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Quelle
que soit l'opinion que l'on adopte sur le sujet dont l'exposé termine le
chapitre précédent, on ne peut nier, du moins, que les principes qui
dirigeaient l'administration impériale n'aient continué à être appliqués
pendant la période mérovingienne. Ces principes sont, en effet, de tous les
temps, presque de tous les lieux. Les formes du gouvernement ne s'usent pas,
comme on le dit quelquefois, et il suffit d'élaguer les abus pour rendre à
ces formes leur beauté et leur vertu premières. Ce n'était pas, d'ailleurs,
deux petites tribus barbares, comme les Saliens et les Ripuaires, qui
pouvaient changer la face d'une contrée aussi vaste et aussi peuplée que la
Gaule ; jamais leurs rois ne firent aucune tentative dans ce sens, et ils
avaient même pris l'engagement formel de respecter les lois et les propriétés
des Gallo-Romains. Ceux-ci, auxquels on donnait, comme du temps des
empereurs, le nom de provinciales, ne furent ni vexés, ni inquiétés, ni
dépouillés. Ils gardèrent leurs mœurs et leurs usages, et on peut dire qu'il
n'y avait presque rien de changé dans le spectacle que présentait la Gaule
pendant le VIe siècle[1]. La
meilleure preuve des assertions précédentes se tire de la conservation du
régime municipal dans toutes les grandes villes. Cette vérité, longtemps
contestée, a été mise dans tout son jour par les travaux des historiens
modernes, et nous rapporterons dans un instant les principaux faits qui
l'établissent ; mais il est nécessaire de dire auparavant un mot des noms
mèmes des cités. On a vu plus haut que, à la suite des invasions du IVe
siècle, quelques-unes d'entr'elles avaient non pas disparu, mais perdu leur
ancienne importance ; et il est évident, pour citer un seul exemple, que les
cent seize villes ou vici que les itinéraires mentionnent dans la Germania
Prima et la Germania Secunda n'étaient pas, au VIe siècle, des
lieux fort considérables. Ils étaient debout néanmoins[2], et beaucoup d'entr'eux
existent encore aujourd'hui et conservent même leurs anciens noms[3]. Le nombre étonnant des
ateliers monétaires qui ont fonctionné pendant la période mérovingienne
démontre aussi combien la Gaule possédait de villes et de bourgs ; les vies
de saints rappellent également une infinité de lieux ; enfin, si l'on pouvait
avoir une confiance absolue dans les renseignements fournis par le géographe
de Ravenne, on devrait penser que, pour ainsi dire, aucune des cités
anciennes n'avait disparu. Mais, malheureusement, les noms qui figurent, en
si grande quantité, dans l'ouvrage de cet anonyme ont été extraits d'une carte
tracée vers le commencement du Ve siècle, et, comme le prétendu géographe n'a
composé son livre que vers la fin du règne de Charlemagne, il est bien
difficile de savoir si les villes et les vici que ce livre mentionne
existaient à la fin du VIe siècle. Une
particularité non moins remarquable est, si on peut se servir d'une pareille
expression, la persistance des noms de peuples et de lieux. Bien que beaucoup
de villes gauloises eussent quitté leurs vrais noms pour prendre ceux des
peuplades dont elles étaient les capitales, ils étaient toujours connus, et
parfois même employés. Un savant contemporain s'est trompé, à notre avis,
quand il a dit que les écrivains seuls conservaient dans leurs ouvrages les
anciens noms des villes[4]. Les écrivains s'exprimaient
comme le peuple, dont ils étaient sortis. M. Ch. Lenormant a reconnu sur
plusieurs monnaies mérovingiennes des sigles qui rappellent beaucoup de ces
désignations antiques, et les légendes des trientes nous offrent une
foule de dénominations géographiques que l'on croyait oubliées. On en
retrouve aussi dans Magnon, cité par Valois, et qui écrivait sous le règne de
Charlemagne ; dans Flodoard, et dans d'autres écrivains du même temps.
Hincmar, dans sa continuation des Annales de Saint-Bertin, appelle
Reims Durocorturum Remorum, Amiens Samarobriva, Ambianorum,
etc.[5] Et, pour nous renfermer plus
exactement dans les limites de l'Austrasie, Trèves portait encore son ancien
vocable d'Augusta Trevirorum[6] ; Strasbourg se nommait plus
souvent Argentoratum que Strateburgum ; quoiqu'on en ait dit,
Cologne n'avait pas perdu son épithète Agrippina[7] ; Tullum, Verodunum,
Wormatia, Moguntiacum et bien d'autres villes avaient gardé leurs
dénominations antiques, et la plupart des noms modernes des villes n'ont pas
une origine différente. Quoique la cité de Tongres ne se fût pas relevée de
ses ruines, et que le siège épiscopal eût été transféré à Trajectum-ad-Mosam,
le diocèse s'appelait encore Tongrinse territorium[8]. Enfin, le nom même des Tribocci,
un de ceux qui disparurent le plus promptement de la nomenclature
géographique, se conserva néanmoins dans le langage ordinaire. Au siècle
dernier, les habitants de Belfort appelaient la Basse-Alsace pays de
Trébay, et à Metz le chanvre provenant de cette contrée se nommait chanvre
de Tréboc[9]. La
série, en quelque sorte hiérarchique, des termes destinés à désigner la cité
et les différents lieux qu'elle comprenait avait subi plus d'une altération.
Dans l'origine, le mot civitas signifiait à la fois le territoire et
le chef-lieu de ce territoire ; le vicus était un bourg, l'oppidum une
petite ville fortifiée, et la villa une métairie ou une maison de campagne.
Mais, vers la fin du VIe siècle, on emploie indifféremment en parlant du
chef-lieu d'une cité les mots urbs et civitas[10], et même le mot oppidum,
si ce chef-lieu était fortifié, comme il arrivait presque toujours[11]. Vicus est encore le nom
que le bourg porte le plus ordinairement ; mais domus est parfois
usité dans le même sens. Le terme oppidum ne signifie plus que
rarement une petite ville fortifiée[12], et castrum, castellum
et même burgum ou burgus, dérivé du grec πύργος,
tour, ou du germain, ont pris la place de l'ancienne dénomination[13]. Enfin, les mots villa, domus,
locus, hospitium, hospitiolum, locellus, villare, curia, curtis, situs,
mansio, mansus, mansellus, casa, prœdium[14], et dans les provinces voisines
du Rhin le mot germain heim ou ham — qui a donné naissance aux
expressions françaises hamel et hameau — désignent les lieux
les moins importants. H n'y
avait pas eu moins de changements dans les termes dont on se servait en
parlant du territoire propre ou de la banlieue d'une ville. On employait
souvent le mot urbs, quelquefois oppidum[15], et plus ordinairement
l'expression terminus, que l'on rencontre très-fréquemment dans les récits de
Grégoire de Tours[16]. Parmi
les mots dont on usait pour nommer les villes d'une certaine importance, nous
voyons figurer celui de municipium[17], qui nous ramène naturellement
à ce que nous avons à dire relativement au maintien du régime municipal ;
mais, avant d'aborder cet intéressant sujet, il est indispensable de nous livrer
à une seconde digression sur la condition respective de l'ancienne population
de la Gaule et des Barbares fédérés. Si l'on
prenait à la lettre les théories de plusieurs historiens modernes, on
resterait persuadé qu'il existait dans notre patrie deux classes, ou pour
mieux dire deux castes bien distinctes : celle des Francs ou des vainqueurs,
celle des Gallo-Romains ou des vaincus. Rien n'est plus faux que cette idée.
Il y avait, à la vérité, deux classes parmi les habitants de la Gaule ; mais
la première comprenait tous les hommes libres, quelle que fait d'ailleurs
leur origine, et la seconde se composait de tous les esclaves à quelque
nation qu'ils appartinssent[18]. L'exactitude
de cette double proposition ressort avec évidence du fameux prœceptum
que Childebert, fils de Clovis Ier, publia, en 554, pour détruire les restes
du paganisme et extirper les superstitions qui mettaient obstacle aux progrès
de la religion chrétienne. Quicumgue, lit-on dans cet édit, post
commonitionem sacerdotum, vel nostrum prœceptum, sacrilegia ista perpetrare
prœsumpserit, si servilis persona est, centum ictus flagellorum suscipiat
jubemus. Si vero ingenuus aut honoratior fortasse persona, est districta
inclusione ligna[19]. On voit qu'il n'existait aux
yeux de Childebert que deux classes d'individus : les ingenui ou honoratiores
personœ et les serviles personœ[20] ; et il n'est parlé dans le prœceptum
ni de Francs, ni de Romains, ni de Gaulois. Le pactum ou traité que
Childebert Ier roi d'Austrasie et Clotaire II roi de Neustrie conclurent,
pour assurer le maintien de la tranquillité dans leurs états, renferme aussi
une disposition de même nature : l'article quatrième fixe une peine contre
les ingenui, sans distinction entre les Francs et les Gallo-Romains,
et l'article huitième en prononce une autre contre les lœti, lites ou
lides, qui étaient des hommes libres d'une condition inférieure[21]. On ne
doit pas croire néanmoins que toute différence fût effacée entre les
Gallo-Romains et les Francs ; et Grégoire de Tours, racontant que Chilpéric Ier
convoqua, à l'occasion du mariage de sa fille, les principaux et les plus
riches de ses sujets, emploie les mots : meliores Franci, reliquique
fideles[22], et distingue ainsi les deux
fractions de l'aristocratie, c'est-à-dire les Francs auxquels leur opulence
permettait de jouer un certain rôle, et les premiers entre les Gallo-Romains
et les Barbares de races diverses établis depuis longtemps sur le sol de la
Gaule. Mais si les deux peuples étaient encore distincts au VIe siècle, comme
on n'en peut douter, ils étaient courbés sous le même sceptre ; ils avaient
les mêmes craintes, les mêmes désirs, les mêmes intérêts ; ils avaient droit
aux mêmes emplois et aux mêmes dignités ; en un mot, ils étaient égaux devant
le roi[23], et le mot populus sert
dans certains textes législatifs[24], dans Grégoire de Tours et dans
Frédégaire à désigner l'ensemble de la nation. Lorsque le premier de ces
historiens rapporte l'assassinat de Parthenius, magister officiorum de
Théodebert Ier, il emploie ce terme pour marquer la multitude, composée de
Francs et de Gallo-Romains, par laquelle fut commis le crime dont il s'agit[25] ; et c'est encore le même mot
qui revient sous la plume de l'historien, à propos de l'assemblée que les
habitants de la civitas de Limoges, barbares et autres, tinrent aux
calendes de mars (en 579)
et de la résolution qu'ils prirent de mettre à mort le référendaire Marcus[26]. Au
reste, quand nous parlons du mélange des deux races, nous bornons notre
observation à la Germania Secunda et aux civitates
septentrionales de la Belgica Secunda ; car, à la fin du VIe siècle,
les Ripuaires et les Saliens étaient encore presque tous groupés dans ces
deux provinces et dans quelques cantons de la Belgica Prima. Dans le
reste de la Gaule, les Barbares, sauf les Bourguignons, étaient en très-petit
nombre, et la multitude des noms de lieux dérivés du germain, que l'on
rencontre dans la Germania Prima, la Belgica Prima et ailleurs,
ne peut fournir aucun argument contre nous, 1° parce que la plupart de ces
noms ont une origine relativement moderne, et 2° parce que ceux qui sont
anciens ont été imposés aux domaines ruraux par les tribus germaniques
transplantées dans la Gaule depuis les premiers siècles de l'ère chrétienne. La
confusion graduelle, mais rapide, des Francs et des Gallo-Romains était, en
partie, le résultat des nombreux mariages qui avaient lieu entre des
individus appartenant aux deux nations, et dont les rois donnaient eux-mêmes
l'exemple à leurs sujets. Nous avons parlé ci-dessus du mariage que
Théodebert I voulut contracter avec Deuteria, et Gontran épousa, en premières
noces, une matrone gallo-romaine, appelée Veneranda[27]. Les principaux leudes Francs
recherchaient à l'envi la main des riches héritières gallo-romaines, et l'on
trouve dans Grégoire de Tours et dans les hagiographes quantité de mentions
de ce genre. La
fondation de l'école du palais, où les fils des principaux Francs et des
sénateurs gaulois se trouvèrent confondus, contribua également au mélange
dont il s'agit. On peut ajouter que la création de cette école fut
avantageuse surtout aux Gallo-Romains. Supérieurs aux Barbares sous le double
rapport de la richesse et de l'instruction, ils furent distingués par les
rois, qui les employèrent de préférence, comme nous l'avons remarqué. Ils
occupèrent presque seuls les sièges épiscopaux, et l'on est surpris de voir
combien d'entr'eux parvinrent aux postes les plus élevés dans l'ordre civil. Le
lecteur doit se rappeler ce que nous avons dit plus haut relativement à
Parthenius, lequel fut magister officiorum sous le règne de Théodebert
Ier ; à Secundinus et Asteriolus, qui étaient les principaux ministres du
même prince[28]. Ceux de Clotaire Ier étaient
deux gallo-romains appelés Plato et Sabaudus[29]. Andarchius jouit de la plus
grande faveur auprès de Sigisbert II[30]. Presque tous les patrices
ou magistri mititiœ du royaume de Bourgogne étaient gallo-romains :
Agricola, Celsus[31], Amatus, Eonius Mummolus[32], Ægila[33], Protadius[34], Richomeris[35], Aletheus[36]. On vit dans ce royaume les
fonctions de maire du palais exercée par Protadius[37] et par Claudius, lequel, au
rapport de Frédégaire[38], était genere romanus ;
et la même charge, qui était devenue la première de l'état, fut donnée en
Austrasie à deux gallo-romains : Florentianus, sous le règne de Childebert[39], et Gundulfus, sous celui de
Théodebert II[40]. Le
nombre des ducs qui appartenaient à la même race était très-considérable ;
mais, parmi eux, nous nommerons seulement Desiderius, général renommé[41] ; Lupus, duc de Campania[42] ; Ursio, un de ses adversaires
; Ennodius, qui instruisit le procès d'Ægidius métropolitain de Reims[43] ; Nicetius, dont le duché
comprenait la civitas des Arverni et quelques cités voisines[44] ; Calumniosus, duc de la Provincia
Arelatensis[45] ; Aginus[46] ; Cautinus, lequel fut mis à
mort sous le règne de Théodebert II[47] ; Eleutherius, fondateur de
l'abbaye de Saint-Pierre, à Metz[48] ; Rocco et Eudelanus, qui
trahirent Brunehaut[49], et Philippicus, duc de Metz[50]. Nous ne rappellerons pas ici
les gallo-romains qui furent décorés en Bourgogne des titres de duc ou de comes
stabuli[51] ; mais nous ne pouvons nous
dispenser de faire observer que les redores de la Provincia Massiliensis
furent tous ou presque tous des gallo-romains ; tels étaient Mummolus[52], Jovinus, Albinus, Dynamius[53], Nicetius[54], Asclepiodotus et Hector[55]. Les
comtes étaient plus nombreux encore. Peonius, père du célèbre Mummolus, avait
été comte d'Autissiodurum ou Auxerre[56] ; Evodius, Firminus, Sallustius[57], Nicetius[58], Eulalius[59] et Hortensius[60] remplirent successivement les
mêmes fonctions dans la civitas des Arverni ; Palladius fut comes
de l'urbs Gaballitana ou de la civitas des Gabali, et il
avait eu pour prédécesseur son père Britannus[61]. Pendant le cours du VIe
siècle, Gallus fut comte de Châlons-sur-Marne[62], Ennodius de Poitiers[63], Nautinus d'Ecolisma ou
d'Angoulême[64], Eunomius et Alpinus de Tours[65], Nonnichius et Terentiolus de
Limoges[66], Nicetius d'Agate Tarbellicce
ou de Tarbes[67], Syagrius d'Albiga ou
d'Alby[68], Armentarius de Lyon[69]. Grégoire de Tours parle
souvent de Leudastes, qui fut comte de cette cité. Florus, fondateur de
l'abbaye de Glannafolium ou Glanfeuil, avait eu la même charge dans ta
ville d'Angers[70]. Innocentius évêque de Rhodez
était, avant son élection, comte de la civitas des Gabali[71]. Enfin nous rappellerons encore
les comtes Macco[72], Justinus[73], Galactorius[74], Nicasius[75] ; les comtes Jonathan, Arrigius
et Aurilianus, présents à un placitum tenu en 693[76] ; le comte Silvester, qui
figure dans un diplôme de l'abbé Ado en faveur de la basilique de Saint-Remi[77], et le comte Cato, lequel fut
témoin dans une donation faite à l'abbaye d'Epternach[78]. Si les
Gallo-Romains occupaient ainsi tant d'emplois qui leur donnaient la
disposition des forces militaires de l'état, on doit bien penser qu'on les
rencontrait en plus grand nombre encore dans les charges exigeant des
titulaires une certaine connaissance de la législation générale, du droit
administratif et de la comptabilité. C'étaient, en effet, presque toujours
des gallo-romains qui remplissaient les fonctions de chancelier, de trésorier
et de référendaires[79]. On en comptait aussi beaucoup
parmi les agents diplomatiques. Clovis employa, en cette qualité, Aurelianus
et Paternus[80] ; Syagrius et Félix furent
ambassadeurs de Gontran[81] ; l'évêque Jocundus,
Bodegisilus, fils de Mummolenus[82], et Evantius, fils du rector
Dynamius, furent chargés de différentes missions par Childebert Ier. La vie
de saint Eligius ou Eloy montre à quel degré d'honneur, de fortune et de
puissance pouvait alors s'élever, par son seul mérite, un simple artisan
gallo-romain. Les historiens, ainsi que les hagiographes, parlent souvent de
sénateurs et de riches gallo-romains, qui, sans occuper aucun emploi,
jouissaient cependant d'un grand crédit[83], et l'on vit même quelques-uns
des anciens habitants de notre pays remplir des fonctions qui semblaient
devoir être réservées aux Saliens et aux Ripuaires. Grégoire de Tours
mentionne un gallo-romain, nommé Litigius, qui était monitor de
Thierry Ier[84], et on sait que les monitores,
appelés compulsores chez les Wisigoths, étaient les officiers chargés
d'annoncer aux Francs, de la part du roi, que l'armée allait se rassembler et
se mettre en campagne[85]. Au
reste, les Mérovingiens, en confiant aux Gallo-Romains les emplois les plus
importants, ne faisaient qu'imiter l'exemple que leur avaient donné les rois
des Ostrogoths, des Wisigoths et des Bourguignons. Théodoric-le-Grand, roi
des Ostrogoths, avait pour principaux ministres Gemellus et surtout
Cassiodore, lequel continua à jouir du plus grand crédit sous les premiers
successeurs de ce prince. Euric roi des Wisigoths avait donné toute sa
confiance à un hispano-romain, appelé Léon[86]. Lorsqu'il eut obtenu la
cession de l'Aquitania Prima, il en abandonna le gouvernement au comte
Victorius[87], qui était gaulois de
naissance, et, plus tard, le gallo-romain Hellidius administrait la civitas
des Vellavi, en qualité de comte et au nom du roi des Wisigoths[88]. Enfin, Gondebaud roi des
Bourguignons avait choisi pour confident et pour exécuteur de ses volontés un
antre gallo-romain, nommé Aredius ou Aridius[89]. Cette
énumération, quoiqu'elle soit loin d'être complète, suffit pour démontrer
notre proposition, et encore nous sommes-nous contenté presque toujours
d'enregistrer les noms d'origine romaine. Or, nous aurions pu allonger
notablement la liste précédente, si nous avions voulu y inscrire les
fonctionnaires gallo-romains qui portaient des noms empruntés à la langue germanique.
Il n'y a rien de plus faux, en effet, que le principe posé par M. Augustin
Thierry, lorsqu'il a dit que l'on pouvait reconnaître l'origine d'un individu
à la forme de son nom, et que, à peu d'exceptions près, les anciens habitants
de la Gaule portaient des noms romains, tandis que ceux des Barbares étaient
empruntés à la langue germanique. Un ancien élève de l'école des chartes, M.
Léon Aubineau, a déjà combattu l'idée de M. Aug. Thierry, dans un petit
ouvrage excellent, mais trop peu répandu[90]. Nous avons réuni, dans le
cours de nos recherches bornées cependant à l'Austrasie, une multitude
presqu'innombrable d'exemples qui ne laissent pas le moindre doute sur
l'exactitude des propositions suivantes :1° les Gallo-Romains portaient
souvent des noms d'origine germanique ; 2° les Barbares prenaient fréquemment
des noms d'origine romaine ; 3° certains individus avaient à-la-fois un nom
barbare et un nom grec ou romain, dont l'un n'était pas la traduction de
l'autre ; 4° enfin, dans beaucoup de familles, on donnait à quelques-uns des
enfants des noms grecs ou romains, tandis que l'on attribuait aux autres des
noms germains. Mais comme la démonstration de ces quatre propositions
interromprait pendant trop longtemps l'exposition de l'état de la Gaule pendant
le VIe siècle, nous nous en occuperons seulement dans une note[91], et nous traiterons
immédiatement des différentes classes de la population gallo-romaine, dans
laquelle nous comprenons les diverses peuplades barbares établies, depuis un
temps plus ou moins long, sur le territoire de la Gaule. Nous
avons déjà fait observer que tous les individus composant cette ancienne
population étaient répartis dans la classe des ingenui et dans celle
des serviles personœ, et que la première renfermait des subdivisions.
