HISTOIRE DU ROYAUME D'AUSTRASIE

TOME PREMIER

 

NOTES.

 

 

NOTE I. — SUR LES MOTS FLABA ET CLAVI.

 

Les habitants de la civitas, ou, si l'on aime mieux, du diocèse de Verdun sont appelés Clavi dans les actes du concile de Cologne tenu en 346, et dont l'authenticité n'est plus contestable. Ils sont désignés sous le même nom dans l'Historia brevis episcoporum Virdunensium, rédigée, au Xe siècle, par le prêtre Bertarius[1] ; dans la chronique de Sigebert de Gemblours ; dans celle de Hugues de Flavigny ; dans l'Historia episcoporum Leodiensium, par Gilles d'Orval, et dans l'Historia episcoporum Virdunensium, écrite par le moine Laurent de Liège, qui vivait au XIIe siècle[2]. Enfin, la ville de Verdun est nommée VRBS CLAVORVM sur des deniers frappés, au XIe siècle, par l'évêque Theodericus ou Thierry.

Nous avons peine à croire néanmoins que le nom de Clavi ait été porté réellement par les habitants de la civitas de Verdun. Il est, en effet, complètement inconnu aux historiens, aux géographes et aux poètes de l'Antiquité. Le diocèse de Verdun est appelé civitas Verodunensium dans la Notitia provinciarum et civitatum Galliœ, et la ville elle-même est nommée Virodunum dans l'Itinéraire d'Antonin, Virodunum, Viridunum, Virdunum, Veredunum et Verdunum sur les différentes monnaies frappées pendant les périodes gallo-romaine et mérovingienne[3]. Pour rendre compte d'une pareille anomalie, nous aurons recours à une conjecture, que l'on trouvera peut-être bien hasardée, mais qui n'est pas inadmissible. La voici : Selon les historiens de Verdun, le christianisme ne s'était introduit dans cette ville qu'avec beaucoup de difficultés, et les premiers disciples de la religion nouvelle, persécutés ou craignant de l'être, s'étaient réfugiés dans un lieu situé à trois lieues au nord de Verdun et appelé Flaba ou Flabas[4]. Ce lieu, qui était alors très-solitaire et environné d'épaisses forêts, fut donc en quelque sorte le foyer d'où le christianisme se répandit dans la civitas de Verdun. Saint Sanctinus, qui en fut le premier évêque, et dont le nom figure dans le concile de Cologne, résidait habituellement au milieu des chrétiens de Flaba, et c'était de là qu'il partait pour aller annoncer l'évangile, soit à Verdun même, soit dans les vici et les villœ qui appartenaient à son diocèse. Lorsque la persécution ou d'autres motifs, qui ne sont pas bien connus, l'eurent engagé à se retirer à Meaux, Flaba ne fut pas abandonné, et plusieurs chrétiens y restèrent, sous la conduite de saint Maurus (saint Maur), le disciple chéri de saint Sanctinus. Quand ce dernier vit que sa fin approchait, il écrivit aux Verdunois, afin de les engager à prendre pour évêque son disciple Maurus, dont il appréciait la capacité et les vertus, et ce fut dans cette même solitude de Flaba que les habitants de Verdun allèrent chercher le nouveau prélat, qui ne quitta pas sans répugnance un lieu qu'il regardait comme le berceau du christianisme dans son pays[5].

Maintenant, si nous nous rappelons que Sigebert de Gemblours nomme Verdun non seulement urbs Clavorum, mais encore urbs Claborum ; que le chroniqueur Laurent de Liège l'appelle indifféremment urbs Clavorum ou urbs Claborum ou Clabonia ou Clabia, et que l'on trouve encore ailleurs la forme Cloboa, il nous est impossible de n'être pas frappé de l'analogie singulière que présentent les mots Clabia ou Claba et Flaba. Une seule lettre, en effet, les distingue l'un de l'autre, et l'on sait que, pendant la période mérovingienne, on substituait assez fréquemment la lettre f à la lettre c. Nous en citerons plus loin divers exemples ; mais, pour ne pas trop allonger cette note, nous mentionnerons seulement ici un diplôme donné par le roi d'Austrasie saint Sigisbert IV à saint Remacle, abbé de Stavelo et de Malmédy, et dans lequel un des fils de saint Arnulfus (Arnoul), Chlodulfus, qui fut plus tard évêque de Metz, est nommé Flodulfus[6].

Nous croyons donc pouvoir conclure que les mots Flaba et Claba désignent un seul et même endroit ; que les habitants chrétiens de ce lieu portaient le nom de Flabi, Clabi ou Clavi ; que saint Sanctinus, lequel résidait parmi eux, devait se qualifier episcopus Clavorum ou Claborum ; que ses successeurs immédiats ont, sans doute, pris le même titre, par vénération pour le lieu qui avait servi de retraite à saint Sanctinus et aux premiers chrétiens, et que, dans la suite, l'ignorance et la perte des monuments primitifs de l'église verdunoise en ayant un peu obscurci les origines, on finit par transporter à la ville de Verdun un nom qui ne lui avait jamais appartenu.

 

NOTE II. — SUR LE VÉRITABLE TITRE DE LA CHRONIQUE D'OROSE.

 

Quelques-uns de nos lecteurs s'étonneront peut-être de nous voir citer la chronique d'Orose sous le titre : De miseria hominum. On sait, en effet, que toutes les copies de l'ouvrage commencent ainsi : Pauli Orosii de ormista hominem liber primus ; et on doit ajouter que la phrase en question remonte à une époque assez reculée, puisque la chronique d'Orose est alléguée sous ce titre dans une ancienne vie de saint, dont le laborieux Du Chesne a publié un fragment. Un pareil titre est réellement incompréhensible ; aussi, parmi les écrivains qui se sont occupés d'Orose, les uns ont jugé à propos de passer la difficulté sous silence, tandis que les autres ont pris le mot ormista pour une transcription fautive du nom Hormisdas, assez commun chez les Perses, et ont gratuitement supposé que Paul Orose, prêtre de Tarragone, en Espagne, portait trois noms et s'appelait réellement Paulus Orosius Hormisdas. Leur erreur a été signalée depuis quelque temps, et, pour se convaincre que le mot ormista est une faute de copiste, il suffit de se rappeler : 1° que les titres des livres dans les plus anciennes copies sont souvent tracés en écriture mixte, soit que l'on ait employé cet élégant caractère dans tout le manuscrit, soit que le scribe ait préféré la minuscule ; 2° que les mots ormista et miseria écrits en lettres mixtes offrent à l'œil presque le même aspect. La lettre m se compose, en effet, d'une sorte d'o et d'un trait courbé placé à droite et assez semblable à la lettre r. D'un autre côté, l's peut se confondre aisément avec l'r, et le t avec l'i. Le scribe a donc pris l'm pour la syllabe or, l'r pour un s, et l'i pour un t, et, sous sa plume inattentive, le mot miseria est devenu le terme barbare ormista, qui a tant embarrassé plusieurs savants.

 

NOTE III. — SUR LE MOT MÉROVINGIENS.

