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C'est
durant la période de la Tène, peut-être au IIIe siècle, que les Belges
vinrent s'établir dans notre pays. Nous sortons alors des âges préhistoriques
pour entrer dans les temps protohistoriques. Aux armes, aux instruments et
aux parures, découverts dans des sépultures ou dans des oppida, viennent s'ajouter,
pour nous faciliter l'étude des derniers temps de la Tène, quelques passages
d'auteurs anciens, grecs ou latins, ainsi que des documents déplus d'une
sorte, inscriptions, monuments, etc., qui datent, il est vrai, de la période
romaine. I. — TERRITOIRE, INSTITUTIONS, CIVILISATION ET RELIGION DES PEUPLES
BELGES DE LA MOSELLE.
Frères
des Celtes, comme le prou vent les témoignages des auteurs anciens et la
linguistique, les Belges leur ressemblaient au physique et au moral ;
seulement, demeurés quelques siècles de plus dans un pays éloigné de tout
centre de civilisation, alors que les Celtes étaient entrés en contact avec
la Grèce et avec Rome, ils avaient des mœurs plus rudes et plus grossières.
Après avoir longtemps habité la partie septentrionale du pays qui s'appellera
plus tard la Germanie, ils en furent chassés par un cataclysme, franchirent
le Rhin et se répandirent entre ce fleuve et la Marne. Inutile de chercher à
déterminer le nombre des nouveaux venus ; c'était d'ailleurs une population
entière qui émigrait sans esprit de retour. Si
parmi les anciens habitants, néolithiques, Ligures et Celtes, beaucoup
périrent au cours des luttes qu'ils soutinrent contre les envahisseurs, la
plupart d'entre eux échappèrent aux massacres et vécurent désormais à côté ou
plutôt au-dessous des conquérants, qui formèrent une sorte d'aristocratie. Peut-être
les centres de population prirent-ils de nouvelles dénominations ; peut-être
la plupart de celles que les Ligures avaient données aux montagnes et aux
rivières subsistèrent-elles. A ce propos, on peut faire observer que
quelques-unes de nos rivières, l'Orne, la. Seille, la Bièvre, ont dans
d'autres contrées des sœurs de même nom. Plusieurs d'entre elles portent des
noms qui ressemblent à celui d'un. de leurs
affluents ou d'un autre cours d'eau de la région ; citons comme exemples du
premier cas le Rupt-de-Mad et la Madine, la Meurthe et la Mortagne, la Meuse
et le Mouzon ; comme exemple du second, le Rupt-de-Mad et le Madon. Trois
peuples belges, les Trévires, les Médiomatriques et les Leuques occupèrent
les vallées de la Moselle et de ses affluents, ainsi que celle clé la haute
et de la moyenne Meuse, s'établirent même à l'est des Vosges et sur les
plateaux du Barrois. Nous ignorons le sens du mot Trévire ; les
Médiomatriques auraient été les hommes qui habitent au milieu de la Moder,
rivière alsacienne, affluent de la Zorn ; le nom des Leuques indiquerait
qu'ils avaient dans leur costume ou dans leur armement quelque chose de
blanc. On ne
peut déterminer que d'une manière approximative le territoire occupé à
l'origine par chacun des trois peuples, parce que, les commentaires de César
mis à part, les documents dont on dispose pour résoudre le problème sont
postérieurs à la conquête du pays par les Romains. Les Trévires
s'installèrent dans la vallée inférieure de la Moselle, depuis Coblentz
jusqu'aux environs de Sierck, atteignirent le Rhin à l'est, la Meuse à
l'ouest ; au sud des Trévires, les Médiomatriques débordaient également la
chaîne des Vosges et englobaient vers l'ouest le pays verdunois : une ligne,
partant du sud de l'Argonne pour aboutir au Donon, séparait les Médiomatriques
des Leuques. Ceux-ci, à la différence des deux peuples précédents, ne
franchirent pas la chaîne des Vosges. Au sud, la limite de leur territoire
suivait en partie la ligne des Faucilles, faisait pourtant quelques pointes
dans la vallée de la Saône ; à l'ouest, le territoire leuquois s'étendait sur
les vallées de l'Ornain et de la Saulx et touchait presque la Marne. Les
Séquanes à l'est et au sud, les Lingons au sud-ouest et à l'ouest limitaient
les Leuques ; le pays des Rèmes confinait à celui des Médiomatriques. Les Trévires
avaient pour clients les petits peuples belges établis dans leur voisinage
vers le nord-ouest ; le principal d'entre eux était celui des Eburons. L'organisation
sociale des peuples belges de la Moselle avait un caractère aristocratique
nettement marqué. Au sommet de la hiérarchie se trouvaient les chevaliers,
descendants des conquérants belges. La plèbe, recrutée surtout dans
l'ancienne population vaincue, composait la clientèle des familles nobles et
menait une vie misérable. Les esclaves occupaient le dernier degré de
l'échelle sociale. Les
Trévires n'avaient pas de roi ; ils devaient former une sorte de république
aristocratique, ayant à sa tête un chef dont César n'indique pas le titre.
