Prise de possession du
bail et gouvernement de Bourgogne par Jean le Bon. — Olivier de Laye,
gouverneur du duché. — Pierre d'Orgemont réorganise les services et installe
les fonctionnaires. — Précautions dans le comté de Bourgogne. — Concessions,
largesses et courtoisies intéressées de Jean le Bon faites à l'aristocratie
franc-comtoise. — Incessantes mutations des monnaies ; abus invraisemblables.
— Mécontentement et murmures des populations contre un tel régime. — Longue
série de répressions et de condamnations pour manque de respect à l'autorité.
— Bases d'un projet de mariage entre Philippe de Rouvre et Marguerite de
Flandre. — Négociations du cardinal Gui de Boulogne, grand-oncle du duc ;
séjour en Bourgogne. — Rupture du mariage projeté entre Amédée, comte de
Savoie et Jeanne de Bourgogne, sœur du duc. — Renonciation du comte de Savoie
à ce projet moyennant une indemnité pécuniaire. — Restitution de Jeanne de
Bourgogne, ramenée de Chambéry à Mâcon, et confiée à Gautier de Châtillon,
grand maître d'hôtel de la reine. — Reprise des hostilités avec l'Angleterre.
— Féodaux mandés et contremandés ; montres à Châtillon-sur-Seine. —
Opposition des députés des Trois-Etats à l'impôt de la gabelle et aux
nouveaux subsides. — Irritation du roi Jean le Bon. — Disgrâce du gouverneur
Olivier de Laye, remplacé par Jean de Noyers, comte de Joigny. — Convocation
des membres des Trois-Etats après leur nomination dans les bailliages ;
réunions de Paris, Sens, Beaune, Dijon. — Insuccès de ces convocations. —
Députation envoyée au roi pour demander l'abandon du projet d'imposition de
douze deniers pour livre. — Ordre de faire armer les hommes de dix-huit à
soixante ans. — Insubordination constante des Francs-Comtois. — Tentative de
Jean de Faucogney pour s'emparer du jeune duc au château de Rouvre. —
Transformation ordonnée par Jean le Bon des condamnations pour faits
criminels en amendes civiles, — Conséquences de cette mesure lucrative pour
le fisc. — Sommes énormes de certaines amendes pécuniaires pour les moindres
délits ; nombreux exemples. — Mentions diverses relatées dans les comptes
relativement aux mœurs et aux usages singuliers. — Constructions et
réparations urgentes dans les résidences ducales.
Le 5
juin 1353, Jean le Bon notifiait aux justiciers et comptables des deux
Bourgogne sa prise de possession du gouvernement et du bail du jeune duc
Philippe de Rouvre[1]. Cinq jours après, il chargeait
officiellement son conseiller Pierre d'Orgemont de se rendre dans ces
provinces, lui donnant plein pouvoir pour administrer et établir en son nom
les officiers préposés à la perception des finances ; car ce qui préoccupait
surtout le roi, c'était de se procurer des ressources dans un pays qui
paraissait peu disposé à en accorder beaucoup, et où s'étaient produites des
irrégularités auxquelles il était prudent de mettre un terme, Il n'était déjà
pas très facile d'obtenir les impositions ordinaires, puisqu'il fallait dans
certaines localités, comme à Beaune, seize hommes pour accompagner les
sergents lorsqu'ils allaient lever les tailles[2]. On enjoignit à tous les
comptables l'ordre de ne verser qu'aux trésoriers de Paris l'argent provenant
de leurs recettes « sous peine d'être regardés comme rebelles[3] ». Olivier
de Laye reçut à nouveau sa commission de gouverneur du duché, Thibaud de
Neufchâtel celle de gardien du comté ; les autres grands officiers, le
maréchal, le chancelier, le receveur général, etc., furent maintenus dans
leurs fonctions. La
première semaine de juillet, le commissaire du roi, Pierre d'Orgemont,
réorganisait tout le service administratif du duché, baillis, prévôts et
comptables réunis à Dijon, et à peu d'exceptions réinstallait dans leur
charge les précédents titulaires. Semblable
convocation avait été expédiée aux gens du comté pour le 5 du même mois, à
Dole, mais ici l'affaire présentait plus de difficultés, car le commissaire
du roi se fit accompagner par une force armée qui eût pu faire croire aussi
bien à une chevauchée qu'à une prise de possession : « despens de M. Jehan de
Saint-Seine, chevalier, Guillaume et Geofroi de Montigni. Thomas de Vantoux,
Luguet de Montjustin et Jehan Pluvot, tous escuiers, Guyot de Gy et Jehan de
Bonnay, tous en armes à quatorze chevaux, de M. l'abbé de Saint-Estienne de
Dijon, à six chevaux, du receveur de B. à deux chevaux, allant de Dijon à
Dôle, avec M. Pierre d'Orgemont, conseiller du roy et son commissaire en B. à
reprendre le gouvernement du paiis laissié par la royne, et pour remettre les
officiers en leurs offices de par le roy, lesquels gens d'armes ledit M.
