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La
situation désespérée des finances du royaume accula Louis XVI et ses
ministres à l'obligation de convoquer les Etats généraux, qui n'avaient pas
été consultés depuis i6i4. Un arrêt du conseil royal, du 5 juillet 1788,
annonçait la réunion prochaine des États. L'ouverture, successivement fixée
au 1er mai, puis au 6 janvier, plus tard au 2 avril, ne devait finalement
avoir lieu que le 5 mai 1789. L'opinion
publique demandait qu'à la différence de ce qui s'était passé en I6I4, le
vote dans les futurs Etats eût lieu par tête et non par ordre, c'est-à-dire
que tous les députés fussent confondus dans une seule assemblée. Mais, pour
que le tiers n'y fût pas tenu en échec par la noblesse et par le clergé, une
autre réforme s'imposait : le tiers devait avoir à lui seul autant de
représentants que les deux ordres privilégiés réunis, ou deux fois plus que
chacun de ceux-ci. Le conseil royal, tenu le 27 décembre 1788, se prononça,
contrairement à l'avis exprimé par une assemblée de notables, pour le
doublement du tiers, mais il n'osa pas aller plus loin, et il laissa en
suspens la question, pourtant si importante, du vote par tête. C'était là une
faute grave, qui en laissait prévoir beaucoup d'autres. I. — LA PRÉPARATION DES ÉLECTIONS.
Dans
les duchés, comme dans les évêchés, on s'intéressait vivement à la
convocation des États généraux et à toutes les questions qui s'y
rattachaient. De plus on y parlait de restaurer ou de créer des Etats
provinciaux. En
Lorraine, des bourgeois et des commerçants de Nancy, qui se réunirent le 27
novembre, puis le 2 décembre 1788, demandèrent d'une part le doublement du
tiers, de l'autre le rétablissement des Etats provinciaux. Un comité qu'ils
avaient élu fit appel aux ordres privilégiés, ainsi qu'aux autres villes de
la province. Deux assemblées de membres de la noblesse et du clergé, qui se
tinrent à Nancy dans le courant de décembre, écrivirent au roi pour le prier
de restaurer les États provinciaux. C'est dans le même sens que se
prononcèrent les réunions qui eurent lieu, à l'instigation du comité de
Nancy, dans les villes de Pont-à-Mousson, de Vézelise, de Mirecourt et de
Bruyères ; l'on y réclama en outre le doublement du tiers. Enfin,
à la suite d'une entente intervenue entre le comité nancéien, le clergé et la
noblesse, une assemblée générale des trois ordres de la Lorraine fut
convoquée pour le 20 janvier 1789. Elle comprenait 60 ecclésiastiques, 130
nobles et 320 bourgeois. Nancy, Sarreguemines, Boulay, Briey, Pont-à-Mousson,
Haroué, Bruyères et Remiremont avaient envoyé des députés à l'assemblée. Le
21 celle-ci nomma une commission de 48 membres, dont 12 ecclésiastiques, 12
nobles et 24 bourgeois. En ce qui concerne les Etats provinciaux, la
commission se prononça pour le doublement du tiers et pour le vote par tête.
Plus timide à l'égard des Etats généraux, elle renvoya la solution des
questions en litige à une assemblée préparatoire, où chacun des bailliages
aurait un nombre de représentants proportionné à sa population, le tiers
ayant droit à autant de députés que les deux ordres privilégiés réunis. Cette
assemblée préparatoire n'eut pas besoin de se réunir. Un règlement, promulgué
par le roi le 7 février, détermina en effet comment se feraient les élections
dans la généralité de Nancy. A l'assemblée générale de la Lorraine, le clergé
avait déclaré qu'il participerait, dans la proportion de ses revenus, aux
charges financières de la nation. Trompant l'espoir général, la noblesse ne
suivit pas l'exemple de l'autre ordre privilégié. Tandis
que le Barrois non mouvant faisait cause commune avec la Lorraine, comme le
prouvait la présence, à l'assemblée générale de Nancy, de bourgeois de Briey
et de Pont-à-Mousson, à l'ouest de la Meuse on se trouvait animé d'un tout
autre esprit. Une assemblée tenue, le 4 novembre 1788, à Bar-le-Duc, réclama,
à l'instigation des représentants de cette ville, des États provinciaux
particuliers pour le Barrois. Dans
les Trois-Evêchés, c'est à Metz que l'agitation avait été la plus vive.
L'assemblée des Trois-Ordres[1] publia, le 4 novembre 1788, un
mémoire où elle réclamait pour Metz, en qualité d'ancienne ville libre
impériale, un député particulier, indépendamment du député qu'aurait le tiers
du bailliage de Metz. Ce mémoire fut appuyé par un vœu, qu'elle adressa au
roi le 19 du même mois. Mais il
y avait à Metz une opposition bourgeoise, dirigée par Emmery et par Rœderer,
qui accusaient le corps municipal et l'assemblée des Trois-Ordres d'être
imbus d'idées rétrogrades. Sur la convocation d'Emmery, il se tint, le i5
janvier 1.789, une réunion à laquelle assistèrent, outre de nombreux membres
de la bourgeoisie, des ecclésiastiques et des nobles. Cette assemblée déclara
que les Trois-Ordres ne représentaient pas la ville de Metz Elle émit le vœu
que la généralité de Metz fût dotée d'Etats provinciaux, qui prendraient le
nom d'Etats d'Austrasie. Les ecclésiastiques et les nobles présents à cette
réunion se montrèrent disposés à supporter leur part des charges publiques.
L'assemblée des Trois-Ordres riposta, le 20 janvier, par un mémoire au roi.
Le 5 mars elle envoyait à Louis XVI une nouvelle adresse, en vue d'obtenir un
député spécial pour la ville de Metz. Le 6 avril le roi donna satisfaction
aux vœux des Messins. Les
Toulois n'oubliaient pas que leur cité avait été, elle aussi, ville libre
impériale. Aussi l'assemblée des notables réclama-t-elle, le 3 novembre, un
député spécial. D'autre part le corps municipal protestait contre la
répartition des habitants entre les trois ordres : d'après lui, pareille
distinction n'avait jamais été ni admise, ni même connue à Toul. Mais sur
aucun de ces deux points les Toulois n'eurent gain de cause. Il ne
semble pas que Verdun ait exprimé le vœu d'obtenir un député particulier.
L'assemblée que tinrent, le 8 décembre, les officiers municipaux et les
notables demanda simplement le doublement du tiers. II. — L'ÉLECTION DES DÉPUTÉS.
