HISTOIRE DU ROYAUME D'AUSTRASIE

TOME TROISIÈME

 

CHAPITRE XI. — SUITE DU MÊME SUJET.

 

 

Le tableau que nous venons de tracer de l'état de la Gaule, pendant le VIe siècle, ne serait pas complet si nous ne parlions de l'Eglise, de ses ministres et de ses propriétés territoriales.

Une première question à examiner est celle de savoir quelle était la nationalité des évêques, si l'on peut employer une pareille expression. Plusieurs historiens, regardant comme des Francs tous ces individus qui portaient des noms barbares, se sont imaginé que beaucoup de saliens, de ripuaires et de bourguignons entraient dans les ordres sacrés[1] et parvenaient facilement à l'épiscopat, grâce à la protection des Mérovingiens, lesquels favorisaient naturellement les prétentions de leurs compatriotes. Mais on a vu plus haut ce qu'il faut penser de cet argument, et nous avons prouvé que, parmi les anciens habitants de la Gaule, quantité avaient des noms barbares, soit que leurs parents les leur eussent donnés par mode ou par fantaisie, soit qu'ils descendissent des nombreux germains que les empereurs avaient, à différentes époques, transplantés sur le sol de notre pays. D'un autre côté, tout se réunit pour démontrer que les évêques étaient généralement des gallo-romains. En effet, si l'on examine les anciens catalogues épiscopaux et les souscriptions des conciles tenus pendant le VIe siècle, on reconnaît que la plupart des prélats avaient des noms latins, grecs ou syriaques, et il faut se garder soigneusement de voir des Francs et des Bourguignons dans tous ceux dont les noms appartiennent à la vieille langue germanique. Citons quelques exemples. Le siège métropolitain de Trèves fut rempli pendant le Ve siècle, le VIe, le VIIe et la première moitié du VIIIe, par vingt-six évêques, sur lesquels vingt au moins portent des noms latins et grecs ; à Metz, sur vingt-huit prélats, vingt ont des noms de même origine ; Toul et à Verdun, la proportion de ces derniers est moins forte : dix seulement sur vingt-un pour chaque siège ; à Cologne, sept sur dix-sept ; à Trajectum-ad-Mosam, onze sur vingt-un ; à Reims, onze sur dix-neuf ; à Châlons, douze sur vingt-un, etc.[2] Et remarquons, ceci est important, que ces exemples sont tous tirés de diocèses occupés en très-grande partie, quelques-uns même presqu'exclusivement, par les tribus germaines que les empereurs avaient accueillies sur le territoire de la Gaule.

Une seconde question, plus intéressante que la première, est celle de savoir quelle influence exerçaient les rois sur le choix des évêques. Plusieurs historiens ont cru que le droit d'élection avait continué d'appartenir au clergé et au peuple de chaque diocèse[3] ; mais c'est une erreur grave. L'Eglise, qui n'avait pu se dispenser d'accorder aux Mérovingiens les égards qu'elle avait eus précédemment pour les empereurs, ne sut pas défendre ce droit „précieux, et peu à peu les rois s'en rendirent maîtres, tout en conservant soigneusement les formes antiques. Clovis porta la première atteinte à la liberté des élections, en forçant le clergé et le peuple de Verdun à prendre saint Vito (saint Vanne) pour évêque après la mort de Firminus[4]. Cependant, cette espèce d'usurpation ne s'accomplit pas sans donner lieu à des protestations. Plusieurs évêques écrivirent même à saint Remi pour lui reprocher de s'être rendu complice des entreprises de la royauté, et l'illustre prélat se crut obligé de publier une apologie de sa conduite[5]. Mais les résistances que les rois rencontrèrent sur certains points furent infructueuses, et, pendant le VIe siècle, la plupart des candidats à l'épiscopat prirent l'habitude de s'adresser au prince, qui envoyait alors au clergé et au peuple du diocèse dont l'évêque était décédé l'invitation (prœceptio) de choisir tel ou tel personnage, invitation assez semblable à un ordre[6]. Sous le règne de Thierry Ier, le clergé et le peuple de Trèves ayant élu pour métropolitain saint Gallus, prêtre originaire de la civitas des Arverni, et que le prince aimait beaucoup, celui-ci, qui avait d'autres vues, refusa, et même assez durement, d'approuver cet excellent choix[7]. Ordinairement, le clergé et le peuple nommaient le nouvel évêque, après avoir pris connaissance de la prœceptio royale ; puis l'élection était, pour la forme seulement, soumise à l'approbation du prince. C'est ainsi que l'on procéda lorsque saint Gaugericus monta sur le siège épiscopal de Cambray, sous le règne de Childebert Ier[8]. Quelquefois aussi le prince désignait son candidat d'une manière tellement péremptoire, qu'il n'était pas même possible de conserver l'ombre des formes anciennes[9] ; mais, en général, on les observait, et c'est précisément ce simulacre qui a trompé le docte Raynouard et l'a engagé à soutenir que les Mérovingiens n'avaient porté aucune atteinte sérieuse au droit d'élection.

Les rois Francs n'eurent pas besoin de recourir à des mesures violentes pour détruire l'ancien ordre de choses. Comment, en effet, le clergé aurait-il pu repousser l'intervention de princes qui se faisaient un devoir de protéger la religion, dans le midi contre les Bourguignons, les Ostrogoths et les Wisigoths, alors infectés des erreurs d'Arius, au nord et à l'est contre les païens de la Germanie, plus redoutables encore ? D'ailleurs, les Mérovingiens, maîtres des immenses possessions du fisc, en disposaient généreusement, chaque jour, pour enrichir les églises et les monastères ; ils leur prodiguaient les immunités[10] ; ils s'opposaient à la propagation des hérésies, et ils avaient veillé à ce que la succession épiscopale fût rétablie dans tous les lieux où elle avait été interrompue par l'invasion des Huns. Enfin, ils usèrent d'abord avec beaucoup de modération et même de sagesse du droit qu'ils venaient d'usurper.

Mais avec le temps ils changèrent de conduite. Beaucoup de laïques, attirés par l'appât des honneurs et des richesses, jetèrent un œil d'envie sur l'épiscopat. Ils demandèrent les évêchés, et plus tard même les achetèrent, sinon des rois, au moins de leurs ministres, en sorte que l'on vit parfois monter sur les sièges épiscopaux des hommes indignes de les occuper. De pareils abus donnèrent lieu à de vives protestations. Les Pères des conciles tenus à Orléans en 535[11], en 558[12] et en 549[13], à Clermont en 535[14] et en 549[15], à Paris en 557[16] et en 615[17], à Saintes en 563[18], à Reims en 630[19], et à Châlon en 649[20] promulguèrent tous des canons destinés à maintenir, ou plutôt à rétablir l'ancienne liberté des élections. Les souverains-pontifes firent entendre aussi des réclamations, et le pape saint Grégoire-le-Grand écrivit plusieurs fois à Childebert Ier, à Brunehaut, à Théodebert II et à Thierry II pour les engager à ne plus élever des laïques à la dignité épiscopale et à bannir la simonie[21].

Les Mérovingiens, non contents de se rendre maîtres des élections, voulurent s'arroger le droit d'autoriser la tenue des conciles nationaux, imitant en cela les empereurs qui en convoquaient, trop souvent au gré de leurs caprices. Le concile tenu à Clermont en 535 ne se réunit qu'avec l'autorisation de Théodebert Ier[22] ; et comme les Mérovingiens ne paraissaient pas très-disposés à convoquer des assemblées de ce genre, où leurs usurpations étaient toujours combattues, saint Grégoire-le-Grand conféra le titre de légat à Virgilius, métropolitain d'Arles ; il le chargea de réformer les abus les plus criants[23], et, un peu plus tard, il envoya dans la Gaule Cyriaque, abbé d'un monastère de Rome, pour tenir un concile, destiné à remédier à tous les désordres dont nous avons parlé précédemment[24]. Remarquons cependant que l'immixtion des rois Francs dans les affaires spirituelles, et l'usage de demander aux princes de convoquer les conciles et de sanctionner leurs décrets ne furent pas sans quelque utilité, parce que les canons reçurent ainsi force de loi, de même que les décisions des conciles de Nicée, de Constantinople, d'Ephèse et de Chalcédoine avaient été mises au nombre des lois de l'Empire[25].

En retour des concessions qui leur étaient faites, les Mérovingiens ne cessaient d'accorder aux évêques des faveurs nouvelles. Quelques-uns furent, au VIe et au VIIe siècles, chargés des plus grandes affaires de l'Etat et des négociations les plus délicates. Saint Elafius, évêque de Châlons-sur-Marne[26], Jocundus, dont le siège épiscopal n'est pas indiqué[27], et Grégoire de Tours lui-même remplirent ainsi diverses missions dont ils furent chargés par Brunehaut et par Childebert Ier. Non contents de les investir de toute leur confiance, les rois leur témoignaient la plus grande déférence, au moins en public. D'après Grégoire de Tours, Chilpéric Ier se permettait assez souvent de les railler ou de déclamer contre eux ; mais il ajoute que c'était toujours en secret[28]. Aussi voyait-on souvent les prélats montrer à l'égard des princes une liberté vraiment évangélique ; et s'ils employaient des formules très-obséquieuses en écrivant ou en s'adressant aux souverains, cela tenait uniquement à ce qu'ils se conformaient à l'étiquette de leur temps, laquelle était extrêmement respectueuse. Nous avons loué plus haut[29] la conduite que saint Nicetius de Trèves tint à l'égard de Théodebert Ier ; et lorsque, plus tard, Théodebald voulut assembler un concile pour juger le saint prélat, Mappinius, métropolitain de Reims, qui avait été convoqué, déclara nettement qu'il ne se rendrait pas à l'assemblée avant que le roi lui eût fait connaître ses griefs[30]. Cette indépendance était de nature à tenter les seigneurs eux-mêmes ; aussi, quelques-uns d'entr'eux regardaient-ils l'épiscopat comme la première position dans l'Etat et la recherchaient-ils avidement. Rotharius qui fut évêque de Strasbourg, au VW siècle, avait eu précédemment le titre de duc[31], et Gontran-Boson lui-même se flattait d'obtenir, sur la fin de sa vie, la dignité épiscopale, dont il était bien indigne[32].

Sans parler de l'influence que leur donnait la confiance des rois, sans parler de leur autorité spirituelle, les évêques possédaient alors un double pouvoir dans leurs diocèses.

1° Ils étaient defensores de leurs villes épiscopales, et, profitant habilement de la législation impériale[33] et des circonstances, ils avaient considérablement étendu leurs attributions. Dans plusieurs lieux au moins, ils étaient presque seuls administrateurs de leurs cités. C'est ainsi que saint Nicetius, métropolitain de Trèves, put bâtir, dans son diocèse, sur un rocher dont la Moselle baigne le pied, une forteresse redoutable, flanquée de trente tours, garnie de machines de guerre, possédant un arsenal, des aqueducs, un moulin à eau, un oratoire, et terminée par une plate-forme, que soutenaient des colonnes de marbre, et de laquelle on jouissait d'une vue magnifique[34]. Dans le siècle suivant, saint Desiderius, évêque de Cahors, augmenta et répara le château de cette ville[35], et nous possédons encore une lettre qu'il écrivit à Cæsarius évêque de Clermont, et dans laquelle il le priait de lui envoyer des ouvriers pour construire à Cahors des canaux souterrains et procurer de l'eau aux habitants[36]. On voyait aussi les évêques résister aux ordres des rois, quand ces ordres n'étaient pas fondés sur la justice ; et on lit dans la vie de saint Austregisilus, métropolitain de Bourges, que le roi Thierry II ayant voulu faire lever sur cette ville un impôt qu'elle ne devait pas, le prélat résista avec fermeté aux injonctions du prince[37]. Quelquefois les Mérovingiens prévinrent, par piété, les désirs des évêques et leur firent des concessions qui augmentèrent notablement leur autorité. C'est ainsi que Dagobert Ier consentit à confier les fonctions de comte de la civitas de Tours à l'individu que désignerait le métropolitain. C'est ainsi encore que Gontran accorda un droit à peu près semblable à l'évêque de Maurienna[38].

2° Les prélats jouissaient, comme nous l'avons dit, du droit de réformer les sentences injustes. Bien qu'il ne leur eût été concédé formellement que par Clotaire II, il y avait eu avant le règne de ce prince des conflits de juridiction entre les évêques et les comtes, et Grégoire de Tours parle d'un conflit de ce genre qui s'éleva entre saint Nicetius, métropolitain de Lyon, et Armentarius comte de cette ville[39]. Pour éviter de semblables discussions, qui ont toujours quelque chose de fâcheux, les comtes et les évêques convinrent parfois de siéger sur le même tribunal et de rendre ensemble la justice. Grégoire de Tours rapporte qu'il fit assigner à comparaitre devant lui et devant le comte, afin de terminer leurs différends, deux familles qui étaient en mésintelligence et avaient même commis l'une contre l'autre des actes d'hostilité[40] ; et on lit dans la vie de saint Drausius que Bettolenus évêque de Soissons avait coutume, lorsqu'il jugeait les procès, d'appeler près de lui plusieurs assesseurs choisis par les nobles et les hommes libres[41]. Enfin, les conciles tenus à Tours en 567[42] et à Chalon-sur-Saône en 650[43] enjoignirent aux prélats de surveiller attentivement la conduite de tous les fonctionnaires de l'ordre administratif, et même de les frapper d'excommunication s'ils refusaient de réformer certains abus.

La vie extérieure des évêques répondait à la puissance dont ils étaient investis. Les rois allaient souvent leur demander l'hospitalité[44] et se trouvaient presque aussi bien que chez eux dans les somptueuses demeures des prélats. Beaucoup d'entr'elles devaient dater de la période gallo-romaine. Elles offraient toutes ces recherches du luxe que l'on rencontrait alors dans les palais et les villœ, et Fortunat célèbre, avec enthousiasme, la beauté de la mosaïque qui ornait la table (mensa) de Villicus évêque de Metz[45]. Elles possédaient aussi un oratoire plus ou moins splendide[46], afin que les évêques pussent célébrer les saints mystères sans sortir de leurs habitations, et l'on voyait près d'eux une foule de serviteurs[47], dont chacun avait un emploi déterminé. Tels étaient les notarii, dont le devoir était de remplir les fonctions de secrétaires[48], et les cubicularii[49], dont le nom seul indique l'occupation. Mentionnons encore les pincernœ ou échansons, qui présentaient les vins pendant les repas[50], et les coqui ou cuisiniers, lesquels devaient être assez nombreux, car saint Nicetius lui-même, malgré toute sa simplicité, avait un prœpositus coquorum[51].

A cette époque, les prélats pouvaient disposer sans contrôle des grands revenus des églises, et la séparation des menses épiscopale et canoniale n'était pas encore accomplie. Aussi, voyons-nous les évêques aliéner les biens des églises, quand ils le jugeaient nécessaire. Saint Arnulfus, évêque de Metz, vendit, pour secourir les pauvres, un bassin d'argent du poids de soixante-et-douze livres, qui appartenait à sa cathédrale[52], et cette seule particularité nous montré combien les trésors des basiliques étaient importants dès le commencement du VIIe siècle. Mais les richesses des églises consistaient surtout en domaines, qu'elles tenaient de la munificence des rois et de la générosité des particuliers[53]. Il résulte du testament de saint Remi que, dans la première moitié du VIe siècle, l'église de Reims avait déjà des biens considérables. Au siècle sui-vaut, elle en possédait au-delà de la Loire[54]. Celle de Verdun en avait en Aquitaine[55]. Celle de Metz en avait acquis, et en grand nombre, même dans les vallées de la Loire, du Rhône et du Rhin[56]. Primitivement, les domaines que l'Eglise avait reçus des rois ou d'autres personnages continuaient à supporter les impositions, comme ceux des particuliers[57] ; mais peu à peu elle obtint des immunités. Lorsque Dagobert Ier eut donné à saint Eligius ou Eloy la villa appelée Solemniacum ou Solemniacus, celui-ci s'empara de l'or provenant du census publicus et ne paya plus rien dans la suite[58]. Plus tard, Dagobert III accorda une immunité complète à la cathédrale de Reims[59]. Il serait facile de multiplier les exemples de concessions de même nature, et Marculf a même inséré dans son recueil une formule d'immunité pour une église[60].

