1° L'ENSEIGNEMENT.
A. — De 1812 à 1870.
Enseignement primaire.
— Enseignement secondaire. — Enseignement supérieur.
L'enseignement
primaire public fut un peu délaissé par l'État jusqu'à la loi que Guizot fit
voter en 1833. Mais les communes ne s'en désintéressaient pas, et la région
lorraine était une des provinces où l'on comptait le moins d'illettrés. Dans
les écoles publiques, l'enseignement était donné ou par des maîtres laïcs, ou
par des frères des écoles chrétiennes. Sous la Restauration ou sous la
Monarchie de Juillet, on créa dans chacun des quatre départements lorrains
une école normale d'instituteurs. Celle de la Meurthe fut installée à Nancy (1833), celle de la Meuse à Commercy (1823), celle de la Moselle d'abord à
Helfedange (1823),
puis à Metz (1832)
et celle des Vosges à Mirecourt (1828). A côté
des écoles publiques, il existait des écoles libres, tenues généralement par
des frères des écoles chrétiennes. L'enseignement était moins répandu chez
les filles que chez les garçons. Presque toutes les écoles publiques étaient
dirigées par des religieuses, sœurs de la Doctrine Chrétienne, sœurs de la
Providence de Portieux, sœurs de Sainte-Chrétienne, sœurs de la Providence de
Peltre, et, dans les localités de langue allemande, sœurs de
Saint-Jean-de-Bassel. C'étaient également des religieuses qui tenaient les
écoles libres. La
région n'eut pendant longtemps que les deux lycées de Nancy et de Metz, créés
sous le premier Empire. En 1857, le collège de Bar-le-Duc fut élevé au rang
de lycée. Les
collèges ecclésiastiques fondés durant cette période prirent surtout du
développement après qu'eut été votée la loi qui supprimait le monopole
universitaire[1]. Le plus important de ces
établissements fut le collège de la Malgrange, qui eut comme annexe
l'externat de Saint-Léopold. A Metz Mgr Dupont des Loges fonda Saint-Clément,
qu'il confia aux jésuites ; le collège fut ouvert au mois d'octobre 1862.
Nancy vit également se fonder un établissement libre d'enseignement
secondaire laïc, l'école professionnelle créée en 1844. L'enseignement
secondaire des jeunes filles était représenté par des institutions libres.,
laïques ou congréganistes. Le
premier Empire avait établi à Nancy une Faculté des lettres, à Metz une
Faculté des sciences. La seconde Restauration les supprima en 1815, ou en
1816. L'école libre de médecine, fondée par Simonin et de Haldat, devint en
1843 une école secondaire reconnue par l'Etat et en 18i43uneécole
préparatoire de médecine et de pharmacie. Au début du second Empire,
lorsqu'il fut question de créer de nouvelles Facultés, Metz, et non pas
Nancy, devait, dans la pensée primitive du gouvernement, en être pourvue ; mais
une députation de Nancéiens, à la tête de laquelle se trouvait l'éminent
lotharingiste Guerrier de Dumast, se rendit à Paris, obtint une audience de
Napoléon III, et Guerrier de Dumast plaida avec tant d'éloquence la cause de
Nancy qu'il obtint gain de cause. Notre ville reçut en 1854 une Faculté des
lettres et une Faculté des sciences, dix ans plus tard, en 1864, une Faculté
de droit. B. — De 1871 à 1914.
PREMIÈRE SECTION. — LA LORRAINE FRANÇAISE.
Enseignement primaire
et enseignement secondaire publics. — Enseigne, ment congréganiste. —
Enseignement supérieur. L'Université de Nancy.
C'est
en grande partie grâce à Jules Ferry qu'ont été votées les lois qui ont créé
l'enseignement primaire gratuit, laïc et obligatoire. Elles ont produit en
Lorraine les mêmes conséquences que dans le reste de la France : on a
construit des écoles primaires nouvelles, mieux organisées que les anciennes.
Des écoles normales d'institutrices ont été fondées à Maxéville (1879), près de Nancy, à Bar-le-Duc (1886) et à Épinal (881). Les
instituteurs de nos départements se sont de tout temps intéressés à
l'histoire locale ; ils y étaient encouragés par des inspecteurs d'académie.
Plusieurs d'entre eux ont écrit de bonnes monographies communales. La Société
lorraine des études locales dans l'enseignement public, fondée en 1912, a
recruté d'assez nombreux adhérents parmi les maîtres de l'enseignement
primaire. Aucun
lycée de garçons n'a été créé dans l'académie de Nancy de 1871 à 1914[2]. Nancy a
été doté d'un lycée de filles, le lycée Jeanne-d'Arc, ouvert en 1900 ;
Verdun, Épinal, Remiremont et Saint-Dié possèdent des collèges de jeunes
filles. L'enseignement
secondaire et primaire congréganiste avait prospéré jusqu'au début du XXe
siècle. Des collèges ecclésiastiques avaient été fondés, en particulier à
Lunéville et à Bar-le-Duc. La loi du 7 juillet 1904, qui interdisait
l'enseignement aux membres des congrégations, et celle du n décembre 1906,
qui séparait les Églises de l'État, ont amené la fermeture d'un grand nombre
de ces établissements, leur transformation ou leur exode à l'étranger. Une des
conséquences de l'annexion de l'Alsace à l'Allemagne fut le transfert, de
Strasbourg à Nancy, en 1872, delà Faculté de médecine et de l'école
supérieure de pharmacie. L'une des Facultés, celle des sciences, devait
prendre, à partir de 1890, une importance considérable. Grâce à l'activité et
à l'esprit d'initiative d'un de ses doyens, M. Ernest Bichal, grâce aussi aux
subventions que lui accordèrent les industriels lorrains[3], elle créa successivement
l'institut chimique, l'institut électro-technique et de mécanique appliquée,
l'école de brasserie, l'institut agricole et colonial, ces instituts, d'où
sortirent en grand nombre des ingénieurs, accueillirent, outre des nationaux,
de nombreux étrangers, venus en particulier de l'Europe orientale. En 1896, à
la suite d'une loi votée par les deux Chambres, les Facultés de Nancy, comme
d'ailleurs toutes celles qui existaient dans les chefs-lieux d'académie, se
groupèrent pour former une Université. On peut
considérer comme un établissement d'enseignement supérieur l'école de
commerce, créée à Nancy et reconnue par l'État en 1896. DEUXIÈME SECTION. — LA LORRAINE ANNEXÉE.
Enseignement primaire. — Enseignement secondaire. —
Enseignement supérieur.
