HISTOIRE DU ROYAUME D'AUSTRASIE

TOME TROISIÈME

 

CHAPITRE XIII. — SIGISBERT IV (654-656). - CHILDEBERT II (656).

 

 

Dagobert n'eut pas à se louer du parti qu'il avait pris. Soit impuissance, soit mauvaise volonté, les Saxons n'arrêtèrent pas les courses des Winides. La Grande Germanie fut continuellement exposée à leurs ravages pendant les années 652 et 633, et le roi des Francs, s'arrachant encore une fois, mais bien malgré lui, aux délices de son palais, se rendit à Metz, dans les premiers mois de l'année 634, pour arrêter les mesures que les circonstances exigeaient. L'Austrasie était alors fort agitée. Les Ripuaires ne pouvaient se résigner à obéir à un roi qui résidait loin d'eux et les laissait exposés aux insultes d'un peuple barbare. Ils murmuraient aussi contre les énormes impôts que Dagobert exigeait, et le bruit courait que s'ils avaient été défaits à la bataille de Wogastisburc, c'est qu'ils l'avaient bien voulu[1]. Il parait même qu'il y eut en Austrasie, à une date que nous ne pouvons préciser, mais probablement en 633, des troubles assez graves ; car le biographe de saint Serenus rapporte qu'une partie de l'exercitus des Francs se souleva, et c'est dans cette affaire que se trouva compromis le saint dont nous parlons, et qui appartenait à une famille illustre de la cité de Metz. La révolte fut, au reste, durement comprimée, et Serenus fut vendu comme esclave, pour le prix de cinq solidi aurei, au duc Boso, lequel consentit plus tard à lui rendre la liberté[2].

Dagobert convoqua dans la ville de Metz une assemblée générale des prélats et des seigneurs, et, après avoir pris leur avis, il déclara solennellement qu'il cédait le royaume d'Austrasie à son fils Sigisbert, qui, étant né vers la fin de l'année 630, devait avoir alors trois ans et quelques mois[3]. En faisant cette déclaration, qui dut lui conter, le roi ne renonça pas à tous les territoires qui avaient autrefois dépendu de l'Austrasie, et il abandonna seulement à son fils la Germania Prima, la Germania Secunda, la Belgica Prima, les diocèses orientaux de la Belgica Secunda, et les portions de la Grande Germanie qui reconnaissaient l'autorité des rois Francs. Mais, deux ans après, Dagobert, qui sentait ses forces diminuer, voulut, avant de mourir, prévenir tout différend entre ses fils et convoqua pour le 23 mai 636, dans le palais de Bigargium, près de Paris, les évêques, les grands (primates) des royaumes de Neustrie, de Bourgogne et d'Austrasie, et même les abbés des principaux monastères. Entouré de tout l'appareil de la royauté et assis sur un trône d'or, il ouvrit l'assemblée par un discours, dans lequel, après avoir imploré la clémence de Dieu, qu'il appela regnator Olympi, comme les poètes païens, il confirma solennellement ses donations, en faveur des églises et déclara que, pour obvier aux difficultés dans le partage de sa succession, il disposait à l'avance que ses deux fils (dulcissimi filii) auraient des sortes égales dans ses trésors et dans les territoires formant la monarchie des Francs[4]. En conséquence, comme le royaume d'Austrasie, même en y comprenant la Grande Germanie, n'avait pas autant d'importance ni de population que les royaumes de Neustrie et de Bourgogne, quoiqu'il eût à peu près autant de superficie, Dagobert décida que Sigisbert serait mis en possession de toutes les civitates qui avaient dépendu de l'Austrasie, sous les règnes de Childebert I et de Théodebert II. Il déclara néanmoins que le ducatus Dentelini resterait définitivement annexé à la Neustrie[5]. Bien que les Austrasiens attachassent un grand prix à la possession de ce duché qui couvrait, du côté de l'ouest, les civitates de Laon et de Châlons, ils furent obligés d'acquiescer aux résolutions de Dagobert ; et c'est pour la dernière fois que l'on rencontre dans les historiens le nom du ducatus Dentelini, objet de tant de discussions entre les savants.

Les civitates que Dagobert cédait ainsi à son fils allié ne lui furent, probablement, remises qu'après le décès du roi ; mais, pendant les années qui suivirent ce dernier évènement, on voit Sigisbert IV tranquille possesseur non seulement des deux diocèses de Laon[6] et de Trajectum-ad-Mosam[7], les plus occidentaux de l'Austrasie, mais encore des civitates des Arverni[8], de Cahors[9], du Mans[10], de Poitiers[11], de Nantes[12], de la Provincia Massiliensis[13] et de plusieurs autres contrées du midi[14].

En confiant à un enfant de trois ans un pays aussi important que l'Austrasie, Dagobert n'oublia pas d'y constituer un gouvernement ; mais les craintes que lui inspirait l'esprit remuant de beaucoup de ripuaires ne lui permirent pas de confier cette charge à l'homme le plus capable de la supporter avec honneur, à Pépin de Landen. Quoique celui-ci eût toujours évité de donner au roi le moindre ombrage, et qu'il lui eût rendu de grands services, notamment lorsque Dagobert entreprit de réunir sous son sceptre tous les royaumes Francs, il n'avait pu échapper aux traits empoisonnés de l'envie. Certains courtisans ne cessaient de représenter au roi que nul homme n'était plus puissant et plus adroit que Pépin ; que sa famille était extrêmement populaire en Austrasie, et qu'il ne manquerait pas de se présenter telle circonstance où le maire du palais serait en mesure d'évincer Sigisbert et de prendre sa place. Bien que Dagobert n'ajoutât pas une foi entière à de pareilles accusations, il donna toutefois une demi-satisfaction à leurs auteurs, et, prétextant qu'il ne pouvait se priver des sages conseils de Pépin, il lui ordonna de rester en Neustrie, et il retint de même dans une honorable captivité plusieurs des principaux seigneurs austrasiens[15].

L'administration du royaume de Sigisbert fut confiée par Dagobert à Adalgisus ou Adalgisilus, comte du palais[16], et à saint Chunibertus, évêque de Cologne ; mais il est vraisemblable que Theudefridus évêque de Toul eut quelque part au gouvernement[17], ainsi que saint Amandus ou Amand, qui était, comme nous l'avons dit, chargé de l'éducation du jeune prince. Il se fit aider dans cet emploi, pour tout ce qui concernait les exercices du corps, par un domesticus appelé Vro ou Uro[18], et, de son côté, il ne négligea rien pour former le cœur et l'esprit de son élève. C'est pour lui qu'il composa cette admirable instruction, que le cardinal Maï a découverte et publiée dans sa Nova scriptorum veterum collectio[19], et nous verrons bientôt que Sigisbert IV répondit aux soins d'un instituteur aussi vertueux et aussi éclairé.

Les Austrasiens ne perdirent rien à être de nouveau séparés de la Neustrie et de la Bourgogne. Leurs troupes bien dirigées réprimèrent enfin les brigandages des Winides, et Samo, dont le règne fut, du reste, très-long, n'osa désormais rien entreprendre contre les états de Sigisbert[20]. De plus, les Austrasiens n'eurent pas à supporter davantage les folles dépenses de Dagobert Ier, et leurs églises furent à l'abri de ses spoliations.

Ce malheureux roi, oubliant, en effet, les sages conseils de saint Arnulfus et de Pépin de Landen, se livrait de plus en plus à son goût pour les femmes. Il en vint à posséder un véritable harem. Trois de ses concubines, Nanthildis ou Nantechildis, Wlfegundis et Berchildis, étaient décorées du titre de reines ; les autres, dont le nombre parait avoir été assez considérable, sont simplement mentionnées par Frédégaire[21], qui n'ose évidemment s'appesantir sur un pareil sujet. L'entretien de ce harem, et les prodigalités de tout genre dont le roi de Neustrie avait pris la fâcheuse habitude, finirent par lui causer de sérieux embarras financiers, et, non content d'augmenter les impositions, il dépouilla plusieurs églises[22] ; ce qui mécontenta le clergé. En même temps, il négligea le soin de rendre lui-même la justice[23], et l'admiration que les peuples avaient eue d'abord pour lui commençait à se changer en mépris et en aversion, lorsqu'il tomba malade et mourut, au mois de janvier 638, à l'âge d'environ trente-huit ans[24].

Son second fils, Clovis II, fut immédiatement proclamé roi de Neustrie et de Bourgogne ; mais comme il n'avait encore que quatre ou cinq ans, sa mère Nantechildis, femme d'origine saxonne, et le maire du palais, Ega ou Æga, se partagèrent la régence[25].

