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MA tâche est finie, et j'ai même
dépassé les limites que j'avais d'abord fixées à l'étendue de mon travail. La
richesse du sujet, l'abondance des preuves, la multitude des faits à
éclaircir, des erreurs à combattre, des vérités à remettre en lumière, m'ont
entraîné au-delà de mes premières prévisions, et si la grandeur du but
n'était pas hors de proportion avec la faiblesse des moyens, je pourrais dire
que j'ai été amené à faire l'histoire de la Gaule au Ve siècle. Une
connaissance approfondie de cette histoire est en effet indispensable pour
comprendre l'état de la société dans les siècles suivants : c'est faute
d'avoir suffisamment apprécié l'importance de cette étude préliminaire que la
plupart des systèmes par lesquels on a cherché à expliquer nos origines ont
péché par leurs hases. Nos
historiens et surtout nos publicistes ont en général admis l'opinion trop
longtemps accréditée que l'époque de l'invasion des Barbares et de la chute
de l'empire romain ne présentait qu'un inextricable chaos, et qu'il était
impossible d'y trouver autre chose qu'incertitude et ténèbres avant la
constitution définitive des monarchies européennes. Laissant donc derrière
eux cette période de bouleversement, ils ont pris pour point de départ la
formation des sociétés modernes, et ont construit leurs systèmes a priori
sur des hypothèses plus ou moins ingénieuses ou d'après des documents
appartenant à des temps postérieurs à l'époque de transition dont il
s'agissait de définir le caractère et les résultats. De là cette division
absolue de l'histoire ancienne et de l'histoire moderne, que, l'on supposait
séparées par un abîme dont chacun comblait à son gré le vide imaginaire ; de
là ces idées vagues de conquête, d'invasion, de destruction universelle des
hommes et des choses de l'ancien monde, qui serait rentré dans le néant pour
faire place à une création nouvelle. Pour
résumer ces idées, prenons-les dans leur plus haute expression ; empruntons
les magnifiques paroles jetées par M. de Chateaubriand comme la conclusion de
ses Etudes historiques sur les derniers temps de l'Empire : « Quand la
poussière qui s'élevait sous les pieds de tant d'armées, qui sortait de
l'écroulement de tant de monuments, fut tombée, dit l'illustre écrivain ;
quand les tourbillons de fumée qui s'échappaient de tant de villes en flammes
furent dissipés ; quand la mort eut fait taire les gémissements de tant de
victimes, quand le bruit de la chute du colosse romain eut cessé, alors on
aperçut une croix et autour de cette croix un monde nouveau. Quelques
prêtres, l'Évangile à la main, assis sur des ruines, ressuscitaient la
société au milieu des tombeaux, comme Jésus-Christ rendit la vie aux enfants
qui avaient cru en lui[1]. » Cet
admirable tableau présente sous le jour le plus éclatant la double hypothèse
qui a servi de fondement aux systèmes classiques sur les origines de notre
histoire : d'un côté la destruction totale du monde ancien, de l'autre la
création d'un monde nouveau sorti du chaos et des ruines. Il est permis
aujourd'hui de déclarer ces deux hypothèses également fausses. Mais
quoiqu'elles aient été fortement ébranlées par les travaux des grands
historiens de notre siècle, elles exercent encore sur les esprits cette influence
qui s'attache aux préjugés passés à l'état d'axiomes. Pour achever de les
déraciner, il faut creuser jusqu'à leur base ; il faut dissiper ces
tourbillons de poussière et de fumée qui, suivant la belle image de M. de
Châteaubriand, ont caché à tous les regards la chute du colosse romain. C'est
là ce que l'on a commencé à faire de nos jours, c'est là le but auquel tend
la science contemporaine ; c'est là l'œuvre à laquelle nous avons essayé
d'apporter le contingent de nos faibles efforts. Prenant
à sa naissance le Ve siècle, époque de la fin de l'Empire à Rome, et de la
première formation des monarchies barbares dans l'Europe occidentale, nous
avons tenté de suivre pas à pas, année par année, mois par mois, presque jour
par jour, les événements de cette période ; nous nous sommes imposé la loi de
remonter toujours aux sources et de n'avancer aucune assertion qui ne fût
appuyée par quelque texte contemporain des faits que nous avions à constater
; nous avons pesé la valeur de chaque témoignage, discuté l'authenticité de
chaque preuve ; dans notre amour pour la vérité, nous aurions voulu pouvoir
imiter les patientes investigations du magistrat et les formes rigoureuses de
l'instruction judiciaire. Cette
tâche était sans doute au-dessus de nos forces ; mais si le talent nous a
fait défaut pour la mise en œuvre, cc ne sont pas du moins les matériaux qui
nous ont manqué. Le Ve siècle, cette prétendue époque de ténèbres et de
chaos, était un temps de corruption raffinée, d'administration compliquée,