M. Naudet croit que tous les hommes libres ou ingenui ne formaient que
deux catégories : celle des possessores ou propriétaires et celle des tributarii,
qui payaient un cens à un propriétaire pour les maisons, les champs ou les
biens quelconques dont ils étaient fermiers. M. Naudet reconnaît toutefois
que certains possessores étaient décorés du titre de convivœ regis
; ce qui en formait comme une classe à part[92]. M. de Savigny admet cette
répartition des ingenui[93]. D'autres écrivains ont pensé
que les hommes libres étaient divisés en trois catégories : les personnes
illustres ou les senatores ; les possessores proprement dits,
qui ne remplissaient aucune fonction dans la cité ; enfin, les affranchis,
les tributarii ou coloni, etc.[94] Cependant, si l'on tient compte
de tous les textes contemporains, on est tenté de soutenir qu'il y avait
réellement quatre classes d'hommes libres : 1° les optimales ou primates, qui
formaient en quelque sorte une noblesse héréditaire, et que Grégoire de Tours
qualifie souvent de senatores ; 2° les honorati composant la
curie ou l'ordo, et dont plusieurs devaient, à la vérité, appartenir à la
classe précédente, qui fournissait bien certainement dés membres à cette
corporation ; 3° les hommes libres, souvent appelés possessores,
lesquels vivaient de leurs revenus ou exerçaient des professions libérales,
telles que celles de rhéteur, d'avocat, de médecin, etc. ; 4° enfin, les coloni
et les cultivateurs, dont la position, sans être la même que celle des ingenui,
différait néanmoins beaucoup de la situation des esclaves. On ne
peut guère douter qu'il n'y ait eu dans la Gaule une sorte de noblesse ou
d'aristocratie, qui n'avait rien de commun, il est vrai, avec la noblesse
féodale du moyen-âge et des temps modernes, mais qui formait cependant une
classe plus considérée que celle des honorati. L'origine de cette noblesse
devait être le plus souvent l'illustration de la naissance, et parfois aussi
l'éclat que procure une grande fortune soigneusement conservée pendant
plusieurs générations. Que signifieraient, dans une hypothèse contraire, les
vers suivants adressés par le poète Arator à Parthenius, magister
officiorum du royaume d'Austrasie : Si
tibi, magne, velim fasces memorare parentum, Vix
daret in tergo pagina lecta modum. A
proavis, atavisque potens, tu stemmata vincis Moribus,
et meritis cedit origo tuis[95]. Plus
loin, le poète donne à Parthenius le titre de nobilis, et le même
personnage est qualifié illustrissimus vir dans la seconde vie de
saint Césaire, métropolitain d'Arles[96]. Grégoire de Tours, parlant de
saint Patroclus, fils d'/Etherius, dit qu'il n'était pas nobilitate
sublimis, mais qu'il appartenait à la classe des ingenui[97]. Nous avons déjà cité une
lettre que Childebert Ier écrivit à l'empereur Maurice pour lui annoncer
l'envoi de trois ambassadeurs, au nombre desquels figurait le gallo-romain
Ennodius ou Sennodius, que le roi désigne sous le titre d'optimas[98]. Six témoins, portant tous des
noms grecs ou romains, signèrent le testament de saint Remi, et le sixième et
dernier témoin a disposé sa signature de la manière suivante : V(ir)
C(larus) Dauveus interfui et subscripsi[99]. L'épithète clarus nous
paraît désigner ici la noblesse de Danveus, et nous en dirons autant des mots
illuster vir employés par Fortunat en parlant d'un habitant de la civitas
de Tours, appelé Pientius[100], et que l'on ne connaît pas, du
reste, à moins qu'il ne soit un des fondateurs de l'abbaye de Moyen-Vie. Plus
loin, le même écrivain qualifie d'inluster un gallo-romain nommé
Florentinus, qui résidait à Augustodunum ou Autun[101], et des expressions analogues
se rencontrent dans plusieurs autres hagiographes. Jonas, dans sa vie de
saint Colomban, mentionne quelques nobiles qui demeuraient à peu de
distance de Luxovium, et, un peu plus loin, il parle d'une matrone
gallo-romaine, appelée Flavia, et qui était, dit-il, genere nobilis[102]. Le biographe, presque
contemporain, de saint Fursmus (saint Fursi), premier abbé de Lagny,
remarque expressément que ce solitaire était nobilis genere (5)[103] ; et M. Naudet s'est trompé, à
notre avis du moins, quand il a soutenu que ces mots indiquaient seulement
une bonne race ; car on n'établit guère, dans le langage ordinaire, de
distinctions de cette nature chez les peuples qui ne tiennent compte que de l'argent. Il est
évident que, grâce à l'illustration de leur race et à leurs richesses, les
chefs de ces familles nobles entraient presque tous dans la curie, et lorsque
Grégoire de Tours emploie le mot senator (ce qui lui
arrive fort souvent),
c'est habituellement pour désigner un nobilis. Les termes senator
et senatorius devinrent même, avec le temps, synonymes de noble, et
c'est ainsi que l'historien des Francs dit, en parlant de saint Leobardus,
qu'il était genere quidem non senatorio, ingenuo tamen[104], et en rapportant la nomination
de Gundulfus comme dux, qu'il était genere senatorio[105]. Il y avait toutefois dans les
corporations administratives dont il était question tout-à-l'heure de simples
ingenui, que leur opulence ou leur mérite personnel appelait aux
fonctions de curiales, aussi recherchées pendant le VIe siècle et plus tard
qu'elles l'étaient peu dans les temps qui avaient précédé. Il
s'est trouvé cependant des historiens assez aveuglés par l'esprit de système
pour nier l'existence des curies elles-mêmes ; mais il ne nous sera pas
difficile de l'établir sur les preuves les plus péremptoires. Les Ostrogoths
et les Wisigoths, qui avaient occupé les premiers l'Italie et les seconds
l'Espagne aux conditions que les Frants avaient acceptées en se fixant dans
la Gaule, ne songèrent jamais à supprimer les curies. Pour l'Italie, les
documents sont innombrables. Pour l'Espagne, il suffit de rappeler I° les
dispositions du Breviarium rédigé, en 506, par l'ordre d'Alaric II ;
2° une formule d'insinuation de testament dans les registres de la curie de
Cordoue, formule récemment publiée par M. E. de Rozière[106] ; et 3° les senatores et
les curiales espagnols cités dans la vie de saint Æmilianus[107]. On ne voit pas pourquoi les
Francs auraient détruit une institution que les autres peuples fédérés
avaient conservée soigneusement ; mais, d'ailleurs, on n'en est pas réduit à
des conjectures, ni à des probabilités, et à cet égard les diplômes sont
d'accord avec les historiens du temps et avec les hagiographes. En 543,
un homme riche, appelé Ansemundus, et son épouse Ausleubana fondèrent un
monastère à Vienne, et le diplôme porte que la fondation est autorisée par le
sénat de la ville[108]. Bertramnus évêque du Mans
rédige son testament en 615, et il demande que cet acte soit insinué dans les
registres de la curie[109]. On trouve la même
recommandation dans le testament que fit, en 642, Hadoindus, successeur de
Bertramnus[110]. Le testament d'Ephibius, abbé
de Geniciacum, rédigé à Vienne en 696, mentionne le sénat de cette
ville et nous a même conservé les noms de plusieurs sénateurs[111]. Dans son testament fait à
Semur (Sinemurum
castrum), en
721, Wideradus, abbé de Flavigny, ordonne que cet acte de dernière volonté
soit solennellement ouvert devant la curie[112] ; et Savigny fait observer que
le testament est signé par trois témoins seulement, et que ce petit nombre de
signataires, insuffisant même pour un codicille, et la présence des autres
témoins, rappelée d'une manière générale, prouvent que l'acte n'était pas un
testament privé, mais un testament public puisant sa validité dans la
présentation à la curie[113]. Marculf, dont la compilation
est si précieuse pour l'histoire des VIe et VIIe siècles, nous offre deux
formules relatives à l'insinuation des donations et des testaments[114]. On trouve plusieurs autres
formules de même nature dans - les recueils publiés par le P. Sirmond et par
Lindenbrog[115]. Enfin, nous possédons encore
le testament de Tello évêque de Curia (Coire), capitale de Rhétie, contrée
qui dépendait alors de l'Austrasie, et otite pièce, écrite en 766, est signée
par douze témoins, dont cinq curiales[116]. Les
mentions fournies par les historiens ne sont pas moins nombreuses. Elles
abondent surtout dans Grégoire de Tours, où les mots senatores et genus
senatorium sont employés, ê chaque instant, pour désigner les nobiles,
les curiales et les familles auxquelles ils appartenaient. En parlant du
traité conclu entre Thierry Ier, roi d'Austrasie, et son frère consanguin
Childebert, il dit que les deux rois se livrèrent réciproquement pour otages
les fils de plusieurs sénateurs[117]. Dans un autre ouvrage, il
rapporte que le sénateur Hortensius fut nommé comte de la civitas des Arverni[118]. Plus loin, il fait observer
que saint Grégoire, évêque de Langres, descendait ex senatoribus primis
de la ville d'Autun, et que sa mère, Armentaria, était aussi de race
sénatoriale[119]. Plus loin encore, il assure
que saint Nicetius (saint Nisier), métropolitain de Lyon, était fils du sénateur
Florentins[120]. Enfin, Grégoire de Tours était
lui-même membre d'une famille sénatoriale. Le biographe de saint Desiderius,
évêque de Cahors, mentionne une senatrix (sic) Romana, appelée Robina[121]. On lit dans la vie de sainte
Consortia qu'elle était ex ordine senatorio[122]. Le biographe de saint Severus,
abbé d'Agde, parle de Sallustius sénateur de cette ville[123]. Saint Germain, abbé de
Grandval, et Numerianus, métropolitain de Trèves, étaient tous deux fils du
sénateur Optardus[124]. Différents
textes allégués dans les paragraphes précédents nous apprennent que,
conformément à ce qui se pratiquait au IVe siècle, les curiales ne
demeuraient pas tous dans le chef-lieu de la civitas. Ainsi le
biographe de sainte Tygria rappelle les publici curiales de la ville de
Segusio ou Suse[125], qui ne fut jamais le chef-lieu
d'une civitas[126]. Ainsi le testament, déjà cité,
de Tello, évêque de Curia, fut signé par cinq curiales, dont un seulement
habitait cette ville, tandis que les autres résidaient dans différents vici[127]. Le mot senatores
est certainement le plus souvent usité pour désigner les membres de la curie
; mais on trouve parfois d'autres termes. Grégoire de Tours emploie deux fois
le mot honorati, en parlant soit des membres des curies, soit des
individus qui avaient rempli des fonctions municipales[128] et l'on rencontre la même
expression dans un prœceptum de Childebert fils de Clovis[129] ; dans la vie de saint Germain
de Paris, par Fortunat[130], et dans une donation faite à
l'église du Mans, en l'année 625[131]. Une autre expression, celle de
seniores, qui parait avoir un sens analogue, figure deux fois dans les
ouvrages de Grégoire de Tours[132], et sans doute aussi dans
plusieurs écrits du même temps. On n'en
finirait pas si l'on voulait indiquer, même sommairement, tous les
renseignements qui établissent l'existence des curies pendant les VIe, VIIe
et VIIIe siècles. Raynouard s'est acquitté de cette tâche, avec succès, dans
son Histoire du droit municipal en France[133] ; mais nous rapporterons encore
quelques faits relatifs à des cités qui appartenaient à l'Austrasie. M. de
Pétigny a démontré que la ville de Trèves avait conservé jusqu'au moyen-âge
son ancienne organisation municipale[134], et nous n'en voulons, avec la
mention du sénateur Optardus, dont nous parlions tout-à-l'heure, d'autre
preuve que la révolte dont cette ville fut le théâtre au Xe siècle, sous
l'épiscopat de Ludolf, révolte dans laquelle on voit la bourgeoisie agir avec
beaucoup d'ensemble[135]. Le diplôme constatant un
échange fait, en 686, entre saint Reolus, métropolitain de Reims, et
Bercharius, abbé de Montiérender, porte que cette transaction a eu lieu avec
l'assentiment des concives Remenses[136] ; ce qui ne peut guère
s'entendre que des membres de la curie. En 1095, le pape Urbain II, écrivant
aux habitants de Reims pour les féliciter au sujet de l'élection de
l'archevêque Manassès, adresse sa lettre clero, ordini, militibus et plebi
Remis consistentibus[137] ; et il est inutile, sans
doute, d'ajouter que le mot ordo était synonyme de curia.
Enfin, c'était une tradition constante[138], admise par les critiques les
plus difficiles et confirmée par divers arrêts du parlement de Paris, rendus
au XVIe siècle[139], que la corporation municipale
de Reims était plus ancienne que Clovis. On possède une lettre d'Hincmar
écrite clero, ordini et plebi de la ville de Laon[140] ; et l'assemblée devant
laquelle on examina la capacité de Guillaume, élu évêque de
Châlons-sur-Marne, est désignée par les mots clerus, ordo et plebs Catalaunica[141]. Hugues de Flavigny cite dans
sa chronique les proceres populi de Verdun[142], ce qu'il faut entendre des
membres de la curie ou de la municipalité. Celle de Tours est rappelée
formellement par l'historien des Francs[143]. Dans un autre ouvrage[144], le même écrivain raconte que
le testament de saint Nicetius, métropolitain de Lyon, fut ouvert dans cette
ville suivant les dispositions du droit romain[145], c'est-à-dire par les
magistrats municipaux, chargés de cette fonction. Ajoutons que, dans un autre
passage du même livre[146], il mentionne expressément le
sénat de la civitas des Arverni. C'est
peut-être ici le lieu de rechercher 1° quelle était la composition des curies
pendant les VIe et VIIe siècles, et 2° si les barbares établis dans les
villes faisaient partie des corporations municipales. La dernière de ces deux
questions est assez difficile à résoudre. M. de Pétigny croit que les Francs
ne furent pas incorporés dans les municipalités gallo-romaines, et que ceux
d'entr'eux qui préférèrent à la campagne le séjour des villes y furent
toujours considérés comme des étrangers[147]. Du Bos est d'un avis
contraire, et il cite, à l'appui de son opinion, 1° un passage d'Agathias,
dans lequel il est dit que plusieurs Francs exerçaient les charges
municipales dans les pays où ils s'étaient fixés[148], et 2° divers articles de la
Loi Salique et de la Loi des Ripuaires, dont il nous semble impossible de
tirer parti[149]. On pourrait être tenté
d'alléguer aussi, en faveur de la thèse de Du Bos, tous les passages de
Grégoire de Tours et des hagiographes qui mentionnent des officiers
municipaux et des curiales portant des noms barbares ; mais nous croyons
avoir démontré, dans une des notes du présent volume[150], que beaucoup de ces individus
étaient soit des barbares établis depuis longtemps sur le territoire de la
Gaule et confondus avec les anciens habitants, soit des gallo-romains
auxquels on avait imposé des noms tirés des langues germaniques. Toutefois, la
multitude même des dénominations étrangères et le texte d'Agathias utilisé
par Du Bos nous portent à croire que, dans certains lieux, on vit des Francs
se faire inscrire parmi les citoyens[151] et parvenir aux honneurs
municipaux ; mais il est probable que ces exceptions furent d'une extrême
rareté. La
première question est plus aisée à résoudre, et tous les renseignements que
nous avons pu recueillir attestent que la composition et l'organisation des
curies n'avaient pas éprouvé de changements considérables, si ce n'est la
substitution définitive du defensor aux duumviri et quatuorviri,
qui étaient autrefois les chefs des administrations municipales. Ce rouage
était, en effet, devenu parfaitement inutile depuis que les defensores
avaient envahi, avec l'assentiment de l'autorité impériale, presque toutes
les attributions des anciens magistrats municipaux. Les
mentions concernant les defensores sont extrêmement nombreuses, et
nous renverrons le lecteur aux recueils dans lesquels elles se rencontrent[152] ; mais nous ne pouvons nous
dispenser de faire observer que, dans plusieurs lieux, ces magistrats,
accablés par la multitude des fonctions dont les avaient chargés la
législation impériale et la confiance de leurs concitoyens, en abandonnèrent
une partie à des substituts, qui reçurent le nom de prodefensores[153]. On trouve aussi dans les
formules et les testaments la preuve de l'existence du principalis ou
président de la curie[154], et de la plupart des officiers
qui aidaient le defensor dans l'exercice de son autorité. Tels étaient
l'amanuensis ou greffier, dont le nom même indique les fonctions[155] ; le magister militum,
qui commandait la milice de la cité, et ne devait recevoir d'ordres que du defensor
et du comte[156] ; le guœstor ou receveur
municipal[157], et le curator, dont
l'emploi n'est pas nettement déterminé[158]. Sauf la
perception des impôts, qui lui fut enlevée par les Mérovingiens pour être
confiée aux comtes, la curie avait conservé toutes ses anciennes attributions
; et si l'on veut savoir, du moins en général, quels étaient les droits et
les devoirs des defensores et des corporations municipales, il suffit
de parcourir les titres des Pandectes et des Codes Théodosien
et Justinien qui traitent de ces matières[159]. Les
fonctions des defensores et des curies, étaient à la fois
administratives et judiciaires. L'ordo s'occupait de la gestion des
biens appartenant à la civitas. Ils consistaient principalement en
propriétés foncières, et Grégoire de Tours mentionne un domaine (ager publicus) de la civitas de Saintes[160] ; mais il y avait aussi des
péages établis aux portes des villes, et le produit en était consacré aux
dépenses municipales. Les via et les communautés rurales (centenœ
ou fines)
avaient également des propriétés. Les Codes Théodosien et Justinien et les
écrits des agrimensores[161] en fournissent la preuve. On
trouve dans ces derniers des détails précis sur les pâturages communs ou compascua,
et la Lex Ripuariorum punissait d'une amende considérable les
individus qui avaient commis quelque délit dans la forêt commune[162]. Un des
devoirs des defensores et des curiales, agissant soit
séparément, soit de concert[163], était de recevoir et de faire
insinuer dans les registres publics, que l'on désignait sous les noms de gesta
municipalia, de gesta reipublicœ[164] ou de codices publici[165], les donations et les actes de
dernière volonté. Ces magistrats sanctionnaient également les adoptions
faites en leur présence[166]. L'ordo intervenait
fréquemment dans les élections épiscopales. Saint Golvenus, évêque des Osismii
ou de Léon, fut nommé par les proceres civilatis ; ce qui doit
s'entendre des membres de la curie[167]. Bertolinus évêque de Soissons,
se reprochant d'être arrivé à l'épiscopat par la voie de la simonie, assembla
son clergé et les proceres populi, c'est-à-dire les curiales, se démit
de ses fonctions et fit élire, à sa place, saint Drausius[168]. Enfin, vers le même temps,
saint Sigisbert IV, roi d'Austrasie, confirma le choix que les primi
de la ville de Châlons avaient fait de saint Leudomerus[169]. Nous
parlerons de la juridiction de la curie lorsque nous traiterons des tribunaux
en général ; mais nous ne pouvons passer à un autre sujet sans avoir dit un
mot du prétendu droit de guerre privée qui aurait appartenu aux cités,
d'après plusieurs écrivains. Grégaire de Tours rapporte, en effet, que les
habitants d'Orléans et de Blois envahirent à main armée les territoires de
Chartres et de Castrum-Dunum (Châteaudun), où ils commirent de grands
ravages ; que les habitants de ces dernières villes usèrent de représailles,
et que les comtes eurent beaucoup de mal à ménager une trêve entre ces
ennemis acharnés[170]. Mais d'autres écrivains, et
notamment Dom Liron[171], ont remarqué qu'un fait isolé,
tel que celui-ci, ne prouve rien, et qu'il est impossible de voir dans un tumulte
de ce genre un droit de guerre privée, dont les cités auraient été en
possession, et qu'elles auraient exercé sans demander le consentement des
rois. Nous
devons encore faire observer que les conseils locaux institués dans les vici
ou petites villes existaient pendant les VIe et VIIe siècles, et que leurs
membres portaient parfois le nom de decuriones. Le biographe de saint
Lupus, métropolitain de Sens, mentionne les decuriones d'un bourg
appelé Andesagina, dans lequel le saint homme avait été exilé par
Clotaire II[172]. Nous avons déjà cité un
passage de la vie de sainte Tygria, où il est question des curiales de Suse,
et peut-être ces personnages n'étaient-ils que les membres du conseil local,
car l'hagiographe joint à leur titre l'épithète pagenses, laquelle
parait rappeler celle de pagani, que les mêmes magistrats portaient
pendant la période gallo-romaine[173]. Enfin, il n'est guère permis
de douter que les corporations de scabini ou scabinei, que l'on
trouve dans tous les bourgs à la fin du VIIIe et au commencement du IXe
siècle[174], ne soient les anciens conseils
locaux déguisés sous d'autres noms. Les vicani,
pagani ou pagenses appartenaient tous, il n'en faut pas douter, à
la classe des ingenui ; mais il ne s'ensuit pas qu'ils fussent tous
libres de naissance. Contrairement à l'ancien usage, on attribuait, pendant
la période mérovingienne, le nom d'ingenui aux hommes libres en
général, lors même qu'ils n'étaient devenus libres que par
l'affranchissement. C'est ce qu'établissent, d'une manière surabondante, la
Loi Salique, la Loi des Ripuaires et les divers recueils de formules. Les
individus compris dans cette classe de la société gallo-romaine jouissaient
de quelques privilèges, et, d'après plusieurs auteurs[175], ils étaient même dispensés du
paiement de la capitation. Malgré ces avantages, le nombre des ingenui
diminuait de jour en jour. Beaucoup d'entr'eux recherchaient le patrocinium
ou le patronage des hommes puissants, qu'ils jugeaient en état de les
défendre, au besoin. On possède encore aujourd'hui la formule du contrat qui
intervenait entre le protecteur et le protégé[176], et l'on voit que ce dernier
prenait toutes les précautions possibles pour sauvegarder sa liberté ; mais,
par la force même des choses, finissait ordinairement par tomber dans une
condition bien inférieure à celle des ingenui. Cette
tendance des possesseres et des hommes libres en général à se placer
sous le patronage des fonctionnaires et des grands propriétaires s'était
développée assez longtemps avant l'établissement des Saliens et des Ripuaires
sur le sol de la Gaule ; mais ses progrès furent plus rapides après cet
évènement. Les Mérovingiens, qu'inquiétait la diminution progressive du
nombre des ingenui, tentèrent de l'empêcher, et, dans ce but, ils
défendirent, sous des peines sévères, la vente des hommes libres et leur réduction
en servitude[177]. Néanmoins, tous leurs efforts
furent infructueux. Une
autre circonstance contribua encore à faire décroître la classe des ingenui
: nous voulons parler de l'empressement que beaucoup d'entr'eux mettaient à
entrer dans l'Eglise, où ils espéraient trouver plus de tranquillité que la
société civile ne pouvait leur en offrir. Les rois Francs, agissant en vertu d'une
loi promulguée autrefois par l'autorité impériale, déclarèrent qu'aucun ingenuus
ne pourrait recevoir les ordres sans leur autorisation[178]. Mais, cette fois encore, les
mœurs furent plus fortes que les lois, et quantité d'hommes libres
continuèrent à abandonner le siècle[179]. L'abus
des patroeinia eut pour résultat d'augmenter considérablement ta
classe des coloni, cultivateurs qui, rangés parmi les hommes libres,
ne jouissaient cependant que d'une demi-liberté. Telle était alors la
condition de la plupart des petits propriétaires. Nous disons la plupart
; car on voyait encore çà et là quelques individus qui embrassaient
volontairement la profession d'agriculteur et l'exerçaient avec liberté. On
lit dans la vie de saint Ebrulfus (saint Evroul) qu'il convertit plusieurs
voleurs ; que les uns demandèrent et obtinrent d'être admis parmi les
disciples du vertueux abbé, et que les autres, n'ayant pas une vocation aussi
décidée, devinrent cultivateurs[180]. Mais c'étaient là des
exceptions, et on peut dire qu'en général les laboureurs non-esclaves étaient
dans une situation qui tenait le milieu entre la servitude et la liberté. On les
désignait sous le nom générique de tributarii, et il faut ajouter
qu'ils étaient répartis en deux catégories, qui différaient plus par leur
appellation que par leur nature même. La première était celle des coloni,
déjà bien connue au IVe siècle. Le colonus était un homme libre, qui,
pour acquérir la faveur et les secours d'un citoyen puissant, avait
volontairement renoncé à son droit de propriété et cultivait, pour le compte
de ce protecteur et en qualité de fermier, les champs qu'il avait cédés. Toutefois,
à la différence du fermier qui est libre de porter ailleurs son travail et
son industrie, le colonus ne pouvait abandonner le sol qu'il fécondait
de ses sueurs, et sa postérité était tenue de continuer héréditairement
l'exploitation du même domaine[181]. On voit donc que, aux termes
de cette institution, qui était née des mœurs et non des lois[182], mais que la législation avait
sanctionnée et régularisée, le colonus était un homme libre, privé de
la plus grande partie des droits que ce titre devait lui procurer. A côté
des coloni, dont le nombre paraît avoir été fort considérable, et que
l'on désignait, comme nous l'avons dit, par l'épithète de tributarii,
indiquant qu'ils payaient une redevance à un propriétaire, figuraient les
lites ou lides, au sujet desquels les savants ne sont pas parfaitement
d'accord. Plusieurs écrivains pensent que ces lites ou lides étaient des
Francs, de basse extraction et d'une condition peu aisée, qui, suivant
l'exemple des coloni gallo-romains, avaient acheté, par la cession de
leur droit de propriété, la protection d'un homme capable de les défendre. Il
est vraisemblable, en effet, que beaucoup de lites étaient des saliens et des
ripuaires qui s'étaient ainsi placés sous le patronage de quelque grand
propriétaire. Néanmoins, si l'on observe que le nom employé pour désigner
cette classe de tributarii est celui[183] dont on se servait, à la fin du
IVe siècle, en parlant des essaims de germains et de sarmates que les
empereurs avaient autorisés à s'établir dans les Gaules, et auxquels on avait
fait des concessions de terres, en leur imposant l'obligation du service
militaire, on sera, comme nous, porté à penser que la plupart des lites
étaient descendus des lètes germains et sarmates du IVe siècle. Comme ceux-ci
étaient établis sur des terres appartenant au fisc, et que les Mérovingiens
distribuèrent aux Francs, sous le titre de bénéfices, une grande partie des
domaines dont il s'agit, les lètes ou lides qui les cultivaient
héréditairement se trouvèrent placés sous la dépendance et en quelque sorte
dans la propriété des Saliens et des Ripuaires. Ainsi, la classe nombreuse
des lites ou lides, qui étaient aussi des tributarii sous un autre
nom, avait, selon nous, été composée 1° des descendants des tètes germains et
sarmates fixés sur les terres domaniales ; 2° d'une certaine quantité de
Francs, que leur faiblesse avait engagés à rechercher la protection des
grands qui pouvaient les protéger ; et 3° enfin de gallo-romains, lesquels
avaient pris le même parti et n'étaient, en définitive, que des coloni
sous une dénomination tirée de l'ancienne langue germanique[184]. Quoiqu'il
en soit, les lites et les coloni, formant les deux subdivisions de la
grande classe des tributarii, conservaient le titre d'ingenui,
bien qu'ils fussent privés d'une partie des droits que ce titre rappelle. Il
ne faut pas croire toutefois qu'ils fussent réduits à une condition analogue
à celle que l'on assigne ordinairement aux serfs du moyen-âge. Nous dirons
tout-à-l'heure que les esclaves avaient la faculté de porter des armes, et
il, en était de même, à bien plus forte raison, des ingenui gallo-romains,
quelle que fût, d'ailleurs, leur position dans la hiérarchie sociale.