Avant
même que le traité de Francfort eût été signé, une ordonnance du 18 avril
1871, rendue par le gouverneur de l'Alsace, avait établi l'obligation de
l'enseignement dans les territoires qui allaient être annexés. Une série de
lois votées par le Reichstag ou d'ordonnances émanant soit du gouvernement
central, soit du Statthalter, devaient organiser les services de
l'enseignement sur le modèle allemand, soumettre toutes les écoles aux
pouvoirs publics. La loi du 15 juillet 1879 plaçait les établissements d'enseignement
sous la haute autorité du Statthalter, ou de ses subordonnés. A partir du
15mai 1882, un Oberschulrath, c'est-à-dire un conseil supérieur de
l'enseignement, a été mis à la tête de ces services. L'enseignement
primaire, rendu obligatoire dès le 18 avril 1871, s'étend sur une durée de
huit années. L'école primaire en Lorraine, comme dans toute l'Allemagne, est
confessionnelle pour les garçons et pour les filles. Metz possède des écoles
supérieures de garçons. Les maîtres qui enseignent dans les écoles publiques
sortent de l'école normale d'instituteurs établie à Montigny. Il existe
quelques écoles privées, tenues par des frères des écoles chrétiennes. Pour
les filles, les écoles publiques catholiques et les écoles privées
catholiques ont pour maîtresses des sœurs de Sainte-Chrétienne. Metz possède
une école, primaire supérieure de filles, créée en 1891. Les
Allemands ont conservé le lycée de Metz, qui a rouvert au mois d'octobre 1871
; ils en ont détaché en 1879 une Realschule, devenue en 1893 une
Oberrealschule. Les principales villes de la Lorraine possèdent des
Realschulen. Comme établissements d'enseignement secondaire libre, on peut
citer le gymnase épiscopal (petit séminaire), l'école de la cathédrale ou la maîtrise et le
collège ecclésiastique de Bitche. Pour
les filles, Metz possède un collège municipal, fondé en 1896 et cinq
pensionnats ecclésiastiques, tenus en général par des sœurs de
Sainte-Chrétienne. C'est à
Strasbourg qu'a été élevée la nouvelle Université, mais c'est aux frais des
contribuables de la Lorraine, comme de ceux de l'Alsace, que cet
établissement a été construit. 2° LES LANGUES.
A. — De 1812 à 1870.
Si, de
1812 à 1851, la langue française a fait peu de pro grès dans la partie de la
Lorraine où se parlait un patois allemand, c'est que la plupart des
instituteurs et la presque totalité des institutrices, qui appartenaient à la
congrégation de Saint-Jean-de-Bassel, ne connaissaient que l'allemand.
D'autre part, c'était en allemand que se donnait l'instruction religieuse.
Sous le second Empire, l'autorité académique allait, avec plus de méthode et
d'énergie que par le passé, travailler à la diffusion de la langue française
; toutefois, elle dut au préalable s'entendre avec les évêques. Le clergé
paroissial était en majorité peu favorable à la diffusion du français, dans
lequel il voyait un véhicule d'irréligion et d'idées subversives. Dans la
Meurthe, M. Maggiolo, inspecteur d'académie, puis recteur, et M. Creutzer,
inspecteur primaire, que ne contrarièrent pas d'ailleurs les évêques du
diocèse, purent obtenir en quelques années des résultats très satisfaisants.
En 1870, le moment était proche où, dans la Meurthe, les enfants qui avaient
fréquenté l'école primaire connaîtraient la langue française. La disparition
du patois -allemand n'était plus qu'une question de temps. Il en alla autrement
dans la Moselle, où le corps enseignant déploya moins d'activité, tandis que
le clergé paroissial se montrait, plus hostile. Aussi trouvait-on en 1870
dans les cantons allemands de la Moselle beaucoup d'enfants qui ne savaient
pas le français. B. — De 1871 à 1914.
Dans la
partie de la Lorraine restée française, la question de la langue ne se pose
plus à partir de 1871, ou tout au moins le français n'a plus à lutter que
contre des patois romans, qui tendent à disparaître. Par
contre, les nouveaux maîtres de la Lorraine annexée allaient faire la guerre
aux patois allemands et surtout au français, qui devaient céder partout la
place au bon allemand. L'instruction obligatoire pour les enfants des deux
sexes, et en ce qui concerne les hommes, le service militaire devaient, dans
la pensée des Allemands, leur permettre d'arriver à leurs fins. Si
l'enseignement du français fut maintenu, quoique strictement limité, dans les
écoles primaires supérieures, dans les gymnases et dans les lycées, par
contre il fut supprimé dans les écoles primaires, où les instituteurs
donnèrent partout l'enseignement en allemand. Dans les villages de langue
française, les enfants n'en apprirent pas moins le français, seule langue
connue de leurs parents. Mais dans les villages de la Lorraine allemande,
beaucoup de parents, bien que parlant les deux langues, n'eurent pas la
patience d'enseigner le français à leurs fils et à leurs filles. Les
conquérants recoururent à d'autres moyens encore pour bannir la langue
française : les actes judiciaires, notariés, etc., durent être rédigés en
allemand, de même que les actes de l'état civil. Si, au début, les communes
de langue française avaient été autorisées à employer le français pour les
délibérations municipales et pour les actes administratifs, le nombre de ces
localités ne cessa d'être restreint par l'autorité allemande ; les prénoms
dans les actes de l'état civil, les enseignes des magasins, les
correspondances commerciales durent revêtir une forme germanique ; les
journaux publiés en langue française furent en butte à des tracasseries,
quand ils ne furent pas supprimés. Celte guerre à la langue française devait
petit à petit porter ses fruits, et le moment semblait proche, en 1914, où
seule la bourgeoisie serait capable de parler le français. En 1908
M. Kubler, un membre alsacien du Landesausschuss, fit voter par cette
assemblée une motion demandant que l'enseignement du français devînt
obligatoire dans toutes les écoles primaires d'Alsace-Lorraine ; mais Zorn de
Bulach, président du ministère, opposa à cette demande une fin de non-recevoir.
En mai 1909, sur la proposition de M. Bach, le Landesausschuss demanda que le
français fût enseigné dans les écoles primaires partout où le conseil
municipal en ferait la demande. Les municipalités des grandes villes se
prononcèrent toutes pour l'affirmative. Le 12 mai suivant, M. Zorn de Bulach,
tout en déclarant que le gouvernement acceptait en principe l'enseignement de
la langue française, paraissait pourtant ne l'admettre que dans les localités
voisines de la frontière française. Le Landesausschuss, peu satisfait de la
réponse, nomma une commission pour étudier la question, et le 6 juillet 1909,
la commission invita le gouvernement à favoriser par divers moyens
l'enseignement de la langue française, qui devait devenir obligatoire dans
les classes supérieures des écoles primaires. Les instituteurs seraient
autorisés à enseigner notre langue en dehors des heures de classe, les
communes à créer des cours spéciaux de français. Mais ces demandes ne
devaient pas obtenir satisfaction ; le gouvernement était bien résolu à ne
rien faire qui pût maintenir une communauté de langue entre la France et l'Alsace-Lorraine. 3° LES LETTRES.
Aucun
des grands courants qui ont agité la littérature française au XIXe siècle n'a
pris naissance dans la région lorraine ; deux d'entre eux l'ont à peine
touchée ; ni le romantisme ni le symbolisme ne pouvaient attirer les
Lorrains, gens amis de la clarté, de la précision, à l'imagination calme, à
la sensibilité discrète, d'ailleurs défiants à l'égard des nouveautés. Le
réalisme, au contraire, convenait beaucoup mieux à leurs goûts, à leur amour
de la vérité. Leur bon sens, du reste, les préservera des excès où tomberont
quelques-uns des maîtres de cette école. On a
souvent parlé de l'influence qu'exercent le pays et le climat sur l'esprit
des habitants ; les écrivains nés dans la même région devraient donc
présenter entre eux un air de famille. Le fait ne se vérifie pas pour nos
romanciers lorrains : peut-on trouver une ressemblance entre les Goncourt,
Erckmann-Chatrian, Theuriet, Barrés et Moselly ? Il est vrai que, parmi ces
auteurs, les uns, nés en Lorraine, ont un père originaire d'une autre
province, les autres, qui se rattachent par leur famille à notre pays, n'y
sont pas nés, l'ont quitté très jeunes ou même n'y ont jamais vécu.
L'éducation, le milieu et la profession ont encore contribué à rendre nos
auteurs très dissemblables. A. — La prose.
Philosophes. Orateurs.
— Critiques. — Historiens et érudits. — Romanciers. — Auteurs dramatiques.
