ORIGINES DE LA TACTIQUE FRANÇAISE

BATAILLES D'AUTREFOIS

 

DEUXIÈME PARTIE. — LA TACTIQUE AU MOYEN ÂGE

LIVRE CINQUIÈME. — LA GUERRE DE CENT ANS

 

CHAPITRE XIX. — LA DÉLIVRANCE DU TERRITOIRE.

 

 

CHARLES VII LE BIEN SERVI.

Le supplice de Jeanne Darc était une lâcheté inutile. La vierge martyre avait montré la voie et donné l'élan aux capitaines français.

De 1431 à 1436, ils reprirent un grand nombre de places importantes, et, le 29 mai 1436, les Parisiens ouvrirent au connétable de Richemont les portes de la capitale du royaume[1].

Déjà, l'année précédente, la réconciliation du -roi avec le duc de Bourgogne, par le traité d'Arras (21 septembre 1435), avait enlevé aux Anglais la plus grande partie de leurs forces et de leurs subsides ; surtout, elle avait fait perdre à la guerre étrangère son caractère impie de guerre civile.

D'ailleurs, les Anglais, préludant chez eux à la guerre des Deux-Roses, ne savaient plus garder leurs provinces françaises, où la révolte couvait depuis longtemps[2].

La division était parmi les chefs, et les terribles archers anglais refusaient de s'enrôler pour le voyage de France, devenu trop dangereux.

L'heure était venue de songer à la réorganisation de l'armée française.

 

LA RÉFORME MILITAIRE.

Les leçons de Crécy, de Poitiers, d'Azincourt et de Verneuil avaient démontré aux trois ordres de l'État la nécessité de la hiérarchie militaire, de la discipline, des formations tactiques, enfin de la création d'une armée soldée permanente, qui mettrait l'unité française à l'abri des caprices ou des ambitions de la féodalité.

Aussi, dans un généreux élan de patriotisme, les États généraux, réunis à Orléans en 1439[3], votèrent-ils, pour la solde de la gendarmerie, une somme de 1.200.000 livres qui devint la taille perpétuelle[4].

 

Par une ordonnance de la même année, Charles VII se réservait le droit d'appointer tous les capitaines royaux[5] et de régler le nombre de leurs soldats.

« Le capitaine choisira ses soldats, mais il demeurera responsable de leur conduite. Il devra les empêcher, sous peine d'être puni lui-même par la perte de noblesse, de corps ou de biens, de piller ou de maltraiter les gens d'église, les marchands et les laboureurs.

« Les soldats seront soumis à la juridiction des baillis et des prévôts[6] ; et les paysans ou bourgeois qui éprouveraient quelque violence de leur part sont autorisés à repousser la force par la force.

Chaque capitaine tiendra garnison dans la place frontière qu'on lui désignera, et défense lui est faite de s'en éloigner sans ordre.

« Les barons, qui ont des gens de guerre dans leurs châteaux, les maintiendront à leurs frais, et seront responsables des excès qu'ils commettraient. Il leur est interdit de lever tailles et péages, autres que ceux auxquels ils ont droit de toute antiquité, sous peine de confiscation desdites forteresses. »

 

RENVOI DES ÉCORCHEURS.

Ni les barons ni les compagnies d'Écorcheurs[7] n'y trouvaient leur compte.

 

Les barons se révoltèrent. Avec l'appui du Dauphin Louis, « impatient de régner », ils firent la Praguerie (1440).

Charles VII triompha de cette rébellion, grâce à sa gendarmerie, aux milices des communes et aux engins volants des frères Bureau.

Il pardonna au Dauphin, mais à la condition qu'il conduirait les Écorcheurs contre les Suisses qui menaçaient l'empereur d'Allemagne, Frédéric III, dans ses états héréditaires.

Les Suisses méritèrent l'admiration du Dauphin, en culbutant, sur les bords de la Birse — bataille de Saint-Jacques, 28 août 1444 —, l'avant-garde française, et en lui enlevant son artillerie et ses bagages. La victoire resta au nombre, c'est-à-dire aux Écorcheurs, mais les vaincus s'élancèrent si vaillamment à l'attaque des batteries, ils abattirent tant d'hommes d'armes avec leurs piques, leurs hallebardes et leurs longues épées à deux mains (morgenstern), que les capitaines de bandes avouèrent « qu'ils n'avaient jamais vu gens de si grande défense, ni si téméraires à abandonner leurs vies[8]. »

 

C'étaient là de trop dangereux adversaires, et les Anglais tenaient encore trop de place surie sol de la France pour qu'on se mêlât plus longtemps des querelles de l'Empereur.

Charles VII n'avait consenti à cette expédition que pour se débarrasser de ces bandes de pillards, sans frein et sans patrie, qui ravageaient son royaume ei menaçaient son autorité.

Il laissa le Dauphin conclure avec les lignes suisses un traité de bonne intelligence et de ferme amitié, et il ne tint pas rancune aux paysans de la forêt Noire et de l'Alsace, qui s'étaient soulevés en masse contre les Écorcheurs, pour les exterminer en détail[9].

 

COMPAGNIES D'ORDONNANCE.

Débarrassé des aventuriers et maître de sa noblesse, Charles VII organisa la première armée permanente.

Le noyau de cette armée fut la gendarmerie française, c'est-à-dire, 15 compagnies d'ordonnance, composées chacune de 100 hommes d'armes, choisis parmi les plus vaillants gentilshommes du royaume, et escortés de 500 cavaliers légers[10] : 100 pages ou écuyers, 300 archers et 100 coutiliers (26 mai 1445).

« Chacune des nouvelles compagnies était commandée par un capitaine[11], remplissant le rôle de l'ancien chevalier banneret. Il avait sous ses ordres un lieutenant, un enseigne, un guidon et un maréchal des logis, officiers auxiliaires dont les titres avaient alors la vraie signification de leurs emplois, et qui se substituaient aux anciens chevaliers à pennon.

