je lui ai donné une
nouvelle vie, et j'ai renversé la croix sous mes pieds. « J'ai
marché avec mon armée contre les infidèles, et mes troupes ont rempli les
lieux escarpés et les lieux unis[82]. » Le
successeur d'Abd-alrahman se montra d'abord fort sévère contre les chrétiens.
Il fit abattre toutes les églises bâties depuis l'occupation du pays par les
musulmans ; il ne respecta pas davantage les portions qui avaient été
ajoutées aux anciens édifices. Dans son zèle fanatique, il eut un instant
l'idée de chasser de ses états non seulement les chrétiens, mais les juifs
qui en toute occasion s'étaient montrés les ennemis acharnés du
christianisme. Heureusement les révoltes qui ne tardèrent pas à éclater et la
crainte de voir ses revenus diminuer donnèrent à ses vues une autre
direction. La
guerre continuait toujours en Catalogne et aux environs de l'Èbre. Moussa,
qui les années précédentes avait remporté quelques succès contre les
chrétiens, fut vaincu par le roi des Asturies ; l'émir de Cordoue, pour le
punir, ayant voulu lui ôter son gouvernement, il se tourna du côté des
chrétiens ; il donna même sa fille en mariage à Garcie, comte de Navarre ; et
comme sur ces entrefaites la ville de Tolède leva de nouveau l'étendard de la
révolte, l'émir de Cordoue fut hors d'état de rien entreprendre. De
quelque côté qu'on jette les yeux, on ne voit que guerres, pillages,
calamités. En 859, les Normands franchissant le détroit de Gibraltar,
s'emparent de Narbonne qui, un siècle auparavant, avait résisté à toutes les
forces de la France ; puis entrant dans le Rhône, ils s'avancent jusqu'aux
portes de Valence, mettant tout le pays à feu et à sang[83]. Gérard de Roussillon, dont le
nom revient souvent dans nos romans de chevalerie, les força de se remettre
en mer. A la même époque, les Sarrazins faisaient de nouveaux dégâts dans les
îles de Sardaigne et de Corse. Voici
le tableau de la France qu'on trouve dans un document presque contemporain :
« Sur toutes les côtes les églises étaient renversées, les villes saccagées,
les monastères dévastés. Telle était la rage des barbares que les chrétiens
qui tombaient entre leurs mains étaient mis à mort ou obligés de se racheter
à prix d'argent. Plusieurs chrétiens abandonnèrent leurs propriétés et
quittèrent leur pays pour vivre dans les lieux fortifiés ou dans l'intérieur
des terres ; mais plusieurs aimèrent mieux mourir que de renoncer à leurs
biens. Il y en eut encore chez qui la foi avait jeté des racines moins
profondes et qui ne rougirent pas de se joindre aux barbares. Ceux-là étaient
les pires de tous ; car ils connaissaient le pays, et il n'était pas possible
de se soustraire à leurs investigations. A la fin les lieux les plus célèbres
se convertirent en déserts, et les édifices les plus fameux disparurent sous
les ronces et les épines[84]. » Un certain Omar, fils
de Hafsoun, chrétien d'origine et ancien tailleur, avait pénétré avec une
troupe d'aventuriers et de vagabonds dans la chaîne des Pyrénées ; et
s'unissant d'intérêt avec les chrétiens du pays, s'était emparé de plusieurs
places fortes, d'où il bravait toute la puissance des émirs de Cordoue[85]. Mohammed, qui était menacé de
perdre toutes ses provinces septentrionales, demanda la paix à
Charles-le-Chauve, qui n'était guère en état de lui faire la guerre ; il fut
convenu que les Français resteraient maîtres de la Catalogne, mais qu'ils
s'abstiendraient de prêter secours aux rebelles. On était alors en 866. Les
députés envoyés en cette occasion à Cordoue par Charles revinrent amenant des
chameaux chargés de litières, d'étoffes de divers genres, de parfums, etc.[86]. L'Espagne
était dans l'état le plus déplorable : la sécheresse, la famine, la peste,
les tremblements de terre, les guerres, les révoltes, tout semblait conspirer
à la perte de ce malheureux pays. Sur ces entrefaites une éclipse de lune
ayant couvert le ciel d'épaisses ténèbres, les musulmans crurent que c'en
était fait de leur empire ; et comme les personnes pieuses d'entre eux