 

M. de Sismondi, ainsi que nous en avons fait la remarque dans le corps de notre ouvrage, prétend, sans en donner aucune preuve, que les rois des Francs Saliens ont reçu le nom de Mérovingiens d'un prince appelé Mérovée ou Meer-wig, lequel régnait sur cette tribu longtemps avant qu'elle s'établît dans la partie septentrionale de la Belgica Secunda[7].

Cette assertion est formellement contredite par Frédégaire, qui vivait dans la première moitié du VIIe siècle, et dont l'autorité l'emporte par conséquent de beaucoup sur celle de l'historien genevois. Frédégaire dit en effet : Uxor Chlodeonis... concepit ac peperit filium, Meroveum nomine, a quo reges Francorum postea Merovingii vocantur[8]. L'auteur du Gesta regum Francorum, lequel écrivit assez longtemps après Frédégaire, mais dans un moment où il pouvait encore contrôler aisément les dires de ce chroniqueur, s'exprime de la même manière et fait également remonter l'origine du mot Mérovingiens à Mérovée père de Childéric : ... a Meroveo... celebre nomen, reges Francorum Merovinchi nuncupati sunt[9].

Ce mot passa rapidement dans le langage usuel. On le rencontre déjà dans une formule qui peut remonter au VIe siècle, et qui précède, dans quelques manuscrits, les codes barbares rédigés ou révisés par ordre de Thierry Ier, roi d'Austrasie. Elle est ainsi conçue : Hoc decretum est apud Regem et Principes ejus, et totum populum Christianum qui infra regnum Merwungorum consistit. Le moine Jonas, qui composa, au VIIe siècle, la vie de son maitre saint Colomban, emploie la même expression : ... aïebant enim, dit-il, numquam se audiisse Merovingum, in regno sublimatum, voluntarium clericum fuisse[10].

 

NOTE IV. — SUR LES NOMS DES MÉROVINGIENS.

 

Cette note serait peut-être mieux placée dans notre tome III ; car c'est seulement dans ce tome que nous parlerons des monnaies mérovingiennes, et la présente note a surtout pour but de prouver que la plupart des noms dits royaux que l'on rencontre sur les monnaies en question sont ceux de simples monétaires. Elle est, du reste, également destinée à réfuter une assertion qu'un historien moderne a récemment reproduite dans les termes suivants : « Un fait digne de remarque c'est que les noms de Clovis, Clotaire, Childebert, Dagobert, Childéric et Thierry n'étaient portés que par les membres de la famille royale ; et l'histoire n'a conservé le souvenir d'aucun homme de la nation qui se fût ainsi appelé. »

Nous démontrerons le contraire, en nous bornant à mentionner quelques simples particuliers ou princes étrangers, lesquels ont reçu et porté les mêmes noms que les Mérovingiens. On aurait pu augmenter cette liste, mais, telle qu'elle est, elle suffira, et au-delà, pour renverser l'assertion que nous voulons combattre. Nous avons rangé tous ces noms selon l'ordre alphabétique, et l'on trouvera d'abord le nom du prince ou de la princesse, puis la mention des divers particuliers ou des chefs étrangers qui s'appelaient de même.

BILICHILDIS, fille de Sigisbert IV, roi d'Austrasie. — Bilichildis, esclave qui épousa Théodebert II, roi d'Austrasie ; — Blidechilde, serve affranchie par une matrone nommée Erminethrudis[11].

CHARARICUS, roi des Francs établis dans la civitas des Morini. — Gararicus, duc[12] ; — Charraricus, roi des Suèves[13].

CHARIBERTUS, fils de Clotaire Ier. — Caribertus, témoin[14] ; — Chaireber, témoin[15] ; — Haribertus, fils d'un leude austrasien appelé Gundoaldus[16] ; — Haribertus, parent ou ami de Gundeberga reine des Lombards[17] ; — Charibertus, père de Berta femme de Pépin-le-Bref[18].

CHILDEBERTUS. — Hildebertus, monétaire[19] ; — Eldebertus, monétaire[20] ; — Hildebertus, évêque de Meaux ; — Hildebertus, évêque de Cambray ; — Childebertus, fils de Grimoald maire du palais d'Austrasie.

CHILDERICUS. — Hildericus, roi des Vandales[21] ; — Childericus, seigneur saxon ou surnommé Saxo[22] ; — Childericus, leude austrasien[23] ; — Chuldericus, monétaire de Metz.

CHILPERICUS. — Chilpericus, prince bourguignon, père de Clotilde ; — Ilpericus, simple particulier, inhumé dans le cloître de Saint-Germain-des-Prés.

CHLODERICUS, roi d'Austrasie. — Hlodericus, vicarius[24] ; — Clodericus, monétaire[25].

CHLODIO. — Chlodio, missus discurrens[26].

CHLODOALDUS. — Chrodoaldus, seigneur germain[27] ; Chrodoaldus, abbé[28].

CHLODOSWINDA, fille de Sigisbert II. — Sainte Clotsendis, abbesse de Marchiennes ; — sainte Glodesindis (Glossinde), abbesse à Metz[29].

CHLOTHARIUS. — Chrotharius, métropolitain de Tours[30] ; Chrotcharius, diacre[31].

CHROTHECHILDIS OU CLOTILDE. — Chrothildis, matrone[32] ; Clothilde, femme de Thierry III.

CHRAMNUS, fils de Clotaire Ier. — Chramnus, monétaire[33] ; Chramnus, témoin[34].

DAGOBERTUS. — Dagobertus, référendaire[35].

FARAMUNDUS. — Faramodus, prêtre[36] ; — Faramundus, référendaire[37] ; — Faramundus, évêque ou métropolitain de Cologne ; — Faramundus, intrus sur le siège de Trajectum-ad-Mosam[38] ; — Framundus, témoin[39] ; — Faramundus, évêque de Paris[40].

GUNDOVALDUS, fils (vrai ou prétendu) de Clotaire Ier. — Gundobaldus, duc[41] ; — Gundobaldus, comte[42] ; — Gundoaldus, leude austrasien[43] ; — Gundoaldus, témoin[44], et autres.

GUNTHARIUS, fils de Clotaire Ier. — Guntharius, métropolitain de Tours, et autres.

GUNTCHRAMNUS OU GONTRAN. — Guntchramnus, duc[45] ; — Guntchramnus-Boso, leude austrasien[46] ; — Guntramnus, prêtre[47] ; — Guntran, métropolitain de Tours ; — Gontrannus, sujet austrasien[48].

MEROVEUS ou MEROVECHUS. — Meroveus, évêque de Poitiers ; Meroveus, moine colombaniste[49].

MUNDERICUS. — Mondericus, évêque de Langres[50].

RICHARIUS, frère du roi des Francs établis à Cambray. — Richaredus, roi des Wisigoths, et autres.

SIGISBERTUS. — Sigobertus, évêque d'Orléans ; — Sigibertus, évêque de Momociacum ; — Sigebertus, moine irlandais, compagnon de saint Colomban ; — Sigebertus, moine de Saint-Denys ; — Sigobertus, monétaire[51] ; — Sisbertus, monétaire d'Angers[52] ; — Secobertus, monétaire de Marseille[53] ; — Sigebertus, témoin[54] ; — Sigberes, esclave[55], et plusieurs autres.