 

« La présence dans la compagnie de deux porte-étendards, l'enseigne et le guidon, montre que l'on ne confondait pas les hommes d'armes avec leurs auxiliaires, et que chacune de ces deux cavaleries, lourde ou légère, pouvait combattre séparément. Dans ce cas, le capitaine et l'enseigne conduisaient la gendarmerie, c'est-à-dire les chevaliers et leurs écuyers ; le lieutenant et le guidon commandaient les archers et les coutiliers[12]. »

Un manuscrit de 1446 nous apprend que « lesdits hommes d'armes sont armés volontiers, quand ils vont en guerre de tous harnois blancs, c'est-à-dire de cuirasse close, avant-bras, grands garde-bras, harnois de jambes, gantelets, salade à visière et petite bavière qui ne couvre que le menton[13].

Les hoquetons[14] des gens d'armes d'ordonnance étaient de cuir de cerf ou de mouton, et de drap aux couleurs des capitaines[15], sans orfèvrerie.

 

Le harnois du cheval se compose aussi de plates de fer. A la têtière on a peu à peu ajouté une couverture articulée pour l'encolure, puis une garniture de poitrail, à laquelle est suspendue la housse de devant. Sur la crinière, une barde de six plates articulées supporte des triangles de mailles.

Plus tard on ajoutera une croupière de mailles et des flançois.

Au seizième siècle on bardera jusqu'aux jambes du cheval. Alors il faudra renoncer au cheval léger ; car le normand ou le percheron pourront seuls supporter un si grand poids.

 

Cependant, c'est surtout dans les tournois et dans les joutes, que l'on imposait au cheval tout cet attirail. Au combat, jusqu'à Louis XII, le cheval ne sera protégé que par un chanfrein, par une barde au cou et au poitrail, rarement par une barde de croupière.

 

FRANCS-ARCHERS.

Le roi, par ordonnance du 28 avril 14118, ajouta à cette cavalerie permanente 16.000 fantassins français :

« En chaque paroisse de notre royaume, il y aura un archer, qui se tiendra continuellement en habillement suffisant et convenable de salade, dague, épée, jacque ou brigantine et seront appelés iceux les francs-archers.

« Lesquels seront élus et choisis par nos élus, en chaque élection[16], les plus adroits et aisés pour le fait et exercice de l'arc qui se pourront trouver en chaque paroisse, sans avoir égard ni à la faveur, ni à la richesse, ni aux requêtes qu'on pourrait sur ce faire.

« Et seront tenus d'eux entretenir en l'habillement susdit, et de tirer de l'arc et aller en leur habillement, toutes les fêtes et jours non ouvrables, afin qu'ils soient plus habiles et usités au dit fait et exercice, pour nous servir toutes les fois qu'ils seront par nous mandés.

« Et leur ferons payer 4 francs par homme pour chacun mois, pendant le temps qu'ils nous serviront... et ils ne serviront aucun en fait de guerre, sans notre ordonnance. »

 

COMPAGNIES SOLDÉES.

Indépendamment de cette milice nationale, le roi conservait à ses gages des compagnies aguerries, recrutées parmi les aventuriers qui avaient consenti à renoncer à leurs habitudes de violence et de pillage.

Les fameux arbalétriers gascons du Prince Noir passèrent peu à peu au service de France. Ce ne fut pas le moindre avantage de la reprise de cette riche province sur les Anglais.

Leur arme s'était perfectionnée. A la lourde arbalète à tour, on avait substitué l'arbalète à cric[17], plus commode et assez légère, pour être employée par la cavalerie.

Archers et arbalétriers lançaient contre la cavalerie, pour effrayer les chevaux, des flèches ou carreaux terminés par mie fusée.

 

ARTILLERIE ROYALE.

« Comme les bonnes villes, le Louvre eut alors son artillerie.

Son maître et visiteur, Gaspard Bureau, réunit autour de lui les canonniers les plus habiles et remplit les magasins des machines les plus parfaites. »

 

Les anciennes armes de jet, grandes et petites, lourdes ou portatives, étaient loin d'être abandonnées, mais le rôle des armes à feu s'était agrandi. On lançait des gros projectiles incendiaires et explosifs[18] avec les machines à détente, à fronde ou à contre-poids mais on possédait en outre des canons ou des fusées (engins volants).

En 1465, au siège de Corbeil, figure une compagnie de fuséens, dite des Serpents, commandée par un artificier breton, maitre Jean Boutefeu.

 

Il n'y a pas de siège, sous Charles VII, où l'on ne se serve à la fois de fusées et de bombardes[19], de fauconneaux, de coulevrines ou de ribeaudequins, canons assemblés sur un châssis, qui tirent plusieurs coups à la fois, comme nos mitrailleuses.

Les grosses bouches à feu sont rarement employées en campagne ; cependant on conserve à Bâle un boulet de pierre de 120 livres, qui, à la bataille de Saint-Jacques, en 1444, avait été lancé par une bombarde de 36 centimètres de diamètre.

Vers 1460, on renoncera aux boîtes embouties, et l'on fera des canons et des bombardes, avec boîtes encastrées, principalement pour les pièces moyennes. Ces boîtes[20] seront des gargousses, encastrées dans la culasse, comme nos cartouches actuelles, sauf que le boulet devra être introduit dans la boîte, et refoulé après le placement de cette boîte.

 

Les bombardes, portant 60 livres de balles et plus, furent fabriquées en fonte de fer ou de cuivre, et même en fer forgé en forme de tube, avec un seul orifice. Bientôt tous les canons furent ainsi faits.