Dans le
passé, les spéculations philosophiques n'avaient pas attiré nos ancêtres. Au XIXe
siècle nous pouvons citer Franck, né à Liocourt (1809-1893), professeur au lycée de Nancy,
à la Sorbonne et au Collège de France, membre, depuis 1844, de l'Académie des
sciences morales et politiques, auteur d'un Dictionnaire des sciences
philosophiques, Jules Simon, né à Lorient, en 1814, d'un père lorrain,
universitaire et homme politique, qui a écrit de nombreux ouvrages de
philosophie pure, de morale ou de sociologie. Plusieurs des maîtres du
barreau ou de la tribune étaient Lorrains ; tels le comte de Serre, Jules
Ferry et Raymond Poincaré, que son talent oratoire fit entrer en 1908 à
l'Académie française. Les
critiques sont assez nombreux. Le premier en date, Emile Gandar, de Neufour (1826-1868), suppléant de Désiré Nisardà la
Sorbonne, s'est occupé tout spécialement de Bossuet. Alfred Mézières, de
Rehon (1826-1916), professeur à la Faculté des
lettres de Nancy, plus tard à la Sorbonne, est l'auteur de travaux sur
Shakespeare (1863)
et sur Gœthe (1872-1873),
qui l'ont fait entrer en 1874 à l'Académie française. P. Albert, de
Thionville (1827-1880),
professeur au Collège de France, a écrit une série de volumes sur l'histoire
de la littérature française (1889). L'Italie du Moyen Age et de la Renaissance a plus
particulièrement attiré le Nancéien Emile Gebhart (1839-1908), professeur à Nancy, puis à la
Sorbonne, membre de l'Académie française. Citons de lui les Origines de la
Renaissance en Italie (1879), L'Italie mystique (1890), Autour d'une tiare (1893). Un
Messin, Emile Michel (1828-1909), à la fois peintre et critique d'art, entré
en 1892 à l'Académie des Beaux-Arts, est l'auteur d'un Rembrandt (1886). Parmi
les historiens dont nous avons à parler, les uns se sont occupés du passé de
leur petite patrie, tandis que les autres n'y ont jamais donné leur
attention. Accordons une mention à M. de Cherrier, de Neufchâteau (1786-1872), historien des Hohenstaufen et
de Charles VIII. Le comte d'Haussonville (1809-1884), d'une ancienne famille
lorraine, membre de l'Académie française, nous intéresse surtout comme auteur
d'une Histoire de la réunion de la Lorraine à la France (2e éd., 1860), qui est une histoire de Lorraine
depuis le XVIe siècle jusqu'au règne de Stanislas, ouvrage bien documenté,
bien composé et bien écrit. Auguste Digot, de Nancy (1815-1864), a eu le mérite d'abréger, en 6
volumes in-8°, les énormes in-folio de dom Calmet. Plus personnelle et plus
originale est son Histoire d'Austrasie. L'abbé Clouët († 1871), un des meilleurs historiens
lorrains du xix° siècle, avait entrepris la publication d'une Histoire de
Verdun, qu'il n'a pu malheureusement terminer. L'abbé Mathieu, devenu
plus tard évêque, archevêque, puis cardinal de curie, né à Einville (1839-1908), s'est fait connaître par une
remarquable thèse de doctorat présentée à Nancy en 1877, l'Ancien Régime,
dans la province de Lorraine et Barrois. L'abbé
Eugène Martin, de Pulligny (1859), est l'auteur d'une bonne Histoire des diocèses de Toul, de
Nancy et de Saint-Dié (1900-1903). Il est bien regrettable que la besogne
professionnelle n'ait pas encore permis à M. Emile Duvernoy, de Nancy (1861), de donner une suite à son Histoire
des États généraux des duchés de Lorraine et de Bar jusqu'à la majorité de
Charles III (1904).
Les lotharingistes attendent avec impatience que M. Pierre Boyé, un Nancéien,
lui aussi (1809),
réunisse en volumes les nombreuses études qu'il a consacrées au règne de
Stanislas en Lorraine. On doit à l'abbé Charles Aimond, de
Varennes-en-Argonne (1874), une savante thèse de doctorat sur les Relations de la France
et du Verdunois de 1270 à 1552 (1910). M. Christian Pfister est né à Beblenheim en
Alsace (1857), mais on s'étonnerait de ne pas
trouver ici l'auteur d'une magistrale Histoire de Nancy (1902-1909). Louis Madelin, de Neufchâteau (1871), après avoir donné de brillants
Croquis lorrains (1907), s'est malheureusement désintéressé de son pays natal. La
Lorraine a compté des érudits de grand talent. M. d'Arbois de Jubainville, de
Nancy (1827-1910), membre de l'Académie des
Inscriptions, s'est fait connaître par une excellente Histoire des ducs et
des comtes de Champagne (1859-1869) ; puis, abandonnant le Moyen Age, il s'est tourné
vers les études celtiques. P.-Ch. Robert mena de front l'érudition et la vie
militaire ; intendant général et membre de l'Académie des Inscriptions, il
s'est occupé d'épigraphie, de sigillographie et de numismatique. M. Lepage (1814-1887), l'ancien archiviste de Meurthe-et-Moselle,
a été un grand laborieux. Son Inventaire des archives de
Meurthe-et-Moselle, sa Statistique du département de la Meurthe,
ses Communes de la Meurthe, méritent ici une mention. C'est au passé
de Metz, sa ville natale, qu'Auguste Prost (1817-1896) a consacré sa longue existence.
Nous citerons de lui en particulier Les paraiges messins et Les
institutions judiciaires de la cité de Metz[4]. Les deux frères Darmesteter,
de Château-Salins, ont été trop tôt enlevés à la science. L'aîné, Arsène (1846-1888), a été un philologue éminent,
le cadet, James, un orientaliste distingué. Le père Scheil, de l'ordre de
saint Dominique, né à Kœnigsmachern en 1858, s'est consacré à l'assyriologie,
qu'il devrait actuellement enseigner au Collège de France. L'Académie des
Inscriptions lui a ouvert ses portes. C'est
dans le roman peut-être que les Lorrains ont le plus marqué. Accordons une
mention rapide à deux romanciers historiques, Mme É. Voïart et M. Henriot, un
magistrat, dont les Chroniques lorraines ont fait revivre les temps si
troublés et si tragiques du règne de Charles IV. Edmond About, de Dieuze (1828-1886), est le peintre des mœurs de
son temps. Journaliste, pamphlétaire, nouvelliste et romancier, disciple de
Voltaire, dont il a fait l'histoire et, comme lui, anticlérical, About a
beaucoup écrit. Les Mariages de province sont un de ses rares ouvrages
où il se soit rappelé qu'il était Lorrain. Les deux frères Edmond et Jules
Huot de Goncourt, dont l'aîné était né à Nancy en 1822, et le second à Paris
en 1830, avaient pour grand-père Huot de Goncourt, qui fut député du Bassigny
barrois aux États généraux de 1789. Ce sont les Goncourt qui ont mis à la
mode l'art du XVIIIe siècle, auquel ils ont consacré un important ouvrage, et
l'art japonais. En tant que romanciers, on peut les rattacher à l'école
naturaliste, et les regarder comme les créateurs du style impressionniste ;
ils ont en quelque sorte disloqué la phrase française. Emile
Erckmann (1822-1898), de Phalsbourg, et J.-F.