C'est
au mois de mars que se firent la plupart des élections ; quelques-unes
pourtant n'eurent lieu qu'en avril. La circonscription électorale était le
bailliage. Chaque bailliage avait en principe droit à une députation, qui
comprenait un ecclésiastique, un noble et deux membres du tiers. Mais, comme
les bailliages lorrains et évêchois étaient très nombreux et de médiocre
étendue, si la règle que nous venons d'énoncer leur avait été appliquée, les
duchés et les évêchés auraient eu, relativement à leur population, beaucoup
plus de députés aux Etats que les autres généralités du royaume. Pour parer à
cet inconvénient, le gouvernement recourut au procédé de la « réduction »
; il constitua des arrondissements électoraux, dont chacun groupait plusieurs
bailliages. Les élections eurent d'abord lieu dans les bailliages lorrains,
barrois ou évêchois, comme dans ceux du reste de la France. Puis les délégués
élus se réunirent dans les chefs-lieux des arrondissements de réduction, pour
y nommer ceux d'entre eux qui devaient représenter les trois ordres aux Etats
généraux. Nancy, Mirecourt et Sarreguemines étaient les chefs-lieux des
arrondissements de réduction delà Lorraine ; Bar jouait le même rôle à
l'égard du Barrois tout entier : Metz, Toul, Verdun et Sedan étaient les
centres de réduction des Trois-Evêchés. L'arrondissement formé par le Barrois
avait droit à trois députations, c'est-à dire à douze députés, ceux de Nancy,
de Mirecourt, de Sarreguemines et de Metz, à deux députations, enfin ceux de
Toul, de Verdun et de Sedan à une seule. On ne
procédait pas de la même manière, dans les trois ordres, à la nomination des députés.
En ce qui concerne le clergé, les évêques, les curés et les délégués des
chapitres et des abbayes se réunissaient' au chef-lieu du bailliage, où ils
désignaient leurs députés. Les nobles, fieffés ou non fieffés, de chaque
bailliage, procédaient de même. La désignation des députés du tiers donnait
lieu à des opérations beaucoup plus compliquées. Dans les villes, les
corporations d'une part, de l'autre les bourgeois ne faisant partie d'aucun
corps de métier, désignaient leurs délégués, qui nommaient ensuite les
représentants de la ville. Ces derniers, joints aux délégués qu'avaient élus
les communautés de paroisses, nommaient les députés du tiers du bailliage. Si les membres
des ordres privilégiés répondirent en grand nombre aux convocations qu'ils
avaient reçues, les habitants des villes et des villages ne montrèrent pas
toujours le même empressement. Enfin
les députés du clergé, de la noblesse et du tiers état se rendirent au centre
désigné pour la réduction, et là chacun de ces trois groupes nomma ceux de
ses membres qui devaient le représenter aux États généraux. On voit que
l'élection des députés de l'ordre ecclésiastique comportait deux ou trois
degrés, celle de la noblesse deux, celle enfin du tiers trois ou quatre,
suivant qu'il s'agissait des villages ou des villes. D'une
façon générale, les membres des trois ordres entretinrent les uns avec les
autres des rapports très courtois, et témoignèrent d'un sincère désir d'union
et d'entente cordiale. Les discours prononcés à Nancy par le chevalier de
Boufflers nous apportent un intéressant témoignage des sentiments qui
animaient ecclésiastiques, nobles et bourgeois. Nous en trouvons encore des
preuves dans la communication de cahiers faite par un ordre à un autre, ou,
ce qui est plus significatif encore, dans la rédaction d'un cahier unique par
les membres de deux ou de trois ordres. C'est ainsi qu'à Lixheim le clergé et
la noblesse, à Bruyères, le clergé et le tiers, à Rosières, à Fénétrange et à
Villers-la-Montagne les trois ordres s'entendirent pour grouper leurs
doléances dans un cahier unique. Si des
conflits éclatèrent, ce fut plutôt à l'intérieur des ordres. Aucun de ces
derniers ne présentait d'homogénéité. Dans le clergé, il y avait opposition
d'idées et d'intérêts entre évêques, chanoines et moines d'une part, curés et
vicaires de l'autre, dans la noblesse entre gens de cour et hobereaux de
campagne, dans le tiers entre citadins et villageois Nous
connaissons moins bien pour la noblesse et pour le tiers que pour le clergé
les rivalités qui mirent aux prises les membres d'un même ordre. Pourtant il
nous est arrivé un curieux document : la protestation élevée par les
paroisses rurales du bailliage de Commercy contre les bourgeois de leur
chef-lieu. Elles.se plaignent que ceux-ci aient réussi, par leurs intrigues,
à évincer les paysans de la députation envoyée par le tiers du bailliage à
Bar-le-Duc, et à supprimer la plupart de leurs doléances, lots de la
rédaction du cahier. Enfin il y avait parfois antagonisme entre deux
bailliages, entre deux villes, entre deux régions d'une même province. C'est
ainsi que plusieurs villes de la Lorraine voulaient faire échec à Nancy, et
que les chefs-lieux des bailliages du Barrois non mouvant s'étaient entendus
pour empêcher Bar-le-Duc de diriger la désignation des représentants du
Barrois aux Etats généraux. Nous ne
pouvons pas énumérer tous les députés des bailliages lorrains, barrois et
évêchois. Contentons-nous de mentionner ceux qui ont joué un rôle pendant la
Révolution. C'étaient pour le clergé Mgr de La Fare et Grégoire, l'un des
futurs pères de l'Eglise constitutionnelle, l'un et l'autre députés du
bailliage de Nancy, Aubry, curé de Véel, député du bailliage de Bar, qui
deviendra évêque constitutionnel de la Meuse. Les principaux représentants de
la noblesse étaient deux maréchaux de camp, partisans des réformes, le
chevalier de Boufflers pour le bailliage de Nancy, le comte de Custine pour
celui de Metz. Citons encore les députés de la noblesse de Bar-le-Duc, le duc
du Châtelet, fils de l'amie de Voltaire, et le chevalier de Bousmard,
officier du génie, quiémigreraeu92 et qui mourra en 1807, en défendant la
ville prussienne de Dantzig contre le maréchal Lefebvre. Le tiers du bailliage
de Nancy avait député l'avocat Régnier, qui deviendra ministre de la justice
sous l'Empire, et le médecin Salle, guillotiné comme girondin en g4- Marquis,
le premier préfet de la Meurthe, et Gossin, l'un des auteurs de la
malheureuse division de la France en départements, étaient députés du tiers
du bailliage de Bar-le-Duc. Le tiers du bailliage de Metz avait envoyé le
chef du parti avancé, l'avocat Emmery, plus tard conseiller d'Etat, sénateur
et comte de l'Empire. Maujean, d'abord nommé député delà ville de Metz, fut
invalidé par la Constituante et remplacé par Rœderer, qui deviendra, lui
aussi, comte de l'Empire et l'un des conseillers écoutés de Napoléon Ier. On est
surpris de ne trouver aucun cultivateur parmi les représentants de la
population lorraine, qui pourtant s'adonnait en immense majorité à
l'agriculture. Pas d'industriel non plus, pas de négociant. Si l'on excepte
le médecin Salle, les députés du tiers sont des lieutenants-généraux de
bailliage, des avocats, des procureurs. Ce n'est point là un fait particulier
à la région lorraine. La prédominance des gens de loi dans les assemblées de
l'époque révolutionnaire aura pour la bonne gestion des affaires une fâcheuse
influence. La noblesse avait de préférence porté ses choix sur des officiers.