« Pour le transport des bouches à feu, on recourut aux moyens employés pour charroi des balistes, catapultes, béliers, mangonneaux et perrières, en modifiant les articulations[21]. »

Quant à l'arme de main, au trait à poudre, ce fut d'abord un tube de fer forgé, long de 0m,60, à six ou huit pans, terminé, à la culasse, par une tige de fer d'un mètre environ de longueur.

Une lumière était percée près de la culasse, avec un creux pour l'amorce. Pour tirer, l'haquebutier passait la tige de fer sous l'aisselle gauche, maintenait le tube en direction et mettait le feu avec une mèche soufrée.

Les armes à feu portatives faisaient partie, comme les autres, de l'artillerie, dont la surveillance et la haute direction appartenaient encore au grand maître des arbalétriers.

 

TACTIQUE DE LA PREMIERE ARMÉE PERMANENTE.

Tels étaient les éléments constitutifs de la première armée permanente.

Quant à la tactique française, elle s'était perfectionnée sous l'impulsion de du Guesclin, de Richement, de Dunois, et de tant d'autres vieux capitaines qui, en se battant tous les jours contre un ennemi prudent et expérimenté, avaient appris sa méthode et s'en servaient souvent mieux que lui.

 

Le camp était établi sur une hauteur ; on l'enclavait avec les chariots, et mètre on l'entourait d'un fossé, quand on avait le temps, et que l'ennemi était proche.

 

L'armée marchait en trois batailles.

L'avant-garde, conduite par les maréchaux, se composait de la plus grande partie des compagnies d'ordonnance.

Les archers à cheval formaient la pointe avec les arbalétriers gascons ou les aventuriers soldés.

Des coureurs, écuyers nobles, impatients de gagner leurs éperons, éclairaient la marche, reconnaissaient la position ennemie et venaient rendre compte directement aux maréchaux ou au connétable.

L'artillerie légère — fauconneaux ou coulevrines —, accompagnait l'avant-garde avec les gens de canon et les pionniers, taupins ou gastadours, chargés d'ouvrir la route au charroi et à la cavalerie.

 

Près de l'ennemi, les voitures de l'artillerie marchaient par file sur le flanc de la colonne, de manière à former un premier rempart, si l'on était attaqué à l'improviste.

Des archers et des arbalétriers accompagnaient alors le convoi d'artillerie légère pour garnir promptement les intervalles en cas de halte, pour monter sur les chariots et arrêter l'ennemi par leurs saïettes et leurs carreaux, pendant le déploiement de la gendarmerie et la mise en batterie des engins à feu.

 

La bataille proprement dite suivait à peu de distance, sous le commandement direct du connétable, devant qui étaient portées l'épée de France et la bannière royale, à croix blanche.

Les plus grands seigneurs du royaume entouraient le connétable et formaient son état-major. Son escorte se composait des compagnies françaises ou écossaises de la garde du Roi, quand elles étaient à l'armée.

L'infanterie, suivait par compagnies provinciales, sous la direction du grand maître des arbalétriers.

Ces compagnies se composaient de gens de trait ou de bideaux (piquiers), armés de fauchards, de vouges et de guisarmes.

 

Derrière la bataille, la grosse artillerie, les bagages, le convoi de vivres.

Une ou plusieurs compagnies d'ordonnance escortaient le gros convoi et formaient l'arrière-garde.

 

Pour se ranger en bataille, la gendarmerie de l'avant-garde se déployait en haie sur deux lignes, sous la protection de ses archers à cheval, des gens de pied et de l'artillerie légère.

Les écuyers se plaçaient derrière les hommes d'armes, et les coutiliers se tenaient, à peu de distance, prêts à. obéir au moindre signe. Ils devaient relever leurs maîtres blessés, leur donner des chevaux de rechange, ramasser leurs armes, ou bien achever l'ennemi blessé, entourer et désarmer les prisonniers.

 

Si la gendarmerie se portait en avant, les chevaliers marchaient sur la même ligne, couchaient les lances en même temps pour charger, et partaient ou s'arrêtaient au signal du capitaine.

Il était recommandé de ne pas prendre trop longue carrière, afin de ne pas mettre hors d'haleine les destriers pesamment chargés.

 

La grosse artillerie à feu — bombardes, canons, ribeaudequins —, ou balistiquecaables, balistes, perrières —, était disposée devant le front de l'infanterie du corps de bataille.

Celle-ci était distribuée par petits bataillons carrés, échelonnés en échiquier, pour mieux résister à la cavalerie.

Ces carrés présentaient quatre rangs de fauchards, de vouges et de guisarmes ; au centre, les arbalétriers et les archers venaient, après l'escarmouche, se rallier derrière les piquiers, quand ils étaient trop pressés par la cavalerie ennemie.

 

Le convoi était placé en arrière de la ligne de bataille, au point le mieux abrité. Son escorte de gendarmerie formait le plus souvent la seule réserve de l'armée.

 

LA REVANCHE FRANÇAISE (1449-1453).

En quatre ans, cette première armée monarchique[22] reprit, une à une, aux Anglais, toutes les villes de la Normandie et de l'Aquitaine.

En 1450, elle battit Thomas Kyriel à Formigny, et elle tua à Castillon, en 1453, le vieux Talbot, l'Achille d'outre-mer.

 

L'esquisse rapide de la délivrance du territoire et le récit de ces deux batailles heureuses nous reposeront de la longue série de défaillances, de deuils et de défaites que nous parcourons depuis Crécy.

 

Au mois de mars 1459, un capitaine anglais ayant, en pleine trêve, donné l'assaut à Fougères, quatre armées françaises attaquèrent à la fois les possessions anglaises.

Dunois, lieutenant général du Roi pour le fait de guerre, envahit la haute Normandie, pendant que Charles VII entrait lui-même dans le Vexin, avec une réserve de 200 lances d'élite.

