|
Nous
aurions à répéter, en ce qui concerne l'enseignement, les langues, la
littérature, les sciences et les arts, ce que nous avons dit à propos de la
vie économique. Sous l'influence des événements ils ont prospéré ou végété,
suivant que le pays lui-même jouissait des douceurs de la paix ou souffrait
des maux de la guerre. I. — L'ENSEIGNEMENT.
Les petites écoles. —
Les collèges. — Les Universités de Pont-à-Mousson et de Nancy.
Tandis
que l'enseignement supérieur, florissant dans la région lorraine durant les
dernières années du XVIe siècle et le premier tiers du XVIIe n'a pas réussi à
se relever au XVIIIe de la décadence qu'avait provoquée la guerre de Trente
ans, c'est au XVIIIe siècle que l'enseignement primaire s'est le plus
développé. Les
renseignements relatifs à l'enseignement primaire, peu abondants, pour le
XVIe et le XVIIe siècle, deviennent au contraire nombreux au XVIIIe. Nous
possédons en particulier les réponses faites par les subdélégués à
l'intendant de Nancy, M. de La porte, qui, en 1779, avait ordonné une enquête
sur l'état de renseignement primaire, à la demande de l'évêque de Saint-Dié,
Mgr Chaumont de La Galaizière. L'Etat ne s'occupait que d'une façon
intermittente de l'instruction primaire. En 1695, un édit de Louis XIV avait
placé les maîtres d'école sous la surveillance de l'Eglise. En 1766 le
conseil d'Etat de Lorraine rendait un- arrêt, qui ordonnait la séparation des
sexes dans les écoles-primaires ; les maîtres.ne devaient instruire que des
garçons, les maitresses que des filles. Si le
rôle des municipalités urbaines et des communautés de paroisses avait plus
d'importance, celui de l'Eglise était prépondérant. Elle fournissait
quelques-uns des maîtres, les frères des Écoles chrétiennes, et la plupart
des maîtresses, qui appartenaient à diverses congrégations. C'était elle qui
surveillait les-maîtres et les-maîtresses, quels qu'ils fussent. En 1695,
Mgr. Thiard de Bissy, évoqué -de Toul, rendait une ordonnance sur la tenue
des écoles, sur les devoirs des maîtres, sur les conditions qu'ils devaient
remplir. En 17D2, l'archevêque de Trêves, Mgr de Schœnborn, promulgua un
mandement applicable aux écoles des paroisses de langue française de son
archidiocèse. Mgr Begon, évêque de Toul, chargea M. Vatelot de fonder, une
sorte d'école normale d'institutrices ; ce fut l'origine d'une congrégation
enseignante de femmes. Nous
ignorons combien il pouvait y avoir d'écoles de garçons dans la région
lorraine avant le XVIIIe siècle. Au moment de la Révolution, le diocèse de
Metz aurait compté 789 écoles de garçons, sur 737 paroisses ou annexes ;
celui de Toul 996 sur 1.046 ; celui de Verdun 258 sur 269 : soit 1.993 écoles
pour les 2.062 paroisses ou annexes que comprenaient les diocèses de Toul et
de Verdun, ainsi que la partie du diocèse de Metz qui dépendait politiquement
du royaume de France. La
maison d'école pouvait, mais le cas ne se présentait pas fréquemment,
appartenir à la commune ; le plus souvent c'était une maison-particulière
louée par l'instituteur. Presque toujours petite, mal éclairée, mal chauffée
pendant l'hiver, elle ne possédait qu'un matériel scolaire des plus
sommaires. Les
instituteurs, appelés maîtres d'école, régents, marliers (marguilliers), étaient en très grande
majorité des laïcs au XVIIIe siècle. Comme il n'existait pas alors d'écoles
normales, les maîtres se formaient comme ils pouvaient. Pour avoir le droit
d'enseigner, ils avaient besoin d'un certificat de capacité, que leur délivrait,
à la suite d'un examen, l'écolâtre du chapitre de la cathédrale. La
nomination du maître appartenait, dans les villages, en général à l'assemblée
de communauté, dans les villes, au corps municipal. Le curé était toujours
appelé à donner son avis ; parfois lui seul intervenait dans la désignation
du maître. Le postulant subissait un examen qui prenait, quand plusieurs
candidats se présentaient ; la forme d'un concours. Le QU les candidats
donnaient des spécimens de leur écriture et de leur talent de chantre. Une
fois agréé, le candidat passait avec la communauté de paroisse ou avec le
corps municipal un traité, qui fixait ses droits et ses devoirs ; le traité,
d'une durée variable, pouvait être conclu pour un, trois, six, ou neuf mis. A
l'expiration du traité, la paroisse pouvait remercier le maître, de même que
celui-ci avait le droit de s'en aller. Non
content d'instruire les petits garçons de la paroisse, le maître remplissait
en outre les fonctions de chantre, de sacristain et de sonneur de cloches. La
condition des maîtres, un peu meilleure dans les villes que dans les
campagnes, laissait beaucoup à désirer sous tous les rapports. Nous venons de
le dire, l'instituteur Jouait, presque toujours à ses frais, la maison
d'école, qui lui servait en même temps d'habitation. De quoi vivait-il ?
Dans plusieurs villes et dans quelques villages, d'ailleurs peu nombreux, il
recevait un traitement fixe de la commune. Partout il touchait l'écolage,
c'est-à-dire les frais de scolarité payés par les parents des élèves.
L'écolage variait non seulement d'une localité à une autre, mais n'était pas
le même pour tous les enfants, rangés en trois catégories. Ajoutons que les
fils des pauvres gens recevaient gratuitement l'instruction. A titre de
chantre, de sacristain, et de sonneur de cloches, l'instituteur percevait la
dîme de la troisième charrue ; de plus les baptêmes, les mariages et les
enterrements lui rapportaient un casuel. Toutefois, dans la plupart des
localités, ces diverses ressources ne suffisaient pas à assurer l'existence
du maître d'école, surtout s'il avait une famille ; force lui était d'exercer
un autre métier, par exemple celui de cabaretier. Dans
quelques villes des duchés et des évêchés on trouvait des frères des Ecoles
chrétiennes ; ceux-ci étaient préparés par un noviciat à donner
l'enseignement. Les frères s'installèrent à Metz en 1747, à Nancy en 1749, à
Lunéville en 1760, à Commercy en 1762, à Verdun en 1780. Qu'enseignait-on
au XVIIIe siècle dans les écoles primaires ? La lecture, l'écriture,
l'orthographe, les prières, le catéchisme, et quelquefois le plain-chant. Les
enfants formaient trois catégories : les commençants, les élèves qui lisaient
et qui écrivaient, enfin ceux qui comptaient. De toutes les facultés
intellectuelles, la mémoire était la seule que cet enseignement développât.
Au XVIIIe siècle, un évêque de Toul publia une Méthode familière pour les
petites écoles. L'obligation
de l'instruction n'existait pas avant 1789. Pourtant quelques-uns des
subdélégués que M. de La Porte consulta en 1779 l'avaient réclamée. Un trop
grand nombre de parents ne comprenaient pas l'utilité de l'instruction. Us
négligeaient d'envoyer leurs enfants à l'école, d'autres ne les y laissaient
aller que pendant l'hiver, de la Toussaint à Pâques, et les reprenaient à la
belle saison, pour les employer aux travaux des champs. Le maître d'école
maintenait la discipline parmi les enfants au moyen de la férule et des
verges ; tout le monde admettait alors les châtiments corporels, pourvu que
le maître n'en abusât pas. Les
écoles étaient de temps à autre inspectées par des dignitaires
ecclésiastiques, curés, doyens ou évêques. Il
n'est pas facile de déterminer avec exactitude les résultats qu'a donnés
l'enseignement primaire dans là région lorraine au XVIIIe siècle. Les
registres paroissiaux, sur lesquels certains auteurs avaient cru pouvoir
s'appuyer, ne fournissent pas un élément d'appréciation absolument sur ; il
se peut que des époux, des parrains et des marraines qui ont signé leur nom
ne savaient ni lire ni écrire. Mais une chose est certaine, c'est que les
illettrés se rencontraient en moins grand nombre dans les duchés et dans les
évêchés que dans la plupart des autres provinces de la France. Il semble
aussi que les régions de langue allemande en comptaient plus que celles où
l'on parlait le français. L'enseignement
primaire des filles avait fait moins de progrès que celui des garçons.
D'abord il n'y avait en 1789 pour la région lorraine qu'environ 300 écoles
pour plus de 2.000 paroisses ou annexes. Pourtant en 1692, Louis XIV avait
ordonné d'établir des écoles pour les petites filles ; en Lorraine des curés
avaient fondé des écoles de filles, surtout dans le Toulois. Ajoutons qu'on a
quelque peine à distinguer les écoles primaires des écoles secondaires ;
beaucoup, semble-t-il, avaient un caractère mixte. À
l'inverse de ce que nous avons constaté pour les garçons, les filles ne
recevaient qu'exceptionnellement l'instruction de maîtresses laïques ;
l'enseignement leur était presque toujours donné par des religieuses, dames
de la Congrégation Notre-Dame, instituée par saint Pierre Fourier, vatelottes
et sœurs de la Providence fondées au XVIIIe siècle, les premières par un
chanoine de Toul, Vatelot, les secondes par le curé Moyë, sœurs de
Saint-Charles, clarisses, ursulines, dames de la Doctrine chrétienne. D'après
une ordonnance royale de 1724, les maîtresses avaient droit à une rétribution
minime de 100 livres, payée par la commune. Nous savons qu'à Plombières les
sœurs de Saint-Charles, qui tenaient l'école des filles, touchaient 200
livres. Dans plusieurs villes ou villages, les rentes d'une fondation
assuraient l'existence de la maîtresse. Il semble qu'en général les
religieuses n'exigeaient aucun écolage de leurs élèves. Le
programme de l'enseignement comprenait à peu près les mêmes matières que
celui de l'enseignement masculin. Probablement les petites filles apprenaient
en outre un peu de couture. Les
écoles de filles, déjà peu nombreuses, étaient encore moins fréquentées que
celles de garçons ; aussi comptait-on parmi les illettrés beaucoup plus de
femmes que d'hommes. Si
l'instruction était assez répandue dans la région lorraine, surtout parmi la
population masculine, il n'en restait pas moins bien des progrès à faire ; il
fallait augmenter le nombre des écoles, construire celles-ci en respectant un
peu mieux les règles de l'hygiène et en les dotant d'un matériel scolaire
plus complet, créer des établissements préparant les maîtres à leur rôle
d'éducateurs, assurer aux maîtres plus d'indépendance à l'égard du clergé,
ainsi qu'une situation matérielle meilleure, développer un peu les
programmes, obliger enfin les parents à envoyer leurs enfants en classe. La
Contre-Réforme exerça une influence très favorable sur les progrès de
l'enseignement secondaire. Dans ce développement un rôle considérable revient
au clergé tant séculier que régulier, en particulier à l'ordre des jésuites.
Voyons l'Eglise à l'œuvre dans la région lorraine. En 1670, Nicolas Psaulme
fonde à Verdun, sa ville épiscopale, un collège, dont il confie la direction
aux jésuites. L'année suivante, Gilles de Trêves établit à Bar-le-Duc un
collège, avec l'autorisation de Charles III. C'est de 1674 que date le
collège de Pont-à-Mousson, noyau de l'Université. En 1595 les catholiques
messins créèrent un collège, qu'en 1622 l'évêque Henri de Bourbon-Verneuil
confiera aux jésuites. Quelques années auparavant, ceux-ci avaient obtenu la
direction du collège Gilles de Trêves. Ils instituent des collèges à Nancy en
1616, à Bouquenom en 163o, à Epinal en 1668. Pour peupler le collège de
Pont-à-Mousson, Léopold interdit en 1699 aux autres établissements des duchés
d'avoir les classes de philosophie, de rhétorique et de seconde ; seuls les
collèges de Bar et d'Epinal furent autorisés à conserver une seconde et une
rhétorique. En 1752 les chanoines réguliers de Saint-Pierremont établirent à
Metz un collège, que Louis XV autorisa, trois ans plus tard, à prendre le
vocable de Saint-Louis. L'expulsion des jésuites eut sa répercussion sur
l'enseignement secondaire. Us durent abandonner leurs collèges de Bar, de
Metz et de Verdun en 1762, ceux de la Lorraine en 1768. On les remplaça tout
d'abord par des prêtres séculiers et par des laïcs. Ce régime ne subsista
jusqu'à la Révolution que dans la seule ville de Verdun. A Metz, prêtres
séculiers et laïcs cédèrent la place aux bénédictins de Saint-Symphorien,
tandis que les collèges de la Lorraine furent confiés en 1776 aux chanoines
réguliers de Nôtre-Sauveur. A la
fin de l'Ancien Régime on comptait dans la Lorraine 32 collèges, dont
beaucoup ne possédaient pas l'ensemble des classes. Il y avait en outre 4o
régents isolés. Aux collèges on peut joindre les petits séminaires de Metz (1730), de Toul (1728), de Verdun, ainsi que le
collège Saint-Claude de Toul (1769). Les protestants messins avaient fondé un collège, dont Louis
XIII ordonna la fermeture en 1635. L'administration
des collèges a varié avec les temps et avec les maîtres chargés de
l'enseignement. Les jésuites avaient la haute main sur la direction de leurs
collèges. Lorsqu'ils eurent été chassés, chaque établissement fut administré
par un bureau ou conseil, qui comprenait l'évêque ou un dignitaire
ecclésiastique, ainsi que des membres de la magistrature et du corps
municipal. Ce bureau, outre qu'il gérait les biens et les revenus du collège,
nommait les professeurs, quand ceux-ci appartenaient au clergé séculier ou au
monde laïc. Seuls les maîtres chargés d'enseigner la philosophie et la
rhétorique avaient droit au titre de professeurs ; dans les autres classes,
ils étaient, simplement qualifiés de régents. Les
jésuites destinés au professorat recevaient une préparation très sérieuse ; à
cet égard les membres des autres ordres ne pouvaient soutenir la comparaison
avec leurs confrères. Quand le collège se trouvait entre les mains d'une
congrégation religieuse, la désignation des professeurs appartenait au
supérieur général. Nous venons de dire que le bureau nommait les professeurs,
lorsque ceux-ci étaient des prêtres séculiers ou des laïcs. La situation
matérielle des maîtres variait beaucoup, suivant les villes, les classes,
etc. Le traitement des maîtres laïcs était plus élevé que celui des membres
du clergé. Ces derniers, ainsi que les laïcs célibataires, avaient leur
chambre au collège, tandis que les professeurs mariés se logeaient en ville.