Pierre mena avec luy, pour le double du paiis, et ledit abbé parce qu'il
savoit le paiis et cognoissoit les gens et officiers du dit paiis, et y fut
ledit abbé pour un jour, et les dits gens d'armes pour deux jours et demi,
commençant le juedi quart jour de juignet CCCLIII, ouquel lieu de Dôle ledit M. Pierre avoit mandé
tous les officiers de la comté de B. pour la cause dudit gouvernement, au Ve
jour de juignet, lesquels y fuirent, et les remit dans leurs offices de par
le roy, et puis s'en retournèrent à Dijon[4]. » Ces
précautions n'étaient pas inutiles avec les troubles manifestés dans le
comté, et l'agitation produite à Besançon, où les citoyens « réceptoient en
ladite citey plusours roburs et malfaicteurs qui indehument robient et
prenoient sur le duchié et comté de Bourgoigne »[5]. En
prenant possession de son bail, la première pensée de Jean le Bon avait été
de faire venir les pierres de marbre et d'albâtre destinées à l'érection du
mausolée de son père et de sa mère, monument qui devait être considérable
d'après les détails inédits que nous avons donnés. C'est pour s'acquitter de
ce soin et pour activer le zèle de son gouverneur Olivier de Laye qu'il lui
fit donation, outre son traitement, d'une somme de cinq cents livres[6]. Il était du reste dans le
caractère du roi de combler d'amitiés et de faveurs les hommes dont le
concours et l'influence lui paraissaient nécessaires. Désireux de capter l'affection
générale, il flattait toutes les classes de la société par des concessions et
des bienfaits. Les lettres de rémission si nombreuses accordées aux uns et
aux autres pendant cette période, et pour des crimes : qui méritaient
d'encourir les plus grands châtiments, prouvent son désir de s'attacher cette
turbulente aristocratie dont l'appui lui était indispensable. La
réunion du Parlement qui devait avoir lieu à la Saint-Martin 1353 fut
retardée jusqu'au 9 décembre. Peut-être attendait-on l'arrivée du cardinal de
Boulogne, grand-oncle du jeune duc, et membre de son conseil de famille, qui
assistait le plus souvent à ces assemblées, et qui était retenu ailleurs par
d'autres devoirs. La session de ce Parlement ne dura que deux jours[7]. On y prit des mesures
répressives, contre les usurpations faites dans la province pendant
l'administration de la reine, car peu après Jean le Bon fit une déclaration
attestant que ces usurpations ne devaient pas porter préjudice au duc, et que
ce dernier rentrerait en possession intégrale de ses biens à la fin du bail[8]. Une
question que l'on dut également agiter fut celle des monnaies, dont les
incessantes mutations causaient une si grande perturbation dans le commerce
et dans les affaires. Jean le Bon avait profité de la reprise du bail pour
faire fabriquer à Dijon la monnaie à son coin, et se proposait de continuer
cette opération jusqu'à la fin de ce bail, comme il le déclare dans
l'engagement qu'il prit de ne pas vouloir porter atteinte aux prérogatives du
duc et de ses successeurs, en proclamant que l'exercice de cette frappe ne
constituait pas un droit pour le roi de France[9]. Les
ordonnances qui modifiaient le cours des monnaies furent si nombreuses, et
les altérations furent telles pendant cette période, que la livre tournois
avait subi une baisse invraisemblable et était tombée au dixième de sa valeur
! Des abus de pouvoir aussi excessifs suffiraient à ameuter les populations
contre ceux qui les commettent, et il ne faut pas s'étonner si dans le duché
et principalement dans le comté, on se désaffectionnait d'un tel régime. De
là des imprécations contre le roi, contre le duc, des injures aux sergents et
aux officiers, et même des voies de fait suivies d'un nombre considérable de
condamnations et d'amendes pécuniaires contre ceux qui avaient manqué de
respect à l'autorité. La justice ducale était impitoyable et faisait payer
cher tout accès de mauvaise humeur, et même une parole imprudente ; on ne
lira pas sans intérêt certaines sentences des plus curieuses[10]. La
reine Jeanne de Boulogue, toujours accablée par le décès de ses enfants issus
de son second mariage, éprouvait un redoublement de tendresse et d'inquiétude
pour ceux qui lui restaient de sa première alliance, et mettait tout en œuvre
pour assurer leur avenir. Sur ses pressantes sollicitations, Jean le Bon
consentit à mettre un terme à des perplexités qu'il ne partageait point, et
lui donna plein pouvoir d'arrêter les bases du mariage projeté entre Philippe
de Rouvre, âgé de huit ans, et une héritière âgée de quatre ans, Marguerite
de Flandre, fille de Louis, dit de Male, comté de Flandre, et de Marguerite
de Brabant. Ce projet fut rédigé à Vincennes, le 6 août 1354[11]. Le
cardinal Gui de Boulogne, oncle et membre du conseil de famille du duc,
paraît avoir assisté la reine de ses conseils, et pris part aux négociations
de cette affaire. Il fit cette année plusieurs voyages et d'assez longs
séjours en Bourgogne, en compagnie de Philippe de Rouvre, dont les maîtres
d'hôtel Hugues de Montjeu et Etienne de Musigny préparaient les déplacements,
et faisaient les frais de dépense ; ces deux derniers personnages avaient
alors une haute mission à la cour ducale, ayant été établis et nommés par le
roi pour gouverner le jeune prince en son bas âge[12]. De juillet à septembre, le
cardinal parcourut la province et séjourna dans les châteaux de Villaines,
Aisey, Montbard, Maisey, Beaune, Argilly « où l'on cuidoit que le cardenaul
venroit le dimanche après la Notre Dame en septembre », mais il n'arriva
que le dimanche 21 du même mois avec Geofroi de Blaisy[13]. Gui de
Boulogne s'était sans doute occupé des négociations qui avaient eu lieu au
sujet de la rupture du mariage de Jeanne de Bourgogne, sœur de Philippe de
Rouvre, avec Amé, comte de Savoie. Ce mariage purement virtuel, célébré avec
beaucoup de solennité à Montréal-en-Auxois, le 8 juin 1348, n'avait pas été
suivi d'effet, les conjoints n'ayant pas encore atteint à celte date l'âge de
la puberté. La fiancée avait été, suivant l'usage, livrée à la cour de
Savoie, où elle avait été accueillie avec beaucoup d'honneurs, et eut sa
principale résidence à Chambéry[14], mais sa constitution délicate
et la débilité de son tempérament, qui causaient des préoccupations à la
reine sa mère, ne permettaient pas d'espérer qu'elle pût avant longtemps
contracter mariage. Pour des motifs différents et faciles à deviner, Jean le
Bon le pensait aussi. Son entourage, en présence de deux enfants, Jeanne et
Philippe, qui pouvaient mourir sans héritiers, redoutait l'éventualité qui en
eût été la conséquence, et craignait de voir la Bourgogne échapper au domaine
de la couronne pour passer dans la maison de Savoie. Le comte Amé, ne
pouvant, de son côté, compter sur la réalisation d'un tel mariage, consentait
à son annulation moyennant une indemnité pécuniaire. En
1354, à la suite d'une lutte entré le comte de Savoie et Charles, fils du roi
et dauphin du Viennois, les pourparlers engagés amenèrent incidemment la
solution de cette affaire. Les clauses sont relatées dans un traité, dont les
négociations, commencées à Chambéry et à Saint-Martin-le-Chatel, furent
ratifiées à Paris par Jean le Bon en novembre de cette année[15]. Cet important accord,
comprenant des échanges de domaines, fixait les limites de chacun des fiefs.
