HISTOIRE DES DUCS DE BOURGOGNE DE LA RACE CAPÉTIENNE

TOME NEUVIÈME ET DERNIER

 

CHAPITRE LVII. — RÉGENCE DU ROI JEAN LE BON - 5 juin 1353 - juillet 1356.

 

 

Prise de possession du bail et gouvernement de Bourgogne par Jean le Bon. — Olivier de Laye, gouverneur du duché. — Pierre d'Orgemont réorganise les services et installe les fonctionnaires. — Précautions dans le comté de Bourgogne. — Concessions, largesses et courtoisies intéressées de Jean le Bon faites à l'aristocratie franc-comtoise. — Incessantes mutations des monnaies ; abus invraisemblables. — Mécontentement et murmures des populations contre un tel régime. — Longue série de répressions et de condamnations pour manque de respect à l'autorité. — Bases d'un projet de mariage entre Philippe de Rouvre et Marguerite de Flandre. — Négociations du cardinal Gui de Boulogne, grand-oncle du duc ; séjour en Bourgogne. — Rupture du mariage projeté entre Amédée, comte de Savoie et Jeanne de Bourgogne, sœur du duc. — Renonciation du comte de Savoie à ce projet moyennant une indemnité pécuniaire. — Restitution de Jeanne de Bourgogne, ramenée de Chambéry à Mâcon, et confiée à Gautier de Châtillon, grand maître d'hôtel de la reine. — Reprise des hostilités avec l'Angleterre. — Féodaux mandés et contremandés ; montres à Châtillon-sur-Seine. — Opposition des députés des Trois-Etats à l'impôt de la gabelle et aux nouveaux subsides. — Irritation du roi Jean le Bon. — Disgrâce du gouverneur Olivier de Laye, remplacé par Jean de Noyers, comte de Joigny. — Convocation des membres des Trois-Etats après leur nomination dans les bailliages ; réunions de Paris, Sens, Beaune, Dijon. — Insuccès de ces convocations. — Députation envoyée au roi pour demander l'abandon du projet d'imposition de douze deniers pour livre. — Ordre de faire armer les hommes de dix-huit à soixante ans. — Insubordination constante des Francs-Comtois. — Tentative de Jean de Faucogney pour s'emparer du jeune duc au château de Rouvre. — Transformation ordonnée par Jean le Bon des condamnations pour faits criminels en amendes civiles, — Conséquences de cette mesure lucrative pour le fisc. — Sommes énormes de certaines amendes pécuniaires pour les moindres délits ; nombreux exemples. — Mentions diverses relatées dans les comptes relativement aux mœurs et aux usages singuliers. — Constructions et réparations urgentes dans les résidences ducales.

 

Le 5 juin 1353, Jean le Bon notifiait aux justiciers et comptables des deux Bourgogne sa prise de possession du gouvernement et du bail du jeune duc Philippe de Rouvre[1]. Cinq jours après, il chargeait officiellement son conseiller Pierre d'Orgemont de se rendre dans ces provinces, lui donnant plein pouvoir pour administrer et établir en son nom les officiers préposés à la perception des finances ; car ce qui préoccupait surtout le roi, c'était de se procurer des ressources dans un pays qui paraissait peu disposé à en accorder beaucoup, et où s'étaient produites des irrégularités auxquelles il était prudent de mettre un terme, Il n'était déjà pas très facile d'obtenir les impositions ordinaires, puisqu'il fallait dans certaines localités, comme à Beaune, seize hommes pour accompagner les sergents lorsqu'ils allaient lever les tailles[2]. On enjoignit à tous les comptables l'ordre de ne verser qu'aux trésoriers de Paris l'argent provenant de leurs recettes « sous peine d'être regardés comme rebelles[3] ».

Olivier de Laye reçut à nouveau sa commission de gouverneur du duché, Thibaud de Neufchâtel celle de gardien du comté ; les autres grands officiers, le maréchal, le chancelier, le receveur général, etc., furent maintenus dans leurs fonctions.

La première semaine de juillet, le commissaire du roi, Pierre d'Orgemont, réorganisait tout le service administratif du duché, baillis, prévôts et comptables réunis à Dijon, et à peu d'exceptions réinstallait dans leur charge les précédents titulaires.

Semblable convocation avait été expédiée aux gens du comté pour le 5 du même mois, à Dole, mais ici l'affaire présentait plus de difficultés, car le commissaire du roi se fit accompagner par une force armée qui eût pu faire croire aussi bien à une chevauchée qu'à une prise de possession : « despens de M. Jehan de Saint-Seine, chevalier, Guillaume et Geofroi de Montigni. Thomas de Vantoux, Luguet de Montjustin et Jehan Pluvot, tous escuiers, Guyot de Gy et Jehan de Bonnay, tous en armes à quatorze chevaux, de M. l'abbé de Saint-Estienne de Dijon, à six chevaux, du receveur de B. à deux chevaux, allant de Dijon à Dôle, avec M. Pierre d'Orgemont, conseiller du roy et son commissaire en B. à reprendre le gouvernement du paiis laissié par la royne, et pour remettre les officiers en leurs offices de par le roy, lesquels gens d'armes ledit M. Pierre mena avec luy, pour le double du paiis, et ledit abbé parce qu'il savoit le paiis et cognoissoit les gens et officiers du dit paiis, et y fut ledit abbé pour un jour, et les dits gens d'armes pour deux jours et demi, commençant le juedi quart jour de juignet CCCLIII, ouquel lieu de Dôle ledit M. Pierre avoit mandé tous les officiers de la comté de B. pour la cause dudit gouvernement, au Ve jour de juignet, lesquels y fuirent, et les remit dans leurs offices de par le roy, et puis s'en retournèrent à Dijon[4]. »

Ces précautions n'étaient pas inutiles avec les troubles manifestés dans le comté, et l'agitation produite à Besançon, où les citoyens « réceptoient en ladite citey plusours roburs et malfaicteurs qui indehument robient et prenoient sur le duchié et comté de Bourgoigne »[5].

En prenant possession de son bail, la première pensée de Jean le Bon avait été de faire venir les pierres de marbre et d'albâtre destinées à l'érection du mausolée de son père et de sa mère, monument qui devait être considérable d'après les détails inédits que nous avons donnés. C'est pour s'acquitter de ce soin et pour activer le zèle de son gouverneur Olivier de Laye qu'il lui fit donation, outre son traitement, d'une somme de cinq cents livres[6]. Il était du reste dans le caractère du roi de combler d'amitiés et de faveurs les hommes dont le concours et l'influence lui paraissaient nécessaires. Désireux de capter l'affection générale, il flattait toutes les classes de la société par des concessions et des bienfaits. Les lettres de rémission si nombreuses accordées aux uns et aux autres pendant cette période, et pour des crimes : qui méritaient d'encourir les plus grands châtiments, prouvent son désir de s'attacher cette turbulente aristocratie dont l'appui lui était indispensable.

