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Décadence
des études, stagnation de la littérature, sauf à Metz, imitation en
architecture de l'art ogival français, en sculpture, influence possible de
l'art flamingo-bourguignon, influence tardive et très faible de la
Renaissance italienne sous sa double forme littéraire et artistique, voilà en
quelques mots les traits caractéristiques tant de l'enseignement que du
mouvement intellectuel et artistique dans la région lorraine du XIIIe au XVIe
siècle. Dans ce
domaine, comme dans tous les autres, nous devons constater les effets
désastreux pour notre pays du morcellement qu'il avait subi. I. — L'ENSEIGNEMENT.
Si
l'Eglise continue d'avoir la haute main sur l'instruction, les pouvoirs
publics commencent à s'en occuper ; c'est l'enseignement primaire qui semble
attirer surtout leur attention. En 1504 le doyen de la collégiale
Saint-Laurent de Dieulouard donne une maison, où les enfants du village
devront recevoir l'instruction. A Morhange c'est l'autorité municipale qui
décide, en 1517, la création d'une école. Mention est faite d'un maître
d'école à Sarrebourg en 1308, à Gondrecourt-le-Château en 1417, d'un autre cent
ans plus tard. Enfin, nous savons qu'à la date de 1528 le maître d'école de
Saint-Mihiel périt victime d'un assassinat. D'une
façon générale les anciennes écoles épiscopales et monastiques sont en
décadence. Nous n'avons d'ailleurs que peu de renseignements sur les unes et
sur les autres. À Metz, Wiry d'Ardenne remplissait, en 1427, les fonctions
d'écolâtre. L'école de Toul possédait deux chaires de droit, et le chapitre
institua un théologal à la demande de l'évêque Guillaume Fill astre. Henri de
Ville, devenu en i.405 évêque de Toul, exerçait auparavant à Verdun la charge
d'écolâtre. A Metz, les écoles des abbayes Saint-Victor, Saint-Arnoul et
Saint-Martin subsistaient encore au XVe siècle ; en 1426, maître Charbin,
écolâtre de Saint-Victor, était un laïc. Les carmes établirent dans le
couvent qu'ils avaient, en 144I. fondé à Baccarat, une école avec deux
professeurs de théologie ; les abbés de Senones et d'Etival y envoyaient ceux
de leurs jeunes moines ou chanoines qui avaient besoin de compléter leur
instruction. - Si les études sont en décadence dans le pays, c'est en grande
partie parce qu'il ne possède pas d'université. Ici encore nous constatons
les effets du morcellement de la région lorraine. Les clercs et les laïcs,
désireux de parfaire leur instruction, vont à l'étranger. L'université de
Paris attire en grand nombre nos compatriotes ; plusieurs d'entre eux même y
professèrent, après y avoir étudié comme élèves. Le collège de La Marche,
qu'avait fondé, vers 1380, un chanoine de Toul, Guillaume de la Marche, et
qu'agrandit son ami Beufve de Voinville après 1420, pouvait recevoir douze
boursiers d'origine lorraine. On allait encore à l'université de Cologne, et
en Italie à celle de Bologne, où nous trouvons, en 1440, le chanoine messin
Nicolas d'Ex ou d'Aix. L'université
créée à Trêves, en 1473, par l'archevêque Jean de Bade, ne semble pas avoir
été très florissante. Les étudiants lorrains continuent de fréquenter les
universités étrangères : ainsi, au XVIe siècle, le Messin Michel le Gournaix
étudie à Orléans et à Cologne ; cette dernière université compta aussi comme
étudiant le polygraphe Nicolas Volcyr de Serrouville. Ni la
Renaissance, ni la découverte de l'imprimerie n'eurent pour effet de donner
une nouvelle vie aux études dans le pays ; les ducs lorrains, bien
qu'instruits et cultivés, n'exercèrent à cet égard qu'une influence assez
faible. René II protégea cependant l'espèce d'académie qu'était le gymnase
vosgien créé à la fin du XVe siècle à Saint-Dié par quelques humanistes, les
chanoines lorrains Gautier (Vautrin) et Nicolas Lud, Basin de Sandaucourt, André
Reynette, Jean Aluys (Louis), l'Alsacien Mathias Ringmann et le Fribourgeois Waldseemuller.
