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Les Égyptiens durent songer de bonne heure à établir des ports sur la côte africaine de la mer Rouge[1]. Les emplacements favorables ne sont pas nombreux. Celui où s’élève aujourd’hui Qoçéyr paraît s’être appelé Taâou dans l’antiquité[2]. Il devint le point d’attache de plusieurs routes qui traversaient le désert en ligne plus ou moins directe et aboutissaient à Coptos[3], sur le Nil. On sait quelle quantité énorme de parfums exigeait le culte des divinités égyptiennes. Les aromates de toute espèce, casse, myrrhe, encens, cinnamome, étaient la plus importante des denrées qu’on importait de l’étranger dans les stations de la mer Rouge ; l’or, l’ivoire, les peaux de panthère, les esclaves, ne venaient qu’en seconde ligne. Il est probable que les peuples marins de la péninsule arabique servaient déjà d’intermédiaire entre l’Égypte et les pays à parfums. Il est probable aussi que le gain considérable que leur procurait ce commerce excita souvent contre eux la jalousie des Égyptiens, et les exposa à l’incursion soudaine des flottes de Pharaon. Pharaon ne se fit pas faute de chercher à leur enlever le monopole dont ils jouissaient et d’envoyer ses vaisseaux à la découverte des contrées qui produisaient l’encens. Les Égyptiens donnaient à la région des aromates les noms
de Poun et de Tonoutri, Tous
les oiseaux de Poun, ils
s’abattent sur l’Égypte enduits
de parfums. Celui
qui vient en tête, il saisit mon ver [d’appât][6], apportant de Poun l’odeur qu’il exhale[7], et
les pattes pleines de gommes [aromatiques][8] ! Je
désire que tu nous les fasse prendre[9], ensemble, moi, seule avec toi ![10] il semble que le nom de Poun se soit appliqué d’abord à la
partie de l’Arabie qui borde le golfe Persique, aux lieux mêmes où la
tradition classique place le berceau des Phéniciens[11]. De là, il passa
au Yémen, comme l’a montré M. Brugsch[12], et au pays des
Somâlis, ainsi que M. Mariette l’a prouvé récemment[13]. Au temps du
second empire thébain, il parait avoir été donné à toutes les contrées,
asiatiques et africaines, qui s’étendaient à l’orient de l’Égypte, de Les
dieux aiment son parfum, quand
il arrive de Poun ; prince des rosées, il descend au pays des Mat’iou[15]. et ailleurs, il est : Maître
des Mat’iou, prince de Poun ; roi du ciel, prince héritier de la terre[16]. C’est probablement avec ce sens vague d’hémisphère
oriental que Poun est désigné comme étant la patrie de certaines divinités
égyptiennes ou étrangères, Rannout, Roshpou, Bisa[17]. Déjà sous les
premières dynasties, Hathor était appelée dame de Poun, et ce nom dut lui
venir d’abord du protectorat qu’elle exerçait sur la péninsule du Sinaï, et
sur la portion du désert qui courait vers l’Orient, dans la direction du pays
original de Poun. Quant à La première expédition dont les monuments nous ont gardé
le souvenir remonte à Honnou avait été envoyé à Qoçéyr avec le matériel et le
personnel nécessaire à la construction d’un navire. Le navire construit, il
se mit en mer, ou plutôt le mit en mer. Le voyage ne dut pas être bien long.
