HISTOIRE DE LORRAINE

TOME TROISIÈME. — DE 1789 À 1919

CINQUIÈME PARTIE

LIVRE UNIQUE. — LE RECUL DE LA FRANCE (1812-1914)

 

CHAPITRE V. — LA PARTIE RESTÉE FRANÇAISE DE LA RÉGION LORRAINE SOUS LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE (1871-1914).

 

 

I. — LA POLITIQUE DE LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE.

 

La troisième République devait opérer dans les institutions de la France des transformations profondes, dont beaucoup étaient utiles et même nécessaires. Il y a toutefois lieu de regretter que l'esprit de parti ait parfois gâté des mesures, qui en elles-mêmes étaient excellentes. L'instruction à tous les degrés prodigieusement développée, de grands travaux publics exécutés dans tout le pays, l'armée réorganisée, l'empire colonial agrandi, les Eglises séparées de l'Etat, des lois sociales votées pour améliorer la condition des ouvriers et des employés, voilà brièvement résumée l'œuvre accomplie depuis 1871. Mais, d'autre part, le régime administratif napoléonien est resté dans ses grandes lignes, malgré quelques adoucissements, tel qu'il fonctionnait depuis le début du XIXe siècle. La Lorraine attend toujours l'accomplissement des réformes décentralisatrices et régionalistes qui mettraient les institutions administratives en harmonie avec les principes républicains et qui affranchiraient la province de la prépondérance de la capitale.

La troisième République a eu beaucoup plus de peine que le second Empire à se consolider. Elle avait contre elle les souvenirs de la Terreur et ceux de 1848. On reprochait aussi à ses partisans d'être des utopistes, des ennemis de la religion. Les rivalités de personnes et dégroupes ont nui en plus d'une circonstance à l'idée républicaine. Enfin il est souvent arrivé aux républicains, particulièrement dans les questions religieuses, d'oublier que la République doit être un régime de liberté et de justice. L'esprit de coterie les a plus d'une fois entraînés à prendre des mesures qui rappelaient d'une façon fâcheuse la politique des régimes déchus. Les républicains ont eu d'abord à combattre les partisans de l'Empire ou de la monarchie. Plus tard un aventurier, le général Boulanger, ralliant à lui les conservateurs et les républicains mécontents, a été sur le point de substituer sa dictature au gouvernement légal de la France.

La République a pourtant fini par triompher de ses adversaires. D'abord on lui a tenu compte des services qu'elle avait rendus et des réformes qu'elle avait opérées. Bien des Français se méfiaient de la monarchie et du boulangisme et ne se souciaient pas de voir la France courir les risques d'une nouvelle révolution. Ajoutons à cela les divisions qui existaient chez les conservateurs et les fautes qu'ils ne cessaient de commettre. Enfin les conservateurs étaient peu disposés à descendre dans la rue pour renverser le gouvernement. Au surplus, le succès d'une pareille tentative était bien problématique, l’armement formidable des troupes permettant à celles-ci de réprimer facilement les soulèvements populaires. Qui est maître de l'armée, l'est en même temps du pays. Voilà pourquoi le général Boulanger, qui comptait dans l'armée de nombreux partisans, a pu faire courir un sérieux danger à la République.

 

II. — LES ÉVÉNEMENTS DANS LA RÉGION LORRAINE[1]. - LE MOUVEMENT RÉGIONALISTE.

 

Après la signature de la paix, les départements lorrains ont eu à subir, pendant deux ans et plus, l'occupation allemande, dont l'article 7 du traité de Francfort avait déterminé les conditions. Toutefois, la durée de cette occupation fut réduite successivement par les conventions du 29 juin 1872 et du 15 mars 1873. La force du corps allemand d'occupation fut fixée, le 1er janvier 1872, à 50.000 hommes et 18.000 chevaux. Le général, plus tard feld-maréchal, de Manteuffel, reçut, le 25 juin 1871, le commandement du corps d'occupation. Auprès de lui se trouvait « un commissaire extraordinaire du gouvernement français «,1e comte de Saint-Vallier. Manteuffel et Saint-Vallier résidaient à Nancy.

Le régime de l'état de siège continua, jusqu'au départ des troupes étrangères, d'être en vigueur dans nos départements. Aussi les fonctionnaires français, qui avaient repris leur service dans le courant de mars ou d'avril, eurent-ils à compter avec les autorités militaires allemandes. Les journaux, qui avaient recommencé de paraître, ne jouirent que d'une liberté limitée ; à la moindre incartade de langage, on les menaçait de suspension ou de suppression.

De graves conflits auraient pu se produire, si Manteuffel ne s'était montré, quoique Prussien, courtois et conciliant, et si M. de Saint-Vallier n'avait fait preuve de tact et d'adresse, sans d'ailleurs rien sacrifier des intérêts qu'il avait à défendre. Il remporta un premier succès, en obtenant que les troupes allemandes, au lieu d'être logées chez les habitants, seraient casernées dans des baraquements. Dans la suite le bon accord qui régnait entre le commandant des troupes d'occupation et le commissaire extraordinaire français permit d'aplanir, sans trop de peine, des difficultés sérieuses, en particulier d'apaiser des conflits qui avaient surgi entre les autorités militaires allemandes d'une part, nos préfets et nos sous-préfets de l'autre.