Répandre l'enseignement et publier des ouvrages pédagogiques ou
scientifiques, tel était le double but que se proposaient les membres du
gymnase vosgien. Nous avons déjà parlé de leurs travaux, Cosmographiæ
inlroductio et Grammatica figurata. Ce qui donne au premier de ces livres
une réelle importance, c'est que les éditeurs y insérèrent quatre lettres
d'Améric Vespuce à Soderini, et que, dans l'ignorance où ils étaient des
droits respectifs de Vespuce et de Colomb, ayant cru pouvoir attribuer au
premier le mérite de la découverte qui revenait au second, ils proposèrent en
conséquence qu'on donnât le nom d'Amérique au Nouveau Monde. Les
bibliothèques que possédaient alors des monastères ou des particuliers nous
sont mal connues ; nous avons pourtant le catalogue des livres de Michel Chaverson
ou Chavresson, un Messin, un membre des paraiges, qui vivait à la fin du XVe
siècle. On y trouve beaucoup plus de manuscrits que d'imprimés : sur
quatre-vingt-deux numéros, il y a six ouvrages en latin, un en allemand, le
reste est en français. Tite-Live dans le texte original et des traductions de
Lucain, de Suétone et de Salluste représentent l'antiquité. D'ailleurs, la
bibliothèque de Michel Chaverson contenait des livres ou des- manuscrits de
toutes matières, théologie, religion, jurisprudence, histoire, histoire
naturelle, médecine, romans, poésies. Plus riche, le duc Antoine possédait
cent quatre-vingt-trois manuscrits ou livres imprimés, des traductions de
Thucydide et de Strabon, Virgile, César, Tite-Live dans le texte original ou
dans une traduction, saint Augustin, saint Jérôme, des livres de piété, des
chroniques, des œuvres d'imagination. Aucun ouvrage allemand ne figure dans
la bibliothèque d'Antoine. II. — LES LANGUES, LA LITTÉRATURE ET LES SCIENCES.
1°
Les langues.
L'Eglise,
les professeurs, les savants, quelques écrivains, continuent d'employer le
latin, dont les chancelleries, même celles des princes ecclésiastiques, se
servent de moins en moins. D'ailleurs la Renaissance le remettra en honneur,
et des poètes ou des prosateurs écriront encore en latin durant la première
moitié du XVIe siècle. Les
langues vulgaires, se développent, se transforment, la romane comme
l'allemande, gardant, bien entendu, dans la région lorraine leurs caractères
dialectaux. L'allemande est plus grossière, moins cultivée que la romane,
puisqu'elle n'est parlée que par des paysans et par des bourgeois de petites
villes et qu'elle ne sert à exprimer ni des idées ni des sentiments d'un
caractère général. En
dépit de son infériorité littéraire l'allemand avait gagné du terrain dans
notre pays au cours du moyen âge. Du moins, au XVIe siècle, le trouve-t-on
maître, dans la région de la Seille, de nombreuses localités où il n'avait
pas encore à l'époque franque droit de cité et d'où il disparaîtra plus tard,
à la suite des malheurs de la guerre de Trente Ans. Metz, la grande ville
romane de la région, possédait, semble-t-il, une colonie allemande de quelque
importance. En outre, ceux des commerçants messins que leurs affaires
appelaient de l'autre côté du Rhin devaient comprendre l'allemand et le
parler ; les vers suivants de La guerre de Metz en 1324 nous en
fournissent la preuve : Là
vint le cuens de Sallebruche (Sarrebrück) Qui
veult ravoir tous les prisons (prisonniers). Ciel
de Metz respondent en duche (deutsch, allemand) Qu'il
n'est pas temps, lieu ne saison[1]. À la
différence des Messins, les gens de Toul ne savaient pas l'allemand, comme le
prouve une lettre écrite en 1429 par le maître-échevin et par les justiciers
de cette ville aux électeurs de l'Empire, qui avaient réclamé d'eux aide et
assistance contre les Hussites. Ajoutons
que la chancellerie des ducs de Lorraine et celle des évêques de Metz ont
rédigé en allemand des actes concernant des vassaux ou des sujets soit
lorrains, soit évêchois, qui parlaient cette langue. 2° Les littératures
latine, française et allemande à la fin du moyen âge.
Jusqu'à
la Renaissance, nous ne pouvons citer comme auteurs latins que des
théologiens, comme le dominicain Hugues de Metz au XIVe siècle, des
jurisconsultes comme Jacques de Revigny, qui devint évêque de Verdun (1289-1296). En
français, Guillebert de Metz rédigea au XVe siècle une description de Paris
en trente chapitres ; les onze derniers, très curieux, nous font connaître la
grande ville de 1407 à 1434. Le prieur des célestins de Metz et le doyen de
Saint-Thiébaut rédigèrent l'un et l'autre une chronique en simple prose,
tandis que quelques Messins inconnus, plus ambitieux, écrivirent en strophes
de quatre vers l'histoire de leur patrie. On englobe sous le titre La
guerre de Metz en 1324 des poèmes politiques ou satiriques, qui se
rapportent à la guerre des quatre seigneurs contre Metz. Un seul des mystères
écrits alors nous est parvenu en manuscrit, celui de Saint-Clément, joué à
Metz au XVe siècle, L'instruction de la vie mortelle, de Jean
Baudouin, de Rosières, est un poème de 47.000 vers de 10 syllabes, prolixe,
ennuyeux, presque entièrement inédit et qui mérite de le rester. Si l'on
excepte Metz, la région lorraine est alors, qu'on me pardonne le mot, une
vraie Béotie. Isabelle
de Lorraine, fille de Ferry Ier, comte de Vaudémont, sœur du célèbre Antoine
et femme de Philippe Ier, comte de Nassau-Sarrebrück, traduisit en allemand,
sous le titre de Hug Schapler, le poème de Huon Chapet. 3° Les littératures
latine, française et allemande à l'époque de la Renaissance.