Regardés, ou à peu près, comme les égaux des Francs, ils jouissaient des
mêmes droits ; et on les voyait, peut-être aussi fréquemment que ceux-ci,
recourir à la force pour faire respecter leurs prétentions ou empiéter sur
les prérogatives d'autrui. Sous le règne de Clovis Ier, un gallo-romain,
nommé Eulogius et propriétaire du riche domaine de Sparnacum (Epernay), osa conspirer contre ce
prince, qui eut la générosité de lui pardonner[185]. Tout le monde a lu dans
Grégoire de Tours[186] l'histoire du gallo-romain
Ursus, qui ne craignit pas de mettre à mort, par un motif de vengeance,
Andarchius, favori du roi Sigisbert II, et obtint sa grâce, moyennant
quelques présents. Nous avons parlé un peu plus haut de la guerre que se
firent les habitants des cités d'Orléans, de Blois et de Chartres, malgré la
résistance de leurs comtes, représentants du pouvoir royal[187]. Nous avons également rapporté
la révolte des gallo-romains de la Campania contre leur duc Winthrio[188]. Enfin, l'ancienne population
de la Gaule était si peu intimidée par la présence des prétendus conquérants
germains, que l'on- fut obligé d'introduire dans la Lex Ripuariorum
une disposition, prononçant une amende de six cents solidi contre l'ingenuus
gallo-romain qui aurait tué un ripuaire ou l'aurait vendu comme esclave[189]. La
sévérité de cette peine fait voir que, à cette époque, les rois, comme
l'Eglise, regardaient l'esclavage avec défaveur et prenaient les moyens
qu'ils jugeaient les plus propres à en amener sinon l'extinction, au moins
l'adoucissement. On sait que, depuis longtemps, la législation romaine
tendait à ce but, et les rois d'Austrasie, en faisant rédiger la Loi des
Ripuaires, eurent soin d'y placer deux dispositions qui permettaient aux
membres de cette nation d'affranchir leurs esclaves suivant les règles tracées
par le droit romain ou selon les usages des Francs[190]. Ce dernier mode
d'affranchissement consistait à conduire devant le roi l'esclave que l'on
voulait affranchir et à lui remettre un denier. Il était dressé de cette
cérémonie une sorte de procès-verbal (charta), et l'ancien esclave devenait
immédiatement membre de la tribu des Ripuaires[191]. Un autre mode de manumission
était le suivant : on menait dans une église l'esclave qui devait être
affranchi, et là, en présence du clergé et du peuple, le maitre livrait
l'esclave à l'évêque, qui faisait rédiger immédiatement par son archidiacre
l'acte ou la fabula de la manumission[192]. Ce mode d'affranchissement,
dit per tabulam, était connu de longue date ; mais l'empereur
Constantin Ier l'avait élevé au rang des modes publics ou solennels, et on
parait y avoir eu recours très-fréquemment pendant le VIe siècle et le VIIe[193]. Un troisième mode, également
emprunté à la législation impériale, avait pour effet, comme le précédent, de
rendre citoyen romain l'esclave que l'on venait d'affranchir[194]. Ce mode était dit per
chartam ou per epistolam, et il avait été considéré d'abord comme
un mode privé, ne conférant qu'une liberté restreinte ; mais les rois
d'Austrasie, se conformant, sans doute, à une constitution impériale que nous
n'avons plus, le mirent au nombre des modes solennels[195]. Un quatrième mode, peut-être
plus usité encore que les trois premiers, était celui que l'on devrait nommer
per refugium in basilicam, et ce nom indique suffisamment comment il
se pratiquait. Grégoire de Tours en rapporte plusieurs exemples[196], et il est certain que l'on en
recueillerait beaucoup d'autres dans les hagiographes de la période
mérovingienne. N'oublions pas enfin que l'affranchissement pouvait être
seulement partiel, et le code des Ripuaires mentionne expressément le mode de
manumission dont le résultat n'était que de faire monter l'esclave au rang de
lite ou de colonus[197]. La
reconnaissance, l'intérêt et le caprice doivent être rangés au nombre des
causes qui multiplièrent les affranchissements ; mais la plupart procédèrent
du sentiment religieux et du désir d'obtenir la miséricorde divine, pour
soi-même, ou pour les parents et les amis que l'on avait perdus, pro
refrigerio animœ, comme on disait alors, et comme on le répète encore
aujourd'hui dans les offices de l'Eglise. On trouve cette formule 1° dans
deux inscriptions funéraires datées des consulats de Boëce et d'Avienus et
découvertes à Briord, près de Belley[198] ; 2° dans les recueils de
Marculf et de ses imitateurs ; 3° dans la Loi des Ripuaires[199], et 4° dans une foule de
chartes et de diplômes qu'il serait trop long d'énumérer[200]. Il serait également bien
difficile de rappeler tous les affranchissements dont on rencontre la trace
dans les monuments de la période mérovingienne. Grégoire de Tours dit que la
reine Ingoberga, veuve de Charibert, affranchit un grand nombre d'esclaves per
chartulas, c'est-à-dire per chartam[201]. Le testament authentique de
saint Remi nous offre les noms de ceux que le vénérable prélat gratifia de la
liberté[202]. Florus, avant de faire
profession de la vie monastique, affranchit vingt esclaves, à chacun desquels
il remit une somme d'argent[203]. Sainte Consortia rendit libres
tous ceux qu'elle possédait[204]. Saint Romaricus imita son
exemple et reçut beaucoup de ces nouveaux ingenui dans le monastère d'Habendum,
qu'il venait de fonder[205], et plusieurs autres saints
agirent de même. Saint Germain, évêque de Paris, avait, au rapport de
Fortunat[206], un tel zèle pour la délivrance
des esclaves, qu'il n'assistait à aucun festin sans obliger les convives à se
cotiser pour opérer un affranchissement, et dès qu'il avait lui-même quelque argent,
il l'employait à cet usage ; aussi, ajoute le biographe, voyait-on les
Espagnols, les Scotts, les Bretons, les Wascons, les Saxons et les
Bourguignons accourir vers lui et le prier de leur procurer la liberté. La
plupart des évêques tenaient une conduite semblable à celle de saint Germain,
et les Pères du concile assemblé dans la ville d'Orléans, en 511, avaient
ordonné de consacrer au rachat des captifs une partie des revenus de l'Eglise[207]. Malgré
tant d'efforts pour extirper la servitude, le nombre des esclaves ne
diminuait pas autant que l'on aurait pu le croire, et cet état stationnaire
tenait à cinq causes plus ou moins puissantes : la violence, la législation
pénale, la guerre civile ou étrangère, l'importation et la renonciation
volontaire à la liberté. 1° Il
arrivait parfois que des héritiers, mécontents de manumissions qui
diminuaient l'importance de la succession par eux recueillie, ne voulaient
pas reconnaître les dernières volontés de leur parent et réduisaient derechef
en servitude des gens auxquels il avait donné la liberté. Grégoire de Tours
en cite un exemple remarquable[208]. 2' Plus
d'une fois, des hommes, même considérables, qui s'étaient compromis dans
quelque conspiration ou quelque tumulte, furent condamnés à perdre le
bienfait de la liberté. C'est ainsi que Septimina fut forcée de tourner la
meule, dans le gynécée de Marilegium[209]. C'est encore ainsi que saint
Serenus, lequel appartenait à une famille illustre du territoire de Metz, fut
vendu comme esclave, sous le règne de Dagobert Ier, à la suite d'une espèce
de révolte dont l'histoire ne parle pas, et qui fut, sans doute, causée par
les exactions de ce prince[210]. Vers le même temps, saint
Rusticus, évêque de Cahors, ayant été assassiné par une troupe de scélérats,
Dagobert en fit périr plusieurs et en condamna beaucoup à la servitude[211]. Enfin, on trouve dans Marculf[212] une formule pour la réduction
en esclavage d'un homme libre, en compensation d'une amende qu'un citoyen
opulent avait payée pour le compte de ce malheureux. 3° Ces
deux premières causes de la persistance de l'esclavage n'agissaient que
rarement ; mais les guerres, si fréquentes pendant la période mérovingienne,
avaient une bien autre efficacité. On a vu, dans le chapitre troisième du
présent ouvrage, comment Thierry Ier traita les Arverni, pendant la
seconde expédition qu'il fit sur leur territoire[213]. En 600, les rois d'Austrasie
et de Bourgogne reconquirent les cités voisines de la Seine, dont Clotaire II
s'était emparé, et firent vendre comme esclaves beaucoup de gallo-romains
qu'ils accusaient d'avoir favorisé le roi de Neustrie[214]. On ne traitait pas mieux les
prisonniers de guerre. Les Lombards, ayant fait une incursion dans le midi de
la Gaule, peu de temps après leur établissement en Italie, furent repoussés
avec perte, et les prisonniers vendus comme esclaves[215]. Il en fut de même des winides que
les auxiliaires de Dagobert Ier capturèrent, lorsque ce prince attaqua Samo[216], et des germains, thuringiens
ou autres, qui tombèrent entre les mains des soldats de Sigisbert IV, au
commencement de la guerre contre Radulfus duc de Thuringe[217]. Mais c'étaient principalement
les Saxons qui recrutaient sans cesse la classe des esclaves. A partir du VIe
siècle, les Romains et les Barbares fédérés, qui les imitèrent, eurent
certains égards pour les captifs appartenant à des peuples qui faisaient profession
du christianisme. Les Saxons, au contraire, étaient païens ; de plus, ils
commettaient presque continuellement d'affreux ravages sur les frontières ;
aussi prit-on le parti de les traiter avec la dernière rigueur, et quantité
d'entr'eux furent-ils réduits à la plus pénible servitude. Fortunat range les
Saxons parmi les captifs qui imploraient la pitié de saint Germain, évêque de
Paris, et Grégoire de Tours mentionne également des esclaves de la même
nation[218]. 4°
C'était encore la guerre qui alimentait l'importation et le commerce de ces
malheureux. Les Anglo-Saxons, qui avaient conquis Ille de Bretagne, se
livraient avec ardeur à cet horrible trafic. Ils avaient réduit en captivité
une partie de l'ancienne population, et le nombre des esclaves s'accroissait
continuellement aux dépens de la nation conquérante elle-même. En effet,
beaucoup d'anglo-saxons, nés libres, tombaient dans la servitude, les uns par
suite de leur insolvabilité, d'autres par les hasards des guerres civiles,
d'autres par punition ; tandis que plusieurs renonçaient volontairement à la
liberté, pour échapper à la misère[219]. Les marchés de l'île de
Bretagne étaient continuellement fournis d'esclaves, dont le prix était
ordinairement le quadruple de celui d'un bœuf[220]. L'importation des captifs
étrangers fut toujours permise dans ce pays ; mais l'exportation des
indigènes était prohibée sous les peines les plus sévères[221]. Toutefois, la soif du gain ne
tint aucun compte de ces défenses. Les anglo saxons du Northumberland
allaient vendre dans les ports de la Gaule non seulement leurs compatriotes,
mais même leurs parents et leurs amis, et l'on sait que les habitants de
Bristol continuèrent pendant plusieurs siècles le trafic dont il s'agit[222]. Aussi, voyait-on fréquemment
des anglo-saxons exposés en vente sur les marchés du continent. Ce fut un
pareil spectacle qui inspira au pape saint Grégoire-le-Grand l'idée de
travailler à la conversion du peuple sauvage qui avait conquis l'île de
Bretagne, et on a encore une lettre qu'il écrivit au prêtre Candidus,
administrateur des domaines que l'église de Rome possédait dans- les Gaules,
pour lui recommander les jeunes anglo-saxons que l'on exposerait en vente
dans ce pays[223]. Au VIIe siècle, sainte
Bathilde, qui appartenait cependant à la famille d'un roi de l'Heptarchie,
fut vendue comme esclave dans la Gaule[224]. Dans le siècle suivant, saint
Boniface se plaignait de ce que toutes les villes de cette contrée
renfermaient des femmes anglo-saxonnes, qui exerçaient le métier de
prostituées, et on ne peut guère douter qu'elles n'y eussent été amenées par
des marchands d'esclaves. 5°
Enfin, la classe servile s'accroissait encore par la renonciation volontaire
de certains hommes à leur droit d'ingénuité. Grégoire de Tours rapporte que,
pendant la famine qui désola les Gaules en 585, beaucoup de malheureux
prirent ce triste parti, pour ne pas mourir de faim[225], et l'on nous a conservé une
ancienne formule du contrat qui intervenait entre le vendeur et l'acquéreur[226]. Il
résulte de ce qui précède que la propriété des esclaves se transmettait par
la vente, l'échange, les dispositions testamentaires[227] et par la cession du domaine à
l'exploitation duquel ils étaient attachés[228]. Il ne faut pas croire
néanmoins que leur situation fût, en général, très-pénible. Ils pouvaient
contracter des mariages valables devant l'Eglise et la loi civile[229], à la seule condition d'avoir
obtenu le consentement de leurs maîtres[230], et il paraît établi par une
ancienne formule qu'ils recevaient parfois de ces derniers la propriété des manses
dont l'exploitation leur avait été confiée[231]. Cession qui semble néanmoins
impliquer un demi-affranchissement. Fréquemment aussi, les esclaves
profitèrent des troubles, des guerres civiles, en un mot de toutes les
occasions qu'ils jugeaient favorables, pour usurper les droits d'hommes
libres et s'emparer des propriétés qu'ils trouvaient à leur bienséance.