Grâce à la rapidité avec laquelle la France paya l'indemnité de 5 milliards que lui avait imposée le traité de Francfort, nos départements furent définitivement libérés de l'occupation allemande en septembre 1873. Le 1er août les Allemands partirent de Nancy, où arrivait le 5 un bataillon du 26e régiment d'infanterie. Le 13septembre, la ville de Verdun fut évacuée par l'ennemi ; le 16 du même mois, ce fut le tour d'Etain et de Conflans. L'occupation allemande avait pris fin.

C'était à M. Thiers qu'était dû le départ anticipé de l'ennemi ; les départements lorrains restés français, désireux de témoigner leur reconnaissance à l'illustre homme d'Etat, mort en 1877, lui élevèrent à Nancy une statue, qui fut inaugurée au mois d'août 1879, sous la présidence de Jules Simon, un homme politique né en Bretagne, mais d'origine lorraine.

La Lorraine et toute la France devaient être, au printemps de 1887, très émues par une grave affaire, qui faillit amener la guerre entre notre pays et l’Allemagne. Le 20 avril 1887, M. Schnæbelé, commissaire spécial de police à Pagny-sur-Moselle, se rendit en territoire annexé, pour y conférer avec son collègue allemand de Novéant, M. Gautsch. Arrivé de l'autre côté de la frontière, M. Schnæbelé fut arrêté et emmené à Metz par deux agents allemands. Ceux-ci étaient chargés d'exécuter un ordre lancé par la cour suprême de Leipzig. Le malheureux commissaire de Pagny avait été victime d'un véritable guet-apens. Notre gouvernement protesta aussitôt contre l'arrestation illégale de M. Schnæbelé. Comme l'Allemagne ne se pressait pas de faire droit aux réclamations de la France, l'on se demanda si une guerre n'allait pas sortir de cet incident. Finalement, notre gouvernement, qui put prouver que M. Schnœbelé s'était rendu en territoire annexé sur l'invitation de M. Gautsch, obtint la remise en liberté du prisonnier. Quelques mois plus, tard, le 24 septembre, des chasseurs français, qui longeaient la frontière franco-allemande sur le territoire de Vexaincourt (Vosges), reçurent des coups de feu, qui tuèrent l'un d'entre eux. Le meurtrier, un soldat allemand, adjoint au garde forestier du pays, prétendit que les chasseurs français étaient passés en territoire annexé, qu'il leur avait crié de s'arrêter et que, voyant qu'ils ne tenaient pas compte de son injonction, il avait tiré sur eux. La France finit par obtenir que l'Allemagne payât une indemnité de 50.000 marks à la veuve de la victime. Quant au soldat allemand, auteur du meurtre, il ne fut ni puni, ni même poursuivi.

Au mois de juin 1892, la ville de Nancy reçut la visite de M. Carnot, président de la République. C'était la première fois, depuis la guerre de 1870, qu'un chef d'État français se montrait dans la région lorraine ; aussi la réception faite à Carnot fut-elle marquée par des fêtes brillantes. Pendant que Carnot se trouvait à Nancy, le grand-duc Constantin, qui faisait alors une cure à Contrexéville, vint le 6, sur l'ordre de son neveu, l'empereur Alexandre III, saluer le président de la République. C'était une nouvelle manifestation du rapprochement de la France et de la Russie.

Les inventaires qui se firent, à la suite du vote de la loi séparant les Eglises de l'Etat, durant les mois de janvier et de février 1906, provoquèrent des manifestations dans différentes villes de la région lorraine.

En janvier 1907, le général Bailloud, commandant du 20e corps d'armée, ayant pris la parole dans une cérémonie militaire, exprima le vœu que, si la guerre éclatait, nous reprendrions les provinces perdues ; il fut pour ce motif envoyé en disgrâce à Montpellier par le général Picquart, ministre de la guerre dans le cabinet Clemenceau.

Au printemps de 1909, s'ouvrit à Nancy une exposition régionale, dont nous reparlerons dans un autre chapitre.

En avril 1913, des Allemands de passage à Nancy furent en butte, de la part de quelques étudiants et de quelques habitants, à des railleries, à des insultes et à des menaces. Comme la police n'avait pas, en la circonstance, fait le nécessaire pour mettre fin au scandale, le gouvernement crut devoir destituer M. Bonnet, préfet de Meurthe-et-Moselle. Bien que ce haut fonctionnaire n'eût pas gagné les sympathies d'un grand nombre de ses administrés, on regretta pourtant qu'il eût été sacrifié aux réclamations de l'Allemagne. Une fois de plus, le gouvernement français montrait à quel point il craignait de déplaire à sa redoutable voisine.