Si les Égyptiens ne se bornèrent pas à longer la côte africaine, tout au plus
pourrait-on supposer qu’ils traversèrent le golfe, prirent terre sur quelques
points de la côte d’Arabie et trafiquèrent d’aromates frais avec les
habitants. C’est là du moins ce que Honnou parait donner à entendre quand il
parle de tributs trouvés dans les localités de On ne sait pas encore à quel concours de circonstances la princesse Hâïtshôpou, fille de Thoutmôs I, dut d’être reine ou régente de l’Égypte pendant une partie de la vie de ses deux frères Thoutmôs II et Thoutmôs III[36]. Qu’elle ait été portée au pouvoir par l’usurpation ou par un droit héréditaire, il est certain qu’elle l’exerça glorieusement. Il semble que vers le milieu de son règne[37], sa piété lui inspira le désir ardent durer chercher au pays même qui les produisait, les aromates qu’elle offrait aux dieux. Comme toujours, la volonté royale se fit connaître sous forme d’un décret divin. La reine, à qui Ammon a légué en héritage le trône des deux pays[38], et la royauté du Midi et du Nord, à qui il a donné le circuit parcouru par le soleil[39], et ce qu’enserrent Sib et Nout, si bien qu’on ne se révolte plus contre elle aux contrées du Midi, qu’on ne se ligue plus contre elle aux contrées du Nord[40], mais que le ciel, toutes les régions étrangères que Dieu a créées, la servent, le cœur soumis, la tête inclinée, leurs cadeaux sur leur échine et lui présentent leurs enfants pour que leur soient donnés les souffles de vie[41], s’adressa au dieu son protecteur. Les supplications du souverain, v. s. f.[42] montèrent jusqu’au trône du maître [de Karnak][43], et on entendit un ordre dans le sanctuaire, un mandement du dieu lui-même, à l’effet d’explorer les voies qui mènent à Poun et de parcourir les chemins qui mènent aux échelles de [l’Encens][44]. C’était un véritable voyage de découvertes qu’il s’agissait d’entreprendre, et le discours de félicitations qu’Ammon adresse à la reine, au retour de l’expédition, montre combien était vague l’idée qu’on se faisait d cette époque des côtes lointaines de la mer Érythrée. Je t’ai donné Poun, dit le dieu, personne ne connaissait jusques [aux terres des] dieux[45], le Tonoutri, personne n’était monté aux Échelles de l’Encens[46], personne des Égyptiens[47] ; mais on en avait entendu parler de bouche en bouche[48], dans les récits des gens d’autrefois[49]. Cette ignorance des Égyptiens nous a été profitable : elle nous a valu du pays une description curieuse que nous n’aurions pas eue sans cela. Les Échelles de l’Encens, c’est un district du Tonoutri, c’est en vérité un lieu de délices. Je l’ai créé. J’y ai mené [tes hommes] avec Mout, Hathor, Ourrit, dame de Pount[50], Oïrthikaou, régente de tous les dieux, et ils prennent des aromates a leur plaisir, ils chargent leurs vaisseaux, à la joie de leurs cœurs, d’arbres à parfums frais, et de tous les produits excellents de cette terre[51]. Les pays à parfums étaient une sorte de contrée légendaire, un paradis terrestre, créé par les dieux et dont les dieux ouvrent ou ferment l’accès à leur gré. Il ne fallut rien moins qu’un ordre exprès d’Ammon pour décider la reine à y pénétrer, ou, pour parler un langage plus clair que le jargon officiel de la chancellerie égyptienne, la reine prit prétexte du service d’Aramon pour ordonner l’exploration des Échelles de l’Encens, et tâcher d’y nouer des relations commerciales. |
[1] Les Égyptiens
donnaient à la mer Rouge et à
[2] Voici les raisons
qui me portent à croire que le nom de Taâou s’applique à Qoçéyr. Dans une
inscription de
[3] Les vallées qui conduisent de Qoçéyr en Égypte sont, si l’on en croit les Abâbdéh, au nombre de six ou sept. (Dubois-Aymé, Mémoires sur la ville de Qoçéyr, p. 25.)
[4] Brugsch, Geogr.
Inschrift., t. II, p. 14 sqq., complété et corrigé, en ce qui concerne
[5] E. de Rougé, Notice de quelques fragments nouveaux de l’inscription de Karnak, p. 19.
[6] Le ver qui sert d’appât au piège tendu par la femme.
[7] Lit. : apportant son odeur de Poun.
[8] M. Chabas (Études sur l’antiquité historique, p. 144-146) se refuse à voir dans le mot égyptien gomi, goumi, le xόμμι des Grecs, d’où est venu notre mot gomme. La raison qu’il en donne est que le mot gomi désigne dans les textes égyptiens un parfum et non pas la gomme arabique. M. Chabas paraît oublier que le mot gomme est un terme vague, désignant d’une manière générale toutes les exsudations de certains végétaux ou de certains fruits : on a la gomme élastique, on a chez nous les gommes du prunier, etc. Les Égyptiens désignaient sous le nom de qomi les gommes de l’arbre à myrrhe, de l’encens et probablement d’antres végétaux odoriférants : ils désignaient encore sous ce nom toutes les solutions aqueuses ou vineuses de ces gommes.
