HISTOIRE DE LORRAINE

TOME TROISIÈME. — DE 1789 À 1919

QUATRIÈME PARTIE (suite) — LIVRE DEUXIÈME (suite)

DEUXIÈME SECTION. — LA RÉGION LORRAINE DE 1789 À 1812

 

CHAPITRE VI. — LA VIE MATÉRIELLE, LES DISTRACTIONS, L'ASSISTANCE PUBLIQUE ET LA VIE ÉCONOMIQUE DE 1789 À 1812.

 

 

La vie matérielle et la vie économique ont subi de 1789 à 1812 des modifications importantes, dont les unes n'ont pas survécu aux causes qui les avaient produites, tandis que d'autres devaient se maintenir et se développer. Les réformes opérées par la Révolution, l'émigration, les guerres et leurs conséquences, levées d'hommes, réquisitions, fermeture des frontières, ont exercé une influence, tantôt passagère, tantôt durable, sur les habitudes de nos ancêtres, sur leur façon de travailler, sur leur situation matérielle, etc.

 

I. — LA VIE MATÉRIELLE.

L'alimentation. — Le chauffage.

 

Il n'y a pas eu de changements dans l'alimentation de nos pères, mais sous l'influence des mauvaises récoltes, des réquisitions militaires et de la loi du maximum, les villes de nos départements et les districts montagneux des Vosges ont connu, durant la période révolutionnaire, des moments critiques. Les autorités locales, les sociétés populaires, plus tard les représentants en mission ont pris des mesures variées pour conjurer la famine, pour assurer la subsistance des habitants. Dans le but de se procurer des céréales ou de la farine, on recourait soit à des achats de gré à gré, soit à des réquisitions, on obligeait les cultivateurs à déclarer les quantités de grains qu'ils avaient récoltées ou qu'ils conservaient dans leurs greniers. Sous la Terreur, les autorités procédèrent chez les producteurs à des visites domiciliaires, à des perquisitions. C'est que, craignant de manquer du blé et du seigle nécessaires à leur alimentation, ou pleins de défiance à l'égard des assignats, ou jugeant insuffisants les prix fixés par la loi du maximum, les paysans refusaient de vendre leur blé ou de le déclarer.

Parfois c'est la population d'un village qui s'oppose à l'enlèvement du blé ou de la farine achetés par un particulier ou par une municipalité urbaine. En septembre 1789, les gens de Moyen vie prétendent empêcher le départ de deux voitures de blé qu'avait acquises un bourgeois de Lunéville. Le mois suivant, une scène du même genre a, pour théâtre Lunéville ; il s'agit cette fois d'une voiture de farine appartenant au curé d'Einville. En mars 90, la garde nationale de Magnières ne veut pas laisser partir des voitures de blé pour Lunéville. La municipalité de Sedan achète à Verdun du blé ; les deux voitures qui le transportaient sont arrêtées à Montmédy par les habitants, et, pour qu'elles puissent reprendre leur roule, il faut faire intervenir la garnison delà place.

En 1793 et en 1794, les autorités des villes menacées de manquer de pain s'adressent dans leur détresse aux représentants en mission, au comité des subsistances de la Convention, à la Convention elle-même et les prient de leur faire allouer du blé pris dans les magasins militaires, ou réquisitionné dans les pays producteurs de céréales ; parfois c'est un prêt en argent qu'elles sollicitent.

Le représentant Genevois autorise la municipalité de Lunéville à emprunter trois cents quintaux aux magasins de l'armée, mais à la condition qu'elle les rendra plus tard. Le 3 février 1795, la Convention avance à la même ville la somme de 100.000 livres pour acheter des subsistances en remplacement de celles que Lunéville avait fournies à l'armée ou aux départements voisins. En 1794, le comité des subsistances de la Convention faisait délivrer aux Toulois d'abord 3.000 quintaux de blé pris dans le district de Vézelise, un peu plus tard 10.000 autres quintaux. Au mois de septembre 92, le représentant Delacroix ordonnait aux districts d'Etain et de Montmédy de fournir du blé à la ville de Verdun, à raison de 3.000 quintaux pour le premier, de 2.000 pour le second. En décembre 93, B. Faure réquisitionna dans le district de Maubeuge 6.000 quintaux de blé destinés au district de Sarreguemines. De 1793 à 1795, la situation alimentaire des districts montagneux des Vosges, Senones, Saint-Dié, Bruyères et Remiremont, reste très précaire. Sans cesse des plaintes s'élèvent dans ces districts sur le manque de vivres. En 93 la Convention mit 100.000 livres à la disposition du département des Vosges pour lui permettre d'acheter des grains, qu'il revendrait ensuite à la population. B. Faure ordonne, en novembre 93, aux départements de la Meurthe, de la Meuse, de la Haute-Marne, de la Marne et de l'Aube, de fournir du blé à celui des Vosges. Un peu plus tard, Foussedoire réquisitionnait dans la Haute-Saône 7.500 quintaux de blé pour les Vosges ; mais comme son arrêté n'avait pas reçu d’exécution, il pria le comité de salut public de réclamer l'intervention du comité des subsistances de la Convention.

Départements, districts et villes recoururent à d'autres moyens pour conjurer la famine. Ainsi la fabrication des gâteaux fut interdite par la municipalité de Sarreguemines en décembre 92, par celle d'Épinal en février 1793, par celle de Plombières en mai 93, par celle de Saint-Dié en juin 93. Le directoire de la Meurtrie prit, en juillet 93, la même mesure, applicable à tout le département et celui des Vosges suivit son exemple au mois d'avril 1794. C'est pour le même motif qu'en 93 les directoires de nos départements suspendirent ou interdirent la fabrication de la bière, des eaux-de-vie de grains, de la poudre[1] et de l'amidon.

Ailleurs défense fut faite aux gens qui détenaient des grains ou de la farine d'acheter du pain chez les boulangers. Ce fut le cas à Verdun en juin 93, à Commercy en avril 94, à Metz en juin 93, etc.

Bien entendu le pain est taxé partout ; la taxe varie avec les époques, elle varie aussi avec la qualité du pain. Quelquefois les municipalités vont plus loin, elles se chargent, comme celle de Saint-Dié, dès le mois de juillet 90, delà fabrication du pain, qu'elles vendent à perte. D'autres ordonnent de se servir, pour la confection du pain, de farine d'orge ou de seigle. A Verdun, en février 94, on fabrique le « pain de l'égalité », où il entre deux tiers de farine de blé, un tiers de farine d'orge. En avril 95, la municipalité de Metz distribue aux pauvres un pain fait avec un tiers de farine de blé et deux tiers de farine de seigle. A Remiremont, dès le mois de mai 1790, le pain que met en vente la municipalité contient par moitié de la farine de blé et de la farine de seigle.

Enfin, beaucoup de municipalités rationnèrent leurs administrés, en ayant soin de proportionner les rations à l'âge ou au travail de ceux-ci. Ainsi, en 1793-1794, à Lunéville les ouvriers ont droit à une livre, tandis que les enfants et les personnes inutiles à la République ne reçoivent que trois quarts de livre. La municipalité verdunoise, après avoir fixé à une livre la ration des habitants en mai 1794, la réduit le mois suivant à trois quarts de livre pour les gens qui ne travaillent que peu ou point, à une demi-livre pour les détenus. A Metz, en mars 95, les habitants ne touchent pas plus de quatre onces de pain. En juillet 94, les Spinaliens ne recevaient plus qu'une demi-livre de pain. A partir de 1796, la situation alimentaire s'améliore et toute crainte de famine est désormais écartée.

