I. — LA POLITIQUE DE LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE.
La
troisième République devait opérer dans les institutions de la France des
transformations profondes, dont beaucoup étaient utiles et même nécessaires.
Il y a toutefois lieu de regretter que l'esprit de parti ait parfois gâté des
mesures, qui en elles-mêmes étaient excellentes. L'instruction à tous les degrés
prodigieusement développée, de grands travaux publics exécutés dans tout le
pays, l'armée réorganisée, l'empire colonial agrandi, les Eglises séparées de
l'Etat, des lois sociales votées pour améliorer la condition des ouvriers et
des employés, voilà brièvement résumée l'œuvre accomplie depuis 1871. Mais,
d'autre part, le régime administratif napoléonien est resté dans ses grandes
lignes, malgré quelques adoucissements, tel qu'il fonctionnait depuis le
début du XIXe siècle. La Lorraine attend toujours l'accomplissement des
réformes décentralisatrices et régionalistes qui mettraient les institutions
administratives en harmonie avec les principes républicains et qui
affranchiraient la province de la prépondérance de la capitale. La
troisième République a eu beaucoup plus de peine que le second Empire à se
consolider. Elle avait contre elle les souvenirs de la Terreur et ceux de
1848. On reprochait aussi à ses partisans d'être des utopistes, des ennemis
de la religion. Les rivalités de personnes et dégroupes ont nui en plus d'une
circonstance à l'idée républicaine. Enfin il est souvent arrivé aux
républicains, particulièrement dans les questions religieuses, d'oublier que
la République doit être un régime de liberté et de justice. L'esprit de
coterie les a plus d'une fois entraînés à prendre des mesures qui rappelaient
d'une façon fâcheuse la politique des régimes déchus. Les républicains ont eu
d'abord à combattre les partisans de l'Empire ou de la monarchie. Plus tard
un aventurier, le général Boulanger, ralliant à lui les conservateurs et les
républicains mécontents, a été sur le point de substituer sa dictature au
gouvernement légal de la France. La
République a pourtant fini par triompher de ses adversaires. D'abord on lui a
tenu compte des services qu'elle avait rendus et des réformes qu'elle avait
opérées. Bien des Français se méfiaient de la monarchie et du boulangisme et
ne se souciaient pas de voir la France courir les risques d'une nouvelle
révolution. Ajoutons à cela les divisions qui existaient chez les
conservateurs et les fautes qu'ils ne cessaient de commettre. Enfin les
conservateurs étaient peu disposés à descendre dans la rue pour renverser le
gouvernement. Au surplus, le succès d'une pareille tentative était bien
problématique, l’armement formidable des troupes permettant à celles-ci de
réprimer facilement les soulèvements populaires. Qui est maître de l'armée,
l'est en même temps du pays. Voilà pourquoi le général Boulanger, qui
comptait dans l'armée de nombreux partisans, a pu faire courir un sérieux
danger à la République. II. — LES ÉVÉNEMENTS DANS LA RÉGION LORRAINE[1].
- LE MOUVEMENT RÉGIONALISTE.
Après
la signature de la paix, les départements lorrains ont eu à subir, pendant
deux ans et plus, l'occupation allemande, dont l'article 7 du traité de
Francfort avait déterminé les conditions. Toutefois, la durée de cette
occupation fut réduite successivement par les conventions du 29 juin 1872 et
du 15 mars 1873. La force du corps allemand d'occupation fut fixée, le 1er
janvier 1872, à 50.000 hommes et 18.000 chevaux. Le général, plus tard
feld-maréchal, de Manteuffel, reçut, le 25 juin 1871, le commandement du
corps d'occupation. Auprès de lui se trouvait « un commissaire extraordinaire
du gouvernement français «,1e comte de Saint-Vallier. Manteuffel et
Saint-Vallier résidaient à Nancy. Le
régime de l'état de siège continua, jusqu'au départ des troupes étrangères,
d'être en vigueur dans nos départements. Aussi les fonctionnaires français,
qui avaient repris leur service dans le courant de mars ou d'avril,
eurent-ils à compter avec les autorités militaires allemandes. Les journaux,
qui avaient recommencé de paraître, ne jouirent que d'une liberté limitée ; à
la moindre incartade de langage, on les menaçait de suspension ou de
suppression. De
graves conflits auraient pu se produire, si Manteuffel ne s'était montré,
quoique Prussien, courtois et conciliant, et si M. de Saint-Vallier n'avait
fait preuve de tact et d'adresse, sans d'ailleurs rien sacrifier des intérêts
qu'il avait à défendre. Il remporta un premier succès, en obtenant que les
troupes allemandes, au lieu d'être logées chez les habitants, seraient
casernées dans des baraquements. Dans la suite le bon accord qui régnait
entre le commandant des troupes d'occupation et le commissaire extraordinaire
français permit d'aplanir, sans trop de peine, des difficultés sérieuses, en
particulier d'apaiser des conflits qui avaient surgi entre les autorités
militaires allemandes d'une part, nos préfets et nos sous-préfets de l'autre. Grâce à
la rapidité avec laquelle la France paya l'indemnité de 5 milliards que lui
avait imposée le traité de Francfort, nos départements furent définitivement
libérés de l'occupation allemande en septembre 1873. Le 1er août les
Allemands partirent de Nancy, où arrivait le 5 un bataillon du 26e régiment
d'infanterie. Le 13septembre, la ville de Verdun fut évacuée par l'ennemi ;
le 16 du même mois, ce fut le tour d'Etain et de Conflans. L'occupation
allemande avait pris fin. C'était
à M. Thiers qu'était dû le départ anticipé de l'ennemi ; les départements
lorrains restés français, désireux de témoigner leur reconnaissance à
l'illustre homme d'Etat, mort en 1877, lui élevèrent à Nancy une statue, qui
fut inaugurée au mois d'août 1879, sous la présidence de Jules Simon, un
homme politique né en Bretagne, mais d'origine lorraine. La
Lorraine et toute la France devaient être, au printemps de 1887, très émues
par une grave affaire, qui faillit amener la guerre entre notre pays et l’Allemagne.
