Continuation du siège de Castelnaudary. — Le comte de Toulouse affame la place et s'empare de plusieurs postes voisins. — Montfort pressé vivement, demande vainement du secours à la ville de Narbonne. — Bataille de Lasbordes. — Le comte de Foix y fait des prodiges de valeur. — Issue de ce combat. — Opinion de divers auteurs. — Levée du siège de Castelnaudary.Roger-Bernard ne mourut cependant pas de sa blessure ; la pierre, en glissant sur son casque, ne l'avait qu'étourdi ; mais la douleur du choc, l'empêcha, durant quelques jours, de revêtir son armure et les Croisés respirèrent. On aurait dit que le même coup qui l'avait atteint avait blessé aussi toute l'armée assaillante. Le comte de Toulouse espérait d'ailleurs que les mangonneaux et la disette de vivres qui sévissait déjà contre les assiégés, les obligeraient à implorer une capitulation. En conséquence, il n'entreprit rien de décisif, et loin de compromettre un succès presque sûr par des attaques hasardées, il se borna à circonvenir la place d'une manière si étroite qu'elle ne pût plus espérer du dehors aucun ravitaillement. Ces mesures, en affamant la ville, eurent bientôt d'autres conséquences non moins importantes. D'abord, envoyant l'état précaire de Montfort, ses alliés l'abandonnèrent et ne tentèrent point de le dégager. Ensuite les seigneurs du Midi qui, par crainte plutôt que par entraînement, s'étaient, en principe, soumis à la Croisade, se déclarèrent contre elle, dès qu’elle ne leur parut plus à redouter ; et enfin les peuples violemment subjugués, profitant de l'opportunité du moment, secouèrent leurs chaînes et manifestèrent hautement leur amour pour leurs princes nationaux. Alors il ne se passa pas de jour sans que Raymond VI n'apprit un mouvement insurrectionnel de ville ou de château, tenté au pré-indice de ses ennemis et à l'avantage de sa souveraineté. Aussi trouva-t-il politique, pour appuyer cet élan national, de se mettre en campagne, lui et le comte de Foix, sans desserrer pour cela la rigueur du blocus, et de se présenter avec sa cavalerie devant les portes qui l'invoquaient comme un libérateur. C'est dans ce but que les deux comtes entreprirent en ce temps leurs courses à travers la contrée. Raymond-Roger enleva successivement aux catholiques, le village de Saint-Martin-Lalande, situé à demi lieue de Castelnaudary, du c6té de Carcassonne, le château de Lasbordes, Pexiora, Abonne, Laurac-le-Grand, Saint-Gauderic, Fendeilhe, Villeneuve, Baragne, Mireval, Belflou, Saint-Michel-de-Lanès, Belpech, Puylaurens et Saverdun, tandis que de son côté Raymond VI emportait Montferrand qu'une trahison lui avait ravi l'année précédente, Saint-Félix de Caraman, Avignonet, Cuc, Les Cassès, Issel, Labécède, fort château du Lauraguais, Villemagne, abbaye déjà célèbre, Saint-Papoul, qui fut plus tard siège d'un évêché, et quelques autres postes avantageux des environs. Il échoua néanmoins vis-à-vis de Cabaret dont les habitants devaient lui faciliter l'entrée. Les hommes qu'il choisit pour cette expédition ne connaissant point assez bien les chemins, errèrent pendant toute une nuit dans les montagnes et n'arrivèrent devant ce château qu'au point du jour. Il n'était plus temps ; la garnison était sous les armes. Cependant, Montfort manquant de munitions et se voyant enfermé dans un cercle fatal qui de jour en jour allait l'enserrant davantage, ordonna à Gui de Lévis, son maréchal, d'aller d'abord, à Fanjeaux, lui préparer un convoi de vivres et puis dans les diocèses de Carcassonne et de Béziers pour en rassembler les milices et les emmener à son secours. Ces ordres, Gui de Lévis tacha en vain de les exécuter. Personne ne voulant le suivre, il fut obligé de revenir seul à Castelnaudary. Mais Montfort, irrité, 'l'envoya de nouveau dans le Carcassès, et lui adjoignit Mathieu de Montmorency, frère de Bouchard. Cette nouvelle démarche réussit aussi peu que la précédente. Les supplications et les menaces demeurèrent également sans effet. Alors les deux envoyés s'adressèrent aux habitants de Narbonne qu'ils sommèrent, en vertu de leur traité d'alliance, de fournir des subsides et des soldats aux défenseurs de l'Église. Les Narbonnais répondirent qu'ils leur viendraient en aide volontiers, si leur vicomte, Aimery, voulait se mettre à leur tête ; mais Aimery refusa de déployer sa bannière seigneuriale, ce qui équivalait à un formel déni de secours. Force fut à Gui de Lévis et à Mathieu de Montmorency de se