Comme la guerre avec l'Angleterre rendait très difficiles les communications avec les colonies françaises ou hollandaises, le prix du sucre et des denrées coloniales subit une hausse considérable.

 

Le prix du bois, déjà élevé avant 1789, continua de monter à l'époque de la Révolution et de l'Empire. Au début du Consulat les préfets de la Meuse et des Vosges, qui recherchent les causes de cette hausse, ne s'accordent que sur un point : si le bois coûte davantage, c'est que toutes les denrées se vendent plus cher. L'accroissement de la consommation du bois, d'après le préfet de la Meuse, la dévastation des forêts, suivant son collègue des Vosges, sont d'autres causes du renchérissement de ce combustible. L'influence des usines à feu, admise par Desgouttes (Vosges), est rejetée par Saulnier (Meuse).

 

Pour remédier à cet état de choses, la municipalité de Metz recourut, en octobre 94, à la taxation. Marquis, préfet de la Meurthe, interdit aux brasseries d'employer un autre combustible que la houille.

 

II. — LES DISTRACTIONS.

 

Les fêtes furent nombreuses de 1789 à 1812. Sous la Révolution on célébra les fêtes de la Fédération, les fêles républicaines et patriotiques, les fêtes du culte de la Raison, du culte de l'Etre suprême, etc. Sous l'Empire l'anniversaire de la naissance de Napoléon Ier, son mariage avec MarieLouise, la naissance du roi de Rome, les passages de l'empereur, de Joséphine, de Marie-Louise, les victoires des armées françaises ou les traités de paix donnèrent lieu à des fêtes, dont quelques-unes, au moins dans les villes importantes, eurent de l'éclat. Les frais en incombaient aux municipalités et retombaient finalement sur les habitants des villes.

Cinq villes seulement possédaient de véritables salles de spectacle, Nancy et Lunéville dans la Meurthe, Bar-le-Duc et Verdun dans la Meuse, Metz dans la Moselle. Les théâtres connurent pendant la Révolution des jours difficiles ; fermés à l'époque de la Terreur, ils ne se rouvrirent que sous le Directoire.

Un décret impérial du 8 juin 1806, complété par un règlement ministériel de l'année suivante, décida que les départements de la Meurthe, de la Meuse et de la Moselle, les seuls de la région lorraine qui eussent des salles de spectacle, formeraient un arrondissement, dans lequel circulerait une troupe de comédiens ambulants. Jamais peut-être le théâtre n'eut à Verdun une existence aussi florissante, et cela grâce à la présence dans celte ville des prisonniers anglais. Une jeune Lorraine, M" 0 Saucerotte, dite Raucourt, de Dombasle-sur-Meurthe, connut à cette époque, comme tragédienne, une grande célébrité ; sociétaire de la Comédie française, elle interpréta les héroïnes de Corneille, de Racine et de Voltaire. On la revit quelquefois dans sa patrie, où elle vint se faire applaudir. C'est ainsi que, le 14 nivôse an VIII (4 janvier 1800), elle joua sur le théâtre de Nancy le rôle de Phèdre, dans la tragédie de Phèdre et Hippolyte.

 

III. — LA MISÈRE ET LES MALADIES. - L'ASSISTANCE PUBLIQUE.

 

Pendant la période révolutionnaire, les mauvaises récoltes, les bouleversements, les guerres civiles et étrangères devaient naturellement accroître la misère. Le 26 janvier 1799, la municipalité de Lunéville informait le département qu'un tiers de la population était réduit à l'indigence. La situation s'améliora sous le Consulat et l'Empire, grâce au rétablissement de l'ordre et au relèvement de la prospérité économique. Mais, dans les dernières années de l'Empire, les guerres sans cesse renouvelées, ainsi que le poids toujours croissant des impôts, firent réapparaître la misère ; à partir de 1810, le nombre des indigents alla en augmentant.

Non contente d'appauvrir ou de ruiner beaucoup de ceux à qui leur fortune permettait de venir en aide aux nécessiteux, la Révolution avait détruit ou désorganisé la plupart des institutions charitables destinées à secourir l'indigence. Pour les remplacer, la Constituante créa les dépôts de mendicité, le Directoire les bureaux de bienfaisance (loi du 7 frimaire an V, 27 novembre 1796). En 1791, l'ancienne abbaye prémontrée de Justemont fut transformée en dépôt de mendicité pour la Moselle. La construction du dépôt de Fains, dans la Meuse, ne fut commencée que le 14 septembre 1811.

Enfin quelques villes possédaient des ateliers de charité. Dans celui de Metz, que dirigeaient les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, trois cents fillettes apprenaient à lire, à écrire, à filer et à coudre.

A l'époque de la Révolution et de l'Empire, aucune épidémie n'a désolé noire pays.

Il existait dans la région, avant 89, de nombreux hôpitaux et hospices, qui recueillaient les malades et les infirmes indigents. La Révolution, qui entendait faire de l'assistance un service public, eut le tort de désorganiser les établissements existants, avant d'être en mesure de les remplacer par d'autres, avant même de savoir exactement sur quelles bases, avec quels fonds, avec quel personnel les hôpitaux pourraient désormais fonctionner Et les malades pauvres furent les premiers à souffrir des fautes commises. Les congrégations de femmes, qui soignaient, avant 89, les malades dans les hôpitaux, ne furent pas supprimées ; seulement, les sœurs eurent à subir quelques tracasseries, et furent obligées parfois d'abandonner leur service. A Verdun, les sœurs de l'hôpital Sainte-Catherine furent emprisonnées en 93, sous l'accusation, d'ailleurs fausse, d'avoir caché le girondin Délayant ; rendues à la liberté en décembre 94, elles ne rentrèrent à l'hôpital qu'au mois d'août 1795. Les sœurs de l'hôpital de Commercy, qui avaient prêté le serment civique, ne furent pas inquiétées. Celles de Remiremont, qui s'y étaient refusées, furent renvoyées en février 1791 et remplacées par des infirmières laïques ; mais, dès 1795, la municipalité les rappela et leur garantit la liberté du culte. A Mirecourt, les religieuses hospitalières, congédiées pendant la Terreur, ne reprirent leur service qu'après le g thermidor. Les hôpitaux et les hospices virent leur prospérité gravement compromise par la loi du 11 juillet 94, qui réunissait leur avoir au domaine national, et qui prescrivait la vente de leurs biens-fonds. L'Etat devait, il est vrai, prendre à son compte les dépenses hospitalières, mais la situation désespérée des finances publiques ne lui permettait pas de supporter une charge aussi lourde. On ne tarda pas à reconnaître que l'on avait fait fausse route, et la loi du 16 vendémiaire an V (7 octobre 1796), complétée par celle du 25 brumaire an IX (16 novembre 1800), décida que les hôpitaux reprendraient leur autonomie et que l'Etat leur restituerait tous ceux de leurs biens qui n'avaient pas été aliénés, Les administrateurs des hospices reconstituèrent de leur mieux le patrimoine des établissements confiés à leurs soins. Mais il leur fut impossible, en bien des cas, de réparer le mal qui avait été fait. Dans la Meuse, les dix hôpitaux du département n'avaient plus à eux tous que 50.000 livres de revenus. A Metz les hôpitaux s’étaient trouvés en 97 dans une situation tellement critique que la municipalité prescrivit une quête à domicile, pour subvenir à leurs dépenses. Sous le Consulat il se produisit une amélioration sérieuse, mais en 1800-1801, les hôpitaux de Metz et de Thionville n'avaient plus que 108.815 livres de recettes, au lieu de 172.766 en 1789. A la même époque, les hôpitaux des Vosges ne possédaient que des revenus médiocres ; par contre ils avaient à supporter la charge de dettes assez lourdes. Ce fut en grande partie pour procurer des ressources aux établissements hospitaliers que Bonaparte autorisa les villes à rétablir les octrois. A Bar-le-Duc, l'octroi fournissait à l'hôpital 5.662 livres, à Verdun 4.231 livres, à Metz et à Thionville 49.724 livres.