Les détails dans lesquels nous venons d'entrer, relativement à l'importance temporelle des évêchés, nous ont bien éloigné de ce que l'on pourrait appeler leur spirituel, et il est temps que nous y arrivions.

Les circonscriptions des diocèses, calquées sur les divisions civiles, n'avaient subi aucun changement important dans le royaume d'Austrasie, depuis l'établissement définitif des Barbares, à l'exception toutefois du démembrement qui fut opéré dans le diocèse de Reims, sous l'épiscopat de saint Remi. Cet homme illustre, voyant combien il lui était difficile d'administrer une aussi vaste étendue de territoire, en détacha la partie occidentale, c'est-à-dire le pagus Vennecti et le pagus dont la ville de Lugdunum-Clavatum ou Laon était le centre. Cette ville devint le chef-lieu du nouveau diocèse, et saint Remi lui donna pour premier évêque son neveu Genobaudus ou Genebaudus[61]. Un peu plus tard, la partie orientale du diocèse de Reims se trouva également former un diocèse particulier, à la suite d'une espèce d'usurpation, sur l'origine de laquelle nous avons essayé de jeter quelque jour[62], mais qui ne parait pas avoir duré très-longtemps, car dès le VIIe siècle Monzon et son territoire étaient rentrés sous la juridiction des métropolitains de Reims.

L'église de Trèves, que l'on considérait à la fin du IVe siècle comme la première des Gaules, avait, au commencement du VIIe, perdu une grande partie de son importance et de son éclat. Les métropolitains d'Arles avaient hérité de ses prétentions à la primatie des Gaules, et les dévastations que la ville de Trèves avait subies, pendant la première moitié du Ve siècle, l'avaient aussi réduite à un rang secondaire sous le rapport politique. Mais elle avait, jusqu'à un certain point, regagné d'un côté ce qu'elle perdait de l'autre, et ses évêques avaient réussi à se faire reconnaître comme métropolitains dans la Germania Prima et la Germania Secunda, dont les métropoles, c'est-à-dire Mayence et Cologne, avaient (la première au moins) encore souffert plus que Trèves[63].

La plupart des diocèses étaient alors très-vastes, et les évêques, ne pouvant aisément les parcourir pour administrer les sacrements, se faisaient remplacer par des chorévêques ou évêques ruraux, dont on retrouve la trace dans l'histoire de quelques diocèses austrasiens. Mais il n'y en avait pas dans tous, et, en général, les prélats s'étaient déchargés d'une partie de leur tâche sur les archidiacres. Il n'entre pas dans le plan de notre travail de parler avec détails de ces dignitaires ecclésiastiques, et il nous suffira de dire : 1° que, pendant le VIe siècle, il n'y avait encore régulièrement qu'un seul archidiacre dans chaque diocèse[64], et que, par conséquent, les diocèses n'avaient pas encore été partagés, comme la chose arriva bientôt après, en un certain nombre de districts, répondant plus ou moins exactement aux pagi[65] de l'administration civile, et gouvernés chacun par un archidiacre ; ce qui leur fit donner le nom d'archidiaconés ; 2° que les évêques confièrent à ces dignitaires la gestion du temporel de leurs églises, et 3° qu'ils se déchargèrent également sur eux de celles de leurs fonctions qui n'étaient pas attachées au caractère épiscopal, et notamment du soin de rendre la justice aux laïques et aux clercs. Le pouvoir des évêques à l'égard de ces derniers était fort étendu. Le Code Théodosien, qui était la loi du clergé, avait laissé sans restriction aux prélats le jugement et la punition de leurs clercs[66]. Justinien avait d'abord confirmé les décisions de ses prédécesseurs[67] ; mais dans ses Novelles il établit une distinction entre les délits civils et les délits ecclésiastiques, et, tout en défendant aux juges laïques de prendre connaissance des seconds, il leur réserva expressément le jugement des premiers[68]. Néanmoins, le clerc coupable devait être, avant l'exécution de la sentence, dégradé par son évêque, et, en cas de refus de celui-ci, l'affaire était portée directement devant le souverain[69]. L'empire de ces lois ne fut pas restreint au partage d'Orient ; elles furent également appliquées en Occident, et les conciles tenus à Mâcon en 585[70] et à Paris en 615[71] les déclarèrent obligatoires dans toute la Gaule.

Non contents de se faire aider dans le gouvernement de leur diocèse par les chorévèques et les archidiacres, les évêques se donnèrent aussi des coopérateurs pour l'administration de leur propre église, c'est-à-dire de leur cathédrale. Ces coopérateurs constituaient une sorte de congrégation, à laquelle on attribuait souvent le nom de schola[72]. Comme ils étaient astreints à une règle, la même pour tous, on les désignait communément par le titre de monachi ou moines, bien qu'ils ne rentrassent pas dans la catégorie des moines véritables ; attendu que ceux-ci, ne recevant pas alors les ordres sacrés, n'auraient pu rendre que peu de services à leur évêque. Grégoire de Tours mentionne expressément les monachi de la cathédrale de Metz[73]. Dans un autre passage[74], il parle du prêtre Bucciovaldus, qu'il qualifie d'abbas ou supérieur de la domus ecclesiastica de Verdun, c'est-à-dire de la communauté des prêtres attachés à la cathédrale. Gogo rappelle aussi, dans une lettre déjà citée plusieurs fois[75], les noms des dignitaires de la domus ecclesiœ de Metz, savoir : Jean, qui en était le rector ou directeur ; Theodulfus, lequel en était abbas ou plutôt un des abbates, apparemment un des sous-directeurs, et Flitomeres, qui avait rempli les fonctions d'économe. Enfin, ce sont les clercs composant la schola ou domus ecclesiastica de Reims que saint Remi désigne, dans son testament, sous le nom de compresbyteri[76].

A la fin du VIe siècle, les paroisses, si rares pendant les temps antérieurs, se multipliaient non seulement dans les villes, mais encore au milieu des campagnes[77]. Celles qui étaient régulièrement érigées portaient le nom de tituli, et les fidèles pouvaient y assister à tous les offices. Mais on voyait dans les villes et dans les champs beaucoup de petites églises ou d'oratoria, n'ayant pas encore obtenu de l'évêque une reconnaissance définitive, et les clercs desservant ces églises, ainsi que les fidèles qui avaient l'habitude de les fréquenter, étaient obligés de se rendre aux fêtes de noël, de pâques et de la pentecôte soit dans la cathédrale, soit dans l'église paroissiale (titulus) sur le territoire de laquelle les oratoria étaient situés[78].

A cette époque, les circonscriptions des paroisses rurales étaient fort étendues. Bien que l'on rencontrât déjà de distance en distance des agglomérations d'habitations analogues à nos villages, les villœ et les manses étaient, en général, isolés ; l'on avait donc élevé sur les points les plus favorables des basiliques, dans lesquelles les habitants du canton venaient accomplir leurs devoirs religieux, et on avait tracé près de ces basiliques de vastes cimetières, qui recevaient tous les morts du pays, souvent de plusieurs lieues à la ronde. Le biographe de saint Leobinus, évêque de Chartres, rappelle que le prélat visitait de temps en temps, ex more pontifacum, les paroisses rurales[79], et, Grégoire de Tours en dit autant de Maroveus évêque de Poitiers[80]. On lit dans la vie de sainte Consortia qu'elle construisit une basilique dans un de ses domaines, nommé Mocton[81] ; lorsque saint Colomban et ses compagnons arrivèrent près du vicus d'Arbor Felix, ils rencontrèrent un oratoire au milieu de la campagne[82], et Grégoire de Tours mentionne l'église, dédiée à saint Martin, qui s'élevait sur la montagne à laquelle on donnait le nom de Castrum Wabrense[83]. Ajoutons enfin que les nombreux villages appelés Baxoche, Bazaille, Bazeille et Bazoille doivent tous leur nom à ces églises isolées (basilicœ), que l'on avait construites de distance en distance, et autour desquelles les habitations finirent par se grouper.

Le clergé qui desservait les églises des villes et celles des campagnes commençait à être nombreux. Il se recrutait dans la classe des hommes libres et dans celle des esclaves[84], parmi les Barbares comme parmi les Gallo-Romains, surtout chez ces derniers. Quelques-uns des dignitaires de l'église de Metz mentionnés dans la lettre de Gogo portent des noms germaniques ; on peut faire la même observation relativement à l'archidiacre de Trèves, sous l'épiscopat de saint Nicetius[85] ; au prêtre Senoch[86] ; à Bucciovaldus, abbas de la schola de Verdun ; au prêtre Arboastes ou Arbogastes, et à une foule d'autres ; et bien que beaucoup d'enteeux fussent des gallo-romains affublés de noms barbares, plusieurs étaient très-certainement des saliens ou des ripuaires. Grégoire de Tours dit que le prêtre Senoch était de la nation des Thaïfales[87], et il ajoute que l'abbas Brachio était thuringien de naissance[88].

La multitude de ceux qui voulaient entrer dans l'Eglise devint si grande, que les Mérovingiens, renouvelant des lois promulguées autrefois par les empereurs[89], disposèrent que les ingenui seraient obligés, avant de se consacrer à l'autel, d'en obtenir la permission du roi ou du comte, qui en tenait la place[90]. L'Eglise s'était même hâtée de prévenir, à cet égard, les désirs des princes, et, dès l'année 511, les Pères du concile d'Orléans avaient défendu de donner les ordres aux hommes libres sans l'autorisation du roi ou du comte[91]. Quant à tous les individus qui étaient inscrits in polyptico[92], c'est-à-dire dans les tables contenant les noms des coloni, des lides et des esclaves, ils n'avaient besoin pour entrer dans la cléricature que de la permission de leurs maîtres[93].

Un clergé recruté de la sorte, parfois sans aucune espèce de préparation, devait laisser évidemment quelque chose à désirer. On peut lire dans les lettres du pape saint Grégoire-le-Grand plus d'une doléance sur les mœurs de beaucoup de prêtres austrasiens[94], et Grégoire de Tours reproche au clergé du diocèse de Châlons-sur-Marne d'avoir pris la mauvaise habitude de boire dès l'heure où l'on chantait les matines[95].

Il s'était aussi introduit dans plusieurs églises une pratique superstitieuse, que les conciles ne parvinrent à déraciner que très-difficilement ; car elle avait pour but de satisfaire une passion innée dans le cœur de l'homme : celle de connaître l'avenir. Les païens avaient cru y parvenir en ouvrant au hasard les poèmes d'Homère et de Virgile, et en appliquant à leurs propres affaires les premiers vers qui se présentaient à eux[96]. Beaucoup de chrétiens imitèrent cet exemple ; seulement, au lieu de consulter des poèmes profanes, ils ouvraient les livres saints et surtout le psautier, et ils s'imaginaient trouver dans le passage qui s'offrait d'abord à leurs regards, ou même dans celui qu'ils entendaient chanter en s'approchant d'une église, la réponse aux doutes et aux craintes dont ils étaient agités. Grégoire de Tours cite trois exemples de consultations de ce genre[97], et les défenses de différents conciles[98] ne réussirent pas à détruire une semblable superstition, car Charlemagne fut encore lui-même obligé de la proscrire sévèrement[99]. Elle existait dans nombre d'églises, et quelques basiliques avaient reçu le nom tout païen d'oraculum, parce que l'on y consultait les sortes sanctorum. Paul Diacre donne ce nom à la cathédrale de Metz[100] ; le biographe de saint Waningus emploie la même expression en parlant d'une église qui fut le germe du célèbre monastère de Fécamp[101] ; le nom d'oraculum est également appliqué par le moine Gordien à une église que saint Benoît construisit dans un lieu où se trouvait autrefois un autel païen[102] ; enfin, il y a toute apparence que le mot harahum employé dans le code des Ripuaires pour désigner une basilique n'est rien autre chose qu'une forme corrompue du substantif oraculum[103].

Bien souvent, les hommes qui venaient consulter les sorts étaient des malheureux en butte à la colère du prince, et fréquemment aussi, après avoir reçu une réponse décourageante, ils restaient dans la basilique et déclaraient user du droit d'asile qui lui appartenait. Ce droit, fondé sur la législation impériale[104], fut reconnu par les rois des Barbares fédérés. Les Wisigoths l'admirent expressément, et Clovis fit de même, en approuvant les décrets- du concile tenu, en 511, dans la ville d'Orléans[105]. On alla même plus loin dans la Gaule que dans le partage d'Orient ; car le concile d'Orléans décida que les ravisseurs seraient admis à jouir du droit d'asile, tandis que Justinien les en priva expressément[106]. Il est évident, du reste, que ce droit devait être précieux pour les Ripuaires et pour les Saliens, parce qu'il permettait à ceux d'entr'eux qui avaient commis un crime d'attendre tranquillement que l'offensé eût accepté une composition pécuniaire.

Le privilège d'abriter momentanément les accusés et les hommes qui avaient encouru la disgrâce du roi appartenait non seulement à une foule d'églises, mais encore à l'atrium qui les précédait ou les environnait, et même à l'habitation de l'évêque[107].

Nous ne rapporterons pas ici tous les exemples que cite Grégoire de Tours de coupables ou de malheureux qui se réfugièrent dans diverses basiliques, et nous rappellerons seulement ce qu'il dit de Gontran-Boson et d'Ursio, lesquels cherchèrent un asile, le premier dans la cathédrale de Verdun, et le second dans l'oratoire joint à la demeure de l'évêque de cette ville[108]. La basilique construite en l'honneur de saint Germain, évêque d'Auxerre, par saint Epvre ou Aper, en dehors mais près de l'enceinte de Toul, avait aussi un asile reconnu et respecté, et Godinus, fils de Warnacharius maire du palais de Bourgogne, s'y retira momentanément, pour éviter les effets du ressentiment de Dagobert Ier[109]. L'église Saint-Remi de Reims et la métropole de la même ville jouissaient[110] également du droit d'asile ; et, selon toutes les probabilités, c'est pour prix de la sûreté qu'il y trouva, que saint Clodoaldus (saint Cloud), fils de Clodomir, donna à cette dernière église le riche domaine de Duziacum ou Duodeciacum[111].

Le droit d'asile était, en général, scrupuleusement respecté, et l'on cite un exemple curieux de la manière un peu bizarre dont on entendait la vénération pour les lieux que la religion consacrait. Après la bataille d'Amblava, un soldat neustrien, vivement poursuivi par un austrasien, chercha un asile dans une église champêtre, qui s'offrit à lui ; mais il eut le malheur de tomber en y entrant, et le vainqueur, n'osant frapper son ennemi dans l'église même, se contenta, par un scrupule dont il se glorifia probablement, de couper un pied du neustrien qui dépassait encore les jambages de la porte[112].

Le droit d'asile reconnu en faveur non seulement des églises, mais encore de l'atrium qui les précédait ou les environnait, nous fournirait une transition toute naturelle pour parler des inhumations, lesquelles avaient lieu fort souvent dans les atria. Mais cette digression nous entraînerait trop loin ; nous préférons la renvoyer à la fin du volume[113], et nous ferons seulement observer ici que, à côté des cimetières chrétiens, qui étaient certainement les plus nombreux et les plus vastes, on devait rencontrer aussi, surtout au fond des campagnes, des lieux affectés à la sépulture des païens gallo-romains ou barbares.