La réunion du Parlement qui devait avoir lieu à la Saint-Martin 1353 fut retardée jusqu'au 9 décembre. Peut-être attendait-on l'arrivée du cardinal de Boulogne, grand-oncle du jeune duc, et membre de son conseil de famille, qui assistait le plus souvent à ces assemblées, et qui était retenu ailleurs par d'autres devoirs. La session de ce Parlement ne dura que deux jours[7]. On y prit des mesures répressives, contre les usurpations faites dans la province pendant l'administration de la reine, car peu après Jean le Bon fit une déclaration attestant que ces usurpations ne devaient pas porter préjudice au duc, et que ce dernier rentrerait en possession intégrale de ses biens à la fin du bail[8].

Une question que l'on dut également agiter fut celle des monnaies, dont les incessantes mutations causaient une si grande perturbation dans le commerce et dans les affaires. Jean le Bon avait profité de la reprise du bail pour faire fabriquer à Dijon la monnaie à son coin, et se proposait de continuer cette opération jusqu'à la fin de ce bail, comme il le déclare dans l'engagement qu'il prit de ne pas vouloir porter atteinte aux prérogatives du duc et de ses successeurs, en proclamant que l'exercice de cette frappe ne constituait pas un droit pour le roi de France[9].

Les ordonnances qui modifiaient le cours des monnaies furent si nombreuses, et les altérations furent telles pendant cette période, que la livre tournois avait subi une baisse invraisemblable et était tombée au dixième de sa valeur ! Des abus de pouvoir aussi excessifs suffiraient à ameuter les populations contre ceux qui les commettent, et il ne faut pas s'étonner si dans le duché et principalement dans le comté, on se désaffectionnait d'un tel régime. De là des imprécations contre le roi, contre le duc, des injures aux sergents et aux officiers, et même des voies de fait suivies d'un nombre considérable de condamnations et d'amendes pécuniaires contre ceux qui avaient manqué de respect à l'autorité. La justice ducale était impitoyable et faisait payer cher tout accès de mauvaise humeur, et même une parole imprudente ; on ne lira pas sans intérêt certaines sentences des plus curieuses[10].

La reine Jeanne de Boulogue, toujours accablée par le décès de ses enfants issus de son second mariage, éprouvait un redoublement de tendresse et d'inquiétude pour ceux qui lui restaient de sa première alliance, et mettait tout en œuvre pour assurer leur avenir. Sur ses pressantes sollicitations, Jean le Bon consentit à mettre un terme à des perplexités qu'il ne partageait point, et lui donna plein pouvoir d'arrêter les bases du mariage projeté entre Philippe de Rouvre, âgé de huit ans, et une héritière âgée de quatre ans, Marguerite de Flandre, fille de Louis, dit de Male, comté de Flandre, et de Marguerite de Brabant. Ce projet fut rédigé à Vincennes, le 6 août 1354[11].

Le cardinal Gui de Boulogne, oncle et membre du conseil de famille du duc, paraît avoir assisté la reine de ses conseils, et pris part aux négociations de cette affaire. Il fit cette année plusieurs voyages et d'assez longs séjours en Bourgogne, en compagnie de Philippe de Rouvre, dont les maîtres d'hôtel Hugues de Montjeu et Etienne de Musigny préparaient les déplacements, et faisaient les frais de dépense ; ces deux derniers personnages avaient alors une haute mission à la cour ducale, ayant été établis et nommés par le roi pour gouverner le jeune prince en son bas âge[12]. De juillet à septembre, le cardinal parcourut la province et séjourna dans les châteaux de Villaines, Aisey, Montbard, Maisey, Beaune, Argilly « où l'on cuidoit que le cardenaul venroit le dimanche après la Notre Dame en septembre », mais il n'arriva que le dimanche 21 du même mois avec Geofroi de Blaisy[13].

Gui de Boulogne s'était sans doute occupé des négociations qui avaient eu lieu au sujet de la rupture du mariage de Jeanne de Bourgogne, sœur de Philippe de Rouvre, avec Amé, comte de Savoie. Ce mariage purement virtuel, célébré avec beaucoup de solennité à Montréal-en-Auxois, le 8 juin 1348, n'avait pas été suivi d'effet, les conjoints n'ayant pas encore atteint à celte date l'âge de la puberté. La fiancée avait été, suivant l'usage, livrée à la cour de Savoie, où elle avait été accueillie avec beaucoup d'honneurs, et eut sa principale résidence à Chambéry[14], mais sa constitution délicate et la débilité de son tempérament, qui causaient des préoccupations à la reine sa mère, ne permettaient pas d'espérer qu'elle pût avant longtemps contracter mariage. Pour des motifs différents et faciles à deviner, Jean le Bon le pensait aussi. Son entourage, en présence de deux enfants, Jeanne et Philippe, qui pouvaient mourir sans héritiers, redoutait l'éventualité qui en eût été la conséquence, et craignait de voir la Bourgogne échapper au domaine de la couronne pour passer dans la maison de Savoie. Le comte Amé, ne pouvant, de son côté, compter sur la réalisation d'un tel mariage, consentait à son annulation moyennant une indemnité pécuniaire.

En 1354, à la suite d'une lutte entré le comte de Savoie et Charles, fils du roi et dauphin du Viennois, les pourparlers engagés amenèrent incidemment la solution de cette affaire. Les clauses sont relatées dans un traité, dont les négociations, commencées à Chambéry et à Saint-Martin-le-Chatel, furent ratifiées à Paris par Jean le Bon en novembre de cette année[15]. Cet important accord, comprenant des échanges de domaines, fixait les limites de chacun des fiefs. Le dauphin cédait au comte de Savoie la terre de Faucigny et dépendances, les fiefs du comte de Genève, les châteaux de Gex, Miribel, Montluel, Villars, Saint-Maurice d'Authon, Saint-Christophe, Gordans, etc., moyennant la restitution de Tournon, Voiron, Chabons, la Côte-Saint-André, et de tous les droits relevant du Viennois.

L'article le plus important de ce traité, et le seul qu'il nous importe de connaître, stipulait la restitution de Jeanne de Bourgogne au roi ou à la reine, qui pourraient la marier à leur gré et à qui leur plairait, sauf au dauphin. En retour de sa renonciation, le comte de Savoie devait recevoir, un mois après, la somme de quarante mille florins d'or[16].