L'un de ceux-ci, Boufflers, était en même temps un écrivain de talent[2], entré l'année précédente à
l'Académie française. III. — LES CAHIERS DE DOLÉANCES.
I. Mode de rédaction
des cahiers. — II. Plaintes et vœux. A. Classes sociales ; droits de l'homme
; institutions politiques, administratives, judiciaires, financières. B.
Situation économique ; agriculture ; industrie ; commerce. C. Enseignement.
D. Assistance publique. E. Religion et mœurs. — Résumé des vœux.
Les
trois ordres ne procédèrent pas de la même manière à la rédaction de leurs
cahiers. Beaucoup de communautés rurales utilisèrent un modèle, soit par
exemple la brochure qu'avait publiée Anthoine, lieutenant-général du
bailliage de Boulay, soit encore le cahier d'une autre paroisse, les cahiers
n'ayant pas été rédigés partout en même temps. Ailleurs les paysans ne
prirent conseil que d'eux-mêmes. Dans les villages c'est le syndic, le maître
d'école, un notable, parfois même le curé, qui a tenu la plume. Les habitants
des villes ne se servirent d'aucun modèle pour la rédaction de leur cahier,
confié généralement à un avocat. D'habitude, 1e cahier du chef-lieu servait
de base à celui du bailliage. On y ajoutait quelques doléances empruntées aux
cahiers des paroisses rurales. Le clergé et la noblesse rédigèrent, sans
recourir à des modèles, leurs doléances respectives au chef-lieu du
bailliage. Ajoutons qu'il n'y eut point de cahiers de réduction. Députés du
clergé, de la noblesse et du tiers emportèrent donc à Versailles les cahiers
rédigés aux chefs-lieux des bailliages. Si
beaucoup de cahiers de bailliages et de villes nous sont parvenus, nous avons
en moins grand nombre ceux des paroisses rurales ou des corporations. On n'a
publié qu'une partie des cahiers qui nous ont été conservés. Pour
l'analyse de ces documents, nous prendrons comme base les cahiers de
bailliage du tiers, et nous verrons si les doléances qu'ils renferment se
retrouvent dans les cahiers des villes et des paroisses, dans ceux du clergé
et de la noblesse. Nous groupons les cahiers par province : d'abord ceux de
la Lorraine, puis ceux du Barrois, enfin ceux des Trois-Évêchés. Quant aux
doléances, elles sont rangées sous cinq chefs, suivant qu'elles ont trait aux
institutions, au mouvement économique, à la vie intellectuelle, à
l'assistance publique, à la religion et aux mœurs. Plusieurs
cahiers du tiers et de la noblesse demandent que la noblesse ne puisse plus
s'acquérir à prix d'argent. Le tiers admet que la noblesse conserve
quelques-uns de ses privilèges honorifiques, mais il est unanime à réclamer
qu'elle perde ses privilèges utiles. La noblesse de Dieuze, de Nomeny, de
Bar, d'Étain, de Verdun accepte la suppression partielle de ces derniers. Nous
savons qu'il existait encore des serfs et des mainmortables dans les
généralités de Nancy et de Metz. Le tiers se prononce unanimement pour la
suppression du servage ; il en est de même des trois ordres du bailliage de
Rosières. Le
clergé du bailliage de Metz est seul à demander l'abolition de l'esclavage et
de la traite des nègres. Les
trois ordres s'accordent pour réclamer le respect de la liberté individuelle.
En ce qui concerne les lettres de cachet, les cahiers du tiers et de la
noblesse en demandent généralement la suppression. S'ils consentent à ce
qu'elles soient maintenues, c'est à la condition que leur emploi soit entouré
de garanties. La
plupart des cahiers du tiers et beaucoup de ceux du clergé voudraient que la
propriété fût déclarée inviolable. La
liberté de la presse est demandée par les trois ordres ; toutefois elle ne
sera pas illimitée. Auteurs et imprimeurs seront responsables des écrits
qu'ils auront rédigés ou publiés. Tous
les cahiers du tiers ; ceux du clergé de Lunéville, de Bouzonville et du
Bassigny, ceux delà noblesse de Sarreguemines, de Saint-Mihiel et de Metz
émettent le vœu que tous les Français soient admis aux fonctions publiques. Quant
aux impôts, ils devront être supportés par tous les Français,
proportionnellement à leurs facultés ; c'est l'opinion unanime du tiers,
celle aussi d'une fraction importante du clergé, ainsi que des trois ordres
de Fénétrange, du clergé et de la noblesse de Lixheim. Sur cette importante
question la noblesse se montre en général moins précise et moins
désintéressée que le premier ordre privilégié. Les
trois ordres sont unanimes à réclamer pour la France une constitution. Les États
généraux devront être convoqués régulièrement tous les deux, tous les trois
où tous les quatre ans. Sur le doublement du tiers et sur le vote par tête
l'accord cesse. Si le tiers le réclame, seuls le clergé de Nancy, celui de
Thionville et peut-être aussi la noblesse de Pont-à-Mousson l'admettent
expressément. Le clergé du Bassigny, de Metz et de Vie, la noblesse de Nancy,
de Mirecourt, d'Étain, de Toul et de Verdun ne l'acceptent que dans certains
cas, par exemple pour le vote des impôts. Au contraire, d'après la noblesse
de Lunéville, de Nomeny, de Bar, de Saint-Mihiel, de Metz, de Vie et de Thionville,
c'est par ordre que l'on doit voter aux États généraux. La noblesse de Briey
et peut-être aussi celle de Metz se prononcent pour le système des deux
chambres, l'une formée de la noblesse et du haut clergé, l'autre du tiers et
du bas clergé. Tous
les ordres demandent que les États généraux aient le droit de voter les
impôts, les lois et certains traités. L'inviolabilité des députés est
réclamée par le tiers de Nancy et la responsabilité des ministres par tous
les ordres. Il est
intéressant de constater que de nombreux cahiers demandent la suppression des
intendants et des subdélégués, c'est-à-dire des agents du pouvoir central.