Le paganisme n'avait cessé de perdre du terrain pendant le cours du VIe siècle ; mais il comptait encore une certaine quantité de partisans. Grégoire de Tours rapporte, dans la vie de saint Nicetius, métropolitain de Trèves, qu'un vaisseau, étant parti des côtes méridionales de la Gaule pour l'Italie, fut assailli par une furieuse tempête, et que, à l'exception d'un seul, les passagers se mirent à invoquer Jupiter, Mercure, Minerve et Vénus[114]. La même scène se renouvela sur un vaisseau qui, un siècle plus tard, portait à Rome des envoyés de sainte Gerthrudis, abbesse de Nivialla[115]. En Italie, il y avait encore beaucoup de païens. D'après le biographe de saint Placidus, on voyait sur le mont Cassin un temple d'Apollon, qui ne fut détruit que par saint Bene, dans la première moitié du VIe siècle[116] ; et lorsque, vers le même temps, Justinien Ier renversa la monarchie des Ostrogoths, les païens de Rome tentèrent de restaurer le Palladium et de rouvrir le temple de Janus[117]. Si les idolâtres étaient encore si nombreux dans cette contrée, on peut bien penser qu'il y en avait aussi dans les provinces septentrionales de la Gaule. Après le milieu du VIe siècle, on rencontrait près du vicus d'Epusum, sur la limite des civitates de Trèves et de Verdun, une statue de Diane, qui attirait une foule d'adorateurs, et que l'on n'avait osé renverser, à cause du fanatisme des gens du pays. Vers l'année 565, un diacre nommé Wlfilaïcus ou Walfroy, lombard de nation, résolut de convertir ces malheureux idolâtres, et, pour y parvenir plus facilement, il voulut les frapper par un spectacle extraordinaire. A l'exemple de saint Siméon Stylite, il monta sur une colonne isolée, qu'il fit dresser à peu de distance de la statue de Diane, et il y resta pendant plusieurs années, presque toujours en prière, ne donnant au sommeil que le temps indispensable, et ne prenant aucune précaution pour se garantir du froid, dont il eut tellement à souffrir que ses ongles tombèrent. Chaque fois qu'il voyait des païens venir se prosterner devant l'idole, il saisissait l'occasion de leur prêcher le christianisme. Peu à peu ses exhortations convertirent un certain nombre d'individus, et quand il jugea ses néophytes assez forts, il les engagea à renverser la statue. Il descendit même de sa colonne pour les aider, mais il reprit ensuite sa première position. Cependant, Magnericus métropolitain de Trèves, étant venu le visiter quelque temps après, lui représenta que ce genre de vie ne pouvait convenir dans un climat aussi froid que le nord de la Gaule ; il le pria de descendre de nouveau, et, pour lui ôter l'envie de remonter sur sa colonne, il la fit abattre et enjoignit à Wlfilaïcus de demeurer avec les solitaires que le désir de recevoir ses conseils avait attirés près de lui[118]. Grégoire de Tours parle, dans un autre ouvrage, des sacrifices que, vers le milieu du VIe siècle, les païens faisaient sur les bords d'un lac situé au sommet du mont Helanus, dans la civitas des Gabali[119]. On sait que, à la même époque, il y avait un temple dans les environs de Marseille. Le biographe de saint Rigomerus parle d'un autre temple, que l'on appelait Mori fanum, et dans lequel les idolâtres du pays déposaient des offrandes. Le saint homme parvint à convertir ces misérables, qui étaient tous des colons et des esclaves, et, suivant ses conseils, ils démolirent le temple et le remplacèrent par une basilique[120]. Plus tard, lorsque saint Remacle fonda dans la forêt des Ardennes les monastères de Maimundarium et de Stabulaus (Malmédy et Stavelo), il fut obligé de renverser d'abord les idoles que les habitants de la contrée adoraient encore[121]. Du reste, et comme nous l'avons fait remarquer, on ne prit pas même partout cette sage précaution. Si les antiquaires ont recueilli beaucoup d'idoles brisées, ils en ont, comme on l'a dit, trouvé d'autres que l'on avait enterrées avec soin pour les soustraire au marteau des chrétiens, et même dans divers lieux isolés et comme oubliés, au milieu de quelques forêts, sur la cime de quelques montagnes, les simulacres des faux dieux sont restés debout presque jusqu'à nos jours.

Les derniers sectateurs du polythéisme gréco-romain avaient d'abord espéré rencontrer des protecteurs et des appuis dans les Francs, dont plusieurs restèrent fidèles pendant un certain temps aux superstitions qu'ils avaient apportées de la Germanie. Quelques historiens ont même cru qu'il s'était opéré une sorte de fusion entre les deux cultes ; que Woden ou Wodan avait été identifié avec Mercure, et Thor avec Vulcain, et que ce mélange des deux religions avait retardé la chute définitive du paganisme. Mais la chose nous semble peu probable. Il y avait une bien grande différence entre le polythéisme des Gallo-Romains et celui des Barbares, et, d'un autre côté, ceux-ci se montrèrent moins opiniâtres que plusieurs de ceux-là Le paganisme ne compta bientôt plus parmi eux qu'un très-petit nombre de partisans. Il en eut toutefois quelques-uns non seulement pendant le Vie siècle, mais même au commencement du Vile. Nous avons déjà parlé du temple que les Ripuaires païens possédaient à Cologne, sous le règne de Thierry Ier, et qui fut incendié par saint Gallus[122]. Près de cent ans après, Clotaire II, irrité contre saint Lupus, métropolitain de Sens, le relégua dans un lieu nommé Andesagina, sur les bords de l'Oise. Ce lieu se trouvait compris dans le gouvernement d'un duc appelé Boso-Landegisilus, lequel faisait profession du paganisme, et le nombre des idolâtres (gallo-romains ou barbares) habitant la contrée était encore si considérable, que l'on y voyait plusieurs temples, que saint Lupus détruisit, après avoir converti et baptisé le duc Boso[123]. Enfin, nous rappellerons les longs travaux auxquels saint Eloy, évêque de Noyon, et d'autres saints se livrèrent pour achever d'extirper le paganisme dans les civitates septentrionales de la Belgica Secunda[124].

On ne négligeait rien, du reste, pour arriver à ce résultat, et les rois réunissaient leurs efforts à ceux des papes. Saint Grégoire-le-Grand écrivit à Théodebert U, roi d'Austrasie, et à Thierry II, roi de Bourgogne, pour les féliciter du zèle qu'ils déployaient, et dans une lettre adressée à Brunehaut il la prie de redoubler d'empressement[125]. On ne peut douter que les dispositions des Codes Théodosien et Justinien[126] n'aient été appliquées dans la plupart des provinces de la Gaule, et quelques-uns des rois Francs promulguèrent aussi des lois contre le paganisme. Nous possédons encore la constitutio que Childebert, fils de Clovis Ier, publia en 554, et qui prononçait des peines assez sévères[127]. De plus, comme il était arrivé parfois que les païens, irrités par la destruction des idoles et des temples, s'étaient livrés à des actes de violence envers les missionnaires, les Mérovingiens introduisirent dans les codes des Ripuaires[128], des Alamanni[129] et des Bavarois[130] plusieurs dispositions destinées à protéger les ecclésiastiques contre le courroux des idolâtres.

Grâce à tant d'efforts, le paganisme vit décroître de jour en jour le nombre de ses sectateurs ; mais les superstitions qu'il avait enfantées ne périrent pas avec lui. Une des plus tenaces fut la coutume d'interroger les devins et les pythonisses pour connaître l'avenir. Grégoire de Tours en parle fréquemment, et quelquefois les plus grands personnages ne rougissaient pas d'avoir recours à ces misérables pratiques[131].

L'Eglise avait aussi à lutter contre les hérésies orientales, qui tâchèrent, avec l'aide de quelques empereurs, de pénétrer dans les provinces du partage d'Occident. Le roi de Neustrie Chilpéric Ier, cet homme souillé de tous les crimes, se mit lui-même à dogmatiser et inventa une hérésie qui se rapprochait de celle de Sabellius, mais dont les évêques gaulois parvinrent à le désabuser[132]. Le cinquième concile d'Orléans (année 549) fut assemblé pour l'affaire des Trois Chapitres et pour anathématiser les erreurs de Nestorius et d'Eutychès. Saint Nicetius métropolitain de Trèves, Domitianus évêque de Trajectum-ad-Mosam, Desideratus évêque de Verdun, Alodius évêque de Toul, Ambrosius évêque de Troyes, et les archidiacres Protadius et Medulfus, représentant Mappinius métropolitain de Reims et Genobaudus évêque de Laon, assistèrent à ce concile, dans lequel furent condamnées les doctrines de ces deux hérésiarques[133]. Elles avaient déjà rencontré un adversaire redoutable dans la personne de saint Avitus, métropolitain de Vienne ; circonstance qui semble prouver qu'elles comptaient dans les Gaules un certain nombre de partisans. L'arianisme s'y était également répandu, ainsi que nous l'avons remarqué ailleurs. Au commencement du VIe siècle, il se tint en Gaule, mais dans un lieu dont le nom n'est pas venu jusqu'à nous, un concile auquel assista saint Remi. L'assemblée avait pour but de ramener à la foi catholique ou de déposer un évêque arien, qui prit le parti de la soumission[134]. C'est à la crainte de voir renaître les erreurs d'Arius qu'il faut attribuer, sans aucun doute, le soin que mettaient les prédicateurs, les missionnaires et même les historiens[135] à ne laisser dans les esprits aucun nuage sur le dogme de la Trinité : Sanctœ Trinitatis catholicam fidem in credentium cordibus plantaverat, dit le biographe de saint Fridolin[136] ; et l'on redoutait tellement cette hérésie, qu'on la combattait même au loin, et que saint Nicetius, métropolitain de Trèves, écrivit à Chlodoswinda fille de Clotaire Ier, épouse d'Alboin roi des Lombards, pour l'engager à convertir son mari, qui était arien[137]. Ces hérésies n'étaient pas même les seules que l'on rencontrât en Occident. Grégoire de Tours parle d'un prêtre de cette ville qui niait la résurrection des morts[138], et saint Eustasius, abbé de Luxeuil, fut obligé d'aller travailler à la conversion des Warasci, qui habitaient la vallée du Doubs, et dont les uns étaient encore païens, tandis que les autres étaient tombés dans l'hérésie de Bonose et de Photin, évêques de Sardique et de Sirmium, laquelle s'était aussi répandue chez les Bavarois[139]. Enfin, il parait même qu'il y avait eu des traces de schisme dans quelques diocèses, probablement à l'occasion de l'affaire des Trois Chapitres ; car, dans une lettre adressée à Brunehaut, le pape saint Grégoire-le-Grand conjure cette princesse de réprimer l'audace de certains schismatiques[140].

Malgré toutes ces misères, l'église des Gaules offrait un spectacle bien digne d'attirer l'attention. Elle possédait des évêques illustres, de savants docteurs, des écrivains de mérite, des écoles renommées, des établissements monastiques et charitables fort nombreux. Il nous est impossible d'énumérer ici tous les hommes qui firent alors la gloire de l'église d'Austrasie, et dont les noms se sont déjà pour la plupart, rencontrés dans notre récit ; il nous suffira de rappeler : pour le diocèse de Reims, saint Remi ; saint Arnulfus, son parent, qui épousa une nièce de Clovis Ier[141] ; Attolus, qui fonda douze hôpitaux et construisit à Reims une superbe basilique[142] ; saint Theodericus ou Thierry, premier abbé du monastère de Hor ; saint Basie ou Basolus ; saint Bertald us ; dans le diocèse de Trèves, saint Nicetius, dont la réputation s'étendait bien au-delà des limites de la Gaule[143], et que Grégoire de Tours a rangé au nombre des Pères[144] ; saint Magnericus[145], successeur de saint Nicetius, qui eut la sagacité de deviner le mérite de saint Gaugericus ou Géry, lequel fut un des ornements de l'évêché de Cambray ; dans le diocèse de Metz, l'évêque Hespérius, qui cultiva la poésie et fut en relations avec Sidoine Apollinaire[146] ; saint Villicus, successeur d'Hespérius, et dont Fortunat fait le plus bel éloge[147], et saint Gundulfus ou Aigulfus[148] ; dans le diocèse de Verdun, les évêques Vito ou Vidennus (saint Vanne) ; saint Agericus ou Airy, pour lequel le roi Childebert Ier professait la vénération la plus profonde[149], et que le poète italien accabla également de ses louanges[150] ; à Mayence, l'évêque Sidonius, qui fut aussi chanté par le même écrivain[151] ; à Cologne, l'évêque Charentinus, que Fortunat compare aux prélats les plus illustres[152], et le solitaire Goar, dont une petite ville des bords du Rhin porte encore aujourd'hui le nom.

Nous pourrions grossir considérablement cette liste, en y ajoutant les noms des saints qui fondèrent un si grand nombre de monastères à la fin du VIe siècle et au commencement du VIIe ; mais de pareils détails seront mieux placés dans un des chapitres suivants, et nous nous contenterons de faire observer que, pendant les soixante premières années du VIe siècle, on compta dans la Gaule plus de soixante-et-dix saints, dont trente environ furent revêtus de la dignité épiscopale. Les collections agiographiques nous ont conservé, en effet, les vies de soixante-et-onze saints appartenant à cette période, et on verra plus loin qu'il n'y en eut pas un moindre nombre pendant les quarante années qui la suivirent. Il ne faut pas croire que le premier-venu pût rédiger des biographies de cette nature et décerner le titre de saint à qui bon lui semblait. Un fait rapporté par Grégoire de Tours[153] le prouve suffisamment. Il existait à Troyes, vers le milieu du VIe siècle, un oratoire dédié à saint Patroclus, dont le culte était peu en honneur, parce que l'on ne possédait pas les actes de son martyre. Sur ces entrefaites, un voyageur prêta au clerc qui gardait l'oratoire un livre contenant les actes dont il s'agit. Le clerc s'empressa de les copier et les montra à son évêque, qui, l'accusant de les avoir fabriqués, le fit battre de verges et le chassa honteusement. Plusieurs années s'écoulèrent. Une armée Franque étant descendue en Italie, un soldat en rapporta un autre exemplaire des actes de saint Patrodus, et ce fut seulement alors, et après avoir comparé le texte de ce manuscrit avec la copie faite par le clerc, que l'évêque de Troyes consentit à reconnaître l'authenticité de la dernière.

Parfois cependant, mais seulement lorsqu'il était question de martyrs ou de saints des premiers siècles, on se contentait, pour admettre l'authenticité de leurs reliques, de révélations ou de visions, dont la parfaite véracité n'a pas été démontrée toujours. Grégoire de Tours cite un exemple remarquable de cette manière de procéder[154], et il serait facile d'en rapporter plusieurs autres. On verra plus loin que les métaux précieux et les pierreries étaient déjà employés à la décoration des châsses destinées à renfermer les corps des saints. A cette époque, on n'avait pas encore l'habitude d'en distribuer des os ou des parcelles à différentes églises, et on ne leur donnait que les vêtements qui avaient autrefois couvert les saints, les linges et les riches étoffes dont leurs reliques avaient été entourées, ou quelques fragments de leurs sarcophages. Ces derniers et les châsses étaient souvent entourés d'ex-voto, et Grégoire de Tours dit que le tombeau de saint Nicetius ou Nisier, métropolitain de Lyon, était environné de chaînes innombrables déposées par des captifs qui lui attribuaient leur délivrance[155]. L'Eglise avait ainsi adopté et sanctifié un usage commun aux sectateurs du polythéisme gréco-romain et aux Germains eux-mêmes ; car le temple que les Ripuaires possédaient à Cologne, et qui fut incendié par saint Gallus, était rempli de véritables ex-voto[156].

La dévotion que l'on avait pour les martyrs et les saints évêques des premiers temps du christianisme multiplia le nombre des basiliques. Jamais peut-être on ne construisit et on ne répara autant d'églises que pendant les VIe et VIIe siècles. Le pape Pélage II, écrivant à Aunacharius évêque d'Auxerre, témoigne sa joie de ce que l'on bâtissait tant d'églises dans le centre de la Gaule[157], et il en était de même dans les autres parties de cette contrée. Il y avait, à cet égard, une sorte d'émulation entre les rois, les évêques, les monastères, et même quelquefois les particuliers. Nous avons déjà parlé d'églises élevées par les Mérovingiens, et, dans les chapitres suivants, nous mentionnerons encore d'autres constructions dues à leur piété. Des femmes contribuèrent généreusement à ces travaux ; la reine Theodechildis fit rebâtir plusieurs basiliques[158], et, selon Fortunat[159], ce fut grâce aux largesses de Bertoara, fille de Théodebert I, que l'évêque Sidonius put restaurer les églises de Mayence. On voyait alors deux, trois et même quatre basiliques ou oratoires dans beaucoup de monastères. Celui de Glannafolium en possédait quatre[160], et, au VIIe siècle, des abbayes colombanistes en eurent jusqu'à sept. Les églises étaient également fort nombreuses dans certaines villes, et, si Von peut puiser ce renseignement dans le second testament de saint Remi, Reims ne comptait pas moins de seize basiliques[161]. Le premier concile d'Orléans, tenu en 511, prescrivit de consacrer à la réparation des édifices sacrés une portion des revenus ecclésiastiques[162], et dans bien des diocèses on n'avait pas attendu ce moment pour s'en occuper d'une manière sérieuse.