d'intrigues diplomatiques, de luttes intellectuelles. Comme toutes les
sociétés vieillies, le Bas-Empire écrivait beaucoup ; il nous a laissé plus
de documents, plus de mémoires, plus de pièces officielles qu'aucune période
antérieure de l'histoire ancienne, et presque autant que les époques les
mieux connues de l'histoire moderne. Je suis
loin d'avoir pu faire usage de toutes ces richesses ; pour tout citer et tout
dire, il m'aurait fallu les in-folios des Bénédictins. J'ai du moins essayé
de rassembler dans ce volume les traits les plus saillants, les documents les
plus utiles ; j'ai tâché surtout de rendre aux textes leur véritable sens
souvent dénaturé pour les faire entrer de force dans le cadre tracé d'avance
par les préjugés de l'école. Or, je le demande, à travers cet ensemble de
faits étayés de preuves authentiques, à travers ces témoignages des
contemporains décrivant eux-mêmes les événements qui se passaient sous leurs
yeux, qu'avons-nous vu ? Avons-nous aperçu quelque part ces bouleversements,
ces ruines, cette extermination des peuples, cet asservissement des races
dont les leçons de l'école classique avaient frappé notre imagination ? Sans
doute le Ve siècle fut un temps de calamités désastreuses pour l'Europe
occidentale ; mais, contre l'opinion commune, les souffrances des peuples
furent plus grandes au commencement de cette période, lorsque l'Empire était
encore debout, que dans les dernières années, quand les monarchies barbares
se constituèrent définitivement. Au total les désastres de cette époque ne
surpassèrent point ceux qu'éprouva la Gaule au Me siècle, lors des grandes
invasions allemaniques et de la guerre des tyrans ni même ceux de la France
du XIVe siècle, livrée-aux dévastations des bandes anglaises et aux fureurs
de la jacquerie. D'ailleurs, ce ne sont pas seulement les conséquences
matérielles des événements qu'il faut considérer ; il faut apprécier leurs
causes et leur caractère spécial, et c'est surtout ce caractère que l'école
classique a méconnu. Elle
nous parlait de catastrophes subites et violentes ; elle nous montrait le
monde romain réduit en poussière par la force brutale de la conquête. Et au
lieu de cela, nous avons vu ce monde, usé par l'excès même de la
civilisation, tourmenté par les partis politiques et les sectes religieuses,
s'affaisser par degrés sous le poids des vices intérieurs qui le rongeaient
depuis sa naissance. Nous avons vu les Barbares intervenir comme auxiliaires
des sectes et des partis qui déchiraient l'Empire, s'établir dans ses
provinces moins par les armes et la violence que par des transactions et des
intrigues, s'associer à ses destinées, et précipiter sa chute en agissant non
comme une force extérieure dont le choc écrase et brise, mais comme un levain
étranger qu'on introduit dans un corps qui fermente pour en hâter la
décomposition. A la fin du Ve siècle ce travail de dissolution et de
rénovation sociale était loin d'avoir atteint son terme ; il se continua
pendant tout le moyen-âge, et l'on pourrait en suivre les traces presque
jusqu'à nos jours, tant il est vrai qu'il n'y a point de table rase dans les
annales du genre humain, que dans l'histoire, comme dans la nature, rien ne
se détruit, rien ne disparait, mais que tout se modifie et se transforme par
des progrès lents et presqu'insensibles. Depuis
cent ans, deux systèmes sont en présence sur les origines de notre histoire,
et l'on pourrait dire qu'ils se sont personnifiés dans les deux hommes qui,
au commencement du XVIIIe siècle, ont posé nettement pour la première fois
les questions à débattre. Les noms de Boulainvilliers et de Dubos sont encore
invoqués chaque jour dans nos discussions historiques comme l'expression la
plus complète de deux écoles rivales. Voyons donc de quel point ces deux
écoles sont parties et où elles sont arrivées. Boulainvilliers
avait adopté le principe de la destruction du monde antique clans toute son
étendue et n'avait reculé devant aucune de ses conséquences. Selon lui, « les
Français[2], conquérants des Gaules, y
avaient établi leur gouvernement tout-à-fait à part de la nation subjuguée
qui, réduite en servitude, privée de tout droit politique et même du droit de
propriété, avait été destinée par les conquérants au travail et à la culture
de la terre. Les Gaulois étaient devenus sujets, les Français maîtres et
seigneurs ; depuis la conquête, les Français originaires avaient été seuls
nobles et seuls capables de l'être ; la conquête était le seul fondement de
l'état dans lequel vivaient les diverses classes de la nation[3]. » Quelqu'exagérées,
quelqu'absurdes même que nous paraissent aujourd'hui ces doctrines, elles
n'avaient alors rien qui pût choquer les esprits. Léguées par l'ignorance du
moyen-fige à la science du XVIIe siècle, elles étaient devenues une sorte de
thème officiel adopté sans examen par les historiens comme par les légistes.