C'est notamment le vœu qu'expriment le tiers de Neufchâteau, de Dieuze, de
Metz, de Vie, beaucoup de paroisses, les trois ordres de Rosières, le clergé
de Boulay, de Bouzonville, de Sarreguemines et de Vie, la noblesse de Darney,
de Dieuze, de Bar, de Toul et de Vie. Les
trois ordres s'accordent sur le rétablissement ou sur la création des Etats
provinciaux. Tous les cahiers de la Lorraine et, dans le Barrois non mouvant,
ceux du tiers de Briey, du clergé de Thiaucourt, de la noblesse de
SaintMihiel, d'Etain et de Briey demandent des États communs à la Lorraine el
au Barrois. Au contraire, dans le Barrois mouvant, le tiers de Bar et de
Lamarche, ainsi que la noblesse de Bar voudraient que le Barrois possédât ses
Etats propres. Les
cahiers des bailliages de la généralité de Metz demandent que celle-ci soit
dotée d'États provinciaux, qui, d'après le vœu du clergé et de la noblesse de
Verdun, de plusieurs paroisses du pays messin, prendraient le nom d'Etats d'Austrasie.
Tous les membres des États provinciaux seraient élus. Le doublement du tiers
et le vole par tête sont demandés par les cahiers du tiers et par celui des
trois ordres de Rosières. Les États auraient à répartir les impôts, à en
recevoir le montant des mains des municipalités. L'administration de la
province, la tutelle des communes, la voirie, etc., rentreraient dans les
attributions des États. En
outre, le tiers de Nancy, de Vézelise, de Dieuze, de Bar, du Bassigny, de
Briey et de nombreuses paroisses, les trois ordres de Fénétrange, le clergé
et la noblesse de plusieurs bailliages réclament expressément le maintien des
privilèges de la province. Même la comparaison que font entre le présent et
le passé, au point de vue des charges, le tiers de Briey et de nombreuses
communautés rurales, ne semble-t-elle pas indiquer de leur part le regret de
l'époque de l'indépendance ? La vénalité des offices municipaux est l'objet
de maintes critiques. Les cahiers du tiers en général, ceux du clergé et de
la noblesse de quelques bailliages en réclament la suppression. Les villes
seraient désormais administrées par des municipalités nommées à l'élection.
C'est le vœu unanime du tiers, celui des trois ordres de Fénétrange et d'une
grande partie de la noblesse. En ce qui concerne les communautés de
paroisses, leurs cahiers ainsi que ceux du tiers demandent le maintien des
dispositions de l'édit de 1787. Ce sont surtout les gens de la campagne qui
expriment le vœu que soient étendues les attributions des municipalités, au
moins à l'égard de la levée des impôts, de la surveillance des bois communaux
et de l'aménagement des coupes. Le tiers en général, de nombreuses paroisses,
le clergé de Lunéville, de Château-Salins et de Toul voudraient en outre que
les municipalités eussent des pouvoirs judiciaires. Un
grand nombre de cahiers des trois ordres jugent nécessaire une réforme de la
législation. Plus de
tribunaux d'exception, tel est le vœu unanime du tiers, auquel s'associent la
noblesse d'Étain et celle de Toul. Tous les Français en conséquence devront
être justiciables des mêmes tribunaux ; c'est ce que spécifient plusieurs
cahiers du tiers. La suppression ou la réforme des tribunaux seigneuriaux
sont demandées par tout le tiers et par de nombreuses communautés rurales. La
noblesse d'Etain et de Saint-Mihiel souhaite la création de jurys ; de
nombreux cahiers du tiers ou des paroisses se prononcent pour des tribunaux
d'arbitrage. Le
tiers tout entier, le clergé de Nancy, la noblesse de Verdun et de Vie
réclament la suppression de la vénalité des offices de judicature. C'est au
roi que presque tous les cahiers proposent d'attribuer la désignation des
magistrats. Le
tiers de Verdun et les trois ordres de Rosières désirent que les magistrats
soient payés par l'État. Le clergé de Bouzonville émet l'opinion hardie que
les juges soient rendus responsables de leurs sentences, et le tiers de
Verdun voudrait voir allouer des indemnités aux victimes d'erreurs
judiciaires. Rendre
la procédure plus expéditive et moins coûteuse, tel est le souhait que
formulent le tiers tout entier, de nombreuses paroisses, le clergé de
Vézelise, de Sarreguemines, du Bassigny, ainsi que la noblesse de Darney, de
Mirecourt, de Briey et de Toul. Des plaintes très vives contre les procureurs
sont formulées dans les cahiers de beaucoup de paroisses et dans celui des
trois ordres de Rosières, qui va jusqu'à demander leur suppression. La
noblesse de Bar émet le vœu que les prisons d'Etat, en particulier la
Bastille, soient supprimées. La
noblesse, qui compte beaucoup d'officiers, s'occupe de l'armée plus que le
tiers. Le tiers de Bar et de Toul voudrait que l'effectif des troupes fût
réduit. La noblesse de Saint-Mihiel, de Metz et de Toul réclame la réforme de
la discipline militaire, en particulier l'abolition des châtiments corporels
; le clergé de Bouzonville souhaite une amélioration du sort des soldats. La
noblesse de Nancy exprime le vœu que les grades soient désormais accessibles à
tous les Français, celle de Bar que l'avancement des officiers soit soumis à
des règles fixes. Nous
avons dit que la milice était impopulaire dans les duchés et dans les
évêchés. Aussi les cahiers du tiers, ceux des paroisses et quelques-uns de
ceux du clergé demandent-ils qu'on la supprime, ou tout au moins qu'on la
réforme. On
trouve dans les cahiers d'assez vives critiques adressées aux agents des
ponts et chaussées et plus encore à ceux, des eaux et forêts. Ce sont surtout
les paysans qui se plaignent de ce dernier service. A les entendre, les
agents supérieurs des eaux et forêts, qui ont acheté leurs charges, sont des
gens inexpérimentés, qui ne connaissent pas leur métier ; leurs opérations
coûtent fort cher aux paroisses ; les jugements qu'ils rendent sont très
sévères ; en outre, ils retiennent indûment l'argent des coupes. Quant aux
agents subalternes, ils sont vénaux. Aussi beaucoup de paroisses, les trois
ordres de Rosières et de Fénétrange, même le clergé dé plusieurs bailliages
réclament-ils la suppression des maîtrises des eaux et forêts. Au cas où on
les conserverait, elles devraient subir des réformes et surtout être privées
de leur juridiction, qui serait dévolue aux tribunaux ordinaires ; tel est le
vœu qu'expriment beaucoup de cahiers du tiers, ceux des trois ordres de
Rosières et de Fénétrange, ainsi que plusieurs cahiers de la noblesse. Tous
les Français devront supporter à l'avenir le poids des impôts, à proportion
de leurs revenus ; voilà le vœu unanime des bourgeois et des paysans, celui
des trois ordres de Fénétrange, du clergé et de la noblesse de Lixheim et de
la plus grande partie du clergé. En général la noblesse se montre à cet égard
plus hésitante et moins désintéressée que l'ordre ecclésiastique. La
suppression des impôts existants est réclamée par les cahiers de tous les
ordres, en particulier par ceux des communautés rurales. Celles-ci élèvent
des protestations très vives contre la gabelle, la foraine, la marque des
fers, la marque des cuirs, dont elles relèvent les inconvénients et les abus.
