HISTOIRE DE LORRAINE

TOME TROISIÈME. — DE 1789 À 1919

QUATRIÈME PARTIE (suite) — LIVRE DEUXIÈME (suite)

DEUXIÈME SECTION. — LA RÉGION LORRAINE DE 1789 À 1812

 

CHAPITRE VII. — L'ENSEIGNEMENT, LES LANGUES, LA LITTERATURE, LES SCIENCES ET LES ARTS.

 

 

En matière d'enseignement, beaucoup de destructions souvent justifiées, mais souvent aussi prématurées, des créations qui prêtent à de sérieuses critiques, pas de littérature nouvelle, en art triomphe de l'école de David, enfin destruction pendant la Révolution d'un grand nombre d'œuvres d'art, tel est le bilan de cette période.

 

I. — L'ENSEIGNEMENT

 

La Révolution s'est trop hâtée de supprimer les établissements d'instruction qui existaient en 1789, et d'autre part elle n'a pas toujours été heureuse dans ses créations. Les hommes de la Révolution, qui attachaient, avec raison, une grande importance à la question de l'enseignement, avaient sur cette matière des idées neuves et fécondes. Mais tantôt ils n'arrivaient pas à se mettre d'accord, tantôt le défaut d'argent ne leur permettait pas d'organiser l'instruction publique comme ils l'auraient voulu. Quand la République fit place au Consulat, seules les écoles centrales fonctionnaient d'une façon régulière ; les Universités n'avaient pas été remplacées et les écoles primaires laissaient beaucoup à désirer. Napoléon Ier se désintéressa de l'enseignement primaire et ne vit dans les facultés, qu'il réorganisa, qu'une institution destinée soit à délivrer des diplômes, soit à former des magistrats, des avocats et des médecins. Si l'enseignement secondaire attira davantage son attention, il le réforma en s'inspirant, non point de saines idées d'instruction et d'éducation, mais de conceptions utilitaires et militaires.

 

1° La période révolutionnaire.

Enseignement primaire. — Enseignement secondaire. — Enseignement supérieur.

 

Ni la Constituante, ni la Législative ne firent rien pour l'enseignement primaire, qui végéta jusqu'en 1790. Les frères des écoles chrétiennes se retirèrent, pour n'avoir pas voulu prêter le serment civique ; plusieurs, parmi les jeunes instituteurs laïcs, s'engagèrent en 1791 ou en 1792. Les communes cherchèrent, mais sans toujours y parvenir, à remplacer les uns et les autres. Ainsi, en 1794, dans le district de Lunéville, 30 communes seulement sur 74 possédaient un instituteur. Nulle différence entre cette période et celle d'avant 1789 dans la situation des maîtres, non plus que dans leur enseignement. En 95 le directoire de la Meurthe se plaint de l'excès des congés ; les élèves chôment le quintidi, le décadi, le jeudi et le dimanche. Quand les instituteurs font classe, ils ne gardent les enfants que pendant quelques heures.

La Convention ne vota pas moins de trois lois relatives à l'enseignement primaire. Si la première avait institué l'obligation et la gratuité, la deuxième supprima f obligation, la dernière, celle du 3 brumaire an IV (25 octobre 96), fit disparaître l'obligation, enleva aux maîtres le traitement que leur accordaient les deux premières lois, ne-leur laissant qu'une rétribution payée par les élèves, avec, en plus, le logement. La nomination des instituteurs appartenait à l'administration départementale, qui devait les choisir parmi les postulants ayant passé avec succès un examen devant un jury d'instruction.

L'application de la loi du 3 brumaire an IV se heurta à bien des difficultés et n'amena pas tous les résultats souhaités. D'abord, peu de candidats sollicitèrent des postes d'instituteur, soit que le service militaire attirât les jeunes gens, soit que la médiocrité du traitement les détournât de la carrière enseignante, D'ailleurs, la situation morale des instituteurs laisse beaucoup à désirer. D'une part, le gouvernement leur interdit tout enseignement religieux et les menace de destitution, au cas où ils contreviendraient à cette défense, de l'autre beaucoup de familles insistent pour qu'ils apprennent le catéchisme aux enfants. Le personnel de l'enseignement primaire semble avoir été en général assez médiocre. Pour remédier au mal, François de Neufchâleau se-proposait, alors qu'il était ministre de l'intérieur, de créer dans chaque département une école normale, destinée à former les instituteurs. Le projet n'aboutit malheureusement pas.

Les matières enseignées par les maîtres sont à peu près les mêmes qu'autrefois, si ce n'est que l'instruction civique remplace le catéchisme.

Là où il n'y a pas d'instituteur, les enfants n'apprennent ni à lire, ni à écrire. Mais dans les communes qui en possèdent un, les résultats sont médiocres, et cela par suite de l'insuffisance du maître et de l'indiscipline des enfants. Voilà ce que déclarent les administrations des départements ou les municipalités cantonales.

Il existait encore, au moins dans les villes, un enseignement primaire libre. Nous savons qu'à Lunéville, au début du Consulat, les écoles libres comptaient plus d'élèves que les écoles publiques.

