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En
assurant à Childebert la possession de ses états, Gontran avait stipulé
qu'après la mort de ce prince, évènement qui devait alors paraître fort
éloigné, les royaumes d'Austrasie et de Bourgogne seraient séparés de nouveau
; que Théodebert régnerait sur le premier, et que le second appartiendrait à
Théodoric ou Thierry. La fin prématurée de Childebert donna ouverture à cette
espèce de partage. Théodebert devint roi d'Austrasie et fut, conduit 41ans le
palais de Metz ; Thierry fut proclamé roi de Bourgogne, et la ville d'Orléans
obtint le titre de capitale, quoique Gontran eut ordinairement résidé dans le
palais de Châlons-sur-Saône ; mais l'extension considérable prise par le
royaume de Bourgogne vers l'ouest et vers le nord-ouest avait rendu ce
changement nécessaire. Aucun
document contemporain ne nous apprend quelles furent, au juste, les bases du
partage ; mais on sait toutefois que les frontières des deux royaumes ne
demeurèrent pas telles qu'elles étaient pendant la vie de Gontran et de
Childebert. Ainsi, la civitas d'Argentoratum, qui avait
jusqu'alors dépendu de l'Austrasie, fut en tout ou partie attribuée à la
Bourgogne[1]. Ainsi, une portion de la Maxima
Sequanorum, qui avait été occupée par les Alamanni, fut également donnée
à Thierry, dont les prédécesseurs possédaient le reste de cette province[2]. Il parait que l'on attribua
semblablement au second fils de Childebert le diocèse de Châlons-sur-Marne,
trois pagi de celui de Toul[3], et les civitates
situées à l'ouest de Reims et de Laon, qui avaient appartenu, en dernier
lieu, au royaume d'Austrasie. Enfin, Thierry fut mis en possession de tous
les pays qui bordaient la Méditerranée depuis la Septimanie jusqu'aux
frontières de l'Italie[4]. Cependant Théodebert conserva
quelques-unes des cités les plus voisines des Alpes, comme le prouve une
lettre que le pape saint Grégoire adressa aux deux fils de Childebert, pour
les prier de réparer les dommages qui avaient été commis dans plusieurs paroisses
du diocèse de Turin, lesquelles dépendaient de leurs états[5]. Brunehaut,
ne pouvant garder près d'elle ses deux petits-fils, demeura dans le royaume
d'Austrasie, où elle résidait depuis si longtemps, et qui jouissait, ainsi
que nous l'avons démontré, d'une sorte de suprématie sur les autres royaumes
Francs, et comme Thierry était encore un enfant[6], elle chargea du gouvernement
de la Bourgogne le maire du palais Warnacharius et Syagrius évêque d'Autun.
Au reste, elle jouissait d'une égale autorité dans les deux états, et l'on
n'y prenait aucune mesure importante sans son autorisation. Ces
arrangements étaient à peine terminés, lorsque Frédégonde, espérant profiter
des embarras inséparables d'un changement de rois et d'une régence, assembla
l'armée de Neustrie ; puis, sans se donner la peine de déclarer la guerre,
elle envahit les pays les plus rapprochés du royaume de son fils et s'empara
de la ville de Paris[7]. Rien n'était préparé pour
repousser une pareille attaque, et les progrès des Neustriens furent
extrêmement rapides. Brunehaut finit cependant par réunir une partie des
forces de la Bourgogne et de l'Austrasie, et les deux armées se rencontrèrent
près d'un lieu qui dans les manuscrits et les éditions de Frédégaire porte le
nom de Latofao, mais qui s'appelait plus probablement Lucofao (ou le bois
des hêtres).
Quelques historiens ont cru qu'il fallait chercher ce lieu dans le diocèse de
Sens. D'autres écrivains, dont l'opinion a été adoptée par les auteurs de l'Art
de vérifier les dates[8], ont soutenu que Latofao,
Lucofao ou Leucofao n'est autre que le village de Lafaux, près de
Chavignon, entre les villes de Laon et de Soissons. Mais nous préférons nous
ranger à l'avis de l'abbé le Beuf, qui prétend retrouver Lueofao (par
abréviation Lufao)
dans le bourg de Li Fou, autrefois Lufaus[9], situé au sud-ouest de
Neufchâteau, entre cette ville et Chaumont-en-Bassigny[10]. Il est une observation qu'il
ne faut jamais perdre de vue quand on recherche le lieu où se choquèrent deux
armées : c'est que toutes les batailles importantes ont été livrées à
proximité d'une grande route, parce que les armées, si légers que soient
leurs bagages, ne peuvent pas marcher à travers champs, ni même sur de
simples chemins. On a vu que, d'après Frédégaire, les troupes neustriennes
avaient occupé plusieurs civitates appartenant soit à la Bourgogne,
soit à l'Austrasie, notamment la cité de Paris, et il faut par conséquent
chercher Latofao ou Lucofao au midi ou à l'est de cette ville.
Frédégaire ne dit pas que l'armée de Neustrie ait pris le parti de la
retraite, après avoir obtenu d'aussi remarquables succès, ni qu'elle ait
reculé jusqu'au-delà de Soissons. D'un autre côté, elle eut le temps de faire
de nouveaux progrès et de s'avancer plus loin, avant que les armées de
Brunehaut fussent prêtes à combattre. Cela posé, il ne nous semble pas
impossible d'admettre que les généraux de Frédégonde aient formé le projet
d'empêcher la jonction des Austrasiens, lesquels devaient s'assembler près de
Metz ou de Toul, et des Bourguignons, dont l'armée se réunissait probablement
dans la vallée de la Saône, et qu'ils aient, à cet effet, marché vers le
sud-est, suivant d'abord la grande voie qui conduisait de Reims à Metz et
traversait les villes de Nasium et de Toul, puis prenant une route
secondaire, laquelle se détachait de la précédente à Nasium, passait à
Grandesina et se rattachait, près de Noviomagus (Neufchâteau), à la voie de Langres à Metz.
C'était sur cette dernière que la jonction des Austrasiens et des
Bourguignons devait s'opérer, soit entre Mosa (Meuvy) et Noviomagus, soit
entre cette ville et la cité de Toul, et Li Fou se trouve précisément dans le
voisinage de Noviomagus, et dans le lieu où l'on pouvait plus
facilement entraver cette jonction. Cl semble toutefois résulter du texte de
Frédégaire qu'elle s'effectua, car il dit que les troupes de Théodebert et de
Thierry en vinrent aux mains avec celles de Clotaire, et qu'elles furent
défaites comme à Trucciacum[11]. Aucune tradition n'a conservé
de renseignements précis sur la position du champ de bataille ; mais il
existe à l'ouest de la Meuse, entre Li Fou et la voie de Langres à Metz, une
vaste plaine, où des armées considérables pouvaient manœuvrer à l'aise, et
tout porte à croire que le choc des Austrasiens, des Bourguignons et des
Neustriens eut lieu dans cette plaine et un peu au midi de Li Fou. L'historien
qui nous fait connaître l'issue de ce choc ne nous apprend pas quels furent
les résultats de la guerre. Il est vraisemblable qu'après la bataille de
Latofao, comme après celle de Trucciacum, les Neustriens vainqueurs
furent déconcertés par la supériorité numérique de l'ennemi, et qu'ils ne
poussèrent pas plus loin leur invasion en Austrasie. On ne voit, en effet,
nulle part qu'ils se soient avancés au-delà de Latofao, et nous présumons qu'ils
retournèrent sur leurs pas et regagnèrent leur pays par Grandesina,
Nasium, Caturices, Fanum Minervœ et Reims. Néanmoins, ils restèrent en
possession des villes qu'ils avaient conquises dans les vallées de l'Isara
(l'Oise) et de la Seine, et ils les
conservèrent jusqu'à l'année 600[12]. Frédégonde
ne survécut pas longtemps à sa victoire : elle mourut en 597 et fut inhumée
dans l'église de Saint-Germain-des-Prés, qui était alors sous le vocable de
saint Vincent. Brunehaut, délivrée enfin d'une ennemie aussi implacable,
songea à tirer parti de cet évènement et à reprendre le terrain qu'elle avait
perdu ; mais d'autres soins absorbèrent d'abord son attention, et, comme nous
venons de le dire, les choses demeurèrent dans le même état jusqu'à la
dernière année du VI° siècle. Brunehaut
avait plus d'un embarras à surmonter. Le khan des Abares avait voulu, comme Frédégonde,
profiter de la mort de Childebert, et son innombrable cavalerie avait fait
des courses dans la Grande Germanie. La reine d'Austrasie, qui
jugeait-impossible, pour le moment, de lutter avec avantage contre le prince
barbare, traita avec lui et en obtint la paix à des conditions qui ne nous
sont pas connues. Elle traita aussi avec le roi des Lombards et renouvela ou
confirma la convention conclue par Childebert, peu d'années auparavant. Mais,
si les difficultés étaient grandes à l'extérieur, elles étaient plus
menaçantes encore à l'intérieur. Les leudes austrasiens, qui vivaient courbés
depuis longtemps sous la main de fer de la régente, supportaient avec
impatience un pareil état de choses et complotaient continuellement pour
ressaisir leur ancienne autorité. Brunehaut, de son côté, ne tenait pas assez
de compte de la disposition des esprits et redoublait de rigueur pour
étouffer tout germe de révolte. C'est alors qu'elle fit périr Winthrio, duc
de Campania[13]. Les prétextes ne manquaient
pas. On pouvait, en effet, accuser Winthrio d'avoir laissé surprendre son
armée à Trucciacum, et si, comme la chose est probable, il commandait
encore les Austrasiens à Latofao, le résultat de la bataille n'était
pas de nature à effacer le souvenir de sa première faute. On
rapporte la mort de Winthrio à l'année 598[14], et le supplice de ce
malheureux duc, loin de retarder l'explosion que Brunehaut redoutait, ne
servit qu'à la rendre plus prompte. Les seigneurs d'origine Franque
comprirent qu'il fallait soit périr comme Winthrio, soit obéir à toutes les
volontés de la régente. Plusieurs d'entr'eux étaient offusqués de la
prédilection qu'elle montrait pour les mœurs et l'administration romaines, et
ils redoutaient, non sans raison, de voir les rois s'arroger à l'égard des
Francs l'autorité qu'ils avaient déjà sur les Gallo-Romains, comme
lieutenants des empereurs. Dès lors, on mit tout en œuvre pour perdre
Brunehaut, et on alla jusqu'à répandre une prétendue prophétie des sibylles,
que Frédégaire rend en latin de la manière suivante : Veniet Bruna de
partibus Spaniœ, ante cujus conspectum mulles gentes peribunt[15]. Enfin, l'année 599 vit éclater
en Austrasie une révolte, sur laquelle l'histoire ne nous a laissé aucun
renseignement. Frédégaire nous apprend seulement que Brunehaut fut abandonnée
de tout le monde, et qu'elle errait seule dans la Campania Arciacensis,
c'est-à-dire dans tes plaines voisines d'Arcis, cherchant probablement à
rejoindre son fils Thierry, lorsqu'elle fut rencontrée par un pauvre homme,
qui en eut compassion et la conduisit dans le lieu où le roi de Bourgogne
résidait alors. Thierry accueillit sa mère avec le plus grand empressement,
et la princesse parvint immédiatement à reprendre en Bourgogne la position
qu'elle venait de perdre en Austrasie. Aussi reconnaissante que vindicative,
elle procura à l'individu qui l'avait menée près de son fils l'évêché
d'Auxerre, lequel devint vacant peu de temps après[16] ; et par conséquent cet évêque
improvisé doit être Desiderius, qui remplaça Aunacharius, dont il a été parlé
plus haut[17]. L'expulsion
de Brunehaut n'entraîna heureusement pas de rupture entre les deux royaumes.