A la place de la subvention, des vingtièmes, etc., on établirait un impôt
territorial ; là-dessus existe un accord parfait entre les trois ordres. Ceux
des Français qui ne possèdent pas de biens-fonds auraient à payer une
capitation. Beaucoup de paroisses, les trois ordres de Rosières et de Villers-la-Montagne,
le clergé et la noblesse de Lixheim, le clergé de plusieurs bailliages
voudraient un impôt somptuaire sur les objets de luxe. Les gens de Vicherey
proposent un impôt sur les célibataires. Les
trois ordres s'accordent à demander que les impôts soient répartis par les États
provinciaux entre les paroisses et par celles-ci entre les habitants. La
perception des impôts ne sera pas moins complètement modifiée que les impôts
eux-mêmes. Plus de receveurs ni de trésoriers, surtout plus de Ferme
générale. Cette dernière est de la part des communautés rurales l'objet de
critiques très vives, violentes même. Le tiers, les paroisses et le clergé
tombent d'accord pour confier la perception des nouveaux impôts aux
municipalités, qui en verseront le montant aux agents des Etats provinciaux. On
trouve dans quelques cahiers de paroisses lorraines des comparaisons
instructives entre ce qu'elles paient en 1789 et ce qu'elles payaient avant
1737. Ainsi Guinglange a passé de 1.000 à 3.600 livres, Oron de 450 à 3.600,
Valerange de 400 à 1.950, Teting de 400 à 3.300. Dans le
bailliage de Metz, on se plaint aussi que les impôts aient augmenté
sensiblement depuis le milieu du XVIIIe siècle. Il faut
réduire les dépenses et faire des économies ; sur ce point tout le monde est
d'accord. Beaucoup de cahiers du tiers, ceux des trois ordres de Rosières et
de Fénétrange, du clergé de Nancy et de Bouzonville, delà noblesse de Bar, de
Saint-Mihiel et de Metz, réclament la suppression ou la réduction des
pensions payées par le trésor royal ; d'autres cahiers estiment nécessaire la
suppression de nombreux agents ou même la réduction des effectifs de l'armée. La
dette publique appelle aussi l'attention de nos ancêtres. Le tiers de Dieuze
et de Briey, le clergé et le tiers de Bruyères, la noblesse de Nancy, de
Nomeny et d'Etain expriment le vœu que la Lorraine et le Barrois n'aient pas
à supporter le poids delà dette publique antérieure à 1737 ; même la noblesse
de Bar désire que l'on prenne 1766 comme point de départ. Le clergé et la
noblesse de Lixheim, ainsi que la noblesse d'Étain et de Toul souhaitent la
création d'une banque nationale, le clergé de Nancy et de Vie celle d'une
caisse nationale. La
plupart des paysans se trouvent dans une situation précaire, misérable même ;
voilà ce que disent presque toutes les paroisses rurales, le tiers en
général, les trois ordres de Fénétrange, enfin le clergé de plusieurs
bailliages. Quelles sont les causes de cette misère ? Les gens de la campagne
succombent sous le poids écrasant des charges qu'ils ont à supporter, impôts
d'Etat, redevances seigneuriales, banalités, dîme ; aussi comprend-on sans
peine les plaintes et les protestations des ruraux. Comment
remédier à cette fâcheuse situation ? Il faut alléger les impôts d'État et
les répartir de façon plus équitable, supprimer les redevances seigneuriales
et les banalités, ne racheter que celles qui seront justifiées par des titres
authentiques ; c'est le vœu unanime du tiers, des paysans, auxquels
s'associent les trois ordres de Rosières et de Villers-la-Montagne. Quelques
cahiers de la noblesse admettent un rachat partiel des redevances
seigneuriales. Le
tiers de Bar et de Lamarche, ainsi que les trois ordres de Rosières,
voudraient que des récompenses fussent attribuées aux cultivateurs ; le tiers
de Briey, celui de Toul et la noblesse de Bar demandent la création de
caisses de prêt en faveur de ces derniers. L'agriculture
végète, loin de faire des progrès. Les cahiers des communautés de paroisses
nous signalent quelques-unes des causes de cette situation fâcheuse. Trop
pauvres pour tenter des améliorations, victimes de l'insuffisance et de la
mauvaise qualité du fourrage, ainsi que de la cherté du sel, les paysans ne
peuvent élever beaucoup de bétail, et en conséquence ils manquent d'engrais.
Ils se plaignent aussi des dégâts que commettent les pigeons, le gibier et
les chasseurs eux-mêmes. L'extension du droit de vaine pâture, l'édit de 1767
sur les clôtures, celui de 1768 sur le partage des biens communaux sont
également l'objet de nombreuses critiques. Aussi beaucoup
de cahiers réclament-ils des réformes, et pour commencer, la suppression des
édits de 1767 et de 1768. Le tiers de Neufchâteau et celui du Bassigny
désireraient que l'on réglementât le droit de vaine pâture ; le tiers de
Neufchâteau et plusieurs paroisses demandent la réglementation ou la
suppression du droit de parcours ; le tiers de Neufchâteau, de Mirecourt,
ainsi que de nombreuses communautés rurales se prononcent pour l'abolition du
droit de troupeau à part. L'abaissement
du prix du sel est réclamé par tous les ordres. Enfin les cahiers du tiers et
ceux de très nombreuses paroisses expriment le vœu que lâchasse soit
interdite à certaines époques de l'année et que les paysans aient le droit de
tueries bêles nuisibles ; les colombiers devraient être supprimés ou réduits,
les pigeons enfermés au temps des semailles et des moissons. Dans le
bailliage de Metz, les vignerons réclament le droit de disposer de leurs
marcs, droit dont ils sont dépouillés au profit de Metz depuis la fin du XVIIe
siècle. On les voit aussi demander l'arrachage des vignes qui ont été
plantées dans les terres à blé de quelques villages lorrains et de celles qui
donnent en grande quanti té un vin de qualité médiocre. Beaucoup
de cahiers, surtout ceux des paroisses rurales, se plaignent de la
dévastation des forêts par les maraudeurs, par les salines, et d'une façon
générale, par les usines à feu. Plus rare, le bois est devenu plus cher ; on
le paie en 1789 deux, trois ou même quatre fois plus cher qu'au milieu du
siècle. De nombreux cahiers du tiers et des communautés rurales, ainsi que plusieurs
cahiers de la noblesse, demandent la répression du maraudage. Les
salines et les usines à feu ont une mauvaise presse. Le sel est cher et de
mauvaise qualité ; là-dessus, il y a complet accord entre les trois ordres,
quoique les plaintes les plus vives proviennent des paysans. En outre,
ceux-ci protestent, parfois avec violence, contre les vexations des agents de
la Ferme. Tout le monde reproche aux salines et aux usines à feu d'avoir
causé une hausse énorme du prix du bois. Un très
grand nombre de communautés rurales, le clergé de Nancy, de Vézelise, de
Lunéville, de Blâmont, la noblesse de Darney, de Lunéville, de Dieuze, de
Toul et de Verdun demandent la suppression pure et simple des salines. Plus