Le 20 avril 1887, M. Schnæbelé, commissaire spécial de police à Pagny-sur-Moselle,
se rendit en territoire annexé, pour y conférer avec son collègue allemand de
Novéant, M. Gautsch. Arrivé de l'autre côté de la frontière, M. Schnæbelé fut
arrêté et emmené à Metz par deux agents allemands. Ceux-ci étaient chargés
d'exécuter un ordre lancé par la cour suprême de Leipzig. Le malheureux
commissaire de Pagny avait été victime d'un véritable guet-apens. Notre
gouvernement protesta aussitôt contre l'arrestation illégale de M. Schnæbelé.
Comme l'Allemagne ne se pressait pas de faire droit aux réclamations de la
France, l'on se demanda si une guerre n'allait pas sortir de cet incident.
Finalement, notre gouvernement, qui put prouver que M. Schnœbelé s'était
rendu en territoire annexé sur l'invitation de M. Gautsch, obtint la remise
en liberté du prisonnier. Quelques mois plus, tard, le 24 septembre, des
chasseurs français, qui longeaient la frontière franco-allemande sur le
territoire de Vexaincourt (Vosges), reçurent des coups de feu, qui tuèrent l'un d'entre eux. Le
meurtrier, un soldat allemand, adjoint au garde forestier du pays, prétendit
que les chasseurs français étaient passés en territoire annexé, qu'il leur
avait crié de s'arrêter et que, voyant qu'ils ne tenaient pas compte de son
injonction, il avait tiré sur eux. La France finit par obtenir que l'Allemagne
payât une indemnité de 50.000 marks à la veuve de la victime. Quant au soldat
allemand, auteur du meurtre, il ne fut ni puni, ni même poursuivi. Au mois
de juin 1892, la ville de Nancy reçut la visite de M. Carnot, président de la
République. C'était la première fois, depuis la guerre de 1870, qu'un chef
d'État français se montrait dans la région lorraine ; aussi la réception
faite à Carnot fut-elle marquée par des fêtes brillantes. Pendant que Carnot se
trouvait à Nancy, le grand-duc Constantin, qui faisait alors une cure à Contrexéville,
vint le 6, sur l'ordre de son neveu, l'empereur Alexandre III, saluer le
président de la République. C'était une nouvelle manifestation du
rapprochement de la France et de la Russie. Les
inventaires qui se firent, à la suite du vote de la loi séparant les Eglises
de l'Etat, durant les mois de janvier et de février 1906, provoquèrent des
manifestations dans différentes villes de la région lorraine. En
janvier 1907, le général Bailloud, commandant du 20e corps d'armée, ayant
pris la parole dans une cérémonie militaire, exprima le vœu que, si la guerre
éclatait, nous reprendrions les provinces perdues ; il fut pour ce motif
envoyé en disgrâce à Montpellier par le général Picquart, ministre de la
guerre dans le cabinet Clemenceau. Au
printemps de 1909, s'ouvrit à Nancy une exposition régionale, dont nous
reparlerons dans un autre chapitre. En
avril 1913, des Allemands de passage à Nancy furent en butte, de la part de
quelques étudiants et de quelques habitants, à des railleries, à des insultes
et à des menaces. Comme la police n'avait pas, en la circonstance, fait le
nécessaire pour mettre fin au scandale, le gouvernement crut devoir destituer
M. Bonnet, préfet de Meurthe-et-Moselle. Bien que ce haut fonctionnaire n'eût
pas gagné les sympathies d'un grand nombre de ses administrés, on regretta
pourtant qu'il eût été sacrifié aux réclamations de l'Allemagne. Une fois de
plus, le gouvernement français montrait à quel point il craignait de déplaire
à sa redoutable voisine. Nous
avons parlé, en étudiant le second Empire, du programme de décentralisation
rédigé à Nancy par des hommes appartenant aux différents partis de
l'opposition. Le mouvement de décentralisation se continua sous la troisième
République, d'abord par la Ligue lorraine de décentralisation, qui mena une
vigoureuse campagne contre le projet d'organiser à Paris en 1900 une
exposition universelle, et plus tard par l'Union régionaliste lorraine, qui
organisa à Nancy en 1909 un congrès régionaliste. III. — L'OPINION PUBLIQUE, LES ÉLECTIONS, LES DÉPUTÉS ET LES MINISTRES
LORRAINS.