A Metz, le principal recevait, en 176.3, 2.400 francs, les professeurs 1.500,
1.200 et 1.000 francs. A Verdun, le principal touchait 1.200 francs, les
professeurs 1,200, 1.000, 900 et 700 ; à Pont-à-Mousson, le traitement du
principal était de 1.000 francs ; ceux des' maîtres de 800 et de 500. À
Epinal le principal avait 800 francs, les maîtres 700, 600 et 500. Le
nombre des maîtres variait d'un collège à l'autre. Le collège de Metz
comptait en 1762 un recteur, un préfet et douze professeurs ou régents. En
1776 il y avait au collège de Nancy un recteur, un préfet et douze
professeurs ou régents ; à celui de Verdun un principal, un préfet et huit
régents. L'enseignement
secondaire comprenait trois cycles ; les classes de grammaire constituaient
le premier, celles d'humanités le deuxième, la philosophie le troisième. Dans
les collèges des jésuites les programmes et les méthodes étaient fournis par
la Ratio studiorum et par la Ratio discendi et docendi. Non
seulement l'enseignement se donnait en latin, mais c'est à cette langue que
l'on consacrait le plus de temps dans les classes de grammaire et d'humanités
; au latin s'ajoutait le grec dans quelques collèges (Pont-à-Mousson). En rhétorique seulement les
élèves faisaient des discours français. Les maîtres enseignaient en outre
l'histoire ' ancienne et la géographie. Mais l'histoire moderne, les langues
vivantes et les sciences étaient laissées de côté. La philosophie comprenait
deux classes, celle de logique et celle de mathématiques et de physique. Dans
cette dernière seulement les élèves recevaient Un véritable enseignement
scientifique. Si, dans les collèges, la mémoire était, de toutes les facultés
intellectuelles, celle qui jouait le rôle principal, certains devoirs
mettaient en action la réflexion et le jugement des élèves. Dans
les collèges des jésuites, les exercices scolaires proprement dits se
complétaient par des représentations théâtrales ; les élèves appelés à y
tenir un rôle acquéraient de l'aisance et de l'aplomb. Des châtiments
corporels frappaient les mauvais élèves, des récompenses variées étaient
accordées aux bons. L'année scolaire se terminait par une distribution
solennelle des prix. Les jésuites se préoccupaient de l'éducation morale des
enfants et des jeunes gens qui leur étaient confiés : cours d'instruction
religieuse, assistance à la messe et aux offices, retraites, fréquentation
des sacrements, entrée dans la Congrégation de la Sainte-Vierge devaient
concourir à former des hommes d'Une piété solide. Les
chanoines réguliers de Nôtre-Sauveur, qui prirent en 1776 la direction des
collèges delà Lorraine, adoptèrent en gros le programme des jésuites.
Pourtant ils substituèrent à la philosophie scolastique celle de Descartes.
En outre ils créèrent au collège Saint-Louis de Metz, à côté des classes de
grammaire et d'humanités, une sorte d'enseignement moderne, dont le programme
comprenait la langue française, l'histoire, la géographie et les sciences. Les
élèves appartenaient à toutes les conditions sociales et venaient de
différents pays ; on trouvait parmi eux, outre l'es enfants des familles du
pays, des Français et des Allemands. La plupart des élèves payaient ;
d'autres bénéficiaient d'une bourse. A côté d'internes, qui formaient la
majorité delà population scolaire, se trouvaient des externes, dont les uns
vivaient dans leur famille, tandis que les -autres étaient reçus comme
pensionnaires dans une famille de la ville. Le
nombre des élèves a beaucoup varié. Le collège de Pont-à-Mousson compta, au
début du XVIIe siècle, jusqu'à 1.600 élèves, dont un certain nombre, il est
vrai, peuvent être considérés comme des étudiants de l'Université. Le collège
de Metz avait en 1763 300 élèves, 400 en 1789 ; à cette dernière date la
population scolaire du collège SaintLouis de Metz ne dépassait pas 100
élèves. Quels
résultats renseignement secondaire a-t-il donnés ? Au point de vue
intellectuel, les jésuites ont formé de bons latinistes ; les élèves des
chanoines réguliers n'avaient pas, semble-t-il, une instruction aussi solide.
Les bénédictins chargés du collège de Metz formèrent des hommes distingués,
le sénateur Colehen, le président d'Hannoncelles, le baron Marchand, le
général Lallemand. L'enseignement au XVIIIe siècle présentait, au point de
vue de la formation intellectuelle, de graves inconvénients et de non moins
regrettables lacunes. Les maîtres ne se préoccupaient pas suffisamment de
développer l'esprit d'observation chez leurs élèves. Par contre ils leur
donnaient à l'excès le goût du raisonnement déductif. Non moins fâcheuse
l'omission de l'histoire de France dans les programmes ; les Lorrains de la
Révolution auraient commis moins d'erreurs s'ils avaient mieux connu le passé
de leur patrie. Au point de vue moral l'enseignement a donné, au XVIe et au
XVIIe siècle, de bons résultats. Les jésuites ont formé des chrétiens d'une
piété sincère et d'une vie édifiante. Par contre, au XVIIIe siècle, on verra
sortir de leurs collèges des hommes sceptiques, incrédules et impies. Les
jésuites ont eu pour élèves Saint-Lambert, Palissot, François de Neuf
château. Leurs successeurs, chanoines réguliers et prêtres séculiers, n'ont
pas obtenu des résultats meilleurs. Les hommes politiques de la Révolution
qui ont persécuté l'Eglise sortaient des collèges tenus par des membres du
clergé ; c'est là un fait des plus curieux, qui n'est pas du reste
particulier à la région lorraine. Nous
possédons sur l'enseignement secondaire des filles beaucoup moins de
renseignements que sur Celui des garçons. Comme nous l'avons déjà dit, il
n'est pas toujours facile de distinguer, surtout dans les villes, les
collèges des écoles primaires. Tout établissement qui reçoit des pensionnaires
a le caractère d'un collège, ce qui ne l'empêche pas d'avoir des classes
enfantines. Il semblé bien que beaucoup de maisons aient eu le double
caractère de collèges et d'écoles primaires. Dans la pensée de saint Pierre
Fôurier le pensionnat devait fournir les ressources nécessaires à l'entretien
de la petite école, où s'instruisaient gratuitement les fillettes des
indigents. L'enseignement
secondaire, des filles n'était donné que par des congrégations religieuses.
La plus importante était celle qu'avaient fondée, au début du XVIIe siècle,
saint Pierre Fourier et la mère Alix Le Clerc. A côté des dames de la
Congrégation Notre-Dame, on peut citer les ursulines, les dames de la
Doctrine chrétienne, les visitandines et les clarisses. L'enseignement était
peu développé dans ces collèges, sauf l'instruction religieuse. Les
élèves appartenaient à toutes les conditions sociales. On rencontrait dans
les collèges, outre des jeunes filles du pays, des Allemandes venues à Metz
ou à Nancy pour apprendre la langue française. Les élèves étaient externes ou
pensionnaires, suivant que leurs familles habitaient ou non la ville où se
trouvait le collège. Ces
collèges ont formé des femmes intelligentes et instruites, même des auteurs,
comme madame de Grafigny, madame de Vannoz, etc. Mais on peut affirmer qu'en général
les élèves en sortaient avec un très léger bagage littéraire. Nous
avons précédemment attiré l'attention sur les inconvénients que présentait,
pour la région lorraine, l'absence d'Université. Ils apparurent plus évidents
encore, lorsque le protestantisme commença de s'infiltrer dans le pays.
Aussi, durant la seconde moitié du XVIe siècle, l'autorité ecclésiastique et
le pouvoir séculier s'entendirent-ils pour remédier à un état de choses plein
de périls pourra foi des populations. Le duc Charles III, son cousin, le
cardinal Charles (Ier)
de Lorraine-Guise et l'évêque de Verdun, Nicolas Psaulme, se trouvèrent
d'accord pour solliciter du pape Grégoire XIII la création d'une Université.
Par la bulle In super eminenti, du 5 décembre 1672, le souverain
pontife ; autorisa la fondation d'une Université à Pont-à-Mousson. Leduc, le
cardinal et l'évêque avaient choisi cette ville du Barrois non mouvant, en
raison de sa situation au centre de la région, sur les bords de la Moselle et
en terre d'Empire, Il avait été convenu que les jésuites auraient la
direction de la nouvelle Université, que la faculté de théologie et celle des
arts leur seraient confiées, enfin que le recteur de la faculté des arts
serait en même temps celui de l'Université elle-même. Le cardinal de Lorraine
parvint, non sans peine, à vaincre les hésitations du général des jésuites,
qui aurait voulu retarder quelque peu les débuts de l'établissement. Il
fournit, à l'aide de différents moyens, les ressources nécessaires à
l'entretien de la fondation qu'il avait à cœur de voir naître et prospérer.
Finalement les jésuites purent ouvrir en novembre 1674 le collège, qui
constituait la partie principale de la faculté des arts. L'année suivante, la
faculté de théologie commença de fonctionner. En 1678, Guillaume Barclay fit
le premier cours de droit à Pont-à-Mousson, mais la faculté de droit ne fut
complètement organisée qu'en 1582 par Grégoire de Toulouse. En ce qui
concerne la faculté de médecine, les cours commencèrent en 1592, mais
l'installation définitive n'eut lieu que six ans plus tard. Ainsi, à la fin
du XVIe siècle, l'Université de Pont-à-Mousson avait reçu tous ses organes.
On peut Considérer comme des annexes de l'Université les séminaires ou
collèges fondés, l'un en 158i par l'évêque de Toul, l'autre en 1585 par son
collègue de Metz. L'Université
jouit d'une prospérité constante durant le premier tiers du XVIIe siècle.
Outre les jeunes gens du pays, beaucoup d'étrangers venaient en suivre les
cours. Le nombre des étudiants français diminua, lorsqu'en 1603 Henri IV eut
défendu à ses sujets de fréquenter les Universités de Douai et de
Pont-à-Mousson. Cette prospérité ne fut pas troublée par les conflits qui
mirent aux prises jésuites et professeurs des facultés de droit et de
médecine. C'étaient d'abord des querelles.de préséance, auxquelles mit fin en
16o4 un règlement promulgué par le cardinal Charles (II) de Lorraine, fils de Charles
III. D'autres discussions surgirent entre les jésuites et les juristes, à
propos du nom latin de Pont-à-Mousson : devait-on dire Mussipontum,
comme le voulaient les jésuites, ou Pontimussum, que proposaient leurs
adversaires ? La
guerre de Trente ans allait entraîner la décadence de l'Université, comme
celle du pays et de toutes ses institutions. Tandis que les opérations
militaires, la peste et la famine écartaient de Pont-à-Mousson les étudiants
étrangers et indigènes, le gouvernement français prenait des mesures contre
les professeurs, surtout contre les jésuites, qui se montraient hostiles à la
domination étrangère. Une première expulsion eut lieu en 1635, une seconde
deux ans plus tard ; elle frappa ceux des professeurs qui avaient refusé de
prêter à Louis XIII un serment de fidélité. Pourtant, en 1644-1645, Louis XIV
confirma les privilèges de l'Université. Les traités de Westphalie, qui
mirent fin à la guerre de Trente ans et qui rendirent la paix à l'Allemagne, ramenèrent
des étudiants à Pont-à-Mousson. Rentré en possession de ses Etats, Charles IV
prit, de 1661 à 1670 différentes mesures destinées à relever l'Université
mussipontaine. Celle-ci eut naturellement à souffrir de la seconde occupation
française. En 1681 le père de Jobal, alors recteur, alla prêter à, Metz
serment de fidélité à Louis XIV. En 1685 le roi sanctionna le règlement
qu'avaient élaboré les professeurs de la faculté de droit. Dès
1699 Léopold promulgua un édit, qui réorganisait l'Université mussipontaine.
La prospérité renaissante de cette dernière se trouva un peu compromise par
une mesure de Louis XIV, qui déclarait sans valeur en France les grades
conférés par l'Université de Pont-à-Mousson ; Léopold fit de vains efforts
pour obtenir le retrait de cette décision. Pour accroître l'importance de
l'Université- mussipontaine, Léopold créa en 1707 une chaire de droit public
et une de chirurgie, en 1719 un jardin botanique, enfin en 1724 une chaire de
droit municipal ou coutumier. On sait que le début du XVIIIe siècle fut
marqué par un renouveau des luttes qu'avait soulevées la doctrine janséniste.