modérés, le tiers de Nancy, de Dieuze et de Metz, les trois ordres de
Rosières et de Fénétrange, le clergé de Boulay, de Dieuze, de Toul, de Vie,
la noblesse de Nancy, de Nomeny, de Thiaucourt et de Vie se contenteraient de
la fermeture d'une ou de deux salines ; le tiers de Thiaucourt propose de
réduire le nombre des poêles. En
dehors de très nombreuses paroisses, il n'y a que le clergé de Château-Salins
et de Verdun qui parle de supprimer toutes les usines à feu ; il suffirait au
tiers de Bar d'appliquer cette mesure aux usines créées depuis 1700. La
réduction des usines à feu donnerait satisfaction au tiers de Nancy, de
Neufchâteau, de Lunéville, de Dieuze, de Boulay et de Vie, à la noblesse de
Darney, de Sarreguemines, de SaintMihiel et de Thiaucourt. Enfin le tiers de
Nancy, de Toul et de Verdun, ainsi que la noblesse d'Étain expriment le vœu
que, dans les usines, la houille soit substituée au bois. Quelques
paroisses et le clergé de Vézelise proposent la suppression des brasseries. Par
contre, la création de fabriques de cotonnades paraît désirable à plusieurs
paroisses, et cela en vue de procurer du travail aux indigents. Le
tiers de Neufchâteau, de Dieuze, de Bouzonville, de Briey, de Pont-à-Mousson,
de Metz et de Vie, ainsi que les trois ordres de Rosières et de Fénétrange,
la noblesse de Darney et de Verdun demandent la suppression des corporations,
le tiers de Nancy et de Verdun leur réduction. Les paroisses et le clergé
laissent de côté cette importante question. D'une
façon générale, les trois ordres se plaignent du mauvais entretien des
routes. La plupart des communautés rurales, le tiers de Lamarche et les trois
ordres de Villers-la-Montagne demandent l'abrogation de l'édit de 1787, qui
avait substitué une redevance en argent à la corvée en nature. Quelques
paroisses, la noblesse de Nancy, de Sarreguemines et d'Étain expriment le vœu
qu'on frappe d'une taxe les voitures qui circulent sur les routes ; on
entretiendra celles-ci avec l'argent que rapportera cet impôt. Le
tiers de Nancy se contenterait de l'unification par province des poids et
mesures, tandis que le tiers de Vézelise, de Bar-le-Duc, de Pont-à-Mousson,
de Toul et de Verdun, ainsi que les trois ordres de Villers-la-Montagne, le
clergé de Blâmont et la noblesse de Verdun voudraient que toute la France eût
les mêmes poids et mesures. Le prêt
à intérêt n'était pas admis dans les évêchés aux mêmes conditions qu'en
Lorraine. Aussi le tiers de Verdun et de Vie, beaucoup de paroisses
évêchoises et la noblesse de Vie demandent-ils que la législation en vigueur
dans la généralité de Nancy soit étendue à celle de Melz. Dans
les campagnes, surtout dans celles de la Lorraine allemande, les Juifs
prêtaient à un taux usuraire ; d'où des plaintes très vives formulées contre
eux par de nombreux cahiers. Plusieurs communautés allemandes vont même
jusqu'à réclamer l'expulsion des Juifs ; le tiers de Boulay voudrait qu'on
les parquât et qu'on leur interdît le commerce des blés. Diverses communautés
rurales, le clergé de Sarrebourg et de Sarreguemines, la noblesse de Vie
demandent que les dispositions de l'édit de 1784 concernant les Juifs
d'Alsace soient appliquées à ceux de la Lorraine et des évêchés. Le tiers de
quelques bailliages, beaucoup de paroisses, la noblesse de Nancy, de
Mirecourt et de Darney, désireraient que les prêts d'argent faits par les
Juifs fussent passés par-devant notaire. Le tiers de Melz et de Vie demande
qu'on cherche à rendre les Juifs utiles, celui de Dieuze qu'on fasse d'eux
des citoyens et qu'on les oblige à exercer un métier. La
cherté excessive du sel et du tabac provoque les plaintes très vives de tous
les ordres, mais principalement celles des paysans. Presque toutes les
paroisses, le tiers de Mirecourt, de Dieuze, de Bouzonville, de Toul, de Vie
et de Verdun, le clergé de Toul, de Verdun et de Vie, la noblesse de
Sarreguemines, de Bar et de Verdun, demandent la suppression du monopole. Il
faut que le sel devienne marchand, c'est-à-dire qu'on puisse en faire
librement le commerce. A supposer que le monopole subsiste, le prix du sel
doit être abaissé, tel est le vœu formulé dans plusieurs cahiers du tiers, du
clergé et de la noblesse. Le tiers de Dieuze, les villes de Remiremont et de
Neufchâteau, ainsi que bon nombre de communautés rurales voudraient également
que le tabac devînt marchand. La
foraine, que maudissent les gens de la campagne, doit être supprimée. C'est
le vœu unanime des paroisses rurales, auquel s'associent le tiers, le clergé
et la noblesse. Nous
avons déjà parlé du reculement des barrières, qui avait soulevé de nombreuses
polémiques de 1761 à 1789 ; on se rappelle que les assemblées provinciales de
Metz et de Nancy s'étaient prononcées pour le statu quo. La question,
examinée dans la plupart des bailliages, n'est pas résolue partout de la même
façon. Le tiers de Nancy, de Vézelise, de Bouzonville, de Bar-le-Duc, de
Briey et de Metz, le clergé et le tiers de Bruyères, le clergé de Metz et de
Verdun, la noblesse de Bar, de Saint-Mihiel, de Briey, de Vie et de Melz,
sont partisans du régime existant, tandis que le tiers de Vie et du Bassigny,
la majorité des paroisses, les trois ordres de Fénétrange, le clergé et la
noblesse de Lixheim, le clergé de Bouzonville, la noblesse de Darney et de
Verdun se prononcent pour le reculement des barrières. Le tiers de Mirecourt
et de Pont-à-Mousson, la noblesse de Nancy et de Mirecourt renvoient la
solution du problème aux États provinciaux, le tiers de Toul aux États
généraux. Le
tiers de Neufchâteau, de Metz et de Verdun demande la révision du traité de
commerce conclu en 1786 avec l'Angleterre. Le tiers de Nancy, de Bouzonville,
du Bassigny, de Thionville et de Toul, ainsi que beaucoup de communautés
rurales, considèrent comme nécessaire l'interdiction de l'exportation des
blés dans le cas où la récolte est mauvaise. L'exportation des bois de la
Lorraine en Hollande devrait être défendue, d'après le tiers de Bouzonville
et de Thionville, le clergé et la noblesse de Bouzonville. Le
clergé et le tiers de Bruyères souhaitent que des commissaires nommés par les
États généraux rédigent un code d'éducation. Le clergé de Toul et la noblesse
de Nancy réclament l'élaboration d'un plan d'éducation nationale. C'est de
l'enseignement primaire que s'occupent de préférence les cahiers des
bailliages ; on est surpris de constater que ceux des paroisses n'abordent
que très rarement celle importante question. Le clergé de Sarreguemines
demande l'obligation de l'enseignement primaire, le tiers de Verdun et le
clergé de Longwy sa gratuité. Une école par village semble indispensable au
tiers de Nancy. La création d'écoles normales destinées à former les
instituteurs est réclamée par le clergé de Bouzonville et de Verdun.
