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Nous
n'avons pas cru possible de suivre l'exemple des historiens modernes des
provinces françaises qui, pour la plupart, s'arrêtent en 1789 ou en 1815.
C'est qu'en effet la question lorraine s'est, contrairement à toute attente,
rouverte durant la seconde moitié du XIXe siècle. Les victoires, que
l'Allemagne avait remportées en 1870, lui ont permis d'annexer un tiers de la
Lorraine contre la volonté des habitants. Après moins d'un demi-siècle, la
Grande Guerre a remis les choses dans l'état où elles se trouvaient en 1870. C'était
là pour nous un premier motif d'aller jusqu'au traité de Versailles. Il se
trouvait en outre que plusieurs hommes d'État lorrains ont joué, sous la
troisième République, un rôle de premier plan. Cette époque a vu également
l'industrie prendre un merveilleux essor, les lettres, les arts et les
sciences manifester une activité des plus intéressantes. Ainsi nous avions
les meilleures raisons pour conduire jusqu'à Tannée 1919 l'histoire de la
Lorraine. S'il
nous a paru nécessaire d'étudier l'application à notre région des réformes
opérées au cours de la Révolution, du Consulat et de l'Empire, dans les
domaines de l'administration, de la justice, des affaires religieuses, de
l'armée et des finances, nous nous sommes abstenu d'exposer les changements
apportés, depuis 1815, à nos institutions. Pour ce qui est de l'histoire
politique, nous avons esquissé les fluctuations de l'opinion publique et
rappelé brièvement la part que les hommes d'État originaires de nos
départements avaient prise à la direction des affaires de la France. Tandis
que, pour les temps antérieurs à la Révolution, nous avions le secours de
nombreux livres ou articles, il n'en allait plus de même à partir de 1789 et
surtout de 1815, au moins en ce qui concerne l'histoire politique. Cette
pénurie de travaux de seconde main n'a pas laissé que de rendre notre tâche
très malaisée. C'est un ouvrage de vulgarisation — non d'érudition — que nous
avons écrit. Aussi ne s'étonnera-t-on pas de constater des lacunes dans
l'exposé que nous avons fait des événements et des fluctuations de l'opinion
publique en Lorraine au cours du XIXe siècle. Peut-être
n'est-il pas inutile d'expliquer le terme de réaction, que nous avons employé
dans un sens assez différent de celui qu'on a l'habitude de lui donner. Nous
l'avons appliqué à toute politique qui se proposait de réduire — sinon de
supprimer — les droits de la totalité ou d'une partie des citoyens, ainsi que
les garanties destinées à protéger ces droits. Dans
notre exposé, qu'il s'agisse des événements, des élections, de la vie
économique, des lettres, des arts ou du clergé, nous avons, sauf de très
rares exceptions, commencé par la Meurthe-(et-Moselle) ; puis nous avons
successivement passé en revue la Meuse, la Moselle et les Vosges. Comme
nous l'avions fait pour les tomes I et II, nous avons placé une Bibliographie
en tête des chapitres de ce volume. Toutefois, nous avons été sobre
d'indications relatives aux sources ou aux ouvrages de seconde main d'un
caractère général. L'Histoire de France contemporaine, publiée sous la
direction de M. Lavisse, donne à cet égard tous les renseignements
nécessaires. Nous nous sommes étendu davantage sur
les sources et sur les travaux qui concernent plus spécialement la Lorraine,
sans d'ailleurs avoir eu la prétention d'épuiser la matière. Ceux de nos
lecteurs qui voudront connaître plus à fond cette partie de la Bibliographie,
pourront se reporter à l'ouvrage de M. Favier (J.), Catalogue du fonds lorrain,
ainsi qu'aux publications suivantes de la Faculté des lettres de Nancy : Annales
de l'Est,
première série (1887-1904)
; Annales
de l'Est et du Nord
(1905-1909)[1] ; Bibliographie
lorraine, dont six fascicules ont déjà paru. Nous
avons également le devoir de signaler le Dictionnaire des parlementaires
français (5 vol. in-8°, 1887-1891), de MM. Robert (A.), Bourloton (E.) et Cougny
(G.), ouvrage qui nous a été d'un
grand secours, bien que les indications qu'il donne aient besoin d'être
vérifiées. Les
additions et corrections placées à la fin de ce volume s'appliquent aux trois
tomes de notre Histoire de Lorraine. Il en
est de même de l'index alphabétique des noms de personnes et de lieux, qui
formera un fascicule spécial. C'est
pour nous un devoir agréable de remercier des éloges qu'ils nous ont adressés
ceux qui ont rendu compte des deux premiers tomes de ['Histoire de Lorraine ;
nous ne leur sommes pas moins reconnaissant de nous avoir signalé les erreurs
et les oublis dont nous nous étions rendu coupable.
Ils pourront s'apercevoir, en jetant un coup d'œil sur l'erratum, que nous
avons tenu compte de leurs observations. Par
contre, nous n'avons modifié ni le point de vue auquel nous nous étions placé, ni les appréciations que nous avions formulées dans
nos deux premiers volumes. Il y a plus de cinquante ans que nous avons
commencé d'étudier l'histoire de la Lorraine. Ce n'est qu'à la suite de
longues réflexions que nous nous sommes l'ait une opinion sur les hommes et
sur les événements. Il ne nous avait pas échappé que plusieurs de nos
jugements choqueraient plus d'un lecteur et provoqueraient des critiques.
Nous n'en croyons pas moins devoir les maintenir. Si nous
avions accordé à l'histoire générale une place que Ton a trouvée excessive,
c'était en vue de mieux faire comprendre les faits de notre histoire locale,
sur lesquels elle a souvent exercé une influence décisive. Le même motif nous
a décidé à procéder de même dans le volume que nous présentons aujourd'hui au
public. Nancy, le 15 mars 1924. ROBERT PARISOT. |
[1]
On trouve, à la fin du t. X des Annales de l'Est, une table, dressée par
M. Schœll, des travaux publiés ou analysés dans les dix premiers volumes de ce
périodique. Nous avons fait paraître nous-même, en 1911, dans la nouvelle série
des Annales, une table qui concerne les huit dernières années de
l'ancienne série des Annales de l'Est, ainsi que les cinq volumes des Annales
de l'Est et du Nord.