Les hôpitaux civils reçurent, à l'époque de la Révolution et de l'Empire, des blessés et des malades appartenant à l'armée. Il existait pourtant dans la région des hôpitaux militaires, dont le principal se trouvait à Metz. Ce dernier établissement possédait, au début du Consulat, 29 lits à une place et 787 à deux places. Ou voit qu'au point de vue du confort et même de l'hygiène les hôpitaux avaient encore à faire de grands progrès.

Les stations thermales delà région eurent plus ou moins à souffrir des bouleversements de la période révolutionnaire. Les principales, celles de Bains, de Contrexéville et de Plombières, étaient situées dans le département des Vosges. A Bains, rétablissement, qui était la propriété du duc d'Havre, fut cédé, non point à la commune, comme celle-ci l'avait demandé en 90, mais à des particuliers (1795). Plombières, la plus fréquentée de toutes nos stations, reçut la visite de plusieurs grands personnages. La citoyenne Bonaparte y vint en 98 pour la première fois ; elle y retourna comme femme du premier consul et comme impératrice. A la demande de quelques représentants du peuple, l'administration départementale des Vosges fit installer à l'hôpital de Plombières 40 lits, destinés à des militaires malades en traitement à Metz. Bussang ne recevait ni baigneurs, ni buveurs. On expédiait de cette localité des bouteilles, dont le nombre tomba de 52.320 en 1780 à 31.030 en 1790.

 

IV. — LA VIE ÉCONOMIQUE.

 

La. Révolution a profondément modifié la vie économique. Quelques-unes des réformes qu'elle a opérées ont eu pour celle-ci d'heureuses conséquences ; citons, par exemple, la suppression des redevances seigneuriales, des dîmes, des douanes intérieures, des corporations, la répartition plus équitable des charges publiques, la vente des biens nationaux. Par contre l'émigration, les levées d'hommes, les réquisitions, l'émission d'un trop grand nombre d'assignats, la loi du maximum, l'insécurité persistante ont entravé, paralysé même, la vie économique, pendant l'époque révolutionnaire. La situation s'est d'ailleurs améliorée sous le Consulat, et l'Empire ; les causes de perturbation ont alors disparu pour la plupart, et les réformes ont par conséquent pu faite sentir leurs bons effets.

 

1° L'agriculture.

Régime de la propriété. Vente des biens nationaux. Fermage. — Cultures. Arbres fruitiers et vignes Prairies. Elevage. — Forêts. Chasse. — Situation des propriétaires, des fermiers et dès manouvriers. — Progrès de l'agriculture. — Action de l'État.

 

Avant 1789 la grande propriété appartenait au clergé ou à la noblesse ; la bourgeoisie représentait la moyenne propriété et les paysans la petite. Pendant la Révolution, les domaines du clergé et ceux des nobles qui avaient émigré furent les uns et les autres vendus comme biens nationaux ; des gentilshommes restés en France et des bourgeois, pressés par des besoins d'argent, se défirent de la totalité ou d'une partie de leurs terres. Les propriétés qui changèrent alors de maître passèrent aux mains de bourgeois ou de paysans.

La vente des biens nationaux est une des opérations les plus importantes de la Révolution française. On appelle biens de première origine ceux qui avaient appartenu à l'Eglise, biens de seconde origine les propriétés des émigrés ; les domaines des établissements hospitaliers forment une troisième catégorie. La vente des biens nationaux a été réglée, pour les terres de l'Eglise, par les lois du 17 mars, des 14 et17 mai 1790, pour celles des émigrés par les décrets des 6, 14 août et 2 septembre 1792, par les lois des 3 juin, 25 juillet et i3 septembre 1793, enfin, pour celles des établissements hospitaliers, par la loi du 11 juillet 1794- Sur cette question il n'existe, en ce qui concerne la région lorraine, que trois bons travaux, qui ont trait aux districts de Bar-le-Duc, d'Epinal et de Remiremont ; nous possédons des renseignements incomplets et fragmentaires sur, quelques autres districts. Gela ne suffit pas pour se faire une idée exacte de ce qu'a été, dans l'ensemble de la région lorraine, la vente des biens nationaux.

Nulle part il n'y eut de résistance sérieuse de la part des établissements religieux que l'on dépouillait. Tout d'abord, c'était aux municipalités que revenait la mission de vendre les biens nationaux situés sur leur territoire. Elles devaient les prendre à leur compte et les revendre en détail, en prélevant un tant pour cent sur l'opération. Lunéville prit des biens pour 3.200.000 livres, Toul pour 1.535.484 l., Verdun pour 4.000.000 de l., Commercy pour 600.000 l., Metz pour 15.000.000 de l. La municipalité d'Epinal ne donna pas suite au vote qu'elle avait émis de soumissionner pour 500.000 livres.

Mais, comme les petites communes ne pouvaient ou ne voulaient pas suivre l'exemple des grandes, le soin de faire vendre les biens nationaux finit par incomber aux autorités des départements et surtout des districts. Aussi est-ce par districts qu'il faut étudier l'opération.

A Bar-le-Duc, à Epinal et à Remiremont, la vente des biens de première origine marcha bien en 90 et au début de 91 ; les enchères furent activement poussées, et les biens atteignirent souvent des prix très supérieurs à leur valeur présumée. A Bar le-Duc des biens, estimés 3.331.000 livres, furent payés 6.213.000. Par la suite, l'empressement des acquéreurs se ralentit, et si l'on tient compte de la dépréciation, toujours croissante, des assignats, on constate que les prix de vente restent au-dessous des estimations. Par contre, à Verdun, les biens de première origine ne se sont pas, même au début, vendus dans de bonnes conditions. Un jour de terre, qui se payait 400 livres en argent, avant 1789, ne trouve preneur en 91 qu'au prix de 70 livres en assignats. Gomme les biens de seconde origine furent payés en assignats dépréciés, la vente en fut aussi avantageuse aux acquéreurs que préjudiciable aux intérêts du trésor. Le préfet Marquis évalue, pour la Meurthe, le produit de la vente des biens nationaux à 59.000.000 de livres en numéraire. Dans la Meuse, la vente des biens de première origine du district de Bar aurait rapporté 13.679.300 livres en assignats ; dans les Vosges il y aurait eu, au 1er décembre 92, pour 15.498.387 livres de biens de première origine aliénés ; des biens estimés 2.516.783 livres n'avaient pas encore été mis aux enchères. Nous savons que, dans le district de Bar-le-Duc, plus de la moitié des lots avait une superficie inférieure à un hectare. Naturellement les lots de dimensions considérables n'étaient accessibles, en raison de leur prix élevé, qu'à des bourgeois ou à des spéculateurs. On trouve parmi les acquéreurs des membres du clergé à Bar et à Epinal, des nobles à Bar et à SaintMihiel. Ce sont des bourgeois qui ont acheté la plus grande partie des biens à Bar (³/₅), à Saint-Mihiel et à Verdun. Dans le district de Bar, les paysans n'ont acquis que 24 % des domaines vendus. A Épinal et à Remiremont, la part des ruraux est beaucoup plus considérable. Si les acquéreurs d'un grand nombre de lots sont rares, un à Épinal, deux à Remiremont, par contre il se forma beaucoup d'associations, qui ne comprenaient, le plus souvent, que deux ou trois membres ; on en compte 137 dans le district de Bar-le-Duc et 155 dans celui d'Epinal. Quel a été le rôle des spéculateurs et, d'une façon générale, de ceux qui, sans être des marchands de biens, ont revendu les domaines qu'ils avaient achetés ? Il faudrait le savoir, pour connaître à qui sont restés, en fin de compte, les biens du clergé et des émigrés. On n'a sur celte question que des données fort incomplètes. D'après les représentants Couturier, Dentzel et Rûhl, il y aurait eu à Toul, vers la fin de 92, une société de vampires (sic), qui acquérait en bloc les domaines nationaux, pour les revendre en détail à des prix très élevés. On constate la présence de spéculateurs à Saint-Mihiel et à Verdun. Dans la Moselle, trois spéculateurs, Taverdon, Lapointe et Biaise opèrent en grand sous le Directoire, mais nous ne sommes pas en mesure de donner sur leur activité des renseignements précis.