[9] Lit. : Mon cœur est que tu saches [puisses] notre prendre eux.
[10] Pap. Harris 500 (recto), pl. IV, l. 3-5.
[11] Hérodote, I, 1, VII, 89 ; Justin, XVIII, 3, 2. Cf. Histoire ancienne des peuples de l’Orient, 3e édit., 1878, p. 168 sqq.
[12] Brugsch, Geogr. Inschrift., t. II, p. 14 sqq. ; t. III, p. 63, 74.
[13] Mariette, Les listes géographiques des Pylônes de Karnak (texte), p. 60 sqq. ; et Déir-el-Baharî (texte), p. 26 sqq.
[14] Les Μάζυες d’Hécatée de Milet (édit. Didot, Fragm. 304), qu’il ne faut pas confondre avec les Μάξυες d’Hérodote, Mashouash, des monuments. Le fragment est emprunté à Étienne de Byzance, qui fait la confusion : Μάζυες, οί Λιβύης νομάδες Έxαταϊος περιηγήσει. Είσί δέ xαί έτέροις Μάξυες, xαί έτέροις Μάχλυες.
[15] Mariette, Papyrus de Boulaq, t. II, pl. XI, page 2, 1. 4. Cf. Grébaut, L’Hymne à Ammon-Râ des Papyrus de Boulaq, p. 6.
[16] Id., pl. XI, p. I, 1. 4-5. Cf. Grébaut, L’Hymne à Ammon-Râ des Papyrus de Boulaq, p. 4, 60.
[17] Papyrus de Leyde, I, 345, pl. CXXXII, III, 7 ; V, 6 ; Lepsius, Denkm., IV, 65, 85.
[18] On trouve en effet le pluriel.
[19] Mariette, Karnak, pl. XI, 1. 15. Cf. E. de Rougé, Sur divers monuments du règne de Thoutmès III, p. 25.
[20] Dans un texte de
Médinet-Habou,
[21] Aujourd’hui Ouadi’l Hammamât.
[22] Sur ces
expéditions, voir Maspero, les Monuments égyptiens de la vallée de Hammamât,
dans
[23] Qoçéyr à Minièh.
[24] Lepsius, Denkm.,
II, pl.
[25] Le signe uot’ écrit gauchement.
[26] Lit. pour lui ramener des aromates frais des princes chefs de
[27] Iri-n-[i] moten.
[28] Chabas (Voyage,
p. 61) et Brugsch (Dictionnaire géographique, p. 102), ont
[29] Un mot effacé qui m’empêche de comprendre la fin de la phrase.
[30] Lit. Le buisson.
[31] N-ab n t’a mû.... Sens incertain.
[32] Chabas (Voyage, p. 57) a traduit : Je fis des barques de transport, pour ramener toute espèce de produits. J’y fis une grande offrande de bœufs, de vaches et de chèvres. Brugsch a suivi la traduction de Chabas (Geschichte Ægyptens, p. 111). Le texte a bien le mot HAOU, navire, au pluriel, mais tous les mots grammaticaux qui se rapportent à HAOU sont au singulier : Ahâ-n-[i] iri-n-[i] hdou PEN si-n-[i]-sou m khet nibt iri-n-[i]-naw âbt-u otr-t m ehe m aoudou m woû-ou, ce qui prouve qu’il ne s’agit que d’un seul navire.
[33] Lit. : je conduisis lui en toute sorte de choses.
[34] Adebou, lit. : les endroits cultivés, désigne ici les bourgs entourés de champs et de jardins qui sont semés sur la côte d’Afrique et d’Arabie.
[35] Lepsius, Denkm.,
II, pl.
[36] E. de Rongé, Étude des monuments du massif de Karnak, dans les Mélanges d’Archéologie égyptienne et assyrienne, t. I, p. 44-51 ; Mariette, Déir-el-Baharî, p. 35-40 ; Brugsch, Geschichte Ægyptens, p. 278 sqq.