Aïeule des rois de Bourgogne et d'Austrasie, la princesse sentit qu'il était
nécessaire de dissimuler momentanément la colère que lui causait un pareil
affront. D'un autre côté, les Austrasiens avaient, après cette espèce de
révolution, confié les fonctions de maire du palais à Gundulfus, homme de
mérite et d'expérience, que nous avons déjà mentionné plus d'une fois, et qui
sentit combien l'union et la concorde importaient à la grandeur des deux
états[18]. L'histoire
de l'administration de Brunehaut depuis sa retraite en Bourgogne n'appartient
pas à notre sujet ; mais nous ne pouvons nous dispenser de dire que cette
administration fut aussi heureuse qu'habile. La régente rétablit quelques
institutions d'origine romaine que le malheur des temps avait détruites ;
elle répara les voies, les ponts et les forteresses, et, vers la fin du Xe
siècle, le chroniqueur Aimoin s'émerveillait en considérant le nombre et la
grandeur des travaux que l'on attribuait à cette femme, tant en Austrasie
qu'en Bourgogne[19]. Plusieurs portent même encore
son nom[20]. Saint
Grégoire n'était que l'écho de l'opinion publique, lorsqu'il décernait à
Brunehaut les louanges que divers écrivains se sont étonnés de rencontrer
dans les lettres de l'illustre pontife[21]. Elle profita de l'estime que
le pape lui accordait pour terminer, par son entremise, une affaire dont la
conclusion était devenue difficile depuis que Childebert avait manqué de
parole à Maurice. Il s'agissait d'engager l'empereur à concéder définitivement
au roi de Bourgogne la propriété de certaines villes situées sur le versant
méridional des Alpes, et qui, faisant partie de l'ancienne préfecture d'Italie,
n'avaient jamais été comprises dans les cessions territoriales consenties au
profit des Mérovingiens[22]. Le
pape, de son côté, se prévalait des services qu'il rendait à Brunehaut pour
travailler, avec plus d'autorité, au rétablissement de la discipline
ecclésiastique dans les Gaules. C'est ainsi que, en lui annonçant qu'il
vient, sur sa demande, d'accorder le pallium à Syagrius, évêque
d'Autun et un des ministres de la princesse, il la prie de détruire jusqu'aux
derniers vestiges de la simonie et de surveiller de très-près les
schismatiques et les idolâtres[23]. Dans une autre circonstance,
il la supplie de ne plus permettre que de simples laïques soient élevés à
l'épiscopat ; il revient sur ses recommandations relativement à la simonie,
et il appelle l'attention de la régente sur la situation des esclaves chrétiens
qui appartenaient à des juifs[24]. Plus tard, il renouvelle ses
exhortations au sujet des poursuites à exercer contre les simoniaques ; il
invite Brunehaut à faire assembler un concile[25], et il la conjure de châtier
les prêtres ou, pour mieux dire, les évêques (sacerdotes) qui menaient une vie indigne de
leur caractère sacré[26]. Quelquefois il lui parle
d'autres sujets : il lui annonce l'envoi de reliques des saints apôtres
Pierre et Paul[27] ; il lui recommande tantôt le
moine Augustin, qu'il envoyait dans la Bretagne pour travailler à la
conversion des Anglo-Saxons, lesquels avaient conquis la plus grande partie
de cette île[28] ; tantôt un individu nommé
Hilarius, qui craignait d'avoir encouru la colère royale[29]. Les
lettres que le saint pontife écrivit aux rois Théodebert et Thierry sont
moins nombreuses, et, comme les précédentes, elles ont pour but d'engager les
deux princes à protéger le moine Augustin et l'économe Candidus, à poursuivre
les simoniaques, à ne plus donner les évêchés à des laïques, et à interdire
aux juifs de posséder des esclaves chrétiens[30]. Une seule de ces épîtres est
relative à la politique : c'est la lettre neuvième du livre onzième, dans
laquelle saint Grégoire loue Thierry de son respect pour l'Empire, lui
affirme que c'est le moyen le plus sûr de régner en paix et lui promet de
l'avertir, en temps convenable, de ce qui pourra lui être utile[31]. Mais, tout en recommandant aux
rois de Bourgogne et d'Austrasie de cultiver l'amitié de l'empereur, tout en
leur rappelant la position secondaire des rois fédérés, il n'hésite pas à
leur dire, comme il l'avait précédemment déclaré à Childebert et à Brunehaut[32], que leurs royaumes sont les
premiers parmi les royaumes barbares[33]. L'Austrasie
était, en effet, parvenue, vers la fin du règne de Childebert, à un haut
degré de puissance et de gloire. Malgré les défaites que l'armée de ce
royaume avait éprouvées à Trucciacum et à Latofao, on le
regardait généralement comme investi d'une sorte de primauté sur la Neustrie
et la Bourgogne, et les monarchies des Wisigoths et des Lombards ne pouvaient
lui être comparées. Les deux défaites que nous venons de rappeler avaient
cependant jeté quelque nuage sur cette gloire, et la fierté des Austrasiens
exigeait une revanche éclatante. Ce sentiment se trouvait trop d'accord avec
les vues ambitieuses de Brunehaut et la soif de vengeance dont elle était
dévorée, pour que la paix régnât longtemps dans la Gaule. La princesse,
malgré son ressentiment contre les leudes austrasiens, s'entendit avec eux,
et, au printemps de l'année 600, les armées des deux royaumes s'avancèrent
vers les frontières de la Neustrie. L'attente des peuples était vivement
excitée par les prodiges qui avaient été vus dans le ciel. Des signes de
cette nature et une comète avaient déjà répandu une sorte de terreur en 595 ;
mais, en 599 et en 600, on aperçut des globes de feu, qui parcouraient le
ciel, et l'occident parut comme hérissé d'une forêt de lances[34]. Malgré
les expressions ambiguës de Frédégaire, on peut être assuré que les deux rois
ne conduisaient pas eux-mêmes leurs armées ; car Théodebert avait seulement
quatorze ans, et Thierry était plus jeune d'une année. Clotaire II, qui avait
près de seize ans, paraît avoir lui-même commandé les Neustriens[35]. Il prit position dans la civitas
de Sens, et probablement près du palais royal de Massolacus, Mansolacum
ou Mansolagum, situé à une lieue de cette ville[36] ; ce qui démontre que, depuis
la bataille de Latofao, il était resté maître des cités du centre qu'il avait
alors enlevées à l'Austrasie et à la Bourgogne. L'armée
de Théodebert et de Thierry suivit la grande voie qui conduisait de Sens à
Paris, par Condate (Montereau), où l'on traversait la Seine, et par Melodunum
(Melun). Clotaire, effrayé à la vue des
troupes nombreuses qui marchaient contre lui, prit le parti de reculer.
Prévenu par l'ennemi au passage de Condate, il se jeta à gauche, afin
de franchir la Lupa (le Loing), dans les environs de Moret, et d'opérer sa
retraite sur Paris, en côtoyant la rive gauche de la Seine ; mais les
Austrasiens et les Bourguignons le suivirent de près, l'atteignirent dans le
vallon qu'arrose la petite rivière d'Orvanne et le forcèrent à combattre,
avant qu'il eût eu le temps de mettre le Loing entr'eux et lui. Un coup-d'œil
jeté sur une carte un peu détaillée suffit pour rendre compte de ces divers
mouvements. La rivière d'Orvanne[37], qui portait alors le nom d'Aroanna,
coule d'abord presque parallèlement à la Seine, dont elle est très-peu
éloignée, et elle se jette dans le Loing, à une faible distance du lieu où
celui-ci mêle lui-même ses eaux avec celles du fleuve. Sur la rive
méridionale de l'Aroanna s'élevait un vicus appelé Doromellum,
qui est maintenant un village nommé Dormelle ou Dormeilles. Le choc des deux
armées eut lieu dans une plaine assez vaste, qui s'étend vers l'orient et
vers le nord[38]. Les Neustriens essuyèrent une
défaite complète, et le carnage fut si grand, que, au témoignage de l'auteur
du Gesta regum Francorum, le lit de l'Aroanna fut encombré par les
cadavres, et que les eaux ne trouvèrent plus un passage que
très-difficilement[39]. Clotaire s'enfuit avec les
débris de son armée, passa le Loing, parvint à franchir la Seine, vis-à-vis
de Melun, traversa rapidement cette ville et gagna Paris. Il n'y fut pas
longtemps tranquille : les Austrasiens et les Bourguignons s'avançaient avec
rapidité le long de la Seine, ravageant tout sur leur route, pour punir,
disaient-ils, les habitants des cités du centre de s'être déclarés en faveur
de Clotaire, quelques années auparavant. A l'approche de l'ennemi, Paris fut
évacué, et le roi de Neustrie, suivant la rive droite de la Seine, chercha un
refuge dans la vaste forêt d'Arelaunum, qui se trouvait près de
l'embouchure du fleuve, et qu'il ne faut pas confondre avec celle dont nous
avons parlé précédemment[40]. Clotaire s'y fortifia au moyen
d'abatis, qui ôtèrent à l'ennemi l'envie de l'attaquer ; mais il laissait de
la sorte tout son royaume à la merci de ses adversaires. Une pareille
situation ne pouvait durer, et Clotaire fut obligé de demander la paix. Il
l'obtint aux conditions les plus dures. Il céda à Thierry toutes les civitates
comprises entre la Loire et la Seine jusqu'à la mer et au pays des Bretons,
et il abandonna à Théodobert II le ducatus Dentelini, qui s'étendait
dans la vallée de l'Isara (l'Oise), dans celle de la Seine jusqu'à son embouchure, et
contenait cinq diocèses, plus ou moins vastes[41]. Grâce à toutes ces cessions,
le royaume de Clotaire se trouva extrêmement réduit, et Frédégaire assure
qu'il ne se composait que de douze pagi, enfermés entre la mer, la Seine et
l'Isara[42]. Nous pensons que par le mot
pagi l'historien n'a pas voulu désigner des civitates[43] ou diocèses, mais de simples
subdivisions, et, si notre conjecture est fondée, les douze pagi devaient
former les six diocèses de Bellovaci (Beauvais), Ambiani (Amiens), Noviomagus (Noyon), Airebates (Arras), Taruenna (Térouanne) et Camaracum (Cambray), et encore une portion de ce
dernier diocèse pouvait bien appartenir à l'Austrasie. L'heureuse
issue de la guerre que les deux fils de Childebert venaient de faire à la
Neustrie leur révéla leur force, et, s'ils avaient su demeurer unis, personne
n'aurait pu leur résister. Les Wascones ou Gascons, lesquels ne
voulaient reconnaitre l'autorité ni des Mérovingiens, ni des rois wisigoths,
ne tardèrent pas à en faire l'expérience. Non contents de rester libres dans
leurs montagnes, où l'on ne pensait pas à les attaquer, ils voulurent s'étendre
dans la plaine et s'emparèrent des villes les plus voisines des Pyrénées.
Leur audace fut punie, et, en 602, une armée nombreuse, formée d'austrasiens
et de bourguignons, les attaqua, les battit et les força à reculer.
Théodebert et Thierry leur accordèrent cependant la paix ; mais ils les
soumirent à un tribut annuel et leur imposèrent pour chef, sous le titre de dux,
un gallo-romain nommé Genialis[44]. La même
année, les deux rois songèrent à tourner leurs armes contre le khan des
Abares, et ils cherchèrent, par l'entremise du pape saint Grégoire-le-Grand,
à s'entendre, dans ce but, avec l'empereur Maurice, qui n'avait pas moins à
se plaindre qu'eux-mêmes des entreprises et des incursions de ces barbares.
Mais la mort de Maurice, qui arriva le 27 novembre 602, interrompit la
négociation. En 604,
la guerre recommença avec la Neustrie ; Clotaire ne pouvait se résigner à la
position secondaire où il se trouvait depuis la bataille de Doromellum,
et il faisait en secret Vites préparatifs belliqueux. Son royaume était, à la
vérité, extrêmement réduit, par suite des cessions territoriales auxquelles
ses cousins l'avaient obligé de consentir ; mais la plupart des Saliens
habitaient les civitates qu'il avait gardées, et cette nation était
alors en état de fournir un contingent considérable et d'une bravoure
éprouvée. H fut même en mesure de former deux armées : l'une s'établit sur
les frontières de l'Austrasie, pour surveiller les mouvements de Théodebert ;
l'autre, traversant le ducatus Dentelini, franchit la Seine et se jeta
sur les civitates situées entre ce fleuve et la Loire, et qui
appartenaient à Thierry. Bertoaldus, maire du palais de Bourgogne, parcourait
alors ce pays, mais il n'avait avec lui qu'une escorte de trois cents hommes,
et il était par conséquent incapable de rien entreprendre. L'armée ennemie
était commandée par Landericus, maire du palais de Neustrie, et cet habile
générai s'était fait accompagner de Mérovée, fils de Clotaire, qui était
encore un petit enfant, mais que l'on voulait montrer aux peuples. Landericus
ne rencontra pour ainsi dire aucune résistance, et Bertoaldus eut à peine le
temps de chercher un refuge dans la ville d'Orléans, où il fut accueilli par
l'évêque, saint Austrinus. Landericus investit la cité, et, tous les jours,
il engageait le maire de Bourgogne à sortir avec ses soldats et à en venir
aux mains. Mais Bertoaldus ne voulait consentir qu'à un combat singulier, et,
comme Landericus refusait à son tour, son adversaire lui dit : « L'armée du
roi mon maitre ne tardera pas à arriver et à te livrer bataille. Ce jour-là,
revêtons tous deux des habits rouges ; il nous sera facile de nous
reconnaître au milieu de la mêlée, et l'on verra quel est le plus brave. » Thierry
avait appris, en effet, le 44 novembre, l'invasion des Neustriens, et il
n'avait pas perdu un instant pour réunir ses troupes. Mais quelques-uns des
contingents devaient venir de fort loin, et ce fut seulement le 25 décembre
qu'il atteignit, près du vicus de Stampœ (Etampes), l'armée neustrienne, qui avait
levé le siège d'Orléans et opérait sa retraite par la grande voie conduisant
de cette ville à Paris. Il fallait, près de Stampœ, traverser la
petite rivière de Loa (le Loë) sur un pont fort étroit. Landericus, ayant laissé passer environ
le tiers de l'armée bourguignonne, commença le combat. Bertoaldus, vêtu de
rouge, comme il l'avait promis, se tenait au premier rang, appelant à grands
cris Landericus, qui se garda de lui répondre, et le maire de Bourgogne tut
accablé par le nombre[45]. Néanmoins, sa mort ne procura
pas la victoire aux Neustriens. Thierry acheva de faire défiler ses troupes
et força Landericus à chercher son salut dans la fuite. Le petit Mérovée
tomba entre les mains du vainqueur, et le champ de bataille fut jonché des
cadavres des Neustriens. Thierry entra à Paris sans coup férir, et Landericus
se retira précipitamment du côté de la Somme[46]. Pendant
ce temps, Théodebert rassemblait l'armée d'Austrasie et marchait du côté de
Soissons. Il aurait pu facilement écraser les troupes, évidemment inférieures
en nombre, que Clotaire Il avait envoyées de ce côté, et couper la retraite à
Landericus ; mais, obéissant à un sentiment de jalousie et d'animosité contre
son frère, il se contenta d'observer les Neustriens. Il eut même une entrevue
avec Clotaire dans le palais de Compendium (Compiègne), lequel était situé sur la
frontière du ducatus Dentelini. La paix fut conclue dans l'entrevue
des deux rois, et l'armée austrasienne s'en retourna[47]. Frédégaire,
qui rapporte parfois tant de particularités inutiles, ne nous dit pas quelle
conduite tint le roi de Bourgogne, après sa victoire, ni à quelles conditions
il accorda la paix à Clotaire. On est donc réduit à former des conjectures,
et, si l'on ajoute foi à un récit du biographe de saint Salvius, on doit
admettre que Thierry II obligea son cousin à lui céder les civitates
de Noyon et d'Amiens. Le biographe rapporte, en effet, que, après la mort de
saint Honoratus, évêque d'Amiens, le roi de Bourgogne envoya dans cette ville
Hautcarius évêque de Noyon, pour présider à l'élection du successeur
d'Honoratus, et saint Salvius fut alors élevé à la dignité épiscopale, sous
les auspices et en quelque façon par les ordres de Thierry II[48]. La
jalousie que Théodebert avait montrée contre son frère eut les plus tristes
résultats. Brunehaut avait, par politique, dissimulé, pendant quelque temps,
le ressentiment qu'elle éprouvait non seulement contre les Austrasiens, mais
encore contre leur roi, à qui elle reprochait de n'avoir pas châtié les
ennemis de son aïeule. Elle ne cessait d'engager Thierry à dépouiller son
frère, et, pour le déterminer, elle lui disait souvent que Théodebert ne
devait pas le jour à Childebert, mais à un jardinier du palais auquel la
femme de ce prince s'était abandonnée. La vieille reine était fortement
secondée dans ses manœuvres par un gallo-romain, appelé Protadius ; auquel
elle venait de faire donner les fonctions de major de-mus que la mort de
Bertoaldus avait rendues vacantes. Il était tout dévoué à Brunehaut, qui
l'avait nommé patrice dès l'année 602, en remplacement d'Ægila, qu'elle avait
fait périr injustement, et Frédégaire assure même qu'elle avait envoyé
Bertoaldus à l'extrémité du royaume de Bourgogne avec une escorte
insuffisante, dans l'espérance qu'il y trouverait la mort, et qu'elle
pourrait procurer à son protégé la première place de l'état. Séduit
par les discours de Brunehaut et de son perfide confident, importuné,
d'ailleurs, par les réclamations de Théodebert, qui prétendait avoir été lésé
dans le partage opéré après la mort de Childebert, Thierry déclara la guerre
au roi d'Austrasie, en 606, et vint camper dans un lieu que Frédégaire
appelle Caraciacum, et que plusieurs historiens croient être le palais
de Carisiacum, situé près de l'Oise, au nord-nord-ouest de Soissons.