Le dauphin cédait au comte de Savoie la terre de Faucigny et dépendances, les
fiefs du comte de Genève, les châteaux de Gex, Miribel, Montluel, Villars, Saint-Maurice
d'Authon, Saint-Christophe, Gordans, etc., moyennant la restitution de
Tournon, Voiron, Chabons, la Côte-Saint-André, et de tous les droits relevant
du Viennois. L'article
le plus important de ce traité, et le seul qu'il nous importe de connaître,
stipulait la restitution de Jeanne de Bourgogne au roi ou à la reine, qui
pourraient la marier à leur gré et à qui leur plairait, sauf au dauphin. En
retour de sa renonciation, le comte de Savoie devait recevoir, un mois après,
la somme de quarante mille florins d'or[16]. Ces
conventions furent renouvelées à Paris, le 5 janvier 1355, sous le sceau du
roi Jean, avec l'approbation d'Amé, le principal intéressé, auquel on donnait
en outre une maison sise à Paris, appartenant jadis au roi de Bohême[17]. En conséquence de ces
arrangements, Gautier de Châtillon, seigneur de la Ferté, grand maître
d'hôtel de la reine, reçut l'ordre d'aller recevoir la princesse pour la
ramener à sa mère[18]. Jeanne de Bourgogne, conduite
par une escorte ayant à sa tête Anselme, abbé de Saint-Rambert, passa par
Pont-d'Ain, Saint-Martin-le-Chatel, Bagé, fut confiée aux soins du mandataire
du roi, et remise entre ses mains à Saint-Laurent de Mâcon. C'est de cette
localité que Gautier de Châtillon rendit compte de sa mission, le 18 avril
1355[19]. Les
négociations relatives à cette affaire avaient duré six mois, et étaient
engagées lorsque le Parlement de Beaune tint ses séances. Il y eut deux
sessions cette année, l'une à la Saint-Nicolas, l'autre les lundi et mardi
après la Saint-André[20]. Des
préliminaires de paix signés entre la France et l'Angleterre étaient restés
sans conclusion, et, en 1355, on s'apprêtait au renouvellement de la grande
guerre. Au mois de mai, les baillis et les féodaux de Bourgogne recevaient du
gouverneur Olivier de Laye et de son lieutenant Guillaume de Recey, la
convocation royale qui les mandait à Beauvais, le dimanche après la
Pentecôte, 31 mai ; puis, un autre mandement leur enjoignait de se rendre
dans cette ville le jour de la Saint-Jean, 24 juin[21], puis enfin, trois semaines
après la Saint-Jean[22]. Soit
que les barons n'aient pas tout d'abord répondu à ces appels, soit que les
premiers mandements aient été contremandés, de nouvelles lettres furent
adressées à Girard de Thurey, maréchal de Bourgogne, et aux chevaliers
bannerets de la province pour les concentrer, le 10 juillet, à
Châtillon-sur-Seine[23]. La fréquence et l'incohérence
de ces convocations durent mécontenter les feudataires et nuire à la bonne
exécution de ces ordres[24]. En tous cas, la pénurie du
trésor royal ne permettait pas de tenir longtemps sur pied des forces
considérables, car les subsides recueillis par Jean le Bon dans les régions
les moins éprouvées étaient épuisés. L'esprit
de faction fomenté par les intrigues du roi de Navarre, le désordre des
finances, les mutations abusives des monnaies, le discrédit du pouvoir et la
désaffection publique rendaient la situation difficile, et la création de
ressources plus difficile encore. L'imposition pour la guerre votée par les
états de la Langue d'oïl, le 2 décembre 1355, l'établissement d'une gabelle,
la levée d'une taxe de huit deniers par livre sur les ventes, qui devaient
être acquittées par toutes personnes, clercs ou laïques, nobles ou non
nobles, étaient absolument insuffisantes dans les circonstances présentes. Sans
tenir compte de la résistance qu'il avait à redouter en Bourgogne, avec des
populations jalouses de leurs droits et de leurs privilèges, Jean le Bon
résolut d'appliquer à cette province le régime imposé et accepté ailleurs. En
conséquence, il ordonna une réunion des Trois-Etats à Châtillon, et fit
convoquer l'assemblée pour le mercredi 13 janvier 1356[25]. Guillaume de Melun, archevêque
de Sens et Robert, comte de Roucy, s'y rendirent, exposèrent les besoins
urgents de l'Etat et la nécessité d'établir l'imposition de la gabelle et des
autres taxes, comme elles avaient été votées par les Etats de la Langue d'oïl.
L'assemblée ne paraît pas avoir été en nombre, et les membres présents en
prirent sans doute prétexte pour ajourner une réponse qui ne devait pas être
satisfaisante. Il est probable aussi que les députés touchés par le mandement
n'avaient pas été sans appréhension de se voir convoqués à Châtillon, au lieu
d'aller siéger dans la ville de Dijon, dont le pouvoir redoutait l'esprit
d'indépendance. Le 15
janvier[26], le gouverneur Olivier de Laye
écrivit non seulement aux seigneurs du duché mais à ceux du comté, aux abbés
et aux personnes ayant droit de figurer aux Etats, pour leur fixer un nouveau
rendez-vous à Dijon, le jour de l'octave de la Chandeleur. La reine elle-même
ne négligea pas de faire des démarches personnelles, et de faire agir dans
chaque bailliage les officiers capables d'influencer l'élection des députés
nommés dans leur circonscription, puis envoyés à la réunion générale[27]. Malgré ces prévenances, la
résolution des membres de l'assemblée de Dijon était prise d'avance, leur
réponse n'était pas douteuse. Aussi dans la séance du 9 février, ils
déclarèrent qu'on ne pouvait rien innover dans le duché, ni introduire des
droits onéreux jusqu'ici inconnus. Dès le lendemain[28], le gouverneur transmit au roi
et au chancelier de France la délibération des Trois-Etats et leur refus de
voter toute charge nouvelle. Fort
irrité de cette résistance, Jean le Bon n'eut pas de peine à trouver une
victime de son ressentiment : le malheureux gouverneur Olivier de Laye fut
brutalement cassé de ses fonctions ; on lui reprochait sans doute d'être
étranger à la province, et surtout de n'avoir eu ni l'adresse, ni l'énergie
de faire prévaloir les volontés du roi. La nomination de son successeur ne se
fit pas attendre. Le Bourguignon dont on fit choix, Jean de Noyers, comte de
Joigny, appartenait à une famille depuis longtemps dévouée aux intérêts de
nos ducs ; il fut nommé le 28 février, aux gages de mille livres, et prit
possession de son office le 27 du mois suivant ; mais il ne devait pas plus
que son prédécesseur avoir d'action sur les décisions des Trois Etats. Afin de
diriger plus efficacement les délibérations de l'assemblée, on résolut de
réunir les membres à Paris, en présence de Jean le Bon, le 15 mars, « pour
ouir ce que le roy et son conseil voudroient demander pour les guerres »[29]. Aucun acte ne nous apprend ce
qui fut décidé, ni même si la réunion eut lieu. Le contraire paraît probable,
puisque les députés furent de nouveau convoqués à Sens, le jeudi avant
Pâques, 21 avril[30]. Cette réunion ne donna pas un
meilleur résultat, malgré le zèle des officiers royaux, et notamment du
procureur Jean Rosier, qui s'était activement employé pour faire adopter les
projets de la couronne[31]. On annonça une autre réunion à
Beaune, à une date que nous ne pouvons préciser, et enfin le gouverneur fit
publier que l'assemblée se tiendrait à Dijon, le dimanche après la Madeleine,
24 juillet[32]. Nous n'avons aucun document
sur les délibérations qui suivirent ces ajournements successifs et répétés,
car on n'avait pas intérêt à conserver des pièces qui subordonnaient la
volonté du roi aux droits et aux privilèges de la province. Il est seulement
certain que les députés s'obstinèrent à repousser les innovations d'impôts