Facteurs qui ont
influé sur l'opinion publique. — Partis politiques. — Grands hommes d'Etat. —
Élections, députés et ministres : de 1871 à 1879 ; — de 1879 à 1887 ; — de
1887 à 1891 ; — de 1891 à 1898 ; — de 1898 à 1914.
L'opinion
publique en Lorraine a subi depuis 1871 l'influence de différents facteurs,
les uns permanents, les autres passagers. Le souvenir delà guerre de
1870-1871, la situation de pays frontière faite à nos départements par le
traité de Francfort et les menaces souvent renouvelées de l'Allemagne ont eu
des conséquences durables et persistantes. Le bonapartisme a disparu à peu
près complètement de notre pays. D'autre part, les électeurs se sont rendu
compte, ou ont senti confusément que le socialisme internationaliste et
antimilitariste affaiblirait la France et favoriserait l'écrasement de notre
pays par l'Allemagne, en cas de nouvelles luttes. Parmi les événements qui
ont agi pendant un temps plus ou moins long sur l'opinion des électeurs
lorrains, citons la chute de Thiers (24 mai 1873), le renvoi de Jules Simon (16 mai 1877), la politique anticléricale
qui, par deux fois, a obligé les congrégations religieuses à s'expatrier,
l'affaire Wilson, l'affaire Schnæbelé, le boulangisme, l'affaire Dreyfus, et
en dernier lieu, l'affaire d'Agadir. L'influence de quelques-uns de ces
événements, sur lesquels nous reviendrons plus tard, a été sérieuse et
profonde. Les préfets ont encore joué, sous la troisième République, le rôle
de « courtiers électoraux »[2]. Leur action s'est manifestée
avec une intensité particulière durant les périodes de réaction conservatrice
du 24 mai 1873 et du 16 mai 1877, ainsi qu'au temps de la réaction jacobine
inaugurée par M. Combes. L'action des représentants du gouvernement a été
secondée, à l'époque du 24 mai et du 16 mai, combattue, dans la suite, par
celle du clergé catholique. Celui-ci n'a cessé, durant de longues années, de
combattre les républicains, dans lesquels il voyait des adversaires de la
religion. Son hostilité s'est manifestée tantôt dans des sermons, tantôt dans
des mandements épiscopaux. Un des évêques du diocèse de Nancy, Mgr Turinaz,
s'est plus d'une fois signalé par la vivacité de ses critiques. On
trouve dans la région lorraine les mêmes partis politiques que dans le reste
de la France. Pendant longtemps les républicains ont appartenu en très grande
majorité au groupe opportuniste. Plus tard s'est constitué un parti radical,
tandis qu'une fraction des opportunistes prenait le nom de progressistes.
Citons également les républicains indépendants, les antisémites, les
nationalistes, les boulangistes de droite et de gauche. Quant aux
conservateurs, ils se rattachaient surtout au parti orléaniste ; chez
quelques-uns pourtant la nuance catholique dominait. Un moment vint où
beaucoup de conservateurs, comprenant l'impossibilité d'une restauration
monarchique, se rallièrent à la République. Les
députés des départements lorrains, bourgeois pour la plupart, exerçaient en
général des professions libérales ; beaucoup d'entre eux étaient avocats,
médecins ou professeurs ; mais on trouvait aussi parmi eux d'anciens
officiers, des agriculteurs et des industriels. Tandis
que, sous la Monarchie de Juillet, la deuxième République et le second
Empire, les représentants de nos départements n'avaient joué qu'un rôle assez
effacé, sous la troisième République la Lorraine a donné à la France des
hommes politiques de premier plan, conservateurs comme Buffet, républicains
comme Jules Ferry, Jules Méline et Raymond Poincaré. L'histoire
de la troisième République, de 1871 à 1914, peut se diviser en cinq périodes,
dont la première est celle où les républicains luttent pour conquérir le
pouvoir (1871-1879) ; puis les républicains
gouvernent sans opposition sérieuse (1879-1887) ; ensuite vient la crise du
boulangisme (1887-1891)
; dans une quatrième période, après l'agitation causée par l'affaire du
Panama, le calme semble se rétablir (1891-1898) ; mais l'affaire Dreyfus
recommence à troubler le pays et provoque une réaction jacobine, qui, malgré
des atténuations, se prolongera jusqu'à la guerre de 1914. De 1871
à 1879 les républicains luttent contre les conservateurs, pour s'emparer du
pouvoir. Si les élections législatives du 8 février 1871 donnèrent, pour
l'ensemble du pays, la majorité aux monarchistes, il n'en fut pas de même
dans les départements lorrains. La Meurthe et la Moselle ne nommèrent que des
républicains, la Meuse trois conservateurs et trois républicains, dont un
ancien membre du gouvernement de la Défense Nationale, Ernest Picard. La députation
des Vosges comprenait M. Buffet, deux autres conservateurs et cinq
républicains, dont l'un, Jules Ferry, avait fait partie du gouvernement de la
Défense Nationale. Ajoutons qu'en 1872 Méline fut nommé par les Vosges, lors
d'une élection partielle. Quelle
allait être l'attitude de Buffet et de ses amis conservateurs ?