Pépin de Limden et les seigneurs austrasiens que Dagobert avait retenus comme otages s'empressèrent de retourner dans leur patrie. Pépin reprit l'exercice de ses fonctions de maire et pria saint Chunibertus de rester auprès de lui, pour l'aider de ses conseils. Adalgisus, comte du palais, fut élevé au rang de duc, et la joie fut générale en Austrasie, où l'on désirait ardemment le retour de Pépin. Les civitates de l'ouest, du centre et du midi qui devaient entrer dans la sors de Sigisbert lui furent abandonnées par Ega, et, sur la demande de Pépin, le trésor que Dagobert avait laissé fut divisé en trois parts égales : une pour la reine Nantechildis, une pour Clovis II, et la troisième pour le roi d'Austrasie. Cette dernière fut transportée à Metz, par les soins du maire du palais, et inscrite dans l'inventaire (describidur) du trésor royal[26]. La parité fut de la sorte établie entre les deux frères, et le royaume d'Austrasie se trouva, sous le triple rapport de l'étendue, de la population et de la richesse, égal aux royaumes de Neustrie et de Bourgogne[27].

La joie que le retour de Pépin avait causée en Austrasie ne fut pas de longue durée ; car cet homme de bien mourut l'année suivante (639), à l'âge d'environ cinquante-neuf ans, après avoir rempli les fonctions de maire du palais pendant vingt-cinq ans selon divers historiens, ou pendant quatorze années seulement d'après l'opinion la plus plausible. La douleur fut universelle dans le vaste royaume qu'il administrait. Les Australiens se plaisaient à rappeler sa bonté, son désintéressement, son amour pour la justice, et on n'entendait que des imprécations contre les misérables qui avaient empoisonné une partie de la vie de ce grand homme par leurs calomnies, et tenté de faire retomber sur lui la responsabilité de leurs propres méfaits, tandis qu'il avait toujours dissuadé Dagobert d'augmenter les impôts, qu'il n'avait cessé de lui faire des représentations sur le désordre de ses mœurs, et qu'il n'avait jamais formé, ni pour lui-même, ni pour sa postérité, aucun rêve d'ambition illégitime[28].

II avait épousé Itta, sœur de saint Modoaldus, métropolitain de Trèves. Après la mort de son mari, elle se retira dans l'abbaye de Nivialla ou Nivelles, qu'elle avait fondée ou qu'elle fonda vers cette époque, et dont sa fille Gerthrudis ou Gertrude devint abbesse. Itta y fit transporter les restes de son époux que l'on avait d'abord inhumés dans la villa de Landen[29], prit elle-même le voile et survécut douze années à Pépin. Elle avait montré, toute sa vie et notamment pendant sa retraite à Nivia/la, tant de vertus, que ses contemporains lui décernèrent le titre de bienheureuse. Elle donna au monastère dont nous venons de parler des biens très-considérables, situés dans l'Aquitaine, sa patrie, et dont les religieuses de Nivelles finirent par être dépouillées[30].

Pépin de Landen laissa de son mariage avec Itta un fils, nommé Grimoaldus ou Grimoald ; Gertrude, abbesse de Nivelles, et une autre fille, appelée Begga, qui épousa Ansegisus ou Ansegilinus fils de saint Arnulfus, évêque de Metz.

Grimoald était jeune encore au moment de la mort de son père ; mais l'ambition avait chez lui devancé les années, et il éprouva un vif mécontentement en voyant les fonctions de maire, qu'il s'était habitué à regarder comme son patrimoine, passer en d'autres mains que les siennes. Son compétiteur, qui ne devait pas être beaucoup plus âgé que lui, était un leude nommé Otto, dont le père, appelé Bero, Uro, Vro, Viro, Ero et Aro dans les divers manuscrits de Frédégaire[31], remplissait les fonctions de domesticus et avait été chargé, par saint Amandus, de former le jeune roi aux exercices du corps. Cet emploi, qui mettait Uro en relations continuelles avec Sigisbert, lui permit, sans doute, de faire réussir les prétentions de son fils, et, malgré l'ambiguïté des termes employés par Frédégaire[32] et par le biographe de sainte Gerthrudis[33], il parait bien certain qu'Otto fut nommé maire du palais.

Grimoald fut obligé de patienter pendant quatre ou cinq ans ; mais il ne cessa de travailler dans l'ombre à la perte de son rival. Enfin, Otto fut assassiné, en 642 ou 643, par Leutharis duc des Alamanni. L'histoire ne nous apprend pas quel fut le motif ou le prétexte de ce meurtre ; mais Frédégaire ne dissimule pas que Leutharis était ami de Grimoald, et la conduite que ce dernier tint plus tard ne permet guère de supposer qu'il ait été complètement étranger à l'assassinat d'Otto[34].

Quoiqu'il en soit, Grimoald réalisa enfin le premier rêve de son ambition. Il fut créé maire du palais, grâce aux souvenirs que son père avait laissés et aux recommandations de saint Chunibertus, évêque de Cologne. Ce vénérable prélat, qui se faisait une illusion complète sur le caractère du fils de Pépin, l'aida à s'emparer de l'autorité et continua à le servir de ses conseils, jusqu'au moment où il découvrit combien il s'était trompé et combien Grimoald ressemblait peu à son père[35]. Il se retira alors dans son diocèse, où il resta jusqu'à sa mort, arrivée en 663 ou 664. Ce prélat ne fut pas le seul dont Grimoald feignit d'abord de solliciter et de suivre les avis. Il consultait également Numerianus métropolitain de Trèves[36] et Lando métropolitain de Reims[37].

Une des circonstances qui facilitèrent l'exécution des projets ambitieux du fils de Pépin fut, bien certainement, le triste rôle que le maire Otto fit jouer à l'Austrasie dans une guerre contre la Thuringe. Depuis plus d'un siècle, les habitants de cette contrée étaient gouvernés par des ducs qui reconnaissaient la suprématie des rois austrasiens, et lorsque ceux-ci avaient une guerre à soutenir, le duc de Thuringe leur envoyait ou leur amenait lui-même son contingent. Les Thuringiens n'avaient, au reste, fait que peu de progrès dans la voie de la civilisation, et ils étaient encore presque tous plongés dans les ténèbres du paganisme. Vers l'époque de la guerre contre les Winides, Dagobert avait confié l'administration de la Thuringe à un duc nommé Radulfus, fils de Chamarus, qui devait être un austrasien, bien que Frédégaire ne le dise pas. Cet homme, aussi habile qu'il était ambitieux, ne négligea rien pour rétablir l'ordre et faire renaître la prospérité dans son gouvernement. Il lutta courageusement contre les Winides et les autres tribus slaves, qui faisaient des incursions continuelles sur son territoire ; il les battit plusieurs fois, et il vendit une si grande quantité de captifs, que leur nom de slavi ou sclavi a fini par donner naissance à notre moi esclave. Assuré de l'affection des Thuringiens et fier de ses victoires, Radulfus avait commencé, vers la fin de la vie de Dagobert, à mépriser l'autorité et les ordres d'Adalgisus, qui gouvernait l'Austrasie, en l'absence du maire Pépin de Landen. On ferma, pendant quelque temps, les yeux sur la conduite d'un homme qui avait rendu de grands services, et qu'il était, d'ailleurs, difficile d'aller attaquer chez lui. Mais, en 640, le maire Otto résolut de lui déclarer la guerre et de le renverser. A cet effet, il convoqua tous les ducs et les comtes qui administraient les cités, et il réunit une armée considérable. Il voulut que le roi l'accompagnât, malgré son jeune âge — il n'avait que dix ans. Quand on eut franchi le Rhin, on fut rejoint par les contingents des peuples vassaux, c'est-à-dire par les Alamanni et les Bajuvarii, et on se dirigea vers la forêt Buchonia, qu'il fallait traverser tout entière pour entrer dans la Thuringe. Avant d'avoir atteint la lisière de cette forêt, on rencontra les ennemis. Ce n'étaient pas encore les Thuringiens, mais les soldats d'un seigneur nommé Faro ou Farus. Frédégaire ne dit pas quel était ce personnage, et il fait seulement observer, sans autre explication, qu'il était fils de Chrodoaldus. Or, l'historien ne mentionne dans son ouvrage[38] d'autre Chrodoaldus que celui dont le roi Dagobert Ier avait ordonné la mort, et qui appartenait à la famille Ayglolfinga. On est donc naturellement porté à croire que Farus ou Faro devait le jour à ce Chrodoaldus ; que, malgré les fautes et le supplice de celui-ci, il avait obtenu un gouvernement dans la partie de la Grande Germanie où se trouvaient encore plusieurs ripuaires, ou que, sans avoir un gouvernement, il avait conservé les immenses propriétés territoriales de son père, et que le ressentiment et la soif de la vengeance le portèrent à devenir le complice de Radulfus. Quoiqu'il en soit, la lutte contre Faro ne fut pas longue : sa petite armée fut taillée en pièces ; lui-même périt dans le combat, et ceux de ses partisans qui échappèrent au carnage furent réduits en servitude. Il paraît néanmoins que sa race ne fut ni exterminée, ni même ruinée ; car, selon divers écrivains, elle devint la souche de l'illustre famille des Welfs et d'autres maisons allemandes, qui jouèrent un grand rôle au moyen-âge[39].