qu'on réclamait. L'idée
de la gabelle du sel et des taxes impopulaires dans le petit commerce et dans
le menu peuple ayant été abandonnée, on eut le projet de demander une
imposition de douze deniers par livre sur les ventes, qui ne devait pas
rencontrer meilleur accueil ; il y eut à ce sujet des négociations qui
méritent d'être connues. Les Trois-Etats craignant d'exciter au plus haut
point le mécontentement du souverain, et voulant éviter tout conflit à la
suite de nouvelles réclamations de sa part, avaient décidé de lui envoyer une
ambassade à Paris pour demander l'émancipation du jeune duc et le prier de
renoncer à la taxe de douze deniers par livre que la province était
déterminée à ne pas voter. C'est à la suite de ces démarches faites par les
mandataires de l'assemblée, comprenant les sires de Granson, de
Saint-Georges, de Longvy, de Couches, d'Epoisse et plusieurs autres, que fut
décidé le mariage per verba de Philippe de Rouvre, et que fut votée «
l'imposition pour les espousailles »[33] ; c'est tout ce que l'on put
obtenir dans ce moment. Jean le
Bon n'espérant plus triompher de la résistance des Etats, et forcé par les
circonstances de réclamer à la province les ressources dont il avait le plus
urgent besoin, fit convoquer le ban et l'arrière-bandes milices féodales. Un
mandement royal adressé par le gouverneur à tous les baillis ordonnait de
faire armer tous les hommes de dix-huit à soixante ans, et d'en dresser une
liste exacte qui devrait être remise dans les mains du roi[34]. D'après les mêmes
prescriptions, le comte de Joigny ordonna une enquête dans les divers
bailliages pour savoir la nature des armes dont les combattants pourraient
disposer[35]. Nous ne
voyons pas que ces mandements aient été publiés dans le comté de Bourgogne,
où les guerres privées jetaient la désolation dans les campagnes, et où le
désordre était extrême. Les barons étaient de nouveau révoltés contre
l'autorité royale, et le singulier gardien de cette province, Thibaud de
Neufchâtel, qui prenait encore cette qualité en 1356, ne semble pas avoir
fait beaucoup d'efforts pour mettre fin à cette situation. Est-ce pour ce
motif que l'empereur Charles IV crut devoir y installer comme vicaire Henri,
comte de Montbéliard[36] ? Non
seulement certains seigneurs francs-comtois faisaient des incursions sur les
terres du duché, mais l'un d'eux avait formé l'audacieux projet, en l'absence
d'une autorité sérieuse, de s'emparer de la personne du jeune duc Philippe de
Rouvre, de l'emmener prisonnier et de le soustraire à l'action de ceux qui
gouvernaient en son nom. Ce téméraire et violent baron n'était autre que
Thibaud de Faucogney, dont on connaît déjà plusieurs exploits, et qui,
l'année précédente, tentait d'enlever à Longecourt la comtesse de Bar,
Yolande de Flandre, qui traversait la Bourgogne[37]. La vigilance des baillis du
duché fit avorter une entreprise qui reçut cependant un commencement
d'exécution. En janvier 1356, au moment de la convocation des Etats à
Châtillon, Thibaud de Faucogney s'était rendu en Lorraine « faire grant amas
de gens d'armes pour venir courre au duchié[38] ». Averti de ces
démarches, le gouverneur Jean de Noyers chargea Guillaume du Pailly de
prendre des informations sur ces armements et de surveiller ces menées ; les
châtelains de Pontailler, Auxonne, Verdun, Chalon, Sagy, Cuisery, Brazey,
ainsi que le maire de Beaune furent prévenus de mettre en garde les hommes de
leurs châtellenies. Ces précautions n'entravèrent pas la tentative de Thibaud
de Faucogney, qui partit une nuit du village d'Eclans, près Dôle, suivi par «
grant compaignie de gens d'armes », dont beaucoup charriaient « eschielles,
cordes, artillerie et autres engins ». Ils se présentèrent devant Rouvre,
dont ils ne purent s'emparer, mais ils enlevèrent dans la châtellenie «
quantité de chevaux, de bêtes grosses et menues et autre butin[39] ». Le jeune duc, auquel on
avait fait prendre les quartiers d'hiver à Montbard, était à l'abri de leur
atteinte, et l'expédition n'atteignit pas son but. L'altération
et la mutation des monnaies ne pouvaient offrir des ressources appréciables ;
d'autre part, on ne devait pas songer pour le moment à l'établissement de la
gabelle ou de toute autre taxe nouvelle ; les conseillers de Jean le Bon
imaginèrent de transformer « les faits criminels en amendes civiles »,
c'est-à-dire que toutes les condamnations pour crimes, étaient, comme les
simples délits, passibles d'amendes pécuniaires parfois considérables, et le
plus souvent disproportionnées avec la gravité des fautes. Des instructions
particulières avaient été données en Ce sens aux baillis, châtelains, et aux
officiers chargés de rendre la justice dans leurs circonscriptions, et la
somme de ces amendes produisit une source sérieuse de revenus. La mesure fut
même regardée comme si avantageuse qu'on trouva bon de la généraliser, et, le
14 mars 1356, Jean le Bon s'adressant aux prélats, à Pierre d'Orgemont, à
Guillaume Flote, à Geofroi de Charni et à tous ses conseillers, leur
ordonnait de faire convertir les faits criminels en amendes civiles[40]. Cette
ordonnance fut des plus lucratives, et, sous ce rapport, l'examen des comptes
de cette époque est instructif. Le chiffre de l'amende est toujours supérieur
à la gravité des délits. Nous en avons déjà cité des exemples, et notamment
celui d'une dame Yolande, mariée à Jean Humbert, de Châteauneuf, qui, pour un
simple propos de femme, et malgré des circonstances atténuantes, fut
condamnée à cent moutons d'or valant cent trente-cinq florins. Il n'est pas
sans intérêt d'en citer quelques autres : Guillaume de Jully, chevalier, pour
cas de pillages, est taxé à cinq cents florins, indépendamment des frais de
l'enquête[41]. — Leclerc, de Saint-André,
ayant volé les chevaux du prieur de Valcroissant, est condamné à cent francs
valant cent vingt florins[42]. — Philibert de Tronçois,
écuyer, accusé d'avoir pris part à un meurtre, ce qui n'avait pu être prouvé,
paya soixante florins[43]. — Guiot, de Marmeaux, verse
dix florins pour avoir volé un pain de « tourte, considérez que li temps
estoit chiers, et que plus l'avoit fait par faim que par larrecin »[44]. — Tardif, de Vignes, est
condamné à vingt florins pour avoir bu le vin du curé de Guillon « et
empourté de chiez ledit curié un taublier à juer aux taubles »[45]. — Géofroi du Bochet,
chevalier, verse soixante florins, pour avoir enlevé de nuit Jehannette,
femme de Perrenot Boudin, de Montréal. La dite Jehannette ne nous paraît pas
digne d'intérêt, car un peu plus loin nous voyons qu'elle est de nouveau
enlevée par Jean des Granges, « qui l'avoit prise et détenue grant temps par
devers soy, oultre la volentey de son mari, ne rendre ne li vouloit » ; cette
fois, le ravisseur ne versa que dix florins, « considérez qu'il estoit clerc
»[46]. — Jean le Beau paie quinze
écus pour un larcin dont on ne put faire la preuve[47]. — Guillaume de Marcilly, « qui
au temps de sa forsennerie, et comme lunatique », avait volé du vin et autres
denrées, est taxé à huit écus[48]. —Robert de Bailleux, écuyer,
seigneur en partie de Marcilly-les-Avallon, verse six florins, pour avoir
fait enterrer un de ses hommes à Venarey, hors de son ressort[49]. — Oudot de Ruères paie huit
écus parce que ses hommes ont été labourer eh Auxerrois, malgré la défense de
sortir du pays[50]. — Jean de Châteauneuf,