A Cologne, l'évêque Charentinus rendit aux églises leur splendeur première[163]. L'une d'entr'elles renfermait les reliques de cinquante soldats de la légion Thébéenne, et tel était l'éclat de ses ornements, que le peuple l'appelait l'église des saints dorés[164]. A Mayence, Sidonius, non content de réparer les anciennes basiliques, en construisit une nouvelle en l'honneur de saint Georges[165]. A Trèves, saint Nicetius fit disparaître les dernières traces des ravages commis par les Barbares[166]. A Metz, on éleva une église magnifique sur le bord de la Moselle[167], et cette église devait être la cathédrale, car celle que nous voyons aujourd'hui est peu éloignée de la rivière. Quelque temps auparavant, l'évêque Villicus avait entrepris une réparation générale des basiliques de la ville[168], et il fut aidé dans ce travail par l'archidiacre Macarius[169]. Saint Agericus, évêque de Verdun, prit le même soin pour les églises de sa ville épiscopale[170], et il nous serait impossible de rappeler même sommairement toutes les basiliques dont Grégoire de Tours rapporte la construction[171]. Nous avons déjà mentionné le rétablissement de la cathédrale de Strasbourg, et si nous y revenons c'est pour combattre l'opinion de divers archéologues, d'après lesquels le bois aurait été employé comme principal élément de construction dans beaucoup d'églises de la période mérovingienne. Ils ont surtout allégué, à l'appui de cette assertion, la cathédrale de Strasbourg, rebâtie par les soins de Clovis Ier. Mais les murailles de cette basilique étaient généralement en pierre. Si quelques portions des parois étaient seulement en charpente, il faut voir là une exception, et on doit attribuer cette particularité non à un système adopté pour les édifices mérovingiens, mais uniquement à la rareté de la pierre, que l'on se procure difficilement à Strasbourg, où maintenant encore la plupart des maisons et les clôtures de jardins sont en bois et en briques. Nous n'avons trouvé dans Grégoire de Tours, où il est si souvent question d'églises, que trois passages propres à étayer l'opinion que nous combattons. Le premier[172] concerne une église en planches qui existait dans les montagnes de la civitas des Arverni, et qui fut incendiée par les Austrasiens. Dans le second passage[173], il est parlé d'oratoires en planches qui furent successivement élevés sur le tombeau de saint Aravatius ou Servatius, évêque de Tongres, et que Monulfus un de ses successeurs remplaça par une basilique en pierre. Enfin, dans l'Historia Francorum[174] il est question d'une sorte de chapelle en bois, que l'on voyait sur une des murailles de Rouen, et qui était dédiée à saint Martin. Partout ailleurs Grégoire de Tours décrit des églises en pierre, et l'on ne comprend pas pourquoi on lui aurait préféré le bois, puisque l'on avait toujours la libre disposition des carrières ouvertes pendant la période gallo-romaine.

Tout démontre, en effet, que les procédés architectoniques n'avaient subi aucune modification importante. L'architecture romaine n'avait pas fait place à un art nouveau. Les églises, les palais, les maisons particulières, les villœ et les murs des villes continuaient, pendant les VIe et VIIe siècles, à s'élever d'après les règles anciennes, et les constructions devaient avoir presqu'universellement le même aspect qu'avant l'établissement des Barbares. L'architecture, il est vrai, n'était plus exactement la même que du temps d'Auguste ou des Antonins ; mais la décadence de l'art avait commencé dès le IIP siècle, et les monuments qui remontent au règne de Dioclétien la laissent clairement apercevoir.

Il nous reste encore plusieurs édifices ou fragments d'édifices datant de la période mérovingienne, et tous- sans exception nous offrent les mêmes caractères que les constructions gallo-romaines[175]. On retrouve partout les mêmes dispositions, les mêmes appareils et les mêmes enduits. A Reims, l'église Saint-Xyste, qui remontait aux temps mérovingiens et qui a été détruite pendant la Révolution, était revêtue du petit appareil[176]. On employait même encore le grand, comme dans les premiers siècles. Saint Desiderius, évêque de Cahors, construisit, au VIIe siècle, une église quadris ac dedolatis lapidibus[177] ; et, cent ans après, Naiton roi des Pictes demanda à l'anglo-saxon Céolfrid, abbé du monastère des bienheureux Pierre et Paul, de lui envoyer des architectes pour élever une église avec de grandes pierres, selon l'usage des Romains[178]. Les ornements eux-mêmes n'éprouvèrent que de légers changements ; la mosaïque gallo-romaine récemment découverte à Nennig, sur la rive droite de la Moselle, entre Sierck et Trèves, offre, dans sa bordure, des enroulements et des entrelacs exactement pareils à ceux que l'on rencontre dans les églises et dans les manuscrits de la période romane ; et, depuis quelques années, on a retrouvé, en démolissant les murs gallo-romains de quelques villes, des chapiteaux, noyés dans le mortier depuis la fin du IVe siècle, et qui sont presqu'entièrement semblables aux chapiteaux du moyen-âge, regardés pendant si longtemps comme les produits d'un art barbare.

Le plan et les dispositions générales des grandes églises n'avaient éprouvé non plus aucun changement. La plupart se composaient, outre le narthex ou pronaos, que l'on nommait aussi porticus[179], de trois nefs, d'inégale largeur. Le plus souvent, les nefs latérales se terminaient carrément, comme dans la fameuse basilique de Saint-Paul-hors-les-murs, à Rome ; mais la nef centrale s'ouvrait presque toujours sur, une abside de forme semi-circulaire, et le plan de la cathédrale de Strasbourg, dont nous avons déjà parlé, et qui n'est peut-être pas très-authentique, nous offre seul une nef centrale aboutissant à un sanctuaire de forme quadrilatérale. Les trois nefs étaient séparées l'une de l'autre par une double rangée de colonnes, supportant des arcades ou plus probablement des architraves. Parfois, on voyait, comme dans les basiliques romaines de Sainte-Agnès, de Saint-Laurent et des Quatre-saints-couronnés, deux hauteurs des colonnes, et alors entre les colonnes du second ordre existaient des tribunes, probablement destinées aux femmes. Telle était, au rapport de Fortunat[180], la disposition des églises de Cologne ; selon toutes les apparences, il en était de même dans plusieurs autres villes ; et, pour reconnaitre l'exactitude de ces diverses propositions, il suffit de parcourir la description de la basilique que saint Droctoveus avait construite, à Paris, en l'honneur de saint Vincent[181], et de celles qui furent élevées par Agrœcula évêque de Châlons-sur-Saône et par Avitus évêque de Clermont[182].

On peut poser en règle générale que les églises des Vie et Vile siècles n'étaient pas voûtées. Les nefs étaient couvertes d'un plafond, plus ou moins orné, auquel on donnait le nom de camera, et peut-être même dans quelques basiliques la charpente était-elle apparente, comme dans beaucoup d'églises d'Italie ; mais la première de ces deux dispositions était certainement la plus usitée, à cause de la rigueur du climat. Grégoire de Tours, mentionnant l'incendie de la basilique de Briva-Curretia (Brive-la-Gaillarde), dit que le feu calcina les colonnes et l'autel de marbre[183] ; ce qui ne serait pas arrivé si elle avait eu une voûte. Le même écrivain parle en plusieurs autres endroits de la camera de diverses églises[184], et le biographe de saint Droctoveus assure que le plafond de la basilique de Saint-Vincent de Paris était en partie doré[185]. Cependant, on trouve aussi quelques renseignements relatifs à des églises et à des oratoires qui n'avaient pas de plafond, et dont on voyait la charpente. Ainsi, lorsque Berthefredus eut cherché un asile dans l'oratoire de saint Agericus, évêque de. Verdun, les soldats qui le poursuivaient montèrent sur la toiture de l'édifice et assommèrent le fugitif en lui lançant des tuiles[186] ; ce qu'ils n'auraient pu faire si l'oratoire avait eu un plafond. Ainsi encore, il parait que la charpente était visible dans la cathédrale que Clovis fit construire à Strasbourg[187]. Parfois on voûtait l'abside. Grégoire de Tours, en décrivant une église, mentionne un arcus[188], qui ne peut être que l'arc dit triomphal, lequel sépare fa nef de la voûte de l'abside ; et ailleurs il semble dire que Tetricus évêque de Langres fit construire à Dijon une abside voûtée[189].

Les colonnes qui séparaient les nefs des basiliques, ou entre lesquelles s'ouvraient les tribunes, étaient souvent en marbre. Après avoir rapporté l'incendie de l'église de Briva et dit que l'autel et les colonnes, qui étaient en marbres de diverses couleurs, furent calcinés par la violence du feu, Grégoire de Tours dit que saint Ferreolus, évêque de Limoges, rendit à cette église sa beauté et sa splendeur premières[190]. Un des biographes de saint Médard décrit la basilique dont Sigisbert II, roi d'Austrasie, continua la construction, et qui était destinée à abriter le corps du saint, et il ajoute qu'on y employa des lapides diversi generis[191] ; ce qui ne peut s'entendre que de marbres de couleurs différentes. On voyait dans la basilique de Saint-Vincent de Paris quantité de colonnes en marbres très-précieux[192], et saint Nicetius, métropolitain de Trèves, employa des colonnes de cette matière dans sa forteresse de Mediolanum[193]. Il n'était pas aussi difficile qu'on peut le penser de se procurer ces riches matériaux. Les édifices et les temples des trois premiers siècles en fournissaient beaucoup ; et l'on voyait même à Rome[194], et probablement aussi dans la Gaule, des magasins où l'on vendait des colonnes (columnœ) et des chapiteaux (epistylia), que l'on transportait au loin pour les employer dans la construction des églises et des palais.

Ce n'était pas seulement pour les colonnes que l'on utilisait le marbre ; on s'en servait encore pour orner diverses parties des édifices[195], notamment le pavé[196]. On avait également recours, dans le même but, à des mosaïques plus ou moins riches[197].

Dans certaines églises, on couvrait les murailles de peintures à fond d'or. Le biographe de saint Droctoveus parle de celles qui décoraient la basilique de Saint-Vincent[198], et on trouve dans Grégoire de Tours quelques détails sur les peintures que l'on admirait dans l'église de Saint-Martin de la même ville[199], et dans d'autres basiliques. Parfois même, on attachait aux murailles des tableaux de petites dimensions[200], ou on y traçait des inscriptions pieuses, soit envers, soit en prose[201].

Les fenêtres des basiliques étaient fort étroites et percées dans la partie supérieure des murs. Elles étaient fermées par des vitraux, car le verre n'était plus très-rare ni très-cher à cette époque[202], et on employait même déjà des verres de différentes couleurs. Grégoire de Tours raconte, en effet, qu'un voleur étant entré dans l'église du vicus Iciodorensis (Iseure), enleva, faute de mieux, les vitraux et les fondit, pour en retirer l'or qu'il s'imaginait y être contenu ; mais l'opération ne réussit pas, et il se contenta de couler un certain nombre de ces boules de couleur variées[203] que l'on trouve quelquefois dans les tombeaux mérovingiens[204].

Ce serait peut-être ici le lieu de décrire le mobilier des églises ; mais ces détails nous entraîneraient trop loin. Contentons-nous de rappeler que l'on voyait, dans chaque basilique, un autel ordinairement revêtu des marbres les plus précieux et couvert d'une espèce de dôme, appelé ciborium, soutenu par des colonnes et soutenant lui-même de riches tapisseries. Ajoutons que les tombeaux des saints que l'on vénérait dans beaucoup d'églises étaient protégés contre la ferveur indiscrète des fidèles par des barrières (cancelli), pour la confection desquelles on employait sans doute des matériaux d'une grande valeur[205].

Si l'on réservait pour l'intérieur des basiliques les principaux embellissements, on n'en négligeait pas l'extérieur. Les murailles étaient parfois ornées de pilastres, de cordons, d'arcatures, de frontons et de figures diverses tracés au moyen d'appareils différents[206]. On trouvait moyen de décorer les toitures elles-mêmes, et le biographe de saint Droctoveus rapporte que la basilique de Saint-Vincent, bâtie par le vénérable abbé, était couverte de feuilles de cuivre doré, qui jetaient un éclat prodigieux lorsqu'elles étaient frappées par les rayons du soleil[207].

Quelques antiquaires ont cru que certaines églises étaient déjà accompagnées de tours ; mais la chose n'est guère probable. On lit cependant dans la vie de saint Maur qu'une basilique du monastère de Glannafolium, laquelle était dédiée à saint Michel, avait la forme d'une tour carrée[208], et nombre d'églises et d'abbayes possédaient des cloches (signa), probablement de très-faibles dimensions[209].

Près de la plupart des églises importantes s'élevait un petit édifice, dans lequel on administrait le baptême, et qui, pour cette raison, portait le nom de baptistère. Il est parlé de celui de Mayence dans les vers de Fortunat[210] ; le même poète félicite saint. Agericus d'avoir restauré le baptistère de Verdun[211], et on voit encore aujourd'hui celui de Poitiers, dont la construction remonte au VIe siècle[212]. Il paraît toutefois que de grandes églises manquaient de cet édifice accessoire, et que l'on administrait le baptême dans une de leurs nefs. D'après Grégoire de Tours[213], il y avait dans la basilique de Saint-Martin un puits, duquel on devait tirer l'eau destinée à l'administration du sacrement. II y avait aussi un puits, dont l'eau servait au même usage, dans la nef méridionale de l'ancienne cathédrale de Strasbourg[214], et il y en a encore un dans l'église Saint-Eloy, à Rouen.

On a remarqué, il y a déjà longtemps, que Grégoire de Tours emploie ordinairement le mot ecclesia pour désigner la cathédrale, et l'expression basilica lorsqu'il parle des autres églises du diocèse ; mais il ne nous semble pas que cette distinction soit toujours bien nettement établie, et, d'ailleurs, elle ne se retrouve ni chez les historiens, ni chez les agio-graphes de la même époque.