Chatrian (1826-1890), de Soldatenthal, ont collaboré
durant près de quarante ans, jusqu'à ce qu'une brouille malheureuse les
séparât, un peu avant la mort de Chatrian. Romanciers réalistes, mais d'un
réalisme sain, ils ont peint la vie des paysans de la Lorraine allemande, de
l'Alsace ou du Palatinat, dans quelques-unes de leurs œuvres : les Contes
de la montagne (1860), les Contes populaires (1866), l'Ami Fritz (1864). C'est encore la Lorraine
allemande et l'Alsace à l'époque de la Révolution et de l'Empire que font
revivre le Fou Yégof (1852), Mme Thérèse (1863), Histoire d'un conscrit de 1815 (1864), Waterloo (1865), Histoire de la Révolution
racontée par un paysan (1868-1870). Républicains et anticléricaux, Erckmann et
Chatrian laissent assez souvent transparaître leurs opinions. Je
n'accorderai qu'une brève mention à A. Arnould, de Dieuze (1833-1895), journaliste, pamphlétaire,
romancier, membre de la Commune de Paris en 1871. H. France, de Mirecourt (1840-1908), a été, lui aussi, mêlé an
mouvement de la Commune. Ses romans s'adressent au peuple et ne se
recommandent par aucun mérite littéraire. André
Theuriet, né à Marly-le-Roi (1833-1907), avait, pour mère une Meusienne, et c'est à
Bar-le-Duc qu'il a été élevé. Aussi beaucoup de ses romans ont-ils le Barrois
pour théâtre. C'est un poète virgilien, qui a décrit fidèlement l'existence
des bourgeois et des petites gens, rendu avec un sentiment très vif et très
profond de la nature les aspects riants ou mélancoliques du paysage meusien,
en particulier le charme des forêts. Parmi ses romans qui ont le Barrois pour
théâtre, citons : la Maison des deux barbeaux (1879), le Secret de Gertrude (1883), l'Amoureux de la préfète
(1889), Au paradis des enfants (1887), l'Oncle Scipion (1890). Theuriet a été membre de
l'Académie française. Albert Cim (ochowski), de Bar-le-Duc (1845), est un auteur fécond.
Plusieurs des nouvelles et des romans qu'il a écrits se passent dans la
Meuse. Maurice
Barrés, de Charmes (1862-1923), est petit-fils d'un officier d'origine
auvergnate, marié à une Lorraine. Comme écrivain, il a évolué. Ses premiers
romans, Sous l'œil des barbares (1888), Un homme libre (1889), le Jardin de Bérénice (1891), où il affichait un certain
mépris pour le vulgaire, ne faisaient pas prévoir le Barrés nationaliste et
régionaliste d'Au service de l'Allemagne (1905), de Colette Baudoche (1909), de la Colline inspirée (1913). Dans ce dernier roman, il a
décrit avec une puissance rare certains aspects du paysage lorrain, en même
temps qu'il donnait une grandeur presque épique au prêtre lorrain défaillant
qui s'appelait Léopold Baillard. Le style de Barrés, d'abord recherché,
tourmenté, quelque peu obscur, est devenu par la sui te, sans rien perdre de
son élégance, plus clair, plus net, plus accessible au grand public.
L'Académie française lui avait ouvert ses portes. Voici
deux universitaires : Emile Moselly[5] et Louis Bertrand. C'est dans
le Toulois, sa patrie, que Moselly, de Bicqueley (1870-1918), a situé la plupart de ses
nouvelles et de ses romans, le Rouet d'ivoire (1908), où il a réuni des contes, Terre
lorraine (1907),
la plus poignante peut-être de ses œuvres, dont l'héroïne, d'ailleurs très
attachante, a une sensibilité délicate, qui ne se rencontre guère chez les
paysannes lorraines, Fils de gueux (1912). Les pays méditerranéens, l'Algérie en
particulier, ont, plus que la Lorraine, attiré Louis Bertrand, né à Spincour en
1866. Mademoiselle de Jessincourt, récit très simple, mais d'une
vérité saisissante, le seul roman où Bertrand ait évoqué son pays d'origine,
fait regretter que l'auteur n'ait pas plus souvent traité des sujets
lorrains. Le Spinalien René Perrout (1868-1920) a décrit le passé de sa ville
natale dans Goëry Coquart (1906), le présent dans différents contes ou romans,
Marius Pilgrin (1912),
etc., d'une réelle valeur littéraire. Un
neveu de Barrés, Charles Démange (1884-1909), a écrit le Livre de désir
(1909), qui annonçait un écrivain
d'avenir. Mentionnons
enfin Paul et Victor Marguerilte, nés en Algérie d'un père lorrain, le
vaillant général mortellement blessé à Sedan le 1er septembre 1870. MM.
François de Curel et Maurice Pottecher n'ont guère écrit que pour le théâtre.
Le premier, né à Metz en 1854, a un esprit curieux, original, qui a étudié
avec vérité, parfois avec poésie, certains défauts et certains milieux
sociaux. Son style est clair, nuancé et précis. Ses principales pièces sont :
l'Envers d'une sainte (1892), les Fossiles (1892), l'Amour brode (1893), et plus récemment l'Âme en
folie et Terre inhumaine (1922). M. de Curel a été reçu à l'Académie française.
Tandis que M. de Curel n'est Lorrain que de naissance, M. Pottecher, de
Bussang (1867), a écrit, pour le théâtre du
peuple qu'il a créé à Bussang, quelques pièces où il met en scène des
personnages de la haute vallée de la Moselle ; c'est le cas du Diable
marchand de goutte (1897) et du Sotré de Noël (1897). B. — La poésie.
Classiques et romantiques. — Symbolistes.
La
Lorraine a le droit de revendiquer l'un des plus grands poètes du xix°
siècle, Victor Hugo, né, il est vrai, à Besançon, mais dont le père, le
général Léopold-Sigisbert Hugo, était né à Nancy et dont le grand-père, un
modeste menuisier de la rue des Maréchaux, que Victor Hugo a toujours laissé
dans un profond et injuste oubli, était venu, des environs de Mirecourt,
s'établir dans notre cité. Un auteur a étudié les origines auvergnates de
Barres. On n'a pas encore recherché, ce serait pourtant un sujet d'un grand
intérêt, ce que les ancêtres lorrains de Victor Hugo avaient pu lui léguer,
quelle contribution ils avaient apportée à son génie. Contentons-nous
de nommer le Nancéien Charles Mollevaut (1777-1844), traducteur en vers de Tibulle,
de Properce, de Virgile, etc., le Spinalien Pellet (1782-1830), surnommé le Barde des Vosges,
le chansonnier Debraux, d'Ancerville (1796-1831), Mme Tastu, née Voïart, une
Messine, Désiré Carrière de Nancy (1813-1853), qui, dans le Curé de
Valneige (1845),
a refait le Jocelyn de Lamartine. Paul
Verlaine (1844-1896), né à Metz, est une
personnalité assez compliquée. Bohème, malade, détraqué, pris entre deux
tendances, l'une qui le faisait monter vers Dieu, tandis que l'autre le
rabaissait aux joies les plus grossières, il suivit, tour à tour, et
quelquefois simultanément, ces deux inspirations ; c'est en vrai poète qu'il
a rendu ces sentiments contraires avec une sincérité impressionnante. Citons
de lui Poèmes saturniens (1866), la Bonne Chanson (1870), Jadis et naguère (1885), les Amours (1888), Sagesse (1889). Le
symbolisme est représenté en Lorraine par Gustave Kahn, qui en est un des
fondateurs, et par Charles Guérin. Le premier, né à Metz en 1859, prosateur
et poète, a écrit Palais nomades (1887), la Chanson d'un amant (1889), Premiers poèmes (1897), Livres d'images (1899). Charles Guérin, de Lunéville (1873-1907), qu'une mort prématurée a
enlevé aux lettres, n'appartient à l'école symboliste que par ses premières
œuvres, d'une intelligence difficile pour les profanes. Plus tard, sous
l'influence des sentiments qui l'avaient secoué, il sut trouver des accents
plus vrais, plus sincères, exprimés dans une langue plus claire et plus
forte. Ses principales œuvres sont le Cœur solitaire (1898) et l'Homme intérieur (1905). Mentionnons
encore Emile Hinzelin, René d'Avril, Léon Tonnelier, Pierre Weiss, Georges
Ga'rnier, Alcide Marot, Hippolyte Roy, Marcel Toussaint-Collignon, mort pour
la France le 13 octobre 1916, et Pierre Xardel. 4° LES SCIENCES.