Ces conventions furent renouvelées à Paris, le 5 janvier 1355, sous le sceau du roi Jean, avec l'approbation d'Amé, le principal intéressé, auquel on donnait en outre une maison sise à Paris, appartenant jadis au roi de Bohême[17]. En conséquence de ces arrangements, Gautier de Châtillon, seigneur de la Ferté, grand maître d'hôtel de la reine, reçut l'ordre d'aller recevoir la princesse pour la ramener à sa mère[18]. Jeanne de Bourgogne, conduite par une escorte ayant à sa tête Anselme, abbé de Saint-Rambert, passa par Pont-d'Ain, Saint-Martin-le-Chatel, Bagé, fut confiée aux soins du mandataire du roi, et remise entre ses mains à Saint-Laurent de Mâcon. C'est de cette localité que Gautier de Châtillon rendit compte de sa mission, le 18 avril 1355[19].

Les négociations relatives à cette affaire avaient duré six mois, et étaient engagées lorsque le Parlement de Beaune tint ses séances. Il y eut deux sessions cette année, l'une à la Saint-Nicolas, l'autre les lundi et mardi après la Saint-André[20].

Des préliminaires de paix signés entre la France et l'Angleterre étaient restés sans conclusion, et, en 1355, on s'apprêtait au renouvellement de la grande guerre. Au mois de mai, les baillis et les féodaux de Bourgogne recevaient du gouverneur Olivier de Laye et de son lieutenant Guillaume de Recey, la convocation royale qui les mandait à Beauvais, le dimanche après la Pentecôte, 31 mai ; puis, un autre mandement leur enjoignait de se rendre dans cette ville le jour de la Saint-Jean, 24 juin[21], puis enfin, trois semaines après la Saint-Jean[22].

Soit que les barons n'aient pas tout d'abord répondu à ces appels, soit que les premiers mandements aient été contremandés, de nouvelles lettres furent adressées à Girard de Thurey, maréchal de Bourgogne, et aux chevaliers bannerets de la province pour les concentrer, le 10 juillet, à Châtillon-sur-Seine[23]. La fréquence et l'incohérence de ces convocations durent mécontenter les feudataires et nuire à la bonne exécution de ces ordres[24]. En tous cas, la pénurie du trésor royal ne permettait pas de tenir longtemps sur pied des forces considérables, car les subsides recueillis par Jean le Bon dans les régions les moins éprouvées étaient épuisés.

L'esprit de faction fomenté par les intrigues du roi de Navarre, le désordre des finances, les mutations abusives des monnaies, le discrédit du pouvoir et la désaffection publique rendaient la situation difficile, et la création de ressources plus difficile encore. L'imposition pour la guerre votée par les états de la Langue d'oïl, le 2 décembre 1355, l'établissement d'une gabelle, la levée d'une taxe de huit deniers par livre sur les ventes, qui devaient être acquittées par toutes personnes, clercs ou laïques, nobles ou non nobles, étaient absolument insuffisantes dans les circonstances présentes.

Sans tenir compte de la résistance qu'il avait à redouter en Bourgogne, avec des populations jalouses de leurs droits et de leurs privilèges, Jean le Bon résolut d'appliquer à cette province le régime imposé et accepté ailleurs. En conséquence, il ordonna une réunion des Trois-Etats à Châtillon, et fit convoquer l'assemblée pour le mercredi 13 janvier 1356[25]. Guillaume de Melun, archevêque de Sens et Robert, comte de Roucy, s'y rendirent, exposèrent les besoins urgents de l'Etat et la nécessité d'établir l'imposition de la gabelle et des autres taxes, comme elles avaient été votées par les Etats de la Langue d'oïl. L'assemblée ne paraît pas avoir été en nombre, et les membres présents en prirent sans doute prétexte pour ajourner une réponse qui ne devait pas être satisfaisante. Il est probable aussi que les députés touchés par le mandement n'avaient pas été sans appréhension de se voir convoqués à Châtillon, au lieu d'aller siéger dans la ville de Dijon, dont le pouvoir redoutait l'esprit d'indépendance.

Le 15 janvier[26], le gouverneur Olivier de Laye écrivit non seulement aux seigneurs du duché mais à ceux du comté, aux abbés et aux personnes ayant droit de figurer aux Etats, pour leur fixer un nouveau rendez-vous à Dijon, le jour de l'octave de la Chandeleur. La reine elle-même ne négligea pas de faire des démarches personnelles, et de faire agir dans chaque bailliage les officiers capables d'influencer l'élection des députés nommés dans leur circonscription, puis envoyés à la réunion générale[27]. Malgré ces prévenances, la résolution des membres de l'assemblée de Dijon était prise d'avance, leur réponse n'était pas douteuse. Aussi dans la séance du 9 février, ils déclarèrent qu'on ne pouvait rien innover dans le duché, ni introduire des droits onéreux jusqu'ici inconnus. Dès le lendemain[28], le gouverneur transmit au roi et au chancelier de France la délibération des Trois-Etats et leur refus de voter toute charge nouvelle.

Fort irrité de cette résistance, Jean le Bon n'eut pas de peine à trouver une victime de son ressentiment : le malheureux gouverneur Olivier de Laye fut brutalement cassé de ses fonctions ; on lui reprochait sans doute d'être étranger à la province, et surtout de n'avoir eu ni l'adresse, ni l'énergie de faire prévaloir les volontés du roi. La nomination de son successeur ne se fit pas attendre. Le Bourguignon dont on fit choix, Jean de Noyers, comte de Joigny, appartenait à une famille depuis longtemps dévouée aux intérêts de nos ducs ; il fut nommé le 28 février, aux gages de mille livres, et prit possession de son office le 27 du mois suivant ; mais il ne devait pas plus que son prédécesseur avoir d'action sur les décisions des Trois Etats.

Afin de diriger plus efficacement les délibérations de l'assemblée, on résolut de réunir les membres à Paris, en présence de Jean le Bon, le 15 mars, « pour ouir ce que le roy et son conseil voudroient demander pour les guerres »[29]. Aucun acte ne nous apprend ce qui fut décidé, ni même si la réunion eut lieu. Le contraire paraît probable, puisque les députés furent de nouveau convoqués à Sens, le jeudi avant Pâques, 21 avril[30]. Cette réunion ne donna pas un meilleur résultat, malgré le zèle des officiers royaux, et notamment du procureur Jean Rosier, qui s'était activement employé pour faire adopter les projets de la couronne[31]. On annonça une autre réunion à Beaune, à une date que nous ne pouvons préciser, et enfin le gouverneur fit publier que l'assemblée se tiendrait à Dijon, le dimanche après la Madeleine, 24 juillet[32]. Nous n'avons aucun document sur les délibérations qui suivirent ces ajournements successifs et répétés, car on n'avait pas intérêt à conserver des pièces qui subordonnaient la volonté du roi aux droits et aux privilèges de la province. Il est seulement certain que les députés s'obstinèrent à repousser les innovations d'impôts qu'on réclamait.