THEODEBALDUS. — Thedebaldus, fils de Gothefridus duc des Alamanni[56] ; — Théodbald, frère d'Edilfrid roi de Northumberland[57] ; — Θευδιβαλδος, chef varne[58] ; — Theodoaldus, monétaire[59] ; — Theodbaldus, témoin[60].

THEODEBERTUS. — Theodebertus, duc des Bajuvarii ; — Theodebertus, leude austrasien[61] ; — Theodebertus, abbé[62] ; — Teudebertus, monétaire[63].

THEODECHILDIS, fille de Thierry Ier. — Theodechildis, fille d'un pâtre et femme du roi Charibert ; Theodechildis, femme de Théodebert II[64] ; — Theodechildis, sœur d'Agilbert évêque de Paris[65].

THEODERICUS. — Saint Theodericus, abbé ; — Teudiricus, Teudericus, Theodoricus, Theodiricus, Teodoricus, Teodericus, Teodiricus, monétaires[66] ; — Theodericus, témoin[67] ; — Theudericus, témoin[68].

THEUDELANA, fille de Sigisbert II. — Theodilana, matrone d'origine inconnue[69].

Ainsi l'on voit, en parcourant cette liste, que les noms des princes ou des princesses de la dynastie mérovingienne ont été portés également soit par de simples particuliers, soit par des souverains étrangers. Il n'y a d'exception que pour les noms de Clovis et de Clodomir[70], et encore cette espèce de lacune tient-elle, selon toutes les apparences, à la rareté des monuments écrits.

Ajoutons que les Mérovingiens donnaient même parfois à leurs enfants des noms bibliques ou gallo-romains. On sait que Chilpéric Ier et Frédégonde avaient un fils appelé Samson[71]. Un des fils de Thierry II se nommait Corbus[72]. Enfin saint Licinius, évêque d'Angers, appartenait à la famille des rois Francs[73].

 

NOTE V. — SUR LA DATE DU SIÈGE DE VERDUN PAR CLOVIS.

 

La date que nous avons assignée dans le texte au siège de Verdun est établie par différents documents, et en particulier par la Vita sancti Maximini, abbatis Miciacensis. L'auteur de cette vie dit, en effet, après avoir rapporté la reddition de Verdun : Jussit (Rex) ut sibi (Euspicius) comes fieret, (et) quousque Aurelianensem urbem deveniret[74].

Si l'on alléguait qu'il peut être question dans ce passage d'un voyage et d'un séjour que Clovis aurait faits à Orléans à une autre époque, il suffirait de répondre que ce fut pendant ce séjour que le prêtre Eusebius fut élu évêque d'Orléans[75] ; or, comme il assista au concile tenu dans cette ville en 511, on ne peut guère admettre que son élection remonte aux premières années du règne de Clovis, attendu que les épiscopats de vingt-cinq ans sont fort rares.

Il est également impossible de tirer parti contre notre opinion d'un autre passage de la même vie, où l'auteur dit en parlant de Clovis : ... cum auspicia ejus regni multimodis urgerentur incursibus[76]. Il y est question, effectivement, non pas du commencement du règne de ce prince chez les Saliens, mais du commencement de son règne chez les Ripuaires. Il était d'usage au Vie siècle et au Vile de prendre pour base de la chronologie de chaque prince la première année de son règne dans la ville où une chronique était écrite, où un diplôme était rédigé. Ainsi dans les civitates septentrionales de la Belgica Secunda on faisait partir le règne de Clovis de l'année 481, date de la mort de son père Childéric, tandis que dans les provinces situées au midi de la Loire on comptait comme première année du règne l'année 507, qui avait vu la défaite d'Alaric II et l'expulsion des Wisigoths[77]. Ainsi, Frédégaire fixe la mort du roi Dagobert I à la seizième année de son règne[78], bien que ce roi n'eût succédé à Clotaire Il que depuis dix ans, mais parce qu'il avait auparavant régné pendant six ans dans le royaume d'Austrasie. Ainsi encore, le diplôme de Palladius évêque d'Auxerre pour la fondation de l'abbaye de femmes de Saint-Julien, diplôme qui fut souscrit en 635, est de la huitième année de Dagobert Ier, quoique ce prince régnât depuis longtemps sur l'Austrasie ; mais ici on n'a tenu compte que de son règne en Bourgogne, lequel avait commencé en 628[79].

L'auteur de la vie de saint Maximinus nous fournit encore un autre argument, qui est péremptoire. On tit dans cette biographie[80] que Clovis, aussitôt après la soumission de Verdun, entra dans la ville et se rendit à la cathédrale pour remercier Dieu[81]. Donc le roi salien faisait déjà profession du christianisme, et par conséquent le siège de Verdun, loin de remonter aux premières années de son règne, est postérieur à l'an 496, date de sa conversion. On peut encore alléguer, et ceci n'est pas moins positif, qu'au commencement de son règne Clovis n'exerçait aucune autorité dans la ville d'Orléans, si ce n'est comme magister militum, et qu'il lui était aussi difficile d'y faire élire un évêque que d'y fonder un monastère.

Il n'est pas inutile d'ajouter que la tradition de l'église de Verdun est tout-à-fait d'accord avec le récit de l'hagiographe. D'après cette tradition, c'est en 511 que saint Vito, aujourd'hui connu sous le nom de saint Vanne, est monté sur le siège épiscopal de Verdun après saint Firmin, qui était mort pendant que Clovis essayait de s'emparer de la ville. C'est ce qu'atteste Bertaire, qui écrivit, au commencement du Xe siècle, une histoire des évêques de Verdun, excellente pour l'époque à laquelle elle fut composée[82]. Enfin, Aimoin place également le siège de Verdun immédiatement avant le concile d'Orléans[83] : Postea cum Aurelianensem urbem Chlodovœus rex adire disposuisset, sanctum Euspicium, ac ejus nepotem beatum Maximinum, jussit ut suum prosequerentur iter. Quibus et Miciacense contulit prœdium ; et ut ipsi, ac posteri eorum, ilium possiderent locum per suum firmavit pragmaticum[84].

 

NOTE VI. — SUR LE NOM DE FRANCIA.

 

Nous avons dit dans le texte de notre ouvrage que le nom de Francia, qui paraissait devoir s'appliquer indistinctement à tout le territoire occupé par les Francs, ne fut donné dans l'origine qu'au pays où les rois ripuaires avaient établi le siège de leur autorité. Cette conclusion n'est pas celle que le docte abbé le Beuf avait cru pouvoir tirer des textes mérovingiens, et, dans une dissertation déjà citée plusieurs fois[85], il a essayé de démontrer : 1° que le nom de Francia n'a commencé à être employé que vers le milieu du VIe siècle, et 2° que ce terme était synonyme de Neustria. Or, il nous semble que les deux propositions contraires sont faciles à établir.