L'autorité politique appartenait aux chevaliers : quelques-uns d'entre eux,
plus puissants que les autres, les princes, jouissaient d'une influence
prépondérante. La plèbe ne jouait aucun rôle politique. Les institutions des
Médiomatriques et des Leuques ne différaient probablement pas beaucoup de
celles des Trévires. Un peu avant la conquête du pays par Jules César, il y
avait chez ce dernier peuple, comme dans presque tous les Etals gaulois, deux
partis, dont l'un s'appuyait sur les Romains, tandis que l'autre les
combattait. On peut également supposer que chez les Trévires, les
Médiomatriques et les Leuques, le territoire était subdivisé en pagi, chacun
de ceux-ci correspondant à une fraction dépeuple. Si peut-être nos contrées
ne possédaient pas encore de véritables villes au temps de l'indépendance, on
a la certitude que celles de l'époque romaine ont occupé l'emplacement de
centres dépopulation antérieurs. Nous parlerons plus loin des oppida. On ne
sait rien des institutions judiciaires et financières des trois peuples
belges de la Moselle. La
famille était fortement constituée sur la triple base de la monogamie, de
l'autorité souveraine du mari sur sa femme et du père sur ses enfants. La
femme recevait une dot de ses parents, un douaire de son époux. Si nous avons
la certitude que les Belges connaissaient la propriété mobilière, nous
n'osons rien affirmer à l'égard de la propriété immobilière : il se peut que
l'Etat ait été l'unique propriétaire terrien. Dans tous les cas, c'est la
noblesse seule qui détenait la terre soit en toute propriété, soit en vertu
d'une cession à titre précaire que lui faisait l'Etat. D'ailleurs, même dans
la première hypothèse, il y avait un domaine public, qui comprenait en
particulier les forêts. Les
sépultures et les oppida ont fourni sur la vie matérielle des
renseignements nombreux. Le gibier, le poisson, la viande des animaux
domestiques, ainsi qu'une sorte de bière formaient le fonds de l'alimentation
des peuples belges de la Moselle. Le pantalon ou braie, la tunique à manches
et le manteau ou sagum étaient les pièces principales du costume. Des
fibules, sortes d'épingles de nourrice, remplaçaient nos boulons et nos
agrafes. Hommes et femmes portaient des bracelets et des colliers de métal,
des pendeloques et des amulettes. Il semble que les habitations aient été
assez primitives ; les fouilles faites sur la butte Sainte-Geneviève, près de
Nancy, ou dans les mares (mardelles) de la Lorraine annexée en donnent une preuve
suffisante. On commençait par creuser le sol, et l'on rejetait la terre ainsi
extraite au dehors pour en former un mur qui, du côté extérieur, se
raccordait par un talus avec le sol naturel ; des pièces de bois, dont une
extrémité reposait sur ce talus, s'élevaient obliquement et se reliaient les
unes aux autres par leur sommet ; ce qui donnait à la partie supérieure de la
maison une forme conique. Des branchages et de la terre glaise jetés sur les
pièces de bois dont nous venons de parler complétaient la toiture ; un trou
percé dans celle-ci permettait à la fumée du foyer de s'échapper. Les
demeures des Leuques et des Médiomatriques, à moitié enfouies dans la terre,
ressemblaient, il faut l'avouer, à des huttes de sauvages. Plusieurs d'entre
elles étaient destinées à servir — non de logis — mais de magasins ou
d'ateliers. Au pied des Vosges on a trouvé des débris de maisons construites
en pierres. Les huttes ou les maisons se groupaient sur des hauteurs ou au
fond des vallées, formant des villages ou vici, quelquefois des oppida.