La
Renaissance va-t-elle pénétrer dans le pays, secouer sa torpeur, réveiller le
goût des lettres, susciter des écrivains ? René Ier, René II, ainsi que
quelques-uns des prélats de cette époque, Guillaume Fillastre, le cardinal
Jean de Lorraine, étaient des hommes cultivés, amis et protecteurs des gens
de lettres. On ne peut nier que leur influence ait produit d'heureux
résultats ; pourtant, si la région lorraine compte en plus grand nombre des
poètes et des historiens, nous ne rencontrons parmi eux ni un Villon, ni un
Marot, ni un Commines. A. — La littérature
latine.
La
Renaissance, qui remettait l'antiquité en honneur, devait retarder plutôt que
précipiter la décadence du latin. L'étude de Cicéron, de César et des autres
classiques permit aux auteurs du XVIe siècle d'écrire en un latin plus pur et
plus élégant que ne l'avaient fait leurs devanciers. Parmi
les prosateurs de cette période qui ont employé la langue savante, citons
deux théologiens, le P. André, de Neufchâteau, et le Toulois Jean Raulin, le
jurisconsulte Claude Chansonnette (Cantiuncula) de Metz, qui vécut longtemps à
Ensisheim en Alsace, les membres du gymnase vosgien, les Lud, Basin de
Sandaucourt, Ringmann, Waldseemuller, le chanoine de Toul Jean Pèlerin, né en
Anjou, auteur d'un livre de géométrie, le De artificiali perspectiva.
Aucun de ces écrivains ne peut soutenir la comparaison avec Jean de
Trittenheim, ou Trithème, né sur les bords de la Moselle, mais qui a vécu et
déployé sa grande activité littéraire dans la région rhénane. Intelligent,
très instruit, il a touché à toutes sortes de sujets et composé, sous le nom
d’Annales hirsaugienses, un ouvrage historique, important en raison
des sources, aujourd'hui perdues, où l'auteur a puisé. Voici
deux poètes épiques, Pierre de Blarru et Laurent Pillard ; ce ne sont, hélas
ni des Virgile ni des Lucain. Tous deux ont eu l'idée fâcheuse de choisir
l'hexamètre latin pour célébrer, le premier dans son Liber Nanceidos,
la victoire de René II sur Charles le Téméraire, le second dans sa Rusticiade
celle d'Antoine sur les Rustauds. Pierre de Blarru, né à Paris, ne fait
peut-être qu'un avec cet ami de Villon, auquel le facétieux poète lègue dans
son Petit Testament son « diamant et l'âne qui recule ». Blarru vint en
Lorraine, s'y fixa et devint chanoine de la collégiale de Saint-Dié. René II
le connut, l'apprécia, lui suggéra peut-être l'idée de son poème épique et
lui fournit, pour l'écrire, plus d'un renseignement. La Nancéide, qui
a quelque valeur historique, manque de vie et de chaleur. On doit mettre
encore au-dessous de la Nancéide, si l'on ne tient compte que des
qualités littéraires, la Rusticiade de Laurent Pillard, un Lorrain,
qui lui aussi était chanoine de Saint-Dié. B. — La littérature
française.
Historiens
et chroniqueurs sont alors assez nombreux. Plusieurs d'entre eux, serviteurs
et panégyristes des ducs lorrains, en particulier d'Antoine, ont écrit sur le
passé de la Lorraine des œuvres médiocres et remplies de fables ; tels le
médecin lyonnais Symphorien Champier, le Lorrain Volcyr de Serrouville et le
Normand Emond du Boulay. D'autres
chroniqueurs remontent très haut dans le passé pour descendre ensuite jusqu'à
l'époque où ils vivent. En général, tout ce qu'ils disent des siècles
antérieurs est plus ou moins gâté par des histoires fabuleuses, tandis que
pour leur temps ces écrivains donnent une foule de renseignements sérieux et
pleins d'intérêt. Metz
nous offre un grand nombre de chroniqueurs. A l'exemple des institutions
politiques, l'historiographie de la grande cité a pris un caractère laïc de
plus en plus ! marqué. Les annalistes substituent à l'histoire des évoques
celle de la république messine ; en outre, ils appartiennent désormais à la
société séculière, non plus à l'Eglise. L'auteur de la Chronique dite de
Praillon ne perd pas une occasion de critiquer les paraiges et le
gouvernement aristocratique. Un tout autre esprit anime Philippe Gérard, dit
de Vigneulles, du nom de son village natal. Né dans la petite bourgeoisie,
Vigneulles avait une intelligence vive et curieuse, qui lui fit entreprendre
tout jeune des voyages à l'étranger : revenu à Metz, il y exerça le métier de
chaussetier, se maria deux fois et eut plusieurs enfants. Malgré sa vie
agitée, malgré ses occupations professionnelles, Vigneulles s'intéressait aux
choses de l'esprit ; il avait beaucoup lu et il écrivit lui-même de nombreux
ouvrages, des contes, une traduction du poème de Hervis, une chronique qui
contient pour la fin du XVe siècle et le début du XVIe, c'est-à-dire pour le
temps où vivait l'auteur, une histoire et une description vive et animée de
la république messine, Quoique étranger par sa naissance aux paraiges,
Vigneulles ne les attaque pas : il admire même, tant est vif son patriotisme,
le gouvernement aristocratique, auquel il attribue la prospérité de sa ville
natale. A la
différence des écrivains dont nous venons de parler, Richard de Wassebourg
est un homme d'Eglise, archidiacre de Verdun ; il s'occupe plus spécialement
de cette ville dans ses Antiquités de la Gaule Belgique, ouvrage
important et pour les temps anciens, en raison des sources aujourd’hui
disparues dont l'auteur s'est servi, et pour le XVIe siècle, sur lequel il
est presque seul à nous fournir des renseignements. Quoique dignitaire de
l'Eglise, Wassebourg voit les abus dont elle souffre et il n'hésite pas à les
rendre responsables de l'hérésie luthérienne. Enfin,
plusieurs auteurs ont simplement raconté soit les événements de leur vie ou
de leur temps, soit tel ou tel épisode dont ils avaient été les témoins.