Divers récits de Grégoire de Tours[232] nous apprennent qu'ils avaient
même le droit de porter des armes. De plus, et à partir du VIIe siècle, la
condition de ceux qui étaient attachés à la culture des terres éprouva un
changement notable. Tandis que l'esclavage personnel continuait à subsister
dans les villes, l'esclavage rural se transformait en colonat ; et ce
changement s'opéra, plus rapidement qu'on ne le croirait, sous la triple
influence des lois romaines, des maximes chrétiennes et de l'exemple donné
dans les vastes domaines possédés par des communautés religieuses. Aucun
préjugé relatif à la naissance n'empêchait les esclaves d'arriver à de hauts
emplois. Quelques-uns furent élevés à la dignité épiscopale, et chacun a lu
dans Grégoire de Tours les curieuses biographies d'Andarchius et de
Leudastes, tous deux de naissance servile, et qui, par leur mérite et leurs
intrigues, parvinrent le premier à jouir de la faveur de Sigisbert II, et le
second à obtenir le titre de comte et un gouvernement considérable[233]. Il est,
sans doute, parfaitement inutile d'avertir que de pareilles exceptions
étaient extrêmement rares. La plupart des esclaves restaient, pendant leur
vie entière, attachés aux travaux des champs, et la même législation les
gouvernait tous[234], qu'ils appartinssent à
l'Eglise, au fisc ou à de simples particuliers[235]. Les esclaves dont il s'agit
peuvent être cependant divisés en deux classes. Les uns cultivaient, sous la
direction d'un intendant, les immenses domaines des églises, des monastères,
du fisc ou des hommes opulents, soit que les propriétaires en eussent conservé
l'administration, soit qu'ils les eussent abandonnés par des baux à long
terme ou des emphytéoses ; et, dans ce cas, les esclaves étaient, en quelque
sorte, une dépendance du sol[236]. Dans la plupart des lieux, au
contraire, les grands domaines avaient été partagés en une multitude de
petites fermes, auxquelles on avait donné le nom de manse (mansus), et chacune de ces fermes était
exploitée par un esclave et sa famille. Parfois même, les manses avaient été
jugés trop considérables pour un seul esclave, et on les avait divisés par
moitié et par quarts[237]. On les désignait ordinairement
par le nom de mansi serviles, pour les distinguer des mansi
ingenuiles, cultivés par les hommes libres que différentes circonstances
avaient réduits à la condition de coloni ou de tributarii. Les
historiens ne sont pas d'accord sur la quantité d'arpents dont le manse était
composé, et cette divergence d'opinions n'a rien qui doive nous surprendre,
car il est évident que l'étendue des manses était inégale, et leur
composition extrêmement variable. M. Guérard estime que le manse consistait
ordinairement dans une maison d'exploitation, appelée cella, et dans un fonds
de terre, qu'on peut évaluer en moyenne à dix hectares[238]. Mais cette moyenne ne peut
être que le résultat d'éléments fort disparates, et nos recherches
nous ont donné la conviction que la plupart des manses étaient d'une
contenance bien inférieure. Quoiqu'il
en soit, on doit reconnaître que la situation générale de l'agriculture était
florissante, à la fin du VIe siècle. Depuis plus de cent ans les Barbares
n'avaient pas franchi la barrière du Rhin, et les habitants des campagnes
avaient eu le temps de relever les constructions détruites pendant les
invasions des IVe et Ve siècles, et de remettre en culture les terrains
abandonnés. D'un autre côté, on ne voyait plus, comme autrefois, des
districts presqu'entièrement transformés en solitudes. Beaucoup de terres
domaniales, précédemment incultes, avaient été distribuées aux Francs, à
titre de bénéfices, et les nouveaux maîtres de ces terres s'étaient empressés
de les mettre en valeur. Ils y avaient parfaitement réussi, au moins dans la
plupart des lieux, et nous ne voulons d'autres preuves de la prospérité
générale que l'élévation excessive des compositions pécuniaires énumérées
dans les codes des Barbares, et que le haut prix des esclaves et des
bestiaux. Fortunat rapporte dans un de ses ouvrages[239] qu'un nommé Sabaricus vendit
pour quatre-vingts solidi aurei (qui vaudraient aujourd'hui plus de
douze mille francs)
un esclave appelé Æsarius, sa femme et son fils. Les bestiaux avaient une
valeur plus considérable que de nos jours. Dans la Loi des Ripuaires, un bœuf
ordinaire est estimé deux solidi, une vache la moitié, un bon cheval
six solidi et une jument la moitié. Or, un solidus renfermant de l'or
pour quinze francs quarante centimes, et le pouvoir du numéraire étant à
cette époque décuple de ce qu'il est maintenant, un bœuf valait trois cent
huit francs environ, une vache cent cinquante-quatre, un bon cheval neuf cent
vingt-quatre et une jument quatre cent soixante-deux ; tandis qu'aujourd'hui
les valeurs approximatives de ces différents animaux sont les suivantes : un
bœuf de trois cents kilogrammes deux cent cinquante francs, une vache cent
cinquante francs, un cheval d'artillerie quatre cent quatre-vingts francs et
un cheval de cavalerie quatre cents francs environ[240]. Les
procédés agricoles étaient les mêmes que dans l'Antiquité, et on employait le
feu pour débarrasser des broussailles et des plantes parasites qui les
couvraient les terrains que l'on rendait de tous côtés à la culture. C'est ce
qu'exprime le poète Fortunat dans les vers suivants[241] : An
sua rura colens, exusta novalia[242] suleat, Et
rude cervici taurus aratra gemit ? La
vigne, que l'on cultivait précédemment avec tant de soin dans la vallée de la
Moselle, ne fut pas négligée pendant la période mérovingienne. Le même
Fortunat dit à Villicus évêque de Metz[243] : Prospicis
umbroso vestitos palmite colles. On lit
dans une autre pièce adressée à Gogo, dont nous avons souvent parlé[244] : Aut
super uviferœ Mosellæ obambulat amnem. Dans un
petit poème dédié à saint Nicetius, métropolitain de Trèves, Fortunat parle
des vignes qui entouraient la somptueuse villa du prélat[245] : Blandifluas
stupidis induxit collibus uvas, Vinea
culta viret quo fuit ante frutex. Enfin,
il a placé dans un autre poème, consacré à la relation de son voyage en
Austrasie, plusieurs vers prouvant que les collines dont la Moselle est
bordée étaient alors couvertes de riches vignobles[246]. Le testament du diacre
Adalgise mentionne également des vignes situées dans la vallée de la Moselle,
dans le pays arrosé par un affluent de cette rivière, affluent nommé alors Lesura
et aujourd'hui Leser, et dans un lieu appelé Amanium, qui était assez
voisin de Leodium ou Liège[247]. Ajoutons 1° que l'on se
servait déjà de tonneaux pour renfermer les vins[248], et 2° que, l'on fabriquait
dans la Gaule, mais surtout en Austrasie, d'énormes quantités de bière ou
plutôt de cervoise[249]. Les
différents cantons de chaque finis ou communauté rurale portaient des noms
particuliers ; ce qui prouve que le pays était, sinon cultivé tout entier, au
moins bien délimité et bien connu. C'est ainsi que dans le testament de saint
Remi il est parlé des pratella Jovia, situés près de Laon[250]. Une
autre preuve de la prospérité de l'agriculture est le soin avec lequel on
gardait les propriétés. Les règlements datant de la période gallo-romaine
devaient être encore observés, et l'on avait introduit dans les codes
barbares des dispositions pénales relatives aux délits champêtres[251]. Toutes
ces particularités sont bien propres à nous donner relativement à l'état de
la Gaule, vers la fin du VIe siècle, d'autres idées que celles dont un
illustre écrivain s'est inspiré en traitant le même sujet[252]. Il y avait cependant encore de
vastes forêts sur le sol de cette contrée, mais elles n'étaient plus
impénétrables comme avant l'arrivée des Romains, et les défrichements les
avaient déjà fortement entamées. Les plus connues étaient la silva Cotia[253] et la silva Lauchonia[254], situées toutes deux dans le
royaume de Neustrie ; la silva Vosagus et la silva Arduennensis[255], qui se trouvaient en
Austrasie, et dont nous avons parlé plus d'une fois. Ces forêts continuaient
à être le séjour d'une multitude d'animaux dangereux ou farouches. On connaît
les vers dans lesquels Fortunat rappelle ces hôtes incommodes des forêts austrasiennes
: Ardennœ
an Vosagi, cervi, capræ, helicis ursi Cæde
sagittifera sylva fragore tonat ? Seu
vatidi bufali ferit inter cornua campum, Nec
mortem differt ursus, onager, aper[256] ? Dans un
autre ouvrage, il parle, de plusieurs ours, lesquels répandaient la terreur
dans le pays appelé Murvinus ou Morvan, et d'animaux de la même espèce
qui habitaient les bois du centre de la Gaule[257]. Enfin, le biographe de saint
Colomban mentionne les ours que l'on rencontrait dans les Vosges[258]. Les passages concernant les bubali,
bufali ou aurochs ne sont pas moins nombreux. Le lecteur doit se
souvenir que Théodebert Ier fut mortellement blessé par la chute d'un arbre
que brisa un de ces animaux. Saint Carilefus était parvenu à apprivoiser un
aurochs[259], et Grégoire de Tours rapporte
que le roi Gontran, qui parcourait la silva Vosagus, éprouva la colère
la plus violente en découvrant que l'on venait d'y tuer un bubalus[260], dont il s'était réservé la
chasse. Les
forêts, les rivières et les étangs de l'Austrasie servaient de retraites à
plusieurs espèces d'oiseaux sauvages que l'on n'y rencontre plus que
rarement. Fortunat assure que l'on y trouvait assez fréquemment des grues et
des cigognes, et que des cygnes vivaient sur les grands cours d'eau[261]. Les chasseurs les y
poursuivaient cependant avec persévérance, et la solitude, autrefois si
profonde sur le bord des rivières, commençait à être troublée par
l'établissement des moulins à eau, qui se multipliaient à cette époque[262]. Toutefois
les vastes forêts dont nous venons de parler n'étaient pas abandonnées au
premier-occupant. Nous dirons plus loin un mot relativement à leur
administration, nous bornant à rappeler ici qu'elles étaient gardées avec le
plus grand soin, bien délimitées et percées de routes, et que leurs
différents cantons portaient, comme de nos jours, des noms particuliers,
ainsi qu'on le verra, quand nous rapporterons la fondation de l'abbaye de
Senones et la mort du roi Dagobert II. Tel
était, vers la fin du VIe siècle, l'état de la société gallo-romains on
pourrait ajouter : et de la société barbare. Il ne faut pas croire, en effet,
comme on le répète chaque jour dans les nombreux abrégés d'histoire de France
destinés à la jeunesse, que l'Austrasie fût le théâtre d'une invasion presque
perpétuelle. Dans les diplômes et les écrits du temps on voit la population
austrasienne parfaitement assise, et les rois mérovingiens, plus sévères que
les empereurs, ne permettent plus aux Barbares de franchir le Rhin pour
s'établir dans les deux Germanies[263]. Presque tous les Francs
s'étaient fixés depuis longtemps sur le sol de la Gaule, et il n'y avait plus
au-delà du fleuve qu'un petit nombre de ripuaires, qui occupaient la contrée
comprise entre le Rhin et le Weser, le Mein et la mer du nord. Nous
avons déjà fait observer que les Saliens et les Ripuaires étaient restés, en
général, dans les provinces septentrionales de la Gaule, où ils s'étaient
primitivement établis, et que très-peu d'entr'eux avaient cherché fortune
dans les provinces du centre et du midi. Ces derniers s'étaient rapidement
mêlés et confondus avec l'ancienne population, et on peut en dire autant de
ceux qui ne s'étaient pas éloignés des vallées du Rhin, de la Moselle, de la
Meuse et de l'Escaut. Ils avaient été formés à la civilisation par les
fréquentes relations qu'ils entretenaient, de longue date, avec les habitants
de la Gaule ; dès le milieu du vie siècle, l'historien byzantin Agathias
disait d'eux que le langage et le vêtement les distinguaient seuls des
Romains[264], et l'on ne peut pas prétendre
qu'il est question dans ce passage des Saliens plutôt que des Ripuaires ; car
les derniers avaient eu des rapports continuels avec l'Empire, pendant le
règne de Justinien Ier. Les
nombreux mariages qui eurent lieu entre les Francs et les Gallo-Romains ne
contribuèrent pas médiocrement au mélange des deux races. On s'est appuyé,
pour soutenir le contraire, sur un passage de la Loi des Ripuaires[265], qui semble peu favorable à ces
unions ; mais Du Bos a prouvé qu'il ne fallait pas l'interpréter comme
plusieurs écrivains l'ont fait[266], et, d'ailleurs, la multitude
des mariages entre Romains et Barbares est démontrée par une foule de textes,
qu'il serait fastidieux de rapporter ici. Toutes les personnes qui ont
parcouru les récits de Grégoire de Tours et des anciens hagiographes savent à
quoi s'en tenir à cet égard, et ne peuvent ignorer avec quel empressement les
Francs les plus illustres recherchaient en mariage les filles des riches
gallo-romains[267]. Et si on voyait, à cette
époque, beaucoup de barbares s'unir à des gallo-romaines, comme le Franc
Harderardus, qui épousa la gallo-romaine Cecilia[268], il n'était pas rare que des
gallo-romains se mariassent à des femmes d'origine barbare : témoins Salvius,
père de saint Desiderius évêque de Cahors, dont l'épouse se nommait
Harchenefreda[269], et Constantinus, père de saint
Rigobertus métropolitain de Reims, qui avait pris pour femme une ripuaire
inconnue[270]. La
religion ne mettait aucun obstacle à ces unions ; car les Saliens et les
Ripuaires avaient alors embrassé presque tous le christianisme. Agathias
semble même assurer qu'il n'y avait plus de païens parmi eux ; mais cette
assertion est trop absolue, et nous verrons, dans un des chapitres suivants,
que le paganisme comptait encore un petit nombre de partisans chez les
Ripuaires. Néanmoins, on peut dire qu'en général les Francs étaient
chrétiens, et l'on admirait même les vertus de beaucoup d'entr'eux. Les historiens
anglais font tous l'éloge de la piété que montraient nombre d'anglo-saxons[271]. Or, si ce peuple, qui était
réellement barbare en comparaison des Francs, qui s'était converti bien plus
tard qu'eux, et qui ne s'était établi dans l'île de Bretagne que par la ruse
et la violence, a donné, dès le VIIe siècle, de tels exemples de religion et
de vertu, on ne voit pas pourquoi les Francs, lesquels étaient bien mieux
préparés, n'auraient pu posséder une foule d'hommes pieux[272], fournir de saints évêques et
peupler les monastères de religieux recommandables. Cette remarque est
confirmée par les documents historiques. Le poète Fortunat, parlant de la
ville de Cologne, où les Ripuaires s'étaient fixés en si grand nombre, dit
que, pour recevoir tous les fidèles, on avait été obligé de construire dans
les basiliques des tribunes, formant un second ordre d'architecture[273]. Le leude Gogo mentionne, dans
une lettre adressée à Pierre évêque de Metz, les principaux ecclésiastiques
attachés à cette église, et parmi eux figurent Theodulfus, qui est qualifié
d'abbé ; Flitomeres lequel avait rempli les fonctions d'économe pendant
l'épiscopat de Villicus ; le chantre Sindericus, et enfin Theodomundus, dont
l'office n'est pas indiqué[274]. Il est probable, et même
certain, que beaucoup de ces ecclésiastiques, des évêques et des moines
portant des noms barbares, et que nous avons cités précédemment, étaient
gallo-romains ; mais on ne peut douter cependant que plusieurs n'aient
appartenu soit à la tribu des Saliens, soit à celle des Ripuaires. Les
Barbares n'avaient pas montré moins d'empressement à adopter les mœurs et les
habitudes des Gallo-Romains. Ils en avaient même pris le costume, et, d'après
un des biographes de saint Médard, le roi Clotaire Ier, ayant ordonné
d'apporter à Soissons le corps de l'illustre évêque, alla le vénérer,
accompagné des principaux seigneurs, revêtus de chlamydes et de robes
traînantes[275]. Le luxe avait fait de rapides
progrès chez les Ripuaires, et il n'en faut d'autre preuve que le prix
excessif des armes offensives et défensives et des oiseaux dressés à la
chasse[276]. On ne
manquera de faire remarquer que plusieurs faits rapportés soit par Grégoire
de Tours et Frédégaire, soit par les hagiographes, ne donnent pas une haute
opinion de l'état de la civilisation chez les Ripuaires, et pie beaucoup
d'entr'eux semblent avoir conservé jusqu'au VIe siècle la rudesse et même la
cruauté de leurs ancêtres. Mais de même que l'on se tromperait en jugeant la nation
française d'après certains mémoires écrits pendant le XVIIIe siècle, et même
au siècle précédent ; de même on aurait la plus fausse idée de la situation
de la Gaule, si on généralisait quelques observations de Grégoire de Tours.
Cet homme célèbre est narrateur fidèle ; mais il était peintre, et il a
recueilli, avec une sorte de prédilection, pour les encadrer dans son récit,
bien des particularités scandaleuses qui n'ont pas une grande importance par elles-mêmes,
et qui ne paraissent si nombreuses que parce que l'on voit comme en
raccourci, et d'un coup-d'œil, toute l'histoire du VIe siècle. En
tenant compte de tous les faits consignés dans les monuments contemporains,
on reste persuadé que les mœurs des Francs ne différaient pas beaucoup de
celles des Gallo-Romains, et les actions répréhensibles que l'on rencontre si
souvent dans l'histoire de cette époque sont communes aux uns comme aux
autres. Gontran, roi de Bourgogne, essaya de conquérir la Septimanie ou Narbonensis
Prima, qui appartenait aux Wisigoths, et ses soldats y commirent
d'affreux brigandages. Il ne faut pas toutefois les rejeter sur les Barbares
exclusivement ; car si les Bourguignons et quelques saliens s'en rendirent
coupables, Grégoire de Tours affirme que les habitants des cités de Bourges,
de Saintes, de Périgueux, d'Angoulême et d'autres civitates
occidentales qui obéissaient à Gontran, et qui étaient bien certainement des
gallo-romains, ne se conduisirent pas mieux[277] ; et plusieurs autres passages
du même historien, que nous nous dispenserons de transcrire, prouvent que les
milices gauloises ne faisaient pas la guerre avec plus d'humanité que les
Francs et les Bourguignons. Certaines
personnes s'imaginent que les Barbares pouvaient impunément s'emparer des
domaines qui étaient à leur convenance. Mais un fait rapporté par Grégoire de
Tours, dans la vie de saint Ursus[278], démontre que les Francs les
plus puissants n'osaient toucher aux biens des églises et des monastères[279] ; et, s'il y eut quelques
désordres dans les premiers moments qui suivirent leur arrivée, on vit, plus
d'une fois, ces hommes, que l'on regarde comme si farouches, s'empresser de
réparer les torts dont ils étaient les auteurs. Témoin ce seigneur wisigoth,
qui, ayant été mis en possession par le roi d'un domaine appartenant au poète
Paulin, se fit un devoir d'en envoyer immédiatement le prix à ce dernier[280]. En
adoptant les mœurs et les usages des Gallo-Romains, beaucoup de Francs
empruntèrent aussi leur langage et leur écriture[281]. Ils apprécièrent bientôt
l'avantage d'une bonne éducation littéraire, et ils eurent soin de la
procurer à leurs enfants. Le biographe de saint Arnulfus remarque
formellement que ses parents lui firent donner une solide instruction[282] ; et la mère de saint
Desiderius, Harchenefreda ou Herchenfreda, laissa à ses trois fils quelques
épîtres d'une remarquable élégance et remplies des plus sages conseils[283]. Plusieurs seigneurs ripuaires,
ne se contentant pas de posséder et de parler le latin, voulurent cultiver la
littérature et surtout la poésie. Tel était Gogo, dont il a déjà été question
plus d'une fois, et qui fut maire du palais d'Austrasie[284]. Il avait étudié la rhétorique
dans l'école d'un maître appelé Trasericus, qui, malgré son nom barbare,
devait être un gallo-romain. On possède encore une des lettres que Gogo lui
adressa[285], et le pate Fortunat lui-même
ne dédaigna pas de faire l'éloge de ce rhéteur[286]. Il demeurait aux environs de
Mayence, et il avait construit un magnifique oratoire ; ce qui ne nous
empêche pas de le distinguer de Trisoricus évêque de Toul, lequel était mort
bien certainement lorsque Fortunat visita l'Austrasie[287]. Gogo mentionne dans la même
lettre un autre professeur, nommé Dodorenus, qui enseignait les langues
étrangères, c'est-à-dire le germain[288]. Gogo n'était pas le seul
littérateur que l'on vît alors parmi les Ripuaires, et lorsque Venance
Fortunat arriva d'Italie, précédé d'une brillante réputation, il fut
accueilli avec l'empressement le plus flatteur, non seulement par les
évêques, mais encore par le roi Sigisbert II et par les seigneurs
austrasiens. Deux d'entr'eux, nommés Sigismond et Aregisilus, lui firent une
réception qu'il n'oublia jamais, et qu'il célébra dans trois petits poèmes
dédiés à ces ripuaires[289]. Sigisbert, voulant, de son
côté, que le poète fût traité avec tous les égards possibles, lui donna pour
guide un autre ripuaire, appelé Sigoaldus, lequel était le ministre des
charités royales, mais qui devait être aussi un littérateur et un bel-esprit.
Fortunat se loua beaucoup de la conduite que ce Franc tint à son égard ; il
l'en remercia dans une belle pièce de vers, et il lui en envoya une seconde,
un peu plus tard, lorsque Sigoaldus fut élevé à la dignité de comte par
Childebert Ier[290]. Il paraît que Gogo accabla
aussi le poète de prévenances et de politesses ; car on ne rencontre pas
moins de quatre poèmes dédiés à ce personnage dans le recueil des vers de
Fortunat[291], et on en trouve d'autres
adressés à Brunehaut et à Childebert, qui s'étaient déclarés ses protecteurs,
après la mort de Sigisbert II[292]. Tout ce
qu'on vient de lire, relativement à la religion, aux mœurs et à la culture
littéraire des Francs, est bien propre à persuader que, vers la fin du Vie
siècle, il ne devait plus y avoir une grande différence entr'eux et les
Gallo-Romains ; et on est confirmé dans cette idée, quand on se rappelle avec
quelle promptitude et quelle facilité les Ostrogoths se mêlèrent aux Italiens,
et les Wisigoths aux Espagnols. Les exemples du même genre tirés de
l'histoire du moyen-âge et de l'histoire moderne ne sont pas moins
concluants. On sait que les Anglo-Saxons et les Normands formèrent un seul
peuple par le croisement des mariages, et le mélange des deux nations était
accompli au bout d'un siècle[293]. Les Tartares Mantchous, qui se
sont emparés de la Chine, il y a deux cents ans, sont aujourd'hui entièrement
confondus avec les anciens habitants de cet empire. « Les soldats de la
ville neuve de Koukou-Hote, dit un voyageur moderne, sont Tartares-Mantchous
; mais si par avance on ne le savait pas, on ne le soupçonnerait guère en les
entendant parler. Parmi eux, il n'en existe peut-être pas un seul qui soit
capable de comprendre la langue de son pays. Déjà deux siècles se sont
écoulés depuis que les Mantchous se sont rendus maîtres du vaste empire
chinois, et on dirait que, pendant ces deux siècles, ils ont travaillé à se
détruire eux-mêmes. Leurs mœurs, leur langue, leur pays même, tout est devenu
chinois ; aujourd'hui on peut assurer que la nationalité Mantchoue est
anéantie sans ressource. La déchéance ou plutôt l'extinction de la nation
Mantchoue marche aujourd'hui plus rapidement que jamais. Quand les Mantchous
ont eu conquis la Chine, ils ont en quelque sorte imposé aux vaincus une
partie de leur costume et quelques usages. Mais les Chinois ont fait plus que
cela ; ils ont su forcer leurs conquérants à adopter leurs mœurs et leur
langage. Maintenant on a beau parcourir la Mantchourie jusqu'au fleuve Amour,
c'est tout comme si on voyageait dans quelque province de Chine. La couleur
locale s'est complètement effacée ; à part quelques peuplades nomades,
personne ne parle le mantchou ; et il ne resterait peut-être plus aucune trace de cette
belle langue, si les empereurs Khang-hi et Kien-Loung ne lui avaient élevé
des monuments impérissables, et qui fixeront toujours l'attention des
orientalistes d'Europe[294]. » Le même voyageur dit
dans un autre ouvrage : « Ce sont les Chinois qui occupent le plus grand
nombre des emplois civils. S'ils ont été conquis par les Mantchous, ils leur
ont imposé, à leur tour, leur civilisation, leur langue, leurs mœurs, et, en grande partie, leurs
usages. Sortis depuis peu de temps de leurs forêts et de leurs steppes, où ils menaient la
vie nomade, vivant de leur chasse et de leurs troupeaux, les Tartares ne
pouvaient s'empêcher de se plier au régime de ce pays célèbre dont ils s'étaient
ouvert les portes à force de courage et surtout de ruse et de perfidie. Ils
ont donc laissé les détails de l'administration aux Chinois, puisqu'ils
en avaient le goût, le talent et une longue expérience ; seulement, ils ont
toujours eu bien soin de ne jamais se dessaisir de la direction de la milice
de terre et de mer. La haute administration du département de la guerre est
toujours restée exclusivement concentrée entre leurs mains[295]. » Or, si
le mélange des deux races a été si prompt en Angleterre et en Chine, après
une conquête suivie de mille violences, combien dut-il être encore plus
facile et plus rapide dans les Gaules, puisque les Francs s'y sont établis
d'une manière pacifique, avec le concours de l'autorité impériale, et sans
dépouiller personne, et que, d'ailleurs, ils étaient en fort petit nombre, eu
égard à celui des Gallo-Romains. Aussi, M. de Pétigny a-t-il soutenu que la
distinction des races était complètement effacée avant la fin du VIe siècle[296]. Cependant,
la confusion des deux peuples n'était pas encore totale, et Fortunat
l'atteste dans un vers célèbre, que nous avons déjà cité : Hinc
cui Barbaries, illine Romania plaudit[297]. L'obstacle
qui avait arrêté ou, pour mieux dire, retardé l'accomplissement de ce mélange
était précisément la nature du contrat intervenu entre les Francs et les
empereurs. Les premiers s'étaient fixés sur le territoire de la Gaule comme
auxiliaires de l'Empire, et ils en avaient reçu des terres, exemptes de toute
imposition, avec la seule charge d'obéir aux ordres du magister militum.