[37] M. Dümichen (Die Flotte einer Ægyptischen Kœnigin, pl. XVIII a, 3) donne une date de l’an IX qui ne se trouve pas dans la publication de M. Mariette. Il me semble que cette date se rapporte à l’expédition de Poun, mais je ne puis pas distinguer si elle marque le commencement de l’entreprise, le retour des navires envoyés, ou la fête d’inauguration du temple construit en commémoration de l’événement. En tout cas, la reine Haïtshopon ayant régné seize années au moins, la date en question nous oblige à placer l’expédition de Poun vers le milieu du règne.
[38]
[39] Shonnit Amon-Râ, lit. : l’encerclé par Ammon-Râ.
[40] Lit. : point rebelles d’elle aux pays du sud, point ligués d’elle aux pays du nord.
[41] Dümichen, Die
Flotte, pl. XVIII, a ; Historische Inschriften, pl. XX, l. 1-6 ;
Mariette, Déïr-el-Baharî, pl.
[42] C’est l’abréviation de la formule vie, santé, force, qui suit tous les noms et titres de la royauté.
[43] Restituer : r-roud n nib[nes-taouï] au pavois du seigneur [de Karnak], d’Ammon.
[44] Restituer : Khetiou n [Antiou]. Mariette, Déir el-Baharî,
pl.
[45] Restituer avec doute : [an-] rekh r-men m-[taou] noutertou.
[46] Kheti-ou nou Antiou. Le mot Échelles (des Aromates) est la traduction exacte du mot Kheti ; cf. nos anciennes Échelles du Levant.
[47] Cette phrase est d’une construction douteuse. Le mot à mot semble donner : Point connaître, jusqu’aux [terres] divines, le Tonoutri ; point monter jusqu’aux Échelles des Aromates, point d’Égyptien.
[48] Restituer : Au-tou [sôtem-tou] m ro n ro.
[49] Mariette, Déir-el-Baharî, pl. 10, 1. 10-11.
[50] La même énumération se retrouve nombre de siècles auparavant, dans le Papyrus de Berlin n° I, l. 209-210. Cf. dans les Mélanges d’archéologie égyptienne, t. II, p. 160.
[51] Mariette, Déïr-el-Baharî, pl. 10, 1. 13-t5. Cf. Chabas, Études sur l’Antiquité historique, p. 157-159.
[52] Il a été admis généralement que les cinq navires représentés à deux reprises sur les bas-reliefs (Mariette, Déïr-el-Baharî, pl. VI ; Dümichen, Die Flotte, pl. I-III) ne sont qu’un spécimen, un échantillon d’une flotte beaucoup plus nombreuse, Eine grosse Zahl von Meerschiffen ward für die lange und beschwerliche Reise zugerüftet. (Brugsch, Geschichte Ægyptens, p. 281.) Voici la preuve du contraire. Le nombre des arbres à encens rapportés vivants par l’expédition est de trente et un (Mariette, Déïr-el-Baharî, pl. VII-VIII). La scène de l’embarquement nous montre quelle était la répartition des arbres sur les navires. 1° Sur le vaisseau déjà parti qu’on voit tout entier de profil, il y a six arbres, soit, pour les trois vaisseaux figurés en cet endroit, dix-huit arbres. 2° Sur le vaisseau en chargement qu’on voit tout entier de profil, il y a cinq arbres, soit, pour les deux vaisseaux figurés en cet endroit, dix arbres. 3° Les hommes qui complètent le chargement de ces deux navires apportent vers l’un deux arbres, vers l’autre un seul arbre. En résumé, il y avait sur quatre vaisseaux vingt-quatre arbres et sept sur un cinquième, ce qui nous donne le chiffre de trente et un indiqué par l’inscription. Si les Égyptiens avaient eu d’autres vaisseaux encore, ils n’auraient pas manqué de ramener à Thèbes un plus grand nombre d’arbres à parfum. Le nombre des arbres et la manière dont ils sont répartis marquent bien que les cinq vaisseaux des bas-reliefs étaient les seuls qui eussent été envoyés au pays de Poun.