Une autre particularité sur laquelle il importe d'appeler l'attention est la situation habituelle des basiliques. On sait que les Grecs et les Romains plaçaient fréquemment leurs temples près des murailles des villes, en sorte que ceux-ci constituaient une espèce de ceinture qui protégeait les habitations. Les Chrétiens imitèrent cet usage, et dans plusieurs villes austrasiennes les églises et les monastères formaient une véritable ceinture autour des remparts. A Metz, la plupart des basiliques, rangées en ligne dans la plaine du Sablon, établissaient comme un rideau près des murailles, qui étaient faibles de ce côté-là tandis que les autres faces de l'enceinte étaient protégées par le lit de la Moselle et par le cours de la Seille. A Trèves, la cathédrale était au milieu de la ville ; mais les quatre basiliques de Saint-Euchaire (aujourd'hui Saint-Mathias), de Saint-Maximin, de Saint-Paulin et de Saint-Martin protégeaient les murs sur tous les points où ils n'étaient pas baignés par les eaux de la Moselle. Aussi, Grégoire de Tours emploie-t-il le mot circuire, en parlant de la visite que saint Nicetius faisait aux églises de sa ville épiscopale ; et, d'après une tradition rapportée par le même historien, les prières du saint évêque ayant obtenu la cessation d'une maladie contagieuse qui avait fait de grands ravages à Trèves, on entendit, au milieu de la nuit, un démon s'écrier : « Ô mes compagnons, que ferons-nous ici ? L'évêque Euchaire garde une des portes ; Maximin veille sur l'autre ; Nicetius lui-même défend le centre de la ville ; nous n'y pouvons plus rien, retirons-nous devant ses défenseurs ![215] » A Reims, les basiliques étaient à côté des portes : Saint-Victor à la porte de Soissons, Saint-Martin à la porte Collatitia, Saint-Hilaire à celle de Mars, Saint-Crépin et Saint-Crépinien à celle de Trèves. La procession des Rogations visitait autrefois ces diverses églises, en faisant le tour de la ville, et, après que cet usage fut tombé en désuétude, on continua jusqu'au siècle dernier à invoquer dans les litanies les saints qui avaient donné leurs noms aux quatre basiliques[216]. Ajoutons que le métropolitain saint Rigobert construisit un oratoire sur la muraille de Reims, près de la porte nommée porta Patens[217]. La disposition des églises était la même à Toul, où la cathédrale, les monastères de Saint-Mansuy et de Saint-Epvre et diverses églises paroissiales avoisinaient les murs, soit en-dedans, soit en-dehors. Elle était aussi la même à Strasbourg : la cathédrale était au centre de la cité ; mais les églises Saint-Pierre-le-Vieux, Saint-Pierre-le-Jeune, Saint-Etienne et plusieurs autres touchaient aux fortifications et formaient, en quelque sorte, un cordon tout autour de la ville. Si ces exemples, tous tirés de l'Austrasie, ne suffisent pas, on peut encore citer Tours, où la basilique de Saint-Martin était adjacente au rempart[218] ; Saintes, dont les églises étaient rangées en cercle[219], et Clermont, qui était littéralement entouré d'édifices religieux[220]. L'abbé le Beuf avait déjà remarqué, il y a plus d'un siècle, que les monastères dédiés à saint Martin sont ordinairement hors des murs des villes, et que les églises consacrées sous le vocable de Saint-André sont voisines des portes ; et cette double observation, qui est très-exacte, vient à l'appui de ce que nous venons de dire relativement à l'existence d'une coutume qui survécut au moyen-âge lui-même ; car si au XIIIe siècle et au XIVe on construisait encore des chapelles sur les remparts des cités, on a conservé jusqu'au XVIIe le pieux usage de placer sur les portes des villes les images de la Vierge et des saints.

Il nous resterait, pour compléter ces notions sur l'architecture des VIe et VIIe siècles, à parler des constructions civiles et militaires ; mais les renseignements nous manquent presqu'absolument. On sait toutefois que Chilpéric Ier prescrivit aux ducs et aux comtes de réparer (componere) les murs des villes[221] ; et cette circonstance nous porte à croire que plusieurs portions de murailles réputées gallo-romaines ne datent que de la période mérovingienne. On ne peut douter, en effet, que les rois Francs n'aient fait reconstruire les fortifications détruites par les Barbares. Metz, qui avait tant souffert lors de l'invasion des Huns, vit relever ses remparts, et on est certain que ceux de Trèves furent également refaits, puisque Fortunat ne craignait pas d'écrire :

Perducor Trevirum, qua mœnia celse patescunt[222].

Nous avons déjà décrit la forteresse bâtie par ordre de saint Nicetius[223], ainsi que les grands travaux exécutés par saint Desiderius, évêque de Cahors ; et nous rappellerons encore que saint Rigobert, métropolitain de Reims, fit construire un aqueduc, destiné à alimenter les bains des ecclésiastiques attachés à son église[224].

Il ne faut pas s'imaginer, comme plusieurs antiquaires, que tous ces travaux furent exécutés ou, pour mieux dire, conduits par des moines et des ecclésiastiques. Quelques-uns d'entr'eux avaient, à la vérité, des connaissances en architecture. Tel fut un clerc, nommé Langisus, qui était le principal architecte de Théodebert Ier, roi d'Austrasie, et que le comte Florus conduisit à Glannafolium, pour diriger la construction de ce monastère[225]. Tel fut aussi un ecclésiastique messin, dont le nom est inconnu, et qui fut souvent employé par Pierre évêque de Metz et par les rois d'Austrasie eux-mêmes[226]. Tel fut peut-être aussi le moine Claudius, lequel parait avoir achevé une basilique commencée par saint Desiderias, évêque de Cahors[227]. Mais, dans toutes les autres circonstances, on voit la profession d'architecte exercée par des laïques, comme de nos jours, et quelquefois même ces laïques étaient d'origine barbare, ainsi que le prouvent ces deux vers de Fortunat[228] :

Quod nullus veniens Romana gente fabrivit,

Hoc vir barbaries prole peregit opus.

Lorsqu'il s'agit de bâtir le monastère de Glannafolium, le roi Théodebert, non content de prêter à Florus son propre architecte, autorisa celui-là à mettre en réquisition tous les architectes dont il aurait besoin, et Florus profita de, cette permission pour en réunir un certain nombre[229]. Grégoire de Tours parle d'un architecte qui introduisit les soldats de Gondebaud, roi des Bourguignons, dans la cité de Vienne, en les faisant passer par un aqueduc, à la construction ou à la réparation duquel il avait probablement travaillé[230]. Dans le siècle suivant, saint Eligius (Eloy), évêque de Noyon, se promenant, un jour, devant sa cathédrale, observa que le fronton menaçait ruine et fit appeler immédiatement un architecte pour le consolider[231]. Parfois, on faisait venir des architectes étrangers, que l'on regardait probablement comme plus habiles que ceux de la Gaule. Nicetius en envoya chercher quelques-uns en Italie, lorsqu'il voulut mettre .la main aux grands travaux qu'il projetait d'exécuter, et ils exigèrent, avant de se mettre en route, qu'on leur fit serment de veiller à leur sûreté[232]. Les architectes gallo-romains n'étaient pas cependant des gens sans mérite. La description de divers édifices dont parle Grégoire de Tours prouve que ces artistes pouvaient exécuter des ouvrages très-difficiles[233], et lorsque, dans la seconde moitié du VIIe siècle, saint Wilfridus, métropolitain d'Yorck, et saint Benoît Biscop résolurent de construire des églises, ils appelèrent des architectes gallo-romains[234], quoiqu'il y en eût dans l'île de Bretagne.

Les autres arts n'avaient pas cessé non plus d'être cultivés dans la Gaule pendant le VIe siècle. L'orfèvrerie surtout continuait à produire des ouvrages, dont plusieurs sont venus jusqu'à nous. Ils laissent à désirer, certainement, sous le rapport de la correction et du fini du travail ; mais l'ensemble est harmonieux et élégant. Leur caractère est romain[235], si l'on peut employer une pareille expression, et c'est en vain que divers antiquaires ont prétendu nous démontrer que l'on y reconnaissait une influence Franque. Les Francs n'ont apporté avec eux que leur barbarie, et ceux qui ont voulu cultiver les arts ont été obligés de travailler dans les ateliers des artistes gaulois[236]. Les armes de luxe employées par les Mérovingiens et les leudes Francs ont elles-mêmes un aspect tout romain, et quant aux boucles, aux broches, aux fibules que l'on exhume, chaque jour, des cimetières de la période Franque, elles offrent la ressemblance la plus frappante avec les objets de même nature que l'on a découverts dans les tombeaux byzantins de la Crimée[237] ; ce qui prouve que les procédés des arts étaient les mêmes dans tout l'Empire.

L'Austrasie n'était pas une des provinces où ils jetaient le moins d'éclat. Grégoire de Tours rapporte que, à l'époque où Brunehaut résidait dans ce royaume, elle fit fabriquer, pour les envoyer au roi des Wisigoths, un bouclier d'une grandeur étonnante et deux bassins, tous en or et couverts de pierres précieuses[238]. L'église de Metz conservait dans son trésor un plat d'argent, de très-fortes dimensions et d'un beau travail, qui avait, sans doute, été exécuté dans la même ville[239], et l'on a trouvé récemment à Vergaville, dans la civitas de Metz, une plaque d'or dont l'élégance égale le fini[240]. Si les procédés de l'art n'avaient pas changé, les motifs de l'ornementation n'avaient guère varié davantage, et on voit figurer dans la liste des objets précieux donnés à la cathédrale d'Auxerre et à l'abbaye de Saint-Germain par l'évêque Desiderius, qui siégeait à la fin du VIe siècle et au commencement du VIIe, un missorium ou plat d'argent, exécuté par l'orfèvre Thorsomodus[241], et représentant l'histoire d'Enée, avec une, légende grecque, et un aquamanile ou bassin, dans le fond duquel on avait gravé Neptune, armé de son trident[242]. Ajoutons que, si l'on compare les sous et tiers de sou frappés en Austrasie, pendant le VIe siècle, avec les monnaies qui sortaient à la même époque de divers ateliers situés dans le partage d'Orient, on ne remarque chez ces dernières aucune espèce de supériorité dans le travail.

La Gaule avait aussi des mosaïstes très-habiles. Grégoire de Tours parle plusieurs fois de mosaïques exécutées pour divers prélats, et Fortunat décrit celle qui ornait la table (mensa) de Villicus évêque de Metz, et qui représentait des oiseaux (probablement des colombes) jouant dans des pampres et becquetant des raisins, c'est-à-dire la grappe symbole de l'eucharistie[243].

Les lettres n'avaient pas plus souffert que les beaux-arts de l'établissement des Francs et des Bourguignons, et, comme l'écrivait récemment un des meilleurs critiques contemporains, « il ne faut pas croire que les invasions germaniques aient tellement corrompu la tradition latine et l'héritage de la civilisation gréco-romaine, que jamais la barbarie et les ténèbres aient régné sur l'Italie, la Gaule et l'Espagne[244]. » Ne prenons donc pas à la lettre les expressions de Grégoire de Tours, qui frappé des progrès d'une décadence, laquelle avait commencé dès le IVe siècle, s'écriait : Vœ diebus nostris, quia periit studium litterarum a nobis ! Le nombre des écrivains fut, au contraire, fort considérable pendant le VIe siècle.

Il nous reste encore quelques débris des instructions que les évêques gallo-romains de ce temps composèrent pour prémunir les fidèles contre la séduction des hérésies orientales ; et on peut voir dans toutes, et notamment dans les écrits de saint Avitus, métropolitain de Vienne, avec quelle exactitude théologique et quelle vigueur les prélats combattaient les erreurs d'Arius, de Nestorius et d'Eutychès. Saint Nicetius, métropolitain de Trèves, dont le nom est déjà revenu si fréquemment dans notre récit, nous a laissé, outre ses deux lettres à l'empereur Justinien et à Chlodoswinda reine des Lombards, un traité De vigiliis servorum Dei et un petit ouvrage intitulé De psalmodiœ bono, dont le style est à-la-fois simple et correct. Saint Remi lui-même avait joui, sans y avoir prétendu, d'une grande renommée littéraire. Ses declamationes étaient recherchées avidement. Un habitant de la civitas des Arverni, que ses affaires avaient appelé à Reims, trouva le moyen d'obtenir d'un notarius ou du bibliothécaire du prélat une copie de ses pièces d'éloquence, et, de retour dans son pays, il les communiqua sur-le-champ à Sidoine Apollinaire, qui s'empressa d'en faire tirer copie : exemple que tous ses amis imitèrent, en disant qu'il était presqu'impossible de découvrir des productions aussi parfaites[245].

C'est ce zèle des prélats pour les bonnes études qui faisait dire au poêle Arator :

Sunt quia pontifices in relligione magistri,

Gallia quos multos dat studiosa bonos[246].

Le même goût se rencontrait chez une foule de laïques, et Grégoire de Tours dit que le moine Domnolus refusa l'évêché d'Avignon, parce qu'il craignait de voir sa simplicité (simplicitas) déplacée inter senatores sophisticos ac judices philosophicos[247].

L'hagiographie était peut-être le genre de littérature le plus cultivé à cette époque, et divers saints trouvèrent même chacun une multitude de biographes. Grégoire de Tours assure[248] que la vie du saint reclus Hospitius avait été écrite par plusieurs (a multis). Il dit ailleurs[249] que la vie de saint Martin avait été composée nombre de fois, soit en prose, soit en vers — Multi sunt qui virtutes sancti Martini, vel stante versu, vel stylo prosaïco, conscripserunt. Il cite lui-même, dans ses ouvrages, une foule de vies de saints écrites de son temps ou avant lui, et dont beaucoup ne sont pas venues jusqu'à nous. Nous rappellerons seulement ici les biographies de saint Remi[250] ; de saint Nicetius, métropolitain de Lyon[251] ; de saint Patroclus, dont nous avons déjà parlé[252] ; de sainte Pusinna, dont l'auteur a dû vivre dans les environs de Troyes[253] ; de saint Aper (Epvre), évêque de Toul, par Autmundus ou Antimundus, un de ses successeurs[254] ; de saint Vedastus, prêtre de Toul, puis évêque d'Arras[255] ; de saint Fidolus ou saint Phal ; de sainte Consortia ; de saint Germerius, évêque de Toulouse, et quantité d'autres. Les biographies anciennes se reconnaissent à la noble simplicité de leur style et de leur composition, ainsi qu'à l'absence de ces amas de prodiges dont on a enflé les rédactions postérieures des mêmes biographies. Cependant, quelques-unes de ces dernières, notamment celle de saint Fidolus, sont moins des vies proprement dites que des panégyriques, destinés à être lus dans les églises le jour de la fête du saint, et probablement même pendant l'office, et la connaissance de cet usage explique la singularité de la rédaction[256].

Les ouvrages historiques sont beaucoup moins communs que les vies de saints. Nous avons perdu le livre dans lequel les invasions des Barbares avaient été racontées en détail par un écrivain nommé Roterius, qui est qualifié d'historiographus insignis dans la vie de saint Severus, abbé d'Agde[257]. Marius évêque d'Aventicum a été plus heureux que Roterius ; sa chronique nous est parvenue tout entière ; néanmoins ; pour parler avec justesse, le VIe siècle ne nous a légué qu'un seul ouvrage important : l'Historia ecclesiastica Francorum de Grégoire de Tours. Mais aussi quel trésor ! Quelle mine abondante pour celui qui recueille les éléments d'une histoire du VIe siècle ! Quelle vérité et quelle grandeur dans les récits ! On a fait remarquer que Grégoire de Tours est très-inférieur à Tite-Live et à Tacite sous le rapport de la pureté du style et de l'agencement général des matières. Nous en convenons volontiers, en ajoutant que d'autres temps exigeaient un autre narrateur, et que, d'ailleurs, la méthode de Grégoire n'est pas aussi éloignée qu'on le suppose de celle qu'avaient adoptée les historiens romains. Il les avait lus ; il a même essayé parfois de les imiter, autant que le permettait l'originalité de son génie ; mais les emprunts qu'il a faits à leur manière ne sont pas toujours heureux ; et, par exemple, on ne voit pas ce que le livre a gagné au soin que l'auteur a pris de consigner minutieusement, comme Tite-Live, tous les prodiges précurseurs et messagers des grands évènements.

Le temps n'a pas plus respecté les écrits des poètes que ceux des théologiens et des annalistes. Nonobstant les calamités inséparables de tant de révolutions, le goût des Romains pour la poésie n'avait rien perdu de sa force. A la fin du VIe siècle, on lisait solennellement Virgile dans le forum de Trajan ; les poètes y déclamaient leurs vers, et le sénat décernait au vainqueur une récompense magnifique[258]. Les Barbares eux-mêmes partageaient cette passion pour la poésie latine. Théodoric-le-Grand, roi des Ostrogoths, favorisait les versificateurs ; Théodoric II, roi des Wisigoths, faisait ses délices de la lecture de Virgile[259], et tout le monde connaît les goûts poétiques de Chilpéric Ier. Saint Remi n'avait pas dédaigné de composer des vers, dont quelques-uns seulement sont venus jusqu'à nous. Enfin, nous rappellerons encore l'espèce d'enthousiasme avec lequel Fortunat fut accueilli dans le royaume d'Austrasie par le prince, par les évêques et même par les seigneurs Francs.

Malgré l'établissement définitif et la prépondérance du christianisme, les poètes, comme les artistes, continuaient à emprunter au paganisme une partie de leurs fictions et de leurs images ; et, pour s'en convaincre, il suffit de parcourir l'épithalame tout païen composé par Fortunat à l'occasion du mariage de Sigisbert II et de Brunehaut[260].