L'idée de la gabelle du sel et des taxes impopulaires dans le petit commerce et dans le menu peuple ayant été abandonnée, on eut le projet de demander une imposition de douze deniers par livre sur les ventes, qui ne devait pas rencontrer meilleur accueil ; il y eut à ce sujet des négociations qui méritent d'être connues. Les Trois-Etats craignant d'exciter au plus haut point le mécontentement du souverain, et voulant éviter tout conflit à la suite de nouvelles réclamations de sa part, avaient décidé de lui envoyer une ambassade à Paris pour demander l'émancipation du jeune duc et le prier de renoncer à la taxe de douze deniers par livre que la province était déterminée à ne pas voter. C'est à la suite de ces démarches faites par les mandataires de l'assemblée, comprenant les sires de Granson, de Saint-Georges, de Longvy, de Couches, d'Epoisse et plusieurs autres, que fut décidé le mariage per verba de Philippe de Rouvre, et que fut votée « l'imposition pour les espousailles »[33] ; c'est tout ce que l'on put obtenir dans ce moment.

Jean le Bon n'espérant plus triompher de la résistance des Etats, et forcé par les circonstances de réclamer à la province les ressources dont il avait le plus urgent besoin, fit convoquer le ban et l'arrière-bandes milices féodales. Un mandement royal adressé par le gouverneur à tous les baillis ordonnait de faire armer tous les hommes de dix-huit à soixante ans, et d'en dresser une liste exacte qui devrait être remise dans les mains du roi[34]. D'après les mêmes prescriptions, le comte de Joigny ordonna une enquête dans les divers bailliages pour savoir la nature des armes dont les combattants pourraient disposer[35].

Nous ne voyons pas que ces mandements aient été publiés dans le comté de Bourgogne, où les guerres privées jetaient la désolation dans les campagnes, et où le désordre était extrême. Les barons étaient de nouveau révoltés contre l'autorité royale, et le singulier gardien de cette province, Thibaud de Neufchâtel, qui prenait encore cette qualité en 1356, ne semble pas avoir fait beaucoup d'efforts pour mettre fin à cette situation. Est-ce pour ce motif que l'empereur Charles IV crut devoir y installer comme vicaire Henri, comte de Montbéliard[36] ?

Non seulement certains seigneurs francs-comtois faisaient des incursions sur les terres du duché, mais l'un d'eux avait formé l'audacieux projet, en l'absence d'une autorité sérieuse, de s'emparer de la personne du jeune duc Philippe de Rouvre, de l'emmener prisonnier et de le soustraire à l'action de ceux qui gouvernaient en son nom. Ce téméraire et violent baron n'était autre que Thibaud de Faucogney, dont on connaît déjà plusieurs exploits, et qui, l'année précédente, tentait d'enlever à Longecourt la comtesse de Bar, Yolande de Flandre, qui traversait la Bourgogne[37]. La vigilance des baillis du duché fit avorter une entreprise qui reçut cependant un commencement d'exécution. En janvier 1356, au moment de la convocation des Etats à Châtillon, Thibaud de Faucogney s'était rendu en Lorraine « faire grant amas de gens d'armes pour venir courre au duchié[38] ». Averti de ces démarches, le gouverneur Jean de Noyers chargea Guillaume du Pailly de prendre des informations sur ces armements et de surveiller ces menées ; les châtelains de Pontailler, Auxonne, Verdun, Chalon, Sagy, Cuisery, Brazey, ainsi que le maire de Beaune furent prévenus de mettre en garde les hommes de leurs châtellenies. Ces précautions n'entravèrent pas la tentative de Thibaud de Faucogney, qui partit une nuit du village d'Eclans, près Dôle, suivi par « grant compaignie de gens d'armes », dont beaucoup charriaient « eschielles, cordes, artillerie et autres engins ». Ils se présentèrent devant Rouvre, dont ils ne purent s'emparer, mais ils enlevèrent dans la châtellenie « quantité de chevaux, de bêtes grosses et menues et autre butin[39] ». Le jeune duc, auquel on avait fait prendre les quartiers d'hiver à Montbard, était à l'abri de leur atteinte, et l'expédition n'atteignit pas son but.

L'altération et la mutation des monnaies ne pouvaient offrir des ressources appréciables ; d'autre part, on ne devait pas songer pour le moment à l'établissement de la gabelle ou de toute autre taxe nouvelle ; les conseillers de Jean le Bon imaginèrent de transformer « les faits criminels en amendes civiles », c'est-à-dire que toutes les condamnations pour crimes, étaient, comme les simples délits, passibles d'amendes pécuniaires parfois considérables, et le plus souvent disproportionnées avec la gravité des fautes. Des instructions particulières avaient été données en Ce sens aux baillis, châtelains, et aux officiers chargés de rendre la justice dans leurs circonscriptions, et la somme de ces amendes produisit une source sérieuse de revenus. La mesure fut même regardée comme si avantageuse qu'on trouva bon de la généraliser, et, le 14 mars 1356, Jean le Bon s'adressant aux prélats, à Pierre d'Orgemont, à Guillaume Flote, à Geofroi de Charni et à tous ses conseillers, leur ordonnait de faire convertir les faits criminels en amendes civiles[40].