Les religieuses, qui tenaient avant la Révolution la plupart des écoles de filles, durent de gi à93 renoncer à leur enseignement. Les institutrices laïques qui les remplacèrent ne furent pas toutes à la hauteur de leur lâche ; de plus, on n'en trouva qu'un très petit nombre. En 94> dans le district de Lunéville, le chef-lieu était la seule localité qui possédât une institutrice.

Quelques communes, il est vrai, avaient des écoles mixtes, que fréquentaient à la fois garçons et filles.

 

Pour l'enseignement secondaire, comme pour le primaire, la Constituante et la Législative s'en tinrent à des projets. Les anciens collèges continuèrent de fonctionner pendant un temps plus ou moins long, mais ils végétèrent pour la plupart, jusqu'à ce qu'ils fussent réduits à fermer leurs portes. Ils connurent deux crises successives, l'une en 91, l'autre en 92. En 91 un certain nombre de religieux et de prêtres séculiers, ayant refusé de prêter le serment civique qui leur était imposé, furent obligés de renoncer à leurs fonctions professorales. En août 92, le décret-loi voté par la Législative, qui supprimait les corporations ecclésiastiques, obligea tous les religieux qui avaient prêté le serment d'abandonner l'enseignement. A Nancy, les chanoines réguliers furent remplacés, les uns en 91, les autres en 92, par des prêtres séculiers, puis par des laïcs. A Lunéville, dès 91, les chanoines eurent pour successeurs quatre professeurs laïcs nommés au concours. Si le collège de Nancy subsista, les établissements de Lunéville, de Toul et de Pont-à-Mousson fermèrent leurs portes les uns après les autres. A Commercy, le collège qu'avaient dirigé les bénédictins avant 89 devint l'Institution littéraire, qui fonctionna avec des professeurs laïcs pendant plusieurs années. Les élèves de cet établissement prirent part, en 94 et en 95, aux fêtes patriotiques et jouèrent, le 21 janvier 95, une tragédie de Voltaire, La mort de César. A Verdun le collège ne termina son existence qu'en 93, avec des changements dans le personnel. En novembre 94, il fut remplacé par une école secondaire, qui subsista jusqu'à l'ouverture de l'école centrale. Le collège de Metz, réorganisé en 90 par la municipalité, ne comptait pas moins de 14 cours, publics et gratuits. Il fonctionna jusqu'à ce que l'école centrale de la Moselle eût été créée en l'an IV. Les collèges de Sarreguemines et de Thiouville avaient été fermés en 93. Durant cette dernière année les neuf collèges des Vosges marchaient encore, mais tous végétaient. Le collège de Metz avait des chaires d'histoire nationale, d'éléments de commerce, d'éléments de morale et de droit publie, celui d'Épinal une chaire de droit républicain. La loi du 3 brumaire an IV créa les écoles centrales, à raison d'une par département. Les professeurs de ces établissements étaient examinés et nommés par le jury d'instruction départemental ; toutefois, la nomination devait être approuvée par l'administration centrale du département. Les professeurs avaient déjà pour la plupart enseigné dans les anciens collèges, ils étaient soit des laïcs, soit des prêtres défroqués ou même mariés. En principe, l'enseignement dans les écoles centrales embrassait trois cycles, chacun de deux années. De 12 à 14 ans les élèves suivaient des cours de langues anciennes, de dessin, d'histoire naturelle, de 14 à 16 ans des cours de sciences mathématiques et physiques, de 16 à 18 ans des cours de belles-lettres, d'histoire et de législation. Le programme des trois cycles comprenait donc un très grand nombre de matières. Par malheur, l'organisation des écoles centrales appelait plus d'une critique. Gomme beaucoup de ces établissements ne comprenaient pas d'internat, ils n'étaient accessibles qu'aux jeunes gens dont les familles habitaient la ville où ils fonctionnaient. Il n'existait pas d'intermédiaire entre l'école communale et l'école centrale et, d'autre part, celle-ci offrait le double caractère d'un collège et d'une Université. Les enseignements des différents cycles ne se suivaient pas dans un ordre méthodique, et ce défaut se trouvait encore aggravé par la liberté qu'avaient les élèves de choisir telle ou telle matière et d'en négliger d'autres. Beaucoup de jeunes gens, en sortant des écoles centrales, ne possédaient qu'une instruction très incomplète.