Les Austrasiens, enivrés de ce premier triomphe, jurèrent de ne faire aucun quartier à Radulfus et traversèrent avec précipitation la forêt Buchonia. Mais parmi les ducs et les comtes qui venaient de déclarer une guerre à mort à Radulfus, plusieurs avaient été secrètement gagnés par ses présents ou ses offres, et lui avaient promis de ne rien négliger pour faire échouer l'expédition dirigée contre lui. Lorsque l'armée austrasienne déboucha de la forêt, elle aperçut les Thuringiens fortement retranchés sur les bords de l'Unestrudis, aujourd'hui l'Unstrutt, rivière qui se jette, près de Naumbourg, dans la Saale, un des affluents occidentaux de l'Elbe. Ils avaient amené avec eux leurs femmes et leurs enfants, afin de les soustraire à la cavalerie de Sigisbert, laquelle parcourait le plat-pays, et ils avaient protégé leur camp par d'immenses abatis, qui en rendaient l'accès très-difficile. Les Francs entourèrent cette espèce de forteresse, et Sigisbert ou, pour mieux dire, le maire du palais assembla un conseil de guerre afin de délibérer sur le parti qu'il fallait choisir. Plusieurs chefs étaient d'avis de laisser reposer les troupes et de n'attaquer l'ennemi que le lendemain ; d'autres, au contraire, voulaient engager le combat au moment même ; le jeune Sigisbert, qui était présent, n'osa donner un ordre positif de s'avancer ou d'attendre, et on se sépara sans rien conclure. A l'instant, Bobo duc des Arverni, qui commandait un corps considérable sous les ordres du duc Adalgisus, ancien comte du palais, Ænovalaüs comte du pagus Segintensis et d'autres chefs firent prendre les armes à leurs troupes et marchèrent vers l'entrée du camp des Thuringiens. Radulfus prévint leur attaque, fit une sortie à la tête de ses meilleurs soldats, renversa les corps austrasiens qui étaient mal en ordre et en fit un grand carnage. Pendant ce temps, la plupart des généraux de Sigisbert demeuraient immobiles et simples spectateurs du combat dans les positions qu'ils occupaient, et on remarqua surtout la mauvaise volonté que montra le comte de la civitas de Mayence. Grimoald et le duc Adalgisus, qui avaient prévu, dès le premier moment, la funeste issue d'une bataille engagée avec si peu d'ensemble, étaient restés près du jeune roi, et quand ils jugèrent que les Thuringiens étaient définitivement victorieux, ils le firent monter à cheval et l'entraînèrent loin du théâtre de la lutte. Frédégaire raconte que Sigisbert fondait en larmes, et la chose n'a rien qui doive nous surprendre ; car un pareil spectacle était bien propre à consterner un enfant, dont l'âme était douce et sensible, et qui voyait ses plus fidèles serviteurs tomber sous les coups de l'ennemi. On compta, en effet, au nombre des morts le duc Bobo et le comte Ænovalaüs, et les Thuringiens tuèrent aussi le domesticus Fredulfus, qui passait pour être tout dévoué à leur chef. Ce dernier, content de sa victoire, ne poursuivit pas les Austrasiens, et Sigisbert put revenir passer la nuit dans sa tente. Le jour suivant, on entama des négociations avec Radulfus, qui promit tout ce qu'on lui demanda, bien décidé à ne tenir plus tard aucun compte du traité. Effectivement, l'armée austrasienne n'eut pas plutôt repassé le Rhin, que le duc des Thuringiens agit comme avant la guerre. Prodigue de protestations de soumission et de fidélité envers le roi, il se conduisait réellement en véritable souverain ; et, comme il craignait toujours une nouvelle expédition des Francs, il fit la paix avec les Winides et les autres peuples slaves, afin de n'être pas attaqué de deux côtés à-la-fois[40].

Ses craintes étaient, du reste, chimériques ; Sigisbert ne songea plus à lui faire la guerre, et les hostilités que nous venons de raconter furent même les seules qui eurent lieu sous son règne. Tranquille du côté de la Germanie, où Radulfus tenait les Slaves en respect[41] ; vivant en paix avec la Neustrie et la Bourgogne, que les maires du palais Ega, Flaochatus et Erchinoaldus gouvernèrent pendant la longue minorité de Clovis II[42], il laissa Grimoald administrer l'Austrasie, se réservant seulement à lui-même l'apparence et les honneurs de la royauté, réparant les injustices commises par ses prédécesseurs[43], visitant les diverses provinces de son royaume[44], faisant de grandes aumônes[45], fondant des monastères, enrichissant quelques églises, entretenant un commerce épistolaire avec les prélats les plus vertueux[46], et veillant, avec l'attention la plus scrupuleuse, à ce que les sièges épiscopaux fussent dignement occupés. Il nomma ou fit nommer évêque de Trajectum-ad-Mosam son précepteur saint Amandus, et lorsque ce vénérable prélat se fut démis de ses fonctions, quelques années après, le roi d'Austrasie lui donna pour successeur le gallo-romain saint Remaclus ou Bernacle, originaire de la civitas de Bourges, et dont les parents Albutius et Matrinia étaient renommés pour leur opulence[47].

La rareté des diplômes de Sigisbert IV ne permet plus de mentionner aujourd'hui toutes les donations qu'il fit aux églises. Cependant, nous avons encore l'acte par lequel il concéda à la cathédrale de Nemetes ou Spire le dixième des revenus que produisaient les domaines compris dans la civitas dont cette ville était le chef-lieu[48] ; et c'est à lui, très-indirectement à la vérité, que la cathédrale de Metz fut redevable des immenses propriétés dont saint Trudo se dépouilla en sa faveur. Ce jeune homme, qui était dévoré du désir d'embrasser la vie monastique, consulta saint Remaclus, lequel l'engagea à donner presque tous ses biens au premier-martyr saint Etienne, patron de la cathédrale de Metz, et à ne conserver qu'un seul domaine pour y établir un monastère, où il pourrait se retirer[49].

C'est encore saint Remaclus qui exhorta le roi d'Austrasie à fonder les célèbres abbayes de Stabulaus (Stavelo) et de Malmundarium (Malmédy). Elles furent construites, à peu de distance l'une de l'autre, dans deux clairières de la forêt domaniale des Ardennes. On a cru longtemps que ces clairières étaient au milieu d'un désert ; mais on se détrompe en lisant un diplôme de Childéric II, où l'on voit qu'il y avait dans les environs des villœ, des habitations rustiques, des bois appartenant à des particuliers ; que l'on avait établi dans les ruisseaux des vennœ ou barrages pour prendre le poisson, et que ces ruisseaux, les chemins et tous les cantons de la forêt avaient des noms, comme aujourd'hui[50]. Partout les bois étaient entrecoupés de riantes prairies, dont la fraîcheur était entretenue par des fontaines abondantes, et saint Bernard, qui visita ce pays, au XIIe siècle, en vante la beauté. Eloge dont on n'est pas surpris quand on sait avec quelle intelligence les fondateurs des monastères en ont choisi les sites, et quand on a parcouru soi-même quelques-uns de ces lieux, qui nous charment encore, malgré les ruines entassées par les révolutions. Le roi d'Austrasie voulut doter richement les deux abbayes nouvelles et leur céda, au milieu de la forêt, un territoire qui s'étendait à la distance de douze milles autour des points désignés pour leur établissement[51]. On construisit immédiatement à Stabulaus et à Malmundarium des basiliques, dans lesquelles on déposa des reliques des saints Pierre, Paul, Jean et Martin ; on éleva des bâtiments pour le logement des religieux, et on disposa qu'ils vivraient selon les institutions des Pères — juxta regulam cœnobiorum vel traditionem Patrum — : expressions vagues qui ne permettent guère de deviner quelle était la véritable règle suivie d'abord à Stavelo et à Malmédy, mais qui n'excluent nullement les coutumes des Pères de la Thébaïde. Sigisbert remit à saint Remaclus un diplôme constatant la donation qu'il venait de lui faire, et ce diplôme fut signé par les évêques Chunibertus de Cologne, Theudefridus de Toul, Gisloaldus de Verdun et Attelanus de Laon ; par les viri inlustres Grimoald, Folcoardus, Bobo, Adregisilus, et par les domestici Bertelinus, Garipertus, Flodulfus ou Chlodulfus, Ansigisus ou Ansegisus, ces deux derniers fils de saint Arnulfus évêque de Metz[52]. Saint Chunibertus bénit l'abbaye de Malmundarium, et saint Remaclus celle de Stabulaus ; car ces deux monastères si voisins étaient dans des diocèses différents, étant placés l'un à l'est, l'autre à l'ouest de la ligne qui séparait les civitates de Cologne et de Trajectum-ad-Mosam[53].