Accepteraient-ils, à l'exemple de Thiers, de Rémusat, de Léonce de Lavergneet
d'autres encore, de se rallier à la République ? Tenteraient-ils au contraire
une restauration monarchique ? C'est à ce dernier parti qu'ils s'arrêtèrent.
Ou a peine à comprendre que des hommes politiques sérieux se soient bercés de
l'illusion qu'on pouvait replacer et maintenir sur le trône de France le
comte de Chambord, un prince dont les idées n'étaient pas en harmonie avec
celles du pays. Aveuglés par leurs préférences monarchiques, les
conservateurs vont renverser M. Thiers, le 24 mai 1873 ; quatre ans plus
tard, le 16 mai 1877, ils obtiendront du maréchal de Mac-Mahon le renvoi de
Jules Simon, alors président du conseil, et ils provoqueront ainsi une
nouvelle crise. C'étaient de la part des conservateurs de lourdes fautes, qui
entraîneront pour leur parti, pour leurs idées et pour la France elle-même,
des conséquences funestes. Après
la démission de Jules Grévy (2 avril 1873), Buffet fut élu président delà Chambre par la
droite contre Martel, candidat des républicains. Bientôt après, le 24 mai, la
majorité conservatrice de l'assemblée adoptait l'ordre du jour Ernoul, qui
provoquait, le soir même, la démission de M. Thiers. Tous les députés
républicains des départements lorrains votèrent contre cet ordre du jour, qui
rallia les suffrages de MM. Benoit et Paulin Gillon de la Meuse, de MM. Aubry
et de Ravinel des Vosges. Buffet, président de la Chambre, ne prit pas part
au vote. Bompard, député conservateur de la Meuse, s'abstint aussi. En 1876
la chambre dota enfin la France d'une constitution. Le 30 janvier, lors du
vote de l'amendement Wallon, les députés des départements lorrains votèrent
ou s'abstinrent comme ils l'avaient fait le 24 mai 73. Le 25 février, jour où
la Chambre adopta les lois constitutionnelles, les votes de nos représentants
furent les mêmes que le 30 janvier, si ce n'est que Bompard vota avec les
républicains. Le 11 mars Buffet quitta la présidence de l'assemblée, pour
prendre, avec la présidence du conseil, le portefeuille de l'intérieur. Il
suivit-une politique nettement hostile aux républicains, bien que
quelques-uns de ses collègues du ministère se fussent ralliés à la
République. Les
conservateurs en général et Buffet en particulier s'étaient fait beaucoup de
tort dans l'opinion des habitants de la région lorraine. Ces derniers,
reconnaissants à Thiers de ce qu'il avait fait pour hâter la libération du
territoire, en voulaient aux conservateurs d'avoir renversé le 24 mai le
vieil homme d'État. Si, le 30 janvier 1876, les électeurs sénatoriaux delà
Meuse nommèrent deux conservateurs, MM. Bompard et Salmon, ceux de la
Meurthe-et-Moselle et des Vosges n'élurent que des républicains. Aux
élections législatives du 20 février, faites au scrutin d'arrondissement, les
républicains triomphèrent partout, sauf à Briey et à Verdun. M. Buffet, qui
avait échoué dans les Vosges le 30 janvier, fut battu, trois semaines plus
tard, dans les quatre arrondissements de Mirecourt, son pays natal, de
Commercy, de Bourges et de Castelsarrasin. Ces insuccès personnels et la
forte majorité acquise aux républicains dans la nouvelle Chambre obligèrent
Buffet à donner sa démission de ministre. Il devait, quelques mois plus tard,
être élu sénateur inamovible par la majorité conservatrice de la haute
assemblée. On sait
que, le 16 mai 1877, Mac-Mahon contraignit le président du conseil, Jules
Simon, à donner sa démission ; c'était pourtant un républicain très libéral
et très respectueux des droits de ses adversaires politiques. Le duc de
Broglie, qui constitua un ministère conservateur, fit voter par le Sénat, le
22 juin, la dissolution delà Chambre des députés, qui avait émis contre lui
un ordre du jour de défiance. Les deux sénateurs conservateurs delà Meuse et
Buffet commirent la faute de se prononcer pour la dissolution. Le ministère
de Broglie employa les quatre mois qui s'écoulèrent entre la dissolution et
les nouvelles élections à préparer celles-ci. Beaucoup de fonctionnaires et
de maires furent révoqués, les journaux républicains poursuivis
impitoyablement. On se serait cru revenu au temps de l'Empire. Les
élections législatives du 14 octobre n'en furent pas moins favorables aux
républicains dans la région lorraine. Les conservateurs gagnèrent, il est
vrai, deux sièges, l'un à Lunéville, l'autre à Montmédy, mais les deux
monarchistes élus dans ces arrondissements furent invalidés par la Chambre.