Cette ordonnance fut des plus lucratives, et, sous ce rapport, l'examen des comptes de cette époque est instructif. Le chiffre de l'amende est toujours supérieur à la gravité des délits. Nous en avons déjà cité des exemples, et notamment celui d'une dame Yolande, mariée à Jean Humbert, de Châteauneuf, qui, pour un simple propos de femme, et malgré des circonstances atténuantes, fut condamnée à cent moutons d'or valant cent trente-cinq florins. Il n'est pas sans intérêt d'en citer quelques autres : Guillaume de Jully, chevalier, pour cas de pillages, est taxé à cinq cents florins, indépendamment des frais de l'enquête[41]. — Leclerc, de Saint-André, ayant volé les chevaux du prieur de Valcroissant, est condamné à cent francs valant cent vingt florins[42]. — Philibert de Tronçois, écuyer, accusé d'avoir pris part à un meurtre, ce qui n'avait pu être prouvé, paya soixante florins[43]. — Guiot, de Marmeaux, verse dix florins pour avoir volé un pain de « tourte, considérez que li temps estoit chiers, et que plus l'avoit fait par faim que par larrecin »[44]. — Tardif, de Vignes, est condamné à vingt florins pour avoir bu le vin du curé de Guillon « et empourté de chiez ledit curié un taublier à juer aux taubles »[45]. — Géofroi du Bochet, chevalier, verse soixante florins, pour avoir enlevé de nuit Jehannette, femme de Perrenot Boudin, de Montréal. La dite Jehannette ne nous paraît pas digne d'intérêt, car un peu plus loin nous voyons qu'elle est de nouveau enlevée par Jean des Granges, « qui l'avoit prise et détenue grant temps par devers soy, oultre la volentey de son mari, ne rendre ne li vouloit » ; cette fois, le ravisseur ne versa que dix florins, « considérez qu'il estoit clerc »[46]. — Jean le Beau paie quinze écus pour un larcin dont on ne put faire la preuve[47]. — Guillaume de Marcilly, « qui au temps de sa forsennerie, et comme lunatique », avait volé du vin et autres denrées, est taxé à huit écus[48]. —Robert de Bailleux, écuyer, seigneur en partie de Marcilly-les-Avallon, verse six florins, pour avoir fait enterrer un de ses hommes à Venarey, hors de son ressort[49]. — Oudot de Ruères paie huit écus parce que ses hommes ont été labourer eh Auxerrois, malgré la défense de sortir du pays[50]. — Jean de Châteauneuf, chevalier, est condamné à cinquante écus pour avoir ravi et violé Jeannette, femme de feu Oudot Berthout, et battu sa mère[51]. — Les habitants d'Ampilly sont taxés à une amende de trois écus pour avoir organisé une confrérie sans autorisation[52]. — Perrenet Driet verse vingt écus pour avoir frappé Jean du Bois, maire de la rue de Chaumont, à Châtillon-sur-Seine[53]. — Jean Vardin, de Vanvey, est condamné à dix écus, pour avoir dit seulement que Macé, procureur du roi, lui avait donné un mauvais conseil[54]. — Jean de Culley, écuyer, est poursuivi en justice, parce que la boiteuse de Charency, une de ses mainmortables, prétendait « qu'elle avoit été efforciée par le dit escuier » ; la culpabilité n'avait pu être prouvée, malgré l'enquête, mais comme l'accusé, « appelé par cry ès assises et appaux de Baigneux, » n'avait point répondu à la sommation ni comparu devant les juges, ceux-ci en prirent prétexte pour déclarer que la plaignante serait désormais mainmortable du duc, et pour faire payer à l'écuyer une amende de dix écus, applicables non à la femme, mais au duc[55]. — Perrenette, de Verrières, verse deux écus pour avoir appelé « putain » la femme contre laquelle elle plaidait ; une autre femme ne paie que quatre florins pour avoir adressé à sa voisine la même qualification injurieuse[56]. — « Hugues, fils Durant Chenu, de Montot, por ce qui s'entremit de efforcier la garce M. Jehan Trouble-Feste, chappelain au curé de Vignes, considerey que ce estoit une garce commune, et que bonement ne se pouhoit prover... sept florins et demi »[57].

On trouve la mention d'amendes parfois excessives pour les délits les plus insignifiants : dix florins pour la vente de quatre aunes de drap qui n'avaient pas tout à fait la mesure[58] ; six florins pour vol d'un peigne de bois valant trois deniers ; quatre écus pour « un tronson de corde qui bien valoit trois sols »[59]. — Par contre, les officiers sont indulgents les uns pour les autres, et si l'un d'eux a l'infamie « de faire affaitier la Berengère de quarante compaignons, et de la getier hors de son hostel », il ne lui en coûte qu'une amende de quatre florins[60].

Nous n'avons pas à suivre la série interminable de ces condamnations si fructueuses pour le trésor ducal, mais on peut encore relever dans les comptes diverses mentions qui ne doivent pas être perdues : l'arrivée à Beaune de Marguerite de France, comtesse de Flandre, lors des projets de mariage de sa petite-fille Marguerite avec le jeune duc, précédée par Guillaume du Pin, maître de la chambre aux deniers de Charles, duc de Normandie[61] ; — des cadeaux de daims, de cerfs faits au pape, aux gens du conseil, au cardinal de Boulogne, à l'abbé de Cluny, etc. ; — la première venue en Bourgogne de Jean de Baubigny, clerc du roi, et de Jean Clabart, secrétaire de la reine, chargés de la vérification des comptes[62] ; — le passage de Marie d'Espagne, comtesse d'Alençon, veuve en premières noces de Charles d'Evreux, puis de Charles II de Valois, accompagnée de ses enfants, que le maître d'hôtel Hugues de Montjeu fut chargé de conduire de Dijon à Langres, 21 novembre 1357[63] ; — des donations d'éperviers, de tiercelets, de faucons ; — des envois de truffes par « Guillaume de Vanvex, quéreur de truffes pour le roy »[64] ; — les dépenses nécessitées par la fameuse foire du Beuvray, qui, de temps immémorial, se tenait tous les ans le premier jeudi du mois de mai[65] ; — les arrangements et accords négociés par les officiers de la cour de Bourgogne, lors de la guerre privée entre les seigneurs de Vienne et de Verdun[66].

Nombre de mentions nous révèlent des anciens usages, des traits de mœurs, des condamnations de sorciers, de devins, de lanceurs de charmes, d'empoisonnements, etc., qui attestent l'étrange crédulité des campagnes à cette époque[67] ; — le rachat en argent de la condamnation d’un poing coupé[68] ; — l'élargissement de criminels condamnés à mort, par suite de l'acceptation de jeunes filles qui consentent à les prendre pour époux[69] ; — la fabrication d'un sceau et contre-sceau d'argent, ordonné par les gens des comptes pour les lettres de bourgeoisie et de franchise des habitants de la rue de Chaumont, à Châtillon-sur-Seine[70] ; — l'amende payée pour la rançon et l'élargissement de pourceaux condamnés à mort pour avoir tué les enfants qui les gardaient[71]. Le dépouillement intégral de ces nombreux registres permet de retrouver les noms des personnages faisant partie de la cour ducale et de l'entourage de la reine.

Pendant la période qui précéda son mariage, la personnalité du jeune duc Philippe de Rouvre est complètement effacée, et les faits qui le concernent sont sans intérêt. La pénurie du trésor ne permettant pas d'entreprendre de grands travaux de constructions nouvelles, on ne fit dans les résidences ducales que des réparations urgentes, sous le gouvernement de Jean le Bon, et antérieurement au tremblement de terre de l'année 1356.

Le séjour que Philippe de Rouvre fit au château de Dijon pendant le carême et jusqu'au mois de juin de cette année nécessita quelques arrangements et des dépenses de peu d'importance[72]. L'installation des officiers de la chambre des comptes fut l'objet de travaux plus sérieux qui durèrent plusieurs années, et dont on a donné le détail ailleurs. —Robert, comte de Roucy, gouverneur de Bourgogne, fit refaire, en 1351, la tour du château de Beaune, dont le sommet « estoit en peril de cheoir », et recouvrir en entier la salle où le Parlement tenait ses séances[73]. En 1355, d'autres travaux y furent encore entrepris, et poursuivis les années suivantes, ainsi qu'à Pommard et Volnay[74]. Les constructions de la chartreuse de Beaune, commencées sous Eudes IV, n'étaient pas terminées, et s'achevaient bien lentement, puisque les comptes portent encore des dépenses en 1354[75]. — A Montbard, on refit la maçonnerie du portail sous la tour de Laubespin, dont la pierre était gelée, et la charpente dont les bois étaient pourris ; il fallut près de dix mille tuiles pour recouvrir plusieurs tours[76]. Il est à remarquer que cette belle tour de Laubespin, que l'on peut encore admirer, et qui a gardé son nom, existait déjà, et ne fut pas, comme on l'a dit, construite sous Philippe le Hardi, mais sous Eudes IV, vers ou avant 1340.