attribuaient ces maux à la colère céleste, elles pensèrent que le meilleur
moyen de se rendre Dieu favorable était de faire une guerre à mort aux
chrétiens. Les provinces soumises à l'émir de Cordoue furent sur le point de
se soulever, parce qu'ayant à combattre plusieurs gouverneurs rebelles,
l'émir ne voulait pas s'attirer ce nouvel ennemi sur les bras. Dans
cette disposition des esprits, la politique des rois était impuissante pour
maîtriser les passions des particuliers. En 869, des pirates sarrazins firent
une nouvelle descente en Provence, dans la Camargue, île formée par le Rhône,
et où ils s'étaient ménagé une espèce de port. En ce moment, l'archevêque
d'Arles, Roland, se trouvait dans l'île où il possédait de grands biens, et
où, faute de pierres, il s'était fait bâtir une maison en terre. Les
Sarrazins descendant de leurs navires attaquèrent la maison ; plus de trois
cents serviteurs de l'archevêque furent tués et lui-même fut pris. Les
pirates le garrottèrent, et après l'avoir conduit à bord d'un de leurs
navires, ils fixèrent sa rançon à cent cinquante livres d'argent, cent
cinquante manteaux, cent cinquante épées et cent cinquante esclaves, genre de
marchandise qui, comme on le verra plus tard, avait alors cours sur tous les
marchés ; mais dans l'intervalle l'archevêque mourut, sans doute d'effroi ;
et les Sarrazins, pour n'être pas frustrés de la rançon, tenant cette mort
secrète, pressèrent le plus qu'ils purent la remise du prix convenu. Dès que
leur avidité eut été satisfaite, ils déposèrent à terre le corps de
l'archevêque, vêtu des mêmes habits que le jour où il avait été pris, et
mirent à la voile ; de manière que les chrétiens qui étaient venus pour
féliciter le prélat de sa délivrance n'eurent plus à s'occuper que de ses
funérailles[87]. Charles-le-Chauve
mourut en 876 ; il se disposait à aller combattre les Sarrazins d'Italie,
qui, devenus maîtres de tout le midi de la presqu'île, menaçaient le pape
jusque dans Rome. Prince sans capacité, sans courage, et toujours disposé à
entreprendre sur les états d'autrui, il fut une des principales causes de la
dissolution sociale qui avait éteint les forces de la France et des contrées
voisines. En effet, les peuples abattus ne savaient plus de quel côté tourner
leurs regards. Les Normands et les Sarrazins avaient pour ainsi dire juré de
ne rien laisser debout ; et pendant ce temps les guerres continuaient entre
les princes et les chefs de factions, comme s'il se fût agi de se disputer
les plus riches provinces. L'état de la France, de l'Italie et de l'Espagne septentrionale, semblait être arrivé au dernier degré de l'abaissement et de la misère ; mais des épreuves encore plus terribles étaient réservées à ces malheureux pays. |
[1]
Voyez la dissertation de Deguignes, Mémoire de l'Académie des Inscriptions,
t. XXXVII, p. 466. Voyez aussi M. Pardessus, Lois maritimes, t. Ier ;
Introduction, p. 62.
[2]
Voyez la Vie de saint Guillebaud, dans le Recueil des Bollandistes, au 7
juillet.
[3]
Annales de Metz, dans le Recueil de dom Bouquet, t. V, p. 335.
[4]
Ce sont les pays qui dans de vieilles chartes latines sont rendus par Alava
et Castella Vetula. Voyez l'Art de vérifier les dates, édit.
in-4°, II, p. 349.
[5]
Edrisi, de qui nous empruntons ces détails, a confondu quelques-unes de ces
routes ensemble. Par exemple il confond la première avec une cinquième route
qui mène de Jaca dans le Béarn. A la troisième route appartient le passage de
Roncevaux qui traverse le pays de Cize, et qu'Edrisi nomme en conséquence port
de Schazerou ; ce lieu, dans la Chronique de Turpin, p. 60, et dans
l'Histoire du Hainaut, par Jacques de Guyse, t IX, p. 24, reçoit le nom
de portus Ciserei, et dans Roger de Hoveden,
ann. 1177, celui de portus Sizarœ. C'est de ce passage qu'est venu le
nom de Saint-Jean-Pied-de-Port.
[6]
Continuation de Frédégaire, dans le Recueil des Historiens de France, t.
V, p. 8 et ailleurs.
[7]
Gallia christiana, t. VI, p. 15.