1° Le nom de Francia est inscrit à l'exergue d'un aureus de Constantin-le-Grand, cité par Spanheim dans ses notes sur les Césars de l'empereur Julien-l'Apostat[86]. On le rencontre également dans la Table Théodosienne, où il désigne toute la contrée qui s'étend sur la rive droite du Rhin, depuis Colonia Agrippina jusqu'à la mer du nord, contrée alors habitée par une fraction de la tribu des Ripuaires. Enfin, le même nom se trouve dans le poème que Claudien composa, vers la même époque, à la louange de Stilicon :

Provincia missos

Expellet potius fasces quam Francia reges

Quos dederis...[87]

Ces citations, dont on pourrait probablement augmenter le nombre, suffisent pour prouver que le nom de Francia était connu et usité dès le IVe siècle.

2° L'abbé le Beuf convient que les historiens et les rois mérovingiens eux-mêmes ont employé ce terme dans une acception plus étendue que celle qu'il entend lui assigner ; mais il croit néanmoins sa propre opinion solidement établie par divers passages de la chronique de Marius évêque d'Aventicum, de Grégoire de Tours et de l'auteur du Gesta regum Francorum.

Marius dit, en effet, que Sigismond roi des Bourguignons, étant tombé entre les mains des fils de Clovis, fut conduit in Franciam[88] ; or on sait d'autre part que ce malheureux prince fut mené dans la civitas d'Orléans, qui a toujours fait partie de la Neustrie. Mais on peut répondre que Marius écrivit sa chronique plusieurs années après la mort de Sigismond ; qu'au moment où elle fut composée, Clodomir avait été lui-même tué à la bataille de Véseronce ; que ses frères s'étaient partagé les civitates qui avaient formé la sors de ce roi ; que la civitas d'Orléans avait été peut-être attribuée à Thierry, et que Marius, en employant le mot Francia, s'était servi, par distraction, d'un terme usité pour désigner, improprement il est vrai, les différentes civitates appartenant au roi d'Austrasie.

Quant aux trois passages de Grégoire de Tours allégués contre le sentiment que nous défendons, le premier, qui est extrait du Liber de gloria Confessorum[89], prouverait à la vérité que la ville de Sens était située in Francia, s'il était établi que la reine Theodechildis se trouvait dans ce lieu lorsque le tribun dont parle le métropolitain de Tours la rencontra ; mais on ne peut tirer avec certitude une pareille induction des termes employés par l'historien, et d'ailleurs quelques écrivains ont cru que Sens avait appartenu momentanément aux rois d'Austrasie ; en sorte que, dans aucun cas, on ne peut profiter contre notre opinion du premier passage. Le second, qui est extrait du premier livre de l'ouvrage intitulé : Miracula sancti Martini, prouverait plutôt en faveur de cette opinion que contre elle. Enfin, le troisième, que l'on trouve dans l'Historia Francorum[90], démontre que Grégoire de Tours savait que l'Austrasie était spécialement désignée par le nom de Francia. On y lit en effet : Clotarius, post mortem Theodobaldi, cum regnum Franciœ suscepisset ; et il nous semble impossible de rien alléguer de plus clair et de plus positif.

C'est aussi le mot Francia que Venance Fortunat emploie en parlant de l'Austrasie, dans sa vie de sainte Radegonde[91]. Saint Ouen, dans la vie de saint Eloy, se sert également de Francia[92], qu'il oppose au mot Gallia, comme Grégoire de Tours dans un second passage de l'Historia Francorum[93], et il veut certainement désigner le pays où les Francs étaient en plus grand nombre, c'est-à-dire l'Austrasie. On doit interpréter de la même manière un endroit d'une lettre de saint Boniface, qui, écrivant à saint Cuthbert, métropolitain de Canterbury, s'exprime de la sorte : Perpaucœ sunt civitates in Langobardia, vel in Francia, aut in Gallia, in quibus non sit adultera vel meretrix generis Anglorum[94]. On peut voir, dans la Notitia Galliarum de Valois (p. 305-306), d'autres textes où le mot Francia est opposé à Gallia toujours avec le même sens ; et bien que plusieurs des auteurs allégués ci-dessus n'aient pas attaché au nom de Francia une idée tout-à-fait précise et déterminée, il n'en est pas moins vrai qu'à leurs yeux il représentait le nord et le nord-est de la Gaule, les trois ou quatre provinces dont la réunion a constitué le royaume d'Austrasie. Au VIe siècle, on employait encore ce mot pour désigner le pays primitif des Ripuaires, c'est-à-dire la contrée comprise entre le Weser et le Rhin inférieur ; car Théodebert parle, dans une de ses lettres à l'empereur, de barbares qui incolebant Franciœ septentrionalem plagam ; ce qu'on doit entendre des côtes de la mer du nord, vers l'embouchure du Weser[95]. Enfin, le géographe de Ravenne, qui a rédigé son livre plus tard, mais d'après des documents anciens, mentionne la Francia Rhinensis[96], qui est certainement l'Austrasie, et il a bien soin d'ajouter que ce nom avait remplacé celui de Gallia Belgitia (sic).

Nous ne terminerons pas cette note sans parler brièvement du titre de superiores qui se trouve joint au mot Franci dans quelques textes de la période mérovingienne.

On lit dans le Gesta regum Francorum[97] que Childebert Ier, voulant venger la mort de son père, rassembla pour accabler Frédégonde et Clotaire II une armée composée des Burgundiones, des Austrasii et des Franci superiores. On voit que dans ce passage les Austrasiens et les Franci superiores semblent constituer deux peuples ou au moins deux tribus différentes. Dans d'autres passages du même livre (p. 708 et 716), au contraire, les deux peuples paraissent n'en former qu'un ; et l'auteur du Gesta Dagoberti regis avait déjà dit : Austrasii vero Franci superiores, congregati in unum, Dagobertum super se regem statuunt[98]. Ces trois dernières citations suffiraient pour amener à conclure que les Ripuaires ou Austrasiens étaient parfois désignés sous le nom de Franci superiores, et que la rédaction du premier passage du Gesta regum a été troublée par la bévue d'un copiste ; mais cette conclusion est mise à l'abri de toute contestation par une ligne de la vie de saint Theodulfus, abbé du monastère de Hor, où on tit qu'un leude nommé Offo fat chargé d'une mission par les Austrasiens, qui sunt superiores Franci (3)[99]. Enfin, le lieu dont le nom nous est parvenu sous la forme de vicus Supernorum, où nous avons cru, après Valois, retrouver le nom des Gugerni, en lisant vicus Gugernorum, ce lieu, disons-nous, pourrait bien s'être appelé réellement vicus Superiorum, et nous avoir ainsi conservé la trace d'un sur nom des Ripuaires, dans le pays desquels il était situé.

Quant à l'origine même de ce surnom, il est difficile de découvrir quelque chose qui satisfasse entièrement. On ne peut songer à trouver dans le mot superiores un indice de la prééminence qui, selon nous, appartenait au royaume d'Austrasie, et il est probablement plus sage d'y voir une épithète destinée à rappeler que les Ripuaires occupaient un pays situé plus au nord que celui des Saliens.

 

NOTE VII. — SUR L'ÉVÊCHÉ DE MOMOCIACUM.