Plusieurs cahiers du clergé désirent que le curé soit toujours consulté lors
de la nomination de l'instituteur. La plupart des cahiers du clergé et de la
noblesse admettent ou réclament pour le clergé le droit de surveiller les
écoles. Quant au traitement des maîtres, il ne devrait pas être inférieur à 300
livres, d'après le tiers de Metz. Plusieurs communautés de paroisses du
bailliage de Metz demandent que ce traitement soit prélevé sur le produit de
la dîme. Le
tiers de Pont-à-Mousson se prononce pour la création d'écoles de filles. Le
clergé de Vézelise demande la réforme des collèges. La noblesse d'Étain, de
Saint-Mihiel et de Verdun voudrait que l'enseignement fût, d'une façon
générale, donné par des religieux des deux sexes, le tiers de Dieuze souhaite
que l'enseignement soit gratuit dans les collèges tenus par le clergé
régulier. Enfin la création de bourses est désirée par le clergé de Verdun. Le
clergé de Bouzonville et de Château-Salins voudrait une réforme générale de
l'assistance publique. Pour prévenir les famines, le tiers de Neufchâteau, de
Dieuze, de Bouzonville, de Pont-à-Mousson, de Metz, de Verdun, beaucoup de
paroisses, la noblesse de Bar et de Toul proposent la création ou le
rétablissement des greniers d'abondance. Le tiers de Lamarche et la noblesse
de Verdun demandent l'établissement de manufactures, où les indigents
trouveraient du travail. Le tiers de Verdun, le clergé de Bitche et de Verdun
voudraient voir augmenter le nombre des sage-femmes dans les campagnes, le
tiers de Metz et de Toul, ainsi que le clergé de Verdun réclament la création
de médecins stipendiés dans les campagnes, le tiers de Nancy l'admission des
paysans dans les hôpitaux des villes, celui de Lamarche la fondation d'asiles
d'aliénés. La
ville de Neufchâteau est seule à demander la liberté des cultes. Par contre,
plusieurs cahiers du clergé voudraient que l'édit de tolérance, promulgué en
1787 en faveur des protestants, fût retiré, ceux du clergé de Nancy et de
Vézelise, que l'Église catholique fût maintenue Église d'État. Pour ce qui
est des Juifs, on les considère non comme des dissidents, mais comme des
usuriers. Le
tiers du Bassigny et de Metz, plusieurs communautés de paroisses, le clergé
de Château-Salins et de Toul demandent la suppression du Concordat de I5I6 et
le rétablissement de la Pragmatique Sanction de Charles VII, le clergé de
Bouzonville le rétablissement des élections épiscopales. Droit pour tous les
prêtres de parvenir aux plus hautes dignités de l'Eglise, tel est le vœu que
formulent la ville de Nancy, plusieurs communautés rurales, ainsi que le
clergé de Sarrebourg, du Bassigny et de Verdun. Le
tiers de Vézelise, le clergé de Nancy, de Bouzonville et de Toul, la noblesse
de Bouzonville se prononcent pour la nomination des curés au concours. La
suppression des abbayes commendataires est réclamée par de nombreux cahiers
du tiers, du clergé et de la noblesse ; le tiers de Vézelise et la noblesse
de Bar se prononcent pour celle des ordres mendiants. Il devrait être
interdit à ces derniers de mendier, demandent le tiers de Dieuze et-de
Lamarche, beaucoup de paroisses et les trois ordres de Rosières. Le tiers de
Dieuze et de Bouzonville, plusieurs paroisses et la noblesse de Dieuze
voudraient que les religieux et les religieuses fussent obligés de se
consacrer à l'enseignement. La suppression des dots dans les couvents de
femmes est réclamée par le tiers de Bouzonville et de Verdun, par les trois
ordres de Rosières, par le clergé de Melz et de Bouzonville. Certaines
réformes relatives aux bénéfices ecclésiastiques intéressent à la fois le
clergé séculier et le clergé régulier. Le tiers de Bouzonville exprime le vœu
qu'aucun bénéfice ne soit accordé en France à des étrangers. Le tiers de
Bouzonville, de Bar-le-Duc, de Lamarche et de Melz, le clergé de
Château-Salins, de Thiaucourt, du Bassigny, de Metz, de Toul, de Verdun, de
Longwy et de Vie, la noblesse de Nancy, de Lunéville, de Darney, de Bar, de
Toul et de Verdun se prononcent contre le cumul des bénéfices ; le tiers de
Dieuze, de Pont-à-Mousson, de Briey, de Metz, de Vie, les trois ordres de
Rosières et de Fénétrange, le clergé de Dieuze, de Bouzonville, du Bassigny
et de Verdun, la noblesse de Bouzonville, de Bar, de Saint-Mihiel et de
Thiaucourt souhaitent que l'obligation de résider soit imposée aux
bénéficiers. Le clergé de Lunéville, de Bouzonville, de Toul et de Verdun
demande le rétablissement des conciles. Aucun
cahier ne propose la sécularisation totale des biens du clergé. Celui de
Neuville-sur-Orne ne parle que de celle des biens des abbayes ; les gens de
Vroncourt prétendent que, les biens des abbayes leur ayant été donnés jadis
par les ducs, le roi a maintenant le droit d'en disposer. De nombreux cahiers
des trois ordres avaient, nous l'avons dit, demandé la suppression des
abbayes en commende. Le tiers de Vézelise, de Neufchâteau, de Bouzonville, de
Bar-le-Duc, du Bassigny, de Thiaucourt, de Briey, plusieurs communautés de
paroisses, le clergé de Vézelise, de Lunéville, de Sarreguemines, de
Bouzonville, de Bar, de Thionville et de Metz proposent que les biens des
abbayes supprimées soient mis à la disposition des États provinciaux ou des États
généraux, pour être employés soit à l'extinction de la dette de l'État, soit
au paiement du clergé paroissial, soit à l'assistance publique. A l'égard de
la dîme, seuls les trois ordres de Villers-la-Montagne en demandent la
suppression complète. Un très grand nombre de paroisses lorraines se
prononcent, pour la suppression de la dîme des pommes de terre. Réglementer
el uniformiser les dîmes paraît une réforme désirable au tiers de
Neufchâteau, de Mirecourt, de Toul, de Verdun, de Vie, aux trois ordres de
Rosières, ainsi qu'à un grand nombre de paroisses. Le tiers de Bar, de
Lamarche, de Pont-à-Mousson, de Metz, beaucoup de paroisses et les trois