Sans y intervenir directement, la faculté de théologie de Pont-à-Mousson,
dont les professeurs, ne l'oublions pas, appartenaient à la compagnie de
Jésus, adhérèrent sans débats aux bulles Vineam Domini (1706) et Unigenitus (1714) ; en 1716 elle ratifia les
décisions qu'elle avait prises antérieurement. Cette attitude mécontenta Mgr
de Coislin, évêque de Metz, assez favorable aux jansénistes. En 1730 il
défendit aux professeurs de théologie de Pont-à-Mousson, soumis à sa
juridiction, de soutenir ou de laisser soutenir des thèses qu'il n'aurait pas
approuvées au préalable. Les théologiens mussipontains semblent n'avoir pas
tenu compte de cette interdiction. Stanislas
s'intéressa, lui aussi, à l'enseignement supérieur. C'est ainsi qu'en 1748 il
fonda des bourses au collège, qu'en 1762 il créa un collège royal de médecine
à Nancy. L'année suivante il agrégea ce collège à l'Université de
Pont-à-Mousson, ce qui n'empêcha pas le collège nancéien et la faculté
mussipontaine de vivre en assez mauvaise intelligence. Enfin, en 1760, le roi
de Pologne agrégea le collège tenu à Nancy par les jésuites à l'Université de
Pont-à-Mousson. Nancy
devenait donc un centre d'études. Déjà, au temps de Léopold, plus tard sous
le règne de Stanislas, elle avait demandé que l'Université abandonnât
Pont-à-Mousson, pour se transporter sur les bords de la Meurthe ; la requête
n'avait été accueillie ni par le duc, ni par le roi de Pologne. Mais, en
1768, le corps municipal de Nancy profita de l'expulsion des jésuites pour
renouveler sa demande, qui cette fois obtint gain de cause. L'Université,
transférée à Nancy, devait y vivre ou plutôt y végéter jusqu'à ce que la
Révolution vint mettre fin à son existence, comme à celle de toutes ses
sœurs. Le
séminaire, que le cardinal Charles (II) de Lorraine avait créé à Pont-à-Mousson pour les
jeunes clercs du diocèse de Metz, n'avait plus sa raison d'être ; il fut
fermé en 1779. Le
gouvernement royal, désireux de dédommager Pont-à-Mousson d'avoir perdu
l'Université, dont la ville vivait en partie, y installa en 1776 une des
écoles royales militaires que le secrétaire d'Etat de la guerre venait .de
créer. Le général Duroc, le général Fabvier et le comte de Serre firent leurs
études à cette école militaire de Pont-à-Mousson. En 1580
le duc Charles III avait nommé un conservateur des privilèges de
l'Université. Ces fonctions, d'abord confiées au bailli de Saint-Mihiel,
passèrent au XVIIIe siècle à celui de Pont-à-Mousson. En 1580 le duc avait
décidé, conformément aux engagements pris quelques années auparavant par le
cardinal Charles (Ier)
de Lorraine, que le recteur du collège serait en même temps le recteur de
l'Université. Malgré les protestations de Grégoire de Toulouse, doyen du
droit, ce privilège fut, en 1585, confirmé par Grégoire XIII. Les jésuites
restèrent en possession du rectorat jusqu'à leur expulsion en 1768. Une
commission de trois ecclésiastiques, qu'avaient nommée les évêques de Metz,
de Toul et de Verdun, promulgua en 1687 les statuts de l'Université, qu'un
règlement compléta en 1692. Comme beaucoup d'étudiants vivaient chez les
habitants de Pont-à-Mousson, Charles III publia en 1584 un édit, qui
déterminait les obligations respectives des uns et des autres. Trois ans plus
tard, parut un autre édit ducal, qui ne concernait que les étudiants. Les
dispositions arrêtées par Charles III furent confirmées ou modifiées par les
édits que rendirent Léopold en 1699 et en 1702, Stanislas en 1739. Le
recteur, placé à la tête de l'Université, était nommé jusqu'en 1768 par le
général des jésuites, pour une période de trois années. A partir de 1768 ce
dignitaire devait être désigné à l'élection et pouvait être pris dans
n'importe quelle faculté. Toutefois, ce fut le roi qui nomma le premier
recteur de l'Université de Nancy ; il choisit, pour remplir ces fonctions,
Dumas, doyen de la faculté de droit. Tant qu'il appartint à la compagnie de
Jésus, le recteur jouit d'attributions étendues à l'égard de la théologie et
des arts ; ses pouvoirs sur les deux autres facultés étaient beaucoup plus
limités. Au recteur incombaient la surveillance générale de l'Université et
la nomination des officiers subalternes de celle-ci. Au-dessous du recteur le
chancelier, qui avant 1768 était toujours un jésuite, administrait les arts
et la théologie. Le recteur était assisté d'un conseil, dont il avait la
présidence et où siégeaient le chancelier, les doyens des différentes
facultés et, par exception, quelques-uns des professeurs. Chacune
des facultés avait ses dignitaires : recteur, chancelier, doyen à la
théologie et aux arts, doyen au droit et à la médecine, son conseil, ses
officiers subalternes, secrétaire, trésorier et bedeaux ; chacune d'elles
possédait un ou même plusieurs sceaux. Les
facultés avaient leurs règlements ou statuts. Grégoire de Toulouse avait en
1583 promulgué ceux de la faculté de droit, qui furent modifiés en 1597, en
1685 et en 1699. La faculté.de médecine avait adopté le règlement de sa sœur
du droit. La faculté des arts était soumise aux règlements en vigueur dans
les collèges des jésuites. L'Université
était logée à Pont-à-Mousson dans l’ancienne commanderie des antonistes, à
Nancy dans le local élevé pour recevoir la bibliothèque publique. Elle
jouissait à Pont-à-Mousson des revenus importants que lui avait assurés le
cardinal Charles (Ier)
de Lorraine. La mense conventuelle de Gorze-était tenue de verser à
l'Université 1.500 écus d'or, qui furent réduits à 1.000, quand le prieuré
d'Apremont eut été uni à l'Université mussipontaine. Celle-ci recevait en
outre 500 écus, pris sur la mense épiscopale de Metz, allocation supprimée à
partir du moment où l'Université, fut mise en possession du prieuré d'Amel.
Enfin les abbayes des Trois-Evêchés devaient contribuer, pour 1.000 écus
d'or, à l'entretien de l'Université. A ces revenus s'ajoutaient les droits
d'examen exigés des étudiants et les pensions payées par ceux des élèves du
collège qui n'avaient pas de bourse. Une fois transférée à Nancy,
l'Université perdit la plus grande partie de ses revenus, et se vit réduite à
un état voisin de l'indigence. L'Université
jouissait d'importants privilèges, que lui avaient conférés le pape ou le duc
de Lorraine. Ainsi, professeurs et étudiants n'étaient justiciables que du
conservateur des statuts et privilèges de l'Université. D'autre part, les
professeurs étaient exempts d'impôts, de logements militaires et de corvées. Avant
1768, dans les facultés delà théologie et des arts, les professeurs
appartenaient tous à la compagnie de Jésus. C'était le général de l'ordre qui
les nommait. Nous ne savons quel traitement leur était alloué. Après 1768 les
professeurs de la faculté de théologie se recrutèrent parmi les prêtres
séculiers, ceux des arts parmi les mêmes ou parmi les laïcs. Les premiers
touchaient à Nancy un traitement de 1.600 francs. Aux
facultés de droit et de médecine, les maîtres, tous laïcs, portaient le titre
de professeurs ou celui de docteurs agrégés. A l'origine la nomination des
uns et des autres appartenait au duc. Le règlement de 1685 établit le
concours pour le droit, et cet état de choses fut maintenu par le règlement
de 1699. Toutefois, il y eut encore quelques nominations directement faites
par le duc. Le concours fut étendu en 1708 à la médecine. Les
professeurs de droit et de médecine recevaient un traitement fixe, plus élevé
au temps de Charles III et d'Henri II qu'au XVIIIe siècle ; les médecins
avant Léopold touchaient moins que les juristes. Au traitement fixe
s'ajoutait un casuel, formé des droits d'inscription et des droits d'examen.
A la faculté de droit de Nancy le doyen touchait 250 francs, les professeurs
200, et les agrégés 100 ; les traitements du doyen et des professeurs de la
médecine s'élevaient respectivement à 350 et 300 francs. Le casuel rapportait
aux professeurs de ces deux facultés de 3.000 à 4.000 francs, aux agrégés une
somme inférieure de moitié. Nous avons déjà mentionné les exemptions d'impôt
dont jouissaient les professeurs. Parmi
les' maîtres les plus réputés citons : au droit, l'Ecossais Guillaume
Barclay, le Français Grégoire de Toulouse et les Guinet, à la médecine,
Charles Lepois. Quel
était l'enseignement donné dans les différentes facultés de l'Université
mussipontaine ? Nous ne
reviendrons pas sur le collège, au moins sur les classes de grammaire et
d'humanités. Seule la philosophie, avait le caractère d'un enseignement
supérieur. La durée des cours, fixée tout d'abord à trois années, fut plus
tard réduite à deux. Les étudiants conquéraient les grades de bachelier et de
licencié à la suite d'examens, dont chacun comportait une thèse. L'étudiant
qui avait passé avec succès la licence recevait le litre de maître ès arts,
sans avoir à subir de nouvelles épreuves. L'année scolaire s'ouvrait à
l'origine le 1er octobre, plus tard le 18 du même mois. Les vacances
commençaient le 1er septembre. Les
étudiants de la faculté de théologie passaient d'abord six ans, plus tard
quatre seulement, à l'Université. Les cours portaient sur l'Ecriture sainte,
les cas de conscience et la scolastique. Les examens qu'ils avaient à passer
comprenaient la tentative, le baccalauréat et la licence, ces deux derniers
accompagnés d'une thèse. Pour obtenir la licentia docendi, il fallait
d'ailleurs remplir certaines conditions : être, âgé de 24 ans et avoir reçu
la prêtrise ou prononcé ses vœux, suivant que l'on appartenait au clergé
séculier ou à un ordre religieux. Comme à la faculté des arts, le grade de
docteur était conféré au licencié sans examen nouveau. L'année scolaire
commençait et finissait aux mêmes dates qu'à la faculté des arts. A la
faculté de droit, l'enseignement, d'abord réparti sur trois années, n'en
durait plus que deux au XVIIIe siècle. Le droit romain, le droit civil, le
droit, canonique, le droit public, le droit municipal ou coutumier faisaient
l'objet des différents cours professés à Pont-à-Mousson. Tous les examens du
droit, baccalauréat, licence et doctorat, comportaient une thèse. Si, en
principe, ces épreuves se passaient à un an d'intervalle, il est arrivé
parfois que quelques mois ou même quelques semaines les aient séparées l'une
de l'autre. Les cours s'ouvraient à l'origine le 18 octobre, plus tard le 12
novembre. Les vacances commençaient le 7 septembre. Les
élèves de la faculté de médecine avaient trois années d'études, durant
lesquelles ils suivaient des cours d'anatomie, de chirurgie, de pharmacie et
de botanique. En ce qui concernait les grades, les dates d'ouverture et de
fermeture des cours, la faculté de médecine suivait les mêmes règles que sa
sœur du droit. Dans
toutes les facultés, les professeurs dictaient leur cours. Ceux des arts, de
la théologie et du droit employaient le latin ; le professeur de droit
municipal ou coutumier et ses collègues de la médecine parlaient en français.
Si les cours étaient gratuits, les étudiants payaient des droits pour leurs
inscriptions et pour tous les examens auxquels ils se présentaient.
L'Université ne possédait pas de bibliothèque. Les étudiants devaient se
fournir de livres à leurs frais et prendre avec soin les cours que dictaient
leurs maîtres. Pour
être admis comme étudiant dans une des facultés, il fallait professer la
religion catholique, se faire inscrire sur les registres du recteur, prêter
serment entre les mains du chancelier, justifier parfois de la possession de
certains diplômes. Les étudiants appartenaient à toutes les conditions
sociales : des princes de la maison de Lorraine se rencontraient à
Pont-à-Mousson avec des fils de bourgeois ou de paysans. Bien des
nationalités étaient représentées à l'Université, surtout au début du XVIIe siècle
: Lorrains, Barrois, Evêchois, Français, Belges, Allemands, etc., s'y
coudoyaient ; l'Église séculière, les ordres religieux, ainsi que la société
laïque fournissaient des étudiants à l'Université. Aux arts on trouvait des
représentants de ces trois groupes ; le droit comptait parmi ses élèves des
clercs séculiers et des laïcs ; la théologie n'attirait que des gens
d'Eglise, tandis que la médecine n'avait pour étudiants que des laïcs. C'est
au début du XVIIe siècle que l'Université a compté le plus grand nombre
d'élèves. La population scolaire du collège s'est élevée successivement de 500
élèves en 1589 à 900 en 1594, à 1.000 en 1603, à 1.600 en 1607 ; à cette
dernière date les cours des facultés séculières (droit et médecine) étaient
fréquentés par 400 étudiants. Survint la guerre de Trente ans, qui entraîna
la décadence de l'Université : en 1635 le collège ne comptait plus que 150
élèves. Au XVIIIe siècle l'Université .ne parvint pas à retrouver la
prospérité qu'elle avait connue au temps de Charles III et d'Henri II. En
1768, au moment où elle abandonna Pont-à-Mousson, le nombre des élèves du
collège atteignait environ 200 ; 90 étudiants étaient inscrits au droit, autant
à la médecine. Nous avons déjà dit que le transfert de l'Université à Nancy
n'amena pas le relèvement de cette dernière. A la fin de l'Ancien Régime, la
faculté de théologie comptait 4o étudiants, le droit 120 et la médecine 60. Parmi
les étudiants les uns étaient pensionnaires, les autres externes. Les
premiers trouvaient asile au collège des jésuites, dans les séminaires fondés
par les évêques de Metz et de Toul, dans les couvents de la ville, ou dans
des préceptoreries tenues par des prêtres ou par des laïcs. Beaucoup
d'étudiants des arts, du droit ou de la médecine se logeaient chez des
habitants de Pont-à-Mousson. Les clercs séculiers et les religieux menaient,
sauf de rares exceptions, une existence sérieuse et régulière. Les laïcs,
surtout les juristes et les médecins, avaient des mœurs moins édifiantes ;
leurs ripailles, leurs débauches, leurs querelles, leurs démêlés avec les
bourgeois attiraient souvent l'attention sur eux. Il semble qu'à Nancy les
étudiants en droit et en médecine aient mené une existence plus calme. Différents
moyens avaient été mis en œuvre pour maintenir les étudiants laïcs dans le
devoir. Ainsi les jésuites avaient institué des congrégations de la Sainte
Vierge, où pouvaient entrer des élèves de toutes les facultés. Les règlements
de l'Université et : ceux des diverses facultés s'occupaient aussi de la
conduite des étudiants. Ceux du droit et de la médecine prévoyaient la
désignation, faite chaque année par les étudiants, de quatre d'entre eux,
nommés élus, qui devaient servir d'intermédiaires entre les élèves et les
professeurs. Il y avait enfin les édits qu'avaient, à diverses reprises,
promulgués les ducs de Lorraine ; ceux de 1587 et de 1739 interdisaient aux
étudiants de porter sur eux des armes, précaution fort sage, mais que l'on
n'arrivait pas facilement à faire observer par les étudiants de naissance
noble. A
plusieurs reprises, les étudiants exprimèrent le désir de s'organiser en
nations, comme cela se pratiquait dans beaucoup d'Universités. En 1583
Grégoire de Toulouse refusa de faire droit à cette demande. En 1623 les
étudiants allemands la formulèrent de nouveau. Le conseil de l'Université
s'étant partagé, on recourut au duc Henri II qui ne voulut pas donner
l'autorisation sollicitée. Les
étudiants, comme leurs professeurs, n'étaient justiciables que du
conservateur des statuts et privilèges de l'Université. En 1606 Charles III
définit les pouvoirs respectifs du conservateur et des magistrats ordinaires.