 

En plaçant le diocèse de Monzon au nombre de ceux qui entrèrent dans le lot de Sigisbert fils de Clotaire r, nous nous sommes bien attendu à soulever plus d'une réclamation. C'est pour la première fois, en effet, qu'il est question de ce diocèse, et une pareille nouveauté a besoin de preuves pour être admise par les savants. Nous allons rapporter ici les raisons qui nous ont convaincu, mais il est nécessaire auparavant de dire un mot du nom même du diocèse.

Il existe dans la partie nord-est de l'ancien diocèse de Reims, sur la rive droite de la Meuse, une petite ville que l'on appelle aujourd'hui Monzon. Dans l'Antiquité, elle portait le nom de Mosomagus[100]. Plus tard, elle prit celui de Mosomum, qui est le plus fréquemment employé pendant les périodes mérovingienne et carlovingienne[101]. Tout semble prouver que c'est elle qui est désignée sous le nom de Masao dans une lettre adressée par saint Paul, évêque de Verdun, à saint Desiderius ou Didier, évêque de Cahors[102], et où on tit que saint Sigisbert IV, roi d'Austrasie, avait récemment traversé Verdun, qu'il se trouvait à Reims, qu'il y célébrerait les fêtes de noël, que de là il irait à Laon (Leuduno), puis à Masao, puis sur les bords du Rhin. Enfin, quelques érudits[103] ont pensé que Mouzon avait ainsi été appelé Momociacum, et l'on peut ajouter que la ville qui portait ce nom était bien certainement en Austrasie ; car, ainsi que nous le verrons tout-à-l'heure, le roi Childebert Ier y alla passer les fêtes de pâques, sur l'invitation de l'évêque Sigibertus, et lorsque saint Thaumastus, autre évêque de la même ville, fut exilé, on le conduisit à Poitiers, qui faisait également partie de ce royaume.

Pour découvrir l'origine du diocèse de Momociacum ou Mosomum, il faut, si nous ne nous trompons, remonter au commencement du Vla siècle. On nous a conservé une lettre écrite par saint Remi, métropolitain de Reims, à un nommé Fulco ou Falco[104], auquel il reproche vivement d'avoir ordonné des prêtres à Mosomum, d'y avoir institué des archidiacres, d'y avoir établi un primicerius scholœ clarissimœ militiœgue lectorum, personnage dans lequel on a cru reconnaître un directeur des écoles, scholastique ou écolâtre, mais que nous prendrions plutôt pour le chef des ecclésiastiques qui aidaient l'évêque pour l'administration de l'église construite dans la ville épiscopale. Tous ou presque tous les historiens ont admis que ce Fulco ou Falco était un évêque de la civitas des Tungri (1)[105], et qu'il avait profité de certaines circonstances pour réunir à son diocèse, déjà si vaste, la ville de Mosomum et la partie de la civitas de Reims qui s'étendait à l'orient de la Meuse. Mais cette explication ne nous paraît pas satisfaisante, et nous aimons mieux croire que Fulco était un chorévèque[106] du diocèse de Reims, qui, las de cette position subalterne, prit le parti de se déclarer indépendant et d'ériger son district en évêché, de son autorité propre. C'est le seul moyen de donner à la lettre de saint Remy une interprétation convenable. En effet, si on doit ranger Fulco parmi les évêques de Trajectum, on ne voit pas pourquoi il institue dans une petite ville, qu'il vient de réunir à son diocèse, un clergé semblable à celui d'une cité épiscopale. A quoi bon ordonner des prêtres, instituer des archidiacres, un primicier et une schola ? Il est probable et même certain que la population de Mosomum était trop peu considérable pour exiger un clergé aussi nombreux. Si on admet, au contraire, que Fulco était un simple chorévêque qui finit par se rendre indépendant, on comprend très-bien qu'il ait ordonné des prêtres, qu'il ait institué deux ou trois archidiacres pour administrer sous sa direction le nouveau diocèse, et enfin qu'il ait établi dans la ville épiscopale une schola et une militia lectorum gouvernées par un primicerius. Toutes ces créations étaient non seulement naturelles, elles étaient indispensables.

Mais il y a plus, et la lettre de saint Remi nous fournit elle-même une preuve de ce que nous avançons. Le métropolitain de Reims, après avoir reproché à Fulco d'avoir ordonné des prêtres, ajoute : « Que dirai-je de la validité de ces ordinations, auxquelles Votre Béatitude n'avait pas le droit de procéder ? Et, si nous voulons appliquer à toute cette affaire la juste sévérité des anciens canons, votre épiscopat lui-même sera frappé de la même suspicion que les ordinations dont il s'agit.... J'avois autrefois désiré que vous restassiez simple clerc, parce que je vous voyais affecter les airs d'un évêque. » Est-il possible de rien trouver de plus clair et de plus positif ? N'est-ce pas le langage que saint Remi devait tenir à un chorévèque ambitieux, qui venait de rompre avec le prélat duquel il avait dépendu plus ou moins longtemps ? Est-ce que le métropolitain de Reims aurait élevé des doutes sur la validité de l'épiscopat de Fulco, si ce dernier avait légitimement possédé l'évêché de Trajectum ?

Il est, d'ailleurs, à peu près impossible de faire entrer Fulco dans le catalogue des évêques de cette ville. Les listes, de dates plus ou moins récentes, que l'on trouve dans le Gallia Christiana et dans d'autres ouvrages mentionnent deux prélats du nom d'Eucharius, et placés l'un immédiatement avant, le second immédiatement après Fulco. Mais il est évident que ces deux Eucharius ne forment qu'un seul et même personnage, et c'est bien à tort que les rédacteurs des catalogues ont, en quelque sorte, coupé cet évêque en deux pour intercaler un prélat qui n'a jamais occupé le siège de Trajectum. En effet, l'épiscopat d'Eucharius Ier, qui a commencé en 487, et que l'on termine arbitrairement à l'année 495, afin de faire place à Fulco, a très-bien pu se prolonger non seulement jusqu'à l'année 512, pendant laquelle aurait commencé l'épiscopat d'Eucharius II, mais encore un certain temps après, et les savants auteurs du Gallia Christiana n'ont pas craint d'avouer que la chronologie de tous ces évêques est fort embrouillée[107] ; ce qui prouve que les catalogues dont il s'agit ne méritent aucune créance.

Nous avons fait observer, dans le corps de l'ouvrage, que, vers le commencement du VIe siècle, le roi des Ripuaires Sigisbert Ier, qui était maitre depuis longtemps de la civitas de Trèves, s'était mis, avec l'agrément de Clovis, en possession des cités méridionales de la Belgica Prima. Il avait occupé notamment la cité de Verdun, et on peut admettre, avec vraisemblance, que, sans se laisser arrêter par une limite fictive, et que rien ne traçait sur le terrain, il s'était approprié tout le pays jusqu'à la rive droite de la Meuse, c'est-à-dire la petite portion de la civitas de Reims dont Mosomum était le chef-lieu, et dans laquelle Fulco exerçait les fonctions de chorévêque. Si les choses se passèrent ainsi, il est probable que le chorévêque, poussé par l'ambition, profita de la conjoncture pour usurper le territoire qu'il administrait et pour se faire reconnaître comme évêque titulaire ; ce qui lui attira de la part de saint Remi la verte admonestation dont nous avons donné quelques extraits.