Plus tard, lorsque, par la force des circonstances et avec l'assentiment
exprès ou tacite des, empereurs, les Mérovingiens eurent réuni dans leurs
mains le pouvoir civil et le pouvoir militaire, la position des Francs
demeura à peu près la même, c'est-à-dire distincte de celle des
Gallo-Romains. Ceux d'entr'eux (et c'était le plus grand nombre) qui avaient obtenu des
bénéfices continuèrent à ne pas payer d'impositions et à devoir le service
militaire. Nous reviendrons sur ces deux points dans le chapitre suivant, où
nous traiterons des impôts et de l'organisation de l'armée, et nous abordons
immédiatement une autre question, qui a fort divisé les historiens : celle de
savoir en combien de classes se partageait la tribu des Ripuaires. Du Bos
dit formellement que les « Francs ne composaient tous qu'un seul et même
ordre de citoyens ». « Ils n'étaient point, ajoute-t-il, partagés en deux
ordres, comme le sont aujourd'hui les sujets laïques de nos rois, qui se
divisent en nobles et en non-nobles[298]. » Toutefois, quand on a
parcouru les développements que l'auteur donne à cette proposition en
apparence si absolue, on voit qu'il ne s'éloigne pas beaucoup de l'opinion
que nous avons adoptée, et que nous exposerons dans un instant. M.
Naudet croit que les Francs (les Saliens comme les Ripuaires) étaient répartis en deux
classes : les Franci proprement dits ou les Franci bene Salici
de Marculf, qui possédaient des sortes ou beneficia, et les
non-propriétaires, que l'on désignait sous les noms d'ingenui[299] ou de debiliores personœ[300]. Le savant académicien nie
l'existence d'une classe nobiliaire, et prétend que le mot nobilis ne
signifie pas noble dans le sens où nous prenons cette expression et ne veut
dire autre chose que de bonne race[301]. Savigny
pense, au contraire, que l'on voyait chez les Francs trois classes de
personnes : les nobles, les hommes libres et les individus qui ne jouissaient
pas de la liberté[302]. Enfin,
M. de Pétigny[303] et M. Guérard[304] ont cru qu'il existait chez les
Saliens et les Ripuaires quatre classes : 1° les nobiles, antrustiones
et fonctionnaires de divers ordres ; les hommes libres, appelés dans les
codes barbares liberi, ingenui, mediani homines, mediocres personœ ;
3° les lides, qui sont quelquefois désignés sous les noms de vassaux, de
clients ou de comites ; les servi, lesquels étaient de
véritables esclaves. Il
n'est pas impossible de démontrer qu'il y avait, en effet, quatre catégories
d'individus chez les Ripuaires, comme parmi les Gallo-Romains : 1° les
nobles, 2° les hommes libres, 3° les lides ou lites, 4° les esclaves. 1° En
disant qu'il y avait une noblesse dans la tribu des. Ripuaires, nous ne
prétendons pas qu'il faille y voir quelque chose d'analogue à la noblesse
féodale. Il est évident que, dans la plupart des cas, la faveur royale, la
valeur et la richesse avaient donné naissance à une illustration, d'abord
personnelle, mais que les mêmes causes avaient entretenue et fini par rendre
héréditaire. A cette époque, et encore longtemps après, la possession de
grands biens était le principal signe de l'importance des hommes ; et quant à
la faveur royale, son prestige s'accroissait tellement de jour en jour, que
l'obtention du titre purement honorifique d'antrustio (ou de convive
du roi) suffisait
pour procurer à celui qui en était revêtu une autorité et une influence
extraordinaires. Les
historiens n'emploient pas tous le même terme pour désigner les nobles
Francs. Grégoire de Tours et les agio-graphes se servent fréquemment du -mot
optimales, et on trouve aussi dans le premier l'expression meliores Franci[305]. Frédégaire désigne les nobles
austrasiens par le titre de proceres[306] et de primates[307], et ceux du royaume de
Bourgogne par le terme Burgundefarones ou mieux Burgundicefarones[308]. Le même historien fait
également usage du mot nobilis, et dans le passage où il raconte les
crimes et la punition de Chrodoaldus, il dit que ce leude était ex gentes
nobili Aygloifinga[309]. Jonas mentionne un seigneur
Franc, nommé Hagnericus, décoré du titre de conviva regis, et il
ajoute que ce personnage était nobilitate ac sapientia vallatus[310]. Le moine anonyme qui a écrit
la vie de saint Arnulfus dit que cet illustre évêque était nobilis parentibus,
et plus loin il rapporte que, avant d'entrer dans les ordres, Arnulfus avait
épousé une jeune fille ab inclita et nobilissima gente[311]. Le biographe de saint Ermino
assure que ce religieux était nobilis progenie, mais que cependant sa
famille n'était pas des plus distingués[312] ; ce qui prouve qu'il y avait
différentes classes, ou, si l'on aime mieux, divers degrés dans la noblesse
Franque. On lit dans la vie de saint Leutfredus qu'il était sanguinis nobilitate
conspicuus[313]. D'après le biographe de sainte
Ricthrudis, le fils de cette matrone était clara editus prosapia[314] ; selon un autre écrivain,
saint Audoënus (saint Ouen)
et ses deux frères étaient ex uno semine nobiles generati[315] ; il est dit dans la vie de
saint Hermenlandus que ce personnage était né ex nobilissimis parentibus,
et ailleurs il est question d'un quidam optimal nobilissimus[316] ; enfin, le biographe de saint
Arnulfus parle d'un procerus de la nation des Thuringiens[317] ; ce qui démontre que l'on
trouvait les mêmes distinctions sociales chez les différents peuples
barbares. On lit,
en effet, dans la vie de saint Rudbertus que ce zélé missionnaire convertit
un grand nombre de bajoarii ou bavarois nobles et non-nobles[318] ; et le biographe de saint
Corbinianus dit que Grimoald duc de cette nation, voulant donner au
missionnaire quelques domaines qui lui convenaient, les acheta a viris
nobilibus (2)[319]. Au
reste, il parait que les nobles étaient peu nombreux chez les Francs et chez
les nations barbares de la Grande Germanie. On en a fait la remarque avant
nous, et deux observations de nature bien différente viennent à l'appui de
cette proposition. La Loi Salique[320] enjoint aux judices et
aux rachimburgii de se présenter dans le mallum avec leurs
boucliers. Ces judices et ces rachimburgii devaient être
généralement choisis parmi les nobles, et même constituer presque toute la
classe nobiliaire ; d'un autre côté, on avait coutume d'inhumer les Francs
avec le costume et les armes offensives eu défensives qu'ils portaient
ordinairement, et cependant on n'a trouvé que très-rarement des boucliers
dans les innombrables tombeaux Francs que l'on a fouillés, depuis vingt ans, en
Normandie, en Lorraine et ailleurs. Il est si vrai que les nobles étaient peu
nombreux en Austrasie, que le duc Chrodinus, invité à saisir les rênes du
gouvernement avec le titre de major domus, répondit qu'il ne pouvait
se charger d'un pareil fardeau. « Presque tous les primates, dit-il,
sont mes parents, et il me serait impossible de les châtier quand ils le
mériteraient[321]. » Or, si presque tous les
nobles austrasiens étaient parents du même individu, on est forcé d'admettre
qu'il n'y en avait pas un très-grand nombre. 2° La
plupart vivaient à la campagne, où ils s'occupaient de l'exploitation de
leurs vastes domaines, et ils avaient, en général, groupé autour d'eux les ingenui
ou les hommes libres qui, pourvus d'un bénéfice, le faisaient valoir par
eux-mêmes. Mais il faut se garder de croire que tous les ingenui
eussent obtenu ou conservé des bénéfices, et qu'ils eussent tous une
existence facile au milieu des riches campagnes du royaume d'Austrasie.
Beaucoup de Francs avaient, par goût ou par nécessité, pris la profession de
commerçants ou même étaient devenus des artisans vulgaires. Tout le monde
connaît les aventures du Franc Samo, qui, s'étant rendu, pour son trafic,
chez les Winides, finit par devenir roi de ce peuple barbare[322]. Charibert, qui régna sur une
partie de la Gaule après la mort de Clotaire Ier, vécut avec Marcovefa et
Merofledis, filles d'un cardeur de laine, lequel était de race Franque[323]. Gontran-Boson, dont nous avons
souvent parlé, et qui parvint aux emplois les plus importants, était fils
d'un meunier, qui appartenait à la même nation[324]. Le biographe de saint Arnulfus
mentionne un barbare, Franc sans doute, qui n'avait jamais osé demander le
baptême, à cause de sa pauvreté[325]. Quoique les civitates
de la Belgica Prima et de la Germania Secunda, occupées par les
Ripuaires, fussent plus riches que les contrées où les Saliens avaient, pour
la plupart, fixé leurs demeures, et que par conséquent on dût trouver plus
d'aisance chez ceux-là, les pauvres n'étaient pas rares parmi eux. On
rencontre, soit dans les historiens, soit dans les hagiographes, soit même
dans les diplômes, les noms d'une multitude d'artisans, de laboureurs ou
d'individus réduits à la misère ; et bien que, malgré la forme barbare de
leurs noms, beaucoup de ces artisans, de ces laboureurs et de ces malheureux
fussent gallo-romains, on est forcé d'avouer que plusieurs d'entr'eux
appartenaient à la nation Franque[326]. Enfin, les nombreux cimetières
de l'époque mérovingienne, explorés depuis plusieurs années, nous fournissent
un nouvel argument à l'appui de notre thèse ; car, dans ces cimetières, et
surtout dans celui de Pompey, les Francs dorment côte-à-côte avec les coloni
et les esclaves gallo-romains ; leurs tombeaux ne se distinguent en rien des
autres, et les débris de leurs armes permettent seuls à l'antiquaire de
reconnaître les dépouilles des Ripuaires et des Saliens. 3° Si
la classe des ingenui renfermait tant d'individus privés des avantages
de la fortune et même réduits à la misère, on peut bien penser que la classe
des lides, qui correspondait à celle des coloni chez les
Gallo-Romains, se recrutait plutôt parmi les hommes libres que parmi les
esclaves. En effet, les grands propriétaires Francs, ne pouvant exploiter
eux-mêmes toutes leurs terres, en cédaient quelques portions à des ingenui,
lesquels, en recevant de pareilles concessions, devenaient immédiatement des
lides et contractaient certains devoirs envers ceux qui les leur avaient
faites. D'un autre côté, le barbare dont la fortune était médiocre se
trouvait aussi exposé que le gallo-romain pauvre à être persécuté par un
homme puissant, et, pour mettre son bien en sûreté, il renonçait à une partie
de son indépendance. Il avait soin de stipuler, comme nous le voyons dans une
formule mérovingienne[327], que sa liberté resterait
intacte ; mais il finissait ordinairement par tomber dans un état
intermédiaire entre l'ingénuité et l'esclavage. Enfin, beaucoup de saliens et
de ripuaires ont dû dissiper, plus ou moins rapidement, tes richesses qu'ils
avaient amassées dans leurs courses en Italie et ailleurs, ou qu'ils tenaient
de la libéralité des rois ; et comme ils ne pouvaient dépouiller leurs
voisins, barbares ou gallo-romains, pour rétablir leur fortune, ils
demeuraient pauvres toute leur vie. On a ce spectacle sous les yeux tous les
jours et dans toutes les sociétés, et on ne comprend pas pourquoi les choses
se seraient passées différemment dans la Gaule. Les
causes qui avaient multiplié les patrocinia pendant le IVe siècle et
le Ve continuèrent à produire les mêmes effets pendant le VIe et le VIIe ; et
les ingenui que l'on voyait alors se placer sous le patrocium
des leudes Francs n'agissaient pas autrement que les ingenui qui, cent
ou deux cents ans plus–tôt, avaient eu recours au patronage des riches
gallo-romains. Les lides étaient donc, pour employer la définition donnée par
M. Naudet, des individus, originairement libres, qui vivaient sous la
puissance et la tutelle d'un homme opulent, et qui lui devaient un cens peur
la terre qu'ils cultivaient, soit qu'elle fût un reste de leur patrimoine,
soit qu'il leur eût cédé de son propre bien une habitation et un champ. En un
mot, les lides n'étaient autres que des coloni ; ils conservaient,
comme ceux-ci, le titre d'ingénus, et plusieurs dispositions des codes
impériaux paraissent même destinées à fixer leur condition sociale[328]. 4° Les
assertions qui précèdent, et dont l'exactitude ne sera pas contestée, nous
l'espérons, ont été longtemps repoussées par divers historiens pour lesquels
les Francs, dont le nom était synonyme d'hommes libres, formaient une nation
de conquérants, égaux sinon en valeur, du moins en puissance et en richesse.
Ils ont attaqué plus vivement encore une autre proposition, déjà admise par
Hadrien de Valois[329] : savoir que plusieurs Francs
étaient esclaves. Cela résulte de certains récits de Grégoire de Tours, qu'il
serait trop long de reproduire ici ; cela résulte aussi d'une formule[330] où nous retrouvons la substance
du contrat réglant les droits du Franc que la misère obligeait à se vendre et
ceux de l'acquéreur ; cela résulte également du texte de différents
capitulaires, établissant l'existence de cette coutume sous la dynastie carlovingienne[331] ; cela résulte enfin de
l'étonnante multitude de noms germains portés par des esclaves ; car, tout en
reconnaissant que beaucoup d'entr'eux étaient gallo-romains d'origine ou
appartenaient à diverses nations barbares, on ne peut s'empêcher de penser
que plusieurs étaient des Francs que la misère ou le crime avait réduits à
cette triste condition. Ajoutons
cependant qu'une pareille dégradation n'était pas sans remède, et que plus
d'une fois des esclaves parvinrent à des emplois considérables, grâce à leurs
talents ou au caprice des rois. Nous en avons cité plus d'un exemple, et la
Loi des Ripuaires prévoit expressément le cas où un esclave obtenait le titre
de comte, après avoir été affranchi[332]. Les
manumissions, alors très fréquentes, avaient pour résultat de faire entrer
dans la société civile une foule d'individus appartenant, par leur origine, à
toutes les nations barbares de l'Europe, et d'augmenter la confusion déjà si
grande en Occident. On voyait en Austrasie, au milieu des Gallo-Romains et
des Ripuaires, qui formaient le fond de la population, des alamanni,
des bourguignons, des alains, des hérules, des thuringiens, etc.[333] On y
voyait aussi, et même en assez grand nombre, des grecs, des syriens et des
juifs. Nous avons déjà parlé de ces colonies d'étrangers, dont l'arrivée
remontait au premier siècle de l'ère chrétienne. Pendant la période
mérovingienne on retrouve encore des noms grecs dans les listes d'évêques et
d'abbés[334]. Le biographe de saint Goar
mentionne un saint prêtre austrasien qui s'appelait Eusebius[335], et lorsque sainte Radegonde
voulut dépêcher à Constantinople un envoyé chargé de remercier l'empereur
d'une grâce qu'elle en avait obtenue, elle confia cette mission à un grec
nommé Βανισκιος[336]. Les
Syriens étaient plus nombreux que les Grecs, et on peut supposer, avec
vraisemblance, que les violentes persécutions exercées par les empereurs
hérétiques contre les orthodoxes avaient engagé beaucoup de ceux-ci à émigrer
dans les contrées de l'Occident, où ils étaient certains de jouir de la
liberté de conscience. A cette époque, les relations entre la Gaule et la
Syrie étaient encore faciles et fréquentes, parce que la première de ces deux
régions était toujours considérée comme faisant partie intégrante de
l'Empire. L'auteur anonyme de la vie de sainte Geneviève, écrite dix-huit ans
après sa mort, rapporte, comme nous l'avons dit, que saint Siméon-Stylite
demandait, avec empressement, des nouvelles de la sainte bergère aux
négociants syriens qui l'avaient visitée, pendant leurs voyages dans la Gaule[337] ; et saint Severus, qui devint
abbé du monastère d'Agde, était né en Orient[338]. Plusieurs évêques qui
gouvernèrent alors les églises austrasiennes portaient des noms syriens, et
on peut en conclure qu'ils appartenaient à la même nation que Severus ; tels
furent Baruch, Barnabas et Abel, métropolitains de Reims ; Siméon, évêque de
Metz ; Amon, Alchas et Jacob, de Toul ; Siméon, évêque ou métropolitain de
Cologne, et Johannes, évêque de Trajectum-ad-Mosam. On n'en finirait
pas si l'on voulait recueillir tous les noms syriens que l'on rencontre dans
les catalogues épiscopaux de la Gaule ; et nous rappellerons seulement Namaca
et Manassès évêques d'Orléans, et Eusebius évêque de Paris. Eusebius congédia
tous les prêtres gallo-romains que son prédécesseur Ragnemodus avait attachés
à sa cathédrale, et les remplaça par des prêtres syriens[339] ; d'où l'on voit combien ces
étrangers étaient nombreux. Deux individus de cette nation occupèrent même le
siège de saint Pierre, vers la fin du VIIe siècle, et gouvernèrent
glorieusement l'Eglise, sous les noms de Jean V et de Sergius Ier. Au reste,
la plupart des orientaux établis dans la Gaule se livraient au commerce ou à
l'usure. Sidoine Apollinaire, voulant donner une idée des désordres dont
notre pays était le théâtre, dit que les ecclésiastiques faisaient l'usure,
et que les Syriens chantaient les psaumes : fœnerantur cleri, Syri
psallunt[340]. L'évêque Eusebius avait
précédemment exercé la profession de négociant ; et Grégoire de Tours parle
d'un marchand syrien, nommé Euphronius et demeurant à Bordeaux, auquel le
fameux Mummolus déroba une relique de saint Sergius[341]. Quelques villes de la Gaule
renfermaient plus de syriens que les autres. Orléans était du nombre. Il est
question dans la vie de saint Maximinus (saint Mesmin) d'une femme syrienne, qui
habitait cette ville[342] ; le moine Jonas, racontant
l'exil de saint Colomban, dit que le fondateur de Luxeuil logea à Orléans,
chez une autre femme syrienne[343] ; enfin, d'après Grégoire de
Tours[344], Gontran, roi de Bourgogne,
ayant fait une entrée solennelle dans cette cité, fut harangué non seulement
en latin et en hébreu, mais même en syriaque. Tant
d'orientaux fixés dans les grandes villes de la Gaule[345] devaient faire une concurrence
redoutable aux Juifs, qui, dès lors, s'adonnaient entièrement au trafic[346]. La mauvaise gestion financière
de l'Empire avait obligé de les admettre dans les curies, et ils avaient
profité de cette position administrative pour se faire accorder certains
droits, dont ils furent dépouillés dans la suite. Ainsi, ils possédaient des
synagogues dans tous les lieux où ils étaient un peu nombreux[347] ; ainsi, ils pouvaient avoir
des esclaves, et même des esclaves chrétiens ; ainsi encore, ils avaient
trouvé moyen de se faire employer à la perception des revenus publics[348] et d'occuper des emplois
secondaires. Toutefois, ils ne tardèrent pas à être privés successivement
d'une partie de ces droits. Chilpéric Ier fit fermer leurs synagogues dans
toute l'étendue du royaume de Neustrie, et, peu de temps après, on leur
interdit de posséder des esclaves chrétiens. Une pareille prohibition leur
avait déjà été imposée par les empereurs[349] ; mais la législation impériale
n'avait pas été rigoureusement observée, et il fallut des actes d'un
prosélytisme imprudent pour appeler l'attention des Mérovingiens sur un tel
abus[350]. Dans la vie de saint Germain
de Paris, Fortunat parle, en effet, de juifs, établis dans les environs de
Tours, qui persécutaient un gallo-romain, nommé Amantius, parce qu'il ne
voulait pas embrasser le judaïsme[351]. Le pape Saint
Grégoire-le-Grand écrivit à Brunehaut, à Théodebert II, roi d'Austrasie, et à
Thierry II, roi de Bourgogne, pour leur recommander d'appliquer aux Juifs la
législation impériale et de ne pas leur permettre de posséder des esclaves
chrétiens[352]. Les deux rois obéirent au
souverain-pontife. Plusieurs années auparavant, on avait interdit aux Hébreux
de se promener sur les places publiques depuis le jeudi saint jusqu'au jour
de pâques, comme ils avaient coutume de le faire dans le but (on le croyait
du moins)
d'insulter à la douleur des chrétiens[353]. En 615, un édit de Clotaire II
déclara que les Juifs ne pourraient exercer aucun emploi public, notamment
celui de percepteurs des impôts, afin, remarque le rédacteur de l'édit,
qu'ils ne soient jamais autorisés à exercer une action publique contre un chrétien[354]. Enfin, nous dirons, dans un
des chapitres suivants, que l'on ne s'en tint pas à ces prohibitions. Tels
étaient les éléments de la société que les Mérovingiens gouvernaient. On voit