Mathématiciens. —
Géologues. — Botaniste. — Médecins.
La
Lorraine a compté au XIXe siècle deux grands mathématiciens, Charles Hermite
et Henri Poincaré. Le premier, né à Dieuze en 1822, professeur à l'École
polytechnique et à la faculté des sciences de Paris, fut élu en 1856 membre
de l'Académie des Sciences. On doit à Hermite de nombreux mémoires sur la
théorie des nombres, ainsi que sur les fonctions elliptiques et abéliennes.
Hermite est mort en 1901. Henri
Poincaré, né à Nancy (1854-1912), passa, lui aussi, par l'École polytechnique et
professa à la Sorbonne. Il n'avait que 33 ans quand il devint en 1887 membre
de l'Académie des Sciences. Poincaré a étudié les fonctions différentielles
et l'application des méthodes infinitésimales à la théorie des nombres et à
la mécanique des corps célestes. Poincaré était aussi un penseur ; il a écrit
en particulier Sciences et méthodes (1909). Un Vosgien, le colonel Renard (1847-1905), peut être considéré comme
l'inventeur des ballons dirigeables. L'Académie française l'avait admis au
nombre de ses membres. Voici
maintenant deux géologues, nés à Metz, Daubrée et Delesse. L'un et l'autre
entrèrent à l'École polytechnique, furent ingénieurs des mines, et devinrent
membres de l'Académie des Sciences. Daubrée (1814-1896) est l'auteur de nombreux
travaux, parmi lesquels nous citerons ses Études synthétiques de géologie
comparée (1879)
et Les régions visibles du globe et des espaces célestes, tremblements de
terre, météorites (1888). Quant à Delesse (1817-1881), il s'est occupé surtout de
métamorphisme. Le Nancéien René Nicklès (1859-1917), professeur de géologie à la
Faculté des sciences de Nancy, a démontré que le bassin houiller de Sarrebrück
se continuait en Meurthe-et-Moselle. Citons comme botaniste Godron (1807-1880), professeur à la faculté des
sciences de Nancy et auteur d'une Flore de Lorraine (2e édit.,
1857). Parmi
les médecins originaires de la Lorraine, citons d'abord Etienne Pariset, de Grand
(1770-1847), que ses études et ses
recherches sur la fièvre jaune, sur la peste, ainsi que suites maladies
mentales, firent entrer à l'Académie de Médecine et à l'Académie des Sciences.
Il fut élu en 1822 secrétaire perpétuel du premier de ces corps savants. L’hypnotisme
a rendu célèbre un de nos concitoyens, le docteur Liébaut ; et ; le
professeur Bernheim, de la Faculté de médecine de Nancy, qui a développé sur
cette question de l'hypnotisme une théorie différente de celle que soutenait
le docteur Charcot, médecin en chef de la Salpêtrière. Liébaut (1823-1884) et Bernheim ont employé avec
succès l'hypnotisme comme moyen thérapeutique. Bien que le professeur Bernheim,
qui écrit Hypnotisme et suggestion (3e éd., 1910), De la suggestion
(1911), n'ait pas fait d'élèves,
l'école de Nancy a été en quelque sorte continuée par M. Coué, un ancien pharmacien,
qui recourt à l'autosuggestion pour la guérison de nombreuses maladies. 5° LES ARTS.
D'une
façon générale, les artistes lorrains du XIXe siècle sont restés fidèles au
réalisme, qui est une des caractéristiques du tempérament lorrain ; on
constate pourtant chez quelques-uns d'entre eux, d'ailleurs assez rares, des
tendances romantiques et idéalistes. A. — Les architectes et les monuments.
On sait
que la plupart des architectes du XIXe siècle se sont contentés de copier les
modèles qu'avaient édifiés leurs prédécesseurs. Quand M. Morey a construit
Saint-Evre, il a fait un pastiche du gothique. Le palais de l'Université, du
même architecte, est plutôt du style classique. Plus récemment quelques
architectes nancéiens, André Weissenburger, Rougieux, Charbonnier et le
maître ébéniste Vallin se sont efforcés, avec plus ou moins de bonheur, de
créer un nouveau style. Bien
rares sont les édifices d'un style original élevés au XIXe siècle. A-t-on au
moins pris soin de conserver en bon état ceux qu'avaient construits nos
ancêtres ? Hélas, c'est par la négative qu'il nous faut répondre à cette
question. Dans la Lorraine annexée, les Allemands ont pris à tâche de faire
disparaître les monuments qui rappelaient la période française. En ce qui
concerne la Lorraine française, des municipalités ignorantes ou hostiles au
passé ont détruit ou laissé détruire des œuvres qui, à plus d'un égard,
commandaient le respect. Nancy nous offrirait plus d'un exemple de ce
vandalisme, qui n'est nullement, comme certaines gens le croient bien à tort,
propre à l'époque révolutionnaire. B. — Les sculpteurs.
A
l'exception de Fratin, un artiste messin qui fut un sculpteur animalier, très
goûté de son temps, les principaux sculpteurs lorrains de la première moitié
du XIXe siècle ont fait de la grande sculpture. Citons d'abord Jacquot, né à
Nancy en 1794, qui obtint en 1820 le grand prix de Rome ; il représenta, en
face des novateurs, le style classique. On lui doit, et ce n'est pas
assurément pour lui un titre de gloire, la lourde statue de Stanislas, qui
enlaidit à Nancy la place de ce nom. En dehors des bas-reliefs qui décorent
l'église Saint-Evre, le Messin Charles Pètre (1828-1907) a fait les statues du maréchal
Ney à Metz (1855),
de Jeanne d'Arc à Neufchâteau, de dom Calmet à Commercy (1864). Georges Clère, né à Nancy en
1829, a été quelque peu touché par le romantisme ; on a de lui Malvina au
tombeau d'Oscar, Jeanne d'Arc écoutant ses voix, et les statues qui décorent
l'Université de Nancy. Aube, né à Longwy (1837-1916), attira l'attention sur lui en
1874 par la Sirène ; il est l'auteur des statues de Dante Alighieri (1880), de Bailly (1884), du peintre Boucher (1888) ; c'est lui qui fut chargé en
1884, avec l'architecte Boileau, du monument élevé à Gambetta sur la place du
Carrousel. Citons encore d'Aube le monument de Bruville, dans
l'arrondissement de Briey. Parmi
les sculpteurs de la seconde moitié du XIXe siècle, quelques-uns comme
Hannaux, Bussière, Schiff, Fosse et Charles Jacquot, ont fait de la grande
sculpture. Hannaux,
né à Metz en 1855, a sculpté les bustes d'Ambroise Thomas, de Gabriel Monod,
du général Dalstein. Les sculptures du fronton de la salle Poirel à Nancy et
le monument de Noisseville sont des œuvres du même artiste. Les bustes de
Gringoire et de Grandville à Nancy, le monument de Mgr Trouillet à
Saint-Evre, celui d'E. Erckmann à Lunéville sont dus au ciseau de Bussière,
d'Ars-sur-Moselle. Mathias
Schiff, né en 1862 à Rettel-les-Sierck, qu'une mort prématurée a enlevé en
1886, est l'auteur de quelques bustes et de la jolie statue de René II, qui
s'élève à Nancy sur la place Saint-Evre. Fosse,
de Nantillois, a sculpté beaucoup de bustes : nous citerons en particulier
celui de Jean V d'Allamont, qui défendit Montmédy en 1657. Fosse a travaillé
à Benoitevaux, et il est l'auteur du monument de Cugnot à Void. Les
principales œuvres de Charles Jacquot, de Bains, sont une Jeanne d'Arc (1896). Ad Patriam (1896), et une statue symbolique,
Terre lorraine, exposée en 1909. D'autres
artistes se sont fait un nom en reproduisant l'effigie de quelques-uns de
leurs contemporains, ou en traitant de petits sujets sous forme de
statuettes, de groupes, de bas-reliefs. L'un des plus personnels et des plus
originaux est Saladin, né à Épinal en 1878 : la Mort, le Destin, la Volupté
et la Douleur enfantant la Vie, ont été très remarqués. Drappier,
de Viterne, a représenté des scènes delà vie agricole et industrielle, comme
Passage difficile (1906), Forgeron (1911). Robert Champigny, d'Ancy-sur-Moselle, Finot, de Nancy, Somme,
de Nancy, ont traité en sculpture des sujets de genre ou de fantaisie.