D'après les préfets de la Meurthe et de la Moselle, le nombre des propriétaires se serait élevé, pour le premier de ces départements, de 56.501 en 1789 à 69.743 en l'an IX et, pour le second, de 35.858 à 49.331. Cet accroissement notable est la conséquence de la vente des biens nationaux.

Le nombre des propriétaires s'augmenta encore, définitivement dans certains villages, momentanément dans d'autres, par suite du partage des biens communaux, qu'avait prescrit— ou plutôt rendu facultatif— la loi du 10 juin 93. Ony procédait dans toute commune où un tiers des habitants en avait fait la demande. En ce qui concerne les trois départements lorrains sur lesquels nous possédons des renseignements, les biens furent partagés dans la plupart des communes. Il ne se trouva que 119 villages de la Moselle, où le partage ne se fit pas, contre 686 où l'on y procéda. Toutefois, l'on n'opéra pas partout de la même façon. Ainsi, dans 679 localités delà Moselle, le partage eut lieu par familles, dans 107 par têtes d'habitants. Il y eut des villages vosgiens où l'on partagea tous les biens communaux ; dans d'autres on laissa en dehors du partage des biens qui demeurèrent soumis à la vaine pâture. Ailleurs, les biens ne furent partagés que pour un certain nombre d'années. Les inconvénients que présentait l'opération, tant pour l'agriculture que pour les finances des communes, ne tardèrent pas à se faire sentir. Nous avons déjà parlé des lois qui suspendirent ou qui supprimèrent celle du 10 juin 93. Beaucoup de villages purent, sous le Consulat, reconstituer leur domaine, par les soins et sous la direction des préfets.

Après comme avant la Révolution, le régime du fermage continua d'être en vigueur.

 

Rien de changé aux cultures, non plus qu'aux procédés agricoles ; nos paysans restent fidèles au système de l'assolement triennal. Pendant la Révolution, un habitant de la Moselle, J.-P Jaunez, perfectionne différentes machines agricoles. On constate une diminution des terres en friche. Parmi les récoltes médiocres ou mauvaises de cette période, il convient de citer celles de 1789 et de 1792.

Deux plantes industrielles méritent d'appeler noire attention, le tabac et la betterave. La culture du tabac, devenue libre en 91, ne tarda pas à se développer. Si elle n'eut pas à souffrir du droit établi, en 98, sur la fabrication du tabac, elle se restreignit sensiblement, quand elle fut soumise en 1808 au contrôle de l'État, et surtout lorsque l'empereur eut rétabli, deux ans plus tard, le monopole de la fabrication du tabac.

Comme les sucres coloniaux ne parvenaient que très difficilement à pénétrer en France, on recourut, particulièrement sous l'Empire, à la betterave. Pour stimuler le zèle des agriculteurs, Napoléon ordonna en 1811 de planter en betteraves 400 hectares dans le département delà Meuse ; différentes raisons ne permirent d'en ensemencer que 176 hectares, qui produisirent 266.383 kilos de betteraves.

En ce qui concerne la vigne, le préfet Colchen se plaint, dans la Statistique de la Moselle, que l'ont ait introduit dans le pays des plants qui donnent des produits abondants, mais de qualité médiocre. Il y eut sous la Révolution beaucoup de mauvaises récoltes. A Verdun on prétendait en 93 qu'au cours des cinq dernières années les vignerons n'avaient retiré de leurs vignes aucun profit. Au début de 97, l'administration départementale de la Moselle affirmait que, depuis 1789, il n'y avait eu qu'une seule vendange satisfaisante. Le vin fut bon en 1791, excellent en 1811, l'année de la Comète. En 1811 plusieurs localités de la Meurthe et de la Meuse commencèrent à vendanger le 8 septembre ; en outre, dans quelques villages de la Meurthe, les vignes portèrent une seconde récolte de raisins, que l'on cueillit au début de novembre, lorsqu'ils furent arrivés à maturité. En 1801 la Meuse produisit 240.000 hectolitres de vin, qui se vendirent, suivant leur qualité, 60, 40 et 20 francs l'hectolitre.

Sous le Consulat, la Meuse comptait 61.317 hectares de prairies naturelles, produisant 3.498.048 quintaux de foin.

Le droit de vaine pâture, après la première coupe dans les prairies naturelles non encloses, se trouva soumis à de fréquentes restrictions. Plus d'une fois les prairies furent mises en réserve jusqu'après la coupe du regain, sur l'ordre de différentes autorités. En 91 le directoire du district de Nancy prend cette mesure pour la circonscription qu'il administre ; en 94 ce sont les représentants Louis et Pflieger qui la prescrivent pour la Meurthe, en 1797 les administrations de la Meurthe et de la Moselle pour ces deux départements. Marquis ordonna, en l'an VIII et en l'an XI, que les prairies fussent mises en réserve dans la Meurthe jusqu'après la coupe du regain. Leclerc permit en 1805 aux municipalités meusiennes de prendre des dispositions analogues.

A l'époque révolutionnaire, les prairies artificielles se développèrent, mais moins que sous l'Empire ; c'est que l'on suspectait alors le patriotisme des cultivateurs qui, au lieu de blé, semaient du trèfle ou de la luzerne. Pourtant, même au temps de la Révolution, on voit en 92 que le conseil général de la Moselle fait traduire par Barbé Marbois un ouvrage allemand relatif aux prairies artificielles. En 94 le directoire du même département acheta pour 4.819 livres.de semences de trèfle, de luzerne et de sainfoin, qui devaient être distribuées à des agriculteurs intelligents et patriotes. Les sociétés d'agriculture interviennent sous l'Empire ; en 1806 celle de la Moselle accorde des prix à quatre cultivateurs pour la création de prairies artificielles. Des particuliers se distinguent également, prêchant par la parole et par l'exemple, tels M. Saincère à Vaucouleurs (Meuse), Durbach à Cattenom (Moselle) et l'abbé de Commerell à Puttelange (Moselle). Marquis, dans sa Statistique, évalue, en l'an IX, à 6.500 arpents (1.300 hectares), les prairies artificielles de la Meurthe, alors que, dans ce département, 143.000 arpents (28.600 hectares) restent inutilement en jachère. La Meuse en 1802 ne comptait que 870 hectares de prairies artificielles, produisant 72.396 quintaux de foin.