Il ne faut pas croire qu'une pareille usurpation soit sans exemple, et nous pouvons rapporter trois faits de nature semblable, qui se sont accomplis à la même époque. On doit en conclure que, lorsqu'une civitas se trouvait partagée entre deux états différents, on établissait parfois un nouvel évêché dans la portion qui ne possédait pas le siège épiscopal. Voici ces trois exemples :

1° Sigisbert II, maître de la civitas du Mans, reçut aussi, après la mort de son frère Charibert, la partie de la civitas des Carnutes (Chartres) la plus rapprochée de la première. Il en fit immédiatement un diocèse nouveau, et prescrivit à Ægidius métropolitain de Reims de sacrer comme évêque de ce diocèse un prêtre appelé Promotus, qui établit sa résidence dans le castrum Dunense (Château-Dun)[108].

2° Les Wisigoths, ayant reconquis, plusieurs années après la mort de Clovis Ier, quelques-unes des civitates que ce prince leur avait enlevées, occupèrent derechef celle des Ruteni (Rhodez), à l'exception de quinze paroisses environ, dont les Francs demeurèrent en possession. Le roi d'Austrasie y établit sur-le-champ un diocèse[109], dont le chef-lieu fut un vicus nommé Arisitum, et, quoique les Francs eussent, peu d'années après, chassé les Wisigoths de la civitas des Ruteni, le petit diocèse d'Arisitum ne fut pas supprimé aussitôt, et l'on a la preuve qu'il existait encore dans la seconde moitié du VIe siècle[110].

3° Dans la première moitié du même siècle, un duc nommé Austrapius avait été sacré comme futur successeur de Pientius évêque de Poitiers ; mais le roi Charibert ne lui ayant pas permis de prendre possession de l'évêché, Austrapius en usurpa une portion, choisit pour ville épiscopale le castrum Sellense (Selle), et ce fut seulement après la mort du prélat que les deux parties du diocèse de Poitiers furent unies de nouveau[111].

Une pareille dislocation de diocèse ne pouvait pas, à la vérité, se faire régulièrement sans l'autorisation du souverain-pontife, ou au moins de l'évêque qui perdait ainsi une partie de son territoire. La condamnation prononcée contre Promotus par les évêques présents au concile de Paris[112], et une lettre adressée par Léon métropolitain de Sens au roi d'Austrasie Childebert Ier, qui voulait établir un siège épiscopal à Melun dans la civitas de Meaux[113], semblent prouver que le consentement du pape était nécessaire ; mais on peut citer pour démontrer qu'il suffisait de la volonté de l'évêque l'exemple de saint Remi lui-même, qui détacha de la civitas de Reims deux ou trois pagi, dont il forma un diocèse nouveau, lequel eut pour chef-lieu la ville de Lugdunum-Clavatum ; et encore saint Remi étant vicaire du souverain-pontife, est-il possible de soutenir que c'est comme tel qu'il procéda à l'érection de l'évêché de Laon.

Quoiqu'il en soit, grâce à une ratification ultérieure ou autrement, quelques-uns de ces diocèses subsistèrent plus ou moins longtemps, et l'évêché de Mosomum fut du nombre. La preuve en est fournie par deux passages de Grégoire de Tours, auxquels on n'a pas accordé jusqu'à présent assez d'attention. Dans son livre De gloria Confessorum (c. 53), le métropolitain de Tours fait un grand éloge d'un prélat nommé Thaumastus, qui était mort depuis un certain temps. Or ce prélat, qui était évêque de l'urbs Momociacensis, ne peut être que le successeur immédiat de Fulco. Bien que Grégoire de Tours ne s'exprime pas clairement sur la nature de l'affaire qui avait amené Thaumastus à Poitiers, où il mourut, on peut entrevoir dans son récit que le prélat avait été exilé par le roi d'Austrasie, probablement sur la demande du métropolitain de Reims, lequel désirait, rentrer en possession du pays que Fulco avait détaché de ce diocèse. Et nous ferons encore observer que l'évêque dont il s'agit portait un de ces noms grecs (Θαυμαστός) si communs dans la Belgica Prima et la civitas de Reims.

Le second passage de Grégoire de Tours se trouve dans l'Historia Francorum[114], où on lit que Sigibertus ou Sigisbertus évêque de l'oppidum Momociacense invita Childebert Ier roi d'Austrasie à venir célébrer les fêtes de pâques dans cette ville, en 590, et que le prince accepta l'invitation. Voilà donc un nouvel et troisième évêque de Mosomum ou Momociacum, et nous sommes disposé à croire qu'il ne devait pas être le successeur immédiat de Thaumastus, lequel était mort depuis longtemps[115].

On ne peut pas alléguer, afin de renverser nos conclusions, que Grégoire emploie le terme sacerdos en parlant de Sigibertus, et que ce dernier était un simple prêtre ou curé. En effet, le mot sacerdos revient continuellement dans les récits du métropolitain de Tours, et c'est toujours pour désigner des évêques. C'est également le même sens que lui donne saint Remi, dans la lettre citée plus haut, lorsqu'il dit à Fulco qu'il agissait comme un évêque, bien qu'il fût un simple prêtre. D'ailleurs, il y avait bien certainement un évêché à Momociacum, car le même historien se sert du mot episcopus en parlant de saint Thaumastus. Enfin, on est encore en droit de dire que le roi Childebert n'aurait pas consenti à célébrer dans une église paroissiale des fêtes aussi solennelles que celles de pâques. Les savants qui ont traité cette question délicate l'ont si bien compris, qu'ils ont cherché à rattacher le nom de Momociacum à quelque lieu parfaitement connu. Le Cointe et Valois ont prétendu qu'il est question de Mayence, dont le nom antique (Moguntiacum) offre, en effet, de l'analogie avec Momociacum ; mais saint Thaumastus et Sigibertus ne figurent pas dans le catalogue des évêques de Mayence, et il serait même impossible de les y faire entrer sans en troubler la disposition[116].

De tout ce qui précède on peut, il nous le semble du moins, tirer les conclusions suivantes :

1° Fulco chorévèque de Reims a, vers le commencement du VIe siècle, établi dans la ville de Mosomum ou Momociacum un évêché, qui a subsisté pendant près de cent ans.

2° Ce siège épiscopal a dû être occupé au moins par cinq ou six évêques, dont trois seulement nous sont connus : Fulco, Thaumastus et Sigibertus.

3° Il y aurait lieu d'insérer dans le Gallia Christiana un article séparé pour le diocèse de Mosomum ou Momociacum, qui devait reconnaître l'autorité de la métropole de Reims.

 

NOTE VIII. — SUR LA DATE DE LA NAISSANCE DE CHILDEBERT Ier.