Saint Remaclus resta néanmoins le chef des deux communautés, qu'il gouverna d'abord sans abandonner son évêché[54] ; mais, peu de temps après, il obtint du roi la permission de résigner ses fonctions et d'aller demeurer au milieu de ses moines. Il en augmenta considérablement le nombre, et son biographe fait observer que les revenus des monastères s'accrurent dans la même proportion : chose qui n'était pas inutile, car les religieux ne purent tirer d'abord un grand parti de l'immense forêt que le roi leur avait donnée. Sigisbert voulut venir lui-même à leur aide et il leur céda le produit de certains péages, ainsi que la propriété des esclaves du fisc chargés de les percevoir[55]. Dès lors, rien ne mit plus obstacle au développement des deux communautés. On y vit accourir une foule d'hommes de toutes les classes, et même les leudes austrasiens Hadelinus, Theodardus, Sigolinus, Godwinus et Babolenus. Saint Remaclus acheva d'extirper le paganisme, en renversant une statue de Diane et d'autres idoles que l'on voyait encore dans cette partie de la forêt des Ardennes ; il défricha les bois les plus voisins de ses monastères, mit en culture une certaine quantité de terres et gouverna avec sagesse les nombreux moines qui le reconnaissaient comme abbé, jusqu'à sa mort arrivée le 3 septembre 664[56].

Stabulaus et Malmundarium ne furent pas les seuls monastères que Sigisbert établit dans la forêt des Ardennes. Il en fonda un autre, vers le midi de cette forêt, dans un lieu nommé Casa Congidunensis ou Congidunum (plus tard Cugnon) et situé près de la rivière Sesmarus, aujourd'hui la Semoy[57]. Il donna aux religieux les bois qui entouraient le monastère jusqu'à une distance de trois milles, et il les aida à construire une basilique et des cellules ; car ils étaient d'abord si pauvres, que, pendant quelque temps, ils célébrèrent l'office dans une sorte de caverne. Sigisbert IV, qui avait une confiance absolue dans les vertus et les lumières de saint Remaclus, le chargea de gouverner les moines de Congidunum[58] ; et comme il parait que la fondation de cette abbaye est antérieure à celle de Stabulaus et de Malmundarium, on en a conclu, et avec raison, que saint Remaclus fut abbé de Congidunum avant de monter sur le siège épiscopal de Trajectum-ad-Mosam. On suivait dans ce monastère, comme dans les deux autres, une règle qui devait se rapprocher de celle de la Thébaïde ; mais nous ne pouvons penser, avec Dom Calmet[59], qu'elle fût la même que la règle de saint Colomban, et l'on en verra la raison dans un des chapitres suivants.

Sigisbert passe également pour être le fondateur de la célèbre abbaye de Saint-Martin, située près de Metz, sur la rive gauche de la Moselle. Cependant il faut faire observer que, dès les premières années du VIIe siècle, et sans doute longtemps auparavant, il existait en ce lieu une basilique mentionnée par le biographe de saint Romaricus[60], et que cette basilique appartenait peut-être à des moines ; mais le roi augmenta et enrichit le monastère, s'il y en avait un, et ses largesses suffirent pour lui faire donner le titre de fondateur. La même chose arriva aussi, très-probablement, pour quelques-unes des autres fondations qui lui sont attribuées. Notgerus dit formellement que Sigisbert céda de nouveaux domaines à des monastères établis par ses prédécesseurs[61]. S'il avait réellement créé douze monastères, comme le veut Sigebert de Gemblours[62], et même vingt, ainsi que l'assurent Gelenius et d'autres écrivains, on n'en aurait pas oublié les noms. Or, les historiens et les hagiographes ne désignent que les quatre abbayes dont nous avons parlé ; car on ne peut guère ranger au nombre des fondations monastiques la donation d'un domaine nommé Vavrus au gallo-romain saint Alanus, qui abandonna le pagus Herbatilicus, sa patrie, pour venir se fixer dans le nord de la Gaule[63].

Il serait peut-être assez naturel de rappeler ici la part que Grimoald prit à quelques-unes de ces fondations ; mais comme la générosité qu'il montra se rattachait à ses plans ambitieux, il vaut mieux nous occuper d'abord de ces plans eux-mêmes et des circonstances qui les avaient fait naître ou du moins les avaient favorisés.

Quoique Sigisbert IV fût encore un adolescent faible et chétif, il voulut se marier, imitant en cela les princes de sa maison, lesquels avaient presque tous pris des femmes avant d'avoir atteint leur vingtième année ; usage qui ne contribua pas peu à amener rapidement la décadence physique et l'extinction de la race des Mérovingiens. Le jeune prince jeta d'abord les yeux sur Friediburga, fille de Guntzo duc des Alamanni. Walafrid-Strabon, à qui on doit une vie de saint Gallus, un des principaux disciples de saint Colomban, rapporte que Friediburga avait, dans son enfance, été attaquée d'une maladie que l'on regarda comme une possession démo- niaque, dont elle fut délivrée par les prières de saint Gallus[64]. Mais comme Walafrid écrivait seulement dans la seconde moitié du IXe siècle, et que son ouvrage est rempli d'erreurs, on ne doit pas ajouter beaucoup de foi à ce premier récit. Quoiqu'il en soit, le roi d'Austrasie demanda à Guntzo la main de sa fille, et le duc la lui accorda, après avoir pris l'avis de saint Gallus. Friediburga fut amenée à Metz, où l'on fit tous les préparatifs des noces. On était à la veille de la cérémonie, lorsque la jeune fille, qui avait toujours désiré embrasser la vie monastique, profita des ténèbres pour se retirer dans la cathédrale, et, prosternée devant l'autel, elle fit vœu de ne jamais se marier. Il est évident qu'un semblable serment n'avait aucune valeur, puisque Friediburga avait donné un consentement antérieur, qui suffisait pour la validité des fiançailles, et il paraît que le roi, auquel on s'empressa d'aller annoncer la détermination de la fille de Guntzo, ne sut d'abord quel parti prendre ; mais Cyprianus métropolitain d'Arles, qu'une circonstance inconnue avait conduit à Metz, engagea Sigisbert à rendre à Friediburga toute sa liberté. En conséquence, le prince lui fit dire qu'il ratifiait la résolution qu'elle venait d'adopter. Il voulut même, afin de la rassurer entièrement, aller lui en donner l'assurance, et il lui permit de se retirer dans un monastère, qui doit être celui de Saint-Pierre, dont nous rapporterons la fondation dans un autre chapitre. Là, elle prit le voile définitivement, et le roi fit une donation considérable à l'abbaye[65].

Nous n'ignorons pas les objections que l'on peut opposer au récit qui précède. 1° Walafrid dit formellement que le roi qui dut épouser Friediburga était fils de Thierry II. 2° On a soutenu que Cyprianus métropolitain d'Arles n'était pas contemporain de Sigisbert IV, et même que ce personnage n'a jamais existé[66]. 3° On a fait observer que saint Gallus devait être mort à l'époque où se sont accomplis les faits dont il est question ; et 4° enfin que le duc des Alamanni qui vivait sous le règne de Sigisbert IV se nommait Leutharis, et non Guntzo. Mais il n'est pas difficile de répondre à ces quatre objections. 1° Walafrid s'est grossièrement trompé en attribuant un projet de mariage à Sigisbert III, fils de Thierry II. Ce prince, né en 602[67], n'avait pas plus de onze ans lorsqu'il monta sur le trône, et il ne régna que peu de mois. On ne peut donc raisonnablement admettre que Brunehaut ait songé à le marier, et on alléguerait en vain que cette princesse avait voulu par-là lui assurer l'appui du duc des Alamanni ; car on ne voit nulle part que ce dernier ait refusé d'amener son contingent à l'armée de Sigisbert III. 2° Le refus fait par Saxius et par quelques autres écrivains d'admettre Cyprianus dans la liste des métropolitains d'Arles ne prouve aucunement qu'il ne doive pas y figurer. Les auteurs du Gallia Christiana[68] n'ont pas hésité à l'introduire dans leur catalogue entre Florianus, qui siégeait pendant le premier tiers du VIP siècle, et Theodosius, lequel fut déposé en 650, et rien ne s'oppose à ce que l'on prolonge l'épiscopat de Cyprianus jusqu'en 645 ou 646, c'est-à-dire jusqu'à l'époque présumée de la retraite de Friediburga dans l'abbaye de Saint-Pierre. 3° L'argument tiré de la mort prétendue de saint Gallus a moins de valeur encore. Le célèbre solitaire parvint, en effet, à l'âge de quatre-vingt-quinze ans[69] et mourut, d'après Mabillon, le 16 octobre 646, par conséquent après la retraite de Friediburga. 4° Le duc qui gouvernait les Alamanni vers 642 ou 643, et qui tua le maire Otto, se nommait Leutharis et non Guntzo ; mais rien ne prouve que Leutharis ait longtemps survécu à ce meurtre. Il a pu mourir en 645 ou 644 et avoir pour successeur Guntzo, lequel était, probablement, son fils ou plutôt son frère ; et il est vraisemblable que le projet de mariage dont nous venons de parler avait été suggéré au jeune Sigisbert par Grimoald, alors tout puissant, et qui voulait s'acquitter ainsi du service que le parent de Guntzo lui avait rendu deux ou trois années auparavant. Ajoutons encore que l'ancien office de saint Sigisbert IV, sur lequel nous donnerons plus loin quelques détails[70], rapporte au règne de ce prince, et non à celui de Sigisbert III, l'histoire de Friediburga, malgré l'assertion contraire de Walafrid-Strabon.