chevalier, est condamné à cinquante écus pour avoir ravi et violé Jeannette,
femme de feu Oudot Berthout, et battu sa mère[51]. — Les habitants d'Ampilly sont
taxés à une amende de trois écus pour avoir organisé une confrérie sans
autorisation[52]. — Perrenet Driet verse vingt
écus pour avoir frappé Jean du Bois, maire de la rue de Chaumont, à
Châtillon-sur-Seine[53]. — Jean Vardin, de Vanvey, est
condamné à dix écus, pour avoir dit seulement que Macé, procureur du roi, lui
avait donné un mauvais conseil[54]. — Jean de Culley, écuyer, est
poursuivi en justice, parce que la boiteuse de Charency, une de ses
mainmortables, prétendait « qu'elle avoit été efforciée par le dit escuier »
; la culpabilité n'avait pu être prouvée, malgré l'enquête, mais comme l'accusé,
« appelé par cry ès assises et appaux de Baigneux, » n'avait point répondu à
la sommation ni comparu devant les juges, ceux-ci en prirent prétexte pour
déclarer que la plaignante serait désormais mainmortable du duc, et pour
faire payer à l'écuyer une amende de dix écus, applicables non à la femme,
mais au duc[55]. — Perrenette, de Verrières,
verse deux écus pour avoir appelé « putain » la femme contre laquelle elle
plaidait ; une autre femme ne paie que quatre florins pour avoir adressé à sa
voisine la même qualification injurieuse[56]. — « Hugues, fils Durant Chenu,
de Montot, por ce qui s'entremit de efforcier la garce M. Jehan
Trouble-Feste, chappelain au curé de Vignes, considerey que ce estoit une
garce commune, et que bonement ne se pouhoit prover... sept florins et demi »[57]. On
trouve la mention d'amendes parfois excessives pour les délits les plus
insignifiants : dix florins pour la vente de quatre aunes de drap qui
n'avaient pas tout à fait la mesure[58] ; six florins pour vol d'un
peigne de bois valant trois deniers ; quatre écus pour « un tronson de corde
qui bien valoit trois sols »[59]. — Par contre, les officiers
sont indulgents les uns pour les autres, et si l'un d'eux a l'infamie « de
faire affaitier la Berengère de quarante compaignons, et de la getier hors de
son hostel », il ne lui en coûte qu'une amende de quatre florins[60]. Nous
n'avons pas à suivre la série interminable de ces condamnations si
fructueuses pour le trésor ducal, mais on peut encore relever dans les
comptes diverses mentions qui ne doivent pas être perdues : l'arrivée à
Beaune de Marguerite de France, comtesse de Flandre, lors des projets de
mariage de sa petite-fille Marguerite avec le jeune duc, précédée par
Guillaume du Pin, maître de la chambre aux deniers de Charles, duc de
Normandie[61] ; — des cadeaux de daims, de
cerfs faits au pape, aux gens du conseil, au cardinal de Boulogne, à l'abbé
de Cluny, etc. ; — la première venue en Bourgogne de Jean de Baubigny, clerc
du roi, et de Jean Clabart, secrétaire de la reine, chargés de la
vérification des comptes[62] ; — le passage de Marie
d'Espagne, comtesse d'Alençon, veuve en premières noces de Charles d'Evreux,
puis de Charles II de Valois, accompagnée de ses enfants, que le maître
d'hôtel Hugues de Montjeu fut chargé de conduire de Dijon à Langres, 21
novembre 1357[63] ; — des donations d'éperviers,
de tiercelets, de faucons ; — des envois de truffes par « Guillaume de
Vanvex, quéreur de truffes pour le roy »[64] ; — les dépenses nécessitées
par la fameuse foire du Beuvray, qui, de temps immémorial, se tenait tous les
ans le premier jeudi du mois de mai[65] ; — les arrangements et accords
négociés par les officiers de la cour de Bourgogne, lors de la guerre privée
entre les seigneurs de Vienne et de Verdun[66]. Nombre
de mentions nous révèlent des anciens usages, des traits de mœurs, des
condamnations de sorciers, de devins, de lanceurs de charmes,
d'empoisonnements, etc., qui attestent l'étrange crédulité des campagnes à
cette époque[67] ; — le rachat en argent de la
condamnation d’un poing coupé[68] ; — l'élargissement de
criminels condamnés à mort, par suite de l'acceptation de jeunes filles qui
consentent à les prendre pour époux[69] ; — la fabrication d'un sceau
et contre-sceau d'argent, ordonné par les gens des comptes pour les lettres
de bourgeoisie et de franchise des habitants de la rue de Chaumont, à
Châtillon-sur-Seine[70] ; — l'amende payée pour la
rançon et l'élargissement de pourceaux condamnés à mort pour avoir tué les
enfants qui les gardaient[71]. Le dépouillement intégral de
ces nombreux registres permet de retrouver les noms des personnages faisant
partie de la cour ducale et de l'entourage de la reine. Pendant
la période qui précéda son mariage, la personnalité du jeune duc Philippe de
Rouvre est complètement effacée, et les faits qui le concernent sont sans
intérêt. La pénurie du trésor ne permettant pas d'entreprendre de grands
travaux de constructions nouvelles, on ne fit dans les résidences ducales que
des réparations urgentes, sous le gouvernement de Jean le Bon, et
antérieurement au tremblement de terre de l'année 1356. Le
séjour que Philippe de Rouvre fit au château de Dijon pendant le carême et
jusqu'au mois de juin de cette année nécessita quelques arrangements et des
dépenses de peu d'importance[72]. L'installation des officiers
de la chambre des comptes fut l'objet de travaux plus sérieux qui durèrent
plusieurs années, et dont on a donné le détail ailleurs. —Robert, comte de
Roucy, gouverneur de Bourgogne, fit refaire, en 1351, la tour du château de
Beaune, dont le sommet « estoit en peril de cheoir », et recouvrir en
entier la salle où le Parlement tenait ses séances[73]. En 1355, d'autres travaux y
furent encore entrepris, et poursuivis les années suivantes, ainsi qu'à
Pommard et Volnay[74]. Les constructions de la
chartreuse de Beaune, commencées sous Eudes IV, n'étaient pas terminées, et
s'achevaient bien lentement, puisque les comptes portent encore des dépenses
en 1354[75]. — A Montbard, on refit la
maçonnerie du portail sous la tour de Laubespin, dont la pierre était gelée,
et la charpente dont les bois étaient pourris ; il fallut près de dix mille
tuiles pour recouvrir plusieurs tours[76]. Il est à remarquer que cette
belle tour de Laubespin, que l'on peut encore admirer, et qui a gardé son
nom, existait déjà, et ne fut pas, comme on l'a dit, construite sous Philippe
le Hardi, mais sous Eudes IV, vers ou avant 1340. En 1355, on refit à Autun la tour de Riveau (B. 2282), — à Semur-en-Auxois, la tour Lourdeau (B. 6201), — à Avallon, les portes et les clôtures du château (B. 2970), — à Chalon-sur-Saône, une tour neuve (B. 3561), — à Montréal, les portes d'entrée du château et la tournelle près du donjon (B. 5401), — à Sarry, la grosse tour du château (B. 5401), — à Châtel-Gérard, les murs et les créneaux (B. 5402), — à Montcenis, les murs du « belle » (B. 2283), — à Châtillon-sur-Seine, les murailles et la maison devant les tours (B. 2078), — à Villiers-le-Duc et Maisey, un colombier, les verrières des chambres (B. 6597), — à Aisey, beaucoup de réparations et de travaux neufs (B. 2078-2079), — à Argilly, la grosse tour devant la chapelle du château, la chambre « ou guit madame la reyne quand elle guit à Argilley », la chambre de mademoiselle Jeanne de B. (B. 2143 à B. 2146), — à Vergy, la tour devant le château, la tour dessus la porte et autres murailles (B. 6476 à 6478), — à Villaines-en-Duesmois, les grands murs du parc où étaient les cerfs, les daims et autres animaux (B. 6550 à 6553). |
[1]
Arch. du Doubs, B. 67.