Mais il existait aussi dans les forêts des habitations isolées ou ædificia,
appartenant sans cloute à des nobles. Chasseurs
et pêcheurs, les Belges de la Moselle pratiquaient en outre l'élevage,
surtout celui du porc, cultivaient le blé, extrayaient le sel et le fer,
fabriquaient des instruments et des armes, ainsi que des poteries assez
grossières ; pourtant l'usage du tour commença de s'introduire chez eux vers
la fin de la période de la Tène. Les voies commerciales étaient des pistes
plutôt que des routes proprement dites. Malgré
l'état fort peu avancé de leur civilisation, les tribus de la Moselle
connaissaient l'usage de la monnaie et frappaient des pièces d'or, d'argent
et de bronze imitées, les premières, des statères de Philippe de Macédoine,
les secondes, des deniers romains. Seules les pièces en bronze offrent
quelque originalité : celles des Médiomatriques représentent souvent un
cheval ou un cavalier, celles des Leuques, coulées au lieu d'être frappées,
un sanglier ; sur quelques bronzes des Leuques figure un chef qui s'appelait
Matugenos, c'est-à-dire « fils de l'ours ». Les peuples mosellans
échangeaient du blé, du sel et du fer contre des armes, des parures ou des
poteries. Le commerce était probablement aux mains de marchands romains bien
avant la conquête du pays par Jules César. Les
dialectes de nos trois peuples ne devaient pas sensiblement différer de ceux
que parlaient les autres peuples gaulois : les noms de personnes et de
localités en fournissent des preuves nombreuses. Si nous
ignorons tout de la littérature et de l'art des riverains de la Moselle et de
la Meuse, nous sommes mieux au courant de leur religion et de leurs dieux,
que nous connaissons surtout par des textes et par des monuments de l'époque
romaine. Parmi les grands dieux honorés sur les bords de la Moselle comme
dans toute la Gaule, citons Teutatès, Taran, Belen, identifiés le premier avec
Mercure, le deuxième avec Jupiter, le dernier avec Apollon. Au temps de la
domination romaine, ce fut peut-être Belen, le dieu du soleil, que l'on
représenta sous la forme d'un cavalier 's'appuyant sur un monstre anguipède.
Aux dieux s'associent souvent des déesses ; ainsi Rosmerta est la compagne de
Mercure. Comme divinités d'un caractère plus régional que national citons
Epona, la déesse des chevaux, Sucellos, le dieu au maillet et sa parèdre
Nantosuelta, la déesse à la ruche [?]. Chaque peuple, semble-t-il, avait son génie ;
nous avons à cet égard une certitude pour les Leuques. Mentionnons enfin les
Mères, demi-déesses devenues plus tard les fées. Il est probable qu'il y a eu
des druides sur les bords de la Moselle et qu'ils y ont joué, comme partout
en Gaule, le triple rôle 4e prêtres, d'éducateurs et d'arbitres. Nous ne
savons rien du culte que les Belges rendaient à leurs divinités ; ils ne leur
élevaient ni temples, ni statues. Les
mœurs devaient être rudes et grossières. Les Belges employaient comme modes
de sépulture l'inhumation et l'incinération ; cadavres et cendres étaient
placés dans des tumuli, et avec eux des outils, des objets de parure
et des armes ; souvent les uns et les autres avaient été au préalable brisés
ou tordus. Toutefois le mobilier ne présente pas la même richesse qu'aux
époques précédentes. On connaît aussi quelques exemples de sépulture plate à
inhumation. II — LES BELGES DE LA MOSELLE, LES GERMAINS ET CÉSAR.