[53] Les textes
relatifs à la marine égyptienne ont été étudiés par M. Bernhard Graser dans un
mémoire Das Seewesen der alten Ægypter, qui est en tête des Resultate
de M. Dümichen, t. 1, p. 1-27. J’indiquerai en note les points sur lesquels je
diffère des conclusions auxquelles M. Graser est arrivé. M. Lepage-Renouf,
rendant compte de ce travail et des Resultate de Dümichen, a publié dans
[54] La forme arrondie de la quille est indiquée par les bas-reliefs du tombeau de Ti.
[55] Il est peint en bleu sur l’original, ce qui laisserait croire qu’il est en fer. Cf. Mariette, Description du parc égyptien, 1867, p. 23.
[56] L’aplustre (άφλαστον) des navires grecs ou romains était en bois, et avait une forme différente de l’aplustre des vaisseaux égyptiens.
[57] M. Graser donne la même explication de l’appareil en question, Das Seewesen, p. 17 b.
[58] Les barques ont environ treize fois la longueur d’un des hommes de l’équipage, soit environ vingt-deux mètres. M. Mariette est arrivé par le même procédé au même résultat (Description du parc égyptien, 1867, p. 24-23).
[59] Calculé d’après le rapport entre la hauteur des hommes de l’équipage et la hauteur du navire au-dessus de l’eau. Dans la planche, A-B marque la longueur de la coque ; A’ l’éperon ; B’ l’aplustre ; E le château d’avant ; F le château d’arrière ; a, a, a, les écoutilles ; C, D, les attaches de l’éperon et de l’aplustre ; H, H, le balancier du navire ; G, G, les quatre mâtereaux à corne sur lesquels il passe.
[60] A l’aller, on ne voit sur le pont du navire aucun objet autre que les agrès ; ce qui prouve que les provisions étaient conservées sous le pont. Au retour, pour emporter plus de denrées précieuses de Poun, on a entassé les ballots et les jarres sur le pont, comme l’indiquent les bas-reliefs.
[61] Les dimensions du navire semblent donner à l’espace vide laissé entre le plancher du château-gaillard et le pont ou la coque une hauteur maximum de 30 c. à l’entrée.
[62] M. Graser pense
qu’il y avait sous le pont des cabines où logeait l’équipage. (Das Seewesen,
p.
[63] Les matelots qui rament, le pied appuyé contre le pont, sont découverts à partir du jarret c la hauteur de la muraille au-dessus du pont était donc environ de 40 c. ou au plus de 50 c.
[64] La chaloupe qu’on voit sur le bas-relief est égyptienne et avait dû venir avec l’escadre. Comme aucun des navires qui vont à la voile sur le même bas-relief n’a de canot à la remorque, il faut en conclure qu’en voyage la chaloupe était remontée et déposée sur le pont.
[65] Les soldats qu’on voit sur le rivage dans la planche 5 de Mariette ou les produits de Poun dans le tableau du retour (Mariette, Déïr-el-Baharî, pl. 6).
[66] C’est le nombre que portaient les τριαxόνιοροι des Grecs.
[67] L’estrope est le nœud de corde en forme de couronne dont on entoure et saisit l’aviron pour le maintenir contre le tollet pendant la nage. Estroper est saisir l’aviron au moyen d’un estrope.
[68] Ce mouvement, qui n’a pas toujours été bien rendu par les dessinateurs qui ont reproduit les bas-reliefs de Déïr-el-Baharî, est indiqué sur les originaux, comme le prouvent les photographies que j’ai entre les mains.
[69] C’est par la
comparaison des tableaux de Déïr-el-Baharî avec les tableaux de Médinet-Hibou
que je suis arrivé à déterminer l’usage des ouvertures que M. Graser considère
comme étant les fenêtres des cabines. Les seize ouvertures en question sont en
effet au niveau du pont, et paraissent bien répondre aux sabords de nage des polacres,
felouques et autres bâtiments de
[70] Le montant est formé de deux mâtereaux serrant entre eux une poutre terminée en corne et légèrement inclinée vers le centre du navire, sur laquelle joue le manche de la rame gouvernail. Ce montant est maintenu par des nœuds de corde amarrés le long du plat-bord à l’extérieur du navire.