Si les idées avaient peu changé, la langue littéraire n'avait pas subi non plus de modifications très-profondes. Grégoire de Tours s'excuse, à la vérité, en deux endroits différents, de n'avoir pas toujours appliqué les règles de la grammaire et d'ignorer les finesses de la rhétorique[261]. Mais ces précautions oratoires elles-mêmes prouvent qu'il y avait encore, de ce temps, bien des hommes qui connaissaient à fond le latin classique et se trouvaient en mesure d'apprécier le mérite d'un livre. Si la barbarie avait été complète, l'historien des Francs ne s'en serait pas aperçu, ou du moins n'aurait rien dit. Le moine Gordien, auteur de la vie de saint Placidus, fait une observation qui prouve combien on attachait de prix aux grâces du style : Non est autem ecclesiasticorum virorum molles et delicatas orationes appetere, quœ mentes hominum ad prava et noxia guœgue illiciant, ut faciunt Comicorum et Tragœdorum[262]. On tenait même beaucoup à une prononciation correcte et élégante. Grégoire de Tours rapporte[263] qu'un prêtre, qu'il avait chargé de célébrer la messe à sa place, prononça d'une manière tellement fautive, que beaucoup de personnes se mirent à rire et à murmurer : « Il aurait mieux fait de se taire que de parler ainsi ».

Le partage d'Occident produisit, pendant le VIe siècle, des écrivains que l'on peut opposer à ceux du partage d'Orient. Les Grecs n'eurent pas, à cette époque, de poètes comparables à Corippus, Arator et Fortunat ; Cassiodore, saint Fulgence, saint Remi, saint Léandre, Denys-le-Petit et le pape saint Grégoire sont bien supérieurs à saint Jean Climaque, à Jean-le-Scholastique, à Jean-le-Jeûneur et aux autres théologiens byzantins du même temps ; et si Grégoire de Tours et Jornandès n'ont pas le mérite de Procope et d'Agathias, l'historien Franc l'emporte bien certainement sur les anciens biographes des empereurs : Lampridius, Julius Capitolinus et Trebellius Pollio.

Le goût des classes élevées de la société gallo-romaine pour les idées et les productions littéraires des siècles précédents suffirait, à défaut d'autres indices, pour prouver qu'il existait alors des bibliothèques et, des écoles. Il est évident que le haut prix du parchemin et du papyrus ne permettait pas de multiplier à l'infini les copies des livres ; mais il ne faut pas croire que ces matières fussent très-rares : nous démontrerons plus loin que l'on continuait à importer de grandes quantités de papyrus dans le partage d'Occident ; et, d'un autre côté, un passage de Grégoire de Tours[264] montre que quantité d'individus connaissaient l'art de fabriquer le parchemin, et pouvaient, par conséquent, préparer celui qui leur était nécessaire. L'historien des Francs avait à sa disposition des bibliothèques considérables ; il cite Salluste et une multitude d'auteurs anciens[265] ; et le soin qu'un soldat austrasien eut de rapporter d'Italie la vie de saint Patroclus[266] fait voir quel prix on attachait aux livres.

Quant aux écoles, les renseignements qui les concernent, sans être très-nombreux, le sont assez pour prouver leur existence. On les désignait ordinairement sous le nom de schola[267], bien que ce terme servit aussi, comme nous en avons fait l'observation, à marquer la communauté de prêtres qui assistaient' l'évêque dans l'administration des sacrements[268]. On ne peut douter que l'on ne vit encore dans la Gaule des écoles tenues par des maîtres laïques. Théodoric-le-Grand avait assigné des traitements sur le trésor public aux professeurs de grammaire, de rhétorique et de jurisprudence. L'invasion des Lombards dans le nord et le centre de l'Italie n'amena pas la fermeture des écoles. A la fin du VIIe siècle, le grammairien Félix enseignait avec tant de succès à Pavie, dans la capitale même des Lombards, que leur roi Cunibert lui offrit un bâton enrichi d'or et d'argent ; et Félix eut pour successeur son neveu Flavianus, de l'école duquel sortit Paul Warnfried. Si les choses se passèrent de la sorte en Italie, malgré une invasion sanglante, et nonobstant la guerre sans cesse renaissante entre les exarques de Ravenne et les Barbares, on doit penser que l'établissement paisible et régulier des Francs dans la Gaule fut moins funeste encore aux études. Les évêques avaient fondé près de leurs cathédrales des écoles, dans lesquelles on admettait les laïques, et qui finirent par éclipser toutes les autres. D'après des historiens, à la vérité, assez récents, il y avait déjà des écoles de ce genre à Metz, à Toul et à Verdun ; et celle de Verdun aurait, pendant quelque temps, été dirigée par saint Agericus ou Airy, qui occupa plus tard le siège épiscopal de cette ville. Il y avait aussi de petites écoles dans les vicia Nous avons dit que saint Magnericus, visitant celle d'Epusum (Ivoy), y rencontra le jeune Gaugericus, dont il distingua le mérite, et qui devint évêque de Cambray[269]. On lit dans la biographie de saint Walaricus que, sa pauvreté ne lui permettant pas de fréquenter les classes, il pria le prœceptor infantium de lui tracer sur un tableau toutes les lettres de l'alphabet et de lui apprendre leurs noms et leur valeur[270]. Il est parlé des écoles du vicus d'Avallon (Avallo ou Aballo) dans la vie de saint Germain évêque de Paris[271], et de celle de Néris (vicus Nereensis) dans la biographie de saint Patroclus[272]. Les villes importantes possédaient à plus forte raison des écoles semblables. Celles de Chartres sont mentionnées dans la vie de saint Launomarus[273], et celles de Bourges dans Grégoire de Tours[274]. Cet historien parle même du soin que prenait saint Nicetius, métropolitain de Lyon, de procurer aux jeunes esclaves l'instruction qui pouvait leur être nécessaire[275]. On voyait aussi des écoles dans quelques monastères. Saint Basolus ou Basie, étant venu à Reims, sous l'épiscopat d'/Egidius, se retira dans le monastère de Virixiacum ou Verzy, qui était voisin de cette ville, et l'abbé Diomerus enjoignit au scholastique ou professeur Komarcus d'enseigner la littérature à ce novice[276].

Il est maintenant bien difficile de deviner quelles étaient les méthodes employées au VIe siècle. Plusieurs savants ont cru qu'elles devaient être fort différentes des méthodes actuelles, à cause du prix élevé et de la rareté des matières propres à recevoir l'écriture, et par conséquent à cause de la difficulté de multiplier les exercices. Mais, outre que le parchemin et le papyrus n'étaient pas aussi rares ni aussi chers qu'on l'a pensé, on pouvait les remplacer, jusqu'à un certain point, par des tablettes de cire, d'os ou d'ivoire, sur lesquelles il était facile d'effacer l'écriture.

Quoiqu'il en soit, l'enseignement n'était pas stérile, et il sortit alors des écoles une foule d'hommes instruits, dont plusieurs occupèrent des emplois très-importants. Tels furent Secundinus et Asteriolus, deux des ministres de Théodebert Ier[277]. Tel fut Andarchius, un des hommes de confiance de Sigisbert II[278]. Tels furent tous ces illustres prélats dont les noms sont déjà revenus plus d'une fois dans notre récit, et notamment Betharius évêque de Chartres[279], Grégoire évêque de Langres[280], Desiderius évêque de Cahors[281], saint Nicetius métropolitain de Lyon[282] et saint Nicetius métropolitain de Trèves[283].

Un seul d'entr'eux, Betharius évêque de Chartres, avait probablement étudié en Italie ; car il était italien, ainsi que Fortunat, et leur naissance en quelque sorte étrangère ne les empêcha pas d'obtenir des sièges épiscopaux dans la Gaule. L'Empire existant toujours, on ne connaissait pas encore cet esprit étroit de nationalité qui repousse aveuglément les étrangers, malgré leur mérite, et quelques prélats du vie siècle étaient nés dans des contrées bien éloignées de celles où ils passèrent la plus grande partie de leur existence. Saint Martin, évêque de Bracara-Augusta, en Espagne, était originaire de la Pannonie[284], et saint Quintianus, successivement évêque de Rhodez et de Clermont, était africain et petit-fils de Faustus évêque de Prœsidium[285], ville de la Byzacène. Saint Abraham, qui fonda un monastère dans la civitas des Arverni, avait reçu le jour sur les rives de l'Euphrate[286] ; le solitaire Stephanus ou Etienne, dont il est parlé dans la vie de saint Arnulfus, et qui demeurait près de la villa de Layum ou Lay-Saint-Christophe, était né en Italie[287], et il serait facile de multiplier les exemples de ce genre.

Nous en avons dit assez néanmoins pour démontrer que les communications étaient faciles et même rapides, non seulement entre les diverses provinces de la Gaule, mais entre les deux partages d'Orient et d'Occident. Aussi, dans la Gaule, on voit au VIe siècle, comme aujourd'hui, des individus posséder des domaines fort éloignés de leur résidence habituelle : témoin Innocentius, comte de la civitas des Gabali ou Gabalitani, qui avait de vastes propriétés dans la civitas de Châlons-sur-Marne[288]. On se marie au loin ; on correspond par lettres ; les personnes les plus faibles : les moines, les esclaves, les femmes mêmes voyagent librement d'un bout à l'autre de la Gaule, et nous trouvons raide preuves de la vérité de cette assertion dans Grégoire de Tours et dans les hagiographes. On allait souvent, par pure dévotion, d'une ville dans une autre ville très-éloignée pour assister à la fête d'un saint, et l'historien des Francs mentionne deux processions qui se rendirent, l'une de Metz, l'autre de la Germania Prima, dans la cité de Reims afin d'implorer la protection de saint Remi[289].

Les pèlerinages aux tombeaux des apôtres saint Pierre et saint Paul étaient alors très-fréquents. Saint Martin de Vertou, entr'autres, visita, au VIe siècle, la ville de Rome[290], et on sait combien de relations le pape saint Grégoire-le-Grand entretint avec la Gaule. Les voyages à Jérusalem ont laissé plus de traces encore dans l'histoire. Un anonyme avait rédigé, dans la première moitié du IVe siècle, un itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, et ce livret dut servir de guide à tous les gallo-romains qui entreprenaient un voyage aussi long. Le nombre n'en était pas peu considérable, et Grégoire de Tours en rappelle plusieurs. Ici, il est question du prêtre breton Winnoch, qui se préparait au pèlerinage de Jérusalem[291] ; là il est parlé de saint Martin, évêque de Bracara, qui l'exécuta[292] ; ailleurs, d'un gallo-romain, qui fut guéri de la lèpre, en se baignant dans le Jourdain[293] ; ailleurs encore, d'une statue de N. S. Jésus-Christ que l'on voyait à Panéas, en Judée, et que l'historien décrit[294] d'après le rapport de nombreux témoins oculaires — a plerisque qui eam contemplati fuerant. Enfin, les prescriptions publiées par Justinien Ier, en 536, relativement à l'aliénation des biens de l'église de Jérusalem prouvent combien était grande l'affluence des pèlerins qui visitaient la Palestine[295].

Parfois, ces longs voyages étaient entrepris dans le but de se procurer des reliques. Grégoire de Tours cite 1° une femme de la ville de Maurienna, qui se rendit en Palestine pour obtenir une relique de saint Jean-Baptiste[296] ; 2° un gallo-romain, lequel lui avait rapporté de Jérusalem une pièce de soie (pallula holoserica) ayant servi d'enveloppe à la vraie croix[297], et 3° un prêtre de la même nation qui avait visité l'île de Chio, probablement dans le but de chercher des reliques ou en revenant de Jérusalem[298]. Un diacre de Tours, nommé Agiulfus, parcourut l'Orient, pour y recueillir des objets ayant appartenu à des martyrs[299]. Sainte Radegonde et Maroveus ou Meroveus évêque de Poitiers envoyèrent à Constantinople une sorte d'ambassade, chargée de demander à l'empereur un fragment de la vraie croix et quelques reliques des apôtres et des martyrs[300]. Radegonde obtint ce qu'elle désirait, et, encouragée par le succès, elle expédia de nouveaux messagers, auxquels elle ordonna de visiter, dans le même but, Jérusalem et tout le partage d'Orient[301]. Vers ce temps, on apporta à Langres de Césarée de Cappadoce les reliques des saints Mammès, Speusippe, Eleusippe et Méleusippe. On allait aussi en chercher à Rome[302], et ces pieuses courses ne se terminaient même pas toujours aux rivages de la Mer Morte et du Jourdain. Grégoire de Tours décrit la ville de Méliapour, située sur la côte orientale de l'Indoustan, et où saint Thomas avait prêché l'Evangile, d'après les récits d'un individu, nommé Theodorus, qui avait parcouru ces plages lointaines[303] ; et ce voyage n'a rien qui doive nous surprendre, car les empereurs Théodose-le-Grand, Justinien Ier et Héraclius reçurent des ambassades de l'Inde, et même de la Chine, et, dans le IXe siècle, Sighelm évêque de Shireburn, en Angleterre, fut, à la suite d'un vœu, envoyé à Méliapour par le roi anglo-saxon Alfred-le-Grand, qui le chargea de distribuer des aumônes aux chrétiens indous[304].

Les orientaux, de leur côté, parcouraient quelquefois le partage d'Occident, soit pour s'y procurer des reliques, soit dans d'autres intentions. Grégoire de Tours parle d'un vaisseau marchand qui transporta en Orient des reliques de saint Julien de Brivas ou Brioude[305] ; le prêtre Lactantius alla de Constantinople dans les Gaules pour visiter les lieux que la vénération des peuples y rendait célèbres[306], et, en 594, on vit, dans cette contrée, un évêque arménien, nommé Simon, qui était venu pour recueillir des aumônes, à la suite des ravages que les Perses avaient commis dans son pays[307].

Grégoire de Tours cite plusieurs faits desquels il résulte que la réputation de saint Martin s'était répandue dans tout l'Empire[308], et nous avons déjà rappelé que saint Siméon Stylite se faisait recommander aux prières de sainte Geneviève par les négociants syriens, qui fréquentaient les marchés de la Gaule[309].

Le commerce doit être, en effet, placé au nombre des causes qui établissaient des relations continuelles entre les deux partages de l'Empire. Les Gaules tiraient de l'Orient une foule de produits naturels ou fabriqués, notamment les drogues médicinales[310], l'aloès[311], le papyrus[312], et les riches étoffes de soie, dont on faisait alors un grand usage, soit pour envelopper les reliques des saints[313], soit pour les vêtements des rois, des prélats et des hommes opulents[314].

Le commerce avec l'Orient se faisait principalement par la voie de mer, et les vaisseaux de Marseille et des ports voisins allaient directement échanger les produits de la Gaule contre ceux de l'Asie et de l'Égypte[315]. Quelquefois aussi, mais rarement, les marchands gallo-romains gagnaient Constantinople par la Rhétie, Ravenne et l'Illyrie, ou bien en suivant le cours du Danube. C'était également la direction que prenaient les négociants qui allaient trafiquer avec les Winides et les autres peuples slaves voisins des frontières orientales de la Germanie[316]. La Gaule faisait aussi un commerce, dont il est bien difficile aujourd'hui d'apprécier l'importance, avec l'Espagne[317] et même avec l'île de Bretagne, qui était alors le grand marché aux esclaves, et où les trafiquants gaulois portèrent toutes ces monnaies impériales et mérovingiennes que l'on retrouvé si souvent en Angleterre[318].

Les différentes provinces de la Gaule avaient entr'elles de nombreuses relations. Grégoire de Tours[319] et Fortunat[320] parlent des bateaux marchands qui sillonnaient le cours de la Moselle. Les salines de la vallée de la Seille approvisionnaient une partie de la Gaule[321], et l'on amenait en Austrasie les vins des provinces méridionales[322], quoique ce royaume possédât lui-même des vignobles assez estimés. Ainsi que nous en avons déjà fait la remarque, il y avait, comme au moyen-âge, des foires dans certaines villes, et on leur appliquait, sans doute, les règles contenues dans la législation impériale[323]. Quelques-uns des négociants gallo-romains acquéraient des richesses considérables ; l'opulence de ceux de Verdun est bien connue[324], et le roi Childebert Ier ayant fait restituer à des commerçants qui se rendaient en Espagne les marchandises qu'on leur avait enlevées, ils lui offrirent, comme témoignage de leur reconnaissance, un glaive et un baudrier de la plus grande beauté[325].