Longtemps avant Boulainvilliers, Loyseau avait dit : « Pour le regard de
nos Français quand ils conquestèrent les Gaules, c'est chose certaine
qu'ils se firent seigneurs des personnes et des biens d'icelle, j'entends
seigneurs parfaits, tant en la seigneurie politique qu'en la propriété ou
seigneurie privée ; quant aux personnes, ils firent les naturels du pays
serfs[4]. » Lorsqu'on
s'est pénétré de la lecture des textes contemporains du Ve siècle, lorsqu'on
a analysé comme nous venons de le faire les événements de cette époque, on a
peine à concevoir comment l'histoire d'une grande nation a pu être ainsi
faussée et dénaturée à son début. Cependant ces doctrines ont été jusqu'à nos
jours les seules généralement admises comme fondement de notre droit
politique, les seules qui aient servi de base à l'enseignement public des
universités, et c'est pourquoi nous avons appelé classique l'école qui les a
développées et soutenues. Dubos le premier osa les attaquer de front. Dans un
ouvrage remarquable par une immense érudition et par une admirable sagacité,
il fit sortir l'histoire du chaos des chroniques carlovingiennes et la replaça
sur le seul terrain où elle pût rencontrer la vérité, sur celui des
témoignages contemporains. A l'aide de cette méthode, il prouva facilement la
fausseté du système de la conquête violente et spoliatrice, de la
substitution d'une race à une autre ; il montra que les Gaulois n'avaient été
ni asservis ni dépouillés, que les Francs s'étaient rendus maîtres de la
Gaule par des traités plutôt que par la force des armes ; il révéla la
persistance de la société ancienne sous la domination des Barbares, enfin il
proclama la puissance des opinions religieuses, seule explication possible
des événements du Ve siècle. A
l'apparition de ces grandes vérités, qui ne croirait que la lumière dût se
faire, et le règne des ténèbres cesser pour toujours ? Qui ne croirait que la
science, servie alors par tant de génies éminents, dût marcher aussitôt d'un
pas ferme dans la nouvelle voie qui lui était ouverte ? Et pourtant de
nombreux obstacles la retinrent longtemps encore dans les langes de l'école
classique. Il ne suffit pas que la vérité se montre, il faut qu'elle se fasse
accepter, et les esprits, au commencement du XVIIIe siècle, étaient mal
préparés pour accueillir les révélations historiques de Dubos. Lui-même, sous
certains rapports, nuisit à sa propre cause. Il donna prise sur lui par un
style lourd et diffus, par des erreurs de détails, par des vices de
composition et surtout par l'absurde invention de sa république Armoricaine
qu'il s'obstina à défendre quoiqu'elle ne fût pas nécessaire à la
démonstration de ses doctrines. Ses ennemis s'emparèrent de ces armes et un
soulèvement général éclata contre son livre. Le système de la conquête
officiellement adopté depuis la renaissance des lettres avait rattaché à son
existence non-seulement des opinions et des vanités, mais des intérêts et des
passions. Les prétentions de castes, de corporations, de nationalités,
s'étaient casées dans ce système ; elles se crurent attaquées par les
arguments qui le renversaient. « Le livre de M. l'abbé Dubos, dit
Montesquieu, semble être une conjuration contre la noblesse[5]. Sa thèse, ajoute-t-il
ailleurs, était injurieuse au sang de nos premières familles et aux trois
grandes maisons qui ont successivement régné sur nous[6]. » Maintenant,
si l'on se rappelle que Fréret fut mis à la Bastille pour avoir commencé à
lever le voile que Dubos a déchiré, et que la crainte d'offenser la majesté
royale porta seule le père Daniel à maintenir, contre sa propre conviction,
les quatre premiers règnes mérovingiens, on comprendra les difficultés de
toute nature contre lesquelles avaient à lutter les défenseurs de la vérité
historique. L'esprit
philosophique du XVIIIe siècle vint encore au secours de leurs adversaires.