[71] Les dessins publiés ne montrent qu’un seul timonier. Une photographie, que je dois à l’obligeance de M. Mariette, montre que sur l’original il y en a deux, un pour chaque gouvernail. Dans la planche I, I marque la lisse du plat bord ; b, b, b, etc., les estropes des rames ; Y, Y, les rames-gouvernails ; H’, H’, les montants ; V, Z’, les deux barres ; X’’, le nœud qui maintient les rames contre le montant ; b’, l’estrope de la rame gouvernail ; X’, les cordes qui assurent le montant.
[72] On nomme mât à pible un mât d’une seule pièce.
[73] La gabie était l’espèce de hune dans laquelle se tenait le matelot en vigie xαρχήσιον des Grecs, calcese des marins italiens. L’appareil des tableaux de Déïr-el-Baharî se compose de poutres disposées en forme de botte cubique autour de la tête du mât : si on le compare à la gabie, telle qu’elle est figurée dans les tableaux de Médinet-Raban, on sera porté à conclure qu’il est incomplet, et représente seulement la charpente sur laquelle on élevait la hune réelle. Comme les Égyptiens l’employaient surtout en bataille, pour contenir un frondeur qui dominait le pont du navire ennemi et en abattait les rameurs, il est possible qu’afin de ne pas trop alourdir la tête du mât, on ne dressât le xαρχήσιον qu’au moment même de l’action. Cela expliquerait la différence qu’on remarque entre les vaisseaux de Hâïtshopou et ceux de Ramsès III : l’appareil des premiers reproduit les barres sur lesquelles on élevait la gabie, l’appareil des seconds est la gabie elle-même construite pour la bataille.
[74] Le calcet est à
proprement parler un bloc de bois de forme carrée pour contenir les rouets
servant au passage de la drisse. L’appareil égyptien est formé de fortes
cordes, descendant le long du mat sur une longueur d’environ
[75] Dans la planche, J représente le mât ; X les entrelacs de cordes qui l’amarrent au pont ; Q l’étai et P le faux étai d’avant ; S l’étai d’arrière ; S la vergue ; L la contre-vergue ; M la ligature qui maintient la contre-vergue fixée au mat ; R les drisses de la vergue ; T, T les deux balancines de la vergue ; c’, c’, c’ les balancines auxiliaires ; c, c, c les balancines de la contre-vergue ; U, U’ les bras de la vergue ; V, V’ les bras de la contre-vergue.
[76] La disposition des bras le long des vergues, la forme des voiles, la ligature de la contre-vergue au mât, semblent montrer que les vergues ne devaient jamais faire avec faxe de plus grande largeur qu’un angle de 45° ou de 50° au plus. Aussi les navires ne devaient-ils pas s’élever facilement au vent. Ils ne pouvaient marcher à la voile que vent arrière ou à peu prés.
[77] Iri hi to oïr.
[78] Mariette, Déïr-el-Baharî, pl. 6.
[79] Mariette, Déïr-el-Baharî, pl. 5.
[80] Chabas, Études sur l’Antiquité historique, p. 165 sqq. ; Mariette, Déïr-el-Baharî, p. 27-28.
[81] Les différences de ton peuvent provenir d’altérations dans la matière colorante dont s’est servi l’artiste égyptien.
[82] Mariette, Déïr-el-Baharî, pl. 13-14, 16.
[83] M. Mariette compare la sorte d’armure produite par ces anneaux, au Dangabor des tribus du Congo (Déïr-el-Baharî, p. 29) ; mais le Dangabor se porte au bras, non pas à la cuisse. Je trouve dans un des voyages de Livingstone une description qu’on peut rapprocher plus exactement du tableau égyptien. La sœur de Sébitouané, la plus grande dame de Séshèké, porte à chaque jambe dix-huit anneaux d’airain massif de la grosseur du doigt ; trois anneaux de cuivre au-dessous du genou, etc. . . . . . Le poids de ces anneaux brillants la gêne pour marcher et lui fait mal aux chevilles, mais c’est la mode et l’inconvénient disparaît. Quant à la souffrance, elle est diminuée par un petit chiffon qui entoure les anneaux inférieurs. (Exploration du Zambèze, trad. fr., p. 262.)
