HISTOIRE DE LORRAINE

TOME DEUXIÈME. — DE 1552 À 1789

QUATRIÈME PARTIE (suite)

LIVRE DEUXIÈME. — LA FRANCE CONQUIERT TOUTE LA RÉGION LORRAINE ET S'ÉTEND MÊME AU-DELÀ DU RHIN (1552-1812)

 

 

Les guerres de religion, puis la minorité de Louis XIII, ne permirent pas à la France de tirer immédiatement parti de l'occupation ; de Metz, de Toul et de Verdun. L'Empire ne sut pas mettre à profit les embarras où se débattait la monarchie des Valois pour reprendre les trois villes épiscopales. Avec Richelieu commence une période d'expansion plus activé ; la guerre de Trente ans, qui paralyse l'Empire, lui permet d'occuper la Lorraine et le Barrois, de faire conquête de l'Alsace. Malgré les troubles de la minorité de Louis XIV, Mazarin obtient pour la France, à Munster, outre la cession de l'Alsace, la souveraineté des Trois-Evêchés ; Te traité des Pyrénées vaut à Louis XIV une partie du Luxembourg avec Thionville. Mazarin restitue en 1661 à Charles IV ses duchés ; Louis XIV, qui les réoccupe dès 1670, les conservera jusqu'au traité de Rijswijck (1697). Mais Léopold et son fils n'ont plus qu'une souveraineté précaire ; ils sont à la merci de leur puissent voisin. En 1735-1738 la France exigera de l’empereur Charles VI, vaincu sur le Rhin et en Italie, qu'il oblige son gendre François III à renoncer à ses duchés en laveur du roi détrôné de Pologne, Stanislas Leszczinski. Lorsque celui-ci mourut en 1766, la Lorraine et le Barrois furent annexés à la France. Les guerres de la Révolution vaudront à la France l'acquisition des principautés encore autonomes enclavées dans la région lorraine, de l'électoral de Trêves, ainsi que de tous les territoires d'Empire situés à l'ouest du Rhin. Enfin Napoléon Ier annexa ou soumit à son protectorat les pays qui bordaient la rive droite de ce fleuve.

Mais la Révolution et l'Empire avaient voulu aller trop vite en besogne. L'année même qui suivit les derniers agrandissements du territoire français vit s'accomplir le désastre de Russie, prélude de l'effondrement qui, dans la région lorraine, ramena la France en deçà des limites de 1789. Notre pays redevenait province frontière, et dans des conditions mauvaises ; car il avait pour voisin, non plus le faible et inoffensif électorat de Trêves, mais l'ambitieux et puissant royaume de Prusse.

Des transformations intérieures s'étaient produites durant cette période. La France, fidèle à ses traditions d'absolutisme et de centralisation, avait petit à petit réduit et supprimé les libertés municipales de Metz, de Toul et de Verdun, qui avaient fini par tomber au rang de n'importe quelle ville du royaume. Charles IV, copiant maladroitement la politique absolutiste qui prévalait en France, commit la faute grave de supprimer les Etats généraux de ses duchés. Ruinés et dépeuplés par la guerre et par deux occupations françaises, la Lorraine et le Barrois retrouvèrent quelque prospérité sous Léopold, mais la situation s'aggrava de nouveau pendant et après le règne de Stanislas ; c'est que la France avait beaucoup accru les charges qui pesaient sur la Lorraine et sur le Barrois. On a le droit de s'étonner que les habitants des évêchés au XVIIe siècle, que ceux des duchés à la fin de l'Ancien Régime aient accepté une domination qui avait privé les premiers de leurs franchises et imposé aux seconds, avec de lourds impôts, les vexations d'une administration tracassière.

Il est vrai qu'évêchés et duchés conservaient leur autonomie douanière, que la noblesse trouvait des emplois dans l'armée française. Ajoutons enfin que le mariage de Marie-Antoinette, fille de leur dernier duc national, avec Louis XVI, fut accueilli avec faveur par les Lorrains et qu'il leur fit accepter plus facilement le nouveau régime.

La réunion des Etats généraux excita dans la masse de la population les plus grandes espérances. Quoique ni la Révolution ni l'Empire ne les aient pleinement réalisées, quoique le pays ait été soumis depuis 1792 à un régime d'arbitraire et de contrainte, en opposition formelle avec celui qu'avaient réclamé nos ancêtres, quand ils formulèrent leurs doléances, quelques-unes des réformes opérées par la Constituante leur parurent de tels bienfaits qu'ils en vinrent à supporter les violences de la Convention et le despotisme de Napoléon Ier. On les vit s'enrôler par milliers pour aller combattre les étrangers, qui s'annonçaient en restaurateurs d'un passé odieux. C'est à partir de cette époque que la population lorraine devint française.

L'année 1789 marque vraiment le début d'une ère nouvelle ; aussi croyons-nous devoir étudier séparément les événements de la Révolution et de l'Empire, ainsi que les transformations apportées pendant cette période à la vie administrative, économique et religieuse de notre pays.