Nous avons parlé, en étudiant le second Empire, du programme de décentralisation rédigé à Nancy par des hommes appartenant aux différents partis de l'opposition. Le mouvement de décentralisation se continua sous la troisième République, d'abord par la Ligue lorraine de décentralisation, qui mena une vigoureuse campagne contre le projet d'organiser à Paris en 1900 une exposition universelle, et plus tard par l'Union régionaliste lorraine, qui organisa à Nancy en 1909 un congrès régionaliste.

 

III. — L'OPINION PUBLIQUE, LES ÉLECTIONS, LES DÉPUTÉS ET LES MINISTRES LORRAINS.

Facteurs qui ont influé sur l'opinion publique. — Partis politiques. — Grands hommes d'Etat. — Élections, députés et ministres : de 1871 à 1879 ; — de 1879 à 1887 ; — de 1887 à 1891 ; — de 1891 à 1898 ; — de 1898 à 1914.

 

L'opinion publique en Lorraine a subi depuis 1871 l'influence de différents facteurs, les uns permanents, les autres passagers. Le souvenir delà guerre de 1870-1871, la situation de pays frontière faite à nos départements par le traité de Francfort et les menaces souvent renouvelées de l'Allemagne ont eu des conséquences durables et persistantes. Le bonapartisme a disparu à peu près complètement de notre pays. D'autre part, les électeurs se sont rendu compte, ou ont senti confusément que le socialisme internationaliste et antimilitariste affaiblirait la France et favoriserait l'écrasement de notre pays par l'Allemagne, en cas de nouvelles luttes. Parmi les événements qui ont agi pendant un temps plus ou moins long sur l'opinion des électeurs lorrains, citons la chute de Thiers (24 mai 1873), le renvoi de Jules Simon (16 mai 1877), la politique anticléricale qui, par deux fois, a obligé les congrégations religieuses à s'expatrier, l'affaire Wilson, l'affaire Schnæbelé, le boulangisme, l'affaire Dreyfus, et en dernier lieu, l'affaire d'Agadir. L'influence de quelques-uns de ces événements, sur lesquels nous reviendrons plus tard, a été sérieuse et profonde. Les préfets ont encore joué, sous la troisième République, le rôle de « courtiers électoraux »[2]. Leur action s'est manifestée avec une intensité particulière durant les périodes de réaction conservatrice du 24 mai 1873 et du 16 mai 1877, ainsi qu'au temps de la réaction jacobine inaugurée par M. Combes. L'action des représentants du gouvernement a été secondée, à l'époque du 24 mai et du 16 mai, combattue, dans la suite, par celle du clergé catholique. Celui-ci n'a cessé, durant de longues années, de combattre les républicains, dans lesquels il voyait des adversaires de la religion. Son hostilité s'est manifestée tantôt dans des sermons, tantôt dans des mandements épiscopaux. Un des évêques du diocèse de Nancy, Mgr Turinaz, s'est plus d'une fois signalé par la vivacité de ses critiques.

 

On trouve dans la région lorraine les mêmes partis politiques que dans le reste de la France. Pendant longtemps les républicains ont appartenu en très grande majorité au groupe opportuniste. Plus tard s'est constitué un parti radical, tandis qu'une fraction des opportunistes prenait le nom de progressistes. Citons également les républicains indépendants, les antisémites, les nationalistes, les boulangistes de droite et de gauche. Quant aux conservateurs, ils se rattachaient surtout au parti orléaniste ; chez quelques-uns pourtant la nuance catholique dominait. Un moment vint où beaucoup de conservateurs, comprenant l'impossibilité d'une restauration monarchique, se rallièrent à la République.

Les députés des départements lorrains, bourgeois pour la plupart, exerçaient en général des professions libérales ; beaucoup d'entre eux étaient avocats, médecins ou professeurs ; mais on trouvait aussi parmi eux d'anciens officiers, des agriculteurs et des industriels.

 

Tandis que, sous la Monarchie de Juillet, la deuxième République et le second Empire, les représentants de nos départements n'avaient joué qu'un rôle assez effacé, sous la troisième République la Lorraine a donné à la France des hommes politiques de premier plan, conservateurs comme Buffet, républicains comme Jules Ferry, Jules Méline et Raymond Poincaré.

L'histoire de la troisième République, de 1871 à 1914, peut se diviser en cinq périodes, dont la première est celle où les républicains luttent pour conquérir le pouvoir (1871-1879) ; puis les républicains gouvernent sans opposition sérieuse (1879-1887) ; ensuite vient la crise du boulangisme (1887-1891) ; dans une quatrième période, après l'agitation causée par l'affaire du Panama, le calme semble se rétablir (1891-1898) ; mais l'affaire Dreyfus recommence à troubler le pays et provoque une réaction jacobine, qui, malgré des atténuations, se prolongera jusqu'à la guerre de 1914.