Philippe de Vigneulles a laissé de curieux mémoires sur sa vie très,
mouvementée, marquée même par de véritables drames. Citons encore le Messin
Jehan Aubrion, qui a écrit un Journal, deux Lorrains, Jean Herquel (Herculanus), chanoine de Saint-Dié, et
Volcyr de Serrouville, enfin le Normand Emond du Boulay, dont les œuvres se
rapportent au règne d'Antoine. Si en
histoire nous avons la quantité, sinon toujours la qualité, la poésie ne nous
offre ni l'une ni l'autre. La Lorraine a possédé sous le règne d'Antoine, qui
fit de lui l'un de ses hérauts d'armes, un poète de talent, Pierre Gringore ;
par malheur, c'est en Normandie qu'il a YU le jour. L'œuvre poétique de
-Gringore est très considérable ; il a beaucoup écrit pour le théâtre,
surtout des moralités, et rempli ses pièces d'allusions aux événements
contemporains. Ce poète raisonnable, sensé, ami de la clarté, d'ailleurs
dépourvu d'imagination et de sensibilité, ne méritait-il pas de naître en
Lorraine ? Plus âgé que Gringore, le poète lyrique et satirique Jean Mangin,
de Metz, se vit comparer à Villon par ses concitoyens. Méritait-il cet
honneur ? Gomme l'auteur des Repues franches, Mangin mena une existence
agitée ; il eut, lui aussi, de nombreux démêlés avec la justice ; seulement,
nous ne pouvons juger de son talent poétique, aucune de ses œuvres ne nous
étant parvenue. Nous
avons parlé plus haut des représentations théâtrales, De toutes les pièces
jouées en Lorraine au XVIe siècle, très peu nous ont été conservées ; encore
sont-elles restées inédites. Citons en particulier le Mystère de saint
Etienne, écrit par un bénédictin, dom Nicole Loupvent, qui a été
représenté en 1543 à Saint-Mihiel ; on y relève des expressions d'une crudité
qui nous offusque aujourd'hui, mais que les gens du XVIe siècle trouvaient
naturelle, même dans un drame religieux écrit par un moine ! C. — La littérature
allemande.
La
région lorraine a produit un auteur allemand, Wolfgang Mœuslin, qui latinisa
son nom en Musculus : né à Dieuze, il quitta son pays pour aller vivre en
Alsace, puis en Allemagne, embrassa le luthéranisme, écrivit de nombreux
traités de théologie et traduisit en vers allemands quelques-uns des psaumes. 4° Les sciences.
Dans la
région lorraine, on trouve encore moins de savants que de littérateurs. Il
paraît que le prêtre messin François du Temple, si habile dans l'art de
greffer les -arbres, était en même temps géomètre et ingénieur. Nous avons
déjà parlé des géographes Ringmann et Waldseemuller et de leur Cosmographiæ
introductio, de Pèlerin et de son De artifciali perspectiva. III. — LES BEAUX-ARTS.
Nos
ancêtres étaient par bonheur mieux doués pour les arts que pour la
littérature : dans quelques-unes des œuvres architecturales et sculpturales
qu'a vues naître notre pays, du XIIIe au XVIe siècle, s'affirme un talent,
une puissance créatrice, que l'on ne retrouve ni dans les traités de
théologie ou de droit, ni dans les poèmes épiques, ni même dans les chroniques
ou les mémoires, intéressants d'ailleurs, qu'ont produits à la même époque
les auteurs originaires de la région lorraine. 1° Les arts durant la
période gothique.
Au XIe
et au XIIe siècle, notre pays avait été le berceau d'un art original, proche
parent, mais non dépendant de celui de l'Allemagne ; du XIIIe siècle au début
du XVIe, c'est l'influence française qui prédomine, au moins en architecture,
dans la région lorraine comme d'ailleurs dans l'occident et même dans le
centre de l'Europe. L'art ogival ou gothique, né en France au XIIe siècle,
est importé au siècle suivant en Lotharingie par des moines de Cîteaux, par
des architectes ou par des marchands. A. — L'architecture.