Le connétable de Richemont conduisit le contingent breton dans le Cotentin ; le duc d'Alençon entra dans le Perche, et le comte de Foix en Gascogne.

La plupart des villes répondirent avec empressement aux lettres royales, qui les pressaient de secouer le joug de l'étranger.

Malgré le régent Sommerset, malgré Talbot, les garnisons anglaises furent chassées presque partout, et les villes ouvrirent joyeusement leurs portes aux troupes françaises, qui, bien pourvues, régulièrement soldées[23], observaient une sévère discipline.

 

Le 10 novembre, Charles VII fit son entrée triomphale dans cette ville de Rouen, où 18 ans auparavant il avait laissé brûler Jeanne Darc.

 

CAMPAGNE DE 1450.

L'Angleterre essaya d'entraver cette rapide revanche des armes françaises.

Au printemps de 1450, sir Thomas Kyriel débarqua à Cherbourg avec des renforts, qui portèrent à 6.000 hommes l'armée anglaise de Normandie. Il reprit Valognes, franchit l'embouchure de la Vire, aux gués de Saint-Clément[24], et se dirigea vers Bayeux.

Le comte de Clermont[25] le suivait à la tête de 5 ou 600 lances des compagnies d'ordonnance, pendant que le connétable de Richemont partait de Saint-Lô avec 1.500 bretons, pour barrer aux Anglais la route de Bayeux.

Kyriel trouva à Formigny[26] une bonne position défensive et l'occupa.

Clermont la fit attaquer sans attendre le connétable ; mais celui-ci, guidé par le bruit de deux petites coulevrines françaises, intervint assez à temps pour ressaisir la victoire, que les Anglais croyaient déjà avoir gagnée[27].

 

Voici le récit de Jean Chartier[28] :

Geoffroy de Couvrans et Joachim Rouault, qui conduisaient les coureurs du comte de Clermont, chevauchèrent tant à la poursuite des Anglais, qu'ils trouvèrent leur piste.

« Alors, bien qu'ils eussent peu de gens avec eux, ces preux et hardis chevaliers allèrent vaillamment férir sur l'arrière-garde, en laquelle ils tuèrent et mutilèrent plusieurs Anglais. Puis, ils se retirèrent pour prévenir le comte de Clermont, qui n'était pas très-loin derrière eux.

« Celui-ci, accompagné du comte de Castres, de Brézé, sénéchal de Poitou, de Retz, amiral de France, des seigneurs de Montgascon, de Mauny et de Mouy, fit grande diligence et grandement son devoir de courir après les Anglais.

Il les poursuivit tant qu'il les atteignit auprès du village de Formigny, situé entre Carentan et Bayeux.

Bataille de Formigny (16 avril 1450).

« Quand les Anglais aperçurent les Français venant ainsi à eux, ils se mirent en bataille, et mandèrent diligemment quérir un de leurs capitaines, nommé Mathago[29], croyant faire merveille. Ce Mathago les avait quittés le matin même pour s'en aller à Bayeux ; mais, sur ce mandement, il retourna aussitôt à l'aide de ses compagnons.

« Les Anglais et les Français furent les uns devant les autres, pendant trois heures au moins, toujours s'occupant en escarmouches.

« Pendant quoi, les Anglais faisaient, par le moyen de leurs dagues et épées, de grands trous et fossés en terre[30] devant eux, afin que ceux qui les assauldraient vinssent tomber dedans avec leurs chevaux.

« Les Anglais s'étaient mis fort à leur avantage, car ils avaient laissé derrière leurs dos grand'quantité de jardinages, pleins de pommiers, poiriers et autres arbres, afin qu'on ne les pût surprendre par derrière.

« A environ un trait d'arc derrière eux, ils avaient une petite rivière[31], et, entre deux encore, d'autres jardinages pleins d'arbres ; le tout afin qu'on ne les pût attaquer à dos.

 

« Comme le comte de Clermont avait peu de gens avec lui au regard de ses adversaires, il avait, dès le 14 avril, envoyé hastivement à Saint-Lô, devers le comte de Richement, connétable de France, afin qu'il vînt à son secours, lui mandant : « qu'autrement lui et ses gens étaient bien taillés et en péril d'avoir fort à faire, attendu que les Anglais excédaient les Français par le grand nombre de leurs gens de guerre. »

 

« En recevant cette nouvelle, le connétable était parti bien hastivement, le mercredi quinzième jour d'avril, environ sur les trois heures du matin, et il avait chevauché diligemment pour courir la besogne — bien qu'il arrivât tout droit de Bretagne —, jusques en un lieu nommé Trévières[32].

« Il avait en sa compagnie Jacques de Luxembourg, le comte de Laval, le maréchal de Lohéac, le maréchal de Bretagne, les sires d'Orval, de Saint-Sever et de Boussac, avec 200 ou 240 lances et 800 archers.

« Le mercredi, il avait couché à Trévières, et le lendemain matin, il avait chevauché très-diligemment, bien qu'il sût que les Anglais avaient déjà passé la Vire aux gués de Saint-Clément.

« Le connétable vint jusques à un moulin à vent, au-dessus de Formigny. Là, en voyant les Anglais, il fit mettre tous ses gens en bataille.

 

« Or, avant son arrivée, 1.500 archers d'ordonnance du comte de Clermont, ayant mis pied à terre pour attaquer la position ennemie, avaient été reboutés bien âprement par les Anglais, qui ensuite avaient gagné quelques coulevrines sur les Français.

 

« Aussitôt le connétable fit marcher Gilles de Saint-Simon, Anceau Gaudin et le bâtard de la Trémoille, vaillants chevaliers en armes, à la tête de 800 archers d'ordonnance, droit à un pont qui là était.