Si les électeurs de Lunéville renvoyèrent à la Chambre M. Michaut, ceux de
Montmédy abandonnèrent M. d'Égremont, qui fut remplacé par l'ancien député
républicain, M. Billy. Les élections sénatoriales de janvier 1879 firent
perdre aux conservateurs la majorité qu'ils possédaient dans la haute
assemblée. La Meuse nomma deux républicains en remplacement de MM. Bompard et
Salmon. Peu de temps après ces élections, Mac-Mahon donnait sa démission, et
le congrès portait à la présidence Jules Grévy, un républicain d'ancienne
date. Les grands pouvoirs de l'État se trouvaient enfin aux mains des
républicains. Pendant
quelques années les républicains vont mener les affaires du pays saris avoir
rien à redouter de l'opposition monarchique. Aux élections législatives du 21
août 1881, les conservateurs perdirent les trois sièges qu'ils possédaient
encore dans la région lorraine. Si, aux élections législatives d'octobre 1885[3], les monarchistes, espérant
profiter des fautes commises au cours des années précédentes par les
républicains, engagèrent de nouveau la lutte, ils furent battus dans les
trois départements lorrains. Les listes républicaines passèrent au premier
tour de scrutin en Meurthe-et-Moselle et dans les Vosges, au second clans la
Meuse. Durant cette période, quelques-uns des représentants delà région
lorraine ont joué un rôle considérable. En première ligne nous trouvons Jules
Ferry, député des Vosges. Jules Ferry fut à cinq reprises ministre de
l'instruction publique, entre le mois de février 1879 et le mois de novembre
1883. A cette dernière date il prit le portefeuille des affaires étrangères,
qu'il garda jusqu'au mois de mars 1885. Par deux fois la présidence du
conseil lui fut confiée. C'est, on lésait, à J. Ferry que la France est, en
grande partie, redevable de l'acquisition de la Tunisie et du Tonkin. C'est
lui qui a réorganisé les différents ordres d'enseignement ; par malheur, dans
les affaires religieuses, il ne montra pas la même compréhension des
véritables intérêts du pays ; l'expulsion des congrégations a été une faute.
La politique religieuse de J. Ferry avait violemment irrité les
conservateurs, qui se trouvaient 'd'autre part d'accord avec les radicaux
pour lui reprocher l'expédition du Tonkin. La coalition de tous ses
adversaires le fit tomber, le 30 mars 1885. Si les députés des Vosges restèrent
fidèles à leur collègue, ceux de la Meurthe-et-Moselle et de la Meuse
l'abandonnèrent. Après J. Ferry, nous citerons Varroy, qui fut deux fois
ministre des travaux publics, Duvaux, ministre de l'instruction publique ;
Méline et Jules Develle eurent, à quelques années de distance, le
portefeuille de l'agriculture. Un ministre de la justice, originaire de Metz,
M. Humbert, a eu le malheur d'avoir — non pas un gendre — mais une
belle-fille, qui a valu à son nom une célébrité de mauvais aloi. L'année
1887 allait être, pour notre pays, marquée par de graves événements. Tandis
que l'affaire Schnæbelé faillit amener une guerre entre la France et
l'Allemagne, à l'intérieur, Grévy, que l'indignité de son gendre, le député
Wilson, mettait en fâcheuse posture, fut obligé de donner sa démission de
président de la République. Qui allait lui succéder ? La majorité des
républicains voulait élire Jules Ferry, mais l'opposition acharnée des
radicaux devait empêcher l'homme d'État vosgien d'arriver à la présidence. Le
conseil municipal de Paris, où la majorité appartenait aux radicaux et aux
socialistes, déclara qu'il ne répondait pas du maintien de l'ordre, au cas où
Jules Ferry serait nommé. Intimidés, un certain nombre de républicains
donnèrent leurs suffrages à Carnot, qui fut élu le 3 décembre 1887. L'élection
de Carnot ne devait pas ramener le calme dans le pays. Un nouveau danger très
grave allait menacer la République. Le général Boulanger, qu'aucun exploit
militaire ne recommandait, mais qui avait su gagner les bonnes grâces de
Clemenceau et des radicaux, réussit à être deux fois, en 1886 et en 1887,
ministre de la guerre. Il occupait ces fonctions au moment de l'affaire Schnæbelé,
et il se montra partisan d'une rupture avec l'Allemagne. Sa recherche de la
popularité finit par inspirer à bon nombre de républicains des inquiétudes
qui n'étaient que trop justifiées. Le jour où Boulanger quitta Paris pour