La
voûte, qu'avait créée l'art roman, s'appuyait sur des piliers massifs, sur
des murs qui n'étaient percés — pour offrir plus de résistance — que de
fenêtres petites et rares ; aussi pouvait-on reprocher aux robustes édifices
romans un aspect lourd et trapu et un éclairage insuffisant. L'art va
compléter l'évolution commencée et gagner les qualités qui lui manquaient
tout d'abord. Faire pénétrer dans les églises la lumière par de larges baies,
élever des monuments très vastes, pousser très haut les lignes verticales,
voilà ce que se proposent les architectes français du XIIe siècle. Comment
résoudre ces problèmes, comment, sans nuire à la solidité, construire des
églises ajourées, larges et hautes ? Sous les arêtes des voûtes, les
architectes feront courir des arcs ogifs, destinés à en supporter la charge ;
cette charge, ils la transmettront d'une part aux piliers verticaux
intérieurs, de l'autre à des arcs-boutants rejetés en dehors de l'édifice.
Enfin à l'ornementation, souvent conventionnelle, de l'école romane, l'art
gothique en substituera une autre, plus riche, tirée de la nature elle-même,
en particulier de la flore et de la faune du pays. L'art
nouveau avait pris naissance dans l'Ile-de-France. Toutefois, c'est non pas à
cette province, mais à la Champagne que les architectes de la région lorraine
sont allés demander leurs modèles. Les artistes champenois, qui ont subi la
double influence de l'Ile-de-France et de la Bourgogne, ont élevé à Reims, à
Châlons et à Troyes des œuvres admirables. L'action qu'ils ont exercée dans
notre pays se comprend du reste sans peine. Les ducs de Lorraine et les
comtes de Bar ne sont-ils pas les cousins ou les vassaux des comtes de
Champagne, et les foires de Troyes ou de Provins n'attirent-elles pas les
marchands de Metz, de Toul, de Verdun et des principautés laïques ? Nos
ancêtres imiteront donc les églises champenoises, mais en conservant d'abord
une partie des formes romanes, comme c'est le cas à Hesse, à Morlange, à
Saint-Dié ; plus tard le style champenois régnera complètement et sans
partage. Les églises ogivales de la région lorraine ont une ou trois nefs,
avec un transept, une abside et quelquefois des absidioles. D'habitude, on
n'y rencontre pas de triforium, sauf à la cathédrale de Metz, ni de
déambulatoire. Les voûtes, munies d'arcs ogifs, reposent sur des pilastres
formés de faisceaux de colonnettes ou sur de simples piliers cylindriques.
Pilastres et piliers manquent souvent de chapiteaux, surtout dans les églises
de village. Les arcs-boutants extérieurs, qui reçoivent une partie de la
poussée des voûtes et que consolident des clochetons verticaux, sont au début
rapprochés des murs. Dès rosaces garnissent le haut des fenêtres. Sur le
devant de l'église s'élèvent une ou deux tours, tantôt rondes, tantôt
carrées, qui se terminent soit par une plate-forme avec balustrade ajourée,
soit par une flèche élancée. La décoration, inspirée de la nature, se
distingue le plus souvent dans la région lorraine par une grande sobriété. Ce
n'est pas seulement la pauvreté relative du pays qui explique la simplicité
des ornements ; nous croyons y voir un des traits du caractère lorrain,
ennemi du faste, du luxe, de l'exubérance. On peut cependant citer comme
exemples de décoration plus riche la frise de Metz et le portail de Toul. L'ancienne
division de la période ogivale en trois phases, d'après les formes des
fenêtres, a rencontré de nos jours des adversaires, qui en ont contesté le
bien-fondé. Il n'en faut pas moins ranger à part les églises du XVe siècle et
des premières années du XVIe, spécimens du style que l'on appelle «
flamboyant », parce que les dessins formés par les pierres des fenêtres et
des arcatures rappellent des flammes. L'art flamboyant présente une
ornementation plus riche, mais souvent de moins bon goût, que celle des
églises du XIIIe et du XIVe siècle. Toutefois, et pour les raisons que nous
donnions plus haut, les églises flamboyantes de la région lorraine sont
décorées avec une réserve relative. Au lieu
d'être, comme à l'époque romane, des clercs ou des moines, les architectes
gothiques, les maîtres de l'œuvre, se recrutent surtout, sinon de façon
exclusive, parmi les laïcs. Si des Champenois ont construit quelques-unes de
nos églises, la plupart de celles-ci ont eu pour maîtres de l'œuvre des
artistes nés dans la région elle-même. Au XIVe
siècle, nous pouvons citer Jehan de Metz et Pierre Perrat qui travaillèrent,
le premier à la cathédrale de Toul, le seconda celle de Metz. Au XVe siècle,