remettre en route avec trois cents Narbonnais et cinq cents hommes du diocèse qui seuls consentirent à prendre les armes. Arrivée en vue de la place assiégée, cette faible troupe se débanda et prit la fuite sans rien entreprendre contre les lignes des assiégeants. Dans ce délaissement général, Montfort ne compta pins que sur ses propres forces. Bouchard de Marly commandant à Lavaur ; Ver-les d'Encontre, à Carcassonne ; Martin d'Alguais, à Cabaret ; Alix du Montmorency, à Saissac, et Guilhaume Cat, à Fanjeaux, et ayant chacun une nombreuse garnison, il leur manda de marcher incessamment sur Castelnaudary, avec toutes leurs forces et envoya quarante chevaliers, entre lesquels Gui de Lévis, le chatelain de Melphe et le vicomte d'Onges, pour rallier les garnisons croisées des environs et les amener jointes ensemble au secours des assiégés ; chacun s'apprêta aussitôt à obéir au Général, à l'exception toutefois de Guilhaume Cat qui, trahissant la Croisade, se rendit au camp et vendit à Raymond-Roger le secret des Croisés. Or, le 10 octobre, au point du jour, trois corps d'armée différents partis de trois points opposés, de. Carcassonne, de Saissac et de Lavaur, se dirigeaient sur un même centre, Saint-Martin, où devait s'opérer leur jonction, et d'où ils devaient, de concert, marcher sur Castelnaudary. Gui de Lévis, le maréchal de la Foi, fut le premier qui parut au rendez-vous avec ses quarante chevaliers, les garnisons du Lauraguais et quelques milices des environs. Il s'approchait du lieu assigné, quand il fut surpris par ce cri : Foix et Toulouse I et chargé par toute la gendarmerie de Foix qui sortant aussitôt de son embuscade, cherchait à l'envelopper. Étourdi par cette brusque attaque, il rebroussa chemin en toute hâte et se retira en désordre sur une petite éminence, non loin de Lasbordes, où à la faveur du poste, il se prépara au combat. Géraud de Pépieux, voyant ses dispositions, gravit le mamelon avec son détachement, tua, d'un coup de lance, un chevalier qui essayait de lui disputer le sentier et culbuta la troupe de Lévis, qui s'enfuit à la débandade, toujours talonnée par Géraud de Pépieux, jusqu'aux murailles de Lasbordes. Les Albigeois rencontrèrent là, la garnison de Saissac qui, s'avançant bride abattue, leur fit lâcher prise, les culbuta à leur tour et finit par les tailler en pièces. Le comte de Foix, averti de cet échec par quelques fuyards, précipita sa course, chargea à revers et sur les flancs, la garnison de Saissac, et ne tarda pas à changer la face du combat. Il commençait même à prendre de terribles représailles quand, à une portée d'arc du champ de bataille, parurent Bouchard de Marli et Martin d'Alguais, avec deux cent vingt chevaliers des garnisons de Cabaret et de Lavaur, et deux mille cinq cents fantassins, que l'évêque de Cahors et l'abbé de Castres conduisaient au secours de Castelnaudary. Verles d'Encontre se montra en même temps du côté de Carcassonne, à la tête de la garnison et des milices de cette ville. A cette vue, le comte de Foix, pour recueillir ses forces, opéra sa retraite en bon ordre, du côté de Saint-Martin ; là, son armée se remit en ordre de bataille. Puis redescendant le coteau, après quelques moments de relâche, elle piqua droit à l'ennemi qui s'avançait aussi à sa rencontre. Des deux parts, on s'aborda dans la plaine avec une égale fureur. Deux charges furent fournies, et les rangs demeurèrent inébranlables. A la troisième pourtant, le choc fut si violent, que l'ordre des deux armées se rompit, et qu'il ne fut plus possible de le rétablir. On se mêla dès-lors sans tenir d'autre compte que celui du courage. Chaque homme choisit son homme, chaque épée sa cuirasse, chaque hache d'armes son haubert, faisant ainsi d'une bataille générale autant de duels qu'il y avait de guerriers déterminés. Cependant les sires de Mauléon, de Béarn, de Comminges et de Toulouse livraient un assaut général au château de Castelnaudary, moins dans l'espoir de l'emporter que dans le but d'empêcher Montfort d'intervenir dans la lutte engagée de l'autre côté de Montmer. Mais tout était vain vis-à-vis d'un tel homme. Les échelles furent renversées, les retranchements forcés, les assiégeants foulés, et Montfort, dévorant l'espace, vola bride abattue vers la plaine de Saint-Martin, où ses gens avaient le plus pressant besoin de secours. En effet, l'armée catholique, après des prodiges de valeur, venait d'être défaite, et il n'était plus