Le mauvais succès de cette tentative ne découragea pas le roi d'Austrasie, et dès l'année 617 nous le voyons marié à une jeune fille, nommée Himnechildis[71], dont l'extraction est tout-à-fait inconnue. On ne peut pas admettre, en effet, avec Bertholet[72] et quelques biographes de saint Sigisbert[73], qu'Himnechildis fût la sœur de saint Leodegarius ou Léger, évêque d'Autun, et la nièce de Diddo évêque de Poitiers, ni que tous ces personnages appartinssent à la race des Mérovingiens. Adon[74] et l'auteur anonyme d'un fragment historique, publié par Wurtisius[75], assurent cependant que Diddo était parent des Mérovingiens ; mais la preuve du contraire résulte du parti que prit l'évêque de Poitiers lors de l'usurpation de Grimoald.

Il semble qu'Himnechildis ne donna le jour à aucun enfant pendant les premières années de son mariage, et cette circonstance, jointe â la santé chancelante du jeune roi, inspira au maire du palais nue pensée bien ambitieuse : celle de substituer sur le trône d'Austrasie son propre fils aux parents de Sigisbert. Il avait en soin de donner à ce fils, pour lequel il rêvait de si hautes destinées, le nom de Childebert, cher aux Austrasiens, et il parait que le roi ne repoussa pas, d'une manière absolue, les ouvertures que lui fit Grimoald, c'est-à-dire la proposition d'adopter Childebert et de lui laisser la couronne, si la reine Himnechildis n'avait pas de fils. Plusieurs historiens croient même que Sigisbert se lia par une promesse formelle, et que l'affaire était complètement arrangée[76].

Grimoald comprit bien cependant que le consentement du roi ne suffisait pas, et que la mort de Sigisbert arrivant, son frère Clovis II ne laisserait pas la moitié de la monarchie des Francs passer dans une famille étrangère. Le maire du palais s'attacha donc à gagner tous ceux dont l'appui devait le mettre en état de triompher : nous voulons dire les Austrasiens eux-mêmes, l'empereur et le clergé.

Quant aux Ripuaires, il comptait parmi eux beaucoup de partisans, qui n'avaient pas oublié les vertus et la sage administration de Pépin de Landen. Les immenses domaines que Grimoald possédait dans la Belgica Prima et dans la Germania Secunda, et ses fonctions de maire du palais lui assuraient, d'ailleurs, une autorité toute puissante sur une multitude d'individus. Les Gallo-Romains, de leur côté, devaient regarder avec assez d'indifférence l'avènement d'une famille nouvelle, pourvu que cette famille obtint le principatus ou la délégation impériale, sans laquelle on ne pouvait leur commander. Il fallait donc absolument négocier pour se faire accorder la délégation dont il s'agit, et Grimoald ne négligea aucune occasion de se rendre agréable à l'empereur. Ce n'était plus Héraclius qui occupait le trône impérial ; il était mort en 641, et son petit-fils Constant II avait pris les rênes du gouvernement au mois de septembre de la même année. Au lieu de chercher à repousser les Sarrasins, qui lui enlevèrent quelques-unes de ses plus belles provinces, ce prince n'était occupé qu'à propager les erreurs du monothélisme, non seulement dans le partage d'Orient, mais même dans les royaumes des Barbares fédérés. Il ne faut pas croire que les hérésies orientales n'eussent aucun retentissement dans ces royaumes ; elles en avaient, au contraire, beaucoup. Des prêtres et des moines mal famés se prévalaient de l'appui que les empereurs accordaient à certaines hérésies pour tâcher d'en répandre les principes et se créer, de la sorte, une importance dont ils étaient indignes. Le monothélisme surtout, protégé successivement par Héraclius et par Constant II, fit quelques progrès dans le partage d'Occident[77]. Vers l'année 645, on vit arriver dans la Gaule un émissaire, qui était expressément chargé d'y propager cette hérésie[78]. Était-il envoyé par l'empereur ? On a le droit de le supposer ; car Constant devait penser que les rois Francs, soumis à sa suprématie, ne pouvaient décemment se dispenser de partager ses croyances ; et, d'un autre côté, si le personnage que nous venons de mentionner n'avait parlé qu'en son nom, ou n'était pas autre chose qu'un député du patriarche de Constantinople, on n'aurait pas été obligé d'assembler plusieurs conciles pour le réduire au silence. Imitant la courageuse conduite des évêques d'Afrique, lesquels, bien que soumis directement à l'autorité impériale, ne craignirent pas d'anathématiser le monothélisme[79], plusieurs évêques de Neustrie et de Bourgogne se réunirent à Orléans, en 645, firent comparaître devant eux l'émissaire impérial et le confondirent[80]. Un autre concile fut tenu à Nantes, dans le même but, vers le même temps, et par ordre exprès du souverain-pontife[81]. En 650, beaucoup d'évêques neustriens et bourguignons tinrent un troisième concile à Châlons-sur-Saône, publièrent l'anathème fulminé par le pape saint Martin et déclarèrent que rien ne les séparerait de la foi de Nicée et des décrets promulgués par le concile de Chalcédoine[82].

Vers cette époque, les évêques austrasiens voulurent aussi se réunir, afin de faire les mêmes déclarations que leurs collègues ; mais tout-à-coup on leur intima de la part de Sigisbert, de ce prince que ses vertus ont fait ranger au nombre des saints, la défense de quitter leurs diocèses. Le prétexte d'une pareille interdiction était le défaut de l'autorisation royale[83] ; néanmoins, on peut admettre, en faisant abstraction complète de Sigisbert IV, qui fut trompé par Grimoald, que ce dernier s'opposa à la tenue du concile pour ne pas mécontenter l'empereur, avec lequel il devait avoir entamé des négociations. Il est plus facile d'en deviner que d'en connaître positivement le résultat. Mais si l'on se rappelle avec quelle indifférence l'empereur Anastase avait vu, cent quarante années auparavant, Clovis Ier substituer sa race à celle de Sigisbert Ier sur le trône des Ripuaires ; si l'on songe que Grimoald était en mesure de fournir à Constant des sommes considérables, et même de lui promettre des secours efficaces contre les ennemis de l'Empire ; on ne supposera pas aisément que l'empereur ait dû se montrer bien difficile et repousser la demande du maire du palais. Ne pourrait-on pas même voir une trace du succès de Grimoald dans deux passages de la vie- de saint Remaclus, où Sigisbert IV et le maire du palais, placés sur la même ligne, sont qualifiés également de principes[84] ? Et nous avons dit plus haut quel est le véritable sens de cette expression.

La coupable complaisance que Grimoald nous parait avoir eue pour les volontés de l'empereur n'était pas, on le comprend, de nature à lui concilier la faveur du clergé. Aussi le maire ne négligea-t-il rien pour effacer la fâcheuse impression que sa conduite avait pu produire. II eut soin d'entretenir des relations amicales avec les évêques les plus renommés pour leurs vertus et leurs lumières, et ces prélats se montrèrent toujours flattés d'être recherchés par le fils de Pépin de Landen. On a conservé deux des lettres que lui écrivit saint Desiderius, évêque de Cahors. Dans la première, le saint prélat recommande à Grimoald, pour lequel il témoigne beaucoup de considération et même de respect, un abbé nommé Lupus ; dans la seconde, il lui rappelle que Pépin de Landen l'honorait de son amitié ; il le supplie d'arranger d'une manière favorable certaines affaires concernant l'église de Cahors, et il lui demande même, en terminant, de lui faire savoir ce qu'il y a de nouveau en Austrasie, prière qui montre combien leurs relations étaient fréquentes et familières[85]. Le maire tâchait également de profiter du crédit dont jouissaient les fils de saint Arnulfus. Il fit épouser à l'aîné sa sœur Begga et crut l'avoir par-là attaché définitivement à ses intérêts. Le second, nommé Chlodulfus, remplissait, comme son frère, les fonctions de domesticus. Grimoald ne voulut pas le laisser dans cette position secondaire. Godo évêque de Metz étant mort le 8 mai 650, le maire du palais fit élire, pour le remplacer, Chlodulfus, que ses vertus[86] et sa prudence rendaient bien digne des fonctions épiscopales ; et Grimoald se félicita d'une élection qui lui assurait, dans la capitale de l'Austrasie, la présence d'un prélat sur la complicité duquel il comptait, mais à tort, pour le jour où il entreprendrait de mettre à exécution ses desseins ambitieux.