que ces éléments étaient bien hétérogènes ; mais ils tendaient à se
confondre, et, d'un autre côté, il y avait, malgré la diversité des races,
une sorte de similitude dans les mœurs et dans les usages. On observait, en
effet, chez les Barbares, quelle que fût leur origine, une propension
naturelle à emprunter aux anciens habitants tout ce que l'on est convenu
d'appeler la civilisation ; et si un contemporain de Théodose-le-Grand avait
pu revenir à la vie et parcourir la Gaule à la fin du VI' siècle, il n'y
aurait pas remarqué de notables changements. Le
costume était le même aux deux époques. Un très-ancien sacramentaire de la
cathédrale de Paris nous a conservé une liste des vêtements de saint Girmain,
évêque de cette ville, et l'on y voit figurer les différentes pièces que l'on
employait pour se couvrir pendant le IIIe siècle et le IVe[355]. Il résulte d'un passage de
Grégoire de Tours que l'on faisait encore usage de l'amphibolus on amphibalus[356]. Les antiques chaussures
connues sous le nom de caligœ sont mentionnées non seulement dans la
liste des vêtements de saint Germain, mais aussi dans divers écrits de la
période mérovingienne[357]. Nous avons examiné une robe de
soie écrue, gardée depuis le VIIIe siècle dans l'église de Moyen-Moutier, et
qui passe pour avoir appartenu à saint Hidulfus, fondateur du monastère,
quoiqu'elle vienne plus probablement de saint Leodegarius (saint Léger), évêque d'Autun, et cette robe
nous a paru tout-à-fait semblable à la toge des anciens Romains[358]. Les monuments figurés des VIIIe
et IXe siècles nous présentent également des costumes analogues à ceux que
l'on portait dans la Gaule vers la fin de la période impériale ; et nous
citerons, entr'autres, 1° un bas-relief placé dans le musée de Metz, et dont
nous parlerons plus loin, à l'occasion de la conspiration du comte Wulfoad ;
2° une grande miniature ornant une copie de la Bible, gardée à la
bibliothèque impériale, et offerte à Charles-le-Chauve par Sigelaüs abbé du
monastère de Saint-Martin-lès-Metz[359]. Les robes ou toges dont se
servaient les ecclésiastiques et les laïques étaient assez généralement de
couleur blanche, ou pour mieux dire écrues, et, pour leur donner une teinte
plus agréable, on les plongeait, de temps en temps, dans une dissolution de
craie ; usage qui avait produit le verbe cretare ou creare, qui
signifiait blanchir à la craie, art que la vie des saintes Harlindis
et Reinula met au nombre de ceux que l'on enseignait aux religieuses dans le
monastère de Valenciennes[360]. Les
repas continuaient à être très-somptueux chez les gens riches, et l'on avait
gardé la coutume antique de manger à moitié couché ; ainsi qu'on l'apprend
par la vie de saint Corbinianus, où on lit que Grimoald duc des Bavarois,
offrant un repas au saint homme, le plaça sur un lit[361]. Quelques hommes opulents
continuaient à faire usage d'aloès, quoique ce produit de l'Orient fût d'un
prix fort élevé[362]. Les
bains chauds, pour lesquels les Anciens éprouvaient une véritable passion,
avaient conservé toute leur vogue pendant la période mérovingienne. Grégoire
de Tours, racontant la mort d'Andarchius, dit que, le jour où cet aventurier
fut mis à mort, il s'était fait préparer un bain chaud, avant de prendre son
repas du soir[363]. Dans un autre passage,
l'historien des Francs parle de religieuses qui avaient quitté leur
monastère, parce que l'on se comportait avec peu de modestie dans le bain[364]. Au moment où Dagobert Ier
ordonna de tuer Brudulfus, oncle de son frère Charibert, le roi entrait dans
le bain, au lever de l'aurore[365]. Saint Rigobert, métropolitain
de Reims, voulant plaire aux chanoines de son église en leur rendant plus
facile l'usage des bains chauds, fit établir un aqueduc qui amenait l'eau
jusque dans le claustrum ou maison canoniale, et assura à son chapitre
la quantité de bois nécessaire à la consommation des étuves[366]. Un peu plus tard, le pape
Adrien I disposait, dans son ordo, que, tous les jeudis, le clergé de Rome se
rendrait processionnellement au bain, en chantant les psaumes Afferte
Domino, Domitius regnavit et Laudate Dominum de cœlis. Lorsque
Frotharius évêque de Toul dessina, dans le siècle suivant, le plan de
l'abbaye de Saint-Gall[367], il traça un bassin carré,
entouré d'une sorte de portique, et qui parait avoir été destiné à servir de
bain. Plus tard encore, un cérémonial à l'usage de la cathédrale de Metz, et
rédigé en 1105, disposait que, la veille du dimanche des Rameaux, l'évêque
visiterait, avec ses clercs, l'abbaye de Saint-Arnoul, où ils prendraient un
bain[368]. Enfin, n'oublions pas qu'il y
avait, au moyen-âge, dans la plupart des villes de France des rues appelées rues
des étaves, des vieilles-étuves, etc., dénominations indiquant que
l'usage des bains chauds s'était conservé bien longtemps dans notre pays[369]. On
n'avait pas cessé d'entretenir les établissements thermaux, qui étaient
fréquentés dans l'Antiquité bien plus que de nos jours ; et tomme ces
établissements, à en juger par les petits dessins de la Table Théodosienne,
ne se composaient guère que d'un bassin carré, environné d'un portique, il
n'avait pas été fort difficile de remettre en état ceux que les Barbares
avaient détruits. Le nom de bain de la reine que portait, au moyen-âge, un
des thermes de Plombières parait prouver, comme nous l'avons dit, qu'il avait
été réparé par ordre de Brunehaut. Il est probable que les thermes de Bains
étaient également fréquentés pendant la période mérovingienne, et nous nous
fondons pour le présumer sur le vocable de son église, qui est dédiée à saint
Colomban, patron que l'on n'a pu choisir qu'à une date très-reculée[370]. Il existe près de Bonconica,
à peu de distance du Rhin, une source thermale, qui n'a pas cessé de
s'appeler Neri et d'attirer les malades[371] ; et Dagobert II donna au
monastère de Weissembourg des thermes situés au-delà du Rhin, et qui, sans
doute, n'étaient pas non plus délaissés[372]. La
passion des spectacles, non moins répandue que celle des bains chauds,
n'avait pas été étouffée par le christianisme, ainsi que l'ont pensé
plusieurs historiens[373], et les Francs eux-mêmes
s'étaient laissé entrainer par l'exemple des Gallo-Romains. Il a été question
ci-dessus des cirques de Paris, de Metz et de Champlieu. L'amphithéâtre de
Trèves existe encore en partie et devait être intact pendant la période mérovingienne
; celui de Tours était encore debout au Xe siècle, puisqu'il est mentionné,
sous le nom d'Arenœ, dans un diplôme de Charles-le-Simple, du 27 juin
919[374] ; enfin, Procope assure, comme
on l'a vu, que les rois Francs, après leur traité avec Justinien Ier,
présidèrent dans l'amphithéâtre d'Arles à des jeux équestres[375]. Les
divertissements du théâtre n'étaient guère moins recherchés que ceux du
cirque. Le vingtième canon du concile tenu dans la ville d'Arles, en 452,
avait vainement renouvelé la menace de l'excommunication contre les acteurs[376]. On a récemment publié un
fragment d'un prologue composé, au VIIe siècle, pour être récité avant la
représentation d'une comédie de Térence[377] ; et lorsque les théâtres
furent définitivement fermés, les comédiens se répandirent en troupes dans
les provinces, et l'usage s'établit de donner des représentations à la suite
des repas de noce et des autres festins. Cet usage engendra promptement des
abus. Un des conciles tenus à Rome, dans le courant du VIIe siècle, défendit
au clergé d'assister à ces spectacles en quelque sorte privés ; mais la
prohibition ne fut pas complètement efficace, et le concile assemblé dans la
ville d'Aix-la-Chapelle, en 816, fut obligé d'enjoindre aux prêtres et aux
clercs de quitter la salle du banquet avant le commencement des
représentations dramatiques[378]. On voyait aussi dans la Gaule
des troupes de danseuses, qu'une constitutio de Childebert fils de
Clovis[379] désigne sous le nom de bansatrices[380], et qui avaient coutume,
surtout à la célébration des principales fêtes chrétiennes, de parcourir les
campagnes, où elles amusaient les hommes riches par des danses probablement
suspectes. Le goût
des Gallo-Romains pour le luxe s'était conservé aussi bien que leur passion
pour le théâtre, et ici encore beaucoup de barbares se faisaient une loi de
les imiter. Toutes les personnes qui ont lu Grégoire de Tours savent quelle
immense quantité de vaisselle d'argent possédait le patrice Mummolus[381]. Les femmes de race Franque se
faisaient porter, comme les Gallo-Romaines, sur des grands chars, attelés de
bœufs. La matrone Erminethrudis légua à la basilique de Saint-Symphorien le
char (carruca) dont elle se servait
habituellement, les bœufs qui le traînaient, sa litière et ses tapis, et à
l'église du vicus Bonisiacinsis un autre char, avec ses bœufs et ses
draperies[382]. Les
meubles et les ustensiles étaient les mêmes que pendant la période
gallo-romaine, et les procédés des arts n'avaient pas changé. Bien que les
moulins à eau fussent inventés, on continuait, même dans les résidences
royales, à se servir de moulins à bras : nous avons vu que Septimina,
gouvernante des enfants de Childebert Ier, fut condamnée à tourner la meule
dans le gynécée de Marilegium[383] ; dans la relation des miracles
de saint Theodericus (saint Thierry) il est parlé d'une femme qui avait la même
occupation[384], et on pourrait citer d'autres
faits analogues[385]. En
certains lieux, on enfermait le vin dans des tonneaux, mais ailleurs on
employait toujours des amphores[386], et on avait recours au mot falernum
pour désigner le bon vin[387]. On se
servait, comme autrefois, de tablettes de cire pour tenir ses écritures
privées et pour expédier des missives. Grégoire de Tours[388] et Frédégaire[389] nous en fournissent deux
exemples ; mais on utilisait aussi le parchemin et le papyrus ; quand une
lettre avait été tracée sur une de ces matières, on la roulait ou on la
pliait, et on mettait l'adresse sur le pli au le rouleau[390]. Les
formules étaient toujours les mêmes soit pour la correspondance, soit pour
les inscriptions, et parfois on faisait usage de mots antiques pour exprimer
des idées modernes. Brunehaut, parlant de sa fille Ingundis ou Ingonde,
l'appelle dulcissima[391], comme sur les inscriptions
funéraires païennes. Irmina, fille de Dagobert II, donne la même épithète à
sa cousine-germaine Erminithrudis[392]. La formule IN PACE continuait à figurer sur les
tombeaux, comme pendant les premiers siècles de l'ère chrétienne[393], et quoique le christianisme
eût proscrit l'usage de l'incinération, on employait encore des termes
relatifs à cette coutume. Lorsqu'on enleva le corps de saint Arnulfus, pour
le rapporter à Metz, on plaça sur une espèce de civière le cercueil, que l'hagiographe
désigne par le mot urna[394], et le sarcophage dans lequel
on transporta les restes de saint Corbinianus est appelé vasculum[395]. Si les
formules des lettres et des inscriptions n'avaient pas sensiblement varié, la
manière de les dater n'avait pas subi plus de changements, et le calendrier
romain était toujours en usage. On ne doit pas être surpris de le voir
employé, de préférence à celui de l'Eglise, par Grégoire de Tours[396], parce que cet écrivain aimait
l'Antiquité, comme le prouve son affectation à se servir presque constamment
des anciens noms de lieux. On ne doit pas être étonné non plus de retrouver
l'usage du calendrier romain dans un des continuateurs de Frédégaire[397], dans les hagiographes, dans
des lettres écrites par des ecclésiastiques[398], et même dans les inscriptions
funéraires des Francs[399] ; mais on serait justement
frappé de rencontrer cet usage établi dans la chancellerie mérovingienne, si
l'on regardait les rois Francs comme des barbares acharnés à la ruine de
l'Empire et de la civilisation. Or, les Mérovingiens, qui se considéraient comme
membres de l'Empire, ont adopté le calendrier dont on se servait avant eux.
Nous pouvons citer, à l'appui de cette assertion, une lettre de Théodebert Ier
à l'empereur Justinien[400], et divers édits ou diplômes
émanés des rois Childebert Ier, Dagobert Ier, Childéric II et Thierry III[401]. Leur exemple fut suivi, et
nous signalerons l'emploi du calendrier romain dans une foule de diplômes de
tout genre provenant des princesses Irmina et Adhela, filles du roi Dagobert II
; des maires du palais Pépin d'Héristal, Charles Martel et Pépin-le-Bref, et
de plusieurs personnages, la plupart d'origine Franque, tels que Ludwinus
métropolitain de Trêves, Heddo évêque de Strasbourg, Hedenus, Ængelbertus,
Luitfridus, Ebrohardus, Theodo, Hildradus, Robertus, Hugo et Bodalus[402]. Ajoutons encore que les Mérovingiens avaient aussi conservé tout l'ancien système des poids et mesures. Il résulte de la Loi des Ripuaires[403] que les Francs employaient le pes ou pied comme mesure de longueur ; et, pour marquer les distances, Grégoire de Tours ne se sert que du mille, milliare[404] ou milliarium[405], de la lieue ou leuca[406] et du stade[407] ; mais ce dernier n'avait, au reste, rien d'officiel. La mesure de superficie était l'arpent ou juger, qui avait pour subdivision le demi-arpent ou aripennis[408]. Le poids ordinaire et légal était la libra ou livre, composée de douze onces et renfermant 6,048 grains. Cependant, et au moins vers la fin de la période mérovingienne, le poids que l'on employait pour l'argent — pour l'or on se servait toujours de la libra — est appelé pondus[409], et on trouve même des mentions du pensum, qui ne paraît avoir été en usage que dans des circonstances assez rares[410]. |
[1]
V. Du Bos, Hist. crit. de l'établissement de la monarchie Françoise, t.
IV, p. 206-209, 213, 226 et 386-389.
[2]
Ajoutons que la plupart des villes étaient ceintes de murs. Plusieurs
d'entr'elles en ont même conservé des débris jusqu'à nos jours. On a retrouvé
quelques traces des murailles de Toul, en construisant les fortifications
modernes (v. Benoît Picart, Hist. de Toul, p. 16 et 17). Les murs de Tolbiacum et de Tornacum (Tournay) sont
mentionnés par Grégoire de Tours (Hist. Franc., lib. III, c. 8, lib. IV,
c. 51) ; Fortunat parle des celsa mœnia de Trèves (Carmina, lib.
X, 12) ; enfin, Reims avait des remparts si épais que l'on avait même construit
une chapelle sur la plate-forme qui surmontait une des portes (Vita sancti
Rigoberti, Remensis episcopi, dans les Bollandistes, au 4 janvier).
[3]
Combien de lieux, aujourd'hui insignifiants, avaient conservé une certaine
importance pendant la période mérovingienne ! Les villes antiques de Nasium
et de Scarponna (la première n'est plus qu'un village, et la seconde se
compose maintenant de quatre maisons) possédaient alors des ateliers
monétaires, et Nasium est encore qualifiée de castrum dans
Frédégaire (Chronic., c. 38). Quant à Scarponna, on peut
consulter le même auteur, ibid., c. 12 ; Gerbert, Epistola, 1er
recueil, 47, et Vita beati Joannis, abbatis Gorziensis,auctore Joanne,
abbato Sancti-Arnulfi, n° 100, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. V.
[4]
V. De la transformation des noms de plusieurs villes gauloises pendant la
domination romaine, par M. Bourquelot, dans les Mém. de la société des
antiquaires de France, t. XXIII, p. 435 et 436.
[5]
V. aussi un fragment de chronique sur les incursions des Normands, dans
Bouquet, t. VII, p. 153, et Vita sancti Theofredi, abbatis Calmeliacensis,
passim, dans Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. I.
[6]
V. la légende d'un triens décrit dans la Revue numismatique,
année 1853, p. 293.
[7]
V. Fortunat, Carmina, lib. III, 17.
[8]
V. le testament du diacre Adalgise, dans les Mém. de la soc. philomatique de
Verdun, t. III, p. 343.
[9]
V. Dissertation sur un monument des Tribocs, par Schœpflin, dans les Mém.
de l'acad. des inscr., 1re série, t. XV, p. 467.
[10]
Le mot civitas est même employé quelquefois pour désigner une petite
ville. Grégoire de Tours (Hist. Franc., lib. III, c. 8, lib. IV, c. 16)
appelle ainsi le vicus de Tulbiacum ou Tolbiacum et le bourg de Divitia
(aujourd'hui Deutz), situé sur la rive droite du Rhin, vis-à-vis de Cologne.
[11]
V. Grégoire de Tours, De gloria Confessorum, c. 66. Metz est qualifié oppidum
par le biographe de saint Faron. V. Vita sancti Faronis, Meldensis episcopi,
c. 31, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II. Toul porte le même titre dans
la vie de sainte Salaberge. V. Vita sanctœ Salabergœ, abbatissœ Laudunensis,
n° 17, ibid.
[12]
Il est employé dans la Vita sanctœ Salabergœ, n° 2, à l'occasion du
bourg de Mosa (maintenant Meuvy), qui ne devait pas être fortifié.
[13]
V. Géographie de Grégoire de Tours, par M. Alfred Jacobs, passim ;
Schœpflin, Alsatia illustrata, t. I, p. 679.
[14]
V. l'ouvrage de M. Jacobs, p. 27 et suiv.
[15]
V. Pardessus, Diplomata, t. II, p. 215 et 227.
[16]
V. notamment De gloria Martyrum, c. 59, 90 et 106 ; De gloria
Confessorum, c. 11, 50, 52, 81, 92 et 98 ; Vitœ Patrum, c. VIII, n°
11 ; Miracula sancti Juliani, c. 5, 13, 40 et 50.
[17]
Grégoire de Tours (Hist. Franc., lib. IV, c. 42) qualifie de municipium
la cité d'Autissiodurum (Auxerre) ; le nom de la ville d'Arisidum
ou Arisitum est accompagné du même mot sur deux copies de la Notitia
provinciarum et civitatum Galliœ, qui appartiennent à la bibliothèque
impériale, et on lit à la fin des actes d'un concile tenu à Douzy : Apud
Duziacum secus municipium Mozomum, Remensis parochiœ (v. Sirmond, Concilia
antiqua Galliœ, t. III, p. 408).
[18]
Telle était l'opinion, non seulement de Du Bos, mais encore de Dom Bouquet. V. Scriptores
rerum Francicarum, t, I, p. LIII. Elle a été partagée, de nos jours, par M.
Guérard (Bibliothèque de l'école des chartes, 2e série, t. IV, p. 363),
par M. de Pétigny et par M. le Huërou. M. Ch. Lenormant (Questions
historiques, Ve-IXe siècles, 1re partie, p. 211) reconnaît aussi que la
population gallo-romaine sut d'abord conserver en partie son indépendance et
ses richesses, qu'elle aurait ensuite perdues. Mais il ne donne aucune preuve à
l'appui de cette seconde proposition, et on ne voit pas quelles causes auraient
pu produire un pareil effet, deux cents ans après la prétendue conquête des
Gaules. Si l'établissement des Francs dans ce pays avait été de nature à donner
un semblable résultat, il l'aurait amené tout de suite, et non pas au bout de
deux siècles.
[19]
V. ce prœceptum, dans Pardessus, t. I, p. 112 et 113 ; V. aussi p. 48.
[20]
Nous avons cependant déjà fait observer (et nous reviendrions bientôt sur ce
sujet) que la classe des ingenui se subdivisait.
[21]
V. le pactum, dans Pardessus, ibid., p. 167.
[22]
V. Hist. Franc., lib. VI, c. 45. La même distinction est établie par
Fortunat dans le vers suivant (Carmina, lib. IV, 4) :
Hinc cui
Barbaries, illinc Romania plaudit.
[23]
Quelquefois même les Francs sont traités moins favorablement que les
Gallo-Romains. C'est ainsi que, dans les articles organiques destinés à assurer
l'exécution du pactum conclu entre les rois d'Austrasie et de Neustrie,
Childebert Ier prononça contre le Franc qui n'observerait pas le repos du
dimanche une amende de quinze solidi, tandis que l'amende encourue pour
le même délit par le Romanes n'était que de sept solidi. V. l'article
14, dans Pardessus, t. I, p. 173.
[24]
On lit dans les articles ci-dessus (v. art. 7, ibid.) : Et hœc disciplina in
populo modis omnibus observetur.
[25]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. III, c. 36.
[26]
V. ibid., lib. V, c. 29.
[27]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IV, c. 23.
[28]
V. idem, ibid., lib. III, c. 53.
[29]
V. idem, De gloria Martyrum, c. 48 ; Vitœ Patrum, c. X, n° 2.
[30]
V. idem, Hist. Franc., lib. IV, c. 47.
[31]
V. idem, ibid., c. 24.
[32]
V. idem, ibid., c. 42.
[33]
V. Frédégaire, Chronic., c. 21.
[34]
V. idem, ibid., c. 24.
[35]
V. idem, ibid., c. 29. Frédégaire assure qu'il était romanus genere.
[36]
V. idem, ibid., c. 42.
[37]
V. idem, ibid., c. 27.
[38]
V. idem, ibid., c. 28.
[39]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IX, c. 30 ; Miracula sancti
Martini, lib. IV, c. 6.