L'intérêt qui domine et peut seul expliquer les dernières révolutions du
monde romain est l'intérêt religieux. Mais comment cette immense influence
des idées catholiques aurait-elle pu être comprise par une société vouée à
l'athéisme ? Les vies des saints, les lettres des évêques, les actes des
conciles, ces vénérables monuments de l'histoire du Ve siècle étaient pour
elle des objets de raillerie et non d'étude ; elle méprisait l'admirable
éloquence des Jérôme, des Salvien, des Victor, et toute cette grande
littérature chrétienne qui, mène de nos jours, n'est pas encore assez connue
et appréciée. « Tous ces écrits froids, secs, insipides et durs, s'écrie
Montesquieu, en parlant des monuments de notre histoire, il faut les lire, il
faut les dévorer comme la fable dit que Saturne dévorait les pierres[7]. » Tel était le dégoût du
XVIIIe siècle pour les textes originaux sur lesquels repose tout ce que nous
savons de notre passé. Ce fut
avec ce dédain aristocratique, avec cette affectation de légèreté que
l'auteur de l'Esprit des lois entreprit de réfuter en quelques pages
l'immense travail de l'Histoire critique de la monarchie française. Il
répondit à la forte et méthodique argumentation du savant par le persifflage
de l'homme du monde, et les salons proclamèrent que Montesquieu avait tué
Dubos. Mais les Bénédictins, les hommes de la véritable science, couvrirent
le vaincu de leur estime, et lui vouèrent un culte secret qui ne laissa point
prescrire les droits de la vérité. « L'histoire critique de
l'établissement de la monarchie française, dit M. de Châteaubriand, est un
ouvrage solide, souvent attaqué, jamais renversé, pas même par Montesquieu,
qui d'ailleurs a su peu de choses sur les Francs. On vole l'abbé Dubos, sans
avouer le larcin ; il serait plus loyal d'en convenir[8]. » Néanmoins
il est constant que Dubos resta plus d'un demi-siècle sous le coup de
l'anathème fulminé contre son livre par un des plus grands génies de
l'époque. Ce qui peint bien quel était alors l'état des esprits, c'est que la
solidité de son érudition fut pour lui une cause de défaveur. Montesquieu lui
reproche l'emploi de ces textes que lui-même répugnait tant à lire, et se
fait contre sa doctrine un argument de l'abondance des preuves dont elle
était étayée : « Si le système de M. l'abbé Dubos, dit-il, avait eu de bons
fondements, il n'aurait pas été obligé de faire trois mortels volumes pour le
prouver ; il aurait trouvé tout dans son sujet, et la raison elle-même se
serait chargée de placer cette vérité dans la chaîne des autres vérités[9]. » Ainsi commençait à
surgir cette souveraineté de la raison qui plus tard, dans un autre ordre
d'idées, exerça, une si terrible omnipotence, moyen commode de se dispenser
tantôt de preuves et de logique, tantôt de justice et d'humanité. Après
Montesquieu vint Mably. Le système de l'assujétissement par la conquête
trouva en lui un fougueux avocat. Dans ses invectives contre Dubos, il imita
l'aigreur de Montesquieu, mais non sa verve spirituelle. Personne n'abusa
plus que lui de la phraséologie philosophique alors à la mode. Pour atténuer
ce qu'il y avait d'invraisemblable dans l'anéantissement d'un grand peuple
devant une poignée de Barbares, il expliqua la soumission des populations
gallo-romaines aux Francs par leur dégradation morale. « L'avarice
des empereurs, disait-il, et l'insolence de leurs officiers avaient accoutumé
les Gaulois aux injustices, aux affronts et à la patience. Ils ne sentaient
point l'avilissement où la domination des Français les jetait, comme
l'aurait senti un peuple libre. Le titre de citoyen romain qu'ils portaient
n'appartenait depuis longtemps qu'à des esclaves[10]. » Mably
reconnaissait cependant que sous les rois mérovingiens, les Gaulois avaient
été libres de s'élever au niveau des Francs, ou, suivant son expression, de
se naturaliser français, et cela par un moyen bien simple ; en
déclarant devant le prince qu'ils renonçaient à la loi romaine pour vivre
sous la loi salique. Il n'en fallait pas plus, selon lui, pour de sujet
devenir citoyen[11]. « Mais, ajoute-t-il,
malgré tant d'avantages attachés à la qualité de français, la plupart
des pères de familles gaulois ne s'incorporèrent pas à la nation française
et continuèrent à être sujets. On ne concevrait pas cette indifférence à
profiter de la faveur de leurs maitres, si on ne faisait attention que la
liberté que tout Gaulois avait de devenir Français lavait la honte et
le reproche de ne l'être pas. Le long despotisme des empereurs, en affaissant
les esprits, les avait accoutumés à ne pas même désirer d'être libres[12]. » Il est curieux de voir
dans ce passage à quel point les chefs de l'école classique ont poussé la
déraison pour soutenir un système impossible. Au reste, ces phrases creusement
sonores[13], suivant l'expression d'un
illustre écrivain, étaient dans le goût et les idées du temps ; elles
excitèrent un enthousiasme général, et l'Académie des Inscriptions mit
elle-même au concours l'éloge de Mably. « L'approbation expresse ou
tacite, dit M. Thierry, que donnèrent à ces niaiseries emphatiques des hommes
tels que MM. de Bréquigny, du Theil, Gaillard et Dacier, montre à quel point
la véritable science était alors timide et indécise[14]. » En