Si l'on se range à l'opinion de ces écrivains, il faut admettre que les
hostilités étaient commencées ; car le palais dont il s'agit appartenait à la
civitas de Soissons, au ducatus Dentelini, et par conséquent au
royaume d'Austrasie. Théodebert se trouvait à peu de distance, et les deux
armées devaient se choquer prochainement, lorsque les seigneurs bourguignons,
fatigués de la tyrannie de Protadius, s'assemblèrent et s'écrièrent d'une
voix unanime : « Il vaut mieux qu'un homme périsse que d'en exposer tant
d'autres à la mort ! » Protadius était dans la tente du roi et jouait
aux dés avec Petrus archiater ou premier-médecin. Les leudes
s'approchent du prince et le retiennent pour l'empêcher de porter secours au
maire du palais, pendant que la multitude entourait la tente, en poussant des
cris de mort. Thierry chargea alors un seigneur nommé Uncilenus d'aller
haranguer les soldats, et de leur ordonner de se retirer. Mais Uncilenus, au
lieu de s'acquitter de sa commission, s'écria : « Le roi consent à la
punition de Protadius ! » A ces mots, les soldats se précipitent sur le
pavillon royal, fendent les tapisseries avec leurs sabres, saisissent le
maire et l'égorgent immédiatement. Les leudes contraignirent ensuite Thierry
il se réconcilier avec Théodebert, et les deux armées se dispersèrent[49]. Thierry
dévora en silence l'outrage qui venait de lui être fait ; mais il résolut
d'en châtier cruellement les auteurs, et il fut affermi dans ce projet par
Brunehaut, qui regrettait dans Protadius non seulement un ministre dévoué,
mais un amant, s'il faut ajouter foi à des bruits dont Frédégaire s'est rendu
l'écho[50]. Ils commencèrent par confier
les importantes fonctions de maire du palais à un autre gallo-romain, appelé
Claudius, qui était, sans doute, entièrement à leur discrétion[51]. Puis, ils punirent, les uns
après les autres, les leudes qui avaient joué le principal rôle dans le
tumulte dont Protadius était devenu la victime. Uncilenus eut un pied coupé
et fut dépouillé de tous ses biens, et le patrice de Bourgogne lui-même,
Wlfus, reçut la mort, par ordre de Thierry, et fut remplacé par un
gallo-romain[52]. Ce
prince était alors arrivé à l'âge viril, et il n'entendait plus subir le
contrôle des seigneurs bourguignons. D'après le Gesta regum Francorum[53], il avait un extérieur
majestueux, un brillant courage et un esprit fertile en ruses. Il continuait
cependant à montrer beaucoup de déférence pour Brunehaut, et cette princesse
l'engagea à ne pas se marier, dans la crainte que ta jeune reine ne parvînt à
la supplanter dans l'esprit de Thierry. Afin de l'empêcher de songer au
mariage, elle l'entoura de concubines, qui lui donnèrent plusieurs fils.
L'aîné reçut le nom de Sigisbert, qu'avait porté son bisaïeul. Thierry imposa
au second, né en 604, le nom de Childebert, si cher aux Austrasiens ; et,
bien que les deux frères fussent encore en assez bonne intelligence, on peut
croire que le roi de Bourgogne songeait dès lors à placer cet enfant sur le
trône d'Austrasie. En 605, il eut un troisième fils, qu'il appela Corbus, et
en 608 naquit un quatrième enfant, qui fut nommé Mérovée[54]. La
conduite de Théodebert fut d'abord plus décente que celle de Thierry. Il
avait épousé, étant encore très-jeune, une étrangère d'une beauté
remarquable. Cette femme s'appelait Belichildis ou Bilichildis, et Brunehaut,
qui l'avait achetée de marchands d'esclaves, l'avait donnée pour femme à son
fils aîné, espérant que la nouvelle reine, lui devant une fortune aussi
étonnante, n'aurait jamais d'autres vues, ni d'autres volontés que celles de
sa bienfaitrice. Mais Brunehaut ne tarda pas à reconnaitre qu'elle s'était
complètement trompée, et Bilichildis, profitant de l'ascendant que son esprit
et ses charmes exerçaient non seulement sur Théodebert, mais encore sur les
Austrasiens, méprisa ouvertement les conseils et les menaces de la reine-mère[55]. La
capacité du roi d'Austrasie était des plus bornées. Il avait des mœurs et
même une sorte de dévotion[56] ; mais il était brutal et
emporté au-delà de toute expression, et ce fut, probablement, dans un des
accès de fureur qui lui étaient habituels qu'il fit tuer le duc Cautinus,
dont Frédégaire[57] mentionne la mort, sans nous en
apprendre les motifs. La
bonne intelligence, si péniblement rétablie entre ce prince et son frère,
dura jusqu'en 608. A cette époque, Brunehaut, voulant procurer des appuis à
Thierry II, lui conseilla de rechercher en mariage Ermenberga, fille de
Wittericus roi des Wisigoths. La demande fut agréée, et la princesse envoyée
en Bourgogne, avec une dot considérable. Mais, dans l'intervalle, Brunehaut
avait changé d'idée, et, à son instigation, Thierry, agissant en véritable
barbare, renvoya honteusement la princesse, en ayant soin toutefois de garder
la dot. Wittericus, furieux d'un pareil procédé, résolut de chercher partout
des ennemis au roi de Bourgogne. Dans ce but, il dépêcha un envoyé à Clotaire
II, qu'il regardait comme le principal adversaire de Thierry. Le roi de
Neustrie écouta avec joie la proposition du prince wisigoth ; mais il n'était
pas en état de commencer les hostilités sans avoir de puissants auxiliaires,
et il engagea l'envoyé de Wittericus à se rendre, avec un seigneur neustrien
qu'il lui adjoignit, près de Théodebert et à voir si l'on ne pourrait pas
déterminer ce dernier à prendre part à une ligue contre son frère. Le roi
d'Austrasie accueillit avec empressement le projet qu'on lui communiquait,
et, afin que le succès fût certain, il invita les ambassadeurs de Wittericus
et de Clotaire à gagner l'Italie et à proposer à Agilulfus, roi des Lombards,
de s'associer avec les rois des Wisigoths, de Neustrie et d'Austrasie, de
fondre tous quatre sur le royaume de Bourgogne, de le partager et de faire
périr Thierry II. Il adjoignit lui-même un envoyé aux deux ambassadeurs, et
son animosité était si grande, que, pour s'assurer le concours des Lombards,
il termina, à leur satisfaction, les différends qu'il avait avec eux, et
promit d'accorder la main de sa fille, qui était encore une enfant, à Adaloalfus
fils de leur roi[58]. La proposition fut agréée par
Agilulfus, et l'envoyé de Wittericus prit le chemin de la mer — car Thierry
était possesseur des côtes de la Provincia — pour aller annoncer à son
maître la conclusion d'une négociation aussi épineuse. Le danger que courait
le roi de Bourgogne était, du reste, plus apparent que réel ; la coalition
formée contre lui se dissipa, avant même que la guerre fût déclarée, et Thierry,
qui fut instruit plus tard de tout ce qui avait eu lieu, ne témoigna que du
dédain pour ses adversaires. Brunehaut, plus prudente que lui, craignait
toutefois que tant d'ennemis ne parvinssent à triompher des forces de la
Bourgogne, si considérables qu'elles fussent alors, et, surmontant sa
répugnance, elle offrit, en 609, à Bilichildis d'avoir une entrevue avec elle
dans un endroit qui serait désigné, et où elles tâcheraient de prendre les
mesures nécessaires pour réconcilier les deux frères. Bilichildis accepta la
proposition, et il fut réglé que l'entrevue aurait lieu dans un palais ou un vicus
que Frédégaire ne désigne pas, mais qu'il dit avoir été situé entre le pagus
Colerensis et le pagus Suentensis, où nous n'hésitons pas à
reconnaître les pagi Solocensis et Suentensis ou Sugintinsis[59], lesquels appartenaient à la civitas
de Toul et confinaient à la civitas de Langres. Tout était préparé
pour la tenue de la conférence ; mais les seigneurs austrasiens, craignant
les industries de Brunehaut, engagèrent Bilichildis à ne pas partir, et tout
projet d'accommodement fut abandonné pour quelques mois[60]. Mais, avant de rapporter les
évènements qui amenèrent entre l'Austrasie et la Bourgogne une rupture
définitive et irrémédiable, il est nécessaire de revenir sur nos pas et de
parler brièvement de l'arrivée et des établissements de saint Colomban dans
le nord-est de la Gaule. Les fondations de ce célèbre religieux eurent, à la
vérité, la Bourgogne pour théâtre ; mais Childebert Ier aida le saint de ses
libéralités, et l'ordre des Colombanistes exerça une telle influence dans le
royaume d'Austrasie, qu'il est indispensable d'en retracer la naissance et
les progrès. Saint
Colomban naquit en Irlande, vers l'an 560. Il parcourut, avec avidité, le
cercle des sciences que l'on enseignait alors ; il étudia même l'Ecriture
Sainte, sous la direction d'un habile maitre, appelé Silenes. Il embrassa
ensuite la vie monastique dans l'abbaye de Bangor, que gouvernait le
bienheureux Commogellus ou Comgall, qui l'avait fondée, selon le témoignage
de plusieurs écrivains. Mais l'imagination fougueuse du jeune moine se sentit
bientôt à l'étroit dans cette communauté ; il aspira, peut-être imprudemment,
à l'honneur d'établir sur le continent un nouvel ordre religieux, et il
s'embarqua pour la Gaule, avec douze compagnons, au nombre desquels se
trouvaient deux religieux, Magnovaldus et Sigisbertus, dont les noms
indiquent suffisamment l'origine germanique. C'était en l'année 590. Colomban
alla voir successivement les rois Childebert[61] et Gontran, et leur demanda
l'autorisation de se fixer dans leurs royaumes. Cette permission lui fut
accordée, et le moine irlandais se dirigea, avec ses compagnons, vers une
vaste solitude qui était comprise dans la civitas de Besançon, et par
conséquent dans la Bourgogne[62]. Deux
opinions, presque diamétralement opposées, se sont produites au sujet de
l'état dans lequel se trouvait la chaîne des Vosges, au moment où les
religieux irlandais y pénétrèrent et y formèrent leurs premiers
établissements. Quelques écrivains ont prétendu que ces montagnes étaient
entièrement incultes et inhabitées ; d'autres, au contraire, ont soutenu que
les Vosges avaient conservé une population assez considérable. La vérité est
entre ces deux assertions. Il est certain que les montagnes dont il s'agit
n'avaient jamais possédé de nombreux habitants ; et comme la chaîne du mons
Vosagus était sillonnée par des voies plus ou moins importantes, et que
les Barbares purent y pénétrer, comme dans les autres provinces de la Gaule,
leurs incursions, si fréquentes pendant le IV° siècle, eurent pour résultat
de diminuer la population, laquelle décrut encore sous l'influence des
diverses causes qui tendaient à l'affaiblir dans toutes les parties de
l'Empire. Néanmoins, les Vosges n'étaient pas désertes à la fin du VI°
siècle, et, malgré le désir bien naturel qu'ils éprouvaient de rehausser la
gloire d'hommes à qui cette contrée doit sa prospérité actuelle, les
biographes des premiers solitaires ont rapporté plusieurs circonstances
desquelles il résulte que les principales vallées n'étaient pas complètement
dépourvues d'habitants et de culture[63]. Ainsi, nous verrons bientôt
que saint Romaricus, fondateur de l'abbaye de Remiremont, possédait dans ce
lieu même une propriété considérable, nommée Habendum ; que
Bodo-Leudinus, évêque de Toul, établit un autre monastère sur un domaine qui
lui appartenait et portait le nom de Stivagium, et que saint Deicolus bâtit
l'abbaye de Lure (Lutra) sur la propriété d'un leude bourguignon appelé
Weifhar. Ainsi, Jonas, que nous avons déjà cité plus d'une fois, mentionne
des pêcheurs qui vivaient près des sources de la Moselle[64]. Ainsi, les voies d'origine
romaine étaient entretenues, et les forêts domaniales soigneusement
délimitées et gardées. Ainsi, dans la vallée supérieure de la Meurthe, les
cours d'eau et les divers cantons avaient des dénominations bien connues.
Ainsi enfin, si l'on ajoute foi au récit d'un chroniqueur du XIIIe siècle,
Richer moine de Senones, il y avait une basilique et des cabanes près du
confluent de la Meurthe et du Rabodeau, lorsque saint Gondelbert vint y
fonder le monastère que Dom Calmet devait illustrer, onze siècles plus tard[65]. Néanmoins,
on peut dire que la chaine des Vosges était presqu'inhabitée lorsque saint
Colomban arriva dans les Gaules et obtint l'autorisation d'y construire un
monastère. Son biographe, Jonas moine de Bobbio, qui tenait tous ces détails
de Colomban lui-même, s'exprime ainsi : c Il y avait alors un vaste désert
appelé Vosagus, dans lequel se trouvaient les ruines d'un castrum
détruit depuis longtemps, et qui, d'après la tradition des vieillards,
portait le nom d'Anagrates. Malgré la profondeur de cette âpre
solitude et les rochers dont elle était hérissée, le saint homme s'y fixa
avec ses disciples, contents de la chétive nourriture qu'ils y
rencontraient... Mais, comme le nombre de ses moines augmentait, il commença
à chercher dans le même désert un lieu plus commode pour y construire un
monastère. Il découvrit un castrum jadis très-bien fortifié, éloigné d'Anagrates
d'environ huit milles, et appelé anciennement Luxovium. Des eaux
thermales y étaient recueillies 'avec beaucoup d'art, et la forêt voisine
était remplie d'idoles en pierre, auxquelles les païens avaient autrefois
rendu un culte profane[66]. » Plusieurs
autres faits rapportés dans le même livre fournissent des renseignements
précieux sur l'état des Vosges, à la fin du VIe siècle. Caramtocus, abbé du
monastère de Salicis ou de Salinis, ayant appris la détresse
dans laquelle se trouvaient saint Colomban et ses disciples, ordonna au
cellérier Marculfus[67] de charger quelques chariots de
provisions et de les conduire dans la solitude où demeuraient les religieux.