Les grands biens de sa famille lui permirent de s'associer à la fondation des monastères de Stabulaus et de Malmundarium. Un biographe de saint Remaclus, parlant de la dotation de ces deux abbayes, place te maire du palais à peu près sur la même ligne que le roi[87]. Le biographe de sainte Gertrude[88] et Sigebert de Gemblours[89] tiennent exactement le même langage. Il paraît que les basiliques et les autres bâtiments de Stabulaus et de Malmundarium furent élevés aux frais de Grimoald[90], et il donna aux religieux le riche domaine de Germiniacum, situé dans le diocèse de Reims, et qu'il avait lui-même reçu en présent du roi Sigisbert IV[91]. De ce domaine dépendaient deux moulins à eau, alimentés par la Suippe (Supia) ; un vignoble dans un lieu nommé Boterium ou Beterium, aujourd'hui tout-à-fait inconnu, et une terre appelée alors Terune juxta Axinam, et qui doit être Terron-sur-Aisne. Grimoald, pour montrer son affection envers saint Remaclus et ses religieux, disposa que toute infraction à ce qu'il avait réglé serait punie d'une amende d'une livre d'or et de cinq livres d'argent. L'église de Reims eut part également à ses libéralités : il donna à l'abbaye de Saint-Remy la villa de Calmiciacum ou Chaumuzy et celle de Victuriacum ou Vuitry-lès-Reims[92]. Enfin, il dota richement le monastère de Nivialla ou Nivelles, dans lequel sa mère Itta et sa sœur Gertrude avaient embrassé la vie religieuse.

Tant de donations et de combinaisons politiques faillirent rester infructueuses par suite d'un évènement qu'il était facile de prévoir. La reine Himnechildis devint enceinte et mit au monde, dans l'espace de peu d'années, deux fils et deux filles. L'un des fils mourut très-jeune, et on ignore même son nom ; l'autre fut appelé Dagobert, et nous aurons souvent occasion d'en parler dans la suite de notre récit[93]. L'une des filles, qui reçut le nom de Bilichildis, épousa Childéric II, et la seconde, appelée Bova, fut abbesse d'un monastère de Reims[94]. La naissance de ces enfants déconcerta Grimoald, mais ne lui fit pas abandonner ses desseins, et il ne dissimula pas la résolution par lui prise d'en poursuivre l'exécution. Le bruit s'en répandit de tous côtés, et même jusque dans les monastères colombanistes situés au milieu des forêts et des montagnes des Vosges. L'abbaye d'Habendum était encore gouvernée en 653 par son fondateur saint Romaricus, et l'on vit cet ancien serviteur de Théodebert II, ce vieil ami de Pépin de Landen et de saint Arnulfus, quitter sa solitude et se rendre à Metz, pour conjurer Grimoald de renoncer à des projets qui devaient entraîner sa ruine. Le maire du palais, instruit de la venue de saint Romaricus, alla au-devant de lui, à la clarté des flambeaux, le reçut avec le plus grand respect, écouta docilement ses remontrances et ses avis, et lui promit d'y conformer sa conduite. Mais quand saint Romaricus eut repris le chemin de son monastère, Grimoald agit exactement comme si rien ne s'était passé[95].

La santé de Sigisbert IV déclinait de jour en jour, et il mourut enfin le 1er février 656, à l'âge de vingt-cinq ans et quelques mois, et après un règne de près de vingt-deux années. Il reçut la sépulture dans l'église abbatiale de Saint-Martin (près de Metz), dont il était considéré comme le fondateur. Les religieux de ce monastère, interprètes de l'opinion publique, mirent Sigisbert au nombre des saints. Il avait tenu, en effet, une conduite bien différente de celle de ses prédécesseurs. Pieux, sobre, chaste, ami de la justice, protecteur des pauvres, il avait donné, pendant sa trop courte existence, l'exemple de toutes les vertus. Le seul reproche qu'on puisse lui adresser est de s'être abandonné, avec une sorte d'aveuglement, aux conseils et à la direction de Grimoald, et encore ne faut-il pas oublier que Sigisbert IV était encore enfant lorsque celui-ci devint maire du palais, et qu'il eut tout le loisir de s'assurer une autorité et un ascendant, contre lesquels le roi aurait peut-être lutté en vain. Cette espèce de faiblesse, si on peut la qualifier ainsi, n'empêcha pas les Ripuaires de conserver une vénération extraordinaire pour la mémoire de Sigisbert IV ; et cependant rien n'était plus capable de lui nuire à leurs yeux ; car pour eux, comme pour les autres peuples barbares, le roi devait être non seulement, le plus brave de sa nation, mais aussi le plus fort buveur et l'homme le plus exempt de scrupules de tout genre. Malgré les changements que le cours des siècles et les révolutions ont amenés dans les idées des hommes, saint Sigisbert a toujours été regardé comme le protecteur de son ancien royaume, et aujourd'hui encore la ville de Nancy se glorifie de l'avoir pour patron[96].

La tombe s'était à peine refermée sur les restes de cet excellent roi, que Grimoald exécuta le dessein qu'il méditait depuis longtemps. Sûr de la connivence, ou, au moins, du silence de tous les officiers du palais, qui lui devaient leurs emplois et leur fortune, il annonça que le jeune Dagobert venait de mourir, comme Sigisbert IV, et, se prévalant alors de l'acte par lequel ce dernier lui avait promis d'adopter son propre fils Childebert, il le fit proclamer, à l'instant même, roi d'Austrasie, sans que personne osât ni demander ce qu'était réellement devenu le fils de Sigisbert, ni rappeler les droits imprescriptibles du roi de Neustrie. On ne possède, au reste, que très-peu de renseignements sur cet épisode de notre histoire ; car lorsque les descendants de Pépin de Landen et de saint Arnulfus se furent emparés de l'autorité suprême, ils recherchèrent et détruisirent avec soin tous les monuments historiques qui pouvaient conserver la trace d'un fait aussi honteux que l'usurpation de Grimoald.

Comme le maire du palais ne voulait pas assassiner le fils de Sigisbert IV, et comme, d'un autre côté, il avait résolu d'éloigner à jamais cet enfant, dont la découverte pouvait renverser plus tard l'édifice de son ambition, il lui fit couper les cheveux, afin de le rendre incapable de régner, et il le livra secrètement à Diddo évêque de Poitiers. Ce prélat consentit, peut-être par humanité, et dans la crainte que Grimoald ne changeât d'idée et ne fit périr le jeune prince, A se rendre complice de l'usurpation : il enleva Dagobert et le transporta sur les côtes de l'Irlande[97].

Le succès de Grimoald parut d'abord complet, et on put croire, pendant quelques mois, qu'il allait régner tranquillement, sous le nom de son fils Childebert II. Pour se concilier la faveur du clergé, il fit donner par le nouveau roi à saint Nivardus, métropolitain de Reims, un diplôme affranchissant les possessions de cette église de tout impôt et de toute redevance envers le fisc[98]. C'est peut-être seulement alors qu'il céda à l'abbaye de Saint-Remi les deux domaines de Calmiciacum et de Victuriacum, et on doit supposer qu'il fit d'autres donations du même genre, lesquelles furent probablement révoquées bientôt après, et dont l'histoire n'a pas conservé le souvenir.

Cependant, et malgré toutes les mesures que prenait Grimoald pour rendre son autorité supportable, il se formait contre lui un orage des plus menaçants. Les seigneurs austrasiens, les uns par jalousie, les autres par attachement pour la dynastie des Mérovingiens, avaient vu avec déplaisir l'audacieuse entreprise du maire du palais, et ils n'attendaient qu'une occasion favorable pour se réunir et le renverser[99]. D'un autre côté, Clovis II, roi de Neustrie et frère de Sigisbert IV, n'entendait pas se laisser dépouiller de l'héritage de sa famille et ne voulait pas, avant d'avoir tenté la fortune des armes, voir passer dans une famille étrangère la moitié de la monarchie des Francs.