ordres de Rosières voudraient que les dîmes fussent restituées aux curés. La
suppression du casuel est demandée par le tiers de Neufchâteau, de Bar, du
Bassigny, de Lamarche, de Pont-à-Mousson, par de très nombreux cahiers de
paroisses, par les trois ordres de Rosières et de Villers-la-Montagne, par le
clergé et le tiers de Bruyères, par le clergé du Bassigny et de Vic, par la
noblesse de Lunéville, de Bouzonville et de Vic. Le
tiers de Neufchâteau, de Pont-à-Mousson, de Toul et de Verdun, les trois
ordres de Rosières et de Villers-la-Montagne, le clergé et le tiers de
Bruyères, le clergé et la noblesse de Lixheim, la totalité du clergé, la
noblesse de Darney, de Lunéville et de Nomeny s'accordent pour réclamer
l'augmentation de la portion congrue. Le
tiers de Metz voudrait qu'il fût alloué aux curés un traitement fixe,
quelques paroisses que l'État payât les curés, le clergé de Boulay, de
Bouzonville et de Sarreguemines que le sort des vicaires fût amélioré ; les
vicaires des Trois-Évêchés, qui n'avaient pas été convoqués aux assemblées de
bailliages, se réunirent et rédigèrent un cahier de doléances, où ils
demandaient un traitement plus élevé et l'inamovibilité. Le
tiers de Melz, le clergé de Nancy, de Metz, de Toul et de Verdun demandent
une retraite pour les vieux curés, le tiers de Verdun leur hospitalisation. Il faut
que désormais les décimateurs s'acquittent de toutes leurs obligations, tel
est le vœu du tiers de Neufchâteau, de Dieuze, de Bouzonville, de Metz, de
Toul, de Verdun et de Vie, ainsi que de très nombreuses paroisses. Au
bailliage de Melz le clergé ne put s'entendre sur celle question, l'opinion
des curés étant opposée à celle des membres du haut clergé. La papauté tirait
des revenus de l'Église de France. Le tiers de Mirecourt, de. Pont-à-Mousson,
de Briey, de Verdun, les trois ordres de Fénétrange et de Villers-la-Montagne,
le clergé de Bouzonville, de Toul et de Vie réclament la suppression des
envois d'argent à Rome, le tiers de Nancy leur réduction. Quelques
paroisses, le clergé de Dieuze, du Bassigny, de Thiaucourt, de Melz, de
Sarrebourg et de Toul demandent une réglementation sévère des cabarets. Le clergé
de Thiaucourt s'élève contre les duels, la noblesse de Darney et de Vie
réclame des lois somptuaires. Tels
sont les vœux principaux que les différents ordres de la Lorraine, du Barrois
et des Trois-Évêchés ont formulés en 1789 dans leurs cahiers. Ou a pu
constater que, sur plus d'un point, l'accord existait entre le tiers, le
clergé et la noblesse, et que, sur d'autres questions, il y avait divergence
d'opinion soit entre deux ordres, soit dans l'intérieur d'un même ordre.
D'une façon générale, tiers, clergé et noblesse, réclament la suppression de
l'arbitraire, une constitution, la participation de la nation au
gouvernement, des libertés et des garanties pour celles-ci, la suppression
des intendants, la création ou le rétablissement d'États provinciaux, des
municipalités élues, la réforme de l'organisation judiciaire, de divers
autres services, la suppression de la milice, de tous les impôts existants,
la création d'un impôt territorial, la suppression de la Ferme et des
receveurs, la suppression ou la réduction des salines et des usines à feu, la
suppression de la foraine, celle des corporations, diverses améliorations
dans l'enseignement primaire, l'amélioration du sort des curés, la
suppression des abbayes commendataires et la mise de leurs revenus à la
disposition du gouvernement ou des provinces. On est unanime à réclamer plus
de liberté, plus de justice, une meilleure organisation des services
administratifs. Par contre, si le tiers ainsi qu'une partie du clergé
demandent qu'aux Etats généraux on vote par tête et non par ordre, que tous
les Français soient égaux devant l'impôt et puissent être nommés, quelle que
soit leur naissance, aux fonctions publiques, que les redevances
seigneuriales et les banalités soient supprimées, ces réformes sont ou
repoussées par la noblesse ou passées par elle sous silence. En
général, le clergé se montre plus conciliant, plus désintéressé que la
noblesse. On s'explique sans peine cette différence d'attitude. Les curés,
qui forment presque toujours la majorité dans les assemblées du clergé, se
recrutent dans le tiers ; ils souffrent des privilèges que la noblesse
conserve jusque dans l'Eglise, puisque l'épiscopat est réservé aux cadets de
l'aristocratie ; ils sont en outre plus près du peuple, dont ils connaissent,
la misère. Certains nobles se rendaient bien compte de l'état d'esprit du
clergé paroissial. Pourquoi ceux de Briey repoussent-ils le vote par tête aux
États généraux ? Parce que, disent-ils, les curés, qui ont même origine et
mêmes intérêts que le tiers, s'uniraient à lui pour former dans l'assemblée
une majorité résolue à voler toutes les réformes, majorité contre laquelle
seraient impuissants la noblesse et le haut clergé. Sauf
des exceptions assez rares, nos ancêtres ont fait preuve, dans l'expression
de leurs vœux, d'une grande modération, conforme au bon sens naturel de la
population lorraine ou évêchoise. Personne ne songe à changer la forme du
gouvernement ; c'est toujours avec le plus grand respect que l'on parle du
roi. S'il en va autrement des fonctionnaires de l'État et surtout des agents
de la Ferme générale, c'est que les uns comme les autres se rendaient
coupables d'abus sans nombre. On désire des réformes dans l'Église, mais on
la respecte. Aucun cahier ne réclame la sécularisation complète des biens
ecclésiastiques, ni surtout une organisation nouvelle telle que la
Constitution civile du clergé. Si beaucoup des réformes opérées par la Constituante donnèrent pleine satisfaction à nos ancêtres, il y en eut quelques-unes, nous aurons l'occasion de le montrer, qui allaient à l'encontre des vœux qu'ils avaient formulés. |