effet, une nouvelle cause d'erreur était vernie se joindre à toutes celles
qui avaient arrêté jusque-là les progrès de la vérité. Le système classique
de l'asservissement par la conquête mettait en présence sur le sol de la
France deux races ennemies, les vainqueurs et les vaincus, les spoliateurs et
les spoliés. Tous les pauvres, tous les hommes des classes inférieures
étaient les Gaulois, les anciens et légitimes possesseurs du sol. Les nobles
et les riches étaient les Francs, les conquérants, les usurpateurs. Il ne
s'agissait donc plus que de reprendre la guerre au point où Clovis l'avait
laissée ; en dépouillant ceux qui possédaient, les prolétaires ne faisaient
que recouvrer leur bien. Ce n'était plus la lutte éternelle de celui qui n'a
pas contre celui qui a ; c'était une querelle de peuple à peuple qu'on
achevait de vider après 1.400 ans. Une telle doctrine semblait créée exprès
pour favoriser l'effervescence révolutionnaire qui se développa à la fin du
XVIIIe siècle. Aussi fut-elle adoptée comme un article de foi par le parti
qui poussait alors à une rénovation sociale, et l'erreur historique, mise en
173o sous la protection de la majesté royale et de l'orgueil nobiliaire ne
put être attaquée en 1789 qu'au risque de passer pour ennemi de la liberté et
des droits de la nation[15]. La théorie de l'asservissement
par la conquête continua donc de servir de base à l'enseignement et devint le
thème banal de toutes les dissertations politiques. On a fait de la polémique
de parti avec les Francs et les Gaulois jusqu'el, I83o, et les idées fausses
ainsi répandues dans les masses n'ont pas été sans influence sur la marche
des événements. « Ces chimères historiques, dit avec raison M. Thierry,
ont contribué à préparer l'ordre social qui règne de nos jours et à faire de
nous ce que nous sommes[16]. » L'ignorance du moyen
âge et la difficulté d'étudier les textes originaux, avant l'usage de
l'imprimerie et la multiplication des livres, furent les premières causes de
la falsification de notre histoire à son origine. Plus tard, lorsque les textes
furent mieux connus, l'erreur se soutint en dépit d'eux par une prescription
acquise, et surtout par la coalition des intérêts de caste et de parti qui
s'y rattachèrent successivement. « Telle
était, dit M. Thierry, l'ornière où le courant de l'opinion publique avait
fait entrer l'histoire de France, ornière qui se creusait de plus en plus[17]. » Il
fallut qu'une révolution sans exemple eût passé sur l'ancienne société
française, et en eût balayé jusqu'aux derniers débris pour qu'il pût être
permis à la vérité de reparaître, et c'est de nos jours seulement que l'on
commence à trouver des continuateurs de Dubos. M. de
Montlosier fut le premier qui, au commencement de notre siècle, eut le
courage de reprendre cette thèse abandonnée, et de proclamer ces grandes
vérités, que la conquête n'était point le seul fondement du régime féodal
; que les distinctions sociales qui existaient dans les populations
gallo-romaines s'étaient perpétuées sous les mis francs ; que la noblesse du
moyen-âge représentait le corps des hommes libres, la roture, les selfs et
les tributaires de toutes les races. Mais trop de passions politiques se
mêlaient à son livre pour qu'il pût se faire entendre d'un public hostile.
Les esprits prévenus ne cèdent qu'au langage froid et consciencieux d'une
érudition impartiale. Ce fut
de la probe et studieuse Allemagne que nous vint le premier signal de la
régénération de notre histoire. La société ancienne avait péri, disait-on,
dans le gouffre de la conquête ; il ne restait du monde romain que des serfs
ou des cadavres. Cependant un savant professeur allemand, M. de Savigny,
entreprend de prouver que dans ce prétendu naufrage universel quelque chose
avait survécu. Qu'était-ce donc ? Rien que le droit romain, c'est-à-dire la
législation tout entière, la constitution de la propriété et de la famille,
les droits publics et privés, enfin toute l'organisation civile de l'ancien
monde. « On
croyait généralement, dit M. Guizot, que le droit romain était tombé avec
l'Empire pour ressusciter au XIIe siècle, par la découverte d'un manuscrit
des Pandectes, trouvé à Amalfi[18]. » M. de Savigny prouva que les
lois romaines n'avaient jamais cessé d'être appliquées même à l'époque que
l'on représentait comme une rénovation complète de l'ordre social ; et il le
prouva d'une manière si claire, si manifeste, que personne ne songea plus à
contester la vérité qu'il révélait ; on voulut à peine croire qu'on eût
jamais pensé autrement. « Le livre de M. de Savigny, dit encore M. Guizot,
met hors de doute la perpétuité du droit romain du Ve au XIIe siècle, et
résout ainsi pleinement le problème que l'auteur s'est proposé. Maintenant
qu'il est résolu, on s'étonne que ce problème se soit jamais élevé et qu'on
ait jamais pu douter de la permanence du droit romain[19]. » Voilà
donc déjà la perpétuité de la législation mise hors de doute, et ce
seul fait suffisait pour renverser par sa base le système de l'école
classique. Car si une société nouvelle s'était substituée à l'ancienne, si
les Francs s'étaient rendus maîtres parfaits, comme dit Loyseau, des
personnes et des propriétés, s'ils avaient fait tous les Gaulois serfs,