Trois ans plus tard, Henri II décida que les appels des sentences rendues par
le conservateur seraient portés devant les Grands-Jours de Saint-Mihiel. Les
étudiants en théologie de Pont-à-Mousson jouissaient d'avantages spéciaux. En
15g6 Charles III avait décidé de réserver aux gradués en théologie de
Pont-à-Mousson les bénéfices ecclésiastiques à sa nomination, qui viendraient
à vaquer dans le courant du mois d'août. Henri II et Charles IV ratifièrent
cette mesure, le premier en 160g, le second en 1626. Au
point de vue religieux, on doit reconnaître que l'Université mussipontaine a
exercé, surtout avant 1633, une influence très salutaire. Elle a formé alors,
en grand nombre, des prêtres et des religieux aussi recommandables par leur
savoir que par leurs vertus. Deux réformateurs d'ordre, Didier de La Cour et
saint Pierre Fournier ont été ses élèves. De la faculté de droit sont sortis
des juristes savants, les Guinet, des magistrats instruits comme Bourcier de
Monthureux-i La faculté de médecine peut citer les noms de médecins et de
chirurgiens célèbres, Rivard, Alliot, Jadelot. Rappelons enfin que
Saint-Lambert et Palissot ont fait leurs études à Pont-à-Mousson. Il nous
faut confesser pourtant qu'au XVIIIe siècle l'Université a végété à Nancy,
comme à Pont-à-Mousson. Non-seulement ses maîtres n'ont fait faire aucun
progrès à la science, mais, trop fidèles à la tradition, ou pour mieux dire à
la routine, ils n'ont su témoigner que de la défiance à l'égard des progrès
que d'autres Universités avaient accomplis. Le mémoire adressé en 1786 à M.
de Barentin par les professeurs de droit fournit une preuve Convaincante de
l'esprit très conservateur qui animait les maîtres de cette faculté. Nous
avons déjà dit qu'à Pont-à-Mousson il n'existait pas de bibliothèque. En 1727
le cardinal de Rohan en fonda une à Remiremont, à l'usage des prêtres du
doyenné dont cette ville était le chef-lieu. Nancy doit sa bibliothèque
publique à Stanislas, qui la créa en 1750. En 1785 les bénédictins de
Saint-Arnoul mirent leur bibliothèque à la disposition du public. II. — LES LANGUES.
Le latin. — Le
français. — L'allemand.
Le
latin reste la langue qu'emploient les professeurs des collèges et de la
plupart des facultés, les théologiens, parfois même les historiens et les
poètes. L'Eglise continue de s'en servir pour la rédaction de certains actes
qui sortent de ses chancelleries. Le
français fait au XVIIe et au XVIIIe siècle des progrès constants, aux dépens
du latin et de l'allemand. C'est la langue de la littérature, celle aussi des
actes judiciaires et des actes notariés. Au XVIIe siècle les- dialectes
étaient encore parlés dans les villes non seulement par le bas peuple, mais
par la bourgeoisie elle-même. Les occupations successives, puis l'annexion du
pays par la France firent disparaître les patois des villes au XVIIIe siècle.
Quelques termes continuèrent pourtant d'être en usage, les uns désignant des
objets usuels (brochon, charpagne), les autres des qualités et surtout des défauts (nisse, peut). L'allemand
devait perdre au XVIIe siècle une partie du terrain qu'il avait conquis au
cours des âges précédents. Pendant la guerre de Trente ans, beaucoup de
villages de langue allemande, situés entre la Seille, la Nied et la Sarre
perdirent tous leurs habitants. Ceux qui ne furent pas massacrés périrent soit
de la peste, soit de la famine, ou bien allèrent chercher ailleurs un refuge.
Durant la seconde occupation française, le gouvernement de Louis XIV fit
venir, pour repeupler ces localités désertes, des colons de la Picardie, du
Vermandois et d'autres provinces du royaume. Ces nouveaux habitants ne
parlaient que le français, et leurs descendants gardèrent la langue de leurs
ancêtres ; c'est ainsi que, jusqu'en 1870, le français demeura seul en usage
dans des villages, dont le nom ; germanique rappelait que jadis ils avaient
été occupés par une population de langue allemande. Les
ducs nationaux ne semblent pas s'être préoccupés de favoriser une des deux
langues aux dépens de l'autre. Mais, en 1748, Stanislas ordonna que les actes
judiciaires ou notariés seraient, même dans la Lorraine allemande, toujours
rédigés en français. Si les cahiers de doléances de 1789 ne formulent pas de
protestation contre cette décision, par contre, Ceux de plusieurs paroisses,
Vinzweiler, Silvange et Weiler par exemple, demandent la traduction des
ordonnances en allemand, seule langue comprise par les habitants. En 1788 le
bureau intermédiaire de Boulay avait fait afficher les décisions de
l'assemblée provinciale et les siennes propres en français et en allemand.
D'autre part, le dernier des évoques messins de l'ancienne monarchie, Mgr de
Montmorency-Laval, autorisa les habitants des paroisses de son diocèse où
l'on parlait l'allemand à chanter des hymnes en celte langue. III. — LA LITTÉRATURE.
La littérature latine.
—- La littérature française : Première période (1552-1633). Deuxième période (1633-1697). Le XVIIIe siècle. La
littérature dialectale. Le théâtre. — La littérature allemande.
C'est
l'occupation, puis l'annexion des évêchés et des ', duchés par la France qui
exerça le plus d'influence sur le mouvement littéraire. Il se produisit en
Lorraine au XVIIIe siècle une renaissance, dont nous devons faire honneur à
la France. Nous
croyons inutile de tirer de l'oubli où ils sont tombés la plupart des
nombreux auteurs lorrains, barrois ou évêchois, qui ont écrit en latin.
Contentons-nous de mentionner d'abord deux historiens, l'archidiacre de
Rosières, auteur des Stemmatum Lotharihgiæ ac Barri ducum tomi VII ; l'ouvrage,
paru en 1580, fut, en raison des théories dynastiques qu'il défendait à l’ide
de documents faux ou interpolés, condamné par le Parlement de Paris, et son
auteur contraint en 1583 à une rétractation humiliante. Au XVIIIe siècle nous
trouvons l’Historia Mediani monasterii, de dom Humbert Belhomme ;
publiée en 1724. Le latin est aussi la langue dans laquelle furent écrits l'Euphormion
(1602) et l'Argenis (1621), où l'on
trouve de nombreuses allusions à notre pays, ainsi qu'à ses princes ;
l'auteur de ces deux romans à clefs, Jean Barclay, était né en 1582 à Pont-à-Mousson,
où son père était professeur à la faculté de droit. L'histoire
de la littérature française dans la région lorraine se divise naturellement
en trois périodes, dont les deux premières correspondent à celles que nous
avons distinguées en étudiant l'histoire politique du pays. Laissant
de côté les théologiens et les jurisconsultes, nous citerons deux
chroniqueurs messins, Buffet et Jean le Coullon, l'historien et juriste
Florentin le Thierriat, né en France, probablement à Saint-Florentin. C'était
un homme instruit, qui maniait le français avec aisance. On lui doit un Commentaire
sur la coutume de Lorraine, publié en 1657 sous le nom d'Abraham Fabert,
père du maréchal, et Trois traités sur la noblesse (1606). Son esprit caustique et
railleur, après lui avoir fait de nombreux ennemis parmi les anoblis et les
magistrats du bailliage de Mirecourt, finit par causer sa perte. Poursuivi
comme auteur de pamphlets dirigés contre Charles IV et François II, il fut
condamné à la potence (1631). Saint Pierre Fourier, l'un des meilleurs épistolographes de
notre pays, a laissé des lettres qui se recommandent par un style simple et
naturel et qui ne manquent même pas d'enjouement. Le maréchal de
Bassompierre, né au château d'Haroué (1589-1646), est l'auteur de Mémoires
pleins d'esprit et de verve, où il a raconté par le menu ses aventures
galantes. Ses Ambassades en Espagne, en Suisse et en Angleterre ont
naturellement un caractère plus sérieux. Si
l'auteur de Tyr et Sidon, Jean de Schelandre, un Allemand venu au
monde dans le Verdunois, ne peut guère être compté parmi les écrivains
lorrains, par contre Alphonse de Ramberviller (1560-1633) mérite de retenir notre
attention. Né à Vie, chef-lieu du temporel des évêques de Metz, il fit à
Toulouse ses études de droit et devint lieutenant-général du bailliage épiscopal,
en remplacement d'un de ses oncles. Nous ne nous arrêterons pas sur ses
écrits historiques et hagiographiques, bien qu'à propos de l'un d'eux il ait
eu à soutenir une polémique contre le ministre protestant messin P. Ferry.
Mais les Dévots élancements du poète chrétien (1600), où le poète nous montre
l'acheminement d'une âme vers l'Eucharistie par la pénitence, sont une œuvre
d'un haut intérêt. Catholique sincère et convaincu, Ramberviller a mis dans
son œuvre un profond sentiment religieux. L'ordre et la logique distinguent
son poème, où l'on admire en outre des images vives et fortes, ainsi que de
la souplesse dans le vers. Mais nous devons regretter que de nombreuses
fautes de goût, de la vulgarité dans certains passages, ailleurs de la
préciosité, des archaïsmes ou des néologismes, enfin de la monotonie et des
longueurs déparent les Dévots élancements. Ramberviller a subi l'influence de
la Pléiade et plus encore celle de Du Bartas, bien que l'auteur de la Semaine
fût protestant. Le succès du poème de Ramberviller est attesté par les quatre
éditions illustrées qu'il eut en vingt années. Henri IV, à qui le poète avait
en 1600 fait hommage d'un exemplaire de son œuvre sur papier de luxe, ne l'en
récompensa que par de bonnes paroles ; aucune pension, aucune gratification
ne furent accordées par le roi de France à Ramberviller. Il est curieux de
constater que Ramberviller, qui est né et qui a vécu dans la région lorraine,
n'a laissé passer dans ses Dévots élancements ni tournures, ni
expressions du terroir. Les
deux derniers tiers du XVIIe siècle sont, en raison des événements
politiques, une période stérile en écrivains. Jean Bauchez, greffier de
Plappeville, a laissé une Chronique, intéressante pour l'histoire locale.