L'élevage ne fait d'une façon générale que peu de progrès. Les bêtes restent maigres et de pelite taille. Bien des causes, les unes anciennes, les autres propres à l'époque révolutionnaire, expliquent la stagnation de l'élevage : aucune sélection dans le choix des reproducteurs, nourriture insuffisante donnée au bétail, travail excessif et prématuré imposé aux jeunes animaux, épiz00lies, réquisitions enfin.

Les chevaux souffrent particulièrement des épiz00lies et des réquisitions. On constate alors un abâtardissement de la race lorraine, petite et mal conformée, mais robuste et résistante.

En vue d'améliorer la race chevaline, des courses furent instituées sous l'Empire à Trêves ; en 1809 et en 1810 plusieurs propriétaires nancéiens y remportèrent des prix. Au cours de ces mêmes années, des primes furent décernées aux meilleurs chevaux présentés à la foire de Lunéville. Un propriétaire de Vaucouleurs, M. Saincère, créa, sous le Consulat, un haras. En l'an IX, la Meurthe comptait 63.889 chevaux contre 61.539 en 89, la Meuse 52.850, la Moselle 38.631 et les Vosges seulement 15.245.

Le gros bétail souffrit beaucoup des épizooties durant la période révolutionnaire. D'après le préfet Marquis, de l'an V à l'an X, un tiers des bovins de la Meurthe aurait péri ; en 1795 les maladies auraient enlevé les deux tiers du bétail, du district de Commercy ; enfin la Moselle aurait perdu la moitié de ses bœufs et de ses vaches pendant la Révolution. Ces évaluations ne sont-elles pas exagérées ? Toujours est-il que la Meurthe comptait en l'an IX 57.000 têtes de gros bétail, la Meuse 68.313, la Moselle 71.584, les Vosges 76.963.

M. Saincère, désireux d'améliorer la race ovine comme la race chevaline, forma à Vaucouleurs un troupeau de mérinos. La suppression du droit de troupeau à part, sous la Révolution, amena une diminution sensible du nombre des moutons. La Meurthe en l'an IX n'en avait plus que 109.662 contre 129.806 en 89 ; la Meuse en possédait encore 176.188, la Moselle 100.984 et les Vosges 70.101.

La race porcine au contraire semble avoir augmenté. Ainsi la Meurthe en comptait, en l'an IX, 57.863 têtes, contre 54.750 en 89, la Meuse 37.905, la Moselle 69.000, les Vosges 37.547.

Il y avait dans les Vosges 20.693 chèvres en l'an IX.

 

Avant 89 les chapitres, les abbayes et la noblesse possédaient une partie considérable des forêts de la région lorraine. Celles qui appartenaient au clergé et aux émigrés furent déclarées biens nationaux, mais restèrent la propriété de l'État. Lorsqu'il fut question, sous la Législative, d'aliéner les forêts nationales, les paysans et les industriels s'émurent ; ils craignaient que les forêts ne fussent acquises par de gros capitalistes, qui auraient enlevé aux premiers leurs droits d'usage, et causé aux seconds un grave préjudice en élevant le prix du bois, seul combustible alors employé dans la plupart des usines à feu. Les conseils généraux de la Meuse et de la Moselle, la municipalité d'Epinal firent entendre d'énergiques protestations contre la mesure, qui fut combattue à la chambre par Cunin, député de la Meurthe et par Vosgien des Vosges. Finalement l'assemblée la rejeta. Les forêts eurent beaucoup à souffrir durant la période révolutionnaire ; le service forestier avait été désorganisé, les délits, peu ou point punis, se multipliaient ; enfin l'État, toujours à court d'argent, ordonnait des coupes extraordinaires. Lors de son second ministère, François de Neufchâteau, qui se préoccupait delà situation critique des forêts, donna aux communes le conseil de ne plus déboiser et de planter des arbres. La réorganisation du service forestier sous le Consulat (an IX) et sous l'Empire (1805-1806) permit aux forêts, désormais mieux surveillées et mieux administrées, de retrouver une prospérité qu'elles avaient perdue depuis longtemps.

Il ne semble pas que, pendant la Révolution, les bourgeois et les paysans de la région lorraine aient fait un grand usage du droit de chasse, qui avait cessé d'être le privilège de la noblesse. Il fallut, sous le Consulat et l'Empire, procéder à des battues pour débarrasser le pays des animaux nuisibles dont il était infesté. En l'an XI, 215 loups, louves et louveteaux furent détruits dans le seul département de la Meuse. Durant les six premiers mois de 1808, on tua dans les trois départements de la Meurthe, de la Meuse et des Vosges, 348 loups, 86 louves, 59 louveteaux, 1.334 renards et 34 autres bêtes nuisibles.

 

D'une façon générale, si l'on en juge par les bénéfices qu'elle rapporte, l'agriculture est assez prospère. Les préfets de la Meuse et de la Moselle évaluent le premier les dépenses agricoles à 38.414.943 livres, les recettes à 44-365.473 livres, non compris 1.200 000 livres de recettes forestières, le second les dépenses à 14.779.788 livres, les recettes à 23.931.760.

Mais il nous paraît nécessaire de sortir de ces généralités et de considérer la situation de chacun des groupes agricoles, propriétaires, fermiers, laboureurs exploitants pour leur compte et manouvriers. Les propriétaires eurent, pendant a Révolution, à souffrir des réquisitions ; s'ils louaient leurs fermes plus cher, c'est en assignats qu'on les payait ; sous le Consulat et sous l'Empire, la situation des propriétaires devint meilleure ; les fermages, dont le taux s'était dans les Vosges haussé d'un quart, d'après le préfet Desgouttes, se payaient, non plus en papier déprécié, mais en argent.

Les fermiers, les laboureurs et les manouvriers bénéficièrent de la suppression de la dîme et des redevances seigneuriales, ainsi que de la meilleure répartition des charges publiques. Les fermiers souffrirent moins que les propriétaires et les laboureurs des réquisitions de la période révolutionnaire ; la loi du maximum, d'ailleurs souvent violée, et l'élévation des salaires causèrent quelque préjudice aux laboureurs et aux fermiers ; ceux-ci pâtirent moins sous la Révolution que sous l'Empire de la hausse du prix des fermages, pour la raison que nous avons indiquée plus haut.

Marquis estime en l'an IX qu'une ferme de 60 arpents (12 hectares) rapporte 1.200 livres au propriétaire, que le fermier supporte 3.488 francs de frais (impôts et canons compris) et qu'il retire de sa ferme 3.646 francs, sans compter, il est vrai, les produits accessoires, qui représentent pourtant un appoint appréciable.

 

Propriétaires, fermiers, laboureurs et manouvriers auraient joui d'une plus grande aisance, si l'agriculture avait fait plus de progrès. Mais aux causes anciennes de stagnation viennent, sous la Révolution, s'en ajouter de nouvelles. Moins encore qu'avant 89, fermiers et laboureurs disposent de fonds pour l'amélioration des cultures. Les paysans restent ignorants, routiniers, pleins de défiance à l'égard des innovations, telles que le remembrement, l'emploi des engrais chimiques et la création de prairies artificielles. En 97, dans le canton de Domèvre-sur-Avière (Vosges), les habitants ne veulent ni d'un remembrement des propriétés, ni d'un reboisement. D'autre part, l'insécurité qui règne durant cette période, les levées d'hommes et les réquisitions nuisent beaucoup à l'agriculture. En février 93, le directoire des Vosges et, en mars 94, le représentant Foussedoire constatent que le départ pour l'armée de 20 à 25.000 jeunes gens a privé l'agriculture vosgienne de bras qui lui étaient nécessaires. L'emploi de laboureurs pour conduire les denrées réquisitionnées n'est pas non plus de nature à faciliter les travaux des champs.