certainement cette population asservie n'aurait pas conservé ses lois ; elle
n'en aurait plus connu d'autres que le caprice des vainqueurs ; et c'est là en
effet l'opinion plus ou moins explicite de tous les écrivains de cette école. Une
fois ce premier pas fait, il était impossible qu'on s'arrêtât, et l'on ne
tarda pas à aller plus loin. Les lois civiles ont un caractère de stabilité
qui leur est propre et qui explique jusqu'à un certain point leur
conservation au milieu des plus grands bouleversements. Mais il est d'autres
institutions d'une nature essentiellement variable et qui périssent presque
toujours avec les pouvoirs dont elles émanent ; ce sont les institutions
administratives. Pour les changer il n'est pas besoin de briser la société,
il suffit de renverser le gouvernement. Comment donc auraient-elles échappé à
l'action destructive de la conquête ? Aussi était-ce un des axiomes de
l'école classique, que l'organisation municipale, base du système
administratif des Romains, n'avait pas laissé de traces, qu'il n'était resté
sur le sol de la Gaule que des serfs et des seigneurs, et que les
corporations municipales furent ressuscitées seulement au XIIe siècle par les
ordonnances de Louis-le-Gros. «
Prétendre, disait Mably, que quelques villes ont pu conserver leur liberté
pendant les troubles qui ont donné naissance au gouvernement féodal, c'est
avancer la plus grande des absurdités[20]. » Malgré
cet anathème fulminé d'avance, un homme plutôt poète qu'historien, un membre
de l'Académie française, M. Raynouard, s'avisa, en 1828, de démontrer que les
villes de la Gaule n'avaient jamais perdu entièrement leurs franchises, que
l'administration municipale des Romains n'avait point cessé d'y être en
vigueur, et qu'elle s'était conservée à travers le moyen-âge jusqu'à
l'établissement des communes. L'objet principal de ce livre n'était pas même
de réhabiliter la vérité historique. C'était le temps des dernières luttes de
l'opinion libérale contre la restauration ; on réclamait avec chaleur les
libertés municipales ; M. Raynouard voulut fournir des armes aux combattants
et prouver, comme on disait alors, que la liberté était ancienne et le
despotisme nouveau. Quoi qu'il en soit, sa démonstration fut si évidente et
si complète que là aussi tout le monde regarda le problème comme résolu. M.
Thierry, qui n'est point favorable à M. Raynouard, et qui juge sévèrement son
ouvrage, reconnaît qu'au fond il a pleinement atteint son but. « Ce livre
présente, dit-il, une véritable surabondance de preuves en ce qui regarde la
durée et la continuité de l'organisation municipale et quoique faible de
critique, il en dit assez là-dessus pour éteindre toute controverse[21]. » Quelle
est donc la force de cette cause qui supplée à la faiblesse de ses
défenseurs, et qui, sur tous les points où l'on a essayé sérieusement de la
faire prévaloir, a produit une telle masse de lumières que le doute n'a plus
été possible ? Comment se fait-il que tous ceux qui ont combattu le système
de la destruction du monde ancien par la conquête aient eu tellement raison
qu'ils aient mis les questions traitées par eux hors de toute controverse,
tandis que la cause contraire a écrasé sous le poids de l'erreur les plus
grands génies du XVIIIe siècle ? Et moi aussi dans mes études obscures et
solitaires, en m'efforçant de rétablir les faits historiques du Vo siècle,
dénaturés par l'école classique, je pourrais dire que les preuves surabondent
et que, pour être mise comme les autres hors de toute controverse, ma
thèse n'aurait peut-être besoin que d'un autre défenseur. Soyons
de bonne foi. Qu'est-ce que tous ces travaux de l'école contemporaine si ce
n'est la résurrection du système de Dubos, moins les erreurs de détail qui
l'ont discrédité ? M. Thierry l'a déclaré lui-même : « On peut dire sans
exagération que la belle doctrine de M. de Savigny sur la perpétuité du droit
romain se trouve en germe dans l'histoire critique de l'établissement de
la monarchie française I[22]. » Mais ne peut-on pas en
dire autant de l'ouvrage de M. Raynouard, de celui de M. de Montlosier, de
tous ceux qui ont été écrits dans le même sens ? Et quel est aujourd'hui le
livre sérieux qui ne soit pas écrit dans ce sens, qui ne concoure pas ouvertement
ou implicitement au triomphe des mêmes doctrines ? Qui voudrait maintenant
reproduire les extravagances de Boulainvilliers, les naïves absurdités de
Loyseau, et les sophismes de Mably ? C'est pour cela que je n'ai pas craint
d'appeler Dubos, malgré ses fautes, le meilleur des historiens modernes,
parce que, le premier, il est sorti des voies de l'erreur, et nous a montré à
tous le chemin qui devait conduire à la vérité. « La science historique de
nos jours, dit encore M. Thierry, comprend tout ; elle est curieuse de
tout ; elle admet tout dans la mesure de son importance véritable ; mais elle
apparaît dans son ensemble comme une réhabilitation de l'élément romain de
notre histoire[23]. Le mouvement de réaction
continue, ajoute-t-il plus loin, non point en faveur de Dubos, mais en faveur
de la vérité révélée à la fois et compromise par sa thèse extravagante[24]. » Laissons-là
les noms propres ; ils ont peu d'importance dans l'état de la question.