 

De 1871 à 1879 les républicains luttent contre les conservateurs, pour s'emparer du pouvoir. Si les élections législatives du 8 février 1871 donnèrent, pour l'ensemble du pays, la majorité aux monarchistes, il n'en fut pas de même dans les départements lorrains. La Meurthe et la Moselle ne nommèrent que des républicains, la Meuse trois conservateurs et trois républicains, dont un ancien membre du gouvernement de la Défense Nationale, Ernest Picard. La députation des Vosges comprenait M. Buffet, deux autres conservateurs et cinq républicains, dont l'un, Jules Ferry, avait fait partie du gouvernement de la Défense Nationale. Ajoutons qu'en 1872 Méline fut nommé par les Vosges, lors d'une élection partielle.

Quelle allait être l'attitude de Buffet et de ses amis conservateurs ? Accepteraient-ils, à l'exemple de Thiers, de Rémusat, de Léonce de Lavergneet d'autres encore, de se rallier à la République ? Tenteraient-ils au contraire une restauration monarchique ? C'est à ce dernier parti qu'ils s'arrêtèrent. Ou a peine à comprendre que des hommes politiques sérieux se soient bercés de l'illusion qu'on pouvait replacer et maintenir sur le trône de France le comte de Chambord, un prince dont les idées n'étaient pas en harmonie avec celles du pays. Aveuglés par leurs préférences monarchiques, les conservateurs vont renverser M. Thiers, le 24 mai 1873 ; quatre ans plus tard, le 16 mai 1877, ils obtiendront du maréchal de Mac-Mahon le renvoi de Jules Simon, alors président du conseil, et ils provoqueront ainsi une nouvelle crise. C'étaient de la part des conservateurs de lourdes fautes, qui entraîneront pour leur parti, pour leurs idées et pour la France elle-même, des conséquences funestes.

Après la démission de Jules Grévy (2 avril 1873), Buffet fut élu président delà Chambre par la droite contre Martel, candidat des républicains. Bientôt après, le 24 mai, la majorité conservatrice de l'assemblée adoptait l'ordre du jour Ernoul, qui provoquait, le soir même, la démission de M. Thiers. Tous les députés républicains des départements lorrains votèrent contre cet ordre du jour, qui rallia les suffrages de MM. Benoit et Paulin Gillon de la Meuse, de MM. Aubry et de Ravinel des Vosges. Buffet, président de la Chambre, ne prit pas part au vote. Bompard, député conservateur de la Meuse, s'abstint aussi. En 1876 la chambre dota enfin la France d'une constitution. Le 30 janvier, lors du vote de l'amendement Wallon, les députés des départements lorrains votèrent ou s'abstinrent comme ils l'avaient fait le 24 mai 73. Le 25 février, jour où la Chambre adopta les lois constitutionnelles, les votes de nos représentants furent les mêmes que le 30 janvier, si ce n'est que Bompard vota avec les républicains. Le 11 mars Buffet quitta la présidence de l'assemblée, pour prendre, avec la présidence du conseil, le portefeuille de l'intérieur. Il suivit-une politique nettement hostile aux républicains, bien que quelques-uns de ses collègues du ministère se fussent ralliés à la République.

Les conservateurs en général et Buffet en particulier s'étaient fait beaucoup de tort dans l'opinion des habitants de la région lorraine. Ces derniers, reconnaissants à Thiers de ce qu'il avait fait pour hâter la libération du territoire, en voulaient aux conservateurs d'avoir renversé le 24 mai le vieil homme d'État. Si, le 30 janvier 1876, les électeurs sénatoriaux delà Meuse nommèrent deux conservateurs, MM. Bompard et Salmon, ceux de la Meurthe-et-Moselle et des Vosges n'élurent que des républicains. Aux élections législatives du 20 février, faites au scrutin d'arrondissement, les républicains triomphèrent partout, sauf à Briey et à Verdun. M. Buffet, qui avait échoué dans les Vosges le 30 janvier, fut battu, trois semaines plus tard, dans les quatre arrondissements de Mirecourt, son pays natal, de Commercy, de Bourges et de Castelsarrasin. Ces insuccès personnels et la forte majorité acquise aux républicains dans la nouvelle Chambre obligèrent Buffet à donner sa démission de ministre. Il devait, quelques mois plus tard, être élu sénateur inamovible par la majorité conservatrice de la haute assemblée.

On sait que, le 16 mai 1877, Mac-Mahon contraignit le président du conseil, Jules Simon, à donner sa démission ; c'était pourtant un républicain très libéral et très respectueux des droits de ses adversaires politiques. Le duc de Broglie, qui constitua un ministère conservateur, fit voter par le Sénat, le 22 juin, la dissolution delà Chambre des députés, qui avait émis contre lui un ordre du jour de défiance. Les deux sénateurs conservateurs delà Meuse et Buffet commirent la faute de se prononcer pour la dissolution. Le ministère de Broglie employa les quatre mois qui s'écoulèrent entre la dissolution et les nouvelles élections à préparer celles-ci. Beaucoup de fonctionnaires et de maires furent révoqués, les journaux républicains poursuivis impitoyablement. On se serait cru revenu au temps de l'Empire.