aller prendre à Clermont-Ferrand le commandement du 13e corps d'armée, il y
eut dans les rues de la capitale de telles manifestations en faveur du
général que l'on put un moment craindre une révolution. De Clermont-Ferrand
Boulanger noua des intrigues avec des hommes politiques de tous les partis,
radicaux, républicains et même conservateurs, bien qu'il eût en 1886, comme
ministre de la guerre, expulsé du territoire français les princes d'Orléans
et les Bonaparte. Un certain nombre de parlementaires accueillirent
favorablement les ouvertures de Boulanger. Toutefois celui-ci ne réussit à
gagner aucun député des départements lorrains. Privé de son commandement,
puis mis d'office à la retraite, Boulanger se donna tout entier à la
politique et fonda le « parti national », où affluèrent tous les mécontents,
tous ceux qui désiraient soit un changement de régime, soit une orientation
nouvelle de la politique intérieure ou extérieure du pays. Pour ne parler que
de la région lorraine, la plupart des conservateurs se déclarèrent pour
Boulanger, espérant qu'il deviendrait un instrument entre leurs mains[4]. Il en fut de même de quelques
républicains, qui reprochaient aux opportunistes d'avoir gouverné la France
dans l'intérêt d'une coterie. Beaucoup d'électeurs lorrains estimaient trop
effacée, trop timide, notre politique extérieure. L'affaire Schnæbelé les
avait exaspérés. Suivant eux, la France aurait dû relever le gant et partir
en guerre contre l'Allemagne. Boulanger, qui, d'une part, prônait une
politique nationale à l'intérieur, donnait aux patriotes l'espoir que, s'il
arrivait aux affaires, il entreprendrait une guerre de revanche, qui nous
rendrait l'Alsace et la Lois raine. On peut
se demander comment auraient tourné les élections du 22 septembre 1889, si,
d'une part, le ministère Tirard, en ordonnant des poursuites contre
Boulanger, n'avait décidé le général à se réfugier en Belgique et si, d'autre
part, il n'avait fait substituer par le parlement le scrutin d'arrondissement
au scrutin de liste. Dans ces conditions le syndicat des mécontents, qui
formait le parti boulangiste ou révisionniste, avait perdu la plus grande
partie de ses chances de succès. Pourtant les boulangistes engagèrent la
lutte dans plusieurs circonscriptions de la région. A Saint-Dié ils menèrent
une campagne très violente contre J. Ferry, qu'ils avaient pris en haine,
depuis le jour où il avait traité Boulanger de « Saint-Arnaud de café-concert
». Ferry fut battu par le commandant Picot, candidat révisionniste. Deux
circonscriptions de Nancy élurent des boulangistes, entre autres un jeune
romancier de grand avenir, Maurice Barrés. Partout ailleurs en Lorraine les
républicains l'emportèrent. On le voit, le succès n'avait pas répondu, dans
nos départements, aux efforts des révisionnistes. Durant la période de quatre
ans, qui va de 1887 à 1891, nous n'avons à mentionner comme ministre
d'origine lorraine que M. Jules Develle, à qui fut de nouveau confié le
portefeuille de l'agriculture. A la
fin de 1892, éclatait le scandale du Panama, qui devait de nouveau troubler
le pays et jeter sur le parlement un jour 1res fâcheux. Par bonheur, il n'y
eut ni sénateurs ni députés lorrains compromis dans cette affaire. Il fut
prouvé cependant qu'un homme politique né en Lorraine, qui avait, été député
de Seine-et-Oise et ministre en 1887, avait touché de l'argent de la
compagnie. Aux
élections générales de 1893, radicaux et socialistes cherchèrent à supplanter
les opportunistes, que l'affaire du Panama avait mis en mauvaise posture.
Dans la région lorraine, ils n'eurent qu'un médiocre succès. Un seul radical,
le docteur Chapuis, fut élu à Toul au second tour de scrutin. Les deux
députés boulangistes de Nancy ne s'étaient pas représentés ; un opportuniste
et un républicain indépendant les remplacèrent. On put croire un instant que
le pays, enfin sorti des agitations auxquelles il avait été en proie, allait
connaître des jours plus tranquilles. Le pape Léon XIII invitait les
catholiques à se rallier à la République, et Spuller, un disciple de Gambetta,
parlait de « l'esprit nouveau ». A l'extérieur, l'alliance de la France et de
la Russie (1891-1894)
faisait sortir notre pays de l'isolement où il vivait depuis 1871.