Sous l'Empire, la situation s'améliora. Les sociétés d'agriculture créées en g8 dans la Meurthe et dans les Vosges, en 1801 dans la Moselle, exercèrent une influence salutaire. Quelques propriétaires, comme A. Bertier à Roville (Meurthe), Saincère à Vaucouleurs (Meuse), Durbach à Cattenom (Moselle), l'abbé de Commerell à Puttelange (Moselle), se signalèrent par leur esprit d'initiative.

 

Nous avons, à plusieurs reprises, mentionné les mesures prises par l'État, qui exercèrent, directement ou non, sur la situation agricole, une influence tantôt favorable, comme la suppression de la dîme et des redevances seigneuriales, la meilleure répartition des impôts, la vente des biens nationaux, tantôt nuisible, comme la loi du maximum, les réquisitions et les levées d'hommes. Dans la crainte que les campagnes ne fussent désertées, le comité de salut public interdit, en août 94, aux fermiers et aux métayers de quitter leur ferme ou leur métairie sans en prendre une autre, et cela sous peine de détention.

Si le gouvernement ne créa pas lui-même les sociétés d'agriculture, c'est à son instigation qu'elles furent établies. Sous le Consulat nous trouvons un conseil d'agriculture institué en l'an IX et installé en l'an X à Nancy.

 

2° L'industrie.

Industries extractives. — Industries métallurgiques. — Verreries et faïenceries. — Industries du bois. — Industries du vêtement. — Industries diverses. — Industries alimentaires. — Organisation du travail — Situation des patrons et des ouvriers. — Progrès de l'industrie. — Action de l'État.

 

L'extraction du sel se faisait toujours à Château-Salins, à Moyenvic et à Dieuze ; les établissements où le sel était fabriqué continuèrent d'appartenir à l'Etat, mais le régime auquel ils furent soumis subit à plusieurs reprises des changements.

Les houillères de Grosswald, de Puttelange-Créhange et d'Osterbach, dans la Moselle, chômèrent durant la période révolutionnaire. C'étaient les arrondissements de Commercy et de Bar-le-Duc dans la Meuse, de Briey et de Thionville dans la Moselle, de Saint-Dié, de Remiremont et de Neufchâteau dans les Vosges, qui possédaient les principales mines de fer en activité. En l'an IX, les mines de la Moselle produisirent 15.363 tonnes de minerai.

L'exploitation des mines de plomb argentifère, abandonnée avant 89, ne fut pas reprise à cette époque.

On comptait, sous le Consulat, trois forges dans la Meurthe, dix-huit forges, dix hauts fourneaux, deux aciéries et une tôlerie dans la Meuse. C'était dans la Moselle que se trouvaient les établissements métallurgiques les plus importants de la région. Moyeuvre, Hayange, Ottange, Longuyon, Villerupt, Herserange, Mouterhouse, Creuzwald, Dillingen, Hombourg, avaient des hauts fourneaux, Sierck une fabrique d alênes, Longuyon une fabrique de canons de fusil, Wadgasse une fabrique d'armes, Moyeuvre'une fabrique de clous, créée en l'an X. Les Vosges ne comptaient pas moins de 27 forges, dont les plus importantes étaient à Framont, à Sainte-Marie-de-la-Huile (commune d'Hennezel) et à Sionne. Citons encore la manufacture de fer-blanc de Bains. Ces établissements marchaient surtout au bois ou plutôt au charbon de bois. Ceux de la Meuse consommaient, au début du Consulat (1802), environ 220.726 quintaux de charbon de bois ; l'essai fait dans quelques forges de la Meuse de substituer la houille au charbon n'avait pas donné de bons résultats. Dans la Moselle, vers la même époque, on employait 193.266 stères de bois et 1.063 tonnes de houille.

Les forges de la Meuse produisaient 62.160 quintaux de fonte coulée, 7.600 de fonte moulée, 36.448 quintaux de fer, 342 d'acier et 375 de tôle. Les établissements métallurgiques delà Moselle donnaient 2.473 tonnes de fer ; le métal le plus estimé sortait des forges de Vezin et de Mouterhouse. 442 ouvriers travaillaient à l'intérieur des forges de la Meuse, 2.627 au dehors. La forge de Framont faisait travailler 900 ouvriers en hiver, 2.000 en été, celle de Sainte-Marie-de-la-Hutte 550, celle de Sionne 112. Pendant la Révolution, plusieurs établissements métallurgiques de la Moselle avaient chômé. Sous le Consulat on estimait qu'ils pouvaient rapporter à leurs propriétaires un revenu de 10 %.

Nous avons dit que, pendant la Révolution, quelques-unes des forges avaient été réquisitionnées par l'Etat et qu'elles lui avaient fourni des canons, des boulets, etc. Les directeurs de ces établissements avaient en revanche obtenu du gouvernement la livraison d'une certaine quantité de charbon de bois. Les communes, chargées de fournir le charbon de bois aux forges, ne satisfaisaient à cette réquisition que de fort mauvaise grâce.

 

Au début du Consulat, la région lorraine possédait 25 verreries, dont 6 pour la Meurthe, 9 pour la Meuse, 4 pour la Moselle et 6 pour les Vosges. Les plus importantes étaient celles de Saint-Quirin et de Baccarat, dans la Meurthe, qui employaient la première de 400 à 500 ouvriers, la seconde 2.000. Les verreries meusiennes donnaient du travail à 662 ouvriers, celles de la Moselle à 450. Les verreries de la Moselle, Saint-Louis, Gœlzenbrück, Meisenthal, Creuzwald, dont les affaires prospéraient, après avoir connu de mauvais jours pendant la Révolution, rapportaient à leurs propriétaires un intérêt de 23 % ; au contraire, celles des Vosges n'avaient pas encore retrouvé leur activité d'autrefois.

Les 19 faïenceries, en exercice au début du Consulat dans la région, étaient généralement en décadence, sauf celles de la Moselle. Ainsi Niederwiller dans la Meurthe ne faisait plus travailler que 54 ouvriers, au lieu de 150 en 1789 ; à Saint-Clément la fabrication était réduite des trois quarts. Les cinq faïenceries de la Moselle avaient progressé ; 274 ouvriers y travaillaient, au lieu de 44 ; l'intérêt qu'elles rapportaient s'élevait à 17 %.

 

Les Vosges comptaient, en 1803, 116 scieries, avec 600 ouvriers, alors qu'elles n'en employaient en 1790 que 147. On fabriquait de la boissellerie à Gérardmer.

 

Sous la Révolution, la fabrication de la toile de chanvre avait beaucoup diminué dans la Lorraine allemande ; de 700.000 aunes en 1789 la production était tombée, en l'an IX, à 95.000. La Révolution avait également causé un grave -préjudice à l'industrie de la dentelle de Mirecourt. En 1800 il ne restait plus dans cette ville que vingt fabriques, avec un capital de 300.000 livres, moitié de celui que possédaient les établissements qui marchaient avant 1789.