Les historiens ne sont pas d'accord sur la nature de la catastrophe qui mit fin à l'usurpation. Notgerus, qui, à la vérité, n'était pas contemporain, assure que Clovis trompa Grimoald par de belles protestations, l'attira à Paris, le fit arrêter et le condamna au dernier supplice[100]. L'auteur du Gesta regum Francorum, lequel n'écrivit aussi que longtemps après ces évènements, dit que plusieurs leudes austrasiens, las de la domination de Grimoald, lui tendirent des embûches, le saisirent et le livrèrent à Clovis, qui le fit périr, ainsi que son fils[101]. Les chroniqueurs de Moissac[102] et de Centulum[103] s'expriment de même. Enfin, un des modernes biographes de saint Sigisbert affirme — il ne dit pas sur quelle autorité — que Clovis envoya une armée en Austrasie, qu'il y eut une grande bataille, que le jeune Childebert fut tué dans l'action, et que Grimoald, ayant pris la fuite, ne put réussir à s'échapper et tomba entre les mains du roi de Neustrie, qui ordonna son supplice[104].

De ces trois récits contradictoires, le second nous paraît devoir être préféré, à cause de sa vraisemblance et du caractère des auteurs à qui nous le devons. Quoiqu'il en soit, les historiens s'accordent à dire que Grimoald et Childebert périrent à peu près en même temps. Leur mort doit être fixée aux premiers jours du mois de septembre 656 ; car Sigisbert IV avait cessé de vivre le 1er février, et, de l'aveu de tous les annalistes, le règne de Childebert II ne dura que sept mois environ[105].

La vengeance de Clovis ne s'arrêta pas à Grimoald et à son fils. La vertueuse Itta, veuve de Pépin de Landen, était morte depuis cinq ans et ne fut pas témoin des malheurs de sa famille[106]. Saint Chlodulfus, évêque de Metz, parvint à apaiser le vainqueur et resta en possession de son siège épiscopal. Le second fils de saint Arnulfus, Ansigisus, qui avait épousé Begga sœur de Griiboald, fut assassiné, et sa femme le fit inhumer dans l'abbaye qu'elle avait construite à Andana ou Anden, près de Namur[107]. Sainte Gertrude, autre sœur du maire du palais, resta abbesse du monastère ou pour mieux dire des monastères de Nivialla ; mais elle mourut en 659, et on n'eut pas plutôt choisi pour la remplacer sainte Wlfethrudis, regardée, peut-être avec raison, par plusieurs historiens comme une fille de Grimoald, que la nouvelle abbesse fut inquiétée par l'autorité royale, et même par les évêques. On l'engagea d'abord à déposer volontairement la dignité dont elle venait d'être investie, et, sur son refus, on voulut employer la violence. Néanmoins, elle résista courageusement à ces divers assauts et demeura à la tête des communautés de Nivialla[108]. Il n'est pas jusqu'aux religieux de Stabulaus et de Malmundarium qui n'aient été vus de mauvais œil, parce que Grimoald était un de leurs bienfaiteurs, et on les dépouilla d'une partie de leurs biens ; mais lorsque cette spoliation fut accomplie, Clovis II était déjà depuis quelque temps descendu dans la tombe.

 

 

 



[1] V. Frédégaire, ibid., c. 68.

[2] V. Vita sancti Sereni, dans Du Chesne, t. I, p. 655.

[3] V. Frédégaire, ibid., c. 75 ; Gesta Dagoberti, n° 32, ibid., p. 581 et 582.

[4] L'auteur du Gesta Dagoberti (n° 40, ibid., p. 584 et 585) ajoute que le roi annonça qu'il avait fait préparer quatre exemplaires de cet acte de dernière volonté (testamentum) ; que l'un serait conservé à Lyon, un autre déposé dans les archives de la cathédrale de Paris, le troisième dans les archives de l'Etat ou plutôt de l'abbaye de Saint-Denys, et que le quatrième serait remis entre les mains de Goëricus ou Abbo évêque de Metz. Toutefois, l'auteur du Gesta Dagoberti n'ayant écrit qu'à la fin du VIIIe siècle ou au commencement du IXe, il est bien difficile de garantir l'authenticité de ces détails.

[5] V. Frédégaire, ibid., c. 76 ; Gesta Dagoberti, n° 32, ibid., p. 582.

[6] V. une lettre de saint Paul, évêque de Verdun, à saint Desiderius, évêque de Cahors, dans Du Chesne, t. I, p. 885 et 886.

[7] V. Vita sancti Trajectensis episcopi, dans les Bollandistes, au 6 février ; v. aussi le diplôme du leude Rohingus en faveur de saint Willibrord, dans Pardessus, t. II, p. 348.

[8] V. Vita sancti Boniti, Arvernorum episcopi, dans les Bollandistes, au 16 janvier ; Vita sancti Prœjecti, Arvernorum episcopi, dans le même recueil, au 25 janvier ; Frédégaire, Chronic., c. 87.

[9] V. deux lettres de saint Desiderius, évêque de Cahors, au roi Sigisbert IV, dans Du Chesne, t. I, p. 876 et 877 ; Vita sancti Desiderii, Cadurcensis episcopi, c. 19, dans Bouquet, t. III, p. 532.

[10] V. un diplôme de Childéric II, roi d'Austrasie, dans Pardessus, t. II, p. 141 et 142.

[11] La chose est prouvée par la part que Diddo évêque de Poitiers prit à l'enlèvement de Dagobert II.

[12] C'est ce qui résulte d'un passage de Flodoard, Historia Remensis ecclesiœ, lib. II, c. 7.

[13] V. Vita sancti Boniti, Arvernorum episcopi, c. 1, dans les Bollandistes, au 15 janvier.

[14] V. Vita sancti Remacli, Trajectensis episcopi, auctore Notgero, c. 20, dans le même recueil, au 3 septembre.

[15] V. Frédégaire, Chronic., c. 61 ; Gesta Dagoberti, n° 47, dans Du Chesne, t. I, p. 587 ; Vita beati Pipini, ducis, dans les Bollandistes, au 21 février.

[16] Frédégaire (Chronic., c. 75) et l'auteur du Geste Dagoberti (n° 32, dans Du Chesne, t. I, p. 581 et 582) qualifient Adalgisus de dux palatii ; mais c'est une erreur, car il n'y avait dans le palais des Mérovingiens aucun fonctionnaire portant ce titre.

[17] V. Benoît Picart, Hist. de Toul, p. 257 et 258.

[18] V. Frédégaire, Chronic., c. 86.

[19] V. la note XXX, à la fin du volume.

[20] V. Frédégaire, ibid., c. 48 et 75.

[21] V. ibid., c. 60.

[22] V. notamment Miracula et translatio sancti Martini, abbatis Vertavensis, n° 6, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.

[23] V. Frédégaire, Chronic., c. 60.

[24] V. idem, ibid., c. 79.

[25] V. idem, ibid., c. 79 et 80 ; Gesta regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 717.

[26] V. Frédégaire, ibid., c. 85 ; Gesta Dagoberti, n° 47, ibid., p. 587.

[27] V. Frédégaire, ibid., c. 76.

[28] V. idem, ibid., c. 85 ; Gesta Dagoberti, n° 47, ibid., p. 587 et 588 ; Vita beati Pipini, ducis, dans les Bollandistes, au 21 février.

[29] V. les notes de Mabillon sur la Vita sanctœ Gertrudis, dans les Acta ss., sæc. II, édit, de Venise, p. 445.

[30] V. Vita beati Pipini, ducis, dans les Bollandistes, au 21 février. Cette vie, qui n'est qu'un centon, a été tirée en partie de la biographie de sainte Gertrude, écrite par une des religieuses de Nivelles.

[31] V. l'édition de Ruinart, col. 656, note c. Nous regardons comme préférable la forme Uro ou Vro, au génitif Vronis, de laquelle proviennent probablement les noms de Vroncourt et Vironcourt que portent deux villages de Lorraine.

[32] V. Chronic., c. 86.

[33] V. les Bollandistes, au 21 février.

[34] V. Frédégaire, ibid., c. 88 ; Vita beati Pipini.

[35] V. Frédégaire, ibid., c. 86.

[36] V. un diplôme de Childéric II dans Pardessus, t. II, p. 145 et 146.

[37] V. Marlot, Metropolis Remensis historia, t. I, p. 270.

[38] V. Chronic., c. 132.

[39] V. Bucelin, Germania Sacra, t. II.

[40] V. Frédégaire, Chronic., c. 77 et 87.

[41] V. une lettre de Sigisbert IV à saint Desiderius, évêque de Cahors, dans Du Chesne, t. I, p. 884.

[42] V. Frédégaire, ibid., c. 84 et 89.

[43] V. l'ancien office de saint Sigisbert, 5e leçon de matines. Il rendit aux enfants de Brudulfus, mis à mort par ordre de Dagobert Ier, les biens dont ils avaient été dépouillés, et c'est grâce à cette restitution que la fille de Brudulfus put fonder et doter un monastère.