Or, Jonas raconte que les forêts étaient si épaisses et le pays tellement
sauvage, que Marculfus ne put découvrir un chemin pour arriver jusqu'à saint
Colomban[68]. Le biographe rappelle souvent
les promenades de son maitre dans l'épaisseur des forêts[69]. Il rapporte que le saint
abandonna ses disciples pendant quelque temps et se retira dans une caverne,
et les expressions qu'il emploie font voir combien le pays était encore
sauvage : Rursumque recessit à cellula, longiori que via vasta eremi
penetrans, reperit saxum immane, prœruptaque rupis latera, aspera scopulis
terga avia hominibus[70]. Les mots désert (eremus) et solitude (solitudo) reviennent sans cesse sous la
plume de Jonas, qui se bornait, comme nous l'avons fait observer, à raconter
ce qu'il avait appris de saint Colomban lui-même ou de quelques-uns de ses
disciples[71]. Le moine contemporain qui a
écrit la vie de saint Amatus (saint Amé) s'exprime dans les mêmes termes, en indiquant
l'état des Vosges au moment où ce solitaire y pénétra[72]. Le biographe de sainte
Salaberge se sert des mots Vosagus saltus lorsqu'il mentionne cette
chaîne de montagnes[73]. Enfin, comme il est permis, en
pareille matière, de raisonner par analogie, nous rappellerons que, à la même
époque, les montagnes du Jura étaient complètement incultes et inhabitées, et
que Grégoire de Tours emploie, en en parlant, les mots eremus et desertum,
qui servaient alors à désigner les Vosges[74]. Les vastes forêts dont ces
dernières étaient couvertes servaient de repaire à une multitude d'animaux
sauvages ou féroces. On y trouvait encore des aurochs[75], des chamois, des élans[76]. Dans la vie de saint Colomban,
il est plusieurs fois question de loups et d'ours[77], et nous avons déjà fait observer
que les ours ne disparurent tout-à-fait dans les Vosges que vers la fin du
XVIIe siècle. Ce fut
sur la frontière méridionale de ce pays sauvage que Colomban construisit[78] les Monastères d'Anagrates
(Ainegray), de Luxovium (Luxeuil) et de Fontanœ (Fontaines). Nous avons même peut-être tort
d'employer le mot construisit ; car le biographe de saint Germain de
Grandval semble dire que, à Luxent au moins, les disciples de Colomban
s'installèrent dans les ruines des édifices élevés pendant la période gallo-romaine[79]. Leur nombre ne tarda pas à
devenir très- considérable. Une foule pieuse, qui accourait souvent de tort
loin, assiégeait presque continuellement les portés des trois monastères
colombanistes[80], et venait se recommander aux
prières du fondateur. Au nombre de ces suppliants, l'histoire mentionne
Waldalenus, qui gouvernait, avec le titre de dire, une partie de la Maxima
Sequanorum. Ce seigneur avait épousé une gallo-romaine, nommée Flavia,
dont il n'avait pas d'enfants ; mais ayant obtenu de Dieu, par l'intercession
de Colomban, deux fils, dont l'un, appelé Donatus, devint métropolitain de
Besançon, il céda au monastère de Luxeuil des domaines immenses[81]. L'empressement
des peuples s'explique, quand on se rappelle que tes monastères étaient encore
très-rares dans le nord-est de la Gaule. Mabillon a compté toutes les abbayes
fondées, pendant le VIe siècle, dans les pays qui s'étendent du Rhin à la
Loire ; il n'en a trouvé que cinquante-quatre, et, sur ce nombre, dix
seulement appartenaient au royaume d'Austrasie. D'un autre côté, les
monastères colombanistes ne ressemblaient pas entièrement à ceux que l'on
avait vus jusqu'alors dans la Gaule. Les moines qui habitaient ceux-ci
avaient, en général, adopté les usages des solitaires orientaux, et les
institutions de la Thébaïde avaient été mises en vigueur à Trèves, à Lérins,
à Marseille, dans l'île Barbe, en Auvergne et dans les montagnes du Jura.
Plus tard, la règle de saint Benoît avait été introduite dans les Gaules ;
mais elle n'y avait fait que peu de progrès, et, malgré les sages
tempéraments qu'elle avait apportés aux anciennes prescriptions monastiques,
elle ne semblait pas alors destinée à remplacer les règles antérieures. Celle
que saint Colomban rédigea pendant son séjour à Luxeuil, et qui fut
successivement adoptée dans nombre de monastères, était, il faut le
reconnaître, empruntée en partie aux institutions de la Thébaïde,
transportées en Irlande par saint Patrice, qui les avait étudiées dans l'île
de Lérins et dans les écrits de Cassien. Colomban avait été formé à la vie
religieuse sous l'empire de ces institutions, et on doit certainement
assigner une origine égyptienne à différentes coutumes que nous retrouverons
chez ses disciples. Ainsi, les fondateurs de monastères doubles, c'est-à-dire
de communautés d'hommes et de communautés de femmes vivant sous l'autorité du
même supérieur, s'appuyaient de l'exemple de saint Pacôme, qui avait permis à
sa sœur de bâtir une cellule à peu de distance de la sienne, mais de l'autre
côté du Nil. Ainsi encore, la laus perennis ou psalmodie perpétuelle,
exécutée par sept chœurs d'hommes ou de femmes, qui se succédaient dans
l'église ou chantaient dans des basiliques différentes, était empruntée à une
congrégation de moines orientaux que l'on nommait acémètes ou άκοίμητοι[82]. Mais, à côté de ces usages que
l'on rencontrait déjà en Irlande, et même dans quelques-uns des monastères
gaulois, la règle de saint Colomban offrait des particularités singulières,
dont la plupart tiraient leur origine de coutumes propres à l'église
irlandaise ou aux communautés de ce pays. Telle était la couleur blanche des
vêtements que portaient les moines colombanistes ; telle était la forme
bizarre de leur tonsure ; tel était l'usage de célébrer la fête de pâques le
quatorzième jour de la lune lorsque ce jour tombait un dimanche ; telle était
enfin la prescription de se livrer une partie de la journée aux travaux de
l'agriculture. Saint Colomban appréciait et recommandait la science ; ses
productions ne sont pas dépourvues de mérite ; l'érudition abonde dans ses
écrits en prose, dont le style est nerveux, quoique rude ; ses poésies valent
presque celles de Fortunat, et il composa lui-même une grammaire latine
destinée à l'instruction de ses religieux[83] ; néanmoins, la règle
recommandait de préférence le travail des mains. Il n'était pas inconnu dans
les anciens monastères gaulois : le biographe de saint Launomarus (saint Lomer) dit que les disciples de cet
illustre abbé s'occupaient eux-mêmes de la culture de leurs domaines[84] ; et on lit dans la vie de
saint Theodulfus, troisième abbé de Saint-Thierry de Reims, que, après la
mort du saint, on suspendit sa charrue dans l'église de la villa Colobrosa[85], où elle opéra des miracles[86] ; mais la règle de saint
Colomban exigeait que l'on consacrât journellement douze heures aux travaux
manuels, et l'ouvrage de Jonas fournit un grand nombre de détails relatifs à
ce genre d'occupation. Les colombanistes de Luxovium, d'Anagrates
et de Fontanœ exécutèrent dans les environs de ces monastères de
vastes défrichements, et mirent en culture beaucoup de terrains jusqu'alors
improductifs. Jonas, en racontant un miracle de saint Colomban, parle de la
riche moisson qu'avait produite un champ nouvellement défriché : ubi et
messium copiam novus ager locupletem dederat ; et, un jour, le fondateur,
arrivant à l'abbaye de Fontanœ, trouva soixante moines occupés à
sarcler : reperitgue fratres sexaginta serculo terram excolere et semini
futuro, confectis glebis, arva parure[87]. » Ce
saint homme et ses disciples ne se bornaient pas à pratiquer leur règle dans
le désert qu'ils avaient choisi pour demeure ; ils prêchaient dans les villes
et dans les campagnes, travaillaient à la réforme des mœurs et combattaient
le paganisme, qui se maintenait encore opiniâtrement dans certains lieux[88]. La
nourriture des premiers colombanistes était aussi simple que leur vie était
laborieuse. Plus d'une fois, ils furent obligés de se contenter d'écorces
bouillies et d'herbes sauvages, qu'ils allaient ramasser dans les forêts[89]. Plus tard, et après qu'ils
eurent reçu des donations, leur régime ne cessa pas d'être extrêmement
modeste et même grossier. Ils buvaient habituellement de la cervoise ou cervisia,
qu'ils brassaient eux-mêmes, et dont Jonas, qui écrivait en Italie, a jugé
convenable de conserver la recette dans son livre, bien que l'usage de cette
boisson fût alors très-répandu dans le nord de la Gaule, la Germanie,
l'Irlande et l'Île de Bretagne[90] ; ainsi que l'attestent un
grand nombre de documents, qu'il serait superflu de rapporter ici[91]. La vie
austère et laborieuse des Colombanistes fit une grande impression sur les
habitants du nord-est de la Gaule ; les novices se présentèrent en foule, et
lorsque les premières abbayes créées sur le revers méridional des Vosges se
trouvèrent trop remplies, le fondateur envoya des colonies dans les contrées
voisines. C'est peut-être à une de ces colonies, conduite par un religieux
nommé Leobardus ou Leopardus, qu'il faut attribuer le rétablissement du
monastère connu plus tard sous le nom de Marmoutier[92] ; et ce rétablissement est
certainement antérieur à l'année 596, puisque l'abbaye fut en partie dotée
par le roi Childebert Ier, qui résidait souvent dans le palais de Marilegium
ou Marlenheim, situé à peu de distance. Ce
prince était, comme ses sujets, émerveillé du spectacle qu'offraient les
communautés colombanistes, et il contribua, avec générosité, à la fondation
des abbayes d'Anagrates, de Luxovium et de Fontanœ,
ainsi que l'assure formellement l'auteur de la vie de sainte Salaberge,
lequel vivait au VIIe siècle, c'est-à-dire à une époque où la mémoire de ce
fait était encore vivante[93]. Brunehaut
et son petit-fils Thierry auraient tenu la mémé conduite que Childebert et
comblé Colomban de leurs bienfaits, si ce grand homme avait consenti à fermer
les yeux sur les désordres du roi de Bourgogne, désordres autorisés et même
provoqués par la vieille reine. Elle ne voulait pas que l'on engageât Thierry
à faire cesser un état de choses sur lequel reposait sa propre autorité[94], et les tentatives que saint
Desiderius (saint Didier),
métropolitain de Vienne, avaient faites pour porter le roi de Bourgogne à se
marier avaient été punies par la déposition et par un exil de quatre ans. Au
bout de ce temps, il avait été rappelé ; mais comme il ne montrait pas plus
de complaisance qu'auparavant, Brunehaut se concerta avec Aridius
métropolitain de Lyon, qui était devenu son principal confident, et ils
accrurent tellement, par leurs rapports mensongers, le mécontentement de
Thierry qu'il fit mettre à mort le saint évêque[95]. Cet
exemple n'effraya pas saint Colomban. Il ne craignit pas d'écrire une sorte
de pamphlet dirigé contre le roi de Bourgogne, et intitulé : Contra regem
adulterum[96], et il ne cessait de l'exhorter
à congédier ses concubines. A la suite de plusieurs incidents et de diverses
négociations, dont le récit n'appartient pas à notre sujet, Thierry ordonna
de saisir le fondateur de Luxeuil et de le mener, comme prisonnier, dans la
ville de Besançon[97]. Le roi ne s'en tint pas là,
et, à l'instigation de sa mère, il décida que le saint homme serait reconduit
en Irlande, avec les religieux de sa nation. Les gardes qu'on lui avait
donnés l'accompagnèrent jusqu'à Nantes. Mais, comme les vents étaient contraires,
les gardes ne voulurent pas attendre davantage et l'abandonnèrent dans cette
ville[98]. Cet évènement eut lieu en 610
selon Mabillon[99], et en 609, selon l'Art de
vérifier les dates (2)[100]. Saint
Colomban, se trouvant libre plutôt qu'il ne l'avait espéré, gagna le royaume
de Neustrie et fut parfaitement accueilli par Clotaire II, qui le retint
quelque temps près de lui. Sur tes entrefaites, Théodebert et Thierry, de
plus en plus irrités l'un contre l'autre, se préparèrent à la guerre, et tous
deux entamèrent secrètement des négociations avec le roi de Neustrie, dont la
coopération pouvait faire pencher la balance en faveur de celui pour lequel
il se déclarerait. Clotaire consulta saint Colomban au sujet de ces
propositions d'alliance, et le solitaire lui conseilla de rester neutre, lui
prédisant que, dans trois années, il serait paisible possesseur des royaumes
de Bourgogne et d'Austrasie. Clotaire suivit d'abord l'avis de Colomban et
eut confiance dans sa prédiction[101], qui n'était, au surplus, que
l'expression de l'opinion publique. Les persécutions exercées contre les
Colombanistes, l'expulsion de leur chef, et surtout le martyre de saint
Desiderius avaient révolté les peuples, qui s'attendaient à voir la colère
divine éclater sur le roi de Bourgogne[102]. Théodebert
ne leur semblait pas plus digne de régner. Simple jusqu'à la sottise[103], il était sujet à des accès de
fureur, dont les suites devenaient parfois funestes à ceux qui l'entouraient.