[2]
Comptes de la châtellenie de Beaune, Arch. Côte-d’Or, B. 3144.
[3]
Acte du 10 juillet 1353, Arch. du Doubs, B. 67, et Bibl. nat., Collection
Bourgogne, t. XXIII, fol,103.
[4]
Arch. de la Côte-d'Or, comptes de Dimanche de Vitel, B. 1394, fol. 38. La
dépense monte à 28 1. 8 s. valant trois marcs et demi.
[5]
Arch. du Doubs, B. 86. Il fallut envoyer en décembre trente-cinq chevaliers et
écuyers à Besançon pour mettre fin à ces désordres.
[6]
L'ordre d'amener ces marbres est du 4 août, la gratification au gouverneur est
du 5 (Comptes de Vitel, Arch. de la Côte-d'Or, B.1394, fol. 40, et Bibl. nat.,
Collection Bourg., t. XXI, fol. 2.
[7]
Comptes de la châtellenie de Beaune, Arch. de la Côte-d'Or, B. 3144, fol. 9,
v°.
[8]
10 mars 1354 ; Dom Plancher, t. II, pr. 288 et Recueil des Edits concernant
la Bourgogne, t. I, p. 34-35.
[9]
2 juin 1354 ; Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.200 et Dom Plancher, t. II, pr. 289.
[10]
Un habitant de Villaines est condamné à quatre florins, pour avoir dit « par
mauvoises paroles en blasmant et desprisant la monnoie clou roy qui estoient
des escuz faicts au coing du roy Jehan, qu'il chieroit sur les dits escuz qui
lors avoient cours » 1355 (Comptes de Paris de la Jaisse, bailli de la
Montagne, collection Bourgogne, t. CVII, fol. 182, copie de Pérard). — Un autre
particulier est condamné à quatre florins, pour avoir dit qu'on lui faisait un
commandement « de la part d'un duc de Gauspitre » (idem, 1356) [Nous
ignorons la signification de cette injure]. — Perrinet, de Verrey, est condamné
à un florin d'amende pour avoir dit « qu'il vauroit mieux estre homs au diable que au duc, et le dit pour courroux de trop grant taille à
que l'on l'avoit mis » 1353 (idem, p. 182). — Bertrand de Beneuvre,
condamné à cinq florins pour avoir tiré l'épée et le bouclier contre un sergent
du roi (idem, 1354). — Jean Menoire, de Semur, condamné à deux écus, parce que il mauldit ceulx qui avoient faites les ordonnances
ou duchié », 1352 (Comptes de l'Auxois, Arch. de la Côte-d'Or, B. 2745). —
Virot, de Guillon, condamné à six florins « pour ce qu'il dist qui ne feroit
por le bailly d'Auxois ne por le prevost d'Avalon ung estron de chien », 1356
(Comptes d'Auxois, B. 2747). — Le curé d'Annoux condamné à six florins pour
avoir dit au sergent de Chatel-Gérard « qu'il ne feroit pas pour line por sa
commission ung estron » (idem, B. 2748). — Etienne Damors, de Pisy, paie
quatre écus pour avoir parlé outrageusement du prévôt de Montréal (B. 2745). —
Yolande, femme de Jean Humbert, de Chateauneuf, condamnée à cent moutons d'or
valant cent trente-cinq florins, « pour ce qu'elle dit que mgr le duc estoit
mal consoillez de mettre justice en son paiis sur les nobles, et qui vivroit,
dans brief temps en Bourgoigne, verroit qu'il n'y aurait seigneur, ne dame, ne
duc, ne duchesse, qui fussent si ardiz de mot dire contre les nobles,
considérez que elle estoit simple de sa nature, parle volontiers senz penser
que elle dit, et souvent à son dommaige, et que point ne savoit de machination
contre mgr le duc » (Comptes de l'Auxois, B. 2748). —La femme du maire d'Annéot
est condamnée à deux florins « pour ce que elle
impétueusement avoit getié au-devant de Guiot, de Semur, lieutenant dudit
bailly, une cote de fer » (idem, B. 2748). — Guillaume Arlaud est
condamné à quatre florins, malgré l'intervention du seigneur de Couches, pour
avoir dit par devant Bernard do Presles « Diex mette en mal an le bailif de
Montcenix » (Comptes de l'Autunois, B. 2278). — Guillemot de Villebert condamné
à huit écus pour avoir dit à Hugues Coulot, sergent de Madame, « qu'il ne
feroit riens por ledit sergenz ne por sa royne », 4352 (Comptes de l'Autunois,
B. 2278). — Gauteron de Creux condamné à un florin pour avoir dit à un sergent
« qu'il ne feroit pas pour li hum estron » 1358 (Comptes de l'Autunois, B.
2283). — Huguenin Fauveau, jadis châtelain d'Uchon, paie huit écus pour s'être
permis d'enlever la verge à un sergent (Comptes de l'Autunois, B. 2278). — Jean
Lacoulle, prêtre, est condamné à six écus pour avoir frappé un sergent (idem,
B. 2278). — Philibert de Tenarre, écuyer, ayant levé la main sur Anseau
Cornevin, lieutenant de Guillaume de Blaisy, bailli de Chalon, Autun et
Montcenis, en 1353, est condamné à verser vingt florins de florence aux foires
chaudes de Chalon (idem, B. 2278). — Mathieu, de Saint-Hélène, verse quatre
florins pour avoir dit au sergent « qu'il ne feroit pas por luy, ne pour la
garnison un boton » (idem). — Jean Noblot est condamné à quatre florins
pour avoir dit seulement : « Je m'en vais vers ce diable de bailly », le bailli
de la Montagne, Pierre Paris de la Jaisse (Bibl. nat., collection Bourgogne, t.