D'une valeur beaucoup plus grande sont les Mémoires du marquis de
Beauvau, gouverneur du prince Charles, fils de Nicolas-François et de la
princesse Claude. Très mêlé à la vie intime de la maison de Lorraine, ce
gentilhomme connaissait bien des secrets, qu'il n'a pas tous révélés. On peut
reprochera Beauvau sa chronologie défectueuse et peut-être aussi de la
partialité contre Charles IV, qui ne s'était pas toujours montré bon frère ni
bon oncle. Nous avons déjà prononcé le nom du célèbre ministre protestant
messin, Paul Ferry, l'adversaire de Bossuet, qui a écrit un Catéchisme
et des Observations séculaires, restées manuscrites, sur le passé de
sa ville natale. Un suffragant de l'évêque de Metz Henri de Bourbon-Verneuil,
Martin Meurisse, a laissé une Histoire des évêques de Metz et une Histoire
de l'hérésie dans le pays messin, où il fait preuve d'une grande
animosité à l'égard des protestants. C'est à Nancy qu'est né Maimbourg,
prédicateur et historien, qui dut, vers la fin de sa vie, sur l'ordre du pape
Innocent X, mécontent des critiques qu'il avait adressées au Saint-Siège,
quitter la compagnie de Jésus, dont il était membre. Ses œuvres historiques, Histoire
de l’Arianisme, Histoire des Croisades, Histoire du Luthéranisme, Histoire du
Calvinisme, etc., ne se recommandent ni par le sens critique, ni par le
jugement, ni par l'impartialité. A la
différence du XVIIe siècle, le XVIIIe est une époque d'épanouissement
littéraire. C'est alors seulement que, sous l'influence des grands auteurs
français, la Lorraine produisit quelques écrivains de talent, dont plusieurs
vécurent à Paris même, où ils s'imprégnèrent des idées et des sentiments qui
avaient cours dans la capitale. De
nombreux historiens se sont, au XVIIIe siècle, occupés du passé de leur
patrie. C'est d'abord le gardien des capucins de Toul, le père Benoît Picart,
auteur d'une Histoire de la maison de Lorraine (1704) et d'une Histoire
ecclésiastique et politique de la ville et du diocèse de Toul (1707), le prémontré Ch. Hugo, abbé
d'Etival, à qui l'on doit des Annales Prœmonstratenses et, sous le
pseudonyme de Baleicourt, un Traité historique et critique sur l'origine
et la généalogie de la maison de Lorraine (1711). Le livre, condamné par le
Parlement de Paris, eut en outre à subir les critiques du père B. Picart. En
raison de cette polémique, le duc Léopold prit le parti de retirer à Hugo le
titre d'historiographe, qu'il lui avait conféré, pour le donner au bénédictin
dom Augustin Calmet, qui devint en 1728 abbé régulier de Senones. L'activité
littéraire de dom Calmet s'est portée à la fois sur l'Ecriture sainte
et sur l'histoire de sa patrie. Outre un Commentaire littéral de la Bible,
et un Dictionnaire historique et critique de la Bible, l'abbé de
Senones a composé une Histoire civile, ecclésiastique et politique de la
Lorraine, dont il donna une première édition en 1728, une seconde de 1746
à 1757 ; Malgré le manque de critique de Calmet, son Histoire de Lorraine
reste, en raison des documents que l'auteur a consultés et publiés, un
monument des plus précieux, une source où doivent venir puiser tous ceux qui
veulent connaître ou étudier le passé de notre pays. Mentionnons
encore dom Ambroise Pelletier, auteur d'un Nobiliaire de Lorraine (1758), mort peut-être victime de ses
scrupules d'historien, l'abbé Bexon, à qui l'on doit une Histoire de
Lorraine (1777),
le mieux écrit des ouvrages publiés sur notre pays, mais par malheur
incomplet. Roussel, chanoine de la cathédrale de Verdun, donnait en 1745 une Histoire
de Verdun, tandis que deux bénédictins de la Congrégation de Saint-Vanne,
dom Jean François et dom Nicolas Tabouillot, compilaient une Histoire de
Metz (1769-1790), qui contient, comme l'ouvrage
de dom Calmet, de nombreux documents. L'Histoire générale des auteurs
sacrés et ecclésiastiques (1729-1763), du bénédictin dom Rémi
Geillier, de Bar-le-Duc, est un très savant ouvrage. Parmi les géographes et
les statisticiens citons Bugnon, qui mourut sans avoir publié son grand
travail sur la Lorraine, Andreu de Bilistein, auteur d'un Essai sur les
duchés de Lorraine et de Bar (1762), Coster, que les Lettres d'un citoyen à un
magistrat (1762)
rendirent célèbre, et Nicolas Durival, dont la Description de la Lorraine
et du Barrois (1779-1783) est un ouvrage de première importance. Le
Nancéien Chevrier forme la transition entre les historiens et les gens de
lettres. Doué d'un esprit caustique, inquiet, méchant, dénué d'ailleurs de
scrupules, Chevrier se fît de nombreux ennemis. Gomme historien, Chevrier est
l'auteur de Mémoires pour servira l'histoire des hommes illustres de
Lorraine (1753) et
d'une Histoire de Lorraine (1758), où il se montre partial et injuste. On doit lui
reprocher en outre d'avoir pillé dom Augustin Calmet, surtout d'avoir utilisé
et peut-être même fabriqué des documents faux, tels que les Mémoires de
Jean Erard, les Coupures de Bournon et les Mémoires de
Guillaume de Haraucourt. Chevrier a de plus écrit des recueils
d'anecdotes scandaleuses, en partie vraies, dont les héros appartiennent en
général à la société parisienne ; les plus connus sont le Colporteur
et l'Almanach des gens d'esprit (1761). Il mourut misérablement à Rotterdam en 1762. Chevrier
avait recherché, d'ailleurs sans aucun succès, à se rapprocher des
philosophes, c'est-à-dire des publicistes qui s'attaquaient alors non
seulement aux abus qui altéraient les institutions politiques et religieuses,
mais souvent aussi, aux institutions elles-mêmes. Parmi
les hommes de lettres lorrains du XVIIIe siècle dont nous avons à nous
occuper, les uns, comme Saint-Lambert, se sont rangés dans le camp des
philosophes, d'autres, tels que Mme de Grafigny et Boufflers, l'ont ménagé ;
Palissot, admirateur et ami de Voltaire, a. combattu les Encyclopédistes,
tandis que Gilbert s'est nettement prononcé contre l'ensemble des novateurs., Saint-Lambert,
né à Nancy en 1716, mort en 1803, officier et homme de lettres, a tiré
habilement parti des amitiés masculines et féminines qu'il avait su gagner.
Lié avec le maréchal de Beauvau et avec sa sœur, la marquise de Boufflers, il
enleva madame du Châtelet à Voltaire, garda madame d'Houdetot, malgré les
tentatives de J.-J. Rousseau pour le supplanter auprès d'elle. Si la mort
malheureuse de la marquise du Châtelet (1749), dont il était indirectement la cause, le brouilla
pour quelque temps avec Voltaire, une réconciliation durable les rapprocha
l'un de l'autre dès 1761. Saint-Lambert fut l'ami de Diderot et de Grimm,
écrivit des articles pour l'Encyclopédie, publia en 1769 son poème des
Saisons, imité de Thomson, qui eut les honneurs de nombreuses
éditions, entra en 1770, grâce à l'appui des philosophes, à l’Académie
française, y reprit place en 1800, quand elle eut été reconstituée. La
dernière œuvre de Saint-Lambert, son Catéchisme universel, publiée en
1796 pendant la Révolution, n'eut aucun succès. Comme poète, Saint-Lambert a
de l'élégance, mais une élégance froide et sèche. Aimait-il vraiment et
comprenait-il la campagne ? Il est permis d'en douter. Homme du monde, il
goûtait les salons plus que les champs et que les bois ; aussi le meilleur des
quatre chants des Saisons est-il le quatrième, consacré à l'hiver, où
le poète décrit les plaisirs de la ville. Saint-Lambert est là plus à son
aise, il y parle de choses qu'il connaît et qu'il sait apprécier. Mme de
Grafigny, née d'Isembourg Dubuisson d'Happoncourt, est, comme Saint-Lambert,
une enfant de Nancy. Mariée à un homme qui la fendit malheureuse et qui
devait mourir fou, toujours besogneuse et endettée par manque d'ordre et
d'économie, elle mena jusqu'à la fin une existence difficile. Pourtant elle
avait trouvé des protecteurs, comme Léopold, François III, Marie-Thérèse,
madame du Châtelet, avec qui elle se brouilla ; quelques-uns des philosophes,
Diderot, d'Alembert, Helvetius, qu'elle maria avec une demoiselle de
Ligniville, J.-J. Rousseau lui-même furent les amis de madame de Grafigny et
fréquentèrent le galon littéraire qu'elle avait ouvert à Paris. Sans beauté
et de bonne heure assez grosse, mais sentimentale, elle eut, même dans son
âge mûr, des aventures galantes, où le cœur et les sens jouèrent un rôle
égal. La fréquentation des philosophes, les malheurs et les difficultés de sa
vie, l'amenèrent, quoiqu'elle appartînt par sa naissance à la caste
privilégiée, à voir sans indulgence la société de son temps et à professer
des idées avancées. Les Lettres d'une Péruvienne (1747), de madame de Grafigny,
reprennent, avec moins d'esprit et de verre, le thème qu'avait traité
Montesquieu dans ses Lettres persanes. La Péruvienne, moins caustique,
mais plus sentimentale que le Persan, relève les abus qu'elle voit fleurir
dans la société parisienne du milieu du XVIIIe siècle. Une comédie
sentimentale de madame de Grafigny, Génie, obtint en 1750 un succès
honorable, tandis que la chute de La fille d'Aristide hâta peut-être
la fin de l'auteur (1758). Si le
chevalier — plus tard marquis — de Boufflers (1738-1815), n'est pas né à Nancy, il ne
s'en est pas fallu de beaucoup. Fils de la spirituelle et charmante marquise
dé Boufflers, filleul de Stanislas, il fut destiné, quoique sans la moindre
vocation, à l'état ecclésiastique, entra au séminaire de Saint-Sulpice, d'où
il sortit après la publication d'Aline en 1760, fut admis dans l'ordre
de Malte, ce qui lui permit à la fois de conserver les nombreux bénéfices
ecclésiastiques dont Stanislas l'avait pourvu, et d'embrasser la carrière des
armes. Devenu maréchal de camp, il reçut eu 1785 le gouvernement du Sénégal,
et fit dans cette colonie quelques réformes heureuses. En 1788 il entrait à
l'Académie française, où il fut reçu par son compatriote Saint-Lambert, qui
avait été, quelque quarante ans auparavant, l'ami très intime de sa mère.
Nous parlerons ailleurs du rôle que joua Boufflers à l'Assemblée
constituante, où l'avait envoyé siéger la noblesse du bailliage de Nancy. Il
quitta la France en 1792, vécut huit ans en Allemagne, occupé de travaux
agricoles, se maria en 1797 avec madame de Sabran, dont il était ramant
depuis vingt ans, revint en France en 1800, ne put obtenir de Bonaparte le
poste qu'il avait sollicité et mourut en janvier i815, après avoir repris sa
place à l'Académie française. Boufflers, malgré sa naissance, avait entretenu
des relations amicales avec quelques-uns des philosophes, en particulier avec
Voltaire, qui avait connu la marquise lors des visites qu'il avait faites à
la cour de Lunéville. Durant les deux années qu'il passa en Suisse (1765-1767), le chevalier prit le chemin de
Ferney, où il reçut l'accueil le plus aimable. Il y a deux phases bien
distinctes dans la vie littéraire de Boufflers. Son Aline, ses Lettres
de Suisse, ses poésies nous révèlent un homme d'esprit, qui écrit
en/prose et en vers avec une aisance charmante, avec une élégance de bon
goût. Peut-être y distingue-t-on quelques traces d'une autre qualité, la
sensibilité, qui s'épanouira dans les œuvres écrites à l'époque de la
Révolution, sous les influences combinées de l'âge, des événements, du milieu
allemand où il vivait, enfin de son union avec madame de Sabran. La nouvelle Ah
si ne ressemble guère au conte qui avait fait la renommée de Boufflers ;
ce n'est pas la désinvolture, le ton leste et dégagé qui donne du charme à
cette œuvre, mais une grâce un peu langoureuse. Voici
encore un Nancéien, Palissot de Montenoy (1730-1814), brillant élève des jésuites,
protégé du comte de Stainville (plus tard duc de Choiseul), qui commença dès 1751 sa
carrière littéraire, en faisant recevoir et jouer à la Comédie-Française la
tragédie de Zarès. L'événement le plus important de la vie de
Palissot, événement qui eut sur toute sa carrière une influence décisive, est
là représentation en 1755, au théâtre de Nancy, d'une, comédie à tiroirs, le Cercle
ou les Originaux. Comme il avait dans cette pièce mis en scène et
ridiculisé J.-J. Rousseau, le comte de Tressan et d'Alembert prirent la
défense du philosophe genevois et prièrent Stanislas d'expulser Palissot de
la Société royale fondée par le roi de Pologne. L'affaire s'arrangea, grâce à
l'intervention généreuse de Rousseau lui-même, mais Palissot devait garder à
d'Alembert et aux Encyclopédistes une rancune, qui dura presque autant que sa
vie. Pour se venger de d'Alembert et de Diderot, il écrivit successivement
une comédie, les Philosophes (1760), les Petites lettres à de grands philosophes
et un poème, la Dunçiade (1764), imité de Pope. Mais les philosophes attaqués par
Palissot se vengèrent en empêchant ou en retardant la représentation de
quelques-unes de ses comédies, l'Homme dangereux, les Courtisanes,
en lui interdisant l'accès de l'Académie française. Même sous la Révolution,
la querelle de Palissot et des Encyclopédistes faillit le mettre en péril, en
lui faisant refuser par Chaumette un certificat de civisme. Tout en
combattant Diderot et d'Alembert, Palissot se déclarait l'ami, l'admirateur
de Voltaire, qui, pour ne pas se brouiller avec les Encyclopédistes, se tint
sur une grande réserve à l'égard de leur adversaire. Palissot n'en édita pas
moins les œuvres de Voltaire. Il devait, un peu avant de mourir, se
réconcilier avec l'Eglise. Palissot, comme beaucoup de ses compatriotes, à
l'esprit caustique, il voit bien les travers et les défauts des hommes ; mais
la gaieté, la verve et l'imagination lui font défaut. Ne lui demandons pas non
plus de creuser les caractères des personnages qu’il met en scène. Enfin son
style manque de personnalité, de couleur et de vie. C'est ce qui explique
l'oubli où sont tombées ses meilleures comédies. Dans les Philosophes,
il avait encouru on outre le reproche mérité d'avoir Suivi de fort près les Femmes
savantes de Molière. La pièce n'est pourtant pas sans mérite, et Palissot
a bien saisi quelques-uns des points faibles des philosophes auxquels il s'attaquait,
La comédie des Courtisanes (1775-1782) présente plus d'originalité.