Il
semble que les Belges de la Moselle n'aient point fait partie de la grande
confédération belge, et qu'ils n'aient pas non plus formé de ligue
particulière ; chacun des trois peuples vivait isolé des autres. Deux
ennemis menaçaient leur indépendance, les Germains d'abord, puis les Romains,
qui finirent par les subjuguer. Tout
homme libre en état de porter les armes devait le service militaire ; les
nobles et leurs clients formaient, la cavalerie, la plèbe l'infanterie. Nous
savons par César que la cavalerie des Trévires était très renommée. Quelques
sépultures prouvent que nos ancêtres belges connurent, comme d'autres peuples
gaulois, les chars de guerre. Seuls, les nobles portaient des casques et des
cuirasses ; les autres guerriers n'avaient comme arme défensive qu'un
bouclier oblong, dont l'armature en bois était recouverte de cuir ou de
bandes de métal. Des épées ou des sabres en fer, dépourvus de pointe, du
reste de bonne qualité, quoi qu'en aient dit certains auteurs anciens, des
lances, des javelots, des arcs et des flèches constituaient les armes
offensives. Braves, mais peu disciplinés et sujets à des paniques, ils
n'avaient ni stratégie ni tactique, ignoraient l'art de la castramétation. Pour
résister aux envahisseurs, les Belges avaient des oppida, forteresses
toujours situées sur une hauteur. La description que donne Jules César des
murailles de villes fortes gauloises, murailles construites d'un assemblage
de pièces de bois, de terre et de pierres, s'applique assez bien à celles de
l'oppidum leuque qui couronnait une hauteur au-dessus du village
actuel de Boviolles. Ailleurs, comme à la butte Sainte-Geneviève (Essey), le rempart contient à
l'intérieur une masse calcinée. Nous avons dit plus haut, à propos des
enceintes fortifiées du camp d'Affrique et de la Fourasse, que les incendies
auxquels on doit ces calcinations pouvaient être l'effet du hasard aussi bien
que de la volonté des hommes. Il semble d'ailleurs que les retranchements
calcinés aient formé une masse compacte, capable de résister aux agents
atmosphériques, comme aux attaques de l'ennemi. Les Belges n'étaient
probablement pas plus habiles dans l'attaque des places que dans la guerre en
rase campagne. On
connaît mal les luttes que nos ancêtres belges eurent à soutenir contre les
Germains au IIe et au Ier siècle avant notre ère. Les Cimbres et les Teutons,
après avoir franchi le Rhin, avaient envahi la Belgique, mais la vigoureuse
résistance qu'ils y rencontrèrent les obligea de quitter le pays et de se
diriger vers le centre et le sud de la Gaule. Environ
un demi-siècle plus tard, les Suèves, après avoi r détruit le royaume gaulois
des Volkes sur les bords du Mein et du Danube, traversèrent le Rhin sous la
conduite d'Arioviste ; ils amenaient, à l'appel des Séquanes, combattre les
Eduens ; mais une fois victorieux, ils parlèrent en maîtres à leurs alliés,
et se firent céder par eux une partie de leur territoire, probablement la
Haute-Alsace. Des peuples qui marchaient à la suite des Suèves, les
Triboques, les Némètes, les Vangions passèrent aussi le Rhin et s'établirent
sur les terres des Médiomatriques et des Trévires, entre le fleuve, les
Vosges et la Hardt. Peut-être même ces barbares, continuant leur marche au-delà
de la chaîne vosgienne, se répandirent-ils dans les vallées de la Sarre, de
la Seille, de la Meurthe et de la Moselle. L'oppidum de Sainte-Geneviève, qui
porte des traces d'occupation violente et d'incendie, n'aurait-il pas été
pris par une bande de Suèves ou de Triboques ? La
situation devenait grave pour les peuples de la Moselle comme pour ceux de la
vallée de la Saône. Menacés dans leur indépendance, ne se jugeant pas en état
de résister aux envahisseurs germains, ils invoquèrent le secours de Rome,
sans réfléchir aux dangers que pareille démarche pouvait entraîner. Cet appui
que Rome leur accordera, ils le paieront de leur liberté. César avait besoin
d'acquérir par des victoires et des conquêtes assez de prestige et d'autorité
pour être en mesure d'exécuter à Rome un coup d'Etat ; aussi, accueillit-il avec
empressement les demandes de secours que les Séquanes, les Eduens et
peut-être les peuples belges de la Moselle lui adressèrent en l'an 58 avant
Jésus-Christ. César
conduisit ses légions contre les Suèves, qu'il écrasa dans la Haute-Alsace.