Les élections législatives du 14 octobre n'en furent pas moins favorables aux républicains dans la région lorraine. Les conservateurs gagnèrent, il est vrai, deux sièges, l'un à Lunéville, l'autre à Montmédy, mais les deux monarchistes élus dans ces arrondissements furent invalidés par la Chambre. Si les électeurs de Lunéville renvoyèrent à la Chambre M. Michaut, ceux de Montmédy abandonnèrent M. d'Égremont, qui fut remplacé par l'ancien député républicain, M. Billy. Les élections sénatoriales de janvier 1879 firent perdre aux conservateurs la majorité qu'ils possédaient dans la haute assemblée. La Meuse nomma deux républicains en remplacement de MM. Bompard et Salmon. Peu de temps après ces élections, Mac-Mahon donnait sa démission, et le congrès portait à la présidence Jules Grévy, un républicain d'ancienne date. Les grands pouvoirs de l'État se trouvaient enfin aux mains des républicains.

 

Pendant quelques années les républicains vont mener les affaires du pays saris avoir rien à redouter de l'opposition monarchique. Aux élections législatives du 21 août 1881, les conservateurs perdirent les trois sièges qu'ils possédaient encore dans la région lorraine. Si, aux élections législatives d'octobre 1885[3], les monarchistes, espérant profiter des fautes commises au cours des années précédentes par les républicains, engagèrent de nouveau la lutte, ils furent battus dans les trois départements lorrains. Les listes républicaines passèrent au premier tour de scrutin en Meurthe-et-Moselle et dans les Vosges, au second clans la Meuse. Durant cette période, quelques-uns des représentants delà région lorraine ont joué un rôle considérable. En première ligne nous trouvons Jules Ferry, député des Vosges. Jules Ferry fut à cinq reprises ministre de l'instruction publique, entre le mois de février 1879 et le mois de novembre 1883. A cette dernière date il prit le portefeuille des affaires étrangères, qu'il garda jusqu'au mois de mars 1885. Par deux fois la présidence du conseil lui fut confiée. C'est, on lésait, à J. Ferry que la France est, en grande partie, redevable de l'acquisition de la Tunisie et du Tonkin. C'est lui qui a réorganisé les différents ordres d'enseignement ; par malheur, dans les affaires religieuses, il ne montra pas la même compréhension des véritables intérêts du pays ; l'expulsion des congrégations a été une faute. La politique religieuse de J. Ferry avait violemment irrité les conservateurs, qui se trouvaient 'd'autre part d'accord avec les radicaux pour lui reprocher l'expédition du Tonkin. La coalition de tous ses adversaires le fit tomber, le 30 mars 1885. Si les députés des Vosges restèrent fidèles à leur collègue, ceux de la Meurthe-et-Moselle et de la Meuse l'abandonnèrent. Après J. Ferry, nous citerons Varroy, qui fut deux fois ministre des travaux publics, Duvaux, ministre de l'instruction publique ; Méline et Jules Develle eurent, à quelques années de distance, le portefeuille de l'agriculture. Un ministre de la justice, originaire de Metz, M. Humbert, a eu le malheur d'avoir — non pas un gendre — mais une belle-fille, qui a valu à son nom une célébrité de mauvais aloi.

 

L'année 1887 allait être, pour notre pays, marquée par de graves événements. Tandis que l'affaire Schnæbelé faillit amener une guerre entre la France et l'Allemagne, à l'intérieur, Grévy, que l'indignité de son gendre, le député Wilson, mettait en fâcheuse posture, fut obligé de donner sa démission de président de la République. Qui allait lui succéder ? La majorité des républicains voulait élire Jules Ferry, mais l'opposition acharnée des radicaux devait empêcher l'homme d'État vosgien d'arriver à la présidence. Le conseil municipal de Paris, où la majorité appartenait aux radicaux et aux socialistes, déclara qu'il ne répondait pas du maintien de l'ordre, au cas où Jules Ferry serait nommé. Intimidés, un certain nombre de républicains donnèrent leurs suffrages à Carnot, qui fut élu le 3 décembre 1887.