C'est dans un de ces accès, qu'il ordonna, en 610, la mort de son épouse,
dont les hauteurs et l'arrogance le révoltaient. Cette malheureuse fut
étouffée, et, peu de mois après, Théodebert épousa une jeune fille nommée Theodechildis,
dont l'origine est tout-à-fait inconnue[104]. Ce fut
néanmoins près d'un prince aussi brutal et aussi emporté que Colomban chercha
un asile, après avoir quitté le royaume de Clotaire II. Il retrouva en
Austrasie plusieurs moines de Luxeuil, que Thierry avait chassés de leur
monastère, ou qui en étaient sortis volontairement, et auxquels Théodebert
avait généreusement accordé l'hospitalité. Le roi d'Austrasie accueillit
saint Colomban avec un empressement égal, lui permit de s'établir partout où
il le jugerait à propos et l'engagea à prêcher l'évangile aux païens encore
bien nombreux parmi les Alamanni. Une partie de cette nation avait
cependant déjà embrassé le christianisme, ainsi que le démontrent 1° la vie
de saint Lenogisilus, qui était alamannus d'origine et vivait sous le
règne de Clotaire II[105], et 2° l'exploration d'un
cimetière récemment découvert dans l'Helvétie, et contenant les restes d'une
multitude d'alamanni. On y a trouvé, en effet, au milieu
d'innombrables ossements, des bracelets, des colliers, des fermoirs, chargés
de symboles chrétiens, tels que des croix et des figures dans l'attitude de
la prière. Une agrafe de baudrier a même offert un sujet souvent répété dans
les peintures des catacombes : Daniel debout, les mains étendues, entre deux
lions, plus une inscription présentant le nom du propriétaire de cet objet : NASVALDVS NANSA
VIVAT : DEO VTERE FELIX DANIHIL[106]. Saint Colomban alla demeurer
vers l'extrémité orientale du lac de Zurich, non loin du bourg actuel de
Tuggen ; mais les alamanni qui occupaient ce canton refusèrent
d'écouter les prédications du saint homme, lequel fixa momentanément sa
résidence près de l'ancien vicus d'Arbor Felix, qui se nommait
alors Arbona, puis dans un oppidum appelé Brigantia (aujourd'hui
Brégentz), situé à
la pointe orientale du lac de Constance, et appartenant à la Vindélicie[107]. Il travailla activement à la
conversion des païens et en baptisa un certain nombre, notamment plusieurs suevi,
qu'il surprit au moment où ils allaient offrir en sacrifice à Wodap une cuve
de cervoise. Il ramena à la pratique des devoirs du christianisme, les alamanni
qui avaient antérieurement reçu le baptême, mais auxquels la fréquentation
continuelle des idolâtres n'avaient guère laissé que le nom de chrétiens[108] ; et il aurait probablement
fini sa carrière dans la Germanie méridionale, si des bruits de guerre ne
l'avaient troublé sans cesse. Théodebert venait de commettre une action qui
avait porté A son comble le mécontentement de Thierry. Le roi d'Austrasie avait
été élevé dans le palais de Marilegium ; il aimait beaucoup le séjour
de l'Alsace, et il ne pouvait se consoler de voir cette riche province
comprise dans le royaume de son frère. Il n'eut pas la prudence de respecter
les dispositions du partage, et, en 610, il envahit le diocèse de Strasbourg,
sans aucune déclaration de guerre. Thierry allait rassembler ses troupes et
repousser la force par la force, lorsque des hommes prudents l'engagèrent à
tenter d'abord la voie de la conciliation. Il fut réglé que les deux frères
auraient une entrevue dans un castrum que Frédégaire nomme Saloissa,
et qui doit être l'ancien vicus de Saletio (aujourd'hui
Seltz), sur la
limite des diocèses de Spire et de Strasbourg. Thierry amena avec lui un
corps de dix mille hommes d'élite, qu'il jugeait suffisant pour le mettre à
l'abri de toute tentative d'enlèvement ; mais il ne fut pas plutôt arrivé
qu'une immense armée, dont Théodebert avait dissimulé la présence, entoura
les Bourguignons. Le roi d'Austrasie parut alors, et Thierry intimidé
consentit à faire la paix et à céder à son frère le diocèse de Strasbourg, le
pagus Campanensis[109], et les pagi Solocensis,
Segintensis et Tullensis, qui formaient la partie occidentale de
la civitas de Toul[110]. Ce
malheur ne fut pas le seul que Thierry éprouva dans cette circonstance. Les alamanni
fixés dans la vallée du Danube et sur la rive droite du Rhin avaient pris les
armes, à l'ordre de Théodebert, et, sans tenir aucun compte de la paix qui
venait d'être conclue, ils franchirent ce dernier fleuve. Ils envahirent le
diocèse d'Aventicum (Avenche), défirent les comtes Abbelinus et Herpinus, qui
avaient marché à leur rencontre avec des forces inférieures, ravagèrent toute
la partie du diocèse placée à l'est du Jura et retournèrent chez eux, chargés
d'un immense butin et traînant une multitude de captifs[111]. Thierry
furieux jura de tirer de ces attentats une vengeance terrible et en fit
immédiatement les préparatifs. Ne voulant, autant que possible, rien donner
au hasard, il s'adressa secrètement à Clotaire, dans le courant de l'année
611, lui communiqua ses projets et promit, en cas de victoire, de lui céder
le ducatus Dentelini, s'il consentait à rester neutre. Clotaire
accepta avec empressement, et, dès le mois de mai de l'année 612, le roi de
Bourgogne mit en mouvement la nombreuse armée qu'il avait réunie[112]. A cette
nouvelle ; saint Colomban, à qui, d'après son biographe, Dieu avait daigné
révéler l'issue de la lutte fratricide dont la Gaule allait être témoin,
quitta son désert, vint trouver le roi d'Austrasie, et l'engagea vivement à
renoncer à toute idée de domination terrestre et à prendre l'habit
monastique, afin qu'il ne perdit pas la vie en même temps que le trône. Cette
démarche et ces conseils excitèrent les risées du prince et de tous les
assistants. « On n'a jamais ouï, disaient-ils, qu'un mérovingien élevé au
trône ait revêtu l'habit monastique sans y être forcé. » « Si le roi,
reprit saint Colomban, ne veut pas le faire volontairement, il le fera
bientôt malgré lui. » Il retourna ensuite dans sa retraite[113]. Sur ces
entrefaites, l'armée bourguignonne pénétrait en Austrasie. Laissant sur sa
droite la grande voie qui conduisait de Langres à Toul, par Mosa,
Noviomagus et Solimariaca, elle avait pris une route secondaire,
laquelle se dirigeait d'Andelaus (Andelot) sur Nasium, en passant par Grandesina.
La ville de Nasium, quoique fortifiée, n'opposa qu'une faible
résistance, et Thierry, tournant alors vers l'est, suivit la grande voie de
Reims à Toul. Ce fut seulement près de cette dernière ville qu'il rencontra
les Austrasiens. Frédégaire dit que la bataille s'engagea dans la campania
Tullensis, ce que l'on ne peut guère interpréter autrement que par la
plaine de Toul ; et il n'est pas facile de déterminer l'emplacement du
combat, parce qu'il existe au midi et à l'est de cette ville, sur les rives
de la Moselle, deux plaines assez vastes, où des armées considérables
manœuvreraient très-aisément. Quoiqu'il
en soit, les Austrasiens furent vaincus, après un horrible carnage.
Théodebert, prenant la fuite avec précipitation, gagna Metz, et, ne s'y
croyant pas en sûreté, franchit le rameau des Vosges qui se dirige vers le
nord, et se rendit dans la ville de Cologne, où il s'occupa à réunir une
nouvelle armée. A son invitation, les Alamanni, les Bajuvarii,
les Suèves, les Thuringiens, les Saxons mêmes accoururent en foule sous ses
drapeaux, et on doit croire que, pour entraîner à sa suite tant de nations barbares
imparfaitement domptées, Théodebert leur avait fait des promesses bien
séduisantes, et peut-être celle de reconnaître leur indépendance. Thierry,
instruit des préparatifs que faisait son frère, ne lui laissa pas le temps de
les achever. Traversant rapidement la Belgica Prima, en suivant la grande
voie de Metz à Cologne, il alla camper devant le viens de Tulbiacum ou
Tulbiacum, dont les environs avaient déjà été le théâtre d'un combat,
plus de cent ans auparavant. Théodebert s'avança, de son côté, avec les
contingents des nations germaniques et les débris de l'armée vaincue près de
Toul. La lutte fut terrible. Les Germains, animés par des haines
héréditaires, par les promesses du roi d'Austrasie et par le désir de
redevenir libres, montrèrent un acharnement incroyable. Le carnage fut tel,
au rapport de Frédégaire, que beaucoup de soldats tués restèrent debout,
parce qu'ils étaient entourés d'énormes monceaux de morts. Tout porte à
croire que le chroniqueur n'a pas exagéré ; car on trouve dans la vie de
saint Faron, évêque de. Meaux, une description de cette bataille, qui, pour
être écrite d'une manière épique et presque virgilienne, n'en prouve pas
moins combien une aussi immense destruction d'hommes avait frappé
l'imagination des peuples[114]. Jonas
assure que saint Colomban eut une vision au moment de la bataille, qu'il
connut le carnage qui avait eu lieu, et le désastre de Théodebert, et qu'il
l'annonça dans le moment à Chagnoaldus, son compagnon ou, pour mieux dire,
son serviteur[115]. Le roi d'Austrasie venait, en
effet, d'éprouver une nouvelle et irrémédiable défaite, et les Bourguignons
pourchassèrent les débris de son armée jusqu'à Cologne, dont ils s'emparèrent
le même jour[116]. Théodebert
traversa le Rhin et s'enfonça dans les solitudes de la forêt Buchonia,
où il espérait trouver un asile, en attendant qu'il pût se réfugier à
Constantinople. Mais Thierry, après être entré à Cologne et s'être mis en
possession de tous les trésors de son frère, envoya à sa poursuite le cubicularius
Bcrtharius, qui l'atteignit, dissipa les serviteurs peu nombreux dont ce
malheureux prince était encore entouré, le fit prisonnier, le dépouilla des
habits royaux et le conduisit devant le vainqueur. Thierry donna pour
récompense à Bertharius le costume et le magnifique cheval du roi
d'Austrasie, et délibéra ensuite pour savoir ce qu'il ferait du prince
captif. Son embarras était grand. Quelques jours avant la bataille de Tolbiacum,
et au moment où son armée traversait la forêt des Ardennes, Thierry avait vu
arriver près de lui Leonisius évêque ou métropolitain de Mayence, qui,
pressentant l'issue de la guerre, avait jugé prudent de se déclarer en faveur
du roi de Bourgogne. Après l'avoir engagé à poursuivre son entreprise, il lui
raconta la fable suivante : Un loup monta, un jour, sur une colline, et,
voyant que ses petits se mettaient à chasser, il les appela près de lui et
leur dit : « Aussi loin que votre vue peut s'étendre du haut de cette
colline, vous n'apercevrez que des ennemis, à l'exception de quelques êtres
de votre espèce. Continuez donc ce que vous avez commencé. » Thierry crut
voir dans cet apologue le conseil de se défaire de son frère et de ses
neveux. En conséquence, Théodebert, chargé de chaînes, fut mené à Châlons-sur-Saône.
Brunehaut, qui ne pouvait oublier que ce prince était son petit-fils, engagea
d'abord le roi de Bourgogne à lui faire prendre l'habit monastique, et la
prédiction de saint Colomban se trouva accomplie à la lettre. Mais, peu de
jours après, la vieille reine changea d'idée et conseilla à Thierry
d'ordonner la mort de son frère. Ce qui fut exécuté[117]. L'auteur
du Gesta regum Francorum[118] raconte d'une manière bien
différente la catastrophe qui termina le règne de Théodebert. Selon cet
écrivain, auquel nous préférons Frédégaire auteur contemporain, le roi
d'Austrasie se serait réfugié à Cologne, après la bataille de Tolbiacum,
et le roi de Bourgogne aurait dévasté le pagus Ripuarius, dont cette
ville était le chef-lieu. Les Ripuaires vinrent alors le trouver et le
supplier d'épargner leurs possessions. Thierry leur dit : « Je vous
accorderai ce que vous désirez, si vous m'amenez Théodebert vivant ou si vous
m'apportez sa tête ». Les premiers de la nation entrèrent dans Cologne et
représentèrent au roi que son frère réclamait seulement le trésor de
Childebert, et que, si on le lui livrait, il s'en retournerait avec son
armée. Théodebert les conduisit immédiatement dans le lieu où le trésor était
conservé, mais l'un d'eux frappa le roi par derrière avec son glaive, lui
coupa la tête et la jeta du haut de la muraille. Ces
détails sont évidemment romanesques, et on ne doit peut-être pas accorder
plus de confiance à la suite du récit. Frédégaire laisse entendre que toute
résistance cessa après que Théodebert eut été fait prisonnier, et Jonas dit
seulement que Thierry soumit la Gaule et la Germanie[119] : ce qu'on doit entendre de
l'Austrasie proprement dite et des provinces de la Grande. Germanie qui
avaient obéi à Théodebert. L'auteur du Gesta regum ajoute que le roi de
Bourgogne assembla les principaux ripuaires dans la basilique de Saint-Géréon
pour recevoir leur serinent de fidélité, et que, pendant la cérémonie, l'un
d'eux lui porta un coup dans le côté. Thierry s'écria aussitôt : « Gardez les
issues de la basilique, car un de ces ripuaires parjures vient de me blesser
» ; on se hâta de dépouiller le prince de ses vêtements, mais on ne remarqua
sur lui qu'une légère tache rouge, et l'auteur ne dit pas que le coupable ait
été découvert[120]. Les
historiens ne sont pas d'accord non plus relativement au sort des enfants de
Théodebert ; toutefois, ici il y a plutôt omission que contradiction. Il
paraît que le roi d'Austrasie avait eu de ses deux femmes une fille et quatre
fils, nommés Sigisbert, Gontran, Clotaire et Mérovée. Le sort des deux
premiers est resté inconnu, et on peut supposer que, sauvés par des
serviteurs fidèles après la ruine de leur père, ils vécurent dans l'obscurité
et donnèrent probablement naissance à quelques branches de ces mérovingiens
réduits à la condition de simples particuliers, et dont les hagiographes
signalent si fréquemment l'existence. L'auteur du Gesta regum Francorum
dit que Thierry amena avec lui à Metz, où se trouvait Brunehaut, deux des
fils de son frère et qu'il les fit mettre à mort[121]. Frédégaire ne parle que de
Mérovée et raconte que le roi de Bourgogne ordonna de saisir par les pieds ce
petit enfant (parvulus)
et de lui briser la tête contre une pierre[122] ; mais plus loin il assure que
l'on accusa Brunehaut d'avoir fait périr un fils de Théodebert, et il le
nomme Clotaire[123] ; ce qui nous suffit pour
établir qu'il a voulu mentionner ici l'avant-dernier fils du roi d'Austrasie.