Muller, de Flavigny, Broquet, de Void, Roussel, d'Ourches, ont sculpté des
bustes. Auguste Vallin, de Nancy, est l'auteur de bustes et de bas-reliefs
d'un style très réaliste. Les médaillons de Niclausse reproduisent avec
beaucoup de vérité divers aspects de la vie rurale. Lecourtier, de Gremilly,
est surtout un animalier. Aux
sculpteurs on peut joindre Ponscarme (1827-1903), né à Belmont-devant-Darney,
auteur d'un grand nombre de médaillons, parmi lesquels nous citerons ceux de
Jules Ferry, de Méline, de Louis Blanc et de Schœlcher. C. — Les peintres.
Parmi
les peintres lorrains du XIXe siècle, beaucoup, répugnant à la
spécialisation, ont traité les sujets les plus différents. Quelques-uns même,
au talent souple et varié, ont abordé la gravure, la sculpture ou l'art
décoratif. Les sujets de genre, le portrait et le paysage tiennent dans leurs
œuvres une place toujours plus grande, au détriment de la peinture historique
ou religieuse. Maréchal avait formé à Metz des élèves et fait de sa ville
natale le principal foyer d'art de la région lorraine. Après l'annexion, les
artistes messins se dispersèrent. Deux d'entre eux, Devilly et Michel,
vinrent se fixer à Nancy. Le premier fut nommé conservateur du musée de
peinture et directeur de l'école municipale de dessin, devenue plus tard
l'école des Beaux-Arts. Quelques-uns de ses élèves, Friant, Prouvé, Camille
Martin, furent appelés eux-mêmes à exercer autour d'eux une réelle influence.
Nancy deviendra également, grâce à Emile Galle, un centre d'art décoratif. Si
Laurent, de Baccarat (1763-1832), doit être placé ici, c'est qu'on peut, en raison
des sujets qu'il a traités sous la Restauration, le considérer comme un
précurseur du romantisme. Le paysagiste A. Rolland, de Metz (1797-1859), a reproduit des sites de la
Lorraine. Maréchal, né à Metz (1800-1887), a d'abord peint à l'huile ; il
a ensuite rénové l'art du pastel, délaissé depuis le XVIIIe siècle, et il s'y
est acquis une juste renommée. Nous reparlerons de lui à propos des arts
décoratifs. Bien qu'il soit né à Paris, nous devons mentionner ici Eugène
Isabey (1804-1886), fils du grand miniaturiste.
C'était surtout un peintre de marine, le Port de Dieppe, au musée de Nancy,
le Combat du Texel, l'Embarquement de Ruyter comptent parmi ses meilleures
toiles. François-Théodore Fantin-Latour (1805-1875), né à Metz, a peint des
portraits et des tableaux religieux. Son fils Henri, plus connu que lui, est
né à Grenoble en 1836. Français, de Plombières (1814-1897), a fourni une longue et
glorieuse carrière. L'Académie des Beaux-Arts l'a admis au nombre de ses
membres en 1890. Les environs de Paris, la Bretagne, la Normandie, la Suisse,
la campagne de Rome et l'Algérie l'ont inspiré beaucoup plus que son pays
natal. Gratia, de Rambervillers (1816-1911), l'un des maîtres du pastel au
XIXe siècle, a eu de la vogue en Angleterre, où il a fait le portrait de la
reine Victoria et ceux de nombreux membres de la haute société. Yvon,
d'Eschwiller (1817-1893),
a été surtout un peintre militaire et particulièrement le peintre des guerres
du second Empire ; le maréchal Rey soutenant l'arrière-garde en Russie,
exposé en 1855, eut beaucoup de succès. Citons encore parmi ses œuvres la
Prise de la tour Malakoff (1867), la Bataille de Solférino (J86I), Magenta, évacuation des
blessés (1863), charge de cuirassiers à Reichshoffen
(1875). Marc, de Metz (1818), est paysagiste. Devilly,
également de Metz (1818-1886), est comme Yvon un peintre militaire. On a de lui
: Le Combat au marabout de Sidi-Brahim (1857), Bivouac en 1812 (1859), la Bataille de Solférino (1861), Malakoff (1863) et Mazeppa (1870). Eugène Feyen (1815-1908) et son frère, Feyen-Perrin (1826-1888), sont nés à Bey-sur-Seille. Le
premier a été, pendant presque toute sa longue vie, le peintre de Cancale et
de ses habitants ; Feyen-Perrin, très différent de son aîné, a traité les
sujets les plus variés : Charles le Téméraire (1865), Elégie et Mélancolie. Trayer,
d'origine messine, après s'être essayé dans le genre anecdotique, a été
ensuite amené par ses tendances réalistes à peindre les scènes de la vie
courante. Moyse, né à Nancy en 1827, s'est fait le peintre attitré des scènes
de la vie juive. Le Messin Emile Michel (1828-1909), critique d’art, paysagiste et peintre
de genre, a composé : la Nuit d'été (1872) au musée de Nancy, les Semailles d'automne (1873) au musée du Luxembourg, les
Dunes près de Harlem (1885), Hector Leroux, de Verdun, a représenté des scènes de la vie
intime des anciens. Le Nancéien Sellier (1830-1882), grand prix de Rome en 1857,
après avoir traité dans le Lévite d'Ephraïm un sujet biblique, s'est tourné vers
la peinture de genre. Malheureusement, sous l'action d'un enduit bitumineux,
les couleurs des tableaux de cet artiste ont disparu, et il n'en reste plus
qu'un nuage noir. Monchablon, né à Avillers en 1835, grand prix de Rome en 1863,
a peint des scènes religieuses, historiques et des portraits ; c'est à lui que
sont dues les Gloires de la Lorraine, toile qui décore l'hémicycle du grand
amphithéâtre de la faculté des lettres. Il a composé une Jeanne d'Arc, Victor
Hugo sur le rocher de Guernesey, la cérémonie de Mars-la-Tour où l'on voit
Mgr Turinaz, des portraits de M. Buffet et du vice-amiral Roussin. M. de
Meixmoron de Dombasle, de Roville-devant-Bayon (1839-1912), a été en Lorraine un des
représentants de l’impressionnisme. Ses audaces de coloriste ont quelque peu
effarouché au début ; petit à petit d'ailleurs M. de Meixmoron s'est assagi.