CVII, f. 183). —Jean de Bar, écuyer, Oudot, son fils, et Philippe de Jaucourt «
pour ce qu'ils assaillirent en chemin Simon le Mignolat, de Praelles, sergent
madame la Reyne, lequel il baleirent et li tirèrent son chevaul, composé pour
ce que le dit Oudot et Philippe n'avient encoir aucune terre, ne aucuns biens,
et recehu por le tout dix escus » (Comptes de l'Auxois, B. 2745).
[11]
L'autorisation du roi Jean est datée de Paris, 5 août 1354 (Arch. du Nord, B.
840 et Dom Plancher, t, II, pr. 291. Les clauses du projet sont datées de
Vincennes, 6 août 1354 (Arch. du Nord, B. 416 et Dom Plancher, idem).
[12]
Comptes de Dimanche de Vitel. Arch. de la Côte-d'Or, B. 1397.
[13]
Villaines, du 28 juillet au 14 août 1354 (Comptes de Guillaume Brancion (Arch.
Côte-d’Or, B. 6552, fol. 12 — Montbard et Maisey, en août (Comptes de Guillaume
de Coublanc puis de Guiot de Gy, ibidem, B. 2079, fol. 33-34) — Beaune,
en septembre (Comptes de Guillaume du Mex, B. 3144, fol. 19) — Argilly (Comptes
de Guillaume de Chivres, B. 2146).
[14]
Voir les dépenses faites à l'hôtel de Jeanne de Bourgogne à Chambéry, Arch. de
la Côte-d'Or, B. 9717 et 9065, rouleaux.
[15]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 7108, rouleau.
[16]
« Item, que ou cas que li roi et messire li dauphin auront ratiffiées et
confirmées les choses dessus escriptes par leurs lettres bonnes et souffizanz,
messire de Savoie sera tenu de randre et délivrer la damoiselle de Bourgoigne
au roy ou à la royne, ou à leur certain messaige à Saint Lorent de Mascon, à
marier à cui il voudront, sauf au dauphin qui maintenant est, lui estant
dauphin, en paianz au dit conte de Savoie ou à son certain messaige ou dit lieu
de Saint Lorent, quarante mille florins d'or de bon poys de Florence. Et la
rendue de la damoiselle, et le paiement de XL mille florins se feront dedans un
mois après les ratifications faites par le roy à mgr le dauphin. » (Arch. du
royaume de Sardaigne à Turin ; éd. Dufour et Rabut, Renonciation du comte
Amédée VI de Savoie au mariage de la princesse Jeanne de Bourgogne, p.
23-28). Ces auteurs commettent une singulière erreur de chronologie qui
dénature les faits, ils font passer cette pièce de novembre 1354 après celles
du 5 janvier et du 30 mars 1354 (anc. st.) sans tenir compte du changement
d'année.
[17]
Arch. du royaume de Sardaigne, à Turin (loc. cit., p. 13-20).
[18]
Arch. du royaume de Sardaigne, à Turin, loc. cit., p. 24-22, la
procuration du roi Jean est datée de Montreuil-sur-Mer, 30 mars 1354 (anc. st).
[19]
Voir les dépenses du séjour de Jeanne de B. et de sa suite à
Saint-Martin-le-Chatel quand elle retournait en France (Arch. de la Côte-d'Or,
B. 7106, rouleau) — Autres dépenses du séjour avec divers personnages à
Saint-Martin (B. 9749, rouleau) — Dépenses de Jean de Saint-Amour, Aimon de
Chalon et Jean Mestral, conseillers du comte de Savoie, et pour leur suite, en
avril 1385, à l'occasion du renvoi de Jeanne de B., y compris les dépenses de
ladite damoiselle et de sa suite, à Pont-d'Ain (Comptes de la châtellenie de
Bagé, B. 6781, rouleau) — Dépenses à Pont-d'Ain, pour môme objet (Comptes de la
châtellenie de Pont-d'Ain, B. 9038, rouleau).
[20]
Dépenses du Parlement de Beaune, le lundi et mardi après la Saint-Nicolas
(Comptes de Beaune, Arch. Côte-d'Or, B. 3144, fol. 9 v°. — Dépenses du même
Parlement le lundi et mardi devant Saint-André (idem, B. 3145, fol. 9) — Les
personnages qui y assistent sont : les abbés de Cîteaux et de Fontenay, Jean de
Vaux, abbé de Saint-Etienne de Dijon, Géofroi de Charni, Olivier de Laye,
seigneur de Solorjon, gouverneur du duché, Hugues de Montagu, sire, de Couches,
Géofroi de Blaisy, gruyer de B., Girard de Thurey, maréchal de B., Hugues de
Montjeu, maître d'hôtel du duc, Guillaume de Recey et Etienne de Musigny,
maîtres d'hôtel du duc, Hugues de Vercels, bailli de Chalon, châtelain de
Cuisery et Sagy, Bernard de Neuville, bailli d'Autun et de Montcenis, Simon de Pontaubert,
bailli du Dijonnais, Philibert Paillart, bailli d'Auxois, Robert de Lugny,
chancelier de R. et trésorier de Chalon, le prieur de Saint-Symphorien d'Autun,
Robert de Chamilly, prieur de Thisy, auditeurs de Beaune, Othe de Dampierre,
clerc et conseiller du roi, Robert de Dole, archidiacre de Salins, Anseau de
Salins, archidiacre du Bassigny, Jean du Pautet, procureur au bailliage de
Dijon, Jean Rosier, procureur du roi à Chalon, Humbert Renard, procureur du roi
à Autun, Michel de Pothières, procureur du bailliage de la Montagne, Richard de
Corcelles, conseiller du roi au bailliage du Dijonnais, Guillaume de Périlleux,
conseiller du roi au bailliage de Chalon, Guillaume de l'Etang, conseiller du
roi au môme lieu, Gui Rabby, clerc des comptes et Dimanche de Vitel, receveur
général (Comptes de Vitel, B. 1397).
[21]
Comptes de Vitel, Arch. Côte-d'Or, B. 1399, fol. 49.
[22]
Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. XXV, fol. 22, r°. — Jean, sire de Ray,
chevalier, Guillaume de Vergy, sire de Mirebeau et le gouverneur convoquèrent
aussi les nobles du comté de B.
[23]
Comptes de Vitel, Arch. Côte-d'Or, B. 1399, fol. 50 ; lettres aux seigneurs de
Mont-Saint-Jean, Châteauneuf, Epoisses, Frolois, Fouvent, Sennecey, Couches,
etc.