L'élection de Carnot ne devait pas ramener le calme dans le pays. Un nouveau danger très grave allait menacer la République. Le général Boulanger, qu'aucun exploit militaire ne recommandait, mais qui avait su gagner les bonnes grâces de Clemenceau et des radicaux, réussit à être deux fois, en 1886 et en 1887, ministre de la guerre. Il occupait ces fonctions au moment de l'affaire Schnæbelé, et il se montra partisan d'une rupture avec l'Allemagne. Sa recherche de la popularité finit par inspirer à bon nombre de républicains des inquiétudes qui n'étaient que trop justifiées. Le jour où Boulanger quitta Paris pour aller prendre à Clermont-Ferrand le commandement du 13e corps d'armée, il y eut dans les rues de la capitale de telles manifestations en faveur du général que l'on put un moment craindre une révolution. De Clermont-Ferrand Boulanger noua des intrigues avec des hommes politiques de tous les partis, radicaux, républicains et même conservateurs, bien qu'il eût en 1886, comme ministre de la guerre, expulsé du territoire français les princes d'Orléans et les Bonaparte. Un certain nombre de parlementaires accueillirent favorablement les ouvertures de Boulanger. Toutefois celui-ci ne réussit à gagner aucun député des départements lorrains. Privé de son commandement, puis mis d'office à la retraite, Boulanger se donna tout entier à la politique et fonda le « parti national », où affluèrent tous les mécontents, tous ceux qui désiraient soit un changement de régime, soit une orientation nouvelle de la politique intérieure ou extérieure du pays. Pour ne parler que de la région lorraine, la plupart des conservateurs se déclarèrent pour Boulanger, espérant qu'il deviendrait un instrument entre leurs mains[4]. Il en fut de même de quelques républicains, qui reprochaient aux opportunistes d'avoir gouverné la France dans l'intérêt d'une coterie. Beaucoup d'électeurs lorrains estimaient trop effacée, trop timide, notre politique extérieure. L'affaire Schnæbelé les avait exaspérés. Suivant eux, la France aurait dû relever le gant et partir en guerre contre l'Allemagne. Boulanger, qui, d'une part, prônait une politique nationale à l'intérieur, donnait aux patriotes l'espoir que, s'il arrivait aux affaires, il entreprendrait une guerre de revanche, qui nous rendrait l'Alsace et la Lois raine.

On peut se demander comment auraient tourné les élections du 22 septembre 1889, si, d'une part, le ministère Tirard, en ordonnant des poursuites contre Boulanger, n'avait décidé le général à se réfugier en Belgique et si, d'autre part, il n'avait fait substituer par le parlement le scrutin d'arrondissement au scrutin de liste. Dans ces conditions le syndicat des mécontents, qui formait le parti boulangiste ou révisionniste, avait perdu la plus grande partie de ses chances de succès. Pourtant les boulangistes engagèrent la lutte dans plusieurs circonscriptions de la région. A Saint-Dié ils menèrent une campagne très violente contre J. Ferry, qu'ils avaient pris en haine, depuis le jour où il avait traité Boulanger de « Saint-Arnaud de café-concert ». Ferry fut battu par le commandant Picot, candidat révisionniste. Deux circonscriptions de Nancy élurent des boulangistes, entre autres un jeune romancier de grand avenir, Maurice Barrés. Partout ailleurs en Lorraine les républicains l'emportèrent. On le voit, le succès n'avait pas répondu, dans nos départements, aux efforts des révisionnistes. Durant la période de quatre ans, qui va de 1887 à 1891, nous n'avons à mentionner comme ministre d'origine lorraine que M. Jules Develle, à qui fut de nouveau confié le portefeuille de l'agriculture.

 

A la fin de 1892, éclatait le scandale du Panama, qui devait de nouveau troubler le pays et jeter sur le parlement un jour 1res fâcheux. Par bonheur, il n'y eut ni sénateurs ni députés lorrains compromis dans cette affaire. Il fut prouvé cependant qu'un homme politique né en Lorraine, qui avait, été député de Seine-et-Oise et ministre en 1887, avait touché de l'argent de la compagnie.

Aux élections générales de 1893, radicaux et socialistes cherchèrent à supplanter les opportunistes, que l'affaire du Panama avait mis en mauvaise posture. Dans la région lorraine, ils n'eurent qu'un médiocre succès. Un seul radical, le docteur Chapuis, fut élu à Toul au second tour de scrutin. Les deux députés boulangistes de Nancy ne s'étaient pas représentés ; un opportuniste et un républicain indépendant les remplacèrent. On put croire un instant que le pays, enfin sorti des agitations auxquelles il avait été en proie, allait connaître des jours plus tranquilles. Le pape Léon XIII invitait les catholiques à se rallier à la République, et Spuller, un disciple de Gambetta, parlait de « l'esprit nouveau ». A l'extérieur, l'alliance de la France et de la Russie (1891-1894) faisait sortir notre pays de l'isolement où il vivait depuis 1871. Malheureusement, à l'intérieur, des nuages assombrissaient de nouveau le ciel ; dès la fin de 1897, l'affaire Dreyfus commençait à provoquer des débats passionnés.

De 1891 à 1898 quelques hommes politiques lorrains furent ministres ; nous retrouvons M. Jules Develle, d'abord à l'agriculture, puis par deux fois, en 1893, aux affaires étrangères. Un jeune député de la Meuse, M. Raymond Pomcaré, appelé plus tard à la présidence de la République, reçut à deux reprises le portefeuille de l'instruction publique, d'abord en 1893, puis en 1896 ; entre temps les finances lui furent confiées en 1894. M. Méline, qui avait acquis dans le Parlement une influence considérable et qui avait pris une grande part à l'adoption des tarifs protectionnistes de 1892, devint, le 30 avril 1896, ministre de l'agriculture et président du conseil, fonctions qu'il garda jusqu'au 10 juin 1898. C'est à celle époque que. se placent l'expédition Marchand et l'affaire de Fachoda. M. Boucher, député des Vosges, fut ministre du commerce dans le cabinet Méline.