Jehan de Commercy dirigea quelque temps la construction de ce dernier
monument ; Metz employa aussi les Ranconval : le père fut architecte de la
cité, le fils, Hannes ou Jean, ajouta à ces fonctions celles de maître
d'œuvre de la cathédrale. On sait que Thierry de Sierck et Mangin Chevrot, de
Donchéry, travaillèrent, le premier à plusieurs églises messines, le second à
Saint-Martin de Pont-à-Mousson ; quant au portail de Toul, il est l'œuvre de
Jacquemin Hogier, de Commercy. Vu
l'extrême lenteur du travail à cette époque, les églises ne furent le plus
souvent terminées qu'au bout de deux ou de trois siècles. Gomme les
architectes d'alors n'avaient nul souci d'achever les monuments dans le style
où ceux-ci avaient été commencés, il en résulte que certaines parties d'une
église appartiennent au roman, d'autres au gothique primitif, d'autres au
gothique flamboyant. L'unité, que nous sommes habitués à rencontrer dans nos
édifices actuels, manque donc à la plupart de ceux qu'a élevés le moyen âge. Parmi
les églises ogivales de la bonne époque construites dans la région lorraine,
citons les cathédrales de Metz et de Toul, la collégiale Saint-Georges de
Nancy, aujourd'hui détruite, l'église Saint-Pierre (Saint-Etienne) de Bar-le-Duc, les églises de
Munster (le
petit Saint-Nicolas),
de Dun et d'Avioth. Notre pays possède de nombreuses églises de style
flamboyant : la plus importante est celle de Saint-Nicolas-de-Port, commencée
dans les dernières années du xvc siècle, terminée vers le milieu du XVIe ; les
proportions de l'édifice s'expliquent par l'importance qu'avait jadis la
ville, à la fois lieu de pèlerinage et centre commercial. Mentionnons encore
les églises de Varangéville, de Vézelise, d'Etain, de Ligny, de Fénétrange,
de Rambervillers, de Charmes, de Châtel, Saint-Eucaire de Metz et l'ancienne
église Saint-Evre de Nancy. Il ne
reste que peu de vestiges de l'architecture militaire, dont les monuments ont
été, les uns remplacés plus tard par d'autres ouvrages défensifs, les autres
détruits à la suite d'une guerre ou par ordre de Richelieu. Une enceinte
flanquée de tours et munie d'un fossé entourait les villes ; dans les
châteaux, une tour plus haute appelée donjon servait de réduit aux
défenseurs. Des créneaux, des mâchicoulis, des meurtrières permettaient aux
assiégés de faire pleuvoir sur les assaillants des projectiles variés. Les
hautes murailles des villes ou des châteaux formaient pour les canons une
cible, où il était facile de faire des brèches. Mais la transformation du
système de fortification ne se fit qu'avec beaucoup de lenteur. La Porte des
Allemands à Metz, la Porte Chaussée à Verdun, les ruines de Prény, de Moyen,
de Gombervaux, de Pierre-Percée rappellent, bien imparfaitement, ce qu'ont
été jadis les forteresses de la région lorraine. Il
existe encore dans les villes ; à Metz, à Nancy, à Toul, à Bar, et même, dans
plusieurs villages, quelques demeures de cette époque, presque toutes
mutilées et défigurées. Autant et plus que la pierre, le bois était employé
pour la construction d'un grand nombre de ces maisons ; les façades
présentaient une série d'étages surplombants ; les fenêtres étaient petites
et étroites, la décoration très simple. B. — La sculpture.
L'architecture
reste jusqu'au XVe siècle l'art dominant, celui auquel tous les autres sont
subordonnés ; ils n'existent pour ainsi dire que pour elle et par elle. La
plupart des monuments de la sculpture ont été détruits au XVIIe pu au XVIIIe
siècle ; nous ne possédons plus, que des pierres tombales et des statues en
assez petit nombre. Aussi nous est-il difficile de nous prononcer aujourd'hui
sur l'originalité des imagiers lorrains des XIIIe, XIVe et XVe siècles, sur
les influences qu'ils ont subies. Peut-être conviendrait-il de rattacher les
sculpteurs lorrains du XVe siècle à l'école flamingo-bourguignonne, quoique
leur réalisme soit moins brutal que celui des Flamands. Un des artistes qui
ont travaillé à Dijon au monument funéraire de Philippe le Hardi, Jean de
Marville, était probablement originaire du bourg alors mi-barrois,
mi-luxembourgeois de Marville, qui semble avoir possédé une école de
sculpture. Saint-Mihiel eut aussi la sienne. Comme
sculpteurs lorrains de la période qui précède la Renaissance, nous pouvons
mentionner Jacquemin Hogier, de Commercy, qui avait fait pour le portail de
la cathédrale de Toul une statue de René II ; Jean Crocq, né dans les
Pays-Bas, peut-être à Anvers, travailla d'abord à Bar, puis à Nancy, où il
sculpta le monument de Charles le Téméraire dans la collégiale Saint-Georges.