Les fabriques de cotonnades se rencontraient surtout dans la Meurthe. la Meuse et les Vosges. Bosserville, près de Nancy, possédait une manufacture de toiles peintes, fondée vers la fin de l'époque révolutionnaire. Des manufactures de siamoise ou de bonnets de coton fonctionnaient dans plusieurs villes de la Meuse, Bar, Vaucouleurs, Verdun, Étain. Malgré la création à Vaucouleurs de plusieurs manufactures, il n'y avait plus en activité, sous le Consulat, que les trois cinquièmes des métiers et des tours qui marchaient avant 89, et le nombre des ouvriers employés dans les fabriques de cotonnades était tombé à 3.000. Pendant la Révolution, une manufacture de siamoise avait été créée à Saint-Dié, une autre à Rambervillers ; la première employait 800 ouvriers.

Les principales fabriques de draperies de la Moselle étaient situées à Circourt, à Pierrepont, à Cons-la-Grandville dans l'arrondissement de Briey. Elles employaient en l'an IX 2.600 ouvriers ; mais leur production avait diminué d'un tiers depuis 1789. Les quinze fabriques de drap de troupe qui existaient à Metz avant la Révolution avaient dû fermer, ne pouvant plus écouler leurs produits.

Verdun possédait une fabrique de chapeaux pour la troupe. A Metz, si le nombre des fabricants de chapeaux était monté de 9 (1789) à 20 (an IX), la production était tombée de 61.000 pièces à 14.000.

 

Nancy avait des fabriques de chandelles, et avant l'établissement du monopole, dix manufactures de tabac, qui donnaient du travail à i.500 ouvriers.

Tandis que les tanneries d'Étain, de Sarrelouis, de Rambervillers étaient en progrès au début du Consulat, il en était tout autrement de celles de Nancy, de Verdun et de Metz ; dans cette dernière ville il n'y avait plus en l'an V que 54 maîtres tanneurs, utilisant 240 fosses.

On comptait, au début du XIXe siècle, trois papeteries dans la Meurthe, sans compter une fabrique de papiers peints fondée à Nancy en 1797, six dans la Meuse, qui n'employaient que 55 ouvriers, 6 dans la Moselle, dont la plus considérable, celle de Mainbottel (commune de Mercy-le-Bas), produisit en l'an IX 7 000 rames de papier, au lieu de 14-000 en 1789. Sur 18 papeteries que possédaient les Vosges, i3 seulement étaient en activité sous le Consulat : les plus importantes, celles d'Arches, d'Archettes, d'Etival, de Dinozé, avaient chacune 3 cuves et employaient 50 ouvriers. D'une façon générale, la Révolution avait nui à la prospérité des papeteries.

L'imprimerie, au contraire, s'était développée, jouissant, pendant la période révolutionnaire, d'une liberté plus grande que sous l'Ancien Régime. C'étaient naturellement Metz et Nancy qui possédaient le plus grand nombre d'imprimeurs. A Mirecourt, on comptait, sous le Consulat, 16 fabriques de violons ; cette industrie avait, comme plusieurs autres, périclité.

 

L'industrie fromagère se développait à Void (Meuse) et dans les villages voisins. Dans la montagne vosgienne, surtout du côté de Gérardmer, on fabriquait du gérômé et du vachelin, imitation du gruyère.

Au lieu de 40.000 à 50.000 pots de confiture de groseilles qu'elle écoulait avant 1789, la ville de Bar-le-Duc n'en produisait plus que la moitié sous le Consulat. A Metz on fabriquait toujours des confitures de mirabelles, à Verdun des dragées Vers la fin de l'Empire, des sucreries furent créées à Nancy par Mathieu de Dombasle, à Bar par le maréchal Oudinot.

Les brasseries, assez nombreuses, mais de peu d'importance, faisaient plus ou moins d'affaires, suivant que la production vinicole était médiocre ou abondante. La Meurthe en comptait 85. Verdun était renommé pour ses liqueurs et certains cantons des Vosges pour leur kirsch.

Par l'abolition des corporations, des jurandes et des maîtrises, la Révolution avait assuré la liberté du travail, ce qui était un très grand bienfait. Gomme conséquence de cet affranchissement, le nombre des patrons augmenta dans les industries qui n'exigeaient pas de gros capitaux et qui, d'autre part, n'avaient pas à souffrir du bouleversement général. Mais, d'un autre côté, la Révolution eut le tort de ne pas admettre le droit d'association. Il en fut de même du droit de coalition, ou de grève, qu'interdirent formellement une loi d'avril 1803 et le code pénal. Les anciens usages relatifs à l'apprentissage subsistèrent et reçurent delà loi de 1803 une consécration officielle.

 

Il est incontestable que les patrons jouissent d'une liberté plus grande, mais il leur faut payer à leurs ouvriers des salaires plus élevés ; ils sont gênés, sous la Terreur, par la loi du maximum. La guerre contre l'Angleterre et le blocus continental favorisent quelques industriels, en les affranchissant de la concurrence britannique.

Quant aux ouvriers, désormais libérés de la tutelle oppressive des corporations, ils peuvent travailler où ils veulent, mais la loi leur interdit l'association et la grève. Leurs salaires se sont élevés, d'ailleurs très inégalement. Ainsi, dans la Moselle, tandis que celui d'un tanneur a monté de 1 l. 30 (1789) à 2 l. 30 (an IX), celui d'un tisserand n'a progressé que de 0 l. 75 à 1 l. 00. D'autre part, la hausse de toutes les denrées a neutralisé en partie celle des salaires.

 

Durant la période révolutionnaire, l'industrie, gênée par l'émigration, par la dépréciation des assignats, par la loi du maximum, n'a pas accompli tous les progrès qu'aurait dû entraîner la suppression des corporations. Même, quand le calme fut rétabli, on demeura fidèle aux anciennes habitudes Ainsi l'emploi de la houille, quoique plus répandu qu'avant 89, resta encore exceptionnel.

L'action de l'Etat s'est exercée de maintes façons au cours de cette période ; s'il a supprimé les corporations, ce qui était un bien, il a eu le tort d'interdire les associations et les grèves. L'établissement d'un taux maximum des salaires en 90 a été également une erreur. Les nécessités alimentaires ont amené, sinon l'Etat, du moins les autorités départementales, à suspendre ou à interdire même la fabrication de la bière, des eaux-de-vie de grains, de l'amidon et delà poudre ; ce fut le cas en 93 pour nos quatre départements.

L'Etat encourage l'industrie en organisant des expositions. Nous avons parlé de la première, que François de Neufchâteau institua en 1798. Une deuxième eut lieu sous le Consulat ; un fabricant de Nancy, Haener, y obtint une médaille d'argent pour ses poêles de faïence. Bonaparte créa en 1801 une société d'encouragement pour l'industrie nationale, et en 1803 des chambres consultatives des manufactures, fabriques, arts et métiers ; il y en eut deux : une à Nancy, une autre à Metz.

 

3° Le commerce.

Voies de communication. — Centres commerciaux, foires et marchés. Mesures, poids et monnaies. Banque et usure. — Barrières intérieures. — Prix des denrées. — Situation des commerçants — Exportation. — Action de l'Etat.

 

Les départements, que la Constituante avait chargés de construire et d'entretenir les routes, furent, en décembre 93, affranchis par la Convention de cette double tâche. Un arrêté des consuls, du 23 juillet 1802, confia l'entretien des chemins vicinaux aux communes ; un décret impérial du 16 septembre 1811 remit aux départements les chemins qui faisaient communiquer deux villes entre elles. L'état des routes, qui avait laissé beaucoup à désirer durant la période révolutionnaire, s'améliora graduellement sous le Consulat et l'Empire. Au début du Consulat, les quatre départements lorrains possédaient 3.377 kilomètres de routes.