 

La France va être pendant quelques années troublée par l'affaire Dreyfus, féconde en conséquences funestes. Le pays partagé en deux camps, le parti victorieux usant sans mesure de représailles contre ses adversaires, tel est le spectacle affligeant qui s'offre à nos yeux. Ou sait que, dans le courant de 1897, des parents el des amis de Dreyfus prétendirent que celui-ci, avait été condamné à tort en 1894 pour un crime commis par un autre ; ils demandaient en conséquence la révision du procès. Le malheur voulut que plusieurs de ceux qui croyaient à l'innocence de Dreyfus, au lieu de rester sur le terrain purement juridique, se livrèrent à de violentes attaques contre l’état-major et contre l'armée'. Il n'en fallut pas davantage pour indisposer beaucoup de Lorrains contre la révision du procès de Dreyfus, qui prit à leurs yeux le caractère d'une capitulation devant les adversaires de l'armée.

Au surplus, il convient d'ajouter que, si quelques-uns des partisans de Dreyfus cherchaient dans cette affaire des armes contre le haut état-major, plusieurs de ses adversaires voulaient exploiter « l'affaire » contre la République. Dreyfus étant israélite, l'antisémitisme, jusqu'alors peu en faveur, fit quelques progrès. Le nationalisme se développa, comme l'antisémitisme, chez les adversaires de la révision. La Ligue des patriotes et la Ligue de la patrie française recrutèrent dans les villes de la région lorraine des adhérents assez nombreux. Pourtant les élections du mois de mai 18g8 se passèrent en Lorraine avec un calme relatif, sauf à Bar-le-Duc et dans une des circonscriptions de Nancy, où la lutte fut extrêmement violente. Au second tour de scrutin, un nationaliste antisémite fut élu à Nancy, un radical antisémite à Bar-le-Duc. Ailleurs les députés sortants furent réélus ou remplacés par des représentants de même nuance. L'agitation dans le pays continua, même après que la révision du procès eut été faite et que Dreyfus, condamné une seconde fois par un conseil de guerre, eut été gracié par le président de la République. Waldeck-Rousseau, croyant la République en danger, avait commis l'imprudence de faire appel aux socialistes. C'est alors que se constitua le « bloc républicain » ou « bloc des gauches ». Les passions étaient encore très surexcitées lorsqu'eurent lieu, le 27 avril et le 11 mai 1902, de nouvelles élections législatives. Elles furent dans beaucoup de circonscriptions lorraines favorables aux adversaires du bloc. Le département de Meurthe-et-Moselle comptait entre autres députés un indépendant, un nationaliste antisémite et deux ralliés, la Meuse un radical antisémite, un nationaliste et un rallié, les Vosges trois nationalistes. Mais, dans beaucoup de régions de la France, les électeurs avaient donné leurs voix à des partisans du bloc. M. Combes, successeur de Waldeck-Rousseau, allait inaugurer une politique de réaction jacobine, qui, tout en s'atténuant dans la suite, n’avait pas encore pris fin en 1914. Le cabinet Combes semblait vouloir prendre modèle sur l'Allemagne par sa politique religieuse, renouvelée du Kulturkampf, par l'organisation d'un système d'espionnage et de délation (fiches et délégués), que M. Millerand flétrit, à la tribune de la Chambre, le 9 décembre 1904. L'orateur demanda qu'on libérât le pays « de la domination la plus abjecte que jamais gouvernement eût entrepris de faire peser sur l'honneur et les intérêts des citoyens ».

Nos départements reçurent en 1902 des préfets de combat, parmi lesquels se distingua celui de Meurthe-et-Moselle, M. Humbert. Il s'agissait défaire marcher citoyens et fonctionnaires dans les voies où s'engageait le bloc. Mais les électeurs lorrains ne se montrèrent pas tout d'abord disposés à se laisser faire. Il fallut plusieurs années d'efforts pour changer les opinions des habitants de la région lorraine, et surtout dans la ville de Nancy. Cependant les élections du 6 mai 1906 devaient déjà montrer qu'un revirement commençait à se produire, sous la pression des agents du gouvernement. Les radicaux triomphèrent dans une des circonscriptions de Nancy, à Lunéville, à Montmédy, à Verdun, à Mirecourt et dans les deux circonscriptions de Saint-Dié. C'était donc un recul pour les progressistes, pour les ralliés et pour les nationalistes. Aux élections de 1910, les changements furent peu importants. Un nationaliste, le commandant Driant, gendre du général Boulanger, battit un radical à Nancy, mais Bar-le-Duc remplaça un radical antisémite par un républicain de gauche. Dans les Vosges, les progressistes perdirent les deux derniers sièges qu'ils détenaient encore ; on eut à regretter eu particulier la défaite de Camille Krantz, député sortant d'Épinal. Le parti radical commençait également, vers cette époque, à pénétrer dans le sénat. Le capitaine Humbert, député de Verdun, fut élu, lors d'une élection partielle, sénateur de la Meuse en 1909. En 1911 le docteur Chapuis, député radical de Toul, remplaça au sénat un progressiste, le général Langlois, qui avait été élu en 1905.