 

Grégoire de Tours rapporte que le roi d'Austrasie Sigisbert II assistait à la célébration des saints mystères, le jour de pâques, lorsqu'un messager lui annonça que la reine venait de donner le jour à un fils. H ajoute que le diacre commençait en même temps une leçon tirée du prophète Isaïe, et que ce clerc et le messager ayant prononcé simultanément les mots : Filius natus est tibi, le peuple, faisant allusion à la naissance de Jésus-Christ et à celle de Childebert, s'écria : Gloria Deo omnipotenti[117]. Dans un autre passage du même ouvrage[118], Grégoire de Tours dit que le duc Gundobaldus, qui avait sauvé Childebert, après l'assassinat de Sigisbert II, le fit proclamer roi le jour de noël (25 décembre) 575, et que le jeune prince avait alors à peine accompli sa cinquième année — vix lustro œtatis uno jam peracto.

Du rapprochement de ces deux passages, beaucoup d'historiens ont conclu que Childebert, étant né le jour de pâques et ayant cinq ans accomplis le 25 décembre 575, devait être venu au monde le jour où l'on célébrait la fête de pâques en 570, c'est-à-dire le 21 avril. Il aurait eu par conséquent, le 25 décembre 575, cinq ans huit mois et vingt-cinq jours, ce qui ne s'accorde pas avec l'endroit où Grégoire de Tours assure que Childebert avait à peine (vix) cinq ans accomplis le 25 décembre 575.

Nous pensons qu'il y a moyen de faire disparaître cette contradiction. Il suffit, pour cela, de supposer que, dans le chapitre 4 du livre VIII, on lisait originairement die Dominici Natalis au lieu de die sancto Paschœ. Telle devait être la première forme de ce passage, et nous n'en voulons d'autre preuve que le récit même de Grégoire de Tours. On y voit que, au moment où le messager annonça au roi la naissance de Childebert, le diacre commençait une leçon d'Isaïe, dont les premiers mots étaient Filius natus est tibi. Or, cette leçon n'a jamais fait partie de l'office de pâques, mais bien de celui de noël, ainsi que cela résulte de l'ancienne liturgie gallicane publiée par Mabillon. On y trouve, en effet, le passage suivant[119], qui suffit pour résoudre la difficulté : VIII. LEGENDA IN DIE S. NATIVITATIS DOMINI AD MISSAM. Parvulus enim natus est nobis[120], etc. us que Zelus Domini exercituum faciet hoc.

Donc Childebert Ier, né le 25 décembre 570, avait juste cinq ans le 25 décembre 575, lorsqu'il fut proclamé roi d'Austrasie.

 

FIN DU PREMIER VOLUME

 

 

 



[1] V. cet opuscule, dans Calmet, Histoire de Lorraine, 1re édit., t. I, preuves, col. 193.

[2] V. cet ouvrage, dans Calmet, Histoire de Lorraine, 1re édit., t. I, preuves, col. 208.

[3] V. Recherches sur les monnaies frappées à Verdun, par M. Clouet père, dans les Mémoires de la société philomatique de Verdun, t. IV, p. 199 et suiv.

[4] Il y eut plus tard dans ce lieu un prieuré de l'ordre de Cluny.

[5] V. notamment Roussel, Histoire ecclésiastique et civile de Verdun, p. 13, 15 et 20-22 ; Histoire de Verdun, par MM. Clouet, p. 49 et 50.

[6] V. ce diplôme, dans Pardessus, Diplomata, t. II, p. 88 et 89.

[7] V. Histoire des Français, t. I, p. 113 et 114.

[8] V. Gregorii Turonensis Historia Francorum epitomata, c. 9.

[9] V. Gesta regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 694.

[10] V. Vita sancti Columbani, abbatis Bobiensis, n° 57, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[11] V. Pardessus, Diplomata, t. II, p. 258.

[12] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VII, c. 13.

[13] V. Grégoire de Tours, Miracula sancti Martini, lib. I, c. 11.

[14] V. Pardessus, ibid., t. II, p. 264.

[15] V. Pardessus, ibid., t. II, p. 301.

[16] V. Frédégaire, Chronicon, c. 34.

[17] V. Frédégaire, Chronicon, c. 51.

[18] V. un diplôme de cette matrone dans Calmet, Hist. de Lorr., 1re édit., t. I, pr., col. 269 et 270. Charibertus était peut-être un mérovingien.

[19] V. Cartier, Liste des ateliers monétaires et des monétaires mérovingiens, n° 874.

[20] V. Cartier, Liste des ateliers monétaires et des monétaires mérovingiens, n° 1125.

[21] V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. II, c. 3.

[22] V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. VII, c. 3, lib. X, c. 22.

[23] V. Grégoire de Tours, De gloria Confessorum, c. 71.

[24] Son inscription funéraire a été découverte à Trèves.

[25] V. Cartier, ibid., n° 869.

[26] V. Pardessus, ibid., t. II, p. 419.

[27] V. Frédégaire, ibid., c. 87.

[28] V. Pardessus, ibid., t. II, p. 299.

[29] V. Vita sanctœ Glodesindis, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[30] V. Pardessus, ibid., t. II, p. 424.

[31] V. Pardessus, ibid., t. II, p. 217.

[32] V. Pardessus, ibid., t. II, p. 148-150.

[33] V. Revue numismatique, année 1842, p. 340 et suiv.

[34] V. Pardessus, ibid., t. II, p. 475.

[35] V. Pardessus, ibid., t. II, p. 287.

[36] V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. X, c. 26.

[37] V. Fortunat, Carmina, lib. IX, 12.

[38] V. Vita beati Pipini ducis, dans Du Chesne, t. I, p. 599.

[39] V. Pardessus, ibid., t. II, p. 294.

[40] V. Gallia Christiana, t. VII, col. 22.

[41] V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IV, c. 48.

[42] V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VIII, c. 18.

[43] V. Frédégaire, ibid., c. 34.

[44] V. Pardessus, ibid., t. II, p. 530.

[45] V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IV, c. 51.

[46] V. Grégoire de Tours, ibid., lib. V, c. 14, et passim.

[47] V. Pardessus, ibid., t. II, p. 541.

[48] V. le diplôme pour la fondation de l'abbaye de Gorze, dans l'Histoire de Metz, t. III, preuv., p. 7.

[49] V. Vita sancti Bertulfi, abbatis Bobiensis, auctore Jona, n° 16, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[50] V. Grégoire de Tours, ibid., lib. V, c. 5.

[51] V. Cartier, ibid., n° 454.

[52] V. Cartier, ibid., n° 59.

[53] V. Cartier, ibid., n° 681.

[54] V. Pardessus, ibid., t. II, p. 265.

[55] V. Pardessus, ibid., t. II, p. 325.

[56] V. Appendiœ ad Gesta regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 721.

[57] V. Lingard, Hist. d'Angleterre, trad. franç., t. I, p. 132.

[58] V. Agathias, liv. I.

[59] V. Cartier, ibid., n° 534.

[60] V. Pardessus, ibid., t. II, p. 355.

[61] V. Pardessus, ibid., t. II, p. 403.

[62] V. Pardessus, ibid., t. II, p. 267.

[63] V. Cartier, ibid., n° 320.

[64] Cette femme devait être issue d'une famille obscure.

[65] Inscription dans la crypte de Jouarre. V. Bulletin monumental, t. IX, p. 186.

[66] V. Cartier, ibid., n° 76, 650, 718, 791, 792, 886, 1042 et 1203.