Il nous reste encore, avant d'abandonner ce sujet, à dire un mot d'une particularité qui se rattache aux relations commerciales de l'Occident avec l'Orient. Nous voulons parler de l'existence de chameaux sur le sol de la Gaule. On y amène, de temps en temps, à titre de curiosités, quelques-uns de ces animaux ; mais il parait qu'autrefois on en comptait un assez grand nombre. Lorsque les généraux de Gontran poursuivirent Gundovaldus au-delà de la Garonne, ils prirent les chameaux sur lesquels ce prince avait chargé une partie de ses bagages[326]. Quand Brunehaut tomba entre les mains de Clotaire II, celui-ci ordonna de l'attacher sur un chameau et de la promener dans tout son camp[327]. Plus tard, Genesius comte de la cité des Arverni fonda un monastère de femmes, près de Clermont, dans un lieu appelé Camelaria, nom qui signifie bien certainement demeure ou écurie des chameaux[328]. Au VIIIe siècle, c'est un de ces animaux qui transporta les reliques destinées à l'abbaye de Nidermünster, située sur la croupe du mont Sainte-Odile, dans le diocèse de Strasbourg[329] ; et, au Xe siècle, nous voyons encore trois chameaux apporter aux religieuses de Bouxières-aux-Dames les présents de la reine de France[330].

 

 

 



[1] V. Du Bos, Histoire critique, t. IV, p. 34.

[2] V. Gallia Christiana, t. III, col. 623-631 et 812-830, t. IX, col. 527 et 861-863, t. XIII, col. 377-388, 683-705, 959-966 et 1164-1171.

[3] V. notamment Sismondi, Histoire des Français, t. I, p. 299 ; Raynouard, Histoire du droit municipal en France, t. II, p. 82 et suiv.

[4] V. notre tome I, chapitre II.

[5] V. cette pièce, dans Du Chesne, t. I, p. 849 et 850.

[6] Grégoire de Tours cite plusieurs exemples de cette coutume. V. Hist. Franc., lib. IV, c. 3, lib. VI, c. 7, 38 et 46, lib. VIII, c. 20, 21 et 22, lib. IX, c. 23, etc.

[7] V. Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, c. VI, n° 3.

[8] V. Vita sancti Gaugerici, Cameracensis episcopi, n° 6, dans les Bollandistes, au 11 août.

[9] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IV, c. 15.

[10] V. dans Pardessus, t. I, p. 195, l'article 4 de l'edictum promulgué en 615 par Clotaire II. Cet article n'a fait que sanctionner une disposition du Code Théodosien. V. lib. XVI, tit. II, c. 47.

[11] V. canon 7, dans Labbe, Concilia, t. IV, col. 1781.

[12] V. canon 3, ibid., t. V, col. 296.

[13] V. canon 10 et 11, ibid., col. 393.

[14] V. canon 2, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 242.

[15] V. canon 10, dans Labbe, ibid., t. V, col. 403.

[16] V. canon 8, ibid., col. 817.

[17] V. canon 1, ibid., col. 1650.

[18] V. ibid., col. 846 ; Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IV, c. 26.

[19] V. canon 25, dans Labbe, ibid., col. 1693.

[20] V. canon 10, ibid., t. VI, col. 389.

[21] V. Epistolœ, lib. IV, 50 et 53, lib. VII, 115 et 116, lib. IX, 54, 57, 64 et 106.

[22] V. le prologue, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 241.

[23] V. Epistolœ, lib. IV, 50, 52 et 53. V. aussi notre tome II, à la fin du chapitre VI.

[24] V. Epistolœ, lib. IX, 57 et 106.

[25] V. les Novelles de Justinien, CXXXI, c. 1.

[26] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. V, c. 41.

[27] V. une lettre de l'empereur Maurice à Childebert Ier, dans Du Chesne, t. I, p. 872. V. aussi la note VII, à la fin de notre tome I.

[28] V. Hist. Franc., lib. VI, c. 46.

[29] V. notre tome I, chapitre XXI.

[30] V. la lettre de Mappinius, dans Du Chesne, t. I, p. 858 et 859.

[31] V. Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 296.

[32] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. V, c. 14.

[33] V. Code Justinien, lib. I, tit. IV ; Novelles, XV et CXLII.

[34] V. Fortunat, Carmina, lib. III, 10.

[35] V. Vita sancti Desiderii, Cadurcensis episcopi, c. 10, dans Bouquet, t. III, p. 531.

[36] V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 880.

[37] V. Vita sancti Austregisili, Bituricensis episcopi, dans les Bollandistes, au 23 mai.

[38] V. Vita sanctœ Tygriœ, virginis, dans Bouquet, t. III, p. 466.

[39] V. Vitœ Patrum, c. VIII, n° 3.

[40] V. Hist. Franc., lib. VII, c. 47.

[41] V. Vita sancti Drausii, Suessionensis episcopi, dans les Bollandistes, au 5 mars.

[42] V. canon 26, dans Labbe, Concilia, t. V, col. 865.

[43] V. canon 11, ibid., t. VI, col. 389 et 390.

[44] V. Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, c. XVII, n° 4.

[45] V. Carmina, lib. III, 15.

[46] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IX, c. 12 et 23.

[47] V. idem, Miracula sancti Martini, lib. IV, c. 9.

[48] V. idem, ibid., c. 10 ; Vita sancti Cœsarii, Arelatensis episcopi, lib. I, n° 24, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I ; Fortunat, Vita sancti Germani, episcopi urbis Parisiacæ, ibid. ; Lettre de Gogo à Pierre évêque de Metz, dans Du Chesne, t. I, p. 863 et 864.

[49] V. Fortunat, ibid.

[50] V. Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, c. VII, n° 2.

[51] V. idem, ibid., c. XVII, n° 4 ; v. aussi Vita sancti Metensis episcopi, n° 7, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[52] V. Vita sancti Arnulfi, n° 14, dans Mabillon, ibid.

[53] Et même de certaines dispositions légales. V. Lex Ripuariorum, tit. LVIII, art. 4.

[54] V. Marlot, Metropolis Remensis Historia, t. I, p. 270. V. aussi la note XXVI, à la fin du présent volume.

[55] V. le continuateur de Bertaire, Historia episcoporum Virdunensium, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 199.

[56] C'est ce qui résulte d'un diplôme (du 22 janvier 775) par lequel Charlemagne prend sous sa protection tous les biens de l'église de Metz. V. Histoire de Metz, par deux bénédictins, t. III, preuves, p. 15-17.

[57] V. dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 245 et 246, la lettre que les Pères du concile tenu à Clermont en 535 adressèrent au roi Théodebert Ier.

[58] V. Vita sancti Eligii, auctore Audano, lib. I, c. 15, dans D'Achéry, Spicilegium, édit. in-f°, t. II, p. 83.

[59] V. Flodoard, Historia Remensis ecclesiœ, lib. II, c. 11.

[60] V. Formulœ, lib. I, n° 3.

[61] V. Flodoard, ibid., lib. I, c. 14 ; Gallia Christiana, t. IX, col. 508-510.

[62] V. la note VII, à la fin du premier volume.

[63] V. Hontheim, Prodromus Historiœ Trevirensis, t. I, p. 136 et 137 ; Schœpflin, Alsatia illustrata, t. I, p. 346 ; Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 170 et 171.

[64] V. Grégoire de Tours, De gloria Confessorum, c. 93 ; Vitœ Patrum, c. IX, n° 1 ; Lettre de Gogo à Pierre évêque de Metz, dans Du Chesne, t. I, p. 863 et 864.

[65] C'est le géographe Samson (Remarques sur la carte de l'ancienne Gaule, in-4°, 1652, p. 10) qui a le premier prétendu que les pagi avaient formé la base de la division des diocèses en archidiaconés. Cette opinion, adoptée par Valois (Notitia Galliarum, prœf., p. XII) et par M. Guérard (Polyptique d'Irminon, t. I, prolég., p. 42), a été récemment combattue, mais avec peu de succès, au moins pour les temps les plus anciens.

[66] V. lib. XVI, tit. II, c. 41 et 42.

[67] V. Code Justinien, lib. I, tit. III, c. 1.

[68] V. Novelles, LXXIII, c. 1.

[69] V. ibid., CXXIII, c. 21.

[70] V. canon 10, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 386.

[71] V. canon 4, ibid., p. 471.

[72] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. X, c. 26.

[73] V. idem, ibid., lib. VIII, c. 21.

[74] V. ibid., lib. IX, c. 12 et 23.

[75] V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 863 et 864.

[76] V. ce testament, dans Pardessus, t. I, p. 82.

[77] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. V, c. 5 ; De gloria Martyrum, c. 54 et 90 ; Miracula sancti Juliani, c. 15 et 22 ; De gloria Confessorum, c. 5 et 30 ; Vitœ Patrum, c. IX, n° 3.

[78] V. le canon 15 du concile tenu à Clermont en 535, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 244.

[79] V. Vita sancti Leobini, Carnotensis episcopi, n° 17, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.

[80] V. De gloria Confessorum, c. 106.

[81] V. Vita sanctœ Consortiœ, virginis, dans Mabillon, ibid.

[82] V. Vita sancti Galli, abbatis, n° 17, ibid., sac. II.

[83] V. Hist. Franc., lib. IX, c. 9.

[84] V. Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, c. V, n° 1.

[85] V. une lettre de Rufus évêque d'Octodurum à saint Nicetius, dans Du Chesne, t. I, p. 863.

[86] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. V, n° 7 ; Vitœ Patrum, c. XV.

[87] V. ibid.

[88] V. Hist. Franc., lib. V, c. 12.

[89] V. Code Théodosien, lib. IX, tit. XIV, lib. XII, tit. I, c. 50 et 63.

[90] V. Lex Salica, tit. XXVI, art. 2 ; Marculf, Formulœ, lib. I, n° 19.

[91] V. canon 4, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 179.

[92] V. Marculf, ibid. On lit dans la formule in puletico, d'où vient notre mot pouillé.

[93] V. le canon 8 du concile d'Orléans (511), dans Sirmond, ibid., t. I, p. 180.

[94] V. lib. V, 53, lib. IX, 11, lib. XI, 69.

[95] V. Miracula sancti Martini, lib. III, c. 38.

[96] V. Recherches historiques sur les Sorts appelés communément par les Payens sortes Homericæ, sortes Virgilianæ, etc., et sur ceux qui parmi les Chrétiens ont été connus sous le nom de sortes Sanctorum, par l'abbé du Resnel, dans les Mém. de l'académie des inscriptions, 1re série, t. XIX, p. 287-310.

[97] V. Hist. Franc., lib. II, c. 57, lib. IV, c. 16, lib. V, c. 44. V. aussi Vita sancti Landeberti, Trajectensis episcopi, n° 10, dans Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. I.

[98] V. le canon 42 du concile d'Agde (506), dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 169, et le canon 30 du concile d'Orléans (511), ibid., p. 183.

[99] V. le 3e capitulaire de l'année 789, c. 4, dans Baluze, t. I, col. 243.

[100] V. Gesta episcoporum Metensium, dans Calmet, Hist. de Lorr., 1re édit., t. I, preuv., col. 55.

[101] V. Fragmentum vitœ sancti Waningi, confessoris, n° 1, 5 et 6, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[102] V. Vita et passio sancti Placidi, martyris, n° 12, ibid., sæc. I.

[103] V. tit. XXX, art. 2.

[104] V. notamment Code Justinien, lib. I, tit. XII.

[105] V. le canon 1, dans Sirmond, ibid., t. I, p. 178.

[106] V. ibid. ; Marculf, Formulœ, lib. II, n° 16. Il est vrai que Childebert Ier, roi d'Austrasie, enjoignit plus tard aux évêques de livrer les ravisseurs qui se seraient réfugiés dans les églises. V. le decretum de ce prince, art. 4, dans Pardessus, t. I, p. 172.

[107] V. le canon 1 du concile d'Orléans cité plus haut. — Quod si sunt ecclesiœ, lit-on dans une decretio déjà citée de Clotaire II, quibus stria clausa non sunt, ab utrasque (sic) partibus parietum terrœ spacium aripennis pro atrio observetur. V. l'art. 6 de cette decretio, dans Pardessus, t. I, p. 170.

[108] V. Hist. Franc., lib. IX, c. 8 et 12.

[109] V. Gesta Dagoberti regis, n° 54, dans Du Chesne, t. I, p. 756.

[110] V. Frédégaire, Chronic., c. 83.

[111] V. le second testament de saint Remi, dans Pardessus, t. I, p. 85.

[112] V. Annales Metenses, à l'année 716.

[113] V. la note XXVII, à la fin du présent volume.

[114] V. Vitœ Patrum, c. XVII, le 5.

[115] V. Vita sanctœ Gertrudis, abbatissœ Niviatensis, c. 5, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[116] V. Vita et passio sancti Placidi, martyris, n° 10 et 12, ibid., sæc. I.

[117] V. Procope, Guerre des Goths, liv. I, c. 25.

[118] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VIII, c. 15.

[119] V. De gloria Confessorum, c. 2.

[120] V. Vita sancti Rigomeri, confessoris, et sanctœ Tenestinœ, virginis, dans les Bollandistes, au 24 août.

[121] V. Vita sancti Remacli, episcopi Trajecti-ad-Mosam, dans le même recueil, au 3 septembre.

[122] V. Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, c. VI, n° 2. V. aussi Vita sancti Vedasti, Atrebatensis episcopi, dans les Bollandistes, au 6 février.

[123] V. Vita sancti Lupi, Senonensis episcopi, c. 3, dans le même recueil, au 1er septembre.

[124] V. Vita sancti Eligii, Noviontonsis episcopi, lib. II, c. 8, dans le Spicilegium de D'Achéry, édit. in-f°, t. II, p. 93 ; Vita sancti episcopi Morinorum, dans Bouquet, t. III, p. 640.

[125] V. Epistolœ, lib. V, 58, lib. VII, 5.

[126] V. notamment ce dernier, lib. I, tit. XI.

[127] V. cette constitutio, dans Pardessus, t. I, p. 112 et 113.

[128] V. tit. XXXVI, art. 5-9.

[129] V. tit. XII, XIII, art. 1 et 2, XIV et XXI.

[130] V. lib. I, c. IV, art. 1-5, VIII, IX et XI, lib. III, c. XIV, art. 1-3.

[131] V. Hist. Franc., lib. V, c. 14, lib. VII, c. 44, lib. IX, c. 6 et ; Miracula sancti Martini, lib. I, c. 26 et 27, lib. IV, c. 36.

[132] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. V, c. 45.

[133] V. Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 278 et 284-286.

[134] V. Sirmond, ibid., p. 193 ; Flodoard, Historia Remensis ecclesiœ, lib. I, c. 16.

[135] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. I, prol.

[136] V. Vita sancti Fridolini, abbatis, lib. I, n° 15, dans les Bollandistes, au 6 mars.

[137] V. la lettre de saint Nicetius, dans Du Chesne, t. I, p. 853-855.

[138] V. Hist. Franc., lib. X, c. 13.

[139] V. Vita sanctœ Salaborgœ, abbatissœ Laudunensis, n° 2 et 7, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II. V. aussi les canons 16 et 17 d'un concile d'Arles dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 105.

[140] V. Epistolœ, lib. VII, 5.

[141] V. Marlot, Metropolis Remensis Historia, t. I, p. 196.

[142] V. Grégoire de Tours, Miracula sancti Juliani, c. 32 ; Flodoard, Historia Remensis ecclesiœ, lib. I, c. 23.

[143] V. dans Du Chesne, t. I, p. 882, 865 et 866, des lettres adressées à saint Nicetius. V. aussi Fortunat, Carmina, lib. X, 9.

[144] V. Vitœ Patrum, c. XVII. V. la note XXVIII, à la fin du volume.

[145] V. Fortunat, Carmina, lib. III, 11.

