HISTOIRE DE LORRAINE

TOME DEUXIÈME. — DE 1552 À 1789

 

AVANT-PROPOS.

 

 

Plusieurs personnes ont été, paraît-il, étonnées de ne trouver dans le tome Ier de notre Histoire de Lorraine aucune allusion à la dernière guerre. Nous avons de la peine à comprendre la surprise qu'elles ont éprouvée. Comment aurions-nous parlé d'événements que nous ne pouvions prévoir lorsque nous écrivions ? C'est au printemps de 1914 que notre premier, volume a été terminé. Au surplus, alors même qu'il eût été rédigé après le mois d'août 1914, nous nous serions abstenu avec soin de rapprocher les faits du XXe siècle de ceux du Moyen Age, et avec plus de soin encore de juger le passé à la lumière du présent ; c'est un sûr moyen de le défigurer. Un historien conscient de ses devoirs s'abstrait des contingences du moment et ne se laisse pas dominer par les passions qui agitent ses contemporains ; il se garde enfin de chercher dans les événements d'autrefois des arguments pour défendre une thèse ou pour en combattre une autre.

Quelques auteurs français, nous le regrettons, ont compris d'autre façon la mission qui leur incombait. La dernière guerre leur a fourni l'occasion d'offrir au public une image méconnaissable de l'ancienne Lorraine et de prêter à nos ancêtres les sentiments qui nous animent aujourd'hui[1].

Leur exemple ne nous a pas convaincu. Pas plus dans ce volume que dans le précédent il n'est question de la grande guerre. D'ailleurs notre intention est de conduire l'histoire de la région lorraine jusqu'au traité de Versailles. Nous montrerons, le moment venu, de Quelle façon barbare l'Allemagne s'est comportée de 1914 à 1918 ; ses méthodes de guerre seront alors condamnées avec la sévérité qu'elles méritent.

Pour la période comprise entre 1552 et 1789, qui fait l'objet du présent volume, nous avons exposé les faits tels qu'ils s'étaient passés, et nous les avons appréciés sans nous laisser influencer par ceux dont 5 nous venions d'être le témoin. Notre récit ne contredira-t-il pas la version quasi officielle des événements dont la Lorraine a été le théâtre au XVIIe siècle ? Ne risquerons-nous pas de surprendre, d'offusquer même quelques-uns de nos lecteurs, qui s'imaginent de très bonne foi qu'à certains égards les idées et les sentiments des Lorrains n'ont guère varié dans le cours des âges ? Peu nous importe. Nous estimerions n'avoir encouru aucun reproche, si, comme c'était notre désir, nous avions réussi à mettre la vérité en pleine lumière. Contrairement à ce que nous espérions, en entreprenant ce travail, il nous a été impossible de faire tenir en deux volumes l'histoire de la région lorraine ; nous avons dû nous résigner à en ajouter un troisième. Celui que nous offrons maintenant au public s'arrête en 1789. On trouvera dans le dernier l'histoire de notre pays depuis les débuts de la Révolution française jusqu'au traité du 28 juin 1919.

 

Nancy, le 19 novembre 1921.

 

 

 



[1] Sur ces auteurs, dont les ouvrages forment en quelque sorte une section de la littérature de guerre, on pourra consulter la dernière Bibliographie lorraine, Paris-Nancy, Berger-Levrault, 1921, p. 15 et suiv., 42 et suiv.