On ne connaît pas le lieu de naissance de Mansuy Gauvain ; toutefois le
prénom qu'il porte indique une origine lorraine. La statue équestre du duc
Antoine, qu'il exécuta pour la Porterie du palais ducal, a par malheur été
détruite durant la Révolution, mais nous admirons encore sa Vierge de
miséricorde dans l'église Notre-Dame de Bonsecours de Nancy. C. — La peinture.
Il
reste peu de chose des fresques qui décoraient autrefois les murs des églises
; elles ont été effacées par le temps ou recouvertes de badigeon. On a sauvé
quelques-unes de celles qui décoraient l'ancien Saint-Evre de Nancy, Saint-Clément
et Saint-Eucaire de Metz, les églises de Malzéville et de Saint-Dié. Beaucoup
de vieux vitraux ont également disparu. Metz a employé des artistes verriers
originaires de l'Alsace, Philippe Hermann de Munster au XIVe siècle, plus
tard Valentin Bouchs de Strasbourg. Sous les règnes de René II et d'Antoine,
la Lorraine avait des peintres verriers. Quelques anciens vitraux se voient
encore à la cathédrale de Metz, à la cathédrale et à Saint-Gengoult de Toul,
aux églises de Saint-Dié, de Saint-Nicolas, de Blénod-les-Toul et de
Vézelise. D. — Les arts mineurs.
Les
arts mineurs végètent ou, pour mieux dire, presque toutes les œuvres qu'ils
avaient produites ont disparu. Il semble qu'on ait alors enluminé très peu de
manuscrits. Nous connaissons quelques gravures exécutées à Metz durant le XVe
siècle ; c'est dans cette ville que résidait au début du XVIe siècle un
graveur nommé Cornélius. 2° Les arts à l'époque
de la Renaissance.
Comment
se fait-il que la Renaissance française du XVe siècle n'ait pas touché la
Lorraine, et que la Renaissance italienne n'y ait exercé que tardivement son
influence ? Pourtant René Ier, le mari d'Isabelle, était originaire de
l'Anjou, et il avait fait un long séjour en Italie. Son fils Jean II, son
petit-fils René II, Antoine enfin allèrent à plusieurs reprises dans la
péninsule ; deux de ces princes au moins, René Ier et René II, avaient le
goût des arts, et le premier les cultivait. Pourquoi donc les premières
manifestations de la Renaissance dans notre pays ne datent-elles que du XVIe
siècle ? A quoi attribuer ce phénomène ? Sans doute à l'esprit
traditionaliste, pour ne pas dire routinier, de nos ancêtres, à leur défiance
vis-à-vis des nouveautés, enfin aux guerres qui désolèrent le pays durant une
partie du XVe siècle. A. — L'architecture.
L'architecture
italienne de la Renaissance rompt avec le style gothique pour revenir aux
modèles de l'antiquité gréco-romaine ; les dimensions des édifices sont
réduites, les lignes horizontales remplacent les verticales, les ordres
réapparaissent, l'ornementation se transforme. Les
nouvelles modes architecturales ne pénètrent en Lorraine qu'au XVIe siècle,
sous Antoine, encore n'est-ce que timidement. Ainsi la Porterie du palais
ducal, qui date de 1508-1511, offre un mélange de gothique dans les lignes
générales et de style Renaissance dans la décoration. Il existe encore à
Nancy, à Metz, et surtout à Bar-le-Duc des maisons particulières du XVIe
siècle ; dans celles de Bar tantôt le style nouveau se marie au gothique,
tantôt prédomine l'influence soit de l'Italie, soit de la Flandre, soit même
de l'Allemagne. C'est seulement après 1550 que l'art imité de l'antiquité
triomphera en Lorraine pour la construction des bâtiments civils. Les
châteaux, ou du moins quelques-uns d'entre eux, perdent alors le caractère de
forteresses rébarbatives pour prendre celui.de demeures élégantes et
somptueuses. C'est, en particulier, le cas de celui de Fléville, construit
durant le deuxième quart du XVIe siècle. Par un véritable miracle, il a
échappé à l'arrêt de mort qu'avait prononcé Richelieu contre les châteaux de
la Lorraine. L'architecture
religieuse se montre encore plus rebelle aux formes de la Renaissance
italienne. La plupart des églises élevées au XVIe siècle sont encore
gothiques dans leurs grandes lignes, et seule la décoration s'inspire des
modèles italiens. Citons pourtant l'église de Rembercourt-aux-Pots avec une
façade Renaissance et celle d'Autrey-sur-Mortagne. B. — La sculpture.