Malheureusement, à l'intérieur, des nuages assombrissaient de nouveau le ciel
; dès la fin de 1897, l'affaire Dreyfus commençait à provoquer des débats
passionnés. De 1891
à 1898 quelques hommes politiques lorrains furent ministres ; nous retrouvons
M. Jules Develle, d'abord à l'agriculture, puis par deux fois, en 1893, aux
affaires étrangères. Un jeune député de la Meuse, M. Raymond Pomcaré, appelé
plus tard à la présidence de la République, reçut à deux reprises le
portefeuille de l'instruction publique, d'abord en 1893, puis en 1896 ; entre
temps les finances lui furent confiées en 1894. M. Méline, qui avait acquis
dans le Parlement une influence considérable et qui avait pris une grande
part à l'adoption des tarifs protectionnistes de 1892, devint, le 30 avril
1896, ministre de l'agriculture et président du conseil, fonctions qu'il
garda jusqu'au 10 juin 1898. C'est à celle époque que. se placent
l'expédition Marchand et l'affaire de Fachoda. M. Boucher, député des Vosges,
fut ministre du commerce dans le cabinet Méline. La
France va être pendant quelques années troublée par l'affaire Dreyfus,
féconde en conséquences funestes. Le pays partagé en deux camps, le parti
victorieux usant sans mesure de représailles contre ses adversaires, tel est
le spectacle affligeant qui s'offre à nos yeux. Ou sait que, dans le courant
de 1897, des parents el des amis de Dreyfus prétendirent que celui-ci, avait
été condamné à tort en 1894 pour un crime commis par un autre ; ils
demandaient en conséquence la révision du procès. Le malheur voulut que
plusieurs de ceux qui croyaient à l'innocence de Dreyfus, au lieu de rester
sur le terrain purement juridique, se livrèrent à de violentes attaques
contre l’état-major et contre l'armée'. Il n'en fallut pas davantage pour
indisposer beaucoup de Lorrains contre la révision du procès de Dreyfus, qui
prit à leurs yeux le caractère d'une capitulation devant les adversaires de
l'armée. Au
surplus, il convient d'ajouter que, si quelques-uns des partisans de Dreyfus
cherchaient dans cette affaire des armes contre le haut état-major, plusieurs
de ses adversaires voulaient exploiter « l'affaire » contre la
République. Dreyfus étant israélite, l'antisémitisme, jusqu'alors peu en
faveur, fit quelques progrès. Le nationalisme se développa, comme
l'antisémitisme, chez les adversaires de la révision. La Ligue des patriotes
et la Ligue de la patrie française recrutèrent dans les villes de la région
lorraine des adhérents assez nombreux. Pourtant les élections du mois de mai
18g8 se passèrent en Lorraine avec un calme relatif, sauf à Bar-le-Duc et
dans une des circonscriptions de Nancy, où la lutte fut extrêmement violente.
Au second tour de scrutin, un nationaliste antisémite fut élu à Nancy, un
radical antisémite à Bar-le-Duc. Ailleurs les députés sortants furent réélus
ou remplacés par des représentants de même nuance. L'agitation dans le pays
continua, même après que la révision du procès eut été faite et que Dreyfus,
condamné une seconde fois par un conseil de guerre, eut été gracié par le
président de la République. Waldeck-Rousseau, croyant la République en
danger, avait commis l'imprudence de faire appel aux socialistes. C'est alors
que se constitua le « bloc républicain » ou « bloc des gauches ». Les
passions étaient encore très surexcitées lorsqu'eurent lieu, le 27 avril et
le 11 mai 1902, de nouvelles élections législatives. Elles furent dans
beaucoup de circonscriptions lorraines favorables aux adversaires du bloc. Le
département de Meurthe-et-Moselle comptait entre autres députés un
indépendant, un nationaliste antisémite et deux ralliés, la Meuse un radical
antisémite, un nationaliste et un rallié, les Vosges trois nationalistes.
Mais, dans beaucoup de régions de la France, les électeurs avaient donné
leurs voix à des partisans du bloc. M. Combes, successeur de
Waldeck-Rousseau, allait inaugurer une politique de réaction jacobine, qui,
tout en s'atténuant dans la suite, n’avait pas encore pris fin en 1914. Le
cabinet Combes semblait vouloir prendre modèle sur l'Allemagne par sa
politique religieuse, renouvelée du Kulturkampf, par l'organisation d'un
système d'espionnage et de délation (fiches et délégués), que M. Millerand flétrit, à la
tribune de la Chambre, le 9 décembre 1904. L'orateur demanda qu'on libérât le
pays « de la domination la plus abjecte que jamais gouvernement eût
entrepris de faire peser sur l'honneur et les intérêts des citoyens ». Nos
départements reçurent en 1902 des préfets de combat, parmi lesquels se
distingua celui de Meurthe-et-Moselle, M. Humbert. Il s'agissait défaire
marcher citoyens et fonctionnaires dans les voies où s'engageait le bloc.
Mais les électeurs lorrains ne se montrèrent pas tout d'abord disposés à se
laisser faire. Il fallut plusieurs années d'efforts pour changer les opinions
des habitants de la région lorraine, et surtout dans la ville de Nancy.
Cependant les élections du 6 mai 1906 devaient déjà montrer qu'un revirement
commençait à se produire, sous la pression des agents du gouvernement. Les
radicaux triomphèrent dans une des circonscriptions de Nancy, à Lunéville, à
Montmédy, à Verdun, à Mirecourt et dans les deux circonscriptions de
Saint-Dié. C'était donc un recul pour les progressistes, pour les ralliés et
pour les nationalistes. Aux élections de 1910, les changements furent peu
importants. Un nationaliste, le commandant Driant, gendre du général
Boulanger, battit un radical à Nancy, mais Bar-le-Duc remplaça un radical
antisémite par un républicain de gauche. Dans les Vosges, les progressistes
perdirent les deux derniers sièges qu'ils détenaient encore ; on eut à
regretter eu particulier la défaite de Camille Krantz, député sortant
d'Épinal. Le parti radical commençait également, vers cette époque, à
pénétrer dans le sénat. Le capitaine Humbert, député de Verdun, fut élu, lors
d'une élection partielle, sénateur de la Meuse en 1909. En 1911 le docteur
Chapuis, député radical de Toul, remplaça au sénat un progressiste, le
général Langlois, qui avait été élu en 1905. M.