[84] Les Égyptiens, n’ayant pas de lettre spéciale pour le son f, le rendaient par un p dans les noms étrangers : Pripou, Φίλιππος.
[85] Cf. la racine FABIHA lætus, hilaris fuit, et comme adjectif FARIHOUN lætus, dont la vocalisation est identique à celle de Farihou.
[86] Le nom est mutilé : peut-être y avait-il Atiti.
[87] Cf. Speke, Les sources du Nil, tr. fr., p. 183, Schweinfurth, Au cour de l’Afrique, tr. fr., t. I, p. 282 ; Chabas, Études sur l’Antiquité historique, p. 154 ; Mariette, Déïr-el-Baharî, p. 30.
[88] C’est ce que dit l’inscription tracée au-dessus de l’âne : L’âne qui porte l’épouse du chef. (Mariette, Déïr-el-Baharî, pl. 5.)
[89] Dümichen, Die Flotte, p. t7-18 ; Mariette, Déïr-el-Baharî, p. 14 sqq. ; Chabas, Études, p. 152, 170 ; Brugsch, Geschichte Ægypten, p. 281 sqq.
[90] Mariette, Déïr-el-Baharî, pl. 6 ; Dümichen, Die Flotte, pl. I.
[91] Dümichen, Die Flotte, p. 18.
[92] Chabas, Études sur l’Antiquité historique, p. 170.
[93] On en trouve dont
le tronc atteint jusqu’à
[94] Nouhit-ou nou ânti-ou, nom que les Égyptiens donnaient aux arbres producteurs de parfums.
[95] Mariette, Déïr-el-Baharî, p. 26 sqq. ; Les listes géographiques du temple de Karnak, p. 60 sqq.
[96] C’est ainsi que doit être lu ce nom, au lieu de Arama : l’œil a en effet la valeur réelle de iri, ili. Le nom a été identifié avec celui du pays d’Amara (Mariette, Les listes géographiques des pylônes de Karnak, p. 53). Je ne puis pas admettre cette identification qui : 1° ne tient pas compte de la vocalisation en i du nom Ilim, Irim ; 2° nous oblige à admettre une interversion de lettres entre m et r. Le pays d’Ilim devait être au bord de la mer, puisqu’il est mis en rapport avec Poun, qui est également un pays maritime.
[97] Périple de la mer Érythrée, édit. Müller, §§ 7, 9 et 10.
[98] L’ordre n’en est pas le même dans tous les géographes. Voir Artémidore d’Éphèse dans Strabon, p. 774. Le Périple de la mer Érythrée, mal conservé en cet endroit, passe assez rapidement sur cette région, et arrive aussitôt au cap Elephas.
[99] Voyez la carte de Müller (Petits Géographes grecs, t. I, pl. XII), où sont marquées les dimensions de la rivière identifiée au fleuve Elephas.
[100] Périple de la mer Érythrée, § 11. C’est du cap Elephas (Ras et Fïl) qu’il s’agit.
[101] Hagenmacher, Reise im Somali-Lande, p. 27.
[102] Mariette, Déïr-el-Baharî, pl. 5.
[103] Mariette, Déïr-el-Baharî, pl. 5.
[104] Mesurée toujours d’après la taille moyenne des hommes de l’équipage.
[105] Lit. : depuis le paout de la terre.
[106] Lit. : par la grandeur des esprits de ce dieu.
[107] Mariette, Déïr-el-Baharî, pl. 6.
[108] La reine prend tantôt les formes masculines des titres de la royauté, tantôt les formes féminines. Ici elle a mêlé les deux, et toutes les phrases de l’inscription présentent un amalgame curieux de masculins et de féminins, se rapportant indifféremment à la même personne.
[109] Lit. : La première fois de faire le bonheur de mesurer.
[110] Un des noms de Thot.
[111] La déesse des livres et des comptes.
[112] Toutes les pierres précieuses, et en général toutes les substances minérales de couleur verte, émeraude, aigue-marine, malachite, etc.
[113] Mariette, Déïr-el-Baharî, pl. 7-8.
[114] Mariette, Les listes géographiques du Pylône de Karnak, p. 60 sqq.
[115] E. de Rougé, Notice de quelques fragments de l’inscription de Karnak, p. 19.