La
sculpture appelle les mêmes observations que l'architecture. Les artistes du
XVIe siècle restent encore imprégnés des traditions réalistes de la période
gothique. Si l'on
examine les tombeaux de René II dans l'église des Cordeliers de Nancy, de
Hugues des Hazards dans celle de Blénod-lès-Toul, les monuments de saint
Mansuy dans la cathédrale de Toul et de saint Eucaire dans l'église de
Liverdun, on constate que les statues elles-mêmes, œuvres d'artistes
inconnus, sont traitées dans le style des imagiers gothiques, tandis que la
décoration du soubassement, toute différente, indique une influence
italienne. Qu'en doit-on conclure ? Que deux catégories d'artisans ont travaillé
à ces monuments, d'une part des sculpteurs lorrains qui continuent les
traditions du passé, de l'autre des ornemanistes venus de la Péninsule. Le plus
grand des sculpteurs qu'ait vus naître la Lorraine, Ligier Richier, est
lui-même un homme, de transition, qui se rattache beaucoup plus au passé
qu'au présent et qui ne subit que tard, et d'une façon incomplète,
l'influence de l'Italie. Né à Saint-Mihiel, il voyagea peut-être, on ne sait
d'ailleurs où, vécut longtemps en Lorraine, mais comme il avait embrassé le
calvinisme et qu'il ne pouvait le pratiquer librement dans son pays, il
quitta la Lorraine pour aller se fixer à Genève, où il termina ses jours.
Ligier Richier n'a pas été l'élève de Michel-Ange, comme on l'avait prétendu
à tort ; peut-être n'a-t-il jamais vu l'Italie. Il s'est formé, probablement
à Saint-Mihiel même, dans l'atelier d'un maître inconnu, où il s'est pénétré
des idées et des pratiques de l'art gothique. Par les sujets qu'il aborde,
par la façon réaliste dont il les traite, Richier se montre un homme dupasse.
On constate pourtant dans les dernières œuvres du maître des préoccupations
nouvelles, un souci de l'élégance et de la beauté des figures, qui prouvent
que l'art italien avait fini, par le toucher. La Réforme a-t-elle exercé une
influence réelle sur le talent de Richier ? Pour répondre à cette question,
il faudrait savoir— et on l'ignore — à quelle époque l'artiste avait embrasse
le protestantisme. Ligier
Richier a sculpté ou des monuments funéraires ou des morceaux de sculpture
religieuse. Parmi les premiers, citons le monument de René de Beauvau et de
sa femme Claude de Baudoche, celui de Philippe de Gueldre, femme de René II,
œuvre saisissante de réalisme. L'église Saint-Pierre de Bar-le-Duc possède le
squelette qui décorait le tombeau de René de Chalon, prince d'Orange, gendre
d'Antoine. Ligier Richier est aussi l'auteur de Christ en croix, accompagnés
ou non de larrons (Bar-le-Duc, Génicourt, Briey), de piéta, c'est-à-dire de
groupes représentant la Vierge près du corps de son fils, descendu de la
croix (Etain,
Clermont-en-Argonne)
; il est curieux de remarquer que Richier traite ce sujet à la façon
allemande, dispose les personnages comme le font les artistes d'outre-Rhin,
c'est-à-dire que la sainte Vierge, au lieu de porter le Christ sur ses
genoux, est agenouillée près du corps, étendu par terre, de son fils. Le
chef-d'œuvre de Ligier Richier est la Mise au tombeau ou le Sépulcre,
dans l'église Saint-Etienne de Saint-Mihiel. Le sujet, l'un de ceux que les
artistes de tous les pays ont le plus fréquemment abordés, a été traité à
plusieurs reprises dans la région lorraine : citons les mises au tombeau de
Domjulien, de Bayon, de Pont-à-Mousson, de Saint-Avold, qui datent du XVe ou
du XVIe siècle, les unes antérieures à celle de Ligier, les autres exécutées
à la même époque. Richier a su renouveler le sujet par la façon dont il a
disposé les personnages. Le Christ n'est pas encore déposé dans le tombeau ;
l'artiste a saisi le moment où Joseph d'Arimathie et Nicodème, qui portent le
corps du Sauveur, s'arrêtent pour prendre un moment de repos. En arrière ou à
côté du groupe qu'ils forment, se tiennent la sainte Vierge, soutenue par
saint Jean et par Marie Cléophée, Marie-Madeleine, Véronique, un ange, un
centurion et deux soldats ; l'ensemble n'est pas moins intéressant par la
vérité des attitudes que par l'expression des physionomies. Il se pourrait
que la disposition des personnages eût été modifiée, que Ligier l'eût tout
d'abord agencée d'autre façon ; peut-être, même s'est-il exilé à Genève avant
d'avoir terminé le travail. Ce
grand artiste a laissé des descendants et des neveux, qui ont honorablement
porté le nom de Richier, et dont on a. souvent attribué les œuvres à leur
illustre parent. C. — La peinture.
La cathédrale de Metz, les églises de Saint-Nicolas-de-Port et de Blénod, construites toutes deux au XVIe siècle, d'autres encore possèdent de beaux vitraux qui datent de cette époque. Antoine employa un peintre qui s'appelait Hugues de la Faye, mort en 1539. Cet artiste avait copié la Cène de Léonard de Vinci pour le réfectoire des Cordeliers de Nancy. Nous ne savons du reste de quel pays Hugues de la Faye était originaire. Le Musée de Bar-le-Duc possède un portrait intéressant du duc Antoine, mais nous n'en connaissons pas l'auteur. Les autres peintres, comme Martin Crocq, fils du sculpteur, ne nous ont laissé que leur nom. |