Eitfin, on lit dans l'appendix à la chronique de Marius que,
avent le meurtre de Théodebert, un de ses enfants, encore revêtu de la robe
blanche que l'on recevait au moment du baptême, fut brisé contre une pierre,
par ordre de Thierry[124] ; et il est évident que le
chroniqueur a entendu désigner Mérovée, lequel était encore au berceau. Tout
couvert du sang de ses proches, mais séduit par la beauté de la fille de
Théodebert, et pensant peut-être qu'il serait mieux vu den Austrasiens s'il
partageait le trône avec une descendante de leur dernier souverain, le roi de
Bourgogne manifesta l'intention d'épouser la princesse, qui ne devait pas
encore être nubile, puisque son père n'avait que vingt-sept ans. A cette
nouvelle, Brunehaut, remplie d'horreur, dit à Thierry : « Comment
pourras-tu te marier avec la fille de ton frère ? » « Ne m'avez-vous
pas assuré, répondit-il, que Théodebert n'était pas fils de Childebert ?
Pourquoi, femme détestable, m'avez-vous laissé me souiller du crime que j'ai
commis en faisant périr mon frère et ses fils ? » Et, sa fureur
croissent pendant qu'il parlait, il tira son glaive et voulut frapper
Brunehaut, dont les témoins de cette scène parvinrent cependant à protéger la
fuite[125]. Espérant
ressaisir l'autorité dont elle avait joui si longtemps, ou méditant
quelqu'atroce projet de vengeance, comme les créatures de Clotaire II l'ont
écrit plus tard, la vieille reine continua à demeurer dans la ville de Metz,
où elle était venue s'établir immédiatement après la bataille de Toul. Sa
présence y est attestée non seulement par Frédégaire et l'auteur du Gesta
regum, mais encore par le biographe de saint Romaricus. Cet écrivain
rapporte que Brunehaut triomphante était arrivée à Metz, avec. Aridius
métropolitain de Lyon, son principal confident et un des ministres de Thierry[126]. Ce prince et son aïeule
avaient fait périr Romulfus, dont l'histoire ne nous apprend pas la qualité,
mais qui était certainement un des hauts fonctionnaires du royaume
d'Austrasie, et que nous supposons avoir appartenu à la famille de Lupus duc
de Campania[127]. Tous les biens de ce
malheureux furent confisqués. Son fils Romaricus[128] voulut implorer la clémence de
Brunehaut, et obtint une audience d'Aridius, aux pieds duquel il eut même la,
faiblesse de se prosterner ; mais le prélat le frappa de son pied à la
figure, et Romaricus, sortant de la ville, se dirigea vers la basilique de
Saint-Martin, où il adressa à Dieu et au saint évêque de Tours une fervente
prière, à la suite de laquelle il se trouva plein de confiance[129]. Les
vengeances de Brunehaut et de Thierry atteignirent, sans doute, un grand
nombre d'autres personnages importants, et saint Colomban ne crut pas que la
solitude dans laquelle il vivait pût le soustraire à la fureur de ses
ennemis. En conséquence, il prit aussitôt la résolution de se réfugier en
Italie, et, suivant une voie romaine qui partait d'Arbona (Arbor Felix) et traversait Curia (Coire), le désert nommé Sennia et le vicus
appelé Quaradaves[130], il franchit les Alpes et
demanda un asile au roi des Lombards. Agilulfus l'accueillit très-bien et lui
donna une église à moitié ruinée et située dans une des gorges de l'Apennin.
Saint Colomban alla s'y fixer et y fonda le célèbre monastère de Bobbio[131]. Les
craintes du célèbre solitaire n'étaient pas chimériques. Cependant, Thierry
n'aurait peut-être jamais songé à sa vengeance, et d'ailleurs la mort ne lui
permit pas d'exécuter les divers projets qu'il avait formés. Celui auquel il
attachait, et avec raison, le plus d'importance était de réunir sous son
sceptre la Gaule tout entière, en dépouillant Clotaire II du petit royaume
qu'il avait conservé jusqu'alors. Un prétexte n'était pas difficile à
trouver. Le roi de Neustrie avait à peine attendu la ruine de Théodebert pour
prendre possession du ducatus Dentelini, qui lui avait été promis pour
prix de sa neutralité. Thierry, vainqueur et disposant désormais de toutes
les forces de la Bourgogne et de l'Austrasie, jugea que le fils de Frédégonde
ne lui avait rendu aucun service qui méritât une pareille récompense, et,
alléguant probablement quelque raison que Frédégaire n'a pas jugé à propos de
nous faire connaître, il intima à Clotaire l'ordre d'abandonner immédiatement
le ducatus Dentelini, le menaçant, en cas de refus, de lui enlever son
propre royaume[132]. La
position de Clotaire était des plus difficiles. Résister à la demande qui lui
était faite, c'était attirer dans le petit royaume de Neustrie les immenses
armées de l'Austrasie et de la Bourgogne ; obéir, c'était avouer son
infériorité et se reconnaître le serviteur et même l'esclave de Thierry.
Après une mûre délibération, il prit le premier parti, et nous devons ajouter
qu'il fut vivement encouragé dans ses idées de résistance par deux hommes
dont les noms reviendront bien souvent dans la suite de notre récit. L'un
était Pippinus ou Pépin, surnommé de Landen à cause de son principal domaine,
le Saint à cause des vertus, et le Vieux parce qu'il est le plus ancien
membre de sa famille dont l'histoire ait conservé le souvenir. Nous supposons
toutefois, sur des indices assez faibles, qu'il était petit-fils ou neveu du spatharius
Grippo ou Griffo, que Childebert Ier avait chargé d'une mission pour
l'empereur Maurice, et qui faillit être massacré dans la ville de Carthage.
Doué de talents remarquables, Pépin de Landen avait occupé les emplois les
plus importants ; mais il n'était pas maire du palais d'Austrasie, lorsque
les deux fils de Childebert commencèrent la lutte fratricide qui devait être
si funeste à l'aîné[133]. L'autre
personnage qui engagea Clotaire II à ne pas céder aux injonctions de Thierry
est Arnulfus, plus connu sous le nom de saint Arnoul. Il était issu d'une
famille ripuaire, aussi considérée pour sa noblesse que pour son opulence[134], et, à l'époque où nous sommes
arrivé, il exerçait les fonctions de domesticus, dont nous examinerons
la nature dans un des chapitres suivants[135]. Arnulfus
et Pépin étaient très-attachés à Théodebert Il, et, malgré les fautes de ce
prince, ils avaient éprouvé un violent chagrin en assistant à une catastrophe
que leurs conseils n'avaient pu prévenir. Leur maître mort, ils se hâtèrent
de quitter l'Austrasie, soit qu'ils craignissent eux-mêmes la colère du roi
de Bourgogne, soit qu'ils ne voulussent pas subir le joug de ce prince cruel.
Mais ils conservèrent des relations dans leur pays. Ils encouragèrent, par
des messages secrets, tous les hommes de cœur qui déploraient l'abaissement
d'un état regardé, naguère encore, comme le premier des royaumes fédérés ; et
leurs tentatives pour rallier les ennemis de Thierry furent si heureuses, que
Frédégaire a jugé convenable d'employer le mot radio pour désigner le parti
qu'ils avaient formé[136]. La diversion que leurs amis
auraient pu faire n'eût cependant pas sauvé Clotaire II ; car Thierry avait
réuni une armée si nombreuse que la Neustrie aurait été écrasée, sans aucun
doute. Mais Dieu, qui se joue des desseins des hommes, ne permit pas que le
roi de Bourgogne jouit du fruit de ses crimes. On était au printemps de
l'année 613, et Thierry allait quitter Metz, pour prendre le commandement de
ses troupes, lorsqu'une violente dysenterie l'enleva pour ainsi dire
subitement. Il avait à peine accompli sa vingt–sixième année, et les
contemporains, qui furent surpris d'une fin aussi prématurée, l'attribuèrent
les uns au courroux céleste, et les autres à un crime de Brunehaut[137]. A entendre ceux-ci, la vieille
reine craignait le ressentiment de Thierry, qui n'aurait pu lui pardonner de
l'avoir trompé relativement à la naissance de Théodebert. Mais de pareilles
suppositions sont démenties par un passage de la vie de saint Romaricus. En
effet, c'est la veille de la mort de Thierry que ce seigneur eut une audience
de l'évêque Aridius[138] ; par conséquent le prélat et
Brunehaut étaient rentrés en faveur, si même il est vrai, comme le dit
l'auteur du Gesta regum, que le roi ait songé un instant à faire périr son
aïeule, et par conséquent à renverser Aridius, le principal ministre des volontés
de cette dernière. Avec
Thierry finit la puissance du royaume de Bourgogne. L'armée que ce prince
avait réunie se dispersa, à la nouvelle de sa mort. Brunehaut n'était pas en
état de mener à bonne fin l'entreprise qu'il avait commencée, et elle jugea
qu'elle devait sagement se borner à assurer aux fils de Thierry la riche
succession de leur père. Comme ces quatre enfants étaient près d'elle, la
vieille reine fit immédiatement proclamer roi l'aîné, lequel se nommait
Sigisbert, et qui, étant né en 602[139], devait avoir onze ans à peu
près. Le désir de garder toute l'autorité pour elle lui fit alors commettre
une faute grave : celle de ne pas donner des rois particuliers aux
Bourguignons et aux Austrasiens. Craignant de voir établir le siège de la
monarchie dans quelqu'une de ces riches cités de la Bourgogne dont Brunehaut
préférait le séjour, poussés, d'ailleurs, à la résistance par Pépin de
Landen, Arnulfus et leurs partisans, les Austrasiens refusèrent de
reconnaître Sigisbert III. La révolte éclata même dans la ville de Metz,
malgré la présence de Brunehaut et de ses ministres, et le danger devint si
pressant, que la régente fit appeler en toute hâte Romaricus, dont elle
connaissait la popularité. Elle lui annonça qu'elle révoquait la confiscation
de ses domaines paternels, et le supplia de lui fournir le moyen de sortir de
la ville. Romaricus, oubliant son injure, lui rendit ce service[140], et Brunehaut se retira, avec
ses arrière-petits-fils, dans la cité de Vangiones ou Wormatia (Worms), où se trouvait probablement un
corps de bourguignons, et d'où elle pouvait communiquer aisément avec les
anciens sujets de Thierry, sur la fidélité desquels elle n'avait encore aucun
doute, et avec les turbulentes peuplades de la Grande Germanie, qu'elle se
flattait d'entraîner à sa suite. Pendant
ce temps, Clotaire avait appris la mort de Thierry, la dispersion de son
armée et la révolte d'une partie de l'Austrasie. Encouragé par Pépin et par
Arnulfus, et se rappelant la prédiction de saint Colomban, qui lui avait
annoncé que, en 613, il serait paisible possesseur de toute la monarchie des
Francs[141], le roi de Neustrie, dont
l'armée était toute prête à marcher, pénétra dans l'Austrasie septentrionale,
en suivant la grande voie qui menait de Bagacum (Bavay) à Colonia Agrippina, par
Trajectum-ad-Mosam, ville qu'entouraient les vastes domaines de Pépin,
et où Clotaire devait trouver un grand nombre de partisans. Il remonta
ensuite la rive gauche du Rhin et occupa la ville d'Antunnacum ou Antonnacum
(Andernach), située dans la Germania
Prima. De ce lieu, il pouvait à la fois surveiller les mouvements des nations
germaniques et se porter facilement sur Worms, où Brunehaut cherchait à
rassembler une armée. Cette princesse, qui connaissait le prix du temps,
entama avec Clotaire une feinte négociation et chargea le leude. Chadoindus
et Herpo ou Herpinus, comes stabuli du royaume de Bourgogne, de se
rendre à Antunnacum et d'engager Clotaire à rentrer dans son royaume.