[44] V. une lettre de saint Paul, évêque de Verdun, à saint Desiderius, évêque de Cahors, et une lettre de Constantius, dans Du Chesne, t. I, p. 885 et 886.

[45] Il fit remarquer sa charité surtout pendant une famine qui eut lieu en 651. V. Gesta Dagoberti, n° 50, ibid., p. 588 ; Aimoin, De gestis Francorum, lib. IV, n° 41, dans Bouquet, t. III, p. 138.

[46] Nous possédons encore deux des lettres que lui adressa saint Desiderius, évêque de Cahors. V. ces deux lettres, dans Du Chesne, t. I, p. 876 et 877. V. aussi une lettre de saint Paul, évêque de Verdun, à saint Desiderius, et la lettre de Constantius, ibid., p. 885 et 886.

[47] V. Vita sancti Remacli, Trajectensis episcopi, n° 2 et 4, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II, ou dans les Bollandistes, au 3 septembre.

[48] V. ce diplôme, qui est de l'année 653, dans Pardessus, t. II, p. 423 et 424.

[49] V. Vita sancti Remacli, n° 5-8, et Vita sancti Trudonis, confessoris, c. 6, 8 et 9, dans Mabillon, ibid.

[50] V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 145 et 146.

[51] La concession renfermait par conséquent un territoire d'environ soixante-deux lieues carrées (lieues de quatre kilomètres).

[52] V. le diplôme, ibid., p. 88 et 89.

[53] V. Vita sancti Remacli, n° 9, dans Mabillon, ibid.

[54] Il se déchargeait des détails de l'administration sur un abbé secondaire, nommé Théodore, qui monta après lui sur le siège de Trajectum-ad-Mosarm.

[55] V. le diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 93 et 94. M. Pardessus croit que les ports nommés dans cet extrait se trouvaient dans la civitas de Trajectum-ad-Mosam ; mais il nous semble que le dernier était sur la Loire (Ligeris).

[56] V. Vita sancti Remacli, n° 10-12, dans Mabillon, ibid. ; v. aussi Herigerus, Historia episcoporum Leodiensium, c. 55, 56 et 57.

[57] Entre Chiny et Bouillon, dans le grand-duché de Luxembourg.

[58] V. Vita sancti Remacli, auctore Notgero, c. 11, dans les Bollandistes, au 5 septembre ; diplôme de Sigisbert IV, dans Pardessus, t. II, p. 85 et 84.

[59] V. Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, col. 423.

[60] V. Vita sancti Romarici, abbatis Habendensis, n° 5, dans Mabillon, ibid.

[61] V. Vita sancti Remacli, c. 10, dans les Bollandistes, au 3 septembre.

[62] V. Vita sancti Sigeberti, regis Francorum, c. 5, dans le même recueil, au 1er février.

[63] V. Vita sancti Alani, confessoris, dans Du Chesne, t. I, p. 657.

[64] V. Vita sancti Galli, abbatis, c. 15 et seq., dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[65] V. ibid., c. 21 et 22.

[66] V. Saxius, Pontificium Arelatense, n° 39.

[67] V. Frédégaire, Chronic., c. 21.

[68] V. t. I, col. 541.

[69] V. Vita sancti Galli, c. 29, dans Mabillon, ibid.

[70] V. la note XXXI, à la fin du volume.

[71] Son nom est écrit tantôt Himnechildis, tantôt Chinechildis (v. un diplôme de l'année 661, dans Pardessus, t. II, p. 118 et 119) ou Cinechildis, tantôt Emhildis (v. un diplôme de l'année 667, ibid., p. 145), tantôt enfin Emnehildis.

[72] V. Histoire ecclésiastique et civile du duché de Luxembourg, t. II, p. 117.

[73] V. notamment Histoire fidelle de saint Sigisbert, par le P. Vincent, tiercelin, p. 250.

[74] V. Chronic., dans Bouquet, t. II, p. 669.

[75] V. Fragmentum historicum auctoris incerti, dans Wurtisius, Scriptores historiœ Germaniœ, part. II, p. 74.

[76] V. notamment Sigebert de Gemblours, Vita sancti Sigeberti, regis Francorum, c. 5, dans les Bollandistes, au 1er février.

[77] V. Mabillon, Acta ss., sæc. II, p. II, édit. de Venise.

[78] V. Vita sancti Eligii, Noviomensis episcopi, auctore Andoëno, lib. I, c. 35, dans le Spicilegium de D'Achéry, édit, in-f°, t. II, p. 88 et 89.

[79] V. Labbe, Concilia, t. V, col. 1835.

[80] V. idem, ibid., col. 1834 et 1835.

[81] V. Flodoard, Historia Remensis ecclesiœ, lib. II, c. 7.

[82] V. le canon 1 de ce concile, dans Labbe, ibid., t. VI, col. 388.

[83] V. une lettre de Sigisbert IV à saint Desiderius, évêque de Cahors, dans Du Chesne, t. I, p. 886. Tous les évêques austrasiens durent recevoir des lettres semblables.

[84] V. Vita sancti Remacli, Trajectensis episcopi, n° 9 et 11, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[85] V. les deux lettres, dans Du Chesne, t. I, p. 876-878.

[86] Il entretenait un commerce épistolaire avec saint Desiderius, évêque de Cahors, et nous avons encore une des lettres que lui écrivit ce dernier. V. ibid., p. 878.

[87] V. Vita sancti Remacli, n° 9 et 11, ibid. ; v. aussi Vita sancti Remacli, auctore Notgero, c. 11, 12 et 44, dans les Bollandistes, au 3 septembre.

[88] V. Vita beati Pipini, ducis, dans le même recueil, au 21 février.

[89] V. Vita sancti Sigeberti, regis Francorum, c. 5, dans le même recueil, au 1er février.

[90] V. un diplôme, déjà cité, de Sigisbert IV, dans Pardessus, t. II, p. 95 et 94.

[91] V. le diplôme de Grimoald, ibid., p. 92. Ce Germiniacum n'est pas le village de Germigny situé à l'ouest de Reims, mais un autre Germigny, maintenant détruit, qui était au nord-est de cette ville.

[92] V. Flodoard, Historia Remensis ecclesiœ, lib. II, c. 7.

[93] V. Vita sancti Boniti, Arvernorum episcopi, c. 1, dans les Bollandistes, au 15 janvier.

[94] V. Vita sanctœ Bovœ, abbatissœ, dans le même recueil, au 24 avril. Cet opuscule n'est pas, à la vérité, fort ancien, et de plus l'auteur dit que sainte Bova eut pour frère saint Baldericus, fondateur du monastère de Montfaucon. Or, on sait que saint Baldericus n'était pas fils de Sigisbert IV, bien qu'il appartînt à la famille des Mérovingiens. V. Flodoard, Historia Hemensis ecclesiœ, lib. IV, c. 38.

[95] V. Vita sancti Romanici, abbatis Habendensis, n° 11, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[96] V. la note XXXI, à la fin du volume.

[97] V. Gesta regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 717 ; Chronicon vetus Moissiacense, dans Bouquet, t. II, p. 652 ; Chronicon Centulense, ibid., t. III, p. 351 ; Vita sancti Remacli, Trajectensis episcopi, auctore Notgero, c. 21, dans les Bollandistes, au 3 septembre. V. la note XXXII, à la fin du présent volume.

[98] V. Flodoard, Historia Remensis ecclesiœ, lib. II, c. 7.

[99] V. Gesta regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 717.

[100] V. Vita sancti Remacli, c. 21, dans les Bollandistes, au 5 septembre.

[101] V. Gesta regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 717.

[102] V. Chronic. vetus Moissiac, dans Bouquet, t. II, p. 652.

[103] V. Chronic. Centul., ibid., t. III, p. 551.

[104] V. le P. Vincent, Histoire fidelle de saint Sigisbert, p. 248 et 249.

[105] L'auteur anonyme d'une chronique fort courte publiée par Du Chesne (t. I, p. 717) dit que Childebert II régna sept ans (Childebertus.... regnavit annos septem) ; mais il est évident qu'il y a ici une erreur de copiste ; et si l'on écrit, l'un au-dessus de l'autre, en minuscule carlovingienne, les mots menses et annos, on reconnaîtra que la confusion a été très-facile.

[106] Sigebert de Gemblours (Chronicon, dans Bouquet, t. III, p. 343) ne place la mort d'Itta qu'en 656. On pourrait supposer, en admettant cette date, que la mère de Grimoald est morte de chagrin.

[107] V. Valois, Notitia Galliarum, p. 17.

[108] V. Vita sanctœ Gertrudis, abbatissœ Nivialensis, c. 6, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.