[8]
On voit que nos rois commençaient à être jaloux de faire figurer les émirs
sarrazins dans les grandes réunions publiques. C'est sans doute de là que, dans
les romans de chevalerie, à propos des tournois, il est si souvent parlé de
chevaliers sarrazins qui venaient des extrémités de la terre pour disputer aux
guerriers chrétiens le prix de l'adresse et de la bravoure.
[9]
Voyez le Recueil de dom Bouquet, t. V, p. 19, 40, 142, 203, 319, et 328, ainsi
que Ibn-Alcouthya, fol. 95, verso. Les auteurs arabes ne s'accordent pas sur le
nom de l'émir. Les uns l'appellent Soleyman Ebn-Jaktan Alarabi ; les autres,
Motraf Ebn-Alarabi.
[10]
Voyez le recueil de dom Bouquet, t. V, p. 14, 20, 26, 142, 203 et 343. Les
auteurs chrétiens rapportent que Charlemagne entra de force dans Saragosse, et
que l'émir, en punition de sa résistance, fut conduit enchaîné en France.
Suivant quelques auteurs arabes, Charlemagne échoua dans ses efforts pour
prendre la ville ; mais peu de temps après le gouverneur ayant été assassiné,
son fils se réfugia en France.
[11]
Le souvenir de cet événement est encore si présent dans le pays, que les jours
de fête le peuple joue une pièce dite pièce de Roncevaux. Voyez Histoire
littéraire de la France, t. XVIII, p. 720.
[12]
Les Arabes le nomment encore pays de Narbonne, soit parce que jusqu'à
l'entrée des Français dans Barcelone, les possessions françaises dépendirent de
Narbonne, soit parce qu'il en avait déjà été de même à l'époque où la
Septimanie se trouvait au pouvoir des Sarrazins.
[13]
Recueil de dom Bouquet, t. V, p. 776 ; t. VI, p. 486.
[14]
Telle est la maison des Villeneuve, du Languedoc. Voyez l'Histoire
généalogique de la maison de Villeneuve. Paris. 1830, in-4°.
[15]
Recueil de dom Bouquet, t. V, p. 74.
[16]
Maccary, man. arab. anc. fonds, n° 704, fol. 84 verso.
[17]
Conde, Historia, t. I, p. 199.
[18]
Ce mot est arabe. Les Arabes se servent encore du mot gazat.
[19]
Nous empruntons ce discours à un formulaire de lois et d'actes de tout genre,
en arabe, lequel a été imprimé au Caire, p. 78. Voyez le Nouveau Journal
asiatique, t. VIII, p. 338. Il n'est pas certain que ce soit le même
discours qui fut prononcé en cette occasion ; mais le fond n'a pas pu différer
beaucoup.
[20]
Chronique de Moissac, dans le recueil de dom Bouquet, t. V, p. 74.
[21]
Recueil des Historiens de France, t. V, p, 74 et 360. Novayry, man.
arab., n° 645, fol. 95 verso.
[22]
Voyez l'extrait d'une Histoire des Arabes d'Espagne,
à la suite des fragments de la Géographie d'Aboulféda, publiés par Rinck
; Leipsick, 1791, in-8°.
[23]
Comparez Roderic Ximenès, p. 18, et Maccary, manuscrits arabes, n° 704, fol.
86, et n° 705, fol. 51.
[24]
Par exemple Edrisi place la ville de Gironne, Gerunda, située en
Catalogne, dans la Gascogne, aux environs d'Auch. D'ailleurs Novayry, qui
raconte cette expédition avec quelques détails, ne dit pas positivement que
Narbonne fût tombée au pouvoir des musulmans. Voyez les manuscrits arabes de la
Biblioth. roy., ancien fonds, n° 645, fol. 95 verso.
[25]
Mabillon, Annales Benedictini, t. II, p. 369.
[26]
Les récits qui forment le fonds de ce poème sont fort anciens, puisque déjà, au
onzième siècle, ils avaient cours parmi le peuple. Voyez la chronique d'Orderic
Vital, recueil des Historiens de la Normandie, par Duchesne, p. 598.
Voyez aussi le roman de la Violette, publié par M. Francisque Michel, p.
72.
[27]
Millin, Voyage dans les départements du midi de la France, t. IV, p. 2.
[28]
Recueil de dom Bouquet, t. V, p. 22 et 50.
[29]
Recueil des Historiens des Gaules, t. VI, p. 90 et 91.
[30]
Voyez Maccary, n° 705, fol. 87. Ici Conde, trompé par le récit confus de
quelques auteurs arabes, suppose que les Sarrazins entrèrent de nouveau dans
Narbonne.