« A la vue du connétable, Mathago, avec plus de 1.000 cavaliers anglais, s'enfuit vers Bayeux, pour se conformer à cet adage vulgaire, que mieux vaut une bonne fuite qu'une mauvaise attente.

« Ce que voyant, sir Thomas Kyriel se retira avec le corps de sa bataille, pour gagner le ruisseau et le village de Formigny.

« Au bout du pont, une partie des archers du connétable mit pied à terre pour attaquer l'aile gauche de la bataille anglaise. Plusieurs anglais furent là tués ou pris, et ceux de cette aile furent défaits et battus.

 

« Alors le connétable passa le ruisseau avec le demeurant de ses gens, et il se joignit au comte de Clermont, après que l'aile gauche des Anglais eut été déconfite.

« Puis, incontinent, Brézé, sénéchal de Normandie, vint demander congé au connétable de faire descendre son enseigne vers l'aile droite ; ce que le connétable lui accorda.

« Lors, cet octroi et congé étant donnés au séneschal, lui et sa compagnie chargèrent furieusement contre les Anglais, et tellement s'y comportèrent, que les Anglais de cette aile furent tous tués et déconfits.

« Bientôt après, marchèrent la compagnie du connétable et ses gens, en belle ordonnance, jusqu'auprès du village où ils passèrent la petite rivière sur le pont du grand chemin.

« Les Anglais entrèrent alors en grand doute et crainte, si bien qu'ils laissèrent et abandonnèrent le champ, et se reculèrent vers la rivière, sur le grand chemin, où ils furent derechef assaillis par toutes les compagnies des Français.

« Là, il fut vaillamment combattu de part et d'autre. Mais, bien que les Français ne fussent, en tout, par le rapport des hérauts, que 3.000 combattants, et les Anglais de 6 à 7.000, néanmoins, par la grâce et miséricorde du souverain Dieu des armées, les Anglais furent enfin totalement déconfits.

« Au rapport des hérauts, des prêtres et des bonnes gens, qui là étaient, il y eut de tués sur le champ et d'enterrés en la place, dans quatorze fossés, 3.774 Anglais.

« Thomas Kyriel fut fait prisonnier avec 12 ou 1.400 des siens. »

 

La victoire de Formigny assura la délivrance de la Normandie.

Sommerset rendit Caen le 1er juillet, à l'armée commandée par le roi en personne[33].

Jean Bureau avait mis en batterie, devant la ville, « tant de grosses bombardes, de gros canons, de veuglaires, de serpentines, de crapaudines, de ribaudequins et de coulevrines, qu'il n'était mémoire d'homme, que jamais on ait vu le roi chrétien si grosse artillerie, si bien garnie de poudre, de manteaux et de toutes autres choses pour approcher et prendre châteaux et villes, ni si grant'foison de charrois pour les mener, ni tant de manouvriers pour servir cette artillerie[34] ».

Cherbourg, le dernier refuge des Anglais en Normandie, fut évacué le 22 août[35].

 

LA GUERRE EN GUYENNE.

En 4451, après une courte campagne, Dunois, Bureau et Saintrailles avaient conquis toute la Guyenne anglaise, y compris Bordeaux et Bayonne.

Mais, les mesures impolitiques prises par Charles VII dans cette province y fomentèrent la révolte. Bordeaux rappela les Anglais et ouvrit ses portes à lord Talbot, qui, avec l'aide de quelques barons rebelles, reprit plusieurs places importantes (1452).

 

Une seule bataille eut raison de la rébellion et de ce retour éphémère de la domination anglaise.

 

C'est encore Jean Chartier qui nous racontera cette victoire.

« L'an 1453, le treizième jour de juillet, fut mis le siège par les Français devant le chastel de Castillon assis sur la rivière de Dordogne, en Périgord, occupé et tenu par les Anglais.

« Le roi avait envoyé à ce siège les deux maréchaux de France, Lohéac et Jallongne, le sire de Bueil, amiral de France, Loys de Beaumont, sénéchal de Poitou, le comte de Penthièvre, maître Jehan Bureau, trésorier de France, et plusieurs autres grands seigneurs, barons, chevaliers et écuyers, avec grande compagnie de gens de guerre, jusques au nombre de 16 à 1.800 hommes d'armes avec leurs archers.

 

« Là était aussi la grosse et menue artillerie du roi, dont avaient la charge maître Jehan Bureau et son frère Gaspard.

« Ils avaient en leur compagnie 700 manouvriers qui, par l'ordonnance dudit trésorier de France et de son frère, firent hastivement bien clore un champ de fossés ; dans ce parc, était enfermée toute l'artillerie.

 

« Le siège fut donc mis devant Castillon.

« La chose étant venue à la connaissance du sire de Talbot, celui-ci partit incontinent et en grand'hâte de Bordeaux, accompagné de 800 à 1.000 cavaliers anglais.

« Il avait avec lui son fils lord Lisle, le sire de Molins et plusieurs des plus vaillants du royaume d'Angleterre on du pays de Bordelais, tant seigneurs, chevaliers qu'écuyers.

« Derrière lui, venaient de 4 à 5.000 Anglais à pied.

« Talbot et sa compagnie arrivèrent devant l'armée de siège, le mercredi, dix-septième jour de juillet, au point du jour.

Bataille de Castillon (17 juillet 1453).

« Quand les Français surent la venue de Talbot, ils rentrèrent tous dans leur camp, qui était bien fermé de fossés, comme il a été dit.

« Talbot trouva cependant sur son chemin aucuns francs-archers français, qui ne s'étaient pas encore réfugiés dans le camp retranché, parce que, étant à pied, ils n'avaient pas pu assez diligemment le gagner.

« Les Anglais frappèrent fort et ferme sur ces francs-archers, et en tuèrent de 100 à 140. »

« Cependant, les Français arrivèrent dans leur camp et se mirent de toute part en bonne ordonnance.