Constatons seulement que c'est la vérité révélée par Dubos que tous
les travaux de l'école moderne tendent à remettre en lumière. J'ai essayé de
contribuer à rétablir cette vérité dans le domaine des événements
historiques. Si je ne suis pas trop effrayé de ma faiblesse, j'essaierai plus
tard d'en suivre la démonstration dans le domaine des institutions et des
lois en m'appuyant sur l'ouvrage capital de M. Pardessus, manuel désormais
indispensable pour tous ceux qui voudront aborder ce genre d'études. Dès à
présent voici le résumé des propositions que je crois pouvoir déduire des
faits rassemblés dans ce livre. Ces faits qui s'enchaînent tous et s'appuient
réciproquement par une série de preuves incontestables, me paraissent
démontrer : Que la
chute de l'Empire romain n'a pas été l'effet d'une catastrophe subite et
violente, mais d'une dissolution lente et progressive dont le germe existait
dans les vices intérieurs de l'organisation politique et de la constitution
sociale de cet empire ; Que les
Barbares ne se sont point établis dans l'Empire par la force brutale et
instantanée de la conquête. Tous leurs établissements ont été fondés sur des
traités avec les empereurs. Ils n'ont pas déchiré l'Empire ; ils s'y sont
incorporés ; Que la
domination des Francs fut particulièrement acceptée et désirée par la Gaule.
Clovis, comme roi barbare, ne pouvait disposer que des forces d'une seule
tribu salienne, et avait toutes les autres pour ennemies. Il n'a donc pas
exterminé ou subjugué les Gaulois par les armes des Francs ; il s'est au
contraire servi des milices gauloises pour soumettre les Francs à son
autorité. Il a dominé dans la Gaule non comme conquérant, mais comme chef de
parti, et du parti le plus puissant de tous alors, du parti catholique ; Que les
Gaulois n'ont été ni asservis ni dépouillés par les Francs. Les classes
privilégiées et propriétaires ont conservé leurs propriétés et leurs
privilèges ; les classes anciennement asservies et tributaires sont restées
dans la servitude ; Que la
législation romaine, le régime municipal des villes et même en grande partie,
l'organisation politique et administrative de l'Empire ont subsisté avec peu
de modifications jusqu'au milieu du VIIe siècle[25]. Si de grands changements se
sont opérés plus tard, ce n'est pas ici le lieu d'en examiner la nature et
les causes. Maintenant
est-ce là tout ? et en supposant ces propositions démontrées, seraient-elles
sur nos origines le dernier mot de la science historique ? Je ne le pense
pas. De même qu'on a cru que la conquête barbare avait entièrement détruit la
société romaine, on a cru aussi que la conquête romaine avait effacé
jusqu'aux dernières traces de la société gauloise. Cette hypothèse d'une
entière destruction ne me paraît pas plus admissible dans un cas que dans
l'autre. Sans doute l'influence de la conquête romaine a été plus grande sur
notre sol que celle de la conquête barbare parce que dans le rapprochement de
deux peuples à des degrés de civilisation différents, c'est toujours l'état
social le plus avancé qui l'emporte. Mais à moins qu'une race d'hommes ne
soit déplacée ou exterminée comme l'ont été dans les temps modernes les
tribus indigènes de l'Amérique, le fond de la nationalité subsiste toujours
et ne peut s'anéantir. Il me semble donc que l'élément gaulois, compté pour
rien jusqu'à présent, doit tenir une place plus grande qu'on ne le pense
communément dans la formation de la société française moderne. Dans l'étude
de nos origines on s'est d'abord arrêté, à l'écorce superficielle, à celle de
la conquête barbare. En creusant davantage on a retrouvé la société romaine
presqu'intacte. Pénétrons encore plus avant. Peut-être sous cette double
enveloppe, trouverons-nous la société gauloise qui, après s'être perpétuée en
silence sous le gouvernement des Romains et sous le joug des Barbares, a
reparu à la surface comme élément principal au moyen-âge, lorsque les couches
successives qui la recouvraient ont été emportées par le vent des
révolutions, des invasions et des guerres. Peut-être arriverons-nous à cette
conclusion que la fin du XVIIIe siècle a vu s'opérer plus de changements, sur
le vieux sol de la Gaule, que les deux mille ans qui l'avaient précédée. De nos
jours, des destinées nouvelles ont été ouvertes au genre humain et tout
semble marcher à une régénération et à une assimilation universelles. Trois
grands ressorts matériels, la poudre à canon, l'imprimerie et la vapeur ont
changé la face du monde. Mais dans les siècles antérieurs deux faits
principaux dominent toute l'histoire, la perpétuité des races, la persistance
des sociétés anciennes sous les formes diverses qui les recouvrent. C'est la
voie où est entrée l'école historique moderne. C'est dans cette voie seule
que les efforts peuvent être fructueux. Là est la vérité, là est l'avenir de
la science. FIN DU DEUXIÈME VOLUME
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[1]
Chateaubriand, Etudes historiques, t. II, p. 341, éd. de 1841. Si les
idées de destruction sont exagérées dans ce passage, il énonce du moins une
grande vérité, en montrant l'influence du christianisme supérieure à celle de
la barbarie dans la formation du monde moderne, N'oublions point la part que M.