[31]
C'est de là que nos vieux chroniqueurs ont fait le mot barbare abulafer.
[32]
Recueil de dom Bouquet, t. V, p. 213.
[33]
Recueil des Historiens des Gaules, t. VI, p. 13 et suiv. Voyez le même
recueil, t. V, p. 80 et 81.
[34]
Eginhard, recueil de dom Bouquet, t. V, p. 95 ; voyez aussi p. 56.
[35]
Voyez le recueil de dom Bouquet, t. V, p. 53, 95 etc. Les auteurs arabes ne
parlent pas des relations de Charlemagne avec le khalife Aaron-Alraschid ; mais
il en est fait mention dans la plupart des écrits des auteurs français de
l'époque. Le récit de ces auteurs s'accorde avec ce que le continuateur de
Frédégaire avait dit des relations de Pepin-le-Bref avec le khalife Almansor,
et ce qui est dit plus bas de la députation envoyée par Almamoun, fils
d'Aaron-Alraschid, à Louis-le Débonnaire. Ajoutez à ces témoignages celui du
pape Léon III qui, après la mort d'Aaron-Alraschid, en 813, mande à Charlemagne
que si les pirates des côtes d'Afrique commençaient à ne plus respecter les
côtes de l'empire français, non plus que celles de l'empire grec, c'est que ces
barbares n'étaient plus retenus par le grand nom du khalife. Voyez Pagi, Critique
des annales de Baronius, an. 813, n° 20 et suiv. Néanmoins le savant M.
Pouqueville, dans le t. X, p. 529, des nouveaux Mémoires de l'Académie des
Inscriptions, traite ces relations de fausses, et conteste le récit
d'Eginhard tout entier. Il est probable que M. Pouqueville aura confondu
Eginhard avec le moine de Saint-Gall qui a aussi écrit sur Charlemagne, et dont
le récit a plus d'une fois donné lieu à des critiques fondées. Voyez la préface
que dom Bouquet a placée en tête du cinquième volume du recueil des Historiens
de France.
[36]
Voyez le recueil de dom Bouquet, t. V, p. 58 et suiv.
[37]
Ce mot se rapproche de l'espagnol mulato et du français mulâtre.
[38]
Voyez Ibn-Alcouthya, fol. 28 et 36 verso.
[39]
Nous racontons ce fait d'après Ibn-Alcouthya, fol. 19, et Novayry, n° 645, fol.
98. Voyez aussi Roderic, p. 20. Conde rapporte le fait un peu autrement.
[40]
En 799, les chrétiens des îles Baléares, ayant remporté quelques succès sur les
Sarrazins et enlevé plusieurs drapeaux, firent hommage des drapeaux au prince
français Voyez le recueil de dom Bouquet, t. V, p. 51.
[41]
Recueil de dom Bouquet, t. V, p. 25 et 56.
[42]
Recueil des Historiens de France, t. V, p. 56.
[43]
Voyez le recueil de dom Bouquet, t. V, p. 60 et 61 ; voyez aussi p. 355. Si on
en croit les écrivains du pays, les Sarrazins s'établirent sur la côte
orientale de l'île, au milieu des débris de l'antique ville d'Aléria, et les
Français, malgré le concours des habitants, eurent beaucoup de peine à les
chasser. Jacobi, Histoire de la Corse, Paris, 1835, t. I, p. 110 et
suiv.
[44]
Dom Bouquet, t. V, p. 62.
[45]
Pagi, Critique des annales de Baronius, ann. 813, n° 20 et suiv.
[46]
Voyez M. Depping, Histoire des expéditions maritimes des Normands,
Paris, 1826, 2 vol. in-8° ; et M. Auguste Leprevost, Notes pour servir à
l'histoire de la Normandie, Caen, 1834, in-8°.
[47]
Recueil de dom Bouquet, t. V, p. 96 ; t. VI, p. 93.
[48]
Ibid., t. V, p. 60 et 82.
[49]
Sourate VIII,
vers. 39.
[50]
Voyez Mouradgca d'Ohsson, Tableau de l'empire ottoman, t. V, p. 66 ;
Roland, Dissertationes miscellaneœ, t. III, p. 50, et nos Extraits
des historiens arabes relatifs aux guerres des Croisades, Paris, 1829, p.
164 et 542. (Bibliothèque des Croisades, de M. Michaud, t. IV.)
[51]
Conde, Historia, t. I, p. 294, et recueil des Historiens de France,
t. V, p. 82 et 258.