« Leurs canonniers assortirent leurs bombardes, coulevrines et ribaudequins sur les fossés, devant l'avenue, en face des Anglais.

 

« Sur ces entrefaites, la garnison de Castillon trouva moyen de demander à Talbot de s'avancer légèrement et promptement, parce que les Français s'enfuyaient.

« Mais Talbot fut fort ébahi, quand de ses yeux il vit les belles fortifications qu'avaient faites les Français, leurs fossés, leur artillerie, leur parc, et, surtout leur bonne et ferme résolution de défendre tout cela.

« Cependant, Talbot et sa compagnie arrivèrent droit à la barrière, croyant forcer d'emblée l'entrée du parc.

« Ils y trouvèrent belle frontière de vaillantes gens, bien experts au fait de la guerre, lesquels firent bon visage et hardi, et accueillirent bien vertement et comme il faut ces Anglais, et très-hardiment les repoussèrent et les firent reculer ; ce qui les étonna d'autant plus, que la garnison leur avait mandé tout le contraire.

 

« En cette journée, Talbot était monté sur une petite haquenée, dont il ne descendit point pour se mettre à pied, parce qu'il était fort ancien homme, déjà vieil et usé. Mais, il fit mettre pied à terre à tous ceux de sa compagnie qui étaient venus à cheval.

 

« Quand ces Anglais arrivèrent, ils avaient huit bannières déployées, tant du roi d'Angleterre que de Saint-Georges, de la Trinité et de Talbot, avec plusieurs étendards sciemment et malicieusement pourpensés et inventés, chargés d'inscriptions et de devises injurieuses, au mépris et dédain des bons Français, qui soutenaient fidèlement le parti de leur roi légitime.

 

« Alors, commença grand et terrible assaut, où se passèrent de grandes vaillances de part et d'autre ; où il fut merveilleusement combattu, main à main, à coups de haches, de guisarmes, de lances et de traits, moult vaillamment.

« Ce chaplis dura l'espace d'une grosse heure ; car les Anglais y revenaient toujours avec grande ardeur, et aussi les Français ne s'épargnaient pas à les bien recevoir.

 

« Cependant, les défenseurs de la barrière avaient tant travaillé à sa garde et conservation et à résister à l'ennemi, qu'ils n'en pouvaient plus, bien que les Anglais fussent très-forts matés.

« Ils firent demander des secours aux sires de Montauban et de la Hunaudaye, qui gouvernaient et conduisaient les gens que le duc de Bretagne avait envoyés au roi.

« Ces troupes auxiliaires, de grand et noble courage, tout d'abord et incontinent qu'elles furent arrivées, firent tant, avec l'aide de Dieu et par leur prouesse, que les Anglais tournèrent enfin le dos, et qu'ils furent mis en fuite et défaits.

« Lors, toutes leurs bannières furent abattues et renversées par les Bretons, qui en sont demeurés bien dignes de recommandation.

« On entendait alors dans le camp, une si terrible tempête et une telle cliqueterie de Coulevrines et de ribaudequins, que c'était une merveilleuse chose à ouïr.

« Il fut cette fois tellement besogné sur les Anglais, qu'à la fin ils furent contraints de s'enfuir, comme il vient d'être dit. Toutes leurs bannières furent ruées jus, et là demeurèrent plusieurs morts sur la place. Spécialement, la haquenée de Talbot fut tuée d'un coup de coulevrine ; en tombant, elle renversa son maître, qui fut incontinent tué par quelques archers.

 

« Ainsi fut la fin de ce fameux et renommé chef anglais, qui depuis si longtemps passait pour l'un des fléaux le plus reformidable et l'un des plus jurés ennemis de la France, dont il avait été l'effroi et la terreur.

« Dans ce mémorable et signalé combat, furent tués le fils de Talbot, lord Lisle, messire Hedouel Houl, le chevalier Thomas Auringham, le seigneur gascon de Puiguilhem, avec trente chevaliers des plus vaillants du royaume d'Angleterre.

« Les Français qui avaient combattu à pied étaient si forts lassés, travaillés et hors d'haleine, qu'ils ne purent pas poursuivre.

 

« Le plus grand nombre des Anglais se réfugia dans Castillon. Le reste s'enfuit à l'aventure ; quelques-uns se jetèrent dans la Dordogne et se noyèrent.

« Ceux qui fuyaient à travers champs furent chassés par le comte de Penthièvre, par le bailly de Touraine et par plusieurs autres barons, qui poursuivirent ces fuyards jusqu'à Saint-Émilion.

« Près de 500 Anglais furent enterrés sur place ; un plus grand nombre se noya. »

 

FIN DE LA GUERRE DE CENT ANS.

Castillon se rendit.

Au mois d'octobre 1453, Bordeaux et toutes les villes rebelles avaient suivi cet exemple

 

Le résultat de cette guerre de Cent ans était, pour les Français, la possession définitive de cette belle province de Guyenne, que la reine Éléonore avait, en 1152, donnée aux rois d'Angleterre.

 

Du royaume de France, conquis au prix de leur sang, il ne restait aux Anglais qu'une seule ville, Calais, et Charles VII s'appelait désormais :

Charles le Victorieux !

 

 

 



[1] Une révolution de palais ayant chassé la Trémoille, le connétable de Richemont était rentré en grâce auprès du roi, et il avait pris, en janvier 1434, la direction des opérations militaires.

« Lord Willoughby et les I.500 Anglais qui gardaient Paris s'enfermèrent dans la Bastille, avant que Richemont n'ait songé à les assiéger ; ils lui offrirent de rendre la forteresse à condition qu'on leur permit de se retirer avec leurs biens et tous ceux qui voudraient les suivre. La capitulation fut acceptée. Ils sortirent par la porte Saint-Antoine, firent le tour des remparts, accompagnés des huées du peuple, et ils s'embarquèrent sur la Seine pour rentrer à Rouen. » (Duruy, Histoire de France.)