Les écoles centrales de notre région furent établies dans les chefs-lieux de département, sauf dans la Meuse, où elle fut placée à Verdun. Seule l'école centrale de la Meurthe fut doublée d'un internat, dont la création fut décidée par l'administration centrale à la fin de 1798, mais qui ne commença de fonctionner que l'année suivante ; la direction en - fut confiée à Michel, ancien maître de pension. Toutes nos écoles centrales, en particulier celle de la Meurthe, comptèrent de bons professeurs. On peut citer à Nancy Mollevaut, Haldat, Thieriet, ancien maire de la ville, qui fut chargé du droit ; Coster, l'auteur des Lettres d'un citoyen à un magistrat, donna dans son enseignement une place à l'histoire locale. Ainsi, durant l'année scolaire 1802-1803, il étudia la Lorraine de 1477 à 1624. Lors d'un exercice public, qui eut lieu à Nancy, le 14 fructidor an XI (31 août 1803), un élève fit l'éloge des ducs Antoine et Charles III ; ce qui ne laisse pas que de surprendre, il approuva ce dernier de n'avoir pas toléré le protestantisme dans ses États et d'avoir invité ceux qui voulaient adopter les idées nouvelles à s'en aller vivre dans les pays d'où elles étaient venues.

Parmi les bons professeurs des autres écoles centrales on peut citer : celui de mathématiques à Metz, Bernier, celui de belles lettres à Epinal, l'abbé Janny, qui devint plus lard principal du collège de Remiremont. Si les écoles centrales delà région lorraine ont formé quelques hommes distingués, le mérite en revient surtout au savoir et aux qualités pédagogiques des maîtres qui professaient dans ces établissements.

L'école centrale de la Meurthe compta jusqu'à 269 élèves en l'an VIII, celle de la Moselle 233 l'année suivante ; à Verdun il n'y eut pas plus de 140 élèves, et à Epinal le personnel scolaire ne dépassa jamais la centaine. Partout le dessin eut la faveur des élèves ; le cours de mathématiques lut assez suivi à Nancy, à Verdun et à Epinal, celui de langues anciennes à Nancy et à Verdun, celui d'histoire naturelle à Epinal

Les écoles centrales rencontraient quelque défiance de la part de la bourgeoisie. L'organisation défectueuse de ces établissements, les innovations introduites dans leurs programmes, la suppression de l'instruction religieuse et la présence de prêtres mariés dans le personnel enseignant expliquent cette défaveur, qui allait parfois jusqu'à l'hostilité.

Presque toutes les villes delà région possédaient en outre au moins un collège libre. Ces établissements prenaient des internes, l'enseignement s'y rapprochait de celui des anciens collèges, et l'on y donnait l'instruction religieuse. Pour toutes ces raisons, ils jouissaient de la faveur.de la bourgeoisie.

L'enseignement secondaire des jeunes filles, qui se trouvait avant 89 entre les mains des congrégations religieuses, avait été désorganisé par la Révolution. Il existait pourtant quelques cours fondés par des laïques oïl par des religieuses qui avaient repris l'habit séculier.

En 1789 la faculté des arts de Nancy avait pour professeurs les régents du collège ; on venait de supprimer une chaire d'histoire, qui n'avait existé que pendant quelques années. La faculté de médecine comptait 83 élèves et 4 professeurs ; ceux-ci ne touchaient comme traitement fixe que 200 francs. La faculté de droit avait 97 élèves et 3 professeurs, dont le traitement fixe de 200 francs s'augmentait d'un casuel variant de 300 à 700 francs. Les deux professeurs de théologie n'avaient que 30 élèves, mais leur traitement s'élevait à 1.600 francs. L'Université de Nancy végéta jusqu'à ce que la loi du 15 septembre 93 l'eut supprimée, ainsi que toutes les autres.

La Convention n'organisa pas l'enseignement supérieur. Elle se contenta de créer des écoles spéciales, presque toutes établies à Paris. L'école du génie fut transférée en 94 de Mézières à Metz. Lorsqu'il fut question, en 1798, sous le Directoire, de créer des écoles de médecine, un journal de Nancy, le Patriote de la Meurthe, demanda qu'il en fût établi une à Nancy. A la place des anciens collèges de médecine et de chirurgie, qui avaient disparu pendant la Révolution, il se forma, le 28 nivôse an IV (18 janvier 1796), une Société de santé, qui comprenait les médecins et les chirurgiens de Nancy Au mois d'octobre 1794, Ibrelisle avait inauguré un cours d'anatomie dans l'amphithéâtre de l'hôpital militaire de Metz. En 97, une école de santé militaire fut adjointe à cet hôpital. Une école libre de droit s'ouvrit à Nancy au mois de décembre 95. La suppression des facultés de médecine eut des conséquences déplorables ; le nombre des médecins et des chirurgiens diminua, tandis que celui des charlatans allait en s'accroissant.

 

2° La période consulaire et impériale

Circonscriptions académiques. — Enseignement primaire. — Enseignement secondaire. — Enseignement supérieur.

 

La loi du 11 floréal an X (1er mai 1802) réorganisa l'instruction publique. Plus tard Napoléon créa l'Université impériale par les lois du 10 et du 20 mai 1806, que complétèrent les décrets du 17 mars 1808 et du 15 novembre 1811. L'Université impériale, formidable instrument de centralisation, mettait sous l'autorité de l'Etat tous les établissements d'instruction, publics et privés ; ces derniers devaient, pour naître et pour vivre, obtenir l'autorisation du gouvernement ; de plus ils étaient soumis à la surveillance incessante de l'Université.