[116] Mariette, Déïr-el-Baharî, p. 28, note 1.
[117] Le nom national de l’Égypte.
[118] Une lacune.
[119] Brugsch, Recueil de Monuments, t. II, pl. LVII, 3 ; Mariette, Monuments divers, pl. 88.
[120] Pline, Hist. Nat., IV, ch. 34.
[121] C’est à Médinet-Habon que figure le nègre de Poun. Cf. Brugsch, Geogr. Inschrift., t. II, p. 15. Le mot nègre, dans un texte égyptien, ne s’applique pas nécessairement aux seuls peuples de race nègre : il peut s’appliquer aux tribus de teint foncé et tirant sur le noir qu’on trouve dans la partie orientale de l’Afrique.
[122] Lit. : et des baris devant elles. Le bari (βάρις) était le nom du navire de plaisance égyptien ; ce doit être ici le nom des navires de commerce par opposition aux navires de guerre, monshou.
[123] Kat-ou.
[124] Shos-ou m tonnou.
[125] Lit. : Leurs chefs d’archers de galères en elles.
[126] R sadebeh-ou, lit. : pour les fournir.
[127] Olp m khet-ou himi-t an r-tot-sen aou m tonnou nib ma t’eb-ou, lit. : des choses d’Égypte, sans limites, en toute sorte comme myriades.
[128] Ici, la mer Rouge. Ce nom n’est connu par aucun autre texte.
[129] An khâmou set dou out’a kher hiri, lit. : Point abattre elles mal, saines et sauves par garder. Le mot khâmou, déterminé par le bras, est nouveau en ce sens d’abattre. Il paraît se rattacher à la même racine que khâmou, laisser tomber, appuyer [son bras] sur....
[130] Le nom est ici au pluriel, comme le prouvent et la réduplication du signe TO, et les pronoms pluriels sen qui suivent.
[131] Otep ma t’ebou an r-tot-sen.
[132] M. hirti, de HA, passer outre, défiler, monter vers.....
[133] Set Qoubti, lit. : la contrée étrangère de Qoubti. On donnait ce nom à toute la partie du désert qui se trouve entre la mer Rouge et l’Égypte, celle qui dépend de Khem, dieu de Coptos, et dans laquelle se trouvent les carrières de Hammâmat.
[134] N hir-ou et plus haut (l. 12) m hir-ou, lit. : de leur face, eux-mêmes, en personne.
[135] Cette indication n’est pas dans le texte ; je l’ai introduite pour l’intelligence du passage. C’est en effet aux dieux d’Héliopolis que Ramsès III fait les donations dont il est question au Papyrus Harris.
[136] Papyrus Harris, pl. 77, I. 8, - pl. 78,
1. 1. Cf. Chabas, Recherches pour servir
à l’histoire de
[137] Papyrus Harris, pl.
[138] Le nom de
[139] Papyrus Harris, pl. 48,l. 6.
[140] Lit. : pour entourer (RER, aller en procession autour) ton peuple en parfum de Poun.
[141] Lit. : pour tes narines vénérables.
[142] Un des noms de Memphis (?).
[143] Papyrus Harris, pl.
[144] Même image que dans le passage cité plus haut.
[145] Papyrus Harris, pl.
[146] Papyrus Harris, pl.
[147] Cf. Champollion, Notices, t. I, p. 365, à Medinet-Habou, la mention et la représentation des gommes de Poun et des gommes du Tonoutri.
[148] Papyrus Harris, pl. 33 b, l. 12 ; pl. 70 b, l. 14.
[149] Lit. : Ils ne trouvaient point de quoi boire en montant et en descendant en eau d’outre.
[150] Stèle des mineurs d’or, l. 9-11.
[151] Le dieu Khem de Coptos.
[152] Lepsius, Denkmæter, III, pl.
[153] I Rois, IX, 26-28 ; X, 11-12, 22 ; II Chron., VIII, 18 ; IX, 10-11.
[154] I Rois, XXII, 49 ; II Chron., XXI, 35-37.
[155] Hérodote, IV, 42 ; cf. Peschel, Geschichte der Erdkunde, p. 18 sqq.
[156] Hérodote, II, 158.