[40]
Gundulfus, malgré son nom barbare, était gallo-romain et même genere
senatorio, comme nous l'apprend Grégoire de Tours, Hist. Franc.,
lib. VI, c. 11.
[41]
V. idem, ibid., c. 12.
[42]
V. Fortunat, Carmina, lib. VII, 7.
[43]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VIII, c. 26, lib. X, c. 19.
[44]
V. idem, ibid., lib. VIII, c. 18 et 30.
[45]
V. idem, ibid., c. 30.
[46]
V. idem, Miracula sancti Martini, lib. IV, c. 41.
[47]
V. Frédégaire, Chronic., c. 20.
[48]
V. l'ancien récit de la fondation de ce monastère dans Meurisse, Histoire
des évesques de l'église de Metz, p. 103.
[49]
V. Frédégaire, ibid., c. 42.
[50]
V. la charte de fondation de l'abbaye de Lobbes, dans Le Mire, Opera
historica et diplomatica, t. II, p. 1126, ou dans Pardessus, t. II, p. 217
et 218. Bréquigny et Pardessus ont démontré la fausseté de ce diplôme ; mais il
est probable que le nom de Philippicus a figuré dans le diplôme original.
[51]
V. cependant Frédégaire, ibid., c. 30, 42 et 78.
[52]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VI, c. 35.
[53]
V. idem, ibid., lib. IV, c. 44, lib. VI, c. 7.
[54]
V. idem, ibid., lib. VIII, c. 43.
[55]
V. Vita sancti Leodegarii, Augustodunensis episcopi, auctore anonymo coœvo,
n° 14, dans les Bollandistes, au 2 octobre.
[56]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IV, c. 42.
[57]
V. idem, ibid., c. 13, 30 et 35.
[58]
V. idem, ibid., lib. VIII, c. 18.
[59]
V. idem, ibid., c. 45, lib. X, c. 6 et 8.
[60]
V. idem, Vitœ Patrum, c. IV, n° 3.
[61]
V. idem, Hist. Franc., lib. IV, c. 40.
[62]
V. idem, De gloria Martyrum, c. 84.
[63]
V. idem, Hist. Franc., lib. V, c. 25, lib. VIII, c. 26.
[64]
V. idem, ibid., lib. V, c. 37.
[65]
V. idem, ibid., lib. V, c. 48 ; Miracula sancti Martini, lib. I,
c. 24.
[66]
V. idem, Hist. Franc., lib. VI, c. 22, lib. VIII, c. 30.
[67]
V. idem, ibid., lib. VII, c. 31.
[68]
V. Vita sancti Desiderii, Cadurcensis episcopi, c. 1, dans Bouquet, t.
III, p. 527.
[69]
V. Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, c. VIII, n° 5.
[70]
V. Vita sancti Mauri, abbatis, dans les Bollandistes, au 18 janvier.
[71]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VI, c. 37 et 38.
[72]
V. idem, ibid., lib. IX, c. 41.
[73]
V. idem, Miracula sancti Martini, lib. I, c. 40.
[74]
V. Fortunat, Carmina, lib. X, c. 25.
[75]
V. idem, Vita sancti Germani, episcopi urbis Parisiaœ, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I.
[76]
V. le texte de ce placitum, dans Pardessus, t. II, p. 229 et 230.
[77]
V. le diplôme, ibid., p. 300 et 301.
[78]
V. le diplôme, ibid., p. 308. Nous négligeons, pour ne pas trop allonger
notre livre, de mentionner les gallo-romains qui remplirent les fonctions de vicarii.
V. cependant Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. X, c. 5.
[79]
V. ce que nous avons dit plus haut ; le diplôme de Clovis Ier en faveur du monasterium
Reomaense, dans Pardessus, t. I, p. 32, et Grégoire de Tours, Miracula
sancti Martini, lib. IV, c. 28 ; Hist. Franc., lib. V, c. 43 et 46,
lib. IX, c. 38.
[80]
V. Chronicon monasterii Sancti-Benigni Divionensis, dans le Spicilège
de d'Achéry, 2e édit., t. II, p. 360 ; Frédégaire, Greg. Tur. Hist Franc.
epitomata, c. 18.
[81]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VIII, c. 13.
[82]
L'origine gallo-romaine de Bodegisilus est formellement établie par Grégoire de
Tours, ibid., lib. X, c. 2.
[83]
Tel était Obolenus, qui fut fiancé à sainte Glodesindis ou Glossinde, fille du
duc Winthrio. V. Vita sanctœ Glodesindis, abbatissœ, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II.
[84]
V. Hist. Franc., lib. III, c. 13.
[85]
V. Valois, Rerum Francicarum, tom. II, præf.
[86]
V. Sidoine Apollinaire, Epistolœ, lib. VIII, 5.
[87]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. II, c. 20 ; Vitœ Patrum, c.
III, n° 1 ; Sidoine Apollinaire, Epistolœ, lib. VII, 17, lib. VIII, 6.
[88]
V. Grégoire de Tours, Miracula sancti Juliani, c. 7 et 8.
[89]
V. Frédégaire, Greg. Tur. Hist. Franc. epitomata, c. 18 et 19.
[90]
Il est intitulé : Critique générale et réfutations.
[91]
V. la note XXI, la fin du volume.
[92]
V. De l'état des personnes en France sous les rois de la première race,
dans les Mém. de l'acad. des inscr., 24e série, t. VIII, p. 407 et 408.
V. aussi Lex Salica, tit. XLIV, art. 15.
[93]
V. Histoire du droit romain au moyen-âge, trad. franç., t. I, p. 208.
[94]
V. notamment Du Bos, Hist. crit., t. IV, p. 250-255 ; M. de Pétigny, Etudes
sur l'époque mérovingienne, t. III, p. 271.
[95]
V. Epistola ad Parthenium, dans la Maxima bibliotheca veterum Patrum, t.
X, p. 141.
[96]
V. Vita sancti Cœsarii, Arelatensis episcopi,
n° 37, dans les Bollandistes, au 27 août.
[97]
V. Vitœ Patrum, c. IX, n° 1.
[98]
V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 866.
[99]
V. ce testament, dans Pardessus, Diplomata, t. I, p. 84.
[100]
V. Vita sancti Germani, episcopi urbis Parisiacœ, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I.
[101]
V. Vita sancti Germani, episcopi urbis Parisiacœ, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I.
[102]
V. Vita sancti Columbani, n° 17 et 22, dans Mabillon, ibid., sæc.
II.
[103]
V. Vita sancti Fursœi, abbatis Latiniacensis, t. I, ibid.
[104]
V. Vitœ Patrum, c. XX, n° 1.
[105]
V. Hist. Franc., lib. VI, c. 11.
[106]
V. Formules wisigothiques inédites, publiées d'après un manuscrit de la
bibliothèque de Madrid ; Bibliothèque de l'école des chartes, 3e
série, t. V, p. 534.
[107]
V. Vita sancti Æmiliani, auctore sancto Braulione, episcopo Cœsaraugustano,
n° 8 18, 23, 24 et 29, dans Mabillon, ibid., sæc. I.
[108]
V. le diplôme, dans Pardessus, t. I, p. 107.
[109]
V. le testament, ibid., p. 215.
[110]
V. ce testament, ibid., t. II, p. 71.
[111]
V. ce testament, ibid., p. 240 et 241.
[112]
V. le testament, ibid., p. 323.
[113]
V. Histoire du droit romain au moyen-âge, trad. franç., t. I, p. 209.
[114]
V. Fomulœ, lib. II, n° 37 et 58.
[115]
V. Formulœ Sirmondicœ, n° 2 et 3 ; Formulœ Lindenbrogii, n° 72 et
75. V. aussi Appendix ad Marculfum, n° 53, 54 et 55.
[116]
V. Mabillon, Annales Benedictini, t. II, p. 710.
[117]
V. Hist. Franc., lib. III, c. 15.
[118]
V. Vitœ Patrum, c. IV, n° 5.
[119]
V. ibid., c. VII, n° 1.
[120]
V. ibid., c. VIII, n° 1.
[121]
V. Vita sancti Desiderii, Cadurcensis episcopi, c. 15, dans Bouquet, t.
III, p. 531.
[122]
V. Vita sanctœ Consortiœ, virginis, auctore anonymo coœtaneo, dans
Mabillon, Acta ss., sæc. 1.
[123]
V. Vita sancti Severi, abbatis Agathensis, n° 15, ibid.
[124]
V. Vita sancti Germani, abbatis Grandivallensis, auctore Boboleno, n° 2,
ibid., sæc. II.
[125]
Cette petite ville dépendait alors de la Gaule.
[126]
V. Vita sanctœ Tygriœ, virginis, n° 11, dans les Bollandistes, au 25
juin.
[127]
V. Mabillon, Annales Benedictini, t. II, p. 710.
[128]
V. Hist. Franc., lib. VIII, c. 42 ; De gloria Confessorum, c.
106.
[129]
V. ce pœceptum, dans Pardessus, t. I, p. 112 et 113.
[130]
V. Vita sancti Germani, episcopi urbis Parisiacœ, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I.
[131]
V. le diplôme, dans Pardessus, t. I, p. 222-224.
[132]
V. Miracula sancti Juliani, c. 29 ; De gloria Confessorum, c. 59.
[133]
V. notamment t. I, p. 294-302 et 316 325, t. II, p. 337-351. V. aussi Leber, Histoire
critique du pouvoir municipal, p. 150 et suiv.
[134]
V. Etudes sur l'époque mérovingienne, t. II, p. 610 et 611.
[135]
V. Gesta Trevirorum, c. 46, dans Calmet, Hist. de Lorr., 1re
édit., t. I, preuv., col. 22.
[136]
V. cet acte, dans Pardessus, t. II, p. 200-202.
[137]
V. cette lettre, dans Baluze, Miscellanea, t. V, p. 290.
[138]
On en trouve la trace dès le XIIe siècle. V. Jean de Salisbury, Epistolœ,
n° 214, dans la Maxima bibliotheca veterum Patrum, t. XXIII, p. 495.
[139]
Lorsque l'édit de Moulins abolit les juridictions municipales.
[140]
V. cette lettre, dans Baluze, Capitularia regum Francorum, t. II, col.
622.
[141]
V. Formulœ antiquœ, ibid., col. 612, 614 et 615.
[142]
V. Chronicon Virdumense, dans Labbe, Bibliotheca manuscriptorum,
t. I, p. 127.
[143]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. V, c. 49, lib. VII, c. 47.
[144]
V. Vitœ Patrum, c. VIII, n° 5.
[145]
V. Paulus, Receptœ Sententiœ, lib. IV, tit. VI, § 2.
[146]
V. Vitœ Patrum, c. VI, n° 1.
[147]
V. Etudes sur l'époque mérovingienne, t. III, p. 40-42.
[148]
V. liv. I, édit. du Louvre, p. 13.
[149]
V. Hist. crit., t. IV, p. 152.
[150]
V. la note XXI, à la fin du volume.
[151]
On peut même en citer un exemple remarquable. Le biographe de saint Ebrulfus ou
Evrolt dit formellement que ce vénérable solitaire était genere Francorom
exortus et civis Belloacœ urbis (Beauvais). V. Vita sancti Ebrulfi,
abbatis, n° 1, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.
[152]
V. Marculf, Formulœ, lib. II, n° 37 et 38 ; Appendix ad Marculfum,
n° 53, 54 et 55 ; Formulœ Sirmondicœ, n° 2, 3 et 28 ; Formulœ
Lindenbrogii, n° 59, 64, 65 et 73 ; Formulœ Andegavenses, n° 1 ; Formulœ
Baluziance, n° 28 ; Testament de Wideradus, abbé de Flavigny, dans
Pardessus, t. II, p. 526 et 327 ; etc. ; etc.
[153]
V. une formule publiée, pour la première fois, par M. Pardessus, dans la Bibliothèque
de l'école des chartes, 1re série, t. I, p. 217 et suiv.
[154]
V. Formulœ Sirmondicœ, n° 3 ; Formulœ Andegavenses, n° 1.
[155]
V. Formulœ Andegavenses, n° 1. Il y avait bien certainement aussi des amanuenses
en Austrasie ; car les notaires de Metz ont conservé le nom d'amans jusque dans
les temps modernes.
[156]
V. Formulœ Andegavenses, n° 1.
[157]
V. le testament d'Ephibius, dans Pardessus, t. II, p. 240 et 241.
[158]
V. Formulœ Andegavenses, n° 1.
[159]
V. notamment Pandectes, lib. I, tit. VIII-X
; Code Justinien, lib. X, tit. XXXI-LXXV
; Novelles, XXXVIII.
[160]
V. De gloria Confessorum, c. 59.
[161]
V. les Agrimensores, édit. de Berlin, 1850, passim, et Walther, Histoire
du droit romain, t. I, p. 225, 321 et 368.
[162]
V. tit. LXXVI.
[163]
V. Code Théodosien, lib. VIII, tit. XII, c. 8 ; Code Justinien, lib. I,
tit. IV, c. 9, §
1 ; lib. VIII, tit. LIV,
c. 30 ; Novelles, XV.
[164]
V. les formules citées plus haut et le testament de Wideradus.
[165]
V. Appendix ad Marculfum, n° 54.
[166]
V. Formulœ
Lindenbrogii, n° 59.
[167]
V. les Bollandistes, au 1er juillet.
[168]
V. Vita sancti Drausii, Suessionensis episcopi, n° 7, dans les
Bollandistes, au 5 mars.
[169]
V. Vita sancti Leudomeri, Catalaunensis episcopi, n° 2, dans le même
recueil, au 2 octobre.
[170]
V. Hist. Franc., lib. VII, c. 2.
[171]
V. Singularités historiques et littéraires, t. III, p. 124.
[172]
V. Vita sancti Lupi, Senononsis episcopi, dans les Bollandistes, au 1er
septembre.
[173]
V. Vita sanctœ Tygriœ, n° 11, dans les Bollandistes, au 25 juin.
[174]
V. Capitularium I ann. 809, art. 22, dans Baluze, Capitularia regum
Francorum, t. I, col. 467 ; Capitularium Wormatiense, ann. 829, art. 11,
ibid., col. 665 et 666.
[175]
V. notamment De l'état des personnes en France sous les rois de la première
race, par M. Naudet, dans les Mém. de l'acad. des inscr., 2e série,
t. VIII, p. 498.
[176]
V. Marculf, Formulœ, lib. I, n° 21 ; Formulœ Sirmondicœ, n° 44.
[177]
V. Lex Salica, tit. XXV, tit. XLII,
art. 4 et 5 ; Lex Ripuariorum, tit. XVI ; Lex Alumannorum, tit. XLVI-XLVIII ; Lex
Bajuvariorum, tit. III,
c. 15, tit. VII,
c. 4.
[178]
V. Lex Salica, tit. XXVI, art. 2 ; Marculf, Formulœ, lib. I, n° 19.
[179]
V. Le Huërou, Histoire des institutions mérovingiennes, p. 421-424 ;
Guérard, De la formation de l'état social, politique et administratif de la
France, dans la Bibl. de l'école des chartes, 3e série, t. II, p. 3.
[180]
V. Vita sancti Ebrulfi, abbatis Uticensis, n° 41, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I.
[181]
V. Code Justinien, lib. XI, tit. XLVII et LIII-LVI ; Constitution de Justinien Ier relative aux servi et
aux coloni, n° 16 ; Constitution du même de ascriptitiis et colonis
; Constitution de Justin II de filiis colonoram et liberarum. Ces trois
constitutions se trouvent à la suite des Novelles.
[182]
V. De l'administration de l'empire romain, par M. Naudet, t. II, p. 108.
[183]
Lœtus et au féminin Lœta. V. Notitia Imperii ; Lex
Salica, premier texte, tit. XLII, art. 4 ; texte de Wolfenbuttel, tit. LXXI, art. 9. La Lex Ripuarioram emploie le mot litus, qui est
évidemment le même terme.
[184]
V. Code Justinien, lib. XI, tit. L, c. 1, tit. LI, c. 1. Il est même vraisemblable que
beaucoup de ces lites gallo-romains n'avaient point cédé de propriétés à leurs
patrons, mais avaient, au contraire, reçu de ces derniers quelques portions des
terres domaniales que le prince leur avait données, à titre de bénéfices.
[185]
V. Flodoard, Historia Remensis ecclesiœ, lib. I, c. 14.
[186]
V. Hist. Franc., lib. IV, c. 47.
[187]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VII, c. 2.
[188]
V. idem, ibid., lib. VIII, c. 18.
[189]
V. tit. XV et XVI.
[190]
V. Lex Ripuariorum, tit. LVII, art. I, tit. LVIII, art. 1, tit. LXI, art. 2. Les rédacteurs de cette
loi reconnaissent formellement avoir emprunté au Code Théodosien
plusieurs des modes d'affranchissement qu'elle autorise.
[191]
V. ibid., tit. LVII.
[192]
V. ibid., tit. LVIII,
art. 1, tit. LVI, art. 1 et 2 ; v. aussi
Lex Alamannorum, tit. XVII et XVIII.
[193]
V. Appendix ad Marculfum, n° 36. Les modes per tabulam et per
epistolam sont mentionnés formellement dans le testament du diacre
Adalgise. V. Mém. de la soc. philomatique de Verdun, t. III, p. 340.
[194]
V. Lex Ripuariorum, tit. LXI.
[195]
C'est ce qui résulte d'une formule qui a été publiée dans la Bibliothèque de
l'école des chartes, 3e série, t. IV, p. 470. Elle est tirée du manuscrit
550 de la bibliothèque de Saint-Gall et porte le titre suivant : Carta ad
ingenuis (sic) relaxandum extra
ecclesiam. On y lit la phrase suivante : Propterea ego tibi integram
ingenuitatem concedam, ut sis ingenuus, sicut reliqui ingenui, qui sub tale
titulum relaxantur, tibi vivas, tibi laboras, atque laboratum tuum possideas,
portas apertas cives romani vias, discedendi partibus quaslibet pergas,
etc.
[196]
V. De gloria Confessorum, c. 66 et 67.
[197]
V. Lex Ripuariorum, tit. LXII, art. 1.
[198]
V. un article de M. le Blant, dans le Correspondant, juin 1838, p. 302
et suiv.
[199]
V. tit. LVIII.
[200]
V. notamment Langebock, Scriptores rerum Danicarum medii œvi, t. IV, p.
355.
[201]
V. Hist. Franc., lib. IX, c. 26.
[202]
V. ce testament, dans Pardessus, t. I, p. 81-84.
[203]
V. Vita sancti Mauri, dans les Bollandistes, au 15 janvier.
[204]
V. Vita sanctœ Consortiœ, virginis, dans Mabillon, Acta ss., sæc.
I.
[205]
V. Vita sancti Romarici, abbatis Habendensis, n° 4, ibid., sæc.
II.
[206]
V. Vita sancti Germani, episcopi urbis Parisiacœ, ibid., sæc. I.
[207]
V. canon 5, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 179.
[208]
V. Miracula sancti Martini, lib. III, c. 41.
[209]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IX, c. 38.
[210]
V. Vita sancti Sereni, dans Du Chesne, t. I, p. 655.
[211]
V. Vita sancti Desiderii, Cadurcensis episcopi, c. 5, dans Bouquet, t.
III, p. 528 et 529.
[212]
V. Formulœ, lib. II, n° 28.
[213]
C'est probablement une exécution de ce genre qui avait privé de la liberté
Sunnoveifa, femme d'une naissance distinguée, et que saint Remi affranchit par
son testament. V. ce testament, dans Pardessus, t. I, p. 83.
[214]
V. Frédégaire, Chronic., c. 20.
[215]
V. Marius d'Aventicum, Chronic., dans Du Chesne, t. I, p. 215.
[216]
V. Frédégaire, ibid., c. 68.
[217]
V. idem, ibid., c. 87.
[218]
V. Hist. Franc., lib. VII, c. 46.
[219]
V. Lex Saxonum, 15, 16 et 22.
[220]
V. le Domosday, passim.
[221]
V. Lex Saxonum, 17, 93, 107 et 134.
[222]
V. Lingard, Histoire d'Angleterre, trad. franç., t. I, p. 560, 561, 566
et 567.
[223]
V. Sancti Gregorii Magni Epistolœ, lib. V, 10.
[224]
V. Vita sanctœ Balthildis, Francorurn reginœ, scripta ab auctore anonyme
ejus œquali, n° 1, dans les Bollandistes, au 26 janvier.
[225]
V. Hist. Franc., lib. VII, c. 45.
[226]
V. Formulœ Sirmondicœ, n° 10.
[227]
V. notamment le testament de saint Remy, dans Pardessus, t. I, p. 81-84.
[228]
V. Code Théodosien, lib. XI, tit. III, c. 2 ; Code Justinien, lib. XI,
tit. LXII ;
Constitution de Justinien Ier relative aux servi et aux coloni,
n° 16, à la suite des Novelles.
[229]
V. Fortunat, Vita sancti Germani, dans Mabillon, Acta ss., sæc.
I.
[230]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. V, c. 3.
[231]
V. Marculf, Formulœ, lib. II, n° 36.
[232]
V. Hist. Franc., lib. VII, c. 29 et 46.
[233]
V. ibid., lib. IV, c. 47, lib. V, c. 49 et 50, lib. VI, c. 32.
[234]
V. les articles organiques de Childebert Ier, déjà cités, art. 13, dans
Pardessus, t. I, p. 173.
[235]
Cette législation est résumée dans les textes du Code Justinien cités
précédemment et dans les Novelles, XXXII-XXXIV, et CLVI-CLVII.