Les académies, créées en 1809, avaient même ressort et même chef-lieu que les cours d'appel. La région en compta deux, celles de Nancy et de Metz. A. la tête de chacune des académies était placé un recteur, assisté de deux inspecteurs et d'un secrétaire.

 

Napoléon ne s'occupa que fort peu de l'enseignement primaire. Les écoles de garçons étaient confiées à des instituteurs laïcs ou à des frères des écoles chrétiennes. Ni au point de vue de la situation matérielle, ni à celui de la valeur professionnelle, il n'y eut d'amélioration sérieuse durant cette période. L'enseignement redevint ce qu'il était avant 1789. En l'an IX, le département de la Meurthe comptait 597 écoles primaires et 37.000 élèves.

Les congrégations enseignantes de femmes furent réorganisées et reçurent l'autorisation du gouvernement, celle des sœurs de Saint-Charles par arrêté consulaire du 28 prairial an XI (17 juin 1803), celle des Vatelottes (sœurs de la Doctrine Chrétienne) par arrêté consulaire du 21 germinal an XII (11 avril 1804). Les sœurs delà Providence ne furent réorganisées qu'en 1812 ; la congrégation comprit une branche française et une branche allemande, qui eurent leur maison-mère, la première à Portieux, la seconde à Homarting. Ce fut la Restauration qui, en 1816, lui donna l'autorisation.

Les sœurs de ces différents ordres rouvrirent des écoles dans les villes et dans plusieurs villages, et l'instruction des petites filles du peuple fit quelques progrès.

Si Napoléon s'intéressa davantage à l'enseignement secondaire, c'est que, dans sa pensée, les fils de la bourgeoisie avaient besoin d'instruction pour remplir les fonctions publiques. Il existait deux espèces d'établissements officiels, les lycées impériaux et les écoles secondaires communales entretenues par les villes.

La région reçut deux lycées, l'un à Nancy, l'autre à Metz, c'est-à-dire dans les chefs-lieux de cour d'appel. Le personnel enseignant des lycées fut en grande partie emprunté à celui des écoles centrales. Toutefois, on eut soin de laisser de côtelés prêtres mariés ; l'on fit à Metz une exception en faveur d'un professeur de sciences, Bernier, qu'il était impossible de remplacer. L'enseignement donné dans les lycées tenait le milieu entre celui des anciens collèges et celui des écolas centrales, plus scientifique que le premier, plus littéraire que le second. Tandis que l'histoire était exclue des programmes, l'instruction religieuse y trouvait place, et le premier proviseur du lycée de Nancy, Duquesnoy, avait soin d'attirer l'attention des familles sur l'importance que cet enseignement avait pris.

Le personnel scolaire des lycées comprenait des externes et des internes ; parmi ces derniers on trouvait des élèves nationaux, à qui l'Etat avait accordé une bourse, et des pensionnaires, dont les parents payaient les frais d'internat En l'an XIII, il y avait au lycée de Nancy 189 élèves, dont 53 externes, 103 élèves nationaux et 33 pensionnaires. En 1808, sur 410 élèves que comptait le lycée de Metz, 300 étaient des internes, par moitié élèves nationaux et pensionnaires. Malgré le renvoi des prêtres mariés, malgré la place faite à l'instruction religieuse, les lycées se trouvaient en butte à l'hostilité du clergé et de tous ceux qui auraient voulu que l'Eglise reprît la haute main sur l'enseignement.

Outre Bar-le-Duc et Épinal, la plupart des chefs-lieux d'arrondissement et quelques chefs-lieux de canton furent dotés soit avant, soit après 1812, d'écoles secondaires communales. Citons Lunéville, Toul, Pont-à-Mousson, Dieuze, Phalsbourg dans la Meurthe, Commercy, Saint-Mihiel, Verdun dans la Meuse, Sarreguemines et Thionville dans la Moselle, Mirecourt, Neufchâteau, Remiremont et Saint-Dié dans les Vosges.

Il existait enfin des écoles secondaires libres, fondées et dirigées par des particuliers. Nancy et Metz en possédaient plusieurs ; on en trouvait également dans beaucoup d'autres villes. Maudru, l'ancien évêque constitutionnel des Vosges, en avait fondé une en 1805 à Stenay, ville dont il était devenu curé après sa soumission au pape.

L'enseignement secondaire des jeunes filles se reconstitua par les soins de l'initiative privée. Des religieuses ou des laïques fondèrent des collèges avec pensionnats ou des cours qui n'étaient suivis que par des externes.

 

L'enseignement supérieur ne fut organisé dans la région, et combien chichement, qu'en 1811. Nancy reçut une faculté des lettres, Metz une faculté des sciences. Dans chacune d'elles les fonctions de doyen étaient remplies par le recteur, qui était en outre chargé d'un enseignement ; chaque faculté comptait quatre professeurs. Celui d'histoire à Nancy était Mollevaut fils. A Metz, la chaire d'histoire naturelle avait été confiée au médecin du lycée.