En 1355, on refit à Autun la tour de Riveau (B. 2282), — à Semur-en-Auxois, la tour Lourdeau (B. 6201), — à Avallon, les portes et les clôtures du château (B. 2970), — à Chalon-sur-Saône, une tour neuve (B. 3561), — à Montréal, les portes d'entrée du château et la tournelle près du donjon (B. 5401), — à Sarry, la grosse tour du château (B. 5401), — à Châtel-Gérard, les murs et les créneaux (B. 5402), — à Montcenis, les murs du « belle » (B. 2283), — à Châtillon-sur-Seine, les murailles et la maison devant les tours (B. 2078), — à Villiers-le-Duc et Maisey, un colombier, les verrières des chambres (B. 6597), — à Aisey, beaucoup de réparations et de travaux neufs (B. 2078-2079), — à Argilly, la grosse tour devant la chapelle du château, la chambre « ou guit madame la reyne quand elle guit à Argilley », la chambre de mademoiselle Jeanne de B. (B. 2143 à B. 2146), — à Vergy, la tour devant le château, la tour dessus la porte et autres murailles (B. 6476 à 6478), — à Villaines-en-Duesmois, les grands murs du parc où étaient les cerfs, les daims et autres animaux (B. 6550 à 6553).

 

 

 



[1] Arch. du Doubs, B. 67.

[2] Comptes de la châtellenie de Beaune, Arch. Côte-d’Or, B. 3144.

[3] Acte du 10 juillet 1353, Arch. du Doubs, B. 67, et Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. XXIII, fol,103.

[4] Arch. de la Côte-d'Or, comptes de Dimanche de Vitel, B. 1394, fol. 38. La dépense monte à 28 1. 8 s. valant trois marcs et demi.

[5] Arch. du Doubs, B. 86. Il fallut envoyer en décembre trente-cinq chevaliers et écuyers à Besançon pour mettre fin à ces désordres.

[6] L'ordre d'amener ces marbres est du 4 août, la gratification au gouverneur est du 5 (Comptes de Vitel, Arch. de la Côte-d'Or, B.1394, fol. 40, et Bibl. nat., Collection Bourg., t. XXI, fol. 2.

[7] Comptes de la châtellenie de Beaune, Arch. de la Côte-d'Or, B. 3144, fol. 9, v°.

[8] 10 mars 1354 ; Dom Plancher, t. II, pr. 288 et Recueil des Edits concernant la Bourgogne, t. I, p. 34-35.

[9] 2 juin 1354 ; Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.200 et Dom Plancher, t. II, pr. 289.

[10] Un habitant de Villaines est condamné à quatre florins, pour avoir dit « par mauvoises paroles en blasmant et desprisant la monnoie clou roy qui estoient des escuz faicts au coing du roy Jehan, qu'il chieroit sur les dits escuz qui lors avoient cours » 1355 (Comptes de Paris de la Jaisse, bailli de la Montagne, collection Bourgogne, t. CVII, fol. 182, copie de Pérard). — Un autre particulier est condamné à quatre florins, pour avoir dit qu'on lui faisait un commandement « de la part d'un duc de Gauspitre » (idem, 1356) [Nous ignorons la signification de cette injure]. — Perrinet, de Verrey, est condamné à un florin d'amende pour avoir dit « qu'il vauroit mieux estre homs au diable que au duc, et le dit pour courroux de trop grant taille à que l'on l'avoit mis » 1353 (idem, p. 182). — Bertrand de Beneuvre, condamné à cinq florins pour avoir tiré l'épée et le bouclier contre un sergent du roi (idem, 1354). — Jean Menoire, de Semur, condamné à deux écus, parce que il mauldit ceulx qui avoient faites les ordonnances ou duchié », 1352 (Comptes de l'Auxois, Arch. de la Côte-d'Or, B. 2745). — Virot, de Guillon, condamné à six florins « pour ce qu'il dist qui ne feroit por le bailly d'Auxois ne por le prevost d'Avalon ung estron de chien », 1356 (Comptes d'Auxois, B. 2747). — Le curé d'Annoux condamné à six florins pour avoir dit au sergent de Chatel-Gérard « qu'il ne feroit pas pour line por sa commission ung estron » (idem, B. 2748). — Etienne Damors, de Pisy, paie quatre écus pour avoir parlé outrageusement du prévôt de Montréal (B. 2745). — Yolande, femme de Jean Humbert, de Chateauneuf, condamnée à cent moutons d'or valant cent trente-cinq florins, « pour ce qu'elle dit que mgr le duc estoit mal consoillez de mettre justice en son paiis sur les nobles, et qui vivroit, dans brief temps en Bourgoigne, verroit qu'il n'y aurait seigneur, ne dame, ne duc, ne duchesse, qui fussent si ardiz de mot dire contre les nobles, considérez que elle estoit simple de sa nature, parle volontiers senz penser que elle dit, et souvent à son dommaige, et que point ne savoit de machination contre mgr le duc » (Comptes de l'Auxois, B. 2748). —La femme du maire d'Annéot est condamnée à deux florins « pour ce que elle impétueusement avoit getié au-devant de Guiot, de Semur, lieutenant dudit bailly, une cote de fer » (idem, B. 2748). — Guillaume Arlaud est condamné à quatre florins, malgré l'intervention du seigneur de Couches, pour avoir dit par devant Bernard do Presles « Diex mette en mal an le bailif de Montcenix » (Comptes de l'Autunois, B. 2278). — Guillemot de Villebert condamné à huit écus pour avoir dit à Hugues Coulot, sergent de Madame, « qu'il ne feroit riens por ledit sergenz ne por sa royne », 4352 (Comptes de l'Autunois, B. 2278). — Gauteron de Creux condamné à un florin pour avoir dit à un sergent « qu'il ne feroit pas pour li hum estron » 1358 (Comptes de l'Autunois, B. 2283). — Huguenin Fauveau, jadis châtelain d'Uchon, paie huit écus pour s'être permis d'enlever la verge à un sergent (Comptes de l'Autunois, B. 2278). — Jean Lacoulle, prêtre, est condamné à six écus pour avoir frappé un sergent (idem, B. 2278). — Philibert de Tenarre, écuyer, ayant levé la main sur Anseau Cornevin, lieutenant de Guillaume de Blaisy, bailli de Chalon, Autun et Montcenis, en 1353, est condamné à verser vingt florins de florence aux foires chaudes de Chalon (idem, B. 2278). — Mathieu, de Saint-Hélène, verse quatre florins pour avoir dit au sergent « qu'il ne feroit pas por luy, ne pour la garnison un boton » (idem). — Jean Noblot est condamné à quatre florins pour avoir dit seulement : « Je m'en vais vers ce diable de bailly », le bailli de la Montagne, Pierre Paris de la Jaisse (Bibl. nat., collection Bourgogne, t. CVII, f. 183). —Jean de Bar, écuyer, Oudot, son fils, et Philippe de Jaucourt « pour ce qu'ils assaillirent en chemin Simon le Mignolat, de Praelles, sergent madame la Reyne, lequel il baleirent et li tirèrent son chevaul, composé pour ce que le dit Oudot et Philippe n'avient encoir aucune terre, ne aucuns biens, et recehu por le tout dix escus » (Comptes de l'Auxois, B. 2745).