[236]
V. Code Théodosien, lib. XI, tit. III, c. 2 ; Code Justinien, lib. XI,
tit. LXVII.
[237]
Cette fraction du manse s'appelait mansellus.
[238]
V. De la formation de l'état social, politique et administratif de la France,
dans la Bibl. de l'école des chartes, 3e série, t. II, p. 4 et 5.
[239]
V. Vita sancti Germani, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.
Toutefois, le biographe de saint Serenus dit que ce personnage ne fut vendu que
cinq solidi ou sept cent soixante francs (v. Vita sancti Sereni,
dans Du Chesne, t. I, p. 655) ; mais cette vente eut lieu après une révolte,
c'est-à-dire dans un moment où quantité d'individus qui s'étaient compromis
subirent le même sort sine Serenus.
[240]
Telles sont à peu près les évaluations données par M. de Saulcy, dans un
article de la Revue numismatique, année 1836, p. 246 et 247.
[241]
V. Carmina, lib. VII, 4.
[242]
Le mot novalia n'a pas ici, comme dans Columelle et Virgile, le sens de
terres qu'on laisse reposer pendant un an, mais celui de terres qu'on rend à la
culture, comme dans les Décrétales (lib. V, c. 21) et la Vita sancti
Pirminii (n° 20, dans Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. II).
[243]
V. Carmina, lib. III, 12.
[244]
V. Carmina, lib. VII, 4.
[245]
V. ibid., lib. III, 10.
[246]
V. ibid., lib. X, 12.
[247]
V. ce testament, dans les Mém. de la société philomatique de Verdun, t.
III, p. 342 et 543.
[248]
V. Vita sancti Fidoli, abbatis Trecensis, n° 16, dans tes Bollandistes,
au 16 mai.
[249]
V. Grégoire de Tours, De gloria Confessorum, c. 1, et les biographies
des solitaires des Vosges que nous citerons plus loin.
[250]
V. ce testament, dans Pardessus, t. I, p. 82.
[251]
V. notamment Lex Ripuariorum, tit. XLII-XLIV et LXXII.
[252]
V. Les moines d'Occident, par M. le comte de Montalembert.
[253]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IV, c. 21 ; Gesta regum
Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 709. Ses restes portent encore
aujourd'hui le nom de forêt de Cuise.
[254]
V. Fredegarii continuat., I, c. 95.
[255]
V. Frédégaire, Chronic., c. 38 et 47 ; Gesta Dagoberti regis, n°
31, dans Du Chesne, t. I, p. 581 ; etc.
[256]
V. Carmina, lib. VII, 4.
[257]
V. Vita sancti Germani, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.
[258]
Vita sancti Columbani, auctore Jona, n° 15 et 27, ibid., sæc. II.
[259]
V. Vita sancti Carilefi, abbatis Anisolensis, auctore Siviardo, n° 14, ibid.
[260]
V. Hist. Franc., lib. X, c. 10. Les débris de ces animaux se rencontrent
encore parfois dans les Vosges ou leurs environs. On a découvert, il y a
quelques années, un squelette d'aurochs près d'Abreschwiller. On a trouvé dans
un affluent du Madon, et on conserve dans les collections du grand-séminaire de
Nancy l'os frontal, ainsi qu'une corne d'un de ces redoutables quadrupèdes ; et
on garde une autre corne dans le musée lorrain.
[261]
V. Carmina, lib. VII, 4.
[262]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. III, c. 19.
[263]
Nous ne voudrions d'autre preuve de cette assertion que la rareté, bien
constatée, des enfouissements de monnaies datant de la période mérovingienne.
V. Revue de la numismatique belge, 2e série, t. VI, p. 70.
[264]
Agathias, liv. I, édit. du Louvre, p. 13. — Nous remarquerons ici que les
renseignements fournis au sujet des Barbares par les historiens byzantins ne
sont pas sans valeur ; car ces historiens ont pu consulter plusieurs écrits
précieux que nous n'avons plus, et Agathias cite, au commencement de son
ouvrage, une histoire des Alamanni, composée par un italien nommé
Atinius Quadratus.
[265]
V. tit. LIII,
art. 11.
[266]
V. Hist. critique, t. IV, p. 274 et 275.
[267]
V. Critique générale et réfutations, par M. L. Aubineau, p. 111-120.
[268]
V. Vita sancti Mauri, abbatis, dans les Bollandistes, au 15 janvier.
[269]
V. Vita sancti Desiderii, Cadurcensis episcopi, c. 1, dans Bouquet, t.
III, p. 527.
[270]
V. Vita sancti Rigoberti, c. 1, dans les Bollandistes, au 4 janvier.
[271]
V. notamment Lingard, t. I, passim.
[272]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VI, c. 20 ; Fortunat, Carmina,
lib. IX, 16.
[273]
Carmina, lib. III, 17.
[274]
V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 863 et 864.
[275]
V. Secunda vita sancti Medardi, n° 7, dans les Bollandistes, au 8 juin.
[276]
V. Lex Ripuariorum, tit. XXXVI, art. 11. Voici les évaluations de cette loi :
|
Solidi |
Francs |
|
|
Un glaive,
avec son fourreau |
7 |
1 050 |
|
Un glaive,
sans fourreau |
3 |
450 |
|
Une bonne
cuirasse |
12 |
1 800 |
|
Un casque
complet |
6 |
900 |
|
De bons
jambards |
6 |
900 |
|
Un bouclier
et une lance |
2 |
300 |
|
Un épervier
non dressé |
3 |
450 |
|
Un épervier
dressé |
6 |
900 |
|
Un épervier mutatus (ayant mué
?) |
12 |
1 800 |
Le haut prix des armes ne doit pas nous étonner ; car
elles étaient souvent de la plus grande richesse, et il était d'usage d'orner
d'or et de pierreries les baudriers supportant le glaive. Nous en citons
quelques exemples dans notre livre, et nous y ajouterons les traits suivants.
Un inluster vir, nommé Attila, qui était employé dans le palais, remit à
saint Germain, évêque de Paris, pour en distribuer le prix aux pauvres, un
baudrier ampli ponderis ; et le comte Nicasius lui donna dans le même
but, puis racheta son baudrier et son glaive. V. Fortunat, Vita sancti
Germani, episcopi urbis Parisiacœ, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.
[277]
V. Hist. Franc., lib. VIII, c. 50.
[278]
V. Vitœ Patrum, c. XVIII, n° 2.
[279]
Beaucoup d'entr'eux administraient leur fortune avec ordre et économie, et
Gontran-Boson lui-même tenait soigneusement ses registres (regesta) de
recettes et de dépenses. V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IX, c.
10.
[280]
V. Paulin, In Eucharistia, vers 564-581.
[281]
V. la note XXII, à la fin du volume.
[282]
V. Vita sancti Metensis episcopi, n° 3, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. II.
[283]
V. Vita sancti Desiderii, Cadurcensis episcopi, dans Bouquet, t. III, p.
527.
[284]
V. quelques-unes de ses lettres et des vers de sa façon dans Du Chesne, t. I,
p. 850, 861, 863 et 864.
[285]
V. cette lettre, ibid., p. 861.
[286]
V. Carmina, lib. II, 14.
[287]
V. Benoît Picart, Histoire de Toul, p. 244 et 245. Différents manuscrits
de Fortunat nous offrent cependant la variante Trisaricus, qui ne s'éloigne pas
beaucoup du nom de l'évêque de Toul.
[288]
V. Du Chesne, t. I, p. 861.
[289]
V. Carmina, lib. VII, 20 et 21 ; Notices et extraits des manuscrits,
t. XII, 2e part., p. 99.
[290]
V. Carmina, lib. X, 22 et 23.
[291]
V. ibid., lib. VII, 1, 2, 3 et 4.
[292]
V. ibid., lib. X, 10 et 11 ; Notices et extraits, t. XII, 2e
part., p. 99 et 100.
[293]
Dialogue de Scaccario, lib. II, c. 26.
[294]
V. Souvenirs d'un voyage dans la Tartarie, le Thibet et la Chine, pendant
les années 1844, 1845 et 1846, par M. Huc, t. I, p. 161-165.
[295]
V. L'Empire Chinois, 2e édit., t. I, p. 435 et 436.
[296]
V. Etudes sur l'époque mérovingienne, t. II, p. 424.
[297]
V. Carmina, lib. VI, 4.
[298]
V. Histoire critique, t. IV, p. 115, 116 et 124.
[299]
V. Lex Salica, tit. XXXII, art. 17, tit. LXVI, art. 1.
[300]
V. le decretum de Childebert Ier, art. 8, dans Pardessus, t. I, p. 173.
[301]
V. De l'état des personnes en France sous les rois de la première race,
dans les Mém. de l'acad. des inscriptions, 2e série, t. VIII, p. 449,
450, 463, 464, 472 et suiv.
[302]
V. Histoire du droit romain au moyen-âge, trad, franç., t. I, p. 159.
[303]
V. Etudes sur l'époque mérovingienne, t. III, p. 248-258, 489 et 490.
[304]
V. De la formation de l'état social, politique et administratif de la France,
dans la Bibl. de l'école des chartes, 3e sévie, t. II, p. 4.
[305]
V. Hist. Franc., lib. VI, c. 45.
[306]
V. Chronic., c. 44 et 52.
[307]
V. ibid., c. 58.
[308]
V. ibid., c. 41, 44 et 55.
[309]
V. ibid., c. 52.
[310]
V. Vita sancti Columbani, n° 50, dans Mabillon, Acta ss., sæc.
II.
[311]
V. Vita sancti Arnulfi, Metensis episcopi, n° 2 et 5, ibid.
[312]
V. Vita sancti Erminonis, abbatis Laubiensis, n° 2, ibid., sæc.
III, part. I.
[313]
V. Vita sanct Leutfredi, abbatis Madriacensis, n° 2, ibid.
[314]
V. Vita sanctœ Rictradis, abbatissce Martianensis, auctore Hucbaldo,
dans les Bollandistes, au 12 mai.
[315]
V. Vita sanctœ Audoëni, Rotomagensis episcopi, dans Bouquet, t. III, p.
611.
[316]
V. Vita sancti Hermenlandi, abbatis Antrensis, n° 2 et 4, dans Mabillon,
ibid., sæc. III, part. I.
[317]
V. Vita sancti Arnulfi, n° 12, ibid., sæc. II.
[318]
V. Vita sancti Rudberti, episcopi Saltzburgensis, auctore anonymo fere
œquali, n° 2, ibid., sæc. III, part. I.
[319]
V. Vita sancti Corbiniani, episcopi Frisingensis, auctore Aribone, c.
20, ibid.
[320]
V. tit. XLVII,
art. 1, tit. XLIX,
art. 1.
[321]
V. Frédégaire, Chronic., c. 58.
[322]
V. idem, ibid., c. 48.
[323]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IV, c. 26. Theodechildis, que
Charibert épousa plus tard (idem, ibid.), était fille d'un berger, qui
devait également appartenir à la nation des Francs.
[324]
V. idem, ibid., lib. VI, c. 14.
[325]
V. Vita sancti Arnulfi, Metensis episcopi, c. 11, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II.
[326]
Par exemple, c'était, sans doute, à ce peuple qu'appartenait l'orfèvre
Grimoaldus, dont le nom est inscrit sur une plaque de ceinturon, en argent,
découverte dans le cimetière de Pompey.
[327]
V. Marculf, Formulœ, lib. I, n° 21.
[328]
V. Code Théodosien, lib. XIII, tit. I, c. 3 ; Code Justinien, lib. XI,
tit. I, c. 1,
tit. II, c. 1.
La Lex Ripuariorum n'emploie pas le mot litus (ou lidus) ;
elle se sert des expressions homo regius, homo ecclesiasticus,
etc., qui sont équivalentes.
[329]
Voici les paroles de ce savant écrivain : Franci, quotquot ingenui et liberi
erant, immunes erant ; servi non item, quorum in singula capita tributum
imponebatur.
[330]
V. Formulœ Sirmondicœ, n° 10.
[331]
V. aussi M. de Pétigny, Etudes sur l'époque mérovingienne, t. III, p.
252-268 ; Dom Liron, Singularités historiques et littéraires, t. I, p.
267-269.
[332]
V. tit. LIII,
art. 2.
[333]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. V, c. 7 et 12 ; Lex
Ripuariorum, tit. XXXI
et XXXVI.
[334]
Nous avons compté jusqu'à dix-sept noms grecs dans les catalogues épiscopaux de
Trèves, Metz, Toul, Verdun, Cologne, Maëstricht, Reims et Châlons (de l'année
401 à l'année 750).
[335]
V. Vita sancti Goaris, n° 17, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.
[336]
Apparemment du mot βαναυσος, artisan,
ouvrier. V. Vita sanctœ Radegundis, auctore Baudonivia, n° 20, dans
Mabillon, ibid., sæc. I.
[337]
V. Vita sanctœ Genovefœ, virginis, c. 6, dans les Bollandistes, au 3
janvier.
[338]
V. Vita sancti Severi, abbatis Agathensis, n° 3, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I.
[339]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. X, c. 26.
[340]
V. Epistolœ, lib. I, 8.
[341]
V. Hist. Franc., lib. VII, c. 51.
[342]
V. Vita (seconda) sancti Maximini, abbatis Miciacensis, n° 20, dans
Mabillon, Acta ss., sæc. I.
[343]
V. Vita sancti Columbani, n° 41, ibid., sæc. II. Cette femme
était née en Orient et avait épousé un syrien.
[344]
V. Hist. Franc., lib. VIII, c. 1.
[345]
Il y en avait même dans des vici peu importants, et l'on a récemment
essayé de prouver que la communauté juive de Vitry (Victoriacum) avait
une origine extrêmement ancienne.
[346]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VI, c. 5, lib. VII, c. 23.
[347]
V. idem, ibid., lib. V, c. 11.
[348]
V. idem, ibid., lib. VII, c. 23.
[349]
V. Code Justinien, lib. I, tit. IX et X.
[350]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. V, c. 11 ; De gloria
Martyrum, c. 22 ; Miracula sancti Martini, lib. III, c. 50.
[351]
V. Vita sancti Germani, episcopi urbis Parisiacœ, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I.
[352]
V. Epistolœ, lib. VII, 115 et 116.
[353]
V. le prœceptum de Childebert, fils de Clovis Ier, contre les
superstitions et le paganisme, dans Pardessus, t. I, p. 113.
[354]
V. l'edictum de Clotaire, art. 10, ibid., p. 193-197.
[355]
Ce sacramentaire est conservé à la bibliothèque impériale, mss. latins, n°
2294. M. L. Delisle l'a décrit dans les Mémoires de la société des
antiquaires de France, t. XXIII, p. 165-171.
[356]
V. De gloria Confessorum, c. 59.
[357]
V. notamment Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VI, c. 31, et la Regula
Magistri, c. 81.
[358]
Cette robe a été décrite par M. l'abbé Deblaye, dans le Journal de la
société d'archéologie lorraine, année 1854, p. 83-104.
[359]
Cette miniature est reproduite dans les Capitularia de Baluze.
[360]
V. Vita sanctarum Harlindis et Reinulœ, abbatissarum Eihensium, n° 5,
dans Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. I. Cette vie a été écrite au
IXe siècle. Du mot creare est venu le verbe populaire français craier,
qui signifie marquer à la craie ou blanchir.
[361]
V. Vita sancti Corbiniani, episcopi Frisingensis, C. 22, dans Mabillon, ibid.,
sæc. III, part. I.
[362]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. III, c. 36.
[363]
V. ibid., lib. IV, c. 47.
[364]
V. ibid., lib. X, c. 10.
[365]
V. Frédégaire, Chronic., c. 58.
[366]
V. Vita sancta Rigoberti, Remensis episcopi, dans les Bollandistes, au 4
janvier.
[367]
V. la note XLV, à la fin de notre tome IV.
[368]
Folio 66, cité dans l'Histoire de Metz, t. I, p. 505. Il est inutile
d'expliquer ici pourquoi nous interprétons autrement que les auteurs de cet
ouvrage les mots balneum prandere.
[369]
Quelques seigneurs entretenaient même des bains publics, dont ils tiraient un
assez bon revenu. V. Histoire de Provins, par M. Bourquelot, t. I, p.
277-279.
[370]
V. Benoît Picart, Pouillé ecclésiastique et civil du diocèse de Toul, t.
II, p. 118.
[371]
V. Eckhard, Commentarii de rebus Franciœ orientalis, t. I, p. 391.
[372]
V. le diplôme de Dagobert, dans Pardessus, t. II, p. 167.
[373]
Justinien Ier avait même été obligé d'interdire aux évêques et aux prêtres
d'assister aux jeux du cirque et de l'amphithéâtre. V. Code Justinien,
II. I, tit. IV,
c. 34.
[374]
V. ce diplôme, dans Bouquet, t. IX, p. 542.
[375]
V. Guerre des Goths, liv. III, c. 33.
[376]
V. ce canon, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 106.
[377]
V. ce fragment, dans la Bibliothèque de l'école des chartes, 1re série,
t. I, p. 515-534.
[378]
V. le livre I, canon 83, dans Labbe, Concilia, t. VII, col. 1361.
[379]
V. cette constitutio, dans Sirmond, ibid., t. I, p. 300.
[380]
V. la note XXIII, à la fin du volume.
[381]
V. Hist. Franc., lib. VIII, c. 3.
[382]
V. un fragment du testament d'Erminethrudis dans Pardessus, t. II, p. 255-258.
[383]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IX, c. 38.
[384]
V. Miracula quœdam sancti Theodorici, abbatis Remensis, n° 1, dans
Mabillon, Acta ss., sæc. I.
[385]
V. Grégoire de Tours, Miracula sancti Martini, lib. III, c. 3 ; Vitœ
Patrum, c. XVIII, n° 2.
[386]
V. idem, Hist. Franc., lib. V, c. 29 ; De gloria Martyrum, c. 24.
[387]
V. idem, Miracula sancti Juliani, c. 35 ; lettre de saint Paul, évêque
de Verdun, à saint Didier, évêque de Cahors, dans Du Chesne, t. I, p. 885.
[388]
V. Hist. Franc., lib. VII, c. 30.
[389]
V. Chronic., c. 40. On écrivait même quelquefois des livres entiers sur
des tablettes de cire, et la vie de saint Boniface fut d'abord rédigée in
cercis tabulis par saint Willibaldus, évêque d'Aichstadt.
[390]
V. Fortunat, Vita sancti Germani, episcopi urbis Parisiacœ, dans
Mabillon, ibid., sæc. I.
[391]
V. une lettre de Brunehaut à son petit-fils Athanagild dans Du Chesne, t. I, p.
867.
[392]
V. un diplôme d'Irmina dans Pardessus, t. II, p. 252 et 253.
[393]
V. le troisième continuateur de Frédégaire, c. 110.
[394]
V. Vita sancti Arnulf, Metensis episcopi, n°
23, dans Mabillon, ibid., sæc. II. V. aussi la note XXVII, à la fin de
notre tome III.
[395]
V. Vita sancti Corbiniani, episcopi Frisingensis, c. 35, ibid.,
sæc. III, part. I.
[396]
V. Hist. Franc., lib. V, c. 29, lib. IX, c. 20.
[397]
V. Fredegarii continuat., II, c. 106.
[398]
V. notamment une lettre de Mappinius, métropolitain de Reims, à saint Nicetius
de Trèves, dans Du Chesne, t. I, p. 858 et 859.
[399]
V. l'inscription funéraire du vicaire Hlodericus, dans les Inscriptions
chrétiennes de la Gaule, par M. le Blant, t. I, p. 369-371.
[400]
V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 862.
[401]
V. ces diverses pièces, dans Pardessus, t. I, p. 171-174, 228 et 229, t. II, p.
141, 142, 196 et 197. Nous devons cependant faire observer que Asclepiodotus,
qui fut référendaire ou chancelier de Childebert Ier, avait une manière de
marquer le temps un peu différente de celle des Romains. Ainsi, à la fin des
articles organiques dont nous avons déjà parlé plusieurs fois, et pour indiquer
le 2 mars, il a mis : Datum II kal, marcias ; ce qui est fautif.
Asclepiodotus aurait dû écrire : Datum VI nones marcias ; car il s'agit
bien certainement du 2 mars, puisque les dernières prescriptions de ce decretum
avaient été arrêtées le 1er mars, kal. mar. V. Pardessus, t. I, p. 173.
[402]
V. tous ces diplômes, ibid., t. II, p. 212, 213, 252, 253, 263, 264,
268, 269, 273, 274, 280, 334, 335, 337, 338, 359, 364, 365, 368, 369, 379, 382,
383, 406 et 408-411.
[403]
V. tit. LXVIII,
art. 1.
[404]
V. Hist. Franc., lib. V, c. 34, et passim.
[405]
V. De gloria Confessorum, c. 50 ; Miracula sancti Martini, lib.
II, c. 46 ; Vitœ Patrum, c. IX, n° 3.
[406]
V. Miracula sancti Juliani, c. 18.
[407]
V. Hist. Franc., lib. III, c. 28 ; De gloria Martyrum, c. 76 ; Vitœ
Patrum, c. VI, n° 6. Ou trouve aussi, mais seulement dans le voisinage de
la Grande Germanie, quelques mentions d'une mesure itinéraire nommée rasta (v.
Du Cange, Glossarium, hac voce), qui valait deux lieues gauloises ou
trois milles romains.
[408]
V. idem, Hist. Franc., lib. V, c. 29.
[409]
V. divers diplômes des années 678, 701, 706, 708 ou 709, 713 ou 714, 718 et
726, dans Pardessus, t. II, p. 311 ; dans Calmet, Hist. de Lorr., 1re
édit., t. I, preuv., col. 262, 263 et 272, et dans J. de l'Isle, Histoire de
l'abbaye de Saint-Mihiel, p. 425 et 426.
[410]
V. notamment le chapitre 22 de la règle que saint Chrodegang, évêque de Metz,
rédigea pour les chanoines de son église.