 

II. — LES LANGUES

 

La Constituante avait décidé, le 14 janvier 90, que les lois seraient traduites dans les divers idiomes usités en France, et que ces traductions seraient envoyées dans les provinces qu'elles concernaient. Blaux se plaignait, le 2 novembre 92, que le directoire de la Moselle n'eût pas exécuté ce décret, et cela pour laisser la population de langue allemande du département dans l'ignorance des lois. Pourtant, le 26 novembre 90, le conseil général de la Moselle avait sollicité l'autorisation de faire traduire les lois dans le patois allemand du pays, et il avait nommé un interprète, le 7 décembre suivant. Nous savons qu'il existait dans la Meurthe un traducteur pendant la période révolutionnaire.

La Convention s'était préoccupée de substituer le français aux langues étrangères parlées dans certaines parties du territoire de la République. Par ses décrets du 8 et du 30 pluviôse an II (27 janvier et 18 février 94), elle avait décidé que des instituteurs de langue française seraient placés dans les communes où l'on parlait un autre idiome. Il ne semble pas que ces décrets aient reçu d'exécution. Par un autre décret du 2 thermidor an II (20 juillet 1794), la même assemblée avait ordonné de rédiger en français tous les actes publics ; le 16 fructidor suivant (2 septembre 94), un autre décret prescrivit de surseoir au précédent. De son côté, Mallarmé avait, lorsqu'il était en mission dans la Moselle, fait campagne contre l'allemand. Il invitait, le 2 germinal an II (22 mars 94), les sociétés populaires à n'employer que le français. Le 16 mai il parlait des districts où « l'idiome tudesque déshonorait encore la langue des républicains » ; il exprimait l'espoir que ce « langage tudesque et grossier, que d'ailleurs des Français doivent abhorrer, puisqu'ils le partagent avec des esclaves, aurait disparu dans six mois ».

Sous l'Empire, aucune tentative ne semble avoir été faite pour propager le français dans les communes de langue allemande.

Les patois romans avaient rencontré un adversaire dans l'abbé Grégoire, qui aurait voulu les voir disparaître.

 

III. — LES LETTRES

La prose. — La poésie. — Tentatives pour faire connaître en Lorraine la littérature allemande.

 

Nous avons déjà parlé des auteurs qui terminèrent leur existence durant cette période, Boufflers, Saint-Lambert, Palissot. Passons en revue les écrivains, dont la carrière appartient plutôt à la Révolution et à l'Empire qu'à l'époque précédente.

L'histoire est représentée par Ch. Lacretelle (Lacretelle jeune), né à Metz (1766-1855), collaborateur de l'Encyclopédie, partisan modéré des idées de la Révolution. La journée du 14 vendémiaire fut en partie son œuvre. Au 18 fructidor, le Directoire fit emprisonner Lacretelle, qui ne recouvra la liberté qu'au 18 brumaire. Napoléon le nomma en 1809 professeur à la faculté des lettres de Paris ; un peu plus tard, l'Académie française l'admit au nombre de ses membres. On doit à Ch. Lacretelle de nombreux ouvrages historiques sur le XVIIIe siècle et le commencement du XIXe.

Guilbert de Pixerécourt, né à Nancy en 1773, fit de bonnes études au collège de sa ville natale, émigra en 91, revint en France l'année suivante, courut à Paris, pendant la Terreur, de sérieux dangers. On n'apprendra pas sans étonnement qu'il finit par entrer dans l'enregistrement, où il passa 32 ans f1802-1834) ; l'exercice de ces fonctions bien prosaïques ne l'empêcha ni d'écrire de nombreuses pièces, ni même de diriger, de 1825 à 1835, le théâtre de la Gaieté. Revenu en 1836 à Nancy, il y termina son existence huit ans plus tard (1844). Pixerécourt avait une intelligence vive, une imagination ardente, une sensibilité exaltée. Bien qu'on ait pu saluer dans Pixerécourt le père du mélodrame, on ne doit pas oublier qu'il a eu des précurseurs, en France La Chaussée, Diderot, Sedaine, Mercier, à l'étranger Shakespeare et d'autres encore. On reconnaît à Pixerécourt une grande habileté à charpenter ses drames, à trouver des situations pathétiques, à soigner la mise en scène. Par malheur, quoiqu'il eût un esprit cultivé, Pixerécourt n'a jamais pris la peine de bien écrire. Son style est tantôt déclamatoire et emphatique, tantôt plat et terne. C'est la grande faiblesse de celui qu'on a surnommé le Corneille du boulevard. Parmi ses pièces nous citerons Victor ou l'Enfant de la forêt, Célina ou l'Enfant du mystère, Charles le Téméraire, Marguerite d'Anjou, Le chien de Montargis, Latude ou trente-cinq ans de captivité. Le mélodrame a exercé une influence réelle sur le drame romantique.