Il a représenté de préférence des vues de la Lorraine et de la Bourgogne.
Henri Lévy (1840-1904),
de Nancy, est le plus brillant représentant lorrain de la peinture historique
au XIXe siècle. Hérodiade (1872), Jésus au tombeau (1873), l’Enlèvement de Sarpédon (1874), la Mort de saint Jean-Baptiste
(1892) sont ses principales toiles ;
il a peint aussi pour le Panthéon le Couronnement de Charlemagne. A. Flameng,
de Jouy-aux-Arches (1843-1893), a peint des plages et des ports de la Manche ou
de l'Atlantique. Ses meilleurs tableaux sont : Bateaux de pêche à Dieppe (1881) et Bassin Vauban au Hayre (1883). Le paysagiste Petitjean, né à Neufchâteau
en 1844, a cherché de préférence ses sujets dans la région lorraine. Nous mentionnerons
de lui : une Rue de village (1880), une Rue de Bouxières-aux-Dames (1881), Verdun le soir (1891). Barillot, de Montigny-lès-Metz
(1844), a été le Troyon de la
Lorraine. Son Retour des champs de Lorraine (1876), la Bête de Seurette (1881) comptent parmi ses meilleurs
tableaux. Mme Valentino, de Metz (1845), a cultivé la peinture de genre et le portrait. Nous
arrivons au plus grand peut-être des peintres qu'ait produits la Lorraine au XIXe
siècle, Jules Bastien-Lepage, de Damvillers (1848-1884). Artiste sincère, original et
puissant. Bastien-Lepage a été un maître dans le paysage et dans le portrait.
Les Foins, la Cueillette des pommes de terre et l'Amour au village sont de
délicieux poèmes ; la vie palpite dans le portrait du grand-père, dans celui
de Sarah Bernhardt. La Jeanne d'Arc écoutant ses voix a été l'objet de
critiques assez vives, Bastien-Lepage ayant fait de la bergère de Domremy une
vraie paysanne lorraine, qu'il n'a pas essayé d'idéaliser. Bastien-Lepage est
mort à 36 ans, alors qu'on pouvait espérer de lui une longue suite de toiles,
où la maîtrise de son talent se serait déplus en plus affirmée. Le
Nancéien Aimé Morot (1850-1913) est, lui aussi, un peintre richement doué. Grand
prix de Rome en 1873, grand prix de l'Exposition universelle en 1889, entré à
l'Académie des Beaux-Arts en 1898, Morot est à la fois un peintre d'histoire,
un peintre de genre et un portraitiste. Citons de lui un Episode de la
bataille d'Eaux-Sextiennes (1879), au musée de Nancy, Rezonville : 16 août 1870 (1886), la bataille de Reichshoffen (1887), El bravo toro (1884), Toro colante, Rex, qui
représente un lion magnifique. Le
paysagiste Jean-Monchablon, de Châtillon-sur-Saône (1854), a peint en particulier les
champs, les regains, etc. Un autre paysagiste, Renaudin, élève de Petitjean,
né à Laneuveville-devant-Raon, a surtout représenté des sites de la région
lorraine. Priant,
Prouvé, C. Martin, H. Royer, Hestaux, élèves de Devilly, ont commencé à Nancy
leurs études artistiques. Prouvé, de Nancy, est un artiste original et
puissant, à la fois peintre, sculpteur, graveur et ornemaniste. En peinture
il a abordé le portait, le genre et le paysage. Son portrait d'Emile Galle
est une œuvre admirable de vérité et de conscience. Priant, né à Dieuze en
1863, entré en 1923 à l'Académie des Beaux-Arts, saisit et rend avec vérité
les attitudes, les gestes, les jeux de physionomie des personnages qu'il
représente ; son dessin est impeccable. Les Canotiers de la Meurthe (1888), la Toussaint (1889), sont des toiles d'un réalisme
saisissant. Priant a également reproduit les traits de bon nombre de ses
contemporains, nancéiens ou parisiens. A plusieurs reprises, Coquelin aîné et
Coquelin cadet ont posé devant lui. Henri Royer, de Nancy, artiste précis et
minutieux, a généralement délaissé la Lorraine pour se consacrer à la
Bretagne, dont il a peint les sites, les plages et les habitants. On a
également quelques portraits de cet artiste. Hestaux de Metz (1858-1919) et C Martin de Nancy (1861-1898) sont des peintres et des
ornemanistes. Lalire,
de Rouvres (Meuse), est le peintre des Sirènes. Pourtant il lui est arrivé de
les oublier ; sainte Geneviève et les princesses mérovingiennes, exposée en 1906,
est une de ses meilleures toiles. Malespine, de Nancy ou de Saint-Nicolas,
s'est fait le peintre des batailles et des soldats du premier Empire. Citons
de lui : le général Lasalle à Wagram et la Charge du 16e cuirassiers à Iéna (1910). Desch, de Nancy, Grandgérard,
de Nancy, Descelles, de Raon-l'Étape, sont des peintres de genre et des
paysagistes. L'Enfant à la crinoline du premier (1909), la Jeune fille au corset rose
du second (1907),
les Cambrioleurs du troisième (1906), sont des œuvres intéressantes. Les peintres dont
nous avons à parler maintenant se sont en général spécialisés dans le
paysage. Colle, de Baccarat, Barotte, de Rosières-aux-Salines, Serrier, de
Thionville et Waidmann, de Remiremont, ont choisi de préférence leurs sujets
dans la région lorraine. Pourtant Waidmann, coloriste violent, s'est inspiré
de la Hollande et de Venise. Charles Willmann, de Remiremont, affectionne les
vues de Paris. Grosjean, de Gondrecourt, a une prédilection pour les sites du
Jura. Culmann, de Forbach, s'est fait remarquer par des vues de Troyes. Deux
Nancéiens, Silice et Jean Rémond, ont affectionné particulièrement la
Bretagne, Rémond, enlevé prématurément à 40 ans, était un artiste de grand
talent, à la fois sincère et idéaliste. Citons de lui : Effet d'orage, Effet
de lune, le Chemin des grèves, exposé en 1906. Nous avons encore à citer les
noms de Peccatte, de Baccarat, de Mlle Delorme, de Lunéville, de Pierre, de
Verdun, d'Henri Baudot, de Nancy. D. — Les dessinateurs.
Nous
retrouvons ici quelques-uns des artistes que nous avons étudiés à propos de
la peinture. Le premier en date des dessinateurs lorrains est le Nancéien
Jean-Jacques Gérard, dit Grandville (1803-1847). Artiste ingénieux et
consciencieux, Grandville a bien saisi les travers et les ridicules de
l'humanité, comme le prouvent ses Métamorphoses du jour, ses Petites misères de la vie humaine et ses Cent proverbes.
Il a fort heureusement illustré Gulliver et les Chansons de Béranger. Grandville a recherché
dans les animaux tout ce qui pouvait les rapprocher des hommes ; c'est ce qui
fait le charme et l'intérêt de ses Fables de La Fontaine et surtout
des Animaux peints par eux-mêmes. Le
peintre Français a, dans sa jeunesse, illustré un certain nombre de livres,
en particulier le Roland furieux et une fort belle édition de Paul
et Virginie. Aimé de Lemud, né à Thionville (1816-1887), peintre, dessinateur et
graveur, a illustré Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo, l'Iliade
d'Homère,
et, chose
extraordinaire, les Chansons de Béranger ; artiste d'inspiration romantique, méditatif et mystique, de Lemud a en quelque sorte idéalisé l'auteur qu'il interprétait. Friant et Larteaux, de
Nancy, ont donné des portraits au crayon, excellents de tous points. Jacques Onfroy
de Bréville, né à Bar-le-Duc, et connu sous le pseudonyme de Job, a illustré
des albums qui ont fait sa réputation. Nous citerons encore un jeune
dessinateur nancéien, Laurent, qui a représenté surtout des animaux. E. — Les graveurs.