[67] V. Calmet, Hist. de Lor., 1re édit., t. I, pr., col. 270.

[68] V. Pardessus, ibid., t. II, p. 380.

[69] V. Pardessus, ibid., t. I, p. 227 et 228, t. II, p. 10-12.

[70] Nous en dirons autant de quelques noms de femmes.

[71] V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. V, c. 23.

[72] V. Frédégaire, Chron., c. 24 et 42. Si l'on suppose que ce nom est Franc, on doit se rappeler qu'il a été porté par un simple monétaire. V. Cartier, ibid., n° 440.

[73] V. Vita sancti Licinii, Andecavorum episcopi, auctore Daniele, dans les Bollandistes, au 13 février.

[74] V. Vita sancti Maximini, n° 8, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.

[75] V. Vita sancti Maximini, n° 11.

[76] V. Vita sancti Maximini, n° 5.

[77] V. Du Bos, ibid., t. III, p. 84 et suiv.

[78] V. Chronicon, c. 79.

[79] V. cette pièce, dans Pardessus, Diplomata, t. II, p. 36 et 37.

[80] V. Vita sancti Maximini, n° 8.

[81] Avant la Révolution, on voyait dans la cathédrale de Verdun un grand tableau, où Clovis, couvert d'un manteau fleurdelisé, était reçu et complimenté par le chapitre, dont le costume était aussi peu historique. V. M. Clouet, Hist. ecclés. de la province de Trèves, t. I, p. 192.

[82] V. le passage de Bertaire, dans Calmet, Histoire de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 194.

[83] V. De gestis Francorum, lib. I, n° 17, dans Bouquet, t. III, p. 40.

[84] Ce diplôme de Clovis est imprimé dans Pardessus, Diplomata, t. I, p. 57 et 58.

[85] L'extrait de cette dissertation se trouve dans le Journal de Verdun, février 1741, p. 94 et suiv.

[86] V. p. 226 ; Amsterdam, 1726, in-4° ; v. Mionnet, De la rareté et du prix des médailles romaines, 2de édit., t. II, p. 223.

[87] V. De laudibus Stilichonis, lib. I, v. 236-238.

[88] V. sa chronique, à l'an 523.

[89] V. c. 41.

[90] V. lib. IV, c. 14.

[91] V. c. 16, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.

[92] V. lib. I, c. 4, dans le Spicilegium de D'Achéry, édit. in-f°, t. II, p. 79.

[93] V. lib. IX, c. 20.

[94] V. Epistola 105, dans la Maxima bibliotheca veterum Patrum, t. XIII, p. 115.

[95] V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 862 et 863, et dans Bouquet, t. IV, p. 59.

[96] V. lib. IV, n° 24.

[97] V. Du Chesne, t. I, p. 714.

[98] V. n° 14, ibid., p. 576. Ce passage est textuellement reproduit par l'auteur du Gesta regum.

[99] V. Vita sancti Theodulfi, abbatis Remensis, n° 10, dans les Bollandistes, au 1er mai.

[100] La Notitia Imperii mentionne les milites Musmagenses, dont le nom doit se rapporter à celui de cette ville, qui est appelée Masomagum castellum dans la vie de saint Maximin, métropolitain de Trèves, par Lupus (Bollandistes, au 29 mai). Il est parlé du confinium Mosomagense dans les Annales de Saint-Bertin, à l'année 862, et du Mosminse dans le partage du royaume de Lothaire, en 870.

[101] V. Valois, Notitia Galliarum, p. 364.

[102] V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 885 et 886.

[103] V. notamment Ruinart, Sancti Gregorii Turonensis Opera, col. 937, note c.

[104] Cette lettre est imprimée dans Du Chesne, t. I, p. 850 et 851 ; dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 205, et ailleurs encore.

[105] Les évêques de cette civitas résidaient alors dans la ville de Trajectum-ad-Mosam.

[106] On sait que les chorévèques étaient des prélats chargés d'administrer, sous l'autorité et le bon plaisir des évêques, certaines parties des diocèses trop vastes pour qu'un seul homme pût les gouverner convenablement. Il y en avait quelquefois plusieurs dans un même diocèse, et leur position avait de l'analogie avec celle de nos évêques auxiliaires et des évêques suffragants d'Allemagne et de Pologne.

[107] V. Gallia Christiana, t, III, col. 813 et suiv.

[108] V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. VII, c. 17 ; v. aussi les lettres des évêques formant le concile de Paris au métropolitain Ægidius et au roi Sigisbert II, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 351-354.

[109] M. de Mandajors (v. Mémoires de l'académie des inscriptions, 1re série, t. V, Hist., p. 336-343) prétend que le diocèse d'Arisitum a été créé, sous le règne même de Clovis, avec quelques lambeaux de la Narbonensis Prima appartenant à des diocèses dont les Wisigoths étaient restés en possession ; et on peut citer à l'appui de cette opinion un passage, fort obscur, à la vérité, de la vie de saint Germer, évêque de Toulouse (v. Vita sancti Germerii, episcopi Tolosani, dans les Bollandistes, au 16 mai). La conclusion est, du reste, la même. Mais deux copies de la Notitia provinciarum et civitatum Galliœ (elles appartiennent toutes deux à la bibliothèque impériale) présentent dans l'énumération des cités de la provincia Aquitanica Prima, et à la suite du nom de la Civitas Vellavorum, les mots Municipio Arisido. Ces mots démontrent que le petit évêché d'Arisidum ou Arisitum était placé sous la métropole de Bourges, et par conséquent qu'il avait été formé par un démembrement de la civitas Rutenorum.

[110] V. Grégoire de Tours, ibid., lib. V, c. 5.

[111] V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IV, c. 18.

[112] V. les deux lettres du concile de Paris, dans Sirmond.

[113] V. Gallia Christiana, t. XII, col. 6 et 7.

[114] V. lib. IX, c. 29.

[115] On peut admettre sans invraisemblance que Sigibertus était évêque depuis peu d'années, et qu'il avait eu pour prédécesseur Jocundus, évêque d'une ville inconnue, et que le roi d'Austrasie avait envoyé comme ambassadeur à Constantinople, en 588. V. une lettre de l'empereur Maurice à Childebert dans Du Chesne, t. I, p. 872 et 873.

[116] Dans une copie de Grégoire de Tours, venant de l'abbaye de Royaumont, on lit, au lieu de Momociacensis, Noviomensis, ce qui indiquerait Noyon ; mais cette leçon, contraire à celle de tous les autres manuscrits, a été évidemment introduite par un scribe qui a pris Momociacensis pour une faute de copiste, et a cru la corriger d'une manière heureuse.

[117] V. Historia Francorum, lib. VIII, c. 4.

[118] V. Grégoire de Tours, ibid., lib. V, c. 1.

[119] V. De liturgia gallican libri III, p. 107.

[120] Isaïe, c. IX, v. 6. Voici le texte entier du verset 6, qui fait encore partie de l'office de noël : Parvulus enim natus est nobis, et filius datas est nobis, et factus est principatus super humerum ejus, et vocabitur nomen ejus admirabilis, consiliarius, Deus, fortis, pater futuri sceculi, princeps pacis.