 

Hoffman est à la fois auteur dramatique, poète et critique littéraire. Né à Nancy en 1768, fils d'un brasseur originaire de Hongrie, il débuta par d'agréables poésies légères, qui furent couronnées par la Société royale de Nancy. A Paris, où il arriva en 178/i, il écrivit des livrets d'opéra-comique, dont le plus connu est celui des Rendez-vous bourgeois, et des comédies, le Roman d'une heure, joué en 1803, Lysistrata, adaptation d'une comédie d'Aristophane ; il entra enfin comme critique littéraire au Journal de l'Empire. On ne peut qu'admirer l'indépendance et la conscience dont il fit preuve dans son rôle de journaliste. Hoffman écrit d'un style aisé et agréable, il sait manier finement l'ironie, et quand il le veut, raisonner avec une dialectique serrée. On lui a reproché les jugements injustes qu'il a portés sur les romantiques.

 

François de Neufchàteau, l'homme politique, a écrit d'agréables poésies légères ; sa traduction de Roland furieux a été engloutie dans un naufrage. En 1796 François de Neufchâteau publia son poème des Vosges, où il donne d'intéressants détails sur la situation économique du pays. Le conventionnel Pons de Verdun a réuni dans un volume intitulé Loisirs ou Contes et poésies, paru en 1807, des épigrammes, des fables et des contes. Le Bibliomane et l'Oubli volontaire méritent une mention spéciale. Mine de Vannoz, née de Sivry, a composé et publié, sous le Consulat, une Elégie sur la profanation des lombes royales de Saint-Denis en 1793.

 

Le baron de Bock, né à Thionville (1747-1809), émigra pendant la Révolution, vécut de 179/i à 1800 en Allemagne, où il noua des relations avec Gœthe et avec Wieland. Outre des traductions de l'allemand, de Bock écrivit la Vie de Frédéric, baron de Trenck, Hermann d'Unna, Les chevaliers des sept montagnes, deux œuvres d'imagination, où sont mis en scène les Francs-Juges, enfin une Histoire du tribunal secret, c'est-à-dire des tribunaux vehmiques, parue en 1801.

Voici un autre Lorrain qui a joué, lui aussi, mais de façon beaucoup plus complète, le rôle d'intermédiaire entre la France et l'Allemagne. Né à Boulay en 1766, devenu officier d'artillerie, Charles de Villers émigra en 1792, gagna la Hollande, puis l'Allemagne, où il devait passer les vingt dernières années de son existence. Etudiant à Göttingen, il se rendit ensuite à Lübeck, dont il fit durant une assez longue période sa résidence, devint en 1811 professeur à Göttingen, et mourut en 18I5, après avoir perdu sa place l'année précédente. De Villers s'était épris très vite de l'Allemagne et de sa littérature, qu'il entreprit de faire connaître aux Français. Ses goûts le rapprochèrent de Mme de Staël, avec laquelle il entretint une correspondance et qu'il rencontra à Metz en 1803 ; après une interruption, le commerce épistolaire entre Villers et Mme de Staël reprit en 1809 ; le livre De l'Allemagne doit beaucoup à Ch. de Villers, qui écrivit une préface pour l'édition de cet ouvrage donnée en 1814. Villers a publié, entre autres livres, l'Exposition de la doctrine de Kant (1801), l'Essai sur l'esprit et sur l'influence de la Réformation de Luther, couronné en 1804 par l'Institut de France, le Coup d'œil sur les Universités et le mode d'instruction publique de l'Allemagne (1808), où il montre la supériorité des Universités sur les écoles spéciales, le Coup d'œil sur l'état actuel de la littérature ancienne et de l'histoire de l'Allemagne (1809). Homme d'un caractère indépendant, de Villers était susceptible et manquait parfois de tact, qualités et défauts qui lui ont nui plus d'une fois. Ses livres n'ont pas reçu l'accueil qu'ils méritaient, parce que son talent d'exposition et son style n'étaient pas à la hauteur de l'originalité de ses vues[1].

De Villers et de Bock ne sont pas les seuls Lorrains qui aient essayé de faire connaître l'Allemagne à la France. François de Neufchâteau donna dans le même but un recueil intitulé Le conservateur, où il réunit divers articles relatifs à l'Allemagne ; il avait songé à faire paraître une Bibliothèque germanique, mais le projet n'aboutit pas. A Nancy les sociétés littéraires avaient les mêmes ambitions. Ainsi, à une séance publique donnée le 1er nivôse an XI (22 décembre 1802), par la Société libre des sciences, arts et lettres de Nancy, Blaux, professeur à l'école centrale, lut une traduction en vers français de deux chants d'un poème de Klopstock, La Rataille d'Hermann ; il y joignit une notice sur le poète et sur la mythologie des anciens Germains. Un membre de la Société d'émulation de Nancy prononça l'éloge de Gessner ; il y exprime le regret que les Français négligent les richesses de la littérature allemande, qui depuis vingt ans a fait les progrès les plus étonnants.