M. Camille Krantz fut ministre des travaux publics dans le cabinet Dupuy en 1898, mais aucun député lorrain ne fit partie des ministères que présidèrent M. Waldeck-Rousseau et M. Combes. En 1907 M. Raymond Poincaré fut ministre des finances dans le cabinet Sarrien. Au mois de janvier 1912, il prenait, avec la présidence du conseil, le portefeuille des affaires étrangères, qu'il garda un peu plus d'une année. M. Lebrun, député de Briey, fut ministre des colonies dans les cabinets Caillaux et Poincaré. M. Poincaré devait abandonner les affaires étrangères pour prendre la place de M. Fallières. Le 17 janvier 1913, le congrès l'élisait, au second tour de scrutin, président de la République française. La nouvelle de son élection fut accueillie avec joie par la population de nos départements, qui était lasse devoir les méridionaux occuper dans le gouvernement une place prépondérante.

 

Aux élections générales d'avril-mai 1914 presque tous les députés lorrains sortants furent réélus, sauf à Briey, où un progressiste remplaça un radical. Voici comment étaient représentés à la Chambre nos trois départements. La Meurthe-et-Moselle comptait deux radicaux, un républicain de gauche, deux progressistes, un rallié et un nationaliste, la Meuse quatre radicaux ou républicains de gauche ; les Vosges six radicaux ou républicains de gauche et un nationaliste. On voit que, de 1902 à 1914, le parti radical avait fait dans nos départements de sérieux progrès, dus en grande partie à l'intervention des agents du gouvernement. Il est à remarquer qu'à Nancy, grande ville où cette action ne pouvait s'exercer comme dans les petites villes et dans les campagnes, les radicaux, après un succès en 1906, n'avaient pas réussi à faire la conquête politique de l'ancienne capitale de la Lorraine.

 

IV. — RÔLE DES LORRAINS DANS L'AGRANDISSEMENT DE NOTRE EMPIRE COLONIAL.

 

La troisième République a considérablement agrandi le domaine colonial de la France. Le ministre qui a le plus contribué à l'accroissement de notre empire d'outre-mer est assurément Jules Ferry. C'est grâce à ses efforts que nous nous sommes installés en Tunisie et au Tonkin. Si, dans le détail, l'occupation de ces deux territoires appelle plus d'une critique, on n'en doit pas moins être reconnaissant à l'homme d'Etat qui a su en assurer la possession à son pays ; ceux-là mêmes qui ont le plus violemment attaqué J. Ferry à propos de la Tunisie ou du Tonkin auraient été les premiers à lui jeter la pierre, au cas où, par suite de l'abstention de la France, un autre Etat européen se fût emparé de ces deux contrées.

D'autres Lorrains se sont aventurés dans des régions restées jusqu'alors à peu près inconnues, ou ont pris part à des expéditions destinées à nous donner de nouvelles colonies. Le docteur Crevaux, médecin de la marine, originaire de Lorquin, a exploré dans l'Amérique du Sud une partie du Venezuela et du Brésil. Il devait périr assassiné par des Indiens. Une mort tragique a mis prématurément fin à la carrière coloniale de Crampel, qui avait exploré une partie du Congo. Ce dernier pays, devenu une colonie française, a eu pendant quelque temps pour gouverneur un Lorrain, Gentil (1866-1914) Parmi les officiers qui faisaient partie de la mission confiée au capitaine Marchand se trouvait un Lorrain, Mangin, l'un de ceux qui ont préconisé la formation d'une armée noire. Lorsque la France eut définitivement acquis et chèrement payé le protectorat du Maroc, ce fut un Nancéien, le général Lyautey, que le gouvernement envoya comme résident auprès du sultan (10 mai 1912). Le général Lyautey, qui avait servi au Tonkin, plus tard à Madagascar, sous les ordres de Galliéni, possédait des qualités remarquables d'administrateur, qui lui permirent d'étendre petit à petit l'autorité du sultan, et par suite celle de la France, sur des territoires qui jusqu'alors avaient joui d'une indépendance à peu près complète[5].

 

 

 



[1] Des Lorrains ont joué un rôle dans l'insurrection communaliste parisienne de mars-mai 1871. Nous mentionnerons en particulier le romancier Arthur Arnould et Lullier, un ancien officier de marine.

[2] « Les préfets ne sont pas des courtiers électoraux ; ils sont des administrateurs... Ils n'ont pas charge de soutenir des candidats, et ils doivent veiller à ce que les fonctionnaires gardent la même réserve qu'eux », (Discours prononcé à Paris, le 1er juillet 1922, par M. Poincaré, au banquet du comité républicain du commerce, de l'industrie et de l'agriculture.)

[3] Le parlement avait rétabli en 1885 le scrutin de liste.

[4] Un journal catholique de Nancy, l'Espérance, a toujours refusé de se rallier au boulangisme.

[5] Le bâton de maréchal de France, accordé à Lyautey en 1921, a récompensé les grands services que notre concitoyen avait rendus à son pays.