[11] L'autorisation du roi Jean est datée de Paris, 5 août 1354 (Arch. du Nord, B. 840 et Dom Plancher, t, II, pr. 291. Les clauses du projet sont datées de Vincennes, 6 août 1354 (Arch. du Nord, B. 416 et Dom Plancher, idem).

[12] Comptes de Dimanche de Vitel. Arch. de la Côte-d'Or, B. 1397.

[13] Villaines, du 28 juillet au 14 août 1354 (Comptes de Guillaume Brancion (Arch. Côte-d’Or, B. 6552, fol. 12 — Montbard et Maisey, en août (Comptes de Guillaume de Coublanc puis de Guiot de Gy, ibidem, B. 2079, fol. 33-34) — Beaune, en septembre (Comptes de Guillaume du Mex, B. 3144, fol. 19) — Argilly (Comptes de Guillaume de Chivres, B. 2146).

[14] Voir les dépenses faites à l'hôtel de Jeanne de Bourgogne à Chambéry, Arch. de la Côte-d'Or, B. 9717 et 9065, rouleaux.

[15] Arch. de la Côte-d'Or, B. 7108, rouleau.

[16] « Item, que ou cas que li roi et messire li dauphin auront ratiffiées et confirmées les choses dessus escriptes par leurs lettres bonnes et souffizanz, messire de Savoie sera tenu de randre et délivrer la damoiselle de Bourgoigne au roy ou à la royne, ou à leur certain messaige à Saint Lorent de Mascon, à marier à cui il voudront, sauf au dauphin qui maintenant est, lui estant dauphin, en paianz au dit conte de Savoie ou à son certain messaige ou dit lieu de Saint Lorent, quarante mille florins d'or de bon poys de Florence. Et la rendue de la damoiselle, et le paiement de XL mille florins se feront dedans un mois après les ratifications faites par le roy à mgr le dauphin. » (Arch. du royaume de Sardaigne à Turin ; éd. Dufour et Rabut, Renonciation du comte Amédée VI de Savoie au mariage de la princesse Jeanne de Bourgogne, p. 23-28). Ces auteurs commettent une singulière erreur de chronologie qui dénature les faits, ils font passer cette pièce de novembre 1354 après celles du 5 janvier et du 30 mars 1354 (anc. st.) sans tenir compte du changement d'année.

[17] Arch. du royaume de Sardaigne, à Turin (loc. cit., p. 13-20).

[18] Arch. du royaume de Sardaigne, à Turin, loc. cit., p. 24-22, la procuration du roi Jean est datée de Montreuil-sur-Mer, 30 mars 1354 (anc. st).

[19] Voir les dépenses du séjour de Jeanne de B. et de sa suite à Saint-Martin-le-Chatel quand elle retournait en France (Arch. de la Côte-d'Or, B. 7106, rouleau) — Autres dépenses du séjour avec divers personnages à Saint-Martin (B. 9749, rouleau) — Dépenses de Jean de Saint-Amour, Aimon de Chalon et Jean Mestral, conseillers du comte de Savoie, et pour leur suite, en avril 1385, à l'occasion du renvoi de Jeanne de B., y compris les dépenses de ladite damoiselle et de sa suite, à Pont-d'Ain (Comptes de la châtellenie de Bagé, B. 6781, rouleau) — Dépenses à Pont-d'Ain, pour môme objet (Comptes de la châtellenie de Pont-d'Ain, B. 9038, rouleau).

[20] Dépenses du Parlement de Beaune, le lundi et mardi après la Saint-Nicolas (Comptes de Beaune, Arch. Côte-d'Or, B. 3144, fol. 9 v°. — Dépenses du même Parlement le lundi et mardi devant Saint-André (idem, B. 3145, fol. 9) — Les personnages qui y assistent sont : les abbés de Cîteaux et de Fontenay, Jean de Vaux, abbé de Saint-Etienne de Dijon, Géofroi de Charni, Olivier de Laye, seigneur de Solorjon, gouverneur du duché, Hugues de Montagu, sire, de Couches, Géofroi de Blaisy, gruyer de B., Girard de Thurey, maréchal de B., Hugues de Montjeu, maître d'hôtel du duc, Guillaume de Recey et Etienne de Musigny, maîtres d'hôtel du duc, Hugues de Vercels, bailli de Chalon, châtelain de Cuisery et Sagy, Bernard de Neuville, bailli d'Autun et de Montcenis, Simon de Pontaubert, bailli du Dijonnais, Philibert Paillart, bailli d'Auxois, Robert de Lugny, chancelier de R. et trésorier de Chalon, le prieur de Saint-Symphorien d'Autun, Robert de Chamilly, prieur de Thisy, auditeurs de Beaune, Othe de Dampierre, clerc et conseiller du roi, Robert de Dole, archidiacre de Salins, Anseau de Salins, archidiacre du Bassigny, Jean du Pautet, procureur au bailliage de Dijon, Jean Rosier, procureur du roi à Chalon, Humbert Renard, procureur du roi à Autun, Michel de Pothières, procureur du bailliage de la Montagne, Richard de Corcelles, conseiller du roi au bailliage du Dijonnais, Guillaume de Périlleux, conseiller du roi au bailliage de Chalon, Guillaume de l'Etang, conseiller du roi au môme lieu, Gui Rabby, clerc des comptes et Dimanche de Vitel, receveur général (Comptes de Vitel, B. 1397).

[21] Comptes de Vitel, Arch. Côte-d'Or, B. 1399, fol. 49.

[22] Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. XXV, fol. 22, r°. — Jean, sire de Ray, chevalier, Guillaume de Vergy, sire de Mirebeau et le gouverneur convoquèrent aussi les nobles du comté de B.