qu'un seul escadron, celui du sire de Lavaur, qui disputât encore le champ de bataille. Encore cette poignée d'hommes fut-elle bientôt écrasée. Le sire de Lavaur et ses trois fils tombèrent, tous les quatre, frappés à mort par le redoutable comte de Foix. Tout combat cessa dès-lors, et la plaine ne fut plus couverte, d'un côté, que de Croisés fugitifs, et de l'autre que d'Albigeois pillards, qui, faute d'ennemis à combattre, faisaient main basse sur leurs bagages. Or, c'est sur ces entrefaites que le cri de guerre de Montfort retentit comme un beffroi dans tout le vallon de Lasbordes, et que le Général fondit à la tête de sa garde, sur le comte de Foix, ralliant les vaincus, et renversant les vainqueurs sur son passage. En vain, le comte de Foix et quelques chevaliers demeurés autour de lui, voulurent-ils s'opposer à cette course dévastatrice. Chargés en tête par Montfort, sur les flancs et en queue par Bouchard de Marly, Gui de Lévis, Martin d'Alguais et Verles d'Encontre, qui étaient revenus au combat au cri de leur général, ces gentilshommes furent débordés en un moment, et contraints aussitôt de faire un mouvement de recul, qui se changeait en déroute, lorsque Roger-Bernard arriva avec toute la gendarmerie de Foix ralliée, et fit tourner tête aux assaillants. C'était au tour du fils de dégager le père. Grâce à cette diversion, le comte de Foix se vit à même d'égaliser les avantages et de rétablir le combat. Alors on combattit des deux côtés avec une opiniâtreté inouïe. Animés par l'exemple de Montfort et de Raymond-Roger, Albigeois et Croisés se ruèrent les uns sur les autres, et la mêlée devint horrible, inexorable. On eut dit un tourbillon de lances et d'épées qui dévorait hommes et chevaux, roulait des armures, et broyait des cadavres ! Cette lutte se prolongea jusqu'à l'entrée de la nuit, sans que la victoire parût encore pencher vers un des deux partis engagés. Les ténèbres enfin séparèrent les combattants, comme pour épargner à chacun des deux généraux la honte d'une défaite, et ménager à tous les deux égale part d'un triomphe également mérité[1]. L'issue de cette bataille est diversement racontée par les annalistes contemporains et les historiens modernes. Nous nous faisons un devoir de reproduire ici les opinions les plus opposées, afin qu'on puisse apprécier si, en suivant la leçon du chroniqueur provençal déjà cité, nous avons péché en rien contre la vraisemblance des faits. Citons d'abord le bénédictin dom Vaissette qui a écrit d'après le moine Pierre de Vaux-Sernay, dont il a pour ainsi dire traduit le texte latin sans aucune altération. « Montfort voyant cette déroute de la porte du château de Castelnaudary[2] où il s'était posté pour favoriser l'entrée des Croisés, consulta ceux qui étaient autour de lui ; les uns lui conseillaient de demeurer à la garde du château, les autres prétendaient, au contraire, qu'il devait marcher au secours de ses troupes. Il préféra ce dernier parti, parce que l'affaire lui paraissait décisive ; et ayant assemblé les soixante chevaliers qui lui restaient ; il n'en laissa que cinq à la garde de Castelnaudary avec l'infanterie, et s'avança avec les autres vers le comte de Foix. Bouchard de Marli, Gui de Lévis et tous ceux qui s'étaient dispersés, le voyant venir de loin, raniment leur courage, se rallient, et reviennent à la charge : le comte de Foix les reçoit en brave, et les met de nouveau en fuite, après avoir tué le fils du châtelain de Lavaur, en sorte que l'évêque de Cahors et Martin d'Alguis, ne pouvant plus résister, sont obligés de céder, et de se réfugier à Fanjeaux. Ainsi, le champ de bataille demeura pour la seconde fois à Raymond-Roger mais-ses gens, au lieu de profiter de leur avantage, s'étant amusés au pillage et à dépouiller les morts, Bouchard de Marli trouve cependant moyen de rallier de nouveau les fuyards, et tombe sur les troupes du Comte avec tant de force, qu'il en fait un carnage horrible. Raymond-Roger, au désespoir de se voir enlever la victoire, fait des prodiges de valeur pour tâcher de rétablir le combat. Il tue de sa main trois autres fils du châtelain de Lavaur, et rompt son épée à force de frapper. Roger-Bernard, son fils, suivi de Sicard de Puylaurens et de plusieurs autres chevaliers, accourt, et fait reculer les Croisés ; mais ceux-ci redoublent de leur côté leurs efforts, viennent enfin à bout de mettre en fuite la cavalerie du Comte, font ensuite main basse sur son infanterