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La
division de cet ouvrage était toute indiquée par les événements mêmes qu'il
retrace. Le premier volume commence à l'origine de Byzance et se termine à la
conquête de cette ville, par Mahomet II. Le second volume embrasse l'histoire
de Constantinople et de l'empire ottoman, depuis cette mémorable époque
jusqu'à nos jours. En
lisant la collection assez aride, mais instructive, des historiens byzantins,
et les énormes travaux de du Cange sur Constantinople ; l'Histoire
des empereurs,
de Tillemont, si remplie de faits et d'observations judicieuses ; les Chroniques
françaises du moyen âge, sur la prise et l'occupation de Constantinople, par les Latins
; l'Histoire du Bas-Empire, de Le Beau, exacte, mais
froide nomenclature des plus grands événements qui aient jamais remué les
sociétés humaines ; l'Histoire de la décadence et de la chute
de l'empire romain,
par Gibbon, où l'érudition déborde, mais où l'on retrouve, dans un style
attrayant, l'esprit antichrétien du XVIIIe siècle ; l'Histoire
de l'empire ottoman,
par Hammer, où sont répandus, un peu confusément, des trésors de science
jusqu'ici inconnus ; en compulsant, à Constantinople même, il y a seize ans,
de nombreux documents relatifs au Bas-Empire et à l'empire turc qui a pris sa
place, nous nous (lisions qu'il y avait là plus de quinze siècles d'histoire
d'un immense intérêt, et qui, cependant, n'étaient guère connus que par
quelques savants. Or, les
savants ne travaillent pas pour tout le monde. Souvent ils ne travaillent que
pour eux-mêmes, ils forment entre eux une famille à part, une mystérieuse
race qui semble avoir son mot d'ordre, ses secrets, son langage, surtout, et,
peut-être aussi son égoïsme : car n'y a-t-il pas quelque peu d'égoïsme à ne
faire jouir de tant de richesses qu'un certain nombre d'intelligences et à
s'enfermer dans le cercle étroit des amateurs de profession ? Pour
nous, nous devons trop aux savants pour ne pas rendre un vif et sincère
hommage à leurs longs et beaux travaux, et nous ne venons pas ici pour
diminuer leur gloire. Nous voulons dire seulement qu'il y a un public
nombreux qui n'a ni assez de loisir, ni assez de patience, ni assez d'argent
pour se mettre en communication avec les gros livres. Ce public lit, mais il
lit vite, parce que sa vie, mêlée de plaisirs, de peines, d'occupations
diverses, ne se consume pas dans l'étude ; cependant il veut savoir ; il est curieux de connaitre
les événements du passé, la fondation, la grandeur, la décadence, la chute
des empires, les causes qui les ont élevés en gloire, ou qui les ont
précipités dans l'abaissement, puis dans la mort. Ce
public ne veut pas rester étranger aux grandes luttes des nations, des
religions, des idées, à la marche (le l'humanité à travers le temps. C'est
pour lui que ce livre a été fait. Puisse-t-il, s'il daigne le lire, trouver
dans notre ouvrage ce que nous avons voulu y mettre : l'amour du bien, de la
religion, de la vérité historique, la pensée de Dieu qui nous voit et nous
guide ! L'histoire, a dit un écrivain célèbre[1], fournit
les pièces justificatives des préceptes de la morale. Nous avons voulu faire une
œuvre utile, une œuvre d'enseignement politique, social, moral, religieux, et
nous avons voulu la rendre accessible à tout le monde, aux riches et à ceux
qui ne le sont point, aux grands et aux petits. Le temps présent et les
événements qui se préparent dans le monde sont peut-être de nature à appeler
l'attention sur ce livre. Pour prix de nos intentions loyales et de nos
labeurs, nous demandons beaucoup d'indulgence, niais aussi nous demandons
justice aux critiques qui voudraient bien nous lire et nous juger. Château de Marguerie, près
Noailles de l'Oise, le 21 février 1853. |