Les Leuques lui avaient fourni du blé pour cette campagne ; peut-être les
Médiomatriques et les Trévires firent-ils en même temps une démonstration
militaire pour seconder l'action des Romains. Pourtant ils ne rentrèrent pas
en possession des territoires que leur avaient enlevés Triboques, Némètes et
Vangions. Le
péril germain écarté, le danger romain apparut aux plus clairvoyants. César,
en effet, ne songeait nullement à quitter la Gaule, qu'il voulait conquérir.
Quand on le vit installer ses troupes en cantonnement chez les Séquanes, on
devina ses projets, et durant l'hiver 58-57, les Belges se préparèrent à
engager la lutte contre le proconsul. Nos trois peuples de la Moselle
restèrent, comme les Rèmes, étrangers à la tentative qu'allaient faire les
autres Belges pour repousser les Romains. Les Trévires eux-mêmes, pourtant
très attachés à leur indépendance, ne surent presque jamais concerter leurs
efforts avec ceux des autres nations gauloises. Du reste, leur hostilité à
l'égard de Rome persista longtemps ; à plusieurs reprises, et jusqu'en 70 de
l'ère chrétienne, ils se soulevèrent contre la domination des transalpins.
Mais, à aucun moment, les Leuques ne participèrent à la lutte contre César,
et l'action des Médiomatriques se réduisit à peu de chose. Pour comprendre le
rôle effacé, et peu honorable, de deux au moins des peuples de la Moselle,
nous ne voyons qu'une explication plausible, la crainte des Germains. Entre
deux maux, Leuques et Médiomatriques ont choisi celui qu'ils croyaient le
moindre, la domination romaine. En 57,
les Trévires avaient fourni à César, pour sa campagne contre les Belges, un
corps de cavalerie, qui abandonna les Romains pendant le combat furieux que
ceux-ci eurent à soutenir contre les Nerviens. Mais, par la suite, les
Trévires, à l'instigation de leur chef Indutiomar, prirent plusieurs fois les
armes contre les Romains, en 56 d'abord, puis en 55-54, au cours de cette
dernière campagne, où il eut Labienus pour adversaire, Indutiomar fut tué
dans un combat de cavalerie. Son gendre Cingétorix, qui s'empara du pouvoir,
était un ami des Romains. Trévires et Leuques ne prirent aucune part à
l'effort suprême que, durant l'hiver 53-52, la Gaule tenta contre César.
Seuls., les Médiomatriques envoyèrent des députés à la grande assemblée de
Bibracte et fournirent un corps de 6.000 hommes à l'armée qui tenta en vain
de débloquer Alesia. Bien que les Trévires, alors aux prises avec les
Germains, n'eussent pas secouru Vercingétorix, ils restaient quand même
hostiles aux Romains, et beaucoup d'entre eux se soulevèrent en 52 à la voix
du chef éduen Sur : Labienus eut raison de cette levée de boucliers. En 51,
la Gaule était déclarée province romaine. Si la noblesse belge perdait son
hégémonie politique, elle gardait le premier rang dans la société. Quant à la
masse de la population, issue des peuples primitifs et des Ligures, elle ne
faisait en somme que changer de maîtres ; il est difficile de dire s'il en
résulta pour elle des conditions d'existence meilleures ou plus mauvaises. Ainsi, après les conquérants venus de l'est, les Ligures d'abord, les Belges ensuite, il en était arrivé du midi, les Romains, qui allaient, durant près de cinq siècles, gouverner le pays ; leur action y sera tellement profonde qu'elle- se fait encore sentir aujourd'hui. |