Palissot abordait là un sujet que Dumas fils a repris, trois quarts de siècle
plus tard, dans le Demi-Monde. Par malheur, l'œuvre de Palissot,
superficielle comme toutes celles qu'il a écrites, ne mérite pas de prendre
place parmi les grandes comédies de mœurs. Il y a des idées ingénieuses dans
la Dunciade, plaisantes même ; seulement Palissot manque de mesure, et
l'on trouve choquante l'animosité qu'il témoigne à l'égard de ses ennemis. Si
Palissot a été à la fois l'ami de Voltaire et l'adversaire des
Encyclopédistes, Gilbert (1750-1780) s'est attaqué indistinctement à tous les
philosophes. Né à Fontenoy-le-Château, d'une famille de cultivateurs, il alla
chercher fortune à Paris ; accueilli froidement, repoussé même par d'Alembert,
il se rejeta vers les adversaires des philosophes, Baculard d'Arnaud, Fréron,
devint ainsi l'un des collaborateurs de l'Année littéraire, réussit à
trouver des protecteurs influents, obtint même unie pension de la reine en
1778 ; c'est non point, de misère, mais des suites d'une chute de cheval,
qu'il mourut en 1780 à l’Hôtel-Dieu de Paris, privé de sa raison. Ni les
œuvres en prose, ni les héroïdes de Gilbert ne méritent de retenir
l'attention. Il en est autrement des Plaintes du malheureux, du Génie
aux prises avec la fortune, du XVIIIe siècle (1775), de Mon apologie (1778) et des Adieux à la vie (1780). Gilbert a de la chaleur, de la
sensibilité, la haine de l'injustice et de l'hypocrisie. Il a bien vu et
vigoureusement censuré quelques-uns des ridicules et des vices de la société
française du XVIIIe siècle, l'immoralité et l'incrédulité de la haute noblesse
et même d'une partie du clergé, la violence et l'injustice dont témoignent
les philosophes dans leurs attaques contre l'Eglise et la religion, les
contradictions ; que l'on constate parfois entre leur vie et leurs doctrines.
Bien entendu Gilbert est souvent allé trop loin dans ses critiques, qu'il est
impossible de ratifier pleinement. Le style des poésies de Gilbert a de la
vigueur et de l'éclat ; mais il pèche par l'enflure, par la banalité, par
l'impropriété des expressions. Si la forme en avait un caractère : plus
personnel, les satires de Gilbert le placeraient au second rang des poètes
français. A
Gilbert joignons un gentilhomme barrois, le chevalier de Lisle, familier de
la maison de Choiseul, qui, dans sa Prophétie turgotine (1779), s'est moqué avec esprit des théories
des économistes et des philosophes. Cette satire est encore intéressante,
parce qu'on y trouve prédites plusieurs des réformes opérées par la
Révolution. Nous
parlerons plus tard de deux écrivains, Hoffmann et François de Neufchâteau,
dont la carrière littéraire, commencée avant 1789, s'est prolongée et a même
atteint sa plus grande activité sous la Révolution, l'Empire et la
Restauration. Si Metz
n'a vu naître aucun écrivain français de talent au XVIIIe siècle, elle prend
sa revanche dans la littérature patoise ou dialectale. Celle-ci est
représentée par les trimazos ou chants de mai, qui célèbrent le retour
du printemps. Sous leur forme actuelle ils datent du XVIIe ou du XVIIIe siècle.
Les plus poétiques des trimazos sont ceux du pays messin. C'est
également du pays messin que nous vient le Chan-Heurlin, le plus long
et le plus complet des poèmes en patois de la région lorraine. Le premier auteur
de Chan-Heurlin, Brondex, fils d'un cultivateur de Sainte-Barbe, avait
reçu quelque instruction, mais les désordres auxquels il se livra abrégèrent
sa vie, qu'il finit prématurément à Paris. Le poème, que Brondex avait laissé
inachevé, fut repris et terminé par Mory, un Messin, qui écrivit la fin du
cinquième chant, le sixième et le septième. Chan-Heurlin nous dépeint
sur le vif l'existence des villageois du pays messin, vers le milieu du XVIIIe
siècle. Les personnages sont vivants, parlent le langage qui convient à leur
caractère, les événements ont de la vraisemblance. Le style a de la saveur,
delà verdeur, trop de verdeur même, Brondex et Mory ayant cru que le patois,
comme le latin, pouvait braver l'honnêteté Après
comme avant 1552, les ducs offrirent à leurs hôtes des représentations
théâtrales. Il arriva même, au moins sous les règnes de Léopold et de
Stanislas, que des seigneurs et de nobles dames interprétèrent les rôles des
pièces que l'on donnait à la cour de ces deux princes. Quand Voltaire était à
Lunéville ou à Commercy l'hôte de Stanislas et que le roi faisait jouer
quelques-unes des tragédies du poète, celui-ci ne dédaignait pas d'y tenir un
rôle. Nous
avons déjà dit que les jésuites donnaient dans leurs collèges des
représentations. Le répertoire était emprunté au théâtre antique, quand il
s'agissait de tragédies grecques ou latines ; les pièces françaises étaient
dues à des pères de la compagnie. L'une des plus célèbres parmi ces
dernières, jouée eu 1580 à Pont-à-Mousson, est la Pucelle, composée par le
père Fronton du Duc. Ce ne
fut qu'assez tard, vers le milieu du XVIIIe siècle, que les grandes villes de
la région lorraine, Metz et Nancy, se virent pourvues d'une salle de
spectacle, Metz en 1762, Nancy en 1755. A Metz comme à Nancy, on jouait de
tout, opéras, opéras-comiques, tragédies, comédies. Indépendamment des
troupes ordinaires, des comédiens de passage venaient se faire applaudir dans
ces deux villes. Notre
pays n'a produit, au XVIIIe siècle, que très peu d'artistes dramatiques. Il
n'est pas sûr que la Saint-Huberty, cantatrice fameuse, qui interpréta les
héroïnes de Gluck et de Piccini, soit née à Toul. Mademoiselle Saucerotte,
dite Raucourt, de Dombasle-sur-Meurthe, incarna à la Comédie-Française
Cléopâtre, Agrippine, Phèdre et Athalie. La
littérature allemande est représentée surtout par des chansons populaires. Le
seul écrivain que l'on puisse mentionner, C. D. Royer, semble n'avoir été
qu'un plagiaire. IV. — LES SCIENCES.
Les savants. — Les ingénieurs.
Ni la
Lorraine, ni le Barrois, ni les Trois-Evêchés n'ont donné naissance à de
grands savants. Comme
mathématiciens on peut citer le père Lévrechonj professeur à l'Université de
Pont-à-Mousson, et Jean L'Hoste (?-1631), auteur d'une Pratique de la géométrie,
d'une Epipolimètrie, d'un Sommaire de la Sphère artificielle.
L'astronome Messier (1730-1817), de Badonviller, fut l'élève de Delisle et son
successeur à l'Observatoire de Paris. Il ne découvrit pas moins de 22
comètes, si bien que, d'après une tradition, Louis XV l'aurait surnommé le
furet des comètes. L'Académie des sciences avait accueilli Messier en 1771. Bar-le-Duc
est la patrie du microbiologiste Louis Joblot (1645-1723), qui, avant Pasteur, combattit
la théorie delà génération spontanée. Le naturaliste Buchoz, de Metz (1730-1807), travailleur infatigable et
désintéressé, a écrit une Histoire des plantes de la Lorraine, une Histoire
naturelle de la France, un Catalogue des animaux qui habitent la
Lorraine, une Histoire universelle du règne végétal, pour ne citer
que ses principaux ouvrages. Les
ingénieurs ont peut-être plus d'importance que les savants proprement dits.
Le premier en date, Jean Errard (1554-1610), de Bar-le-Duc, servit
successivement Charles III, le duc de Bouillon et Henri IV, dont il devait
être le Vauban. Perfectionnant les procédés des ingénieurs italiens, dont il
avait été l'élève, il peut être considéré comme un véritable rénovateur de
l'art de la défense des places. On a de lui une Géométrie, ainsi qu'un
traité intitulé : La Fortification démontrée et réduite en art. Thiriot,
de Vpid, construisit la célèbre digue, à l'aide de laquelle Richelieu, ferma
aux flottes anglaises l'accès du port de la Rochelle. Jean Appier ou Hanzelet
Appier, de Hacaucourt, publia une Pyrotechnie, ainsi qu'un Recueil des
premières machines militaires et feux (artificiels) pour la guerre. Au
XVIIIe siècle, plusieurs Lorrains ou Barrois ont recherché les moyens
d'utiliser la vapeur comme force motrice. Tels le père Gauthier de Nancy, Ph.
Vayringe de Nouillompont (1684-1746), enfin et surtout J.-B. Gugnot, de Void (1725-1804). D'abord ingénieur militaire au
service du prince Charles-Alexandre de Lorraine, gouverneur des Pays-Bas, il
vint ensuite s'établir en France. Il inventa une voiture à vapeur, destinée
au transport du matériel d'artillerie, obtint, grâce à l'appui de Choiseul,
qu'elle fût construite aux frais de l'Etat. Un premier essai de cette voiture
en 1770 donna des résultats encourageants, quoique la vitesse de l'appareil
n'atteignit pas 4 kilomètres à l'heure, Cugnot se remit au travail,
construisit une seconde voiture, à laquelle il avait apporté des
perfectionnements, mais il ne put obtenir, malgré ses démarches, qu'elle fût
soumise à un nouvel essai. Elle est finalement venue s’échouer au
Conservatoire des arts et métiers, où l'on peut encore la voir aujourd'hui. Rappelons
enfin que l'aéronaute Pilâtre de Rozier, qui périt en 1786, au cours d'une
ascension, était fils d'un hôtelier de Metz. V. — LES ARTS.
Première période (1552-1633). L'architecture. La sculpture.
La peinture. La gravure. Les arts mineurs. — Deuxième période (1633-1697). L'architecture. La sculpture.
La peinture. La gravure. Les arts mineurs. — Le XVIIIe siècle.
L'architecture. La sculpture. La peinture. La gravure. Les arts mineurs.
De même
que durant la période précédente, la région lorraine a produit, du milieu du XVIe
siècle à la fin du XVIIIe, beaucoup plus de grands artistes que d'écrivains
illustres. Les arts ont connu deux périodes ; d'épanouissement, qui
correspondent, la première aux règnes de Charles III et d'Henri II, la
seconde à ceux>de Léopold, de François III et de Stanislas. Toutefois,
même à l'époque où d'affreuses calamités la désolaient, la région lorraine a
encore produit de grands artistes qui, ne trouvant pas d'occupation dans leur
patrie, allèrent en chercher à l'étranger. La Renaissance italienne, si lente
à pénétrer sur les bords de la Moselle et delà Meuse, finit, durant la
seconde moitié du XVIe siècle, par y dominer sans partage. Beaucoup
d'artistes lorrains vont alors compléter leur éducation en Italie ; il en est
de même au siècle suivant. Toutefois dès cette époque, et plus encore au XVIIIe
siècle, la France attire nos artistes ; au temps de Léopold et de Stanislas,
son influence est prépondérante dans les duchés, aussi bien d'ailleurs que
dans la plupart des pays de l'Europe. On a
beaucoup bâti dans la Lorraine et le Barrois sous les règnes de Charles III
et d'Henri II ; aussi, architectes, sculpteurs et peintres ont-ils trouvé à
s'employer dans le pays. Cette activité artistique est particulière aux
duchés, où l'on a élevé plus de monuments que dans les villes épiscopales. L'architecture
de cette période s'inspire des œuvres de la Renaissance italienne. Nous
n'avons pas à mentionner beaucoup d'églises nouvelles. Le principal des
édifices religieux élevé alors est la chapelle ronde, construite en appendice
à l'église du couvent des cordeliers de Nancy. C'est dans les caveaux de
cette chapelle que furent transportés, et que reposent encore aujourd'hui,
les restes mortels des princes et princesses de la maison de Lorraine. Les
plans de cette chapelle funéraire, qui rappelle celle que les Médicis avaient
fait élever à Florence, furent donnés par un Italien, J.-B. Stabili et par
Jean Richier, petit-neveu de Ligier Richier. Siméon Drouin exécuta les
sculptures qui décorent le dôme. Citons encore l'église d'Autrey-sur-Madon et
Saint-Laurent de Pont-à-Mousson. Charles
III et son fils Henri ajoutèrent au palais ducal de Nancy des corps de logis,
qui par malheur disparurent au XVIIe ou au XVIIIe siècle. A la même époque,
d'élégants châteaux remplaçaient à la campagne les vieilles forteresses
féodales, tandis que les villes de Nancy, de Bar, de Metz et de Verdun
s'embellissaient d'hôtels. Ce fut vers 1623 que s'éleva la maison particulière
destinée à devenir au XVIIIe siècle l'hôtel, de ville de Verdun ; elle a
gardé cette destination jusqu'à nos jours. La création de la ville neuve de
Nancy par Charles III (1588) entraîna tout naturellement la construction de nombreuses
maisons. Toutefois, la plupart de celles-ci, en raison du peu de fortune de
leurs propriétaires, n'avaient qu'une médiocre apparence ; c'est ainsi que
des logis étroits, bas et sans caractère artistique, bordaient et déparaient
les rues larges et spacieuses de la cité nouvelle. Le plan
des magnifiques fortifications dont Charles III entoura les deux villes de
Nancy fut l'œuvre de deux Italiens, Orpheo Galeani et J.-B. Stabili. Les
travaux, dont le projet avait été établi en 16o3, remanié en 16o5, ne furent
achevés qu'en 162.3. Nancy fut alors regardée comme l'une des plus fortes
places de l'Europe. Pour le comprendre, il faut se rappeler que, vu la portée
médiocre des bouches à feu alors en usage, celles-ci ne pouvaient être mises
en batterie sur les hauteurs qui dominent la ville de plusieurs côtés. Les
ingénieurs lorrains — ou plutôt barrois — du XVIe et du XVIIe siècle, J.