Le roi de Neustrie, simulant un désintéressement qui n'était pas dans son
cœur, répondit qu'il était disposé à se soumettre au jugement des Francs, et
dépêcha lui-même des ambassadeurs à Brunehaut. Mais tous ces pourparlers lui
firent perdre un temps précieux, et la régente en profita pour se mettre en
état de défense. Elle reçut des renforts considérables du midi de la Gaule,
et elle envoya Sigisbert lui-même dans le pays des Thuringiens, avec
Warnacharius maire du palais de Bourgogne, le leude Alboënus ou Albanus et
d'autres seigneurs, afin de déterminer cette nation barbare à marcher tout
entière. Mais, sur ces entrefaites, elle apprit que Warnacharius s'était
laissé gagner par Clotaire et prenait, dans le plus grand secret, des mesures
pour amener une défection des Bourguignons. Elle envoya sur-le-champ à
Alboinus l'ordre de s'entendre avec les leudes qui l'accompagnaient et de
faire périr le maire du palais. Cet ordre était tracé, selon l'usage, sur une
tablette de cire, et Alboinus, après l'avoir lue, la rompit et en jeta les
morceaux à terre. Un serviteur de Warnacharius les recueillit, probablement
par curiosité, les rapprocha les uns des autres, et, ayant ainsi reconstitué
la tablette, la porta à son maître, qui garda le silence, mais résolut
définitivement de perdre Brunehaut. Aussi, loin d'exhorter les peuples
germains à prendre les armes, il fit tout ce qu'il put pour les engager à
rester chez eux. Ses manœuvres n'eurent pas cependant tout le succès qu'il en
espérait, et des contingents considérables furent fournis à la vieille reine
par ces peuplades, qui l'année précédente, avaient combattu avec tant
d'acharnement contre le père de Sigisbert III, mais qui cédaient toujours à
l'attrait de l'indépendance, des aventures et du pillage[142]. Clotaire
comprit alors quelle faute il avait faite en s'avançant aussi rapidement dans
la vallée du Rhin, et, cette première imprudence une fois commise, en ne
poursuivant pas Brunehaut à outrance et en lui laissant le temps de réunir
une puissante armée. Il revint sur ses pas et alla prendre position, avec ses
propres troupes grossies d'un certain nombre d'austrasiens, sur les
frontières orientales de la Campania. Il est probable que, aussitôt
après cette retraite, l'autorité de Brunehaut fut reconnue de nouveau dans la
plupart des villes austrasiennes, notamment à Metz ; et c'est à ce moment que
l'on a placé le prétendu projet de mariage entré Sigisbert III et
Friediburga, fille de Guntzo duc des alamanni qui occupaient la Rhœtia[143]. Nous démontrerons plus loin
que le roi qui voulut épouser Friediburga est Sigisbert IV et non Sigisbert
III ; mais on s'explique l'erreur de plusieurs écrivains, qui ont pensé que
Brunehaut, en arrangeant ce mariage tout politique, avait voulu rattacher à
la cause de son arrière-petit-fils un des plus puissants princes de la Grande
Germanie. Lorsqu'elle
eut acquis la certitude que les contingents des peuples d'outre-Rhin étaient
sur le point d'arriver, la reine dépêcha des messagers dans tous les
districts de l'Austrasie pour ordonner aux milices .de prendre les armes et
de se réunir. En même temps, elle se rendit en Bourgogne, avec les fils de
Thierry, pour surveiller elle-même l'armement de ce royaume, montrant ainsi,
nonobstant les glaces de l'Age, un esprit de ressources et une activité
vraiment extraordinaires. Malgré
les menées de Warnacharius, qui ne cessait de tenir des conciliabules avec
les évêques et les seigneurs ou farones bourguignons, les ordres de
Brunehaut ne rencontrèrent aucune résistance dans l'ancien royaume de
Thierry. Les Austrasiens obéirent de même, dissimulant le dépit qu'ils
éprouvaient d'aller combattre pour un prince dont le père les avait vaincus
et maltraités. La
reine et Sigisbert, ne connaissant pas la disposition générale des esprits,
enjoignirent aux armées de Bourgogne et d'Austrasie et aux contingents
germains d'opérer leur jonction sur la rive gauche de l'Aisne, dans le
voisinage d'Axuentia ou Vienne-la-Ville[144]. Clotaire H campait sur l'autre
rive, couvrant son royaume, le ducatus Dentelini, et même les diocèses
de Reims, de Laon et de Châlons. Une bataille paraissait imminente ; mais
Warnacharius et ses complices, parmi lesquels Frédégaire nomme le patrice
Aletheus et les ducs Rocco, Sigoaldus et Eudelanus, avaient promis au roi de
Neustrie de se retirer sans combattre. En effet, dès que les deux armées
furent en présence, et à un signal convenu, les généraux bourguignons et
austrasiens firent sonner la retraite et s'éloignèrent dans des directions
opposées. Les Austrasiens, entraînant à leur suite les contingents allemands,
qui n'osèrent attaquer seuls l'armée neustrienne, prirent[145], à Axuentia, la grande
voie de Reims à Metz. Les Bourguignons choisirent celle qui conduisait de
Reims à Langres. Clotaire les suivit de près, dépassa Langres, et,
s'engageant sur, la voie qui menait de cette ville à Besançon, pénétra jusque
dans la vallée de la Saône. Warnacharius lui livra alors trois des fils de
Thierry : Sigisbert, Corbus et Mérovée ; le roi fit périr immédiatement les
deux premiers, et chargea le comte Ingobodus de conduire en Neustrie Mérovée,
qu'il avait tenu sur les fonts de baptême, et qui vécut encore plusieurs
années. Quant au jeune Childebert, il fut sauvé par des serviteurs fidèles,
mais on n'entendit plus jamais parler de lui. Brunehaut,
consternée de la trahison de ses généraux, s'était réfugiée, avec Theudelana,
fille de Childebert Ier, dans une villa domaniale appelée Urba, qui
est devenue la ville d'Orbe, près de l'extrémité méridionale du lac de
Neufchâtel. Elle n'y resta pas longtemps, et, sur l'ordre des seigneurs bourguignons,
le comes stabuli Herpinus vint la saisir et la mena devant Clotaire,
qui s'était arrêté dans le vicus de Rionna ou Rionava (Renêve-le-Château), situé sur la petite rivière de
Vincenna (Vingenne),
un des affluents occidentaux de la Saône. Clotaire monta sur une espèce de
tribunal, et, entouré des principaux seigneurs Francs et Bourguignons, fit
traîner devant lui la malheureuse Brunehaut, alors âgée de soixante-et-dix
ans. Le fils de Frédégonde ne rougit pas de lui reprocher d'avoir fait périr
dix rois ou princes, quoiqu'il sût très-bien que trois d'entr'eux étaient
tombés sous les coups de sa propre mère ; que la mort de deux autres avait
été tout-à-fait naturelle, et que lui-même avait ordonné le meurtre de trois
autres. Mais il n'y avait là personne pour le contredire, et Brunehaut ne
daigna pas prendre la parole afin de se justifier. Après avoir demandé, pour
la forme, l'avis des assistants, Clotaire prononça une sentence de mort
contre la veuve de Sigisbert II, et il n'eut pas même la générosité de lui épargner
des outrages indignes d'une reine. Par les ordres de Clotaire, elle fut
couverte de haillons, attachée sur le dos d'un chameau, promenée pendant
trois jours au milieu du camp neustrien et exposée à toutes les insultes de
la soldatesque. Frédégaire et deux autres historiens assurent même qu'elle
fut soumise à diverses tortures[146]. Enfin, on l'attacha par les
cheveux, un bras et un pied à la queue d'un cheval indompté, qui la mit en
pièces dans sa course furieuse[147]. Le continuateur de Marius d'Aventicum
ajoute que les soldats tentèrent de brûler les misérables restes de
Brunehaut. Ils furent cependant recueillis, probablement par quelques-uns de
ses serviteurs, et inhumés dans l'église du monastère du
Saint-Martin-lès-Autun. En 1632, on ouvrit le tombeau de la reine
d'Austrasie, et on y trouva des ossements peu nombreux et mêlés à des
charbons[148] ; ce qui semble prouver que le
continuateur de Marius ne s'est pas trompé. On
plaça, sans doute après la mort de Clotaire, une inscription pompeuse sur le
tombeau de la malheureuse princesse ; mais aucune hyperbole ne peut donner
une idée plus vraie de l'opinion des contemporains qu'un des vers tracés sur
la sépulture d'un moine d'Austrasie : Tunc
regionis erat Regina hujus Brunechildis[149]. Elle
était bien, en effet, la reine d'Austrasie et de Bourgogne, et, quoique son
mari Sigisbert II, son fils Childebert Ier, et son petit-fils Thierry II
n'aient pas été des princes sans mérite, ils furent éclipsés par elle.
Toutefois, la postérité l'a jugée sévèrement. Le triomphe du fils de
Frédégonde ne permit pas aux rares historiens du VIIe siècle et du VIIIe de
dire ce qu'ils pensaient, et nous n'apercevons plus Brunehaut qu'à travers
les accusations de tout genre dont elle a été accablée sous les règnes de
Clotaire II et de Dagobert Ier. Mais les hommes qui l'avaient vue à l'œuvre
ne la traitaient pas de même. Grégoire de Tours, si dur à l'égard de
Frédégonde, se montre plein d'estime et de respect pour Brunehaut ; le pape
saint Grégoire-le-Grand, qui fut son contemporain, n'en parle jamais qu'avec
éloge[150], et le peuple lui attribue,
même de nos jours, une foule de grands ouvrages, dont beaucoup sont plus
anciens ou plus récents que le VIe siècle. Quantité de fragments de voies
romaines, que l'on voit encore dans le nord de la France et en Belgique, et
que la reine d'Austrasie avait, probablement, fait réparer, portent
aujourd'hui le nom de chaussées de Brunehaut, levées-Brunehaut
ou chemins-la-reine. Il faut assigner le même sens aux mots chemins Bréa
ou Béa et chemins de la reine Hondiatte, qui désignent d'anciennes
routes dont les soins de cette princesse assurèrent la conservation[151]. Les monuments qui rappellent
son nom ne sont pas moins nombreux[152] ; mais il suffit de citer le château
de Brunehaut, près de Bourges ; la tour de Brunehaut, à Etampes ;
la pierre de Brunehaut, près de Tournay ; le fort de Brunehaut (Bruniquel), aux environs de Cahors ; le château
de la reine Hodias, dans la forêt de Rémilly (Moselle), et la tour de
Brunehaut, non
loin d'Izeel, sur la Semoy, dans le duché de Luxembourg[153]. Enfin, on donne le même nom à
la grosse tour de Vaudémont, bien que ce curieux monument ne soit pas
antérieur à la fin du XIe siècle. Telle est aussi l'origine des mots bain
de la reine, qui étaient déjà usités au XIIIe siècle[154], et qui servent à désigner un
des thermes de Plombières, qu'elle avait restauré ou embelli[155], quoique, selon toutes les
apparences, ces thermes n'aient pas eu beaucoup à souffrir des incursions des
Barbares[156]. Rappelons encore que l'on
nomme forêts de la reine les grands bois voisins du village de
Royaumeix, dont le vocable semble indiquer une habitation royale, du reste
tout-à-fait oubliée. Mais, si quelques-uns des travaux connus sous ces
dénominations populaires sont dus à d'autres qu'à elle, on ne peut, du moins,
lui disputer ses fondations charitables, pour l'avenir desquelles elle prit
tant de précautions, qu'elle supplia le pape saint Grégoire-le-Grand de
prononcer d'avance la peine de la déposition contre les rois mérovingiens qui
voudraient les détruire[157]. On sait également qu'elle
répara, agrandit ou construisit avec magnificence plusieurs églises ; qu'elle
dépensa des sommes considérables pour le rachat des captifs ou la délivrance
des esclaves, et qu'elle favorisa, autant que possible, la propagation du
christianisme chez les peuples barbares. Aussi, à côté des nombreux historiens qui, copiant servilement les assertions des partisans de Clotaire II, se sont faits les échos de toutes les calomnies par lesquelles on a essayé de ternir la mémoire de Brunehaut, on peut citer d'autres écrivains qui ont pris sa défense, peut-être même avec trop de chaleur. Tel est l'illustre Mariana[158]. Tels sont Du Tillet[159], l'historiographe Paul Emile[160], Pasquier[161], Cordemoy[162], le Père le Cointe[163] et Dom Calmet[164]. Nous croyons en avoir dit assez pour mettre le lecteur en état de prononcer lui-même ; et, s'il a parcouru avec attention ce chapitre et les deux précédents, il pensera probablement, comme nous, que l'ambition et la vengeance ont fait commettre à Brunehaut des fautes et même des crimes ; mais que ses grandes actions ont, jusqu'à un certain point, racheté les faiblesses de la nature humaine. |
[1]
V. Frédégaire, Chronic., c. 35.
[2]
V. Vita sancti Betharii, episcopi Carnotensis, dans les Bollandistes, au
2 août.
[3]
V. la note XVI, à la fin du volume.
[4]
Cela résulte d'un passage de Frédégaire (Cimente., c. 31), dans lequel on lit
qu'un envoyé du roi des Wisigoths employé dans une négociation contre Thierry
n'osa aborder sur les côtes de la Provincia.
[5]
V. Epistolœ, lib. VII, 122.
[6]
V. Gesta regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 714.
[7]
V. Frédégaire, ibid., c. 17.
[8]
V. t. I, p. 341.
[9]
Il est ainsi nommé dans Héric, Gesta episcoporum Autissiodorensium, c.
28.
[10]
V. Recueil de divers écrits pour servir d'éclaircissements à l'Histoire de
France, et de supplément à la Notice des Gaules, t. 1, p. 38-43.
[11]
V. Chronic., c. 17.
[12]
V. Frédégaire, ibid., c. 20.
[13]
V. Frédégaire, ibid., c. 18.
[14]
V. Frédégaire, ibid., c. 18.
[15]
V. Gregorii Turonensis historia Francorum epitomata, c. 59.
[16]
V. Chronic., c. 19.
[17]
Cette opinion est inconciliable, il est vrai, avec l'assertion d'Héric, qui
écrivit, dans le IXe siècle, le livre intitulé Gesta episcoporum
Autissiodorensium, et d'après lequel Desiderius aurait appartenu à la
famille mérovingienne. Mais l'autorité d'Héric ne peut, selon nous, l'emporter
sur celle de Frédégaire, qui était contemporain et de plus originaire du
royaume de Bourgogne. Il n'est, d'ailleurs, pas absolument impossible que le quidam
homo pauper qui servit de guide à Brunehaut ait lui-même été un mérovingien
; et nous prouverons, dans un des chapitres suivants, qu'il existait un assez
grand nombre d'individus plus ou moins obscurs et pauvres, qui étaient
toutefois parents ou alliés de la famille royale. V. Le Beuf, Mémoires pour
servir à l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre, nouv. édit., t. I,
p. 137 et 138.
[18]
V. Vita sancti Arnulf, Metensis episcopi, auctore monacho anonymo coœvo,
n° 3, dans Mabillon, Acta ss., sæc, II. On conjecture, avec beaucoup de
vraisemblance, que le village de Gondreville ou Gundulfi-villa, dans
lequel il y avait une maison royale pendant les périodes mérovingienne et
carlovingienne, doit son nom au maire Gundulfus. V. Valois, Notitia
Galliarum, p. 238 et 239.
[19]
V. Historia Francorum, lib. IV, n° 1.
[20]
V. Valois, Notitia Galliarum, p. 102 ; M. Clouet, Hist.
ecclésiastique de la province de Trêves, t. I, p. 461.
[21]
V. Epistolœ, lib. V, 29, lib. VII, 5, 115, 123, lib. IX, 57, et lib. XI,
8.
[22]
V. ibid., lib. XIII, 6, 7 et 47.
[23]
V. ibid., lib. VII, 5.
[24]
V. ibid., 115.
[25]
V. ibid., lib. IX, 57.
[26]
V. ibid., 64.
[27]
V. ibid., lib. V, 51.
[28]
V. ibid., lib. V, 59, lib. IX, 56.
[29]
V. ibid., lib. VII, 123.
[30]
V. ibid., lib. V, 58, lib. VII, 116, 122, et lib. IX, 54.
[31]
Saint Grégoire écrivit aussi à Brunehaut, à la même occasion. V. ibid.,
lib. XI, 8. On peut également consulter, au sujet des relations de ce pape avec
les royaumes Francs, des lettres qu'il adressa à divers personnages secondaires
; v. lib. V, 57, lib. VII, 117, 125, et lib. XII, 12.
[32]
V. ibid., lib. V, 5 et 6.
[33]
V. ibid., lib. VII, 116.
[34]
V. Frédégaire, Chronic., c. 15 et 20.
[35]
V. Gesta regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 714.
[36]
Cet endroit se nomme aujourd'hui Maslay. V. Le Beuf, Recueil de divers
écrits pour servir d'éclaircissements à l'Histoire de France, t. I, p.