de Chateaubriand a prise à la régénération de notre histoire. C'est lui qui a
trouvé, pour caractériser le Bas-Empire, l'expression d'Empire romain barbare,
qui est à elle seule tout un système. C'est encore lui qui a dit que si l'on
voulait une histoire moderne, elle ne devait pas commencer à Clovis mais à
Constantin.
[2]
Les écrivains de cette école désignent ordinairement les Francs sous le nom de Français.
C'est une conséquence de leur système qui faisait sortir toute la nation
française de la conquête franque.
[3]
J'ai emprunté en partie cette analyse, ainsi que la plupart des citations qui
suivent, aux excellentes Considérations sur l'Histoire de France, mises
par M. Thierry en tête de ses Recits Mérovingiens. Quand il s'agit de
juger sévèrement des noms célèbres, je me sens plus à l'aise en abritant ma
faiblesse sous cette grande renommée.
[4]
Loyseau, Traité des Seigneuries.
[5]
Cette imputation de Montesquieu est à tous égards mal fondée. On ne remarque
dans le livre de Dubos aucun but politique, aucun sentiment hostile contre une
classe quelconque de la nation ; il cherche la vérité historique et rien de
plus. Son système d'ailleurs n'était point défavorable à la noblesse ; il la
servait au contraire en donnant pour origine à ses privilèges une possession
immémoriale, au lieu du fait brutal de la conquête. Après l'expérience de la
révolution, M. de Montlosier ne s'y est pas trompé.
[6]
Montesquieu, Esprit des Lois, l. 30, c. 10 et 25.
[7]
Montesquieu, Esprit des Lois, l. 30, c. 11.
[8]
Études historiques, préface, p. 33.
[9]
Esprit des lois, l. 30, c. 23.
[10]
Observations sur l'Histoire de France, l. I, c. 2.
[11]
Boulainvilliers et Loyseau faisaient les Gaulois serfs ; Mably ne les fait plus
que sujets, c'est-à-dire privés de tous droits politiques ; il y a déjà là un
progrès.
[12]
Observations sur l'histoire de France, l. 1, c. 2.
[13]
A. Thierry, Considérations sur l'histoire de France, c. 3, p. 94.
[14]
Considérations sur l'histoire de France, c. 3, p. 105.
[15]
« Les principes de Mably ont été adoptés par tous ceux qui n'ont point l'âme
servile, les bons citoyens, tous les Français qui aiment encore la patrie. » (Eloge
de Mably, par l'abbé Brizard., p. 33.)
[16]
Considérations sur l'histoire de France, c. 3, p. 97. M. Thierry
applique spécialement cette phrase aux hypothèses de Mably sur les états
généraux des deux premières races ; mais elle est également applicable à toutes
les erreurs de la même école.
[17]
Considérations sur l'histoire de France, c. 3, p. 129.
[18]
Histoire de la civilisation en France, XIe leçon, p. 314.
[19]
Histoire de la Civilisation en France, p. 320.
[20]
Observations sur l'histoire de France, t. III, c. 7, preuves.
[21]
Considérations sur l'histoire de France, c. 4, p. 206.
[22]
Considérations sur l'histoire de France, c. 2, p. 72.
[23]
Considérations sur l'histoire de France, c. 4, p. 204.
[24]
Considérations sur l'histoire de France, c. 4, p. 205.
[25]
M. de Châteaubriand va plus loin : « Je vois, dit-il, la société romaine
subsister presque tout entière, dominée par quelques Barbares, jusque vers la
fin de la seconde race. » Etudes historiques, préface, p. 93.