[52]
Notice de l'église de Saint-Aventin, par M. le comte de Castellane, dans
les Mémoires de la Société archéologique du midi de la France, établie à
Toulouse, t. I.
[53]
Comparez Conde, Historia, t. 1, p. 253 ; M. Et. Quatremère, Mémoires
historiques sur l'Égypte, t. II, p. 197, et Lebeau, Histoire du
Bas-Empire, liv. LXVIII, §. 43.
[54]
Recueil de dom Bouquet, t. VI, p. 98 et suiv.
[55]
Recueil de dom Bouquet, t. VI, p. 180, et Conde, t. I, p. 255.
[56]
Recueil de dom Bouquet, t. V, p. 80 et 81.
[57]
Recueil de dom Bouquet, t. VI, p. 48, etc.
[58]
Ibid., p. 106 et 185.
[59]
Novayry, manuscrits arabes, n° 645, fol. 101 verso.
[60]
Cette lettre, publiée d'abord par Lecointe, a été reproduite par dom Bouquet,
dans le recueil des Historiens de France, t. VI, p. 379. Mais comme ces
deux illustres savants ignoraient les rapports qui avaient existé entre
l'empereur et les habitants de Merida, ils avaient changé le mot Emeritanos
en Cœsaraugustanos.
[61]
Recueil de Bouquet, t. VI, p. 107, 149 et 187.
[62]
Recueil de dom Bouquet, t. VI, p. 108 et 188.
[63]
Recueil de dom Bouquet, t. VI, p. 109.
[64]
Ibid., t. VI, p. 308.
[65]
Ni dans l'histoire de D. Morice, ni dans celle de M. Daru.
[66]
Recueil de dom Bouquet, t. VI, p. 344.
[67]
Vita Ludovici pii, et Annales de saint
Bertin, dans le recueil des Historiens de France, t. VI, p. 112 et
193. Le khalife est simplement désigné par son titre de emir-elmoumenyn.
[68]
Voyez le recueil de dom Bouquet, t. VI, p. 199.
[69]
Une inscription relative à sainte Eusébie existe encore à Marseille ; mais elle
ne porte pas de date. Voyez Millin, Voyage dans les départements du midi de
la France, t III, p. 179. Mabillon, Annales Benedictini, t. II, p.
90, a placé le martyre de sainte Eusébie, en 732.
[70]
Recueil de dom Bouquet, t. VII, p 61.
[71]
Maccary, man. arab., n° 704, fol. 87 verso.
[72]
Recueil de dom Bouquet, t. VII, p. 63, etc.
[73]
Voyez le recueil des Bollandistes, Vie de saint Bernulphe, au 24 mars.
Il existe sur les descentes des Sarrazins, dans le comté de Nice, beaucoup de
détails dans l'ouvrage manuscrit de Giofredo, intitulé Storia delle Alpi
maritime, et qui est conservé à Turin, dans les archives de cour. M. le
chevalier César de Saluces, membre de l'académie de Turin, a bien voulu faire
faire pour nous un extrait de ce manuscrit. On peut encore consulter l'Histoire
de Nice, de M. Louis Durante, Turin, 1823, 3 vol. in-8°. Ces deux ouvrages
au reste, pour ce qui concerne les Sarrazins, renferment beaucoup
d'inexactitudes.
[74]
Recueil de dom Bouquet, t. VII, p. 66.
[75]
Recueil de dom Bouquet, t. VII, p. 65 et 581.
[76]
Recueil de dom Bouquet, t. VII, p 42, 64 et 66, note.
[77]
Voyez Mouradgea d'Ohsson, Tableau de l'empire ottoman, t. II, p. 313, t.
V, p. 167.
[78]
Ibid., t. VI, p. 111 et suiv.
[79]
L'église célèbre la fête de saint Parfait le 18 avril.
[80]
Voyez les Vies des Saints, aux 3, 5, 7 et 13 juin, 27 juillet, 16
septembre, 21 ou 22 octobre, 24 novembre, etc.
[81]
Recueil de dom Bouquet, t. VII, p. 64, 74 et 354.
[82]
Maccary, man. arab., n° 704, fol. 88.
[83]
Recueil des Historiens de France, t. VII, p. 75.
[84]
Dom Vaissette, Histoire générale du Languedoc, t. I, preuves, p. 108.
[85]
Voyez Casiri, Bibliothèque de l'Escurial, t. II, p. 200.
[86]
Recueil de dom Bouquet, t. VII, p. 83, 88 et 92.
[87]
Recueil des Historiens de France, t. VII, p. 107.