Camille Krantz fut ministre des travaux publics dans le cabinet Dupuy en
1898, mais aucun député lorrain ne fit partie des ministères que présidèrent
M. Waldeck-Rousseau et M. Combes. En 1907 M. Raymond Poincaré fut ministre
des finances dans le cabinet Sarrien. Au mois de janvier 1912, il prenait,
avec la présidence du conseil, le portefeuille des affaires étrangères, qu'il
garda un peu plus d'une année. M. Lebrun, député de Briey, fut ministre des
colonies dans les cabinets Caillaux et Poincaré. M. Poincaré devait
abandonner les affaires étrangères pour prendre la place de M. Fallières. Le
17 janvier 1913, le congrès l'élisait, au second tour de scrutin, président
de la République française. La nouvelle de son élection fut accueillie avec
joie par la population de nos départements, qui était lasse devoir les
méridionaux occuper dans le gouvernement une place prépondérante. Aux
élections générales d'avril-mai 1914 presque tous les députés lorrains
sortants furent réélus, sauf à Briey, où un progressiste remplaça un radical.
Voici comment étaient représentés à la Chambre nos trois départements. La
Meurthe-et-Moselle comptait deux radicaux, un républicain de gauche, deux
progressistes, un rallié et un nationaliste, la Meuse quatre radicaux ou
républicains de gauche ; les Vosges six radicaux ou républicains de gauche et
un nationaliste. On voit que, de 1902 à 1914, le parti radical avait fait
dans nos départements de sérieux progrès, dus en grande partie à
l'intervention des agents du gouvernement. Il est à remarquer qu'à Nancy,
grande ville où cette action ne pouvait s'exercer comme dans les petites
villes et dans les campagnes, les radicaux, après un succès en 1906,
n'avaient pas réussi à faire la conquête politique de l'ancienne capitale de
la Lorraine. IV. — RÔLE DES LORRAINS DANS L'AGRANDISSEMENT DE NOTRE EMPIRE COLONIAL.
La
troisième République a considérablement agrandi le domaine colonial de la
France. Le ministre qui a le plus contribué à l'accroissement de notre empire
d'outre-mer est assurément Jules Ferry. C'est grâce à ses efforts que nous
nous sommes installés en Tunisie et au Tonkin. Si, dans le détail,
l'occupation de ces deux territoires appelle plus d'une critique, on n'en
doit pas moins être reconnaissant à l'homme d'Etat qui a su en assurer la
possession à son pays ; ceux-là mêmes qui ont le plus violemment attaqué J.
Ferry à propos de la Tunisie ou du Tonkin auraient été les premiers à lui
jeter la pierre, au cas où, par suite de l'abstention de la France, un autre
Etat européen se fût emparé de ces deux contrées. D'autres Lorrains se sont aventurés dans des régions restées jusqu'alors à peu près inconnues, ou ont pris part à des expéditions destinées à nous donner de nouvelles colonies. Le docteur Crevaux, médecin de la marine, originaire de Lorquin, a exploré dans l'Amérique du Sud une partie du Venezuela et du Brésil. Il devait périr assassiné par des Indiens. Une mort tragique a mis prématurément fin à la carrière coloniale de Crampel, qui avait exploré une partie du Congo. Ce dernier pays, devenu une colonie française, a eu pendant quelque temps pour gouverneur un Lorrain, Gentil (1866-1914) Parmi les officiers qui faisaient partie de la mission confiée au capitaine Marchand se trouvait un Lorrain, Mangin, l'un de ceux qui ont préconisé la formation d'une armée noire. Lorsque la France eut définitivement acquis et chèrement payé le protectorat du Maroc, ce fut un Nancéien, le général Lyautey, que le gouvernement envoya comme résident auprès du sultan (10 mai 1912). Le général Lyautey, qui avait servi au Tonkin, plus tard à Madagascar, sous les ordres de Galliéni, possédait des qualités remarquables d'administrateur, qui lui permirent d'étendre petit à petit l'autorité du sultan, et par suite celle de la France, sur des territoires qui jusqu'alors avaient joui d'une indépendance à peu près complète[5]. |
[1]
Des Lorrains ont joué un rôle dans l'insurrection communaliste parisienne de
mars-mai 1871. Nous mentionnerons en particulier le romancier Arthur Arnould et
Lullier, un ancien officier de marine.
[2]
« Les préfets ne sont pas des courtiers électoraux ; ils sont des
administrateurs... Ils n'ont pas charge de soutenir des candidats, et ils
doivent veiller à ce que les fonctionnaires gardent la même réserve qu'eux »,
(Discours prononcé à Paris, le 1er juillet 1922, par M. Poincaré, au banquet du
comité républicain du commerce, de l'industrie et de l'agriculture.)
[3]
Le parlement avait rétabli en 1885 le scrutin de liste.
[4]
Un journal catholique de Nancy, l'Espérance, a toujours refusé de se
rallier au boulangisme.
[5]
Le bâton de maréchal de France, accordé à Lyautey en 1921, a récompensé les
grands services que notre concitoyen avait rendus à son pays.