[2] En 1435, à la nouvelle du traité d'Arras, le commun peuple du pays de Caux se souleva, et 20.000 gueux normands se réunirent aux hommes d'armes du connétable et du maréchal de Rieux. En janvier 1436 tout le pays de Caux, moins Caudebec et Arques, était délivré des Anglais.

[3] « Pour ouïr parler et pratiquer le bien et gouvernement du royaume et pour le pouvoir mettre en bonne paix, justice et police. » (Berry, roi d'armes.)

[4] Les tailles, qui n'excédaient pas, sous Charles VI, la somme de 40.000 livres, augmentèrent sous Charles VII jusqu'à 1.800.000, sous Louis XI jusqu'à 4.740.000, et sous Louis XII jusqu'à 7.640.000 (Dictionnaire de Trévoux).

[5] « Philippe V le Long, avait, en 1317, établi des capitaines dans toutes les villes et châteaux où la couronne possédait châtellenie et vicomté, sous l'autorité d'un capitaine général, institué dans chaque baillie.

« Ils eurent en leur juridiction tout ce qui concernait la défense des places, l'armement des bourgeois, la conservation des armes et des armures. Les gens des villes et pays étaient tenus de leur prêter serment.

« Bientôt le rôle des capitaines s'agrandit et se généralise ; le roi nomme des capitaines ordonnés pour le commandement des milices communales et des mercenaires, et les chefs féodaux sollicitent la faveur de servir en cette qualité.

« Les capitaines royaux ordonnent, avec ou sans contrôle, les dépenses à faire pour la réception et la solde des gens d'armes, aussi bien que pour la réparation ou la défense des places.

« Quelquefois les États provinciaux obtiennent la prérogative d'élire le capitaine du contingent qu'ils ont voté, et ils désignent au roi leur candidat, qui est le plus souvent le sénéchal ou le bailli de la contrée, c'est-à-dire le premier des officiers royaux. » (Auguste Vitu.)

[6] Sous les Capétiens les baillis et les sénéchaux exerçaient toutes les attributions dévolues aux missi dominici, aux ducs et aux comtes de l'époque carlovingienne.

Ils rendaient la justice au nom du roi, commandaient les hommes d'armes, administraient les finances et gouvernaient leurs baillies.

Les prévôts, plus particulièrement chargés de la police, secondaient les baillis et sénéchaux pour l'organisation et le commandement de la milice.

Dans les provinces où il y avait un maréchal de la noblesse, c'est lui qui était commis pour recevoir les hommes d'armes et les passer en revue.

Charles VI enleva aux seigneurs bannerets leur privilége immémorial de convoquer directement leurs vassaux.

L'ordonnance de 1413 défendit « à tout baron, chevalier ou autre, de se mettre en armes, fors au commandement du roi de France ou de son connétable ».

[7] Faute de mieux, il avait bien fallu se servir de ces compagnies aguerries, contre les Anglais.

Le roi d'armes Berry raconte que : « Le roi Charles VII rencontrant dans le Baujolais, au mois d'avril 1439, une partie des Écorcheurs, revenant d'une expédition malheureuse sur les bords du Rhin, malades, désarmés et démontés, les rhabilla, les remonta, les arma et artilla au mieux qu'il put et les envoya au connétable de Richemont, pour faire le siège de Maux, qui fut pris le 13 septembre. »

Les Écorcheurs faisaient donc partie de l'armée régulière, mais quand leurs capitaines apprirent les ordonnances du roi pour la réforme militaire, la plupart se refusèrent à obéir.

« Le bâtard de Bourbon, Antoine de Chabannes et plusieurs autres capitaines étaient partis des frontières, avaient rompu les ordonnances que le roi avait faites, et tous étaient venus passer à Blois, pour entrer en Berry et en Sologne et piller le peuple comme devant. » (Thomas Bazin, évêque de Lisieux.)

[8] Mathieu de Coussi, Histoire de Charles VII.

[9] Henri Martin, Histoire de France, tome IV, pages 415 et suiv.

[10] Une compagnie d'ordonnance est un régiment de cavalerie mixte de 600 chevaux.

M. Boutaric, le savant archiviste, déclare dans ses Institutions militaires de la France, que le père Daniel s'est trompé en prétendant que ces premières compagnies d'ordonnance étaient composées de cent hommes d'armes. « Cela peut être vrai sous Louis XI, dit-il, mais il n'y a rien de fixé h cet égard sous Charles VII. L'ordonnance de 1445 n'indique pas le nombre des lances garnies nécessaires pour former une compagnie ; d'autres documents prouvent même que ce nombre était variable. Une ordonnance de décembre 1415, qui fixe à 100 lances la garnison du Poitou, les répartit en 3 compagnies : l'une de 110 lances, sous la conduite du sénéchal de Poitou, l'autre de 60, sous le maréchal de Lohéac, et la troisième de 30 seulement, sous le capitaine Floquet. »

Nous ne trouvons pas là de raisons suffisantes pour contredire à l'assertion du père Daniel et de tous les autres historiens. D'autant qu'on peut invoquer le témoignage de M. Boutaric lui-même, qui cite, à la page 315 de son livre, le texte suivant d'un auteur contemporain, Henri Baude :

« Le roi avait 1.500 lances d'ordonnance et 8.000 francs-archers, les capitaines vaillants et sages, routiers et experts en fait de guerre, et non jeunes et grands seigneurs... etc. »

Le roi avait donc 1.500 lances pour 15 compagnies. On est bien fondé à croire qu'au moment de l'organisation, ces compagnies étaient égales entre elles, soit de 100 lances chacune.