[146] V. Sidoine Apollinaire, Epistolœ, lib. II, 10. Il est vrai que l'Hespérius auquel cette lettre est adressée était sur le point de prendre femme ; mais il était très-jeune alors, et rien ne s'oppose à ce que l'évêque de Metz ait été marié avant d'occuper le siège de cette ville, comme le furent plusieurs prélats de la même époque. V. aussi Histoire de Metz, par deux bénédictins, t. I, p. 253.

[147] V. Carmina, lib, III, 12, 13, 14, 15 et 16 ; Hist. de Metz, t. I, p. 301-303.

[148] V. la note XXIX, à la fin du volume.

[149] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IX, c. 8 et 12.

[150] V. Carmina, lib. III, 27 et 28.

[151] V. ibid., lib. II, 12 et 13, lib. IX, 9.

[152] V. ibid., lib. III, 17.

[153] V. De gloria Martyrum, c. 64.

[154] V. ibid., c. 63.

[155] V. Vitœ Patrum, c. VIII, n° 10.

[156] V. ibid., c. VI, n° 2.

[157] V. sa lettre, rapportée par Héric, Gesta episcoporum Antissioslorensium, part. I, c. 19, dans Labbe, Bibliotheca manuscriptorum, t. I, p. 420.

[158] V. Fortunat, Carmina, lib. VI, 3.

[159] V. ibid., lib. II, 15.

[160] V. Vita sancti Mauri, abbatis, dans les Bollandistes, au 15 janvier.

[161] V. ce testament, dans Flodoard, Historia Remensis ecclesiœ, lib. I, c. 18, ou dans Pardessus, t. I, p. 84 et suiv.

[162] V. le canon 5, dans Sirmond, Concilia antique Galliœ, t. I, p. 179.

[163] V. Fortunat, Carmina, lib. III, 17.

[164] Sancti Aurei. V. Grégoire de Tours, De gloria Martyrum, c. 62.

[165] V. Fortunat, Carmina, lib. II, 13 et 15, lib. IX, 9.

[166] V. idem, ibid., lib. III, 9.

[167] V. la lettre de Gogo à Pierre évêque de Met, dans Du Chesne, t. p. 863 et 861.

[168] V. Fortunat, ibid., lib. III, 12.

[169] V. la lettre de Gogo citée plus haut.

[170] V. Fortunat, ibid., lib. III, 27.

[171] V. notamment Hist. Franc., lib. V, c. 46, lib. VII, c. 10 ; De gloria Martyrum, c. C ; De gloria Confessorum, c. 60 et 84 ; Vitœ Patrum, c. n° 4.

[172] V. De gloria Martyrum, c. 52.

[173] V. De gloria Confessorum, c. 72.

[174] V. lib. V, c. 2.

[175] V. Cours d'antiquités monumentales, par M. de Caumont, t. IV, passim.

[176] V. Marlot, Metropolis Remensis Historia, t. I, p. 69.

[177] Cependant, l'hagiographe fait observer que ce n'était plus l'usage dans la Gaule. V. Vita sancti Desiderii, Cadarcensis episcopi, c. 17, dans Bouquet, t. III, p. 551.

[178] V. Bède, Ecclesiastica Historia gentis Anglorum, lib. V, c. 21.

[179] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VIII, c. 40.

[180] Carmina, lib. III, 17.

[181] V. Vita sancti Droctovei, abbatis, n° 10, dans Mabillon, Acta ss., sæc I ; Fortunat, Carmina, lib. II, 11.

[182] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. V, c. 46 ; De gloria Martyrum, c. 65.

[183] V. Hist. Franc., lib. VII, c. 10.

[184] V. De gloria Martyrum, c. 13, 47 et 103 ; De gloria Confessorum, c. 55 ; Vitœ Patrum, c. XII, n° 5.

[185] V. Vita sancti Droctovei, n° 10, dans Mabillon, ibid.

[186] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IX, c. 12.

[187] V. Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 158.

[188] V. De gloria Confessorum, c. 60.

[189] V. Vitœ Patrum, c. VII, n° 4.

[190] V. Hist. Franc., lib. VII, c. 10.

[191] V. Vita sancti Medardi, Noviomensis episcopi, auctore Radbodo, c. 5, dans les Bollandistes, au 8 juin.

[192] V. Vita sancti Droctovei, abbatis, n° 10, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.

[193] V. Fortunat, Carmina, lib. III, 10.

[194] V. Vita et passio sancti Placidi, martyris, n° 56, dans Mabillon, ibid.

[195] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. V, c. 46.

[196] V. Vita sancti Droctovei, n° 10.

[197] V. Grégoire de Tours, ibid., et De gloria Martyrum, c. 62.

[198] V. Vita sancti Droctovei, n° 10.

[199] V. Hist. Franc., lib. VII, c. 22.

[200] V. Grégoire de Tours, De gloria Martyrum, c. 22 et 23 ; Vitœ Patrum, c. XII, n° 2.

[201] V. Inscriptions chrétiennes de la Gaule, par M. le Blant, t. I, p. 487.

[202] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VII, c. 29.

[203] V. De gloria Martyrum, c. 59.

[204] V. Journal de la société d'archéologie lorraine, année 1852, p. 30 et 31, planche III, n° 21.

[205] V. Grégoire de Tours, ibid., c. 69 ; Miracula sancti Juliani, c. 47.

[206] V. Cours d'antiquités monumentales, par M. de Caumont, t. IV, p. 53-55, 77 et suiv.

[207] V. Vita sancti Droctovei, n° 10.

[208] V. Vita sancti Mauri, abbatis, dans les Bollandistes, au 15 janvier.

[209] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. III, c. 15 ; Miracula sancti Juliani, c. 27 ; Vita sancti Lupi, Senonensis episcopi, dans les Bollandistes, au 1er septembre ; Vita sancti Ebrulfi, abbatis Uticensis, n° 14, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I ; Translationes et miracula sancti Joannis, abbatis Reomaensis, n° 5, ibid.

[210] V. Carmina, lib. II, 12.

[211] V. ibid., lib. III, 27.

[212] V. Cours d'antiquités monumentales, par M. de Caumont, t. IV, p. 64-73, et planches XLIV bis et XLV. V. aussi Hist. de Metz, t. I, p. 350 et 351.

[213] V. Miracula sancti Martini, lib. I, c. 2.

[214] V. Grandidier, Hist. de l'église de Strasbourg, t. I, p. 158.

[215] V. Vitœ Patrum, c. XVII, n° 4.

[216] V. Marlot, Metropolis Remensis Historia, t. I, p. 130 et 143.

[217] V. Vita sancti Rigoberti, Remensis episcopi, dans les Bollandistes, au 4 janvier ; Flodoard, Historia Remensis ecclesiœ, lib. I, c. 12.

[218] V. Grégoire de Tours, Miracula sancti Martini, lib. II, c. 23.

[219] V. idem, De gloria Confessorum, c. 59.

[220] V. idem, Vitœ Patrum, c. IV, n° 2.

[221] V. idem, Hist. Franc., lib. VI, c. 41 ; v. aussi lib. V, c. 2.

[222] V. Carmina, lib. X, 12.

[223] V. ibid., lib. III, 10.

[224] V. Vita sancti Rigoberti, Remensis episcopi, dans les Bollandistes, au 4 janvier. V. aussi Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. V, c. 46.

[225] V. Vita sancti Mauri, abbatis, dans les Bollandistes, au 15 janvier.

[226] V. la lettre de Gogo à Pierre évêque de Metz, dans Du Chesne, t. I, p. 863 et 864.

[227] V. Vita sancti Desiderii, Cadurcensis episcopi, c. 11, dans Bouquet, t. III, p. 531.

[228] V. Carmina, lib. II, 9.

[229] V. Vita sancti Mauri, dans les Bollandistes, au 15 janvier.

[230] V. Hist. Franc., lib. II, c. 33.

[231] V. Vita sancti Eligii, auctore Audoëno, lib. II, c. 33, dans le Spicilegium de D'Achéry, édit, in-f°, t. II, p. 111.

[232] V. une lettre de Rufus évêque d'Octodurum (Sion) à saint Nicetius, dans Du Chesne, t. I, p. 863.

[233] V. divers textes cités plus haut, et Vitœ Patrum, c. VII, n° 4. V. aussi Vita sancti Eligii, lib. I, c. 16, dans D'Achéry, ibid., p. 83.

[234] V. Cours d'antiquités monumentales, par M. de Caumont, t. IV, p. 99 et 100.

[235] V., sur ce sujet, d'excellentes considérations de M. V. Simon, dans les Mém. de l'académie de Metz, année 1850-51, p. 148.

[236] V. Le tombeau de Childéric Ier, par M. l'abbé Cochet, p. 29, 66 et 216.

[237] V. Mac-Pherson, Antiquities of Kertch and researches in the Cimmerian Bosphorus, p. 89, et planche V.

[238] V. Hist. Franc., lib. IX, c. 28.

[239] V. Vita sancti Arnulfi, Metensis episcopi, n° 14, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[240] Cette magnifique plaque est entrée dans la collection de M. Bretagne, directeur des contributions directes à Nancy.

[241] C'est-à-dire Thorismundus. V. Frédégaire, Chronic., c. 73.

[242] V. Héric, Gesta episcoporum Autissiodorensium, part. I, c. 20, dans Labbe, Bibliotheca manuscriptorum, t. I, p. 425.

[243] V. Carmina, lib. III, 15.

[244] V. Journal des savants, année 1858, p. 601.

[245] V. Sidoine Apollinaire, Epistolœ, lib. IX, 7.

[246] V. Epistola ad Parthenium, dans la Maxima bibliotheca veterum Patrum, t. X, p. 142.

[247] V. Hist. Franc., lib. VI, c. 9.

[248] V. ibid., c. 6.

[249] V. Miracula sancti Martini, lib. I, c. 1.

[250] V. Hist. Franc., lib. II, c. 31.

[251] V. Vitœ Patrum, c. VIII, n° 12.

[252] V. De gloria Martyrum, c. 64.

[253] V. cette vie, dans les Bollandistes, au 25 avril.

[254] Antimundus composa aussi l'office de saint Epvre. V. Mabillon, Annales Benedictini, lib. VI, n° 78.

[255] V. cette vie, dans les Bollandistes, au 6 février.

[256] V. Histoire littéraire de la France, t. III, p. 415.

[257] V. Vita sancti Severi, abbatis Agathensis, n° 7, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.

[258] V. Fortunat, Carmina, lib. III, 20, lib. VI, 8.

[259] V. Sidoine Apollinaire, Panegyricus Avili Augusti, vers 495 et suiv.

[260] V. Carmina, lib. VI, 2.

[261] V. Hist. Franc., lib. I, prol. ; De gloria Confessorum, præf.

[262] V. Vita et passio sancti Placidi, martyris, prol., dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.

[263] V. Miracula sancti Martini, lib. II, c. 1.

[264] V. Vitœ Patrum, c. XX, n° 2.

[265] V. Hist. Franc., lib. VII, c. 1, et passim.

[266] V. Grégoire de Tours, De gloria Martyrum, c. 64.

[267] V. idem, ibid., c. 9 ; Miracula sancti Martini, lib. I, c. 7.

[268] V. idem, Hist. Franc., lib, X, c. 26 ; lettre de saint Remi à l'évêque Fulco, dans Du Chesne, t. I, p. 850.

[269] V. Vita sancti Gaugerici, Cameracensis episcopi, c. 1, dans les Bollandistes, au 11 août.

[270] V. Vita sancti Walarici, abbatis Leuconaensis primi, n° 3, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[271] V. Fortunat, Vita sancti Germani, episcopi urbis Parisiacœ, ibid., sæc. I.

[272] V. Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, c. IX, n° 2.

[273] V. Vita sancti Launomari, abbatis Curbionensis, n° 3 et 4, ibid.

[274] V. Vitœ Patrum, c. IX, n° 1.

[275] V. ibid., c. VIII, n° 2.

[276] V. Vita sancti Basoli, auctore Adsone Dervensi abbate, n° 15, dans Mabillon, ibid., sæc. II.

[277] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. III, c. 33.

[278] V. idem, ibid., lib. IV, c. 47.

[279] V. Vita sancti Betharii, Carnotensis episcopi, n° 3, dans les Bollandistes, au 2 août.

[280] V. Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, c. VII, n° 1.

[281] V. Vita sancti Desiderii, Cadurcensis episcopi, c. 1, dans Bouquet, t. III, p. 527.

[282] V. Grégoire de Tours, Vita Patrum, c. VIII, n° 1.

[283] V. idem, ibid., c. XVII, n° 1.

[284] V. idem, Hist. Franc., lib. V, c. 37.

[285] V. idem, Vitœ Patrum, c. IV, n° 1.

[286] V. idem, ibid., c. III, n° 1.

[287] V. Vita sancti Arnulfi, Metensis episcopi, n° 2, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[288] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VI, c. 37.

[289] V. ibid., lib. VIII, c. 21 ; De gloria Confessorum, c. 79.

[290] V. Miracula et translatio sancti Martini, abbatis Vertavensis, n° 2, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.

[291] V. Hist. Franc., lib. V, c. 22.

[292] V. ibid., c. 37.

[293] V. De gloria Martyrum, c. 19.

[294] V. ibid., c. 21.

[295] V. Novelles, XL.

[296] V. De gloria Martyrum, c. 14.

[297] V. ibid., c. 6.

[298] V. ibid., c. 102.

[299] V. Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, c. VIII, n° 6.

[300] V. idem., Hist. Franc., lib. IX, c. 40 ; De gloria Martyrum, c. 5.

[301] V. idem, De gloria Martyrum, c. 5.

[302] V. idem, Hist. Franc., lib. X, c. 1 ; De gloria Martyrum, c. 83.

[303] V. De gloria Martyrum, c. 32.

[304] V. Chronicon Saxonicum, à l'année 883 ; Guillaume de Malmesbury, De gestis regum Anglorum, p. 44.

[305] V. Miracula sancti Juliani, c. 33.

[306] V. la lettre de saint Nicetius, métropolitain de Trèves, à l'empereur Justinien, dans Du Chesne, t. I, p. 852 et 855.

[307] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. X, c. 24.

[308] V. Miracula sancti Martini, lib. I, c. 13-16, lib. III, c. 8 et 21 ; Prosa de sancto Martino, dans l'édition de Ruinart, col. 1140 et 1141.

[309] V. Vita sanctœ Genovefœ, virginis, c. 6, dans les Bollandistes, au 3 janvier.

[310] V. Grégoire de Tours, De gloria Martyrum, c. 78.

[311] V. idem, Hist. Franc., lib. III, c. 36.

[312] On conserve encore dans les archives et les bibliothèques nombre d'actes et de diplômes écrits sur papyrus, pendant la période mérovingienne ; d'où il résulte que l'on continuait à importer cette matière dans les diverses contrées de l'Occident. V. Marini, I papiri diplomatici.

[313] V. notamment Vita sancti Ebrulfi, abbatis Bellovacensis, n° 11, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.

[314] Nous en avons donné plus d'une preuve dans le cours de cet ouvrage. V. aussi Journal de la société d'archéologie lorraine, année 1884, p. 83 et suiv.

[315] V. Grégoire de Tours, passim, et notamment De gloria Martyrum, c. 78.

[316] V. Frédégaire, Chronicon., c. 48.

[317] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. X, c. 20.

[318] V. Revue numismatique, année 1847, p. 18-21.

[319] V. Miracula sancti Martini, lib. IV, c. 29.

[320] V. Carmina, lib. III, 10.

[321] V. Grégoire de Tours, ibid.

[322] V. une lettre de saint Paul, évêque de Verdun, à saint Desiderius, évêque de Cahors, dans Du Chesne, t. I, p. 885.

[323] V. Pandectes, lib. L, tit. XI.

[324] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. III, c. 34.

[325] V. idem, ibid., lib. X, c. 20.

[326] V. idem, ibid., lib. VII, c. 35.

[327] V. Frédégaire, Chronicon, c. 42.

[328] V. Vita sancti Prœjecti, Arvernorum episcopi, n° 3, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[329] V. Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 364.

[330] V. la cinquième leçon de matines dans le livret intitulé : Officium sancti Gauzelini, Tullensis episcopi ; Metz, P. Collignon, 1692.