Errard et J. Thiriot, n'ont guère travaillé pour leur pays. Deux
familles de sculpteurs, les Richier et les Drouin, se sont illustrées durant
cette période. On a mis sous le nom de l'auteur du Sépulcre de Saint-Mihiel
quantité d'œuvres, dont il convient de reporter la paternité sur des membres
de sa famille. Quoique professant la religion protestante, les Richier
vinrent encore enrichir la Lorraine de leurs œuvres. Ce fut en particulier le
cas d'un fils de Ligier, Gérard, qui travailla au palais ducal de Nancy, de
Jean, petit-neveu de Ligier, à qui l'on doit la décoration de la porte
Saint-Georges de Nancy, moins toutefois la statue même de saint Georges. Le
plus grand des Richier, après Ligier, est son petit-fils, Jacob, que l'on
trouve à Lyon et dans le Dauphiné. Il exécuta le médaillon de Marie Vignon,
seconde femme de Lesdiguières, la statue du connétable, ainsi que la
décoration du château de Vizille, propriété de ce grand-officier. La
famille Drouin compte trois représentants : Nicolas, Florent et Siméon, ces
deux derniers les plus connus. Outre la statue de saint Georges, qui s'élève
au-dessus de la porte du même nom à Nancy, Florent a exécuté les bas-reliefs
et les statues de la porte extérieure de la Craffe, ainsi que la Cène,
autrefois dans l'ancienne église Saint-Evre, aujourd'hui au Musée lorrain ;
la tête du Christ et celles des Apôtres sont pleines de vie et d'expression.
On doit encore à Florent le monument funéraire du cardinal Charles de
Vaudémont, dans l'église des cordeliers. Les statues des quatre grands
docteurs de l'Eglise latine, qui devaient accompagner ce monument, se
trouvent actuellement à la cathédrale de Nancy. Siméon Drouin a orné le
parterre du haut du palais ducal des statues de divinités païennes, sculpté
le dôme de la chapelle ronde, ainsi que le monument élevé par la ville de
Nancy à Notre-Dame de Bonsecours. Le
peintre favori de Charles III, Jean de Wayembourg, est étranger par sa
naissance à la Lorraine. Son meilleur tableau, l'Assomption des Minimes,
aujourd'hui à la cathédrale de Nancy, est intéressant par les portraits qu'il
donne de Charles III, de la duchesse Claude et de leurs nombreux enfants. Le
plus grand des peintres lorrains de cette époque, le Nancéien Jean Leclerc (1588-1633), s'est partagé entre sa ville
natale et l'Italie. C'est à Venise qu'il a passé une grande partie de son
existence. On peut encore admirer aujourd'hui au palais des doges un tableau
de Leclerc, qui représente l'entrevue d'Henri Dandolo et des seigneurs de la
quatrième croisade. Béatrizet
(Béatrici), de Lunéville (1507-?), a Vécu et travaillé en Italie,
où il a reproduit des tableaux de Michel-Ange, de Raphaël, de Jules Romain.
Pierre Wœiriotde Bouzey (1532-1600) a gravé au burin diverses estampes, dont la plus
connue est le taureau de Phalaris, les médaillons du livre Austrasiae
reges et duces, et sur bois quelques-unes des vignettes d'une traduction
de Flavius Josèphe. Le plus célèbre et le plus populaire des graveurs, J.
Callot, de Nancy (1592-1635),
n'eut pas dans sa jeunesse les aventures que lui ont attribuées plusieurs de
ses biographes. Parti en 1608 pour l'Italie, sans l'agrément de son père, il
travailla plusieurs années à Rome, puis à Florence. Nous le retrouvons
ensuite à Nancy, aux Pays-Bas, eu France, où Louis XIII lui commanda une
suite de planches sur le siège de La Rochelle, de nouveau en Lorraine, où il
devait terminer prématurément son existence en 1635, On sait que Louis XIII,
ayant demandé à Callot de le représenter faisant son entrée dans Nancy,
l'artiste, aussi bon patriote qu'habile graveur, lui répondit « qu'il
aimerait mieux se couper le pouce plutôt que de l'aire quelque chose de
contraire à l'honneur de sa ville natale ». Callot a, dans sa carrière
artistique, abordé les sujets les plus variés. Bien que la nature de son
talent ne l'y portât guère, il s'est essayé dans des scènes religieuses,
telles que la Passion et le martyre de saint Sébastien ; Callot est plus à
son aise dans des sujets militaires, le siège de Bréda, le siège de La
Rochelle, surtout les Misères de la guerre, qui représentent en traits
saisissants à quelles horreurs se laissait aller la soldatesque de l'époque ;
on lui doit en outre des sujets de genre, les séries des gueux, des balli
et des nobles, des sujets de fantaisie, la tentation de saint Antoine, des
paysages et des vues de villes soit en Italie (la foire de Florence), soit à Nancy (le parterre,
la carrière), soit
à Paris (la
tour de Nesle).
Callot a beaucoup d'imagination et dé verve ; il possède l'art de saisir les
ridicules et de les tourner en charge ; son penchant naturel le portait un
peu au grotesque. D'autre part, nul plus que lui peut-être n'a connu l'art de
représenter sur un petit espace des centaines de personnages, qu'il groupe
sans tomber dans la confusion, auxquels il donne du mouvement et de la vie.
Callot a toujours composé lui-même ses sujets. Quant aux tableaux qu'on a mis
sous le nom de l'artiste, ils ne sont pas de lui. P. Woeiriot,
orfèvre en même temps que graveur, a ciselé des pommeaux d'épée, des
garnitures, décorées de motifs divers et d'arabesques, qui témoignent à la
fois du goût de l'artiste et de son originalité. Les Briot, originaires de
Damblain, dans le Bassigny barrois, professaient le protestantisme, ce qui
les contraignit à quitter leur patrie. L'un d'eux ; François (1551-16??), est un orfèvre habile, dont
les hanaps et les aiguières sont des œuvres de premier ordre. Son neveu
Nicolas (1580-1646), graveur en médailles,
travailla pour le duc de Lorraine, puis pour le roi de France ; n'ayant pas
réussi à faire adopter par le gouvernement français les procédés nouveaux
qu'il avait inventés ou perfectionnés pour la frappe des monnaies, il se
rendit en Angleterre, où il passa les vingt dernières années de sa vie. Si les
misères qui accablèrent la région lorraine de 1633 à 1697 y paralysèrent
toute vie artistique, le pays n'en produisit pas moins de très grands
artistes qui, faute de trouver du travail dans leur patrie, allèrent chercher
fortune en Italie ou en France. Bien
peu d'églises ont été élevées dans la région au cours de cette période. A
Metz, Saint-Clément et Notre-Dame, dont les fondements avaient été jetés
après 1660, ne furent achevés qu'au siècle suivant. En Lorraine, l'église des
chartreux de Bosserville, commencée en 1666, fut terminée durant la seconde
occupation française. C'est à
cette époque que l'on entreprit à Metz la construction de l'hôtel du
gouvernement. La même cité, ainsi que Phalsbourg, Marsal, Sarrelouis, etc.,
furent pourvues par Vauban d'une nouvelle enceinte fortifiée. Au- point de
vue architectural, ce sont les portes seules qui offrent de l'intérêt. La
famille Bagarda compté deux sculpteurs, César et son fils Toussaint. Le
premier, dit le grand César (1620-1709), né à Nancy, est l'auteur du monument funéraire
élevé à Jean des Porcelets de Maillane, évêque de Toul. Il a travaillé à la
porte Royale de Nancy et à l'église de Bosserville, où il eut son fils pour
collaborateur. Toussaint, outre de grandes statues, a exécuté de nombreux
crucifix en bois de Sainte-Lucie. Houzeau
(1624-1691), de Bar-le-Duc, est un
animalier remarquable. Devenu en 1660 sculpteur du roi Louis XIV, il a décoré
le château et le parc de Versailles de groupes d'animaux. Le parc possède
encore aujourd'hui de Houzeau le limier abattant un cerf et le tigre
terrassant un ours. Deruet
est un peintre médiocre, connu surtout par le portrait que Louis XIII exécuta
de lui. Nocret, de Nancy (1617-1672), travailla également en France. Le seul tableau
qu'on ait conservé de cet artiste représente les membres de la famille., de
Louis XIV sous les traits de divinités païennes. Le plus
grand peintre de cette époque est Claude Gellé, dit le Lorrain, né à Chamagne
en 1600, mort à Rome en 1682. C'est dans cette dernière ville qu'il a passé
depuis 1626 toute son existence. Il s'y lia d'amitié avec Nicolas Poussin. Le
pape Urbain VIII, plusieurs cardinaux, d'autres grands personnages
protégèrent l'artiste et lui firent des commandes. Claude est exclusivement
un peintre de marines et de paysages ; les personnages qui figurent dans ses
tableaux ne sont pas de lui. Pour se protéger contre les contrefacteurs, il a
réuni dans un recueil, appelé le Livre de vérité, des dessins à la
plume et à la sépia, dont les uns reproduisaient ses tableaux, tandis que les
autres étaient des études d'après lesquelles il avait exécuté ses toiles.
Parmi les œuvres les plus célèbres de Claude le Lorrain, citons la Fête
villageoise, un Effet du malin, l'Embarquement de sainte Ursule,
le Débarquement de Cléopâtre, la reine de Saba, l'Enlèvement
d'Europe, Moïse, etc. Si l'artiste a toujours étudié la nature avec
le plus grand soin, il ne s'est pas astreint à en donner des copies serviles.
Doué de beaucoup d'imagination et de sensibilité, il a poétisé en quelque
sorte la nature ; nul mieux que lui n'a rendu les effets de lumière, en
particulier les levers et les couchers du soleil. Les paysages qu'a peints
Claude le Lorrain vers le milieu de sa carrière offrent des lointains très
vaporeux ; à la fin de sa vie on constate moins de transparence et plus de
lourdeur dans ses œuvres[1]. Le Lorrain n'est pas seulement
un grand peintre ; on a de lui de superbes eaux-fortes, qui représentent des
paysages ou des marines. Israël
Sylvestre, né à Nancy (1621-1691), a représenté dans ses gravures, avec autant
d'exactitude que d'agrément et de sens du pittoresque ; des sites et des
monuments de la Lorraine, sa patrie, ainsi que de la France et de l'Italie,
qu'il avait parcourues. Un autre Nancéien, François Spierreou Pierre (1635-1681), interprète du Corrège et de
quelques autres maîtres italiens, a rendu la grâce et le charme de ses
modèles. Sébastien
Leclerc, né à Metz (1637-1714), partit en 1665 pour Paris, où il trouva dans le
peintre Lebrun un protecteur. Après avoir été quelque temps graveur officiel
et pensionnaire du roi, il reprit sa liberté, entra à l'Académie royale de
peinture en 1672. Leclerc n'a reproduit qu'assez rarement dans ses estampes
les œuvres d'autrui. Citons pourtant les Conquêtes de Louis XIV et les
Batailles illustres, d'après Lebrun. Comme estampes originales, on peut
mentionner des sujets religieux, les Figures de la Passion, des
paysages, des architectures, des sujets de fantaisie, Psyché, des
sujets militaires, la suite du duc de Lorraine Charles V, etc. Parmi
les nombreux livres que Leclerc a illustrés, les plus connus sont sa Petite
Géométrie, l'Histoire sacrée en tableaux, l'Invocation et l'Imitation
des saints. Leclerc avait de l'imagination, de l'esprit, de la méthode,
savait disposer dans un ordre parfait les figures et les architectures de ses
estampes, faire mouvoir sans confusion les nombreux personnages qu'il
représentait. Enfin il mettait autant de soin à graver ses estampes qu'à en
préparer la composition. Jean
Berain (1638-1711), de Saint-Mihiel et son fils (1674-1726), ont travaillé pour le Louvre.
Ornemanistes remarquables, ils ont composé de très beaux panneaux décoratifs.
Le père a dessiné pour les ballets et pour les opéras joués à la Cour des
costumes très riches et très variés. Le
graveur en médailles F. Cheron, de Lunéville (1635-1698), a travaillé à Rome, où il eut
pour protecteur le pape Innocent X. Si
quelques artistes lorrains du xviii 0 siècle continuent de prendre le chemin
de l'Italie, c'est la France qui exerce une influence prépondérante sur la
plupart d'entre eux ; les uns vont s'y fixer, les autres sont les élèves de
maîtres français venus en Lorraine. Plusieurs artistes lorrains de cette
période allèrent à l'étranger, particulièrement en Allemagne, où ils
répandirent les modes et les styles artistiques français. Les
architectes lorrains du XVIIIe siècle se sont inspirés des travaux ou des
études des maîtres français. J. H. Mansard et Boffrand sont venus en Lorraine
sous le règne de Léopold, Blondel et Robert de Cotte ont exécuté à Metz
d'importants travaux. Comme
beaucoup d'églises avaient été détruites ou fortement endommagées au XVIIe
siècle, le XVIIIe siècle les rebâtit. À Metz on termine Saint-Clément et
Notre-Dame, commencés au XVIIe siècle. Dans la même ville s'élève
Saint-Symphorien. Blondel applique à la belle cathédrale de Metz un portail
dans le style du XVIIIe siècle, Nancy voit construire, de 1703 à 1740, la
primatiale, plus tard cathédrale, sur les plans de J.-H. Mansard, revus par
Boffrand, Saint-Sébastien (1720-1731), du Nancéien Jennesson, église dont les deux tours
se trouvent à droite et à gauche du chœur, enfin Bonsecours, sur
l'emplacement de l'ancienne chapelle des Bourguignons (1738-1741) ; E. Héré en fut l'architecte.
Le même artiste acheva Saint-Jacques de Lunéville, commencée par Boffrand. La
belle cathédrale romane de Verdun, qui eut en 1762 beaucoup à souffrir d'un
incendie, fut reconstruite dans le style rococo, en d'autres termes,
défigurée par les soins de l'évêque, Mgr de Nicolay et du chapitre. Citons
encore les églises de Moyenmoutier et de Rangeval, celle-ci due au frère
Nicolas Pierson, d'Apremont, qui reconstruisit à Pont-à-Mousson
Sainte-Marie-Majeure. Ni les
architectes de la Renaissance, ni ceux du XVIIe et du XVIIIe siècle n'ont
élevé des monuments religieux comparables aux belles églises gothiques. C'est
dans les palais ou les hôtels particuliers que l'art du XVIIIe siècle a
déployé toutes ses ressources. Boffrand, qui avait remplacé son oncle J.-H.