[23] Comptes de Vitel, Arch. Côte-d'Or, B. 1399, fol. 50 ; lettres aux seigneurs de Mont-Saint-Jean, Châteauneuf, Epoisses, Frolois, Fouvent, Sennecey, Couches, etc.

[24] Les montres ou revues qui eurent lieu à Chatillon, le 10 juillet, sont celles de Girard de Thurey, maréchal, Philippe de Vienne, sire de Pimont, Guillaume de Marigny, Jean de Chalon, Mile de Frolois, Hugues de Pontailler, Etienne de Musigny, Guillaume d'Aigremont, les sires de Montagu, Sombernon, Mont-Saint-Jean, Montjeu, Montperroux, Larrey, Bourbon, Grancey, Chappes, Mello, Beaujeu-sur-Saône, Faucigny, Luzy, Granson, Pesmes, Cbaudenay, Satires, Broisse, Vault de Lugny, Gissey, Genlis, Beire (Prosper Bauyn, Mémoires sur l'histoire de Bourgogne, 2 vol. in-f°., mss. de notre cabinet, t. I, p. 188).

[25] La réunion a lieu « le mercredi jour des vingt jours de Noël » (Comptes de Vitel, B. 1401, fol. 5), et non deux jours après Noël, comme le dit dom Plancher et ceux qui l'ont suivi. Voir les listes de convocation à cette date dans Peincedé, t. XVIII, p. 6-7, et Collection Bourgogne, t. XXIV, fol. 29, r°.

[26] Convocation à Dijon le jour de l'octave de la Chandeleur, mardi 9 février 1356, « pour l'impôt de la gabelle demandé par le roy » (Comptes de Vitel, B. 1401, fol. 52). On a aussi les convocations adressées aux seigneurs du comté, à Jacques de Vienne, seigneur de Longvy, Hugues de Vienne, sire de Saint-Georges, son neveu, et Philippe de Vienne, sire de Pymont (V. Ed. Clerc, Essai sur la Franche-Comté, t. II, p. 105).

[27] La reine avait écrit directement à quinze personnes notables du bailliage de Chalon (Comptes de Hugues de Vercels, B. 3561).

[28] Mercredi 10 février 1356 ; Recueil de Peincedé, t. XVIII, p. 7.

[29] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1401, fol. 51. On a quelques convocations adressées à des membres de la réunion, Mile de Frolois, Guichard de Beaujeu, etc. ; Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. XXIV, fol. 14 v°, et 65 v°.

[30] Comptes de Vitel, B. 1401, fol. 52.

[31] Jean Rosier avait été aux assemblées de Paris et de Sens « devers le roi pour avoir délibération et consoil de la gabelle ». Comptes de Chalon-sur-Saône, B. 3561.

[32] Comptes de l'Auxois, B. 2747. Voir aussi comptes de Vitel, B. 1401, fol. 54 et collection Bourgogne, t. XVIII, p. 7 et t. XXV, p. 4.

[33] Compte du Châtillonnais, collection Bourgogne, t. CVII, fol. 183. — Comptes du Châtillonnais, loc. cit. — Il est à remarquer qu'une imposition avait déjà été levée en 1354, lors du projet de mariage de Philippe.

[34] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 4401, fol. 53.

[35] Comptes de Guillaume de Jully, bailli d'Auxois, B. 2747.

[36] Henri, comte de Montbéliard, avait été nommé vicaire impérial dans le comté, en 1355, mais le 1er mai 1356, Charles IV défendit toute ingérence dans cette province, « en considération de la sérénissime reine de France » (Ed. Clerc, Essai sur l'histoire de Franche-Comté, t- II, p. 105, d'après les mss. Chifflet).

[37] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 4399, fol. 40.

[38] Comptes de Vitel, B. 4401, fol. 51.

[39] Voir les comptes de Vitel, B. 1401, fol. 54 et suiv. — Ed. Clerc, Essai sur la Franche-Comté, t. II, p. 105.— Rossignol, Histoire de Beaune, p. 218, et surtout Prosper Bauyn, Mémoires sur l'histoire de Bourgogne, mss. de notre cabinet, t. I, p. 188-189.

[40] Arch. nat., JJ. 84, n° 462.

[41] Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2748.

[42] Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2748.

[43] Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2747.

[44] Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2749.

[45] Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2748.

[46] Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2747.

[47] Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2746.

[48] Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2746.

[49] Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2747.

[50] Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2745.

[51] Comptes de l'Autunois, rendus par Guillaume de Blaisy, B. 2278.

[52] Comptes de Pierre Paris de la Jaisse, bailli de la Montagne, Collection Bourgogne, t. CVII, fol. 183.

[53] Comptes du bailliage de la Montagne, Collection Bourgogne, t. CVII, fol. 183.

[54] Comptes du bailliage de la Montagne, Collection Bourgogne, t. CVII, fol. 183.

[55] Comptes de Paris de la Jaisse, bailli de la Montagne ; Collection Bourgogne, t. CVII, fol. 184.

[56] Comptes de l'Auxois, B. 2745 et 2746.

[57] Comptes de l'Auxois, B. 2750.

[58] Comptes de l'Auxois, B. 2747.

[59] Comptes de l'Autunois, rendus par Hugues de Broisse, B. 2285.

[60] Comptes de l'Auxois, B, 2747.

[61] Mai et juillet 1354 ; comptes de Beaune, B. 3144, fol. 23 v°.

[62] 19 janvier 1353 comptes de Guiot de Gy, châtelain de Villiers-le-Duc et Maisey, B. 6597, fol. 6.

[63] Comptes de Vitel, B. 1401, fol. 40.

[64] Comptes de Villiers et Maisey, en 1354 ; B. 6598, fol. 4. Autres mentions en 1358.

[65] Comptes de Bernard de Neuville, bailli d'Autun, B, 2279, non folioté.

[66] Comptes de Beaune, en 1351 ; B. 3140, fol. 11 r°.

[67] Comptes d'Auxois, de Simon de Pontaubert, B. 2745.

[68] Comptes du Châtillonnais, collection Bourgogne, t. 407, fol. 183.

[69] Comptes de l'Auxois, B. 2745.

[70] Comptes de Paris de la Jaisse, bailli de la Montagne, 1352-1353 ; Collection Bourgogne, t. CVII, fol. 182.

[71] Comptes de l'Auxois, B. 2745, B. 2750.

[72] On peut en voir le détail dans les comptes de Dimanche de Vitel, B. 1404, fol. 17 à 39.

[73] Comptes de Beaune, B. 3140, fol. 14 et 12.

[74] Comptes de la châtellenie de Beaune, B. 3146, fol. 16 et 17 et B. 3147.

[75] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1397, fol. 55.

[76] Comptes de Géofroi de Blaisy, châtelain de Montbard, B. 5305, fol. 21, v° ; comptes de Guillaume Broquart, B. 5306, fol. 4, années 1354-1355.