 

La question d'un canal reliant la Moselle à la Saône fut encore agitée durant l'époque qui nous occupe ; mais cette fois encore on recula devant l'étendue des frais, que Marquis évaluait en l'an IX à 7.000.000 livres, environ 1.800.000 livres de plus que ne l'avait fait jadis l'ingénieur Lecreux.

 

Les foires et les marchés, supprimés pu suspendus pendant les années agitées de la Révolution, ne retrouvèrent un cours régulier que sous le Consulat et l'Empire. La foire de Metz n'eut pas lieu de 1792 à 1796 et ne reprit qu'en 1797.

L'unification des poids et mesures, qu'avaient réclamée bon nombre de nos cahiers, fut enfin votée par la Convention ; toutefois, on fut autorisé à continuer d'employer les anciens poids et les anciennes mesures ; dans les campagnes on profita de cette permission. Ce fut seulement sous le Consulat qu'un nouveau système monétaire fut appliqué et mis en vigueur. Les espèces d'or et d'argent, qui s'étaient cachées pendant la Révolution, reparurent alors ; assignats et mandats territoriaux furent retirés de la circulation. Quant aux billets émis, par la banque de France, ils n'avaient pas à l'origine cours forcé.

Il n'existait pas à cette époque de banquier proprement dit dans la région lorraine. L'usure continuait de sévir. Dans la Moselle, le taux de l'intérêt, qui n'était en 1789 que de 4 %, était monté en l'an IX à 8 %.

 

La Constituante abolit la foraine, les autres douanes intérieures et même les octrois municipaux. Avant de retirer à la Lorraine et aux Trois-Évêchés leur situation de provinces d'étranger effectif, l'assemblée consulta les communautés de paroisses, qui, en très grande majorité, à ce qu'il semble, se prononcèrent pour le reculement des barrières. Finalement, le décret du 5 novembre 1790 soumit nos départements au régime douanier qui était en vigueur dans le reste de la France. L'application de cette mesure provoqua des troubles dans plusieurs communes des cantons de Cattenom et de Sarreguemines. Il est assez difficile de déterminer les conséquences du reculement des barrières, plusieurs des réformes de la Révolution, l'émigration, les guerres et les annexions ayant pu en seconder ou en contrecarrer les effets. Nous avons déjà dit que le Consulat rétablit les octrois municipaux.

 

Durant cette période les prix de certaines denrées ont beaucoup varié d'une année à une autre, d'un département à un autre et même d'une ville à une autre. Ces fluctuations se remarquent surtout pour les céréales Les prix montent avant la récolte et baissent aussitôt après. Ainsi le resal de blé, qui valait, dans la Meurthe, de 38 à 33 livres en juillet 90, tombe en août à 3i puis à 20 ; le 16 juin 92 il se paie 27 l. 14 s. 5 d., et huit jours plus tard 22 l. 2 s. 6 d. Dans la Moselle, la quarte de blé vaut en novembre 90 71 l. 5 s. 6 d., à la fin de mars 93 de 20 à 10 livres. A Rambervillers le prix du resal de 180 litres se tient en moyenne à 44 l. en 1790, à 17 en 91, à 32 en 92 et à 48 en 93. Sous l'Empire nous constatons encore des variations appréciables. Dans la Meurthe, l'hectolitre vaut 21 fr. 24 en novembre 1802, 14 fr. 10 en novembre 1803, 15 fr. 19 en novembre 1806, 11 fr. 65 en novembre 1807, 10 fr. 74 en novembre 1808, 22 fr. 96 en novembre 1810 et 22 fr. 99 en novembre 1811. Dans la Meuse, en vendémiaire an XIII (septembre-octobre 1804), l'hectolitre de blé se paie 9 l. 12 à Damvillers, 11 l. 50 à Bar, 14 à Ligny. En vendémiaire an XIV (sept.-octobre 1806), l'hectolitre de blé vaut 13 l. à Montmédy, 16,40 à Bar et à Verdun, 16,50 à Damvillers et à Etain. En 1807 on peut évaluer les prix moyens de l'hectolitre, après la moisson, à 13 l. dans la Meuse, à 11 l. 67 dans la Moselle, à 14 l. 57 dans les Vosges.

Si le prix du pain n'a pas sensiblement varié, il y a une hausse sur la plupart des aliments. De 89 à l'an IX, la livre de bœuf a monté de 0,30 à 0,45 dans la Meurthe, de 0,27 à 0,34 dans la Moselle, la pinte de vin de 0,30 à 0,50 (Meurthe) et de 0,27 à 0,34 (Moselle), la corde de bois de 16 l. à 28 l. (Meurthe) et de 10 l. 96 à 15 l. (Moselle). À Metz le prix de la table d'hôte est passé de 1,50 à 2,50. Il n'y a que le sel qui ait baissé, passant de 0,35 à 0,10 la livre (Meurthe), de 0,26 à 0,10 (Moselle). Dans ce dernier département, la façon d'un habit se paie à la ville 9 l. au lieu de 7, à la campagne 5 l. au lieu de 31. 50, une paire de chaussures 4 l. 75 au lieu de 3 l. 65 à la ville, 5 l. au lieu de 4 l. 25 à la campagne.

 

La situation des commerçants, difficile pendant la Révolution, s'améliora sous le Consulat et l'Empire. Nancy, Bar, Verdun, Metz et Mirecourt possèdent un tribunal de commerce. Il existe des chambres de commerce dans les villes de Nancy, de Metz, d'Épinal, de Mirecourt et de Saint-Dié.

 

En matière douanière, la Révolution, le Consulat et l'Empire adoptèrent une politique protectionniste ou même prohibitionniste. De 93 à 1802, de 1803 à 1814, les relations commerciales furent interrompues entre la France et l'Angleterre. D'un autre côté, l'agrandissement du territoire français jusqu'au Rhin et même au-delà facilita l'entrée des produits lorrains dans ces contrées. Il est vrai que, dans les pays nouvellement annexés, ils avaient à lutter contre la concurrence des produits du reste de la France.

La politique prohibitionniste, les guerres et le blocus continental ont entravé le commerce extérieur.

A l'exportation nous avons à mentionner les vins du Barrois et du pays messin, le sel, le bois ; celui des Vosges va en Hollande, celui de la Meuse à Paris, l'un et l'autre par voie d'eau ; le tabac est vendu en Allemagne, les chandelles en Suisse. On exporte également des fers, de la verrerie et de la faïence. Du dehors viennent des céréales, des vins fins, des épices, des cotonnades, des soieries, des articles de Paris.

L'auteur de la Statistique de la Meuse, qui constate que le commerce de ce département a baissé pendant la Révolution, craint que les vins de la Bourgogne et de la Champagne ne fassent concurrence à ceux du Barrois dans le pays de Liège. D'après lui, il se vend en Russie et en Turquie moins de dragées et de liqueurs de Verdun qu'avant 1789.

 

Nous avons déjà mentionné les mesures d'ordre général, reculement des barrières, loi du maximum, tarifs protectionnistes, blocus continental, qui ont facilité ou entravé le commerce. L'Etat ou les corps constitués locaux mettent des restrictions au trafic de certaines denrées. En 90, les administrations départementales de la Meurthe, de la Meuse et de la Moselle interdisent l'exportation des fourrages à l'étranger, en mai 92, celle du bétail. Le 8 décembre 92, la Convention défend l'exportation des grains sous peine de mort. En 1800 les consuls renouvelèrent cette interdiction.

 

 

 



[1] Il s'agit, bien entendu, de la poudre que l'on mettait sur les perruques.