Mansard auprès de Léopold, commença pour ce prince, sur l'emplacement d'une
partie de l'ancien palais ducal, un Louvre, qui devait disparaître sans avoir
jamais été achevé. Le même architecte éleva à Nancy les hôtels de Craon et de
Curel (hôtel
des Loups), à
Lunéville le château qui remplaça l'ancien, presque détruit en 1719 par un
incendie, ainsi que les châteaux de Croismare et d'Haroué. On peut regarder
comme un élève du grand architecte nantais le Nancéien E. Héré (1705-1763), dont le père avait été l'ami
de Boffrand, Dans ses constructions, Héré s'inspira de son devancier. Son
œuvre principale est la place Stanislas de Nancy, presque unique au monde par
les belles proportions des édifices et par la décoration somptueuse qui les
fait valoir. Le palais du gouvernement à Nancy, le château de la Malgrange
près de cette ville, ainsi que le château de Chanleheux sont d'autres œuvres
d'E. Héré. Jennesson éleva à Nancy quelques maisons particulières et à Remiremont
le palais de l'abbesse. Un autre Nancéien, Richard Mique (1728-1794), guillotiné pendant la Terreur,
construisit à Nancy les portes Sainte-Catherine et Stanislas ; devenu plus
tard l'architecte de Louis XVI et de Marie-Antoinette, il éleva à Trianon le
palais de l'Amour et le Hameau. Le XVIIIe
siècle a été pour Metz, comme pour Nancy, une, époque de construction active.
Le théâtre, commencé en 1738, s'achève en 1752. Blondel donne les plans de
l'hôtel de ville (1766-1781).
Citons encore le palais de justice commencé en 1776, sans parler de nombreux
hôtels particuliers. A Toul
le frère convers N. Pierson éleva pour Mgr Bégon un palais épiscopal, terminé
en 1740, qui sert aujourd'hui d'hôtel de ville. Le palais que le prince
Charles de Vaudémont, fils naturel de Charles IV, avait fait bâtir à
Commercy, a été, comme celui de Lunéville, transformé plus tard en caserne de
cavalerie. Nous
trouvons encore au XVIIIe siècle une famille de sculpteurs, les Adam,
auxquels se joint naturellement leur neveu, Claude Michel, dit Clodion, Le
premier sculpteur de cette famille, Jacob-Sigisbert, né à Nancy (1670-1747), a travaillé toute sa vie en
Lorraine ; on lui doit surtout des statuettes de saints en bois, en terre
cuite ou en bronze. Ses trois fils suivirent la même carrière que lui.
L'aîné, Lambert Sigisbert (1700-1759), grand prix de Rome en 1723, passa de longues
années dans la ville éternelle, revint en 1733 à Paris, qu'il ne devait plus
quitter. Il eut le malheur de perdre en 1735 son protecteur, le duc d'Antin,
et ne retrouva plus auprès des successeurs de ce personnage la même
bienveillance. H fut un des artistes qui travaillèrent à la décoration
intérieure de l'hôtel de Soubise, termina en 1749 deux groupes en marbre, la
Pêche et la Chasse, que Louis XV envoya à Frédéric II ; mais sa principale
œuvre, exécutée de 1733 à 1740, en collaboration avec ses frères, est le
bassin en fonte de Neptune, qui décore le parc de Versailles. Homme actif,
entreprenant, adroit, L.-S. Adam avait de son talent une très haute idée. Son
frère cadet, Nicolas-Sébastien (1705-1778), ne concourut pas pour le prix
de Rome. Elève et collaborateur de son frère en Italie et en France, il a
exécuté seul le martyre de sainte Victoire, placé en 1740 dans la chapelle du
château de Versailles, le monument funèbre de Catherine Opalinska, terminé en
1749 et placé dans l'église de Bonsecours à Nancy. Le Prométhée enchaîné exposé
en 1763 et Ulysse se sauvant de la caverne de Polyphème (1768) sont les dernières grandes
œuvres de l'artiste, qui devait, avant de mourir, perdre la vue. Laborieux et
modeste, N.-S. Adam avait peut-être plus de talent que son aîné. Si l'on a
justement reproché au Prométhée enchaîné son attitude déclamatoire, par contre
le mausolée de C. Opalinska se distingue par la grâce et par le sentiment
qu'y mit l'artiste. Le plus jeune des Adam, François-Gaspard (1710-1760 ou
1761), inférieur à
ses frères, a rempli les jardins de Potsdam de statues en général médiocres.
Ajoutons que les Adam ont orné de très fines sculptures la façade de la
maison qu'ils habitaient à Nancy. Si l'on
excepte cette maison et le mausolée de Catherine Opalinska, les Adam ont peu
travaillé pour leur ville natale. Ce sont surtout des artistes étrangers à la
Lorraine qui ont concouru à décorer les monuments et les places des villes de
notre pays. Citons d'abord le Nîmois Barthélémy Guibal (1699-1757), artiste élégant, qui fit pour Lunéville
les statues d'Apollon et des neuf muses, pour la placé Stanislas de Nancy les
statues en plomb de Neptune et d'Amphitrite, la statue en bronze de Louis XV,
détruite pendant la Révolution. Il eut pour collaborateur, dans l'exécution
de cette dernière œuvre, son élève le Brugeois Cyfflé (1724-1806), auteur de la belle fontaine de
la place d'Alliance à Nancy. Le Westphalien Soentgen (1719-1788) a exécuté les jolis groupes
d'enfants de la place Carrière et les bas-reliefs de la porte Stainville (Désilles). Chassé, un artiste messin (1666-1752), a fait les bustes de Charles V
et de Léopold. Toussaint
Bagard, Lupot, Vallier ont continué d'exécuter des crucifix en bois de
Sainte-Lucie. La petite
statuaire compte à cette époque en Lorraine d'illustrés représentants, Cyfflé,
Lemire et Clodion. Le premier fit exécuter sur ses modèles, dans la fabrique
qu'il avait fondée à Lunéville en 1768, de charmantes statuettes en terre, le
Baiser, le Savetier et la Ravaudeuse, la Vieille femme
endormie, l'Ivrogne, la Buveuse, le Patineur, etc. Cyfflé
joint de la grâce à beaucoup de naturel et de vérité ; c'est un réaliste sans
grossièreté. Sauvage, dit Lemire (1741-1817), est né à Lunéville ; les groupes
qu'il a fait exécuter à la fabrique de Niederwiller sont en général d'une
autre terre que celle dont se servait Cyfflé, on l'appelle biscuit de
porcelaine. Vénus fouettant l'Amour, Apollon et Hébé, le Jugement
de Pâris, Amours aiguisant leurs flèches, Bacchanales d'enfants
se recommandent par leur poésie et par la pureté gracieuse de leurs formes ;
Lemire est le Prudhon de la sculpture. Mais le
grand maître de la petite statuaire est le Nancéien Claude Michel, dit
Clodion (1738-1814), neveu par sa mère des trois
frères Adam. Prix de Rome en 1769, il exécuta d'abord quelques morceaux de
grande sculpture, une statue de sainte Césaire et un bas-relief représentant
la mort de la sainte, un Christ en croix et une statue de Montesquieu. Mais
c'est bien plutôt par ses statuettes en terre cuite que Clodion a conquis la
célébrité de son temps et que, de nos jours, il a retrouvé de la vogue.
S'inspirant de l'antiquité galante, celle d'Ovide et des élégiaques latins,
il a exécuté entre autres groupes : Bacchantes et satyre, le Baiser du
satyre, l'offrande à Priape, l'Amour et Psyché, Trois nymphes reliées par des
guirlandes de fleurs, Bacchantes nues couchées sur les genoux d'un satyre,
les Trois grâces, modèles pour candélabres, un bas-relief représentant les
Néréides, etc. Artiste plein d'imagination et de grâce, Clodion a su donner
de la vie à tout un monde de demi-déesses, d'amours, de bacchantes, qui
respirent un sentiment exquis de volupté. Du reste, la fantaisie est toujours
chez lui tempérée par le goût et par un vrai sentiment de l'art. Nous
n'avons aucun grand peintre à signaler pour cette période. Claude Charles de
Nancy (1661-1747), après avoir longtemps vécu en
Italie, devint le peintre officiel de Léopold, exécuta des tableaux religieux
pour des églises de Nancy, et des scènes mythologiques dans le goût de
Lebrun. Stanislas fit travailler ses élèves, Jacquard, qui peignit le Ciel
ouvert sur la coupole de la cathédrale de Nancy, Girardet et Provensal, qui
décorèrent, le premier le Salon carré de l'hôtel de ville, le second l'église
de Bonsecours. Le paysagiste Claudot, de Nancy, a reproduit des vues de la
campagne lorraine et des Vosges. L'artiste
le plus intéressant de cette période est le Messin J.-B. Leprince (1733-1781). Après avoir étudié la peinture
dans l'atelier de Boucher, où il acquit de l'élégance et de la grâce, il se
rendit en Russie, observa le pays et les habitants et s'efforça de traduire
ce qu'il avait vu dans des toiles où il y a du naturel et de la vérité, sans
que pourtant l'artiste ait réussi à rendre ce qu'il y avait encore de fruste
et de barbare dans la Moscovie. Vers la
fin de notre période, se révèlent des miniaturistes de talent, Augustin,
Isabey et Larue dit Mansion, dont nous parlerons plus tard. Leprince
a inventé la gravure en manière de lavis, le Nancéien François (1717-1769) la gravure en manière de
crayon. Un autre graveur, le Nancéien D. Colin (1725-1781), a gravé beaucoup de planches
des recueils de Héré et de J. Lamour ; on lui doit également de nombreux et
élégants ex-libris. Ferdinand
de Saint-Urbain, né à Nancy (1654-1738), travailla longtemps à Rome, puis revint en
Lorraine, où Léopold fit de lui en 1707 son graveur officiel. Outre les
monnaies qu'il exécuta pour ce prince, il grava des médailles, dont les plus
remarquables représentent la suite des ducs et des duchesses de Lorraine
depuis Gérard d'Alsace. Il est fâcheux que cet artiste de grand talent ait pu
encourir l'accusation d'avoir fabriqué de la fausse monnaie. Le serrurier
Jean Lamour, de Nancy (1696-1771), est un artiste original, qui a décoré la place
Stanislas, ainsi que plusieurs hôtels particuliers de Nancy, de grilles, de
balustrades et de rampes d'escalier en fer forgé, remarquables de grâce el
d'élégance. VI. — LES ACADÉMIES.
C'est
au XVIIIe siècle seulement qu'apparurent les Académies. Les premières furent
des académies artistiques : académie des beaux-arts de Nancy, créée par
Léopold en 1702, académies de musique de Nancy et de Lunéville, qui eurent
pour fondateurs, la première François III, la seconde Stanislas. Quant
aux Académies littéraires, elles ne prirent naissance que vers le milieu du
siècle. La bibliothèque publique, fondée à Nancy en 1750 par le roi de
Pologne, fut l'origine de la Société royale des sciences et belles-lettres de
Nancy, devenue plus tard l'Académie de Stanislas. Le roi lui donna ses
statuts le 27 décembre 1751. Les membres, divisés en plusieurs catégories, se
recrutaient par c00ptation. Des gens de lettres, des ecclésiastiques, des
gentilshommes, de hauts fonctionnaires furent admis à la Société royale, qui
compta parmi ses membres au XVIIIe siècle Montesquieu, le président Hénault,
Fontenelle, Lacurne Sainte-Palaye. Tous les ans elle décernait un prix de
littérature et un de science ; les lauréats devaient être d'origine lorraine. La
Société d'étude des sciences et des beaux-arts, fondée en 1767 à Metz par
Duprey de Geneste, devint en 1760, grâce à la protection de Belle-Isle, qui
lui fit accorder par Louis XV des lettres patentes, la Société royale des
sciences et des arts de Metz. La nouvelle Académie avait, elle aussi, des
membres de diverses catégories, recrutés par c00ptation et dans les mêmes
conditions que la Société de Nancy. Elle ne répondit pas à l'attente de
Belle-Isle, qui aurait voulu qu'elle travaillât à écrire une Histoire des
Trois-Evêchés. Comme sa sœur de Nancy, elle décernait chaque année des prix à
ceux des écrivains qui avaient le mieux traité la question mise au concours
l'année précédente ou deux ans auparavant. En 1784 le sujet proposé était le
suivant : Quelle est l'origine de l'opinion qui étend sur tous les individus
de la même famille une partie de la honte attachée aux peines infamantes que
subit un coupable ? Le prix fut décerné à un jeune avocat d'Arras, Maximilien
de Robespierre, que la Révolution devait rendre célèbre. En 1785 la Société
messine proposa comme sujet : Est-il des moyens de rendre les Juifs plus
utiles et plus heureux en France ? Le prix, qui ne fut décerné qu'en 1788,
fut partagé entre le Juif polonais Zalkind Hourwitz, l'avocat nancéien
Thiéry, et le curé d'Emberménil, Grégoire, plus tard évêque constitutionnel
de Loir-et-Cher. La Société royale de Metz aurait voulu organiser à Metz en
1785-1786 des cours publics ; le projet échoua devant l'opposition du gouverneur,
maréchal de Broglie, soutenu par le maréchal de Ségur, secrétaire d'Etat de
la guerre. A côté des Académies officielles prirent naissance des Sociétés libres. A Metz ce fut, en 1769,1a Société littéraire ou des Philathènes, à Nancy l'Académie de la Ville-Neuve, qui se donna pour tâche de tourner en ridicule la Société royale fondée par Stanislas. |
[1]
Bien que travaillant en Italie, l'artiste s'est plus d'une fois souvenu des
paysages lorrains qu'il avait eus sous les yeux dans son enfance.