[11] « Alors il fut ordonné qu'il y aurait quinze capitaines, lesquels auraient chacun sous eux cent lances, et que chaque lance serait comptée à gages pour six personnes, dont trois seraient archers, le quatrième coutilier, plus l'homme d'armes et son page ou écuyer. »

[12] Général Susane, Histoire de la cavalerie française, Paris, Hetzel, 1811.

[13] Du costume militaire des Français, en 1440, par M. René de Belleval.

[14] Vêtement que le chevalier porte par-dessus ses armes. « A dater du règne de Charles V, le hoqueton se montre sous diverses formes, tantôt court, tantôt assez long, à manches larges et courtes ou à manches à longues pentes, ou même sans manches. » (Viollet-le-Duc, Mobilier, tome VI, page 139.)

[15] C'est le premier uniforme français.

[16] La fourniture des vivres, le paiement de la solde, la désignation des villes de garnison étaient confiés, depuis 1356, à des agents royaux appelés élus sur le fait des gens de guerre, qui furent nommés plus tard commissaires des guerres.

[17] « L'arbrier est court et épais ; l'arc d'acier a 0m,045 sur 0m,015 au milieu.

« La corde est saisie par une double griffe tenant à une crémaillère, qui passe au travers d'une boite de fer contenant une roue d'engrenage et un pignon mû par une manivelle. Cette boite est maintenue à l'arbrier par une forte bride de cordelle.

« Pour armer, on agrafe la corde, et on fait tourner la manivelle, jusqu'à ce que la corde butte dans l'encoche de la noix. Alors, on détourne la manivelle et on enlève le cric

« Il suffit, pour tirer, d'appuyer sur la grande gâchette.

« Le carreau ne coule pas dans une rainure ; il est simplement posé sur la face d'ivoire de l'arme, et il est maintenu par un ressort de corne passant par-dessus la noix. (Viollet-le-Duc, Mobilier, tome V, pages 27 à 37.)

[18] « Les princes allemands faisaient prêter serment à tous ceux qui s'adonnaient à la pyrotechnie : qu'ils ne construiraient aucun globe empoisonné, qu'ils ne cacheraient point de feux clandestins en aucun lieu secret, qu'ils ne tireraient point de canon la nuit, qu'ils ne prépareraient jamais aucun feu artificiel, sautant et voltigeant, et qu'ils ne s'en serviraient point pour la ruine et la destruction des hommes. » (Traité de l'artillerie, par Casimir Simierrowitz.)

[19] Les trois grosses pièces d'Orléans, le Chien, Montargis et Riflard lancent des boulets de 120 livres ; le couleuvrinier redouté des Anglais, maître Jehan, natif de Lorraine, a suivi la Pucelle à Beaugency et à Compiègne : sa solde est de 12 livres par mois.

[20] Les boites primitives ont survécu. On tire encore des boites dans quelques communes de France, aux jours de fête.

[21] Viollet-le-Duc, Mobilier.

[22] « La France allait ressaisir, par la discipline, la supériorité que lui avaient enlevée l'anarchie des milices féodales et les premiers progrès des Anglais dans l'art de la guerre. Ces progrès étaient dépassés d'un seul élan ; jadis la France avait enfanté la chevalerie ; c'était encore la France qui enfantait le système militaire moderne, destiné à remplacer la chevalerie.

« L'introduction générale des armées régulières, renouvelées de l'empire romain par la France, et bientôt imitée par le reste de l'Europe, devait coïncider avec le développement des gouvernements monarchiques. » (Henri Martin, Histoire de France, tome VI, page, 421).

[23] Grâce au patriotisme de Jacques Cœur, l'argentier du Roi, qui avait avancé 200.000 écus d'or « pour la recouvrance de la Normandie ».

[24] C'est le passage connu sous le nom du Grand Vey, qui, de l'embouchure de la Taute, conduit à celle de la Vire, à travers la passe de Carentan, les bancs de la Ravine et de Féraillon, après un parcours de plus de 7 kilomètres.

[25] Il avait une commission de « lieutenant du roi pour la poursuite des Anglais ».

[26] Entre Bayeux et Isigny.

[27] Le connétable de Richemont est ainsi le premier général qui ait marché au canon.

[28] Chronique de Charles VII.

[29] Sir Mathieu Gough.

[30] Remarquons ce nouvel emploi, par les Anglais, de la fortification improvisée, qui nous rappelle les travaux d'Ambriorix.

[31] L'Aure inférieure, qui se jette directement dans la baie d'Isigny.

[32] Sur l'Aure, au sud de Formigny.

[33] Un intéressant mémoire du lieutenant Cret, officier d'ordonnance du général Jeanningros, a fort bien résumé l'histoire militaire de Caen et des siéges que la ville et son château ont eu à soutenir.

Nous y avons appris entre autres détails curieux que « les défenseurs, pour éventer les mines de l'assiégeant, plaçaient sur leurs remparts des vases remplis d'eau, qui révélaient, par le tremblement du liquide, le travail souterrain de l'adversaire. »

Pendant le siège de 1450 les gros canons, servis par les compagnies bourgeoises de Rouen, étaient d'un calibre si monstrueux qu'un homme pouvait entrer dans l'âme et s'y asseoir. Charles VII défendit qu'on les dirigeât sur la ville, à cause des ravages qu'ils auraient produits.

[34] Gilles Bouvier, Histoire de Charles VII (attribuée à Alain Chartier).

[35] Giraud, maitre canonnier, qui dirigeait l'artillerie française devant Cherbourg, disposa une batterie de bombardes en un point très-favorable de la grève, que la marée recouvrait deux fois par jour. Au moment du flux, les canonniers enveloppaient les pièces avec des peaux graissées ; ils rouvraient le feu quand la mer se retirait.