[24]
Les montres ou revues qui eurent lieu à Chatillon, le 10 juillet, sont celles
de Girard de Thurey, maréchal, Philippe de Vienne, sire de Pimont, Guillaume de
Marigny, Jean de Chalon, Mile de Frolois, Hugues de Pontailler, Etienne de
Musigny, Guillaume d'Aigremont, les sires de Montagu, Sombernon,
Mont-Saint-Jean, Montjeu, Montperroux, Larrey, Bourbon, Grancey, Chappes,
Mello, Beaujeu-sur-Saône, Faucigny, Luzy, Granson, Pesmes, Cbaudenay, Satires,
Broisse, Vault de Lugny, Gissey, Genlis, Beire (Prosper Bauyn, Mémoires sur
l'histoire de Bourgogne, 2 vol. in-f°., mss. de
notre cabinet, t. I, p. 188).
[25]
La réunion a lieu « le mercredi jour des vingt jours de Noël » (Comptes de
Vitel, B. 1401, fol. 5), et non deux jours après Noël, comme le dit dom
Plancher et ceux qui l'ont suivi. Voir les listes de convocation à cette date
dans Peincedé, t. XVIII, p. 6-7, et Collection Bourgogne, t. XXIV, fol. 29, r°.
[26]
Convocation à Dijon le jour de l'octave de la Chandeleur, mardi 9 février 1356,
« pour l'impôt de la gabelle demandé par le roy » (Comptes de Vitel, B. 1401,
fol. 52). On a aussi les convocations adressées aux seigneurs du comté, à
Jacques de Vienne, seigneur de Longvy, Hugues de Vienne, sire de Saint-Georges,
son neveu, et Philippe de Vienne, sire de Pymont (V. Ed. Clerc, Essai sur la
Franche-Comté, t. II, p. 105).
[27]
La reine avait écrit directement à quinze personnes notables du bailliage de
Chalon (Comptes de Hugues de Vercels, B. 3561).
[28]
Mercredi 10 février 1356 ; Recueil de Peincedé, t. XVIII, p. 7.
[29]
Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1401, fol. 51. On a quelques convocations
adressées à des membres de la réunion, Mile de Frolois, Guichard de Beaujeu,
etc. ; Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. XXIV, fol. 14 v°, et 65 v°.
[30]
Comptes de Vitel, B. 1401, fol. 52.
[31]
Jean Rosier avait été aux assemblées de Paris et de Sens « devers le roi pour
avoir délibération et consoil de la gabelle ». Comptes de Chalon-sur-Saône, B.
3561.
[32]
Comptes de l'Auxois, B. 2747. Voir aussi comptes de
Vitel, B. 1401, fol. 54 et collection Bourgogne, t. XVIII, p. 7 et t. XXV, p.
4.
[33]
Compte du Châtillonnais, collection Bourgogne, t. CVII, fol. 183. — Comptes du
Châtillonnais, loc. cit. — Il est à remarquer qu'une imposition avait
déjà été levée en 1354, lors du projet de mariage de Philippe.
[34]
Comptes de Dimanche de Vitel, B. 4401, fol. 53.
[35]
Comptes de Guillaume de Jully, bailli d'Auxois, B. 2747.
[36]
Henri, comte de Montbéliard, avait été nommé vicaire impérial dans le comté, en
1355, mais le 1er mai 1356, Charles IV défendit toute ingérence dans cette
province, « en considération de la sérénissime reine de France » (Ed. Clerc, Essai
sur l'histoire de Franche-Comté, t- II, p. 105, d'après les mss. Chifflet).
[37]
Comptes de Dimanche de Vitel, B. 4399, fol. 40.
[38]
Comptes de Vitel, B. 4401, fol. 51.
[39]
Voir les comptes de Vitel, B. 1401, fol. 54 et suiv. — Ed. Clerc, Essai sur
la Franche-Comté, t. II, p. 105.— Rossignol, Histoire de Beaune, p.
218, et surtout Prosper Bauyn, Mémoires sur l'histoire de Bourgogne,
mss. de notre cabinet, t. I, p. 188-189.
[40]
Arch. nat., JJ. 84, n° 462.
[41]
Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2748.
[42]
Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2748.
[43]
Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2747.
[44]
Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2749.
[45]
Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2748.
[46]
Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2747.
[47]
Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2746.
[48]
Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2746.
[49]
Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2747.
[50]
Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2745.
[51]
Comptes de l'Autunois, rendus par Guillaume de Blaisy, B. 2278.
[52]
Comptes de Pierre Paris de la Jaisse, bailli de la Montagne, Collection
Bourgogne, t. CVII, fol. 183.
[53]
Comptes du bailliage de la Montagne, Collection Bourgogne, t. CVII, fol. 183.
[54]
Comptes du bailliage de la Montagne, Collection Bourgogne, t. CVII, fol. 183.
[55]
Comptes de Paris de la Jaisse, bailli de la Montagne ; Collection Bourgogne, t.
CVII, fol. 184.
[56]
Comptes de l'Auxois, B. 2745 et 2746.
[57]
Comptes de l'Auxois, B. 2750.
[58]
Comptes de l'Auxois, B. 2747.
[59]
Comptes de l'Autunois, rendus par Hugues de Broisse, B. 2285.
[60]
Comptes de l'Auxois, B, 2747.
[61]
Mai et juillet 1354 ; comptes de Beaune, B. 3144, fol. 23 v°.
[62]
19 janvier 1353 comptes de Guiot de Gy, châtelain de Villiers-le-Duc et Maisey,
B. 6597, fol. 6.
[63]
Comptes de Vitel, B. 1401, fol. 40.
[64]
Comptes de Villiers et Maisey, en 1354 ; B. 6598, fol. 4. Autres mentions en
1358.
[65]
Comptes de Bernard de Neuville, bailli d'Autun, B, 2279, non folioté.
[66]
Comptes de Beaune, en 1351 ; B. 3140, fol. 11 r°.
[67]
Comptes d'Auxois, de Simon de Pontaubert, B. 2745.
[68]
Comptes du Châtillonnais, collection Bourgogne, t. 407, fol. 183.
[69]
Comptes de l'Auxois, B. 2745.
[70]
Comptes de Paris de la Jaisse, bailli de la Montagne, 1352-1353 ; Collection
Bourgogne, t. CVII, fol. 182.
[71]
Comptes de l'Auxois, B. 2745, B. 2750.
[72]
On peut en voir le détail dans les comptes de Dimanche de Vitel, B. 1404, fol.
17 à 39.
[73]
Comptes de Beaune, B. 3140, fol. 14 et 12.
[74]
Comptes de la châtellenie de Beaune, B. 3146, fol. 16 et 17 et B. 3147.
[75]
Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1397, fol. 55.
[76]
Comptes de Géofroi de Blaisy, châtelain de Montbard, B. 5305, fol. 21, v° ;
comptes de Guillaume Broquart, B. 5306, fol. 4, années 1354-1355.