 

IV. — LES SCIENCES

 

Nous n'avons à mentionner aucun mathématicien. Les sciences sont représentées par le physicien de Haldat (1770-1852), correspondant de l'Académie des sciences, qui descendait d'un frère de Jeanne d'Arc, par le botaniste Willemet (1735-1803), directeur du jardin des plantes de Nancy, surtout par le naturaliste Sonnini de Manoncourt, né à Lunéville en 1761, personnalité curieuse, savant doublé d'un révolutionnaire ardent. Sonnini publia de 1798 à 1807 une nouvelle édition des Œuvres de Buffon, un Voyage en Egypte (1799), un Voyage en Grèce et en Turquie (1801). Sonnini mourut prématurément en 1812.

Rappelons enfin que le naturaliste Lacépède, continuateur de Buffon, né à Agen, appartenait à la famille lorraine des comtes de Ville-sur-Illon.

 

V. — LES ARTS

 

Il n'y a pas lieu de reparler des sculpteurs Clodion et Lemire. Rappelons que l'architecte R. Mique périt sur l'échafaud révolutionnaire le 8 juillet 1794.

La Lorraine fournit alors plusieurs miniaturistes de grand talent, dont la carrière artistique, commencée sous l'Ancien Régime, s'est poursuivie durant la Révolution, l'Empire et même beaucoup plus tard.

Dumont, né à Lunéville en 1761, vint en 1769 à Paris, qu'il ne quittera plus guère jusqu'en 1831, date de sa mort ; mentionnons pourtant un séjour qu'il fit à Rome en 1784. Girardel à Lunéville, Lagrenée à Paris lui donnèrent des leçons. Dumont a le dessin net, il répand sur les chairs et les chevelures des caresses d'ombre et de lumière. Mais il recherche trop les poses alanguies et, vers la fin de sa carrière, il donne aux personnages qu'il peint une attitude raide et compassée. Parmi ses miniatures nous citerons celles de Louis XVI, de Marie-Antoinette, du Dauphin, de Mme Lagrenée, de la Saint-Huberty.

Augustin, né à Saint-Dié en 1769, arrivé à Paris en 1781, finit, après avoir connu des jours difficiles, par obtenir une vogue, qu'il conserva sous la Révolution, l'Empire et la Restauration. Il avait eu à Nancy des leçons de Claudot. Ses miniatures se recommandent parle coloris, par le goût du détail, qui dégénéra en minutie. Ses œuvres les plus réputées sont Mme de Kerkado, Augustin lui-même, Élisa Bonaparte, le corniste Duvernoy et le sculpteur Calamane. Mme Augustin avait été l'élève et la collaboratrice de son mari.

Isabey (J.-B.), né à Nancy en 1767, devait prolonger jusqu'en 1855 une existence marquée par de brillants succès. Arrivé à Paris en 1785, il travailla quelque temps dans l'atelier de David, subit aussi l'influence de l'Angleterre. Ayant été chez Mme Campan le professeur d'Hortense Beauharnais, il entra en relations d'abord avec Joséphine, puis avec Bonaparte lui-même, dont il sut gagner et conserver la faveur. Non content de faire les portraits des membres de la famille Bonaparte, Isabey devint l'ordonnateur du sacre et des cérémonies impériales. Plus tard il réussit, sous tous les régimes, à trouver des admirateurs et des protecteurs. Ses miniatures, bien dessinées, d'un coloris agréable, ont en outre le mérite de la ressemblance. Parmi ses miniatures les plus connues citons Bonaparte à la Malmaison, les frères et les sœurs de Napoléon, Marie-Louise couronnée de roses. Isabey a composé aussi des dessins à la sépia, dont le plus célèbre, représentant les plénipotentiaires du congrès de Vienne, a été popularisé par la gravure. D'autres Lorrains ont cultivé la miniature, Augustin dit Dubourg, de Saint-Dié, Laurent de Baccarat, et Larue, dit Mansion, de Nancy, ce dernier élève d'Isabey.

 

VI. — LE VANDALISME RÉVOLUTIONNAIRE. LES MUSÉES. LES ACADÉMIES.

 

Notre compatriote Grégoire a popularisé, s'il n'a pas été le premier à l'employer, le terme de vandalisme ; on trouve ce mot dans trois rapports qu'il présenta à la Convention. En ce qui concerne le vandalisme lui-même, il y a lieu de faire des distinctions. D'une façon générale, les assemblées de la période révolutionnaire se sont montrées soucieuses de sauvegarder les livres, les manuscrits et les œuvres d'art, de quelque nature qu'elles fussent[2]. D'autre part, la Législative[3], puis la Convention[4] prescrivirent de détruire les emblèmes de la royauté, de la féodalité et de la superstition. Les autorités locales, chargées de l'exécution de ces décrets, allèrent beaucoup trop loin, et firent disparaître comme emblèmes séditieux des œuvres d'art ; il y eut aussi des actes de vandalisme commis par des fédérés, par la populace, par des sociétés populaires. Les châteaux, les églises, les monastères, le mobilier ecclésiastique, enfin les diplômes anciens eurent particulièrement à souffrir de l'ignorance et du fanatisme des révolutionnaires.