50-62.
[37]
Elle se nomme Ravanne dans la partie inférieure de son cours.
[38]
V. Le Beuf, ibid., p. 45-49.
[39]
V. Frédégaire, Chronic., c. 20 ; Gesta regum Francorum, dans Du
Chesne, t. I, p. 714 et 715.
[40]
C'est aujourd'hui la forêt de Brotonne.
[41]
V. la note XIII, à la fin du volume.
[42]
V. Frédégaire, ibid. ; Gesta regum Francorum, ibid., p. 715.
[43]
On employait quelquefois alors le mot pagus comme synonyme de civitas,
et Frédégaire lui donne ce sens dans le chapitre 20 que nous venons de citer.
[44]
V. Frédégaire, ibid., c. 21.
[45]
D'après le biographe de saint Betharius, évêque de Chartres, la victoire fut
fixée par la valeur des Alamanni qui se trouvaient dans l'armée de Thierry II.
V. Vita sancti Betharii, episcopi Carnotensis, dans les Bollandistes, au
2 août.
[46]
V. Frédégaire, ibid., c. 25 et 26.
[47]
V. idem, ibid., c. 26.
[48]
V. Vita sancti Salvii, episcopi Ambianensis, dans les Bollandistes, au
11 janvier ; v. aussi Gallia Christiana, t. X, col. 1133 et 1134.
[49]
V. Frédégaire, ibid., c. 21, 24 et 27.
[50]
V. ibid., c. 24.
[51]
V. idem, ibid., c. 28.
[52]
V. idem, ibid., c. 28 et 29.
[53]
Dans Du Chesne, t. I, p. 714.
[54]
V. Frédégaire, ibid., c. 21, 24 et 29.
[55]
V. idem, ibid., c. 35.
[56]
Les églises de Toul et de Metz et l'abbaye de Saint-Pierre (dans cette dernière
ville) le regardaient comme un de leurs bienfaiteurs. V. Benoît Picart, Hist.
de Toul, p. 250 ; le même, Hist. (manuscrite) de Metz, liv. III,
c. 5 (Bibl. publ. de Metz et de Pont-à-Mousson) ; Dom Calmet, Hist. de Lorr.,
1re édit., t. I, col. 366 et 369.
[57]
V. ibid., c. 20.
[58]
V. Paul Diacre, De gestis Langob., lib. IV, c. 31, dans Muratori, Script.
rer. Ital., t. I, part. I, p. 463.
[59]
V. la note XVI, à la fin du volume.
[60]
V. Frédégaire, ibid., c. 30, 31 et 35.
[61]
Le biographe de saint Colomban a substitué le nom de Sigisbert Ier à celui de
Childebert Ier ; mais c'est une erreur facile à rectifier, puisque celui-là
était mort depuis quinze ans.
[62]
V. Vita sancti Columbani, auctore Jona, n° 6, 7 et 8, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II.
[63]
Récemment encore (juillet 1838) on a exhumé à Bruyères des fragments de
statues, des cippes funéraires et d'autres objets antiques, révélant
l'existence d'un vicus.
[64]
V. ibid., n° 18.
[65]
V. Chronicon Senoniense, lib. I, c. 4, dans Calmet, Hist. de Lorr.,
1re édit., t. II, preuv., col. V.
[66]
V. Vita sancti Columbani, n° 12 et 17, dans Mabillon, ibid.
[67]
V. la note XIV, à la fin du volume.
[68]
V. Vita s. Columbani, n° 14, ibid.
[69]
V. ibid., n° 15 et passim.
[70]
V. ibid., n° 15.
[71]
V. ibid., n° 15 et passim.
[72]
V. Vita sancti Amati, abbatis Habendensis, n° 3 et 20, dans Mabillon, ibid.
[73]
V. Vita sanctœ Salabergœ, abbatissœ Laudunensis, auctore anonymo fere coœvo,
n° 2, dans Mabillon, ibid.
[74]
V. Vitœ Patrum, c. I, prol. et n° 1, 2 et 3.
[75]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., Lib. X, c. 10.
[76]
V. Schœpflin, Alsatia illustrata, t. I, p. 10.
[77]
V. Vita sancti Columbani, n° 15, 27 et passim.
[78]
V. Vita sancti Columbani, n° 12 et 17.
[79]
Le biographe dit, en parlant de l'abbaye de Luxeuil : monasterium antiquorum
opere constructum. V. Vita sancti Germani, abbatis Grandivalleniis,
auttore Boboleno, monacho fere æquali, n° 7, dans Mabillon, ibid.
[80]
V. Vita sancti Columbani, n° 14 et 17.
[81]
V. ibid., n° 22.
[82]
V. Du Cange, Glossarium med. et inf. lat., v° Acœmeti. Le mot
grec άκοίμητοι signifie ceux
qui veillent toujours.
[83]
La bibliothèque publique de Nancy possède une copie fort ancienne (IXe siècle)
de cet ouvrage curieux, lequel est encore inédit.
[84]
V. Vita sancti Launomari, abbatis Curbionensis, n° 8 et 9, dans
Mabillon, Acta ss., sæc. I.
[85]
V. la note XV, à la fin du volume.
[86]
V. Vita sancti Theodulfi, abbatis Remensis, n° 7, ibid.
[87]
V. Vita sancti Columbani, n° 20, 21, 23, 24 et 28.
[88]
V. ibid., n° 11.
[89]
V. ibid., n° 12, 13 et 14.
[90]
V. ibid., n° 26. Voici le passage du biographe de saint Colomban : Cervisia...
ex frumenti vel hordei succo excoquitur ; quamque prœ ceteris, in orbe
terrarum, gentibus, prœter Scoticas et Barberas gentes quœ Oceanum incolunt,
usitantur, id est Gallia, Britannia, Hibernia, Germania, ceterœque quœ ab eorum
moribus non desciscunt. Jonas ne mentionne pas comme entrant dans la
composition de la cervoise la cire, cera, à laquelle cette liqueur
paraît devoir son nom. Cependant, on mettait infuser dans les chaudières où on
la préparait les rayons dont on avait extrait le miel. Dans un autre passage de
son livre (n° 45), l'hagiographe parle de la bracis, dont il n'indique
pas la destination, mais qui devait être l'orge germé employé dans la
fabrication de la cervoise.
[91]
On peut voir notamment un passage de la Vita sancti Metensis episcopi,
n° 25, dans Mabillon, ibid.
[92]
V. Le Cointe, Annales ecclesiastici Francorum, t. I, p. 316 et 679.
[93]
V. Vita sanctœ Salabergœ, abbatissœ Laudunensis, n° 7, dans Mabillon, ibid.
[94]
V. Frédégaire, Chronic., c. 36 ; Vita sancti Columbani, n° 15.
[95]
V. Frédégaire, ibid., c. 32 ; Vita sancti Desiderii, episcopi
Viennensis, dans les Bollandistes, au 23 mai.
[96]
V. Jean Baleus, Scriptorum illustrium majoris Britanniœ Catalogus,
centuria XIV, 12.
[97]
V. Frédégaire, ibid., c. 36 ; Vita sancti Columbani, n° 34 ; Vita
sancti Nicetii, episcopi Vesontini, dans les Bollandistes, au 8 février.
[98]
V. Vita sancti Columbani, n° 40, 48 ; Frédégaire, ibid.
[99]
V. Annales Benedictini, lib. X, n° 47.
[100]
V. t. I, p. 542.
[101]
V. Vita sancti Columbani, n° 48.
[102]
V. Frédégaire, ibid., c. 32.
[103]
Frédégaire ne craint pas d'employer, en parlant de ce prince, les mots simplicitas
et stultitia. V. ibid., c. 35 et 38.
[104]
V. idem, ibid., c. 37.
[105]
V. Vita sancti Lenogisili, confessoris, n° 2, dans les Bollandistes, au
13 janvier, in appendice.
[106]
V. Mémoire sur des bracelets et des agrafes antiques trouvés dans le pays de
Vaud, par M. Troyon, dans les Mémoires de la société des antiquaires de
Zurich, t. II, p. 27-32, planche III, n° 1.
[107]
Jonas dit que cet oppidum était diruptum ; ce qui ne signifie pas
détruit, mais démantelé, et plus loin l'hagiographe donne même le titre d'urbs
à la petite ville dont il s'agit. V. Vita sancti Columbani, n°, 51 et
54, dans Mabillon, ibid.
[108]
V. ibid., n° 50, 51, 53 et 54 ; Vita sancti Galli, auctore Walarrido
Strabone, c. 4, 5 et 6, dans Mabillon, ibid.
[109]
Nous croyons que Frédégaire ne veut désigner par ces mots que le diocèse de
Châlons-sur-Marne.
[110]
V. la note XVI, à la fin du volume.
[111]
V. Frédégaire, ibid., c. 37.
[112]
V. idem, ibid.
[113]
V. Jonas, Vita sancti Columbani, n° 54.
[114]
Vita sancti Faronis, episcopi Meldensis, n° 20, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II.
[115]
V. Vita sancti Columbani, n° 57.
[116]
V. Frédégaire, ibid., c. 38.
[117]
V. Frédégaire, ibid. ; Vita sancti Columbani, n° 57 ; Appendice
ad Marii Aventicensis chronicon, dans Du Chesne, t. I, p. 217.
[118]
Dans Du Chesne, t. I, p. 715.
[119]
V. Vita sancti Columbani, n° 59.
[120]
V. Gesta regum Francorum, ibid.
[121]
Dans Du Chesne, ibid.
[122]
V. Chronic., c. 38.
[123]
V. ibid., c. 42.
[124]
V. Appendix ad Marii chronicon, dans Du Chesne, t. I, c. 217.
[125]
V. Gesta regum Francorum, ibid., p. 715.
[126]
Le Père le Comte (Annales ecclesiastici Francorum, t. II, p. 580-582)
soutient que ce prélat n'a rien de commun avec Aridius métropolitain de Lyon,
lequel serait mort dès l'année 611. Mais les savants sont, en général, d'un
avis contraire à celui du docte oratorien.
[127]
V. la note XVII, à la fin du volume.
[128]
Nous ignorons quel était l'emploi de Romaricus, car nous ne pouvons croire
qu'il soit le monétaire dont le nom se trouve sur des trient es frappés à Trajectum-ad-Mosam
(TRIECTO) et à
Wick (WICO). V.
la table des monétaires n° 170 et 1096, dans la Revue numismatique.
[129]
V. Vita sancti Romarici, abbatis Habendensis, auctore monacho anonymo
subpari, n° 3, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.
[130]
V. Vita sancti Galli, auctore Walafrido-Strabone, c. 15, dans Mabillon, ibid.
[131]
V. Vita sancti Columbani, n° 59.
[132]
V. Frédégaire, ibid., c. 38.
[133]
V. Erchanberti fragmentum, dans Du Chesne, t. I, p. 780.
[134]
D'après une tradition, qui n'a aucune valeur, son père s'appelait
Arnoaldus-Bogis, et sa mère, qui aurait appartenu à la nation des Suevi,
se nommait Oda.
[135]
V. Vita sancti Arnulfi, auctore monacho anonymo coœvo, n° 2-5, dans
Mabillon, ibid.
[136]
V. Chronic., c. 40.
[137]
V. Vita sancti Faronis episcopi Meldensis, n° 31, dans Mabillon, ibid.
; Gesta regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 715.
[138]
V. Vita sancti Romarici, n° 3, dans Mabillon, ibid.
[139]
V. Frédégaire, ibid., c. 21.
[140]
V. Vita sancti Romarici, n° 3.
[141]
V. Vita sancti Columbani, n° 48 ; Vita sancti Faronis, episcopi
Meldensis, n° 31.
[142]
V. Frédégaire, ibid., c. 39 et 40.
[143]
V. notamment Baronius, Annales ecclesiastici, à l'an 614.
[144]
C'est ce qui résulte du texte de Frédégaire, où l'on voit que la jonction des
armées eut lieu sur l'Axona et dans le diocèse de Châlons, c'est-à-dire
entre Axuentia (Vienne-la-Ville) et la source de la rivière.
[145]
On lit cependant dans la Vita sancti Faronis (n° 31) qu'il y eut un
combat très-vif ; mais cette assertion semble erronée.
[146]
V. Appendiœ ad Marii chronicon, dans Du Chesne, t. I, p. 217 ; Gesta
regum Francorum, ibid., p. 715 et 716.
[147]
V. Frédégaire, ibid., c. 41 et 42 ; Appendiœ ad Marii chronicon,
dans Du Chesne, ibid.
[148]
V. Bertholet, Histoire ecclésiastique et civile du duché de Luxembourg,
t. II, p. 62 et 63.
[149]
V. Vita sancti Sindulfi, confessoris, auctore Almanno, monacho
Altovillarensi, n° 10, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.
[150]
V. Epistolœ, lib. V, 5 et 59, lib. VII, 5, 115 et 123, lib. IX, 54 et
57, et lib. XI, 8.
[151]
V. Bulletin de la société d'archéologie et d'histoire de la Moselle,
1858, p. 10.
[152]
Dès le Xe siècle, Aimoin s'étonnait de ce qu'une seule reine avait pu exécuter
tant d'ouvrages importants. V. Hist. Franc., lib. IV, n° 1.
L'observation d'Aimoin prouve l'antiquité des traditions dont il s'agit.
[153]
V. Bertholet, ibid., t. II, p. 64.
[154]
V. la transaction faite entre le duc de Lorraine Ferri III et le chapitre de
Remiremont, le 18 juillet 9295 ; archives du département de la Meurthe, layette
Remiremont, I, n° 46 et 47.
[155]
V. Antiquités des eaux minérales de Vichy, Plombières, Bains et Niederbronn,
par M. Beaulieu, p. 148.
[156]
C'est ce qui parait résulter de découvertes faites en 1857, et décrites dans le
journal l'Espérance (n° du 4 juillet 1857).
[157]
V. Sancti Gregorii Magni Epistolœ, lib. XIII, 8.
[158]
V. Historia Hispaniœ, lib. V, c. 10.
[159]
V. Chronicon de regibus Francorum, sous l'année 616.
[160]
V. De rebus Gallicis, lib. I.
[161]
V. Recherches de la France, liv. V, c. 13.
[162]
V. Histoire générale de France, t. II, p. V-XII.
[163]
V. Annales ecclesiastici Francorum, t. II, p. 640 et suiv.
[164]
V. Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, col. 377.