Grandville
et de Lemud ont tous deux manié le crayon lithographique. Les Métamorphoses
du jour et les dessins satiriques destinés à l'Illustration, de
Grandville, maître Wolframb et Hélène Adelsfreit, de Lemud, ont été très
appréciés du public. Berveiller, de Faulquemont, Tilly et Paul-Emile Colin
représentent la gravure sur bois. Le dernier, Colin, né à Lunéville, artiste
original, a fait revivre les procédés qu'employaient les vieux maîtres. Il a
dessiné et gravé les planches qui illustrent Les Philippe de Jules
Renard et Colline inspirée de Barrés. G. Lévy, de Toul, de Lemud,
Boilvin, de Metz, Decisy, de Metz et Schütz représentent la gravure au burin,
Emile, de Bulgnéville, la gravure à la pointe sèche. Valerio,
d'Herserange (1819-1879),
a, dans ses dessins, ses aquarelles et ses eaux-fortes, reproduit des vues et
surtout des types de la Hongrie, de la Transylvanie et de la Turquie. Boilvin
est aquafortiste en même temps que graveur au burin. Mentionnons encore
Rudaux, de Verdun, qui a gravé ses propres compositions, ou celles d'autres
artistes. Lorrain, de Nancy, et le peintre Waidmann, de Remiremont, ont gravé
des paysages à l'eau-forte en couleur. F. — Les maîtres de l'art décoratif.
L'art
décoratif avait eu à Metz un glorieux représentant dans Maréchal, qui avait
renouvelé l'art du vitrail. Après 1870, E. Galle (1846-1904) a été à Nancy l'instigateur
d'un mouvement artistique dont nous avons déjà dit quelques mots. Les meubles
d'É. Galle, des frères Majorelle, de Vallin, les vitraux de J. Gruber, les
verres d'E. Galle et des Daum, les émaux de Hirtz, les grès des frères Mougin
et de Citère, les cuirs repoussés et les reliures de Prouvé, de Camille
Martin et de R. Wiener, sont des œuvres originales du plus haut intérêt. En
1901 Galle et quelques autres artistes nancéiens créèrent l'Alliance
provinciale des industries d'art, qui prit plus tard le nom d'Ecole de Nancy.
Après la mort prématurée de Galle, la présidence du comité fut donnée à V.
Prouvé. G. — Les musiciens.
C'est
au XIXe siècle seulement que la région lorraine a produit quelques musiciens.
Chopin, né en Pologne d'une mère polonaise, avait-il pour père un Lorrain ?
C'est un problème qui n'a pas encore reçu de solution. Ambroise Thomas, de
Metz (1811-1896), est le plus illustre des
musiciens de la région. Il a créé de nombreux opéras-comiques, dont les plus
connus sont : le Caïd (1849), le Songe d'une nuit d'été (1850) et surtout Mignon (1866). Le principal de ses opéras est
Hamlet (1868), auquel on peut joindre
Françoise de Rimini (1882). A. Thomas, entré en 1851 à l'Académie des Beaux-Arts, a pris en
1871 la succession d'Aubert au Conservatoire. Charpentier, né à Dieuze en
1860, grand prix de Rome en 1887, a donné en 1893 un drame lyrique, Louise,
qui a obtenu un grand succès. Citons encore G. Pierné, né à Metz en 1863,
grand prix de Rome en 1881, qui a composé des mélodies : une Belle est dans
la forêt et qui a écrit pour le théâtre le docteur Blanc, la Coupe enchantée
et Vendée. Florent Schmitt, né à Blâmont en 1870, grand prix de Rome en 1900,
auteur d'Antoine et Cléopâtre, est un compositeur original et puissant. 6° LES ACADÉMIES ET LES SOCIÉTÉS SAVANTES. — LES MUSÉES ET LES
BIBLIOTHÈQUES.
Dans la
Meurthe-et-Moselle, l'ancienne Société royale des Sciences et Belles-Lettres,
qui s'était reconstituée sous le premier Empire, prit en 1850 le nom
d'Académie de Stanislas. Deux ans auparavant, quelques lotharingistes avaient
fondé la Société d'archéologie lorraine. Citons encore la Société de géographie
de l’Est, née à Nancy en 1879, la Société lorraine des amis des arts (1833), la Société des artistes
lorrains (1892), la Société des sciences, qui
n'est autre que la Société des sciences naturelles de Strasbourg, immigrée à
Nancy à la suite de l'annexion de l'Alsace, la Société de médecine et la
Société industrielle de l'Est, autorisées, la première en 1868, la seconde en
1884. La Meuse
possède trois sociétés savantes, dont la plus ancienne est la Société
philomatique de Verdun (1822). La Société des lettres, sciences et arts de Bar-le-Duc date de
1870 ; la Société des naturalistes et des archéologues du nord de la Meuse a
été fondée à Montmédy en 1889. Dans la
Moselle ce fut seulement en 1819 que ressuscita la Société des sciences et
des arts, qui prit en 1828 le nom d'Académie de Metz. La Société
d'archéologie et d'histoire de la Moselle, qui date de 1858, a fini par
s'éteindre quelques années après l'annexion. Les Allemands l'ont remplacée en
1888 par la Gesellschaft für lothringische Geschichte und Altertumskunde.
Metz a également une Société d'histoire naturelle de la Moselle, qui a pris
naissance en 1835. On
trouve à Epinal la Société d'émulation des Vosges (1825) et à Saint-Dié la Société
philomatique vosgienne, fondée en 1875. Toutes
les Sociétés savantes de la région publient ou ont publié des Mémoires, des
Bulletins ou des Annuaires. On doit à celles de Nancy, de Bar, de Metz et
d'Epinal des recueils de documents inédits. Parmi les périodiques qui
paraissent à Nancy, il nous faut citer les Annales de l'Est, fondées par la
faculté des lettres de Nancy et qui ont subi, depuis leur création en 1887,
plus d'une transformation, le Pays lorrain (1904), devenu plus tard le Pays
lorrain et le Pays messin, la Revue lorraine illustrée (1906), la Revue médicale de l'Est,
etc. Le XIXe siècle a vu également se former des Musées et des dépôts d'archives dans les chefs-lieux de nos départements. Nancy possède un Conservatoire national de musique et une Ecole des Beaux-Arts. Il existe dans toutes les villes des Bibliothèques municipales ; la mieux organisée est sans contredit celle de Nancy. |
[1]
Sous le règne de Louis-Philippe, l'abbé Rohrbacher avait attaqué le monopole
universitaire.
[2]
C'est seulement en 1921 que le collège d'Épinal est devenu un lycée.
[3]
L'un des plus généreux fut un Belge, M. Ernest Solvay, fondateur et en partie
propriétaire de la grande fabrique de carbonate de soude établie à
Dombasle-sur-Meurthe.
[4]
Avec l'argent que lui a légué A. Prost l'Académie des Inscriptions décerne
chaque année un prix de 1.200 francs au meilleur ouvrage sur l'histoire de Metz
ou des pays voisins. C'est la Société des Antiquaires de France que Prost a
chargé de publier des documents inédits relatifs à l'histoire messine ; ainsi a
pris naissance la collection des Mettensia.
[5]
Moselly s'appelait en réalité Chénin.