A Nancy on brisa, en novembre 92, la statue de Louis XV, dont les morceaux furent envoyés l'année suivante à Metz, pour y être fondus et transformés en canons. Des fédérés de passage dans la même ville, le 12 novembre 92, détruisirent bien des œuvres d'art. A Toul, le 30 brumaire an II (20 novembre 93), on brûla des livres d'Eglise, des diplômes, des chartes, des crucifix et des confessionnaux. Le 12 mai 94, le comité révolutionnaire de Toul fil briser la statue de Notre-Dame aux pieds d'argent. Le 4 novembre 93, Saint-Etienne de Bar-le-Duc et les autres églises de la ville sont dévastées par des révolutionnaires parisiens et par des patriotes de la ville. A Verdun, des étendards, des bannières, des broderies, des livres, des documents anciens furent livrés aux flammes le 14 octobre 93. Le 28 novembre suivant, la populace verdunoise mit à sac la cathédrale, détruisant ou brûlant des statues, des confessionnaux, des objets servant au culte. L'église Saint-Etienne de Saint-Mihiel fut transformée en écurie, non sans que son mobilier fut détruit ou détérioré. Les matières d'or et d'argent, enlevées aux églises de la Meuse, sur l'ordre donné le 16 novembre 93 par le représentant Bô, furent envoyées à la Monnaie de Metz pour être fondues. À Metz, on brûla sur un bûcher, le 10 brumaire an II (30 novembre 93), des confessionnaux, des livres liturgiques, des broderies. Dans les Vosges, on procéda de la même façon. Le 10 août 93 à Épinal, des titres généalogiques furent la proie des flammes ; le même jour, à Remiremont, on détruisait des tableaux, dont un portrait de Louis XV par J.-B. Vanloo. En décembre on brûla dans la même ville des tableaux, puis des litres féodaux. Les tissus d'or et d'argent, les vêtements sacerdotaux, ainsi que les objets d'orfèvrerie religieuse de Remiremont prirent le chemin de la Monnaie de Metz, pour y être transformés en lingots. On pourrait multiplier à l'infini les exemples de ces destructions à jamais regrettables.

 

Pourtant, les administrations départementales ou les municipalités prirent quelques mesures pour mettre à l'abri les œuvres d'art, les livres, les manuscrits et les documents diplomatiques. A Nancy, par exemple, l'administration départementale créa un musée de peinture et de sculpture, dont elle ordonna en 99 l'ouverture au public tous les décadis. Elle adjoignit, l'année suivante, au musée une école de sculpture. Les documents diplomatiques furent réunis dans un dépôt d'archives, établi au chef-lieu de chaque département. Les livres enlevés aux abbayes et aux couvents allèrent grossir les bibliothèques des villes, quand elles n'en constituèrent pas le premier noyau.

 

Les Académies de Metz et de Nancy végétèrent jusqu'en 92, ou jusqu'au début de 93. La Société royale de Nancy tint sa dernière séance le 8 janvier 93. Le 8 août de la même année, la Convention décrétait, sur un rapport de Grégoire, la suppression des Académies.

Neuf ans plus tard, la Société royale de Nancy allait renaître, mais sous un autre nom. D'anciens membres de celte Académie fondèrent en 1802, avec l'autorisation du préfet Marquis, la Société libre des sciences, lettres et arts de Nancy, qui prit le titre de Société académique, lorsqu'elle eut été officiellement reconnue par le gouvernement. En 1803 elle fonda un prix pour un élève de l'école centrale, décida de mettre au concours l'éloge des Lorrains illustres et de récompenser les meilleurs de ces travaux. Le premier lauréat fut M. Guerrier de Dumast, qui avait composé un éloge de Gilbert.

D'autre part, Justin Lamoureux avait fondé, en mai 1800, la Société d'émulation de Nancy, qui comprenait deux sections, l'une littéraire, l'autre scientifique.

L'Académie de Metz avait été supprimée comme toutes ses sœurs. Nous ignorons quand elle avait tenu sa dernière séance. Vaublanc, nommé préfet de la Moselle en 1805, fonda, s'il faut en croire le baron Sers, une société littéraire, sur laquelle nous ne savons rien, sinon qu'elle se réunissait à l'hôtel de la préfecture.

 

 

 



[1] Il est intéressant de relever ici les appréciations que Ch. de Villers et un prêtre toulois, l'abbé Alaidon, ont formulées sur les Allemands. Ceux-ci, à en croire de Villers, sont des gens « essentiellement bons, humains, hospitaliers, dans le sens le plus noble de ce mot, « des gens qui réunissent la simplicité des mœurs à la sublimité de la pensée ». Sans aller aussi loin, l'abbé Alaidon fait l'éloge de nos voisins : « Partout [en Allemagne], dit-il, on trouve des hommes amis de l'humanité et prêts à la soulager ». Il n'hésite pas à déclarer, lui prêtre catholique, qu'il y a parmi les protestants allemands « des âmes charitables ».

[2] Voir en particulier le décret voté par la Convention, le 4 brumaire an II (25 octobre 1798).

[3] Décrets du 11 et du 14 août 1792.

[4] Décrets du 1er août et du 14 septembre 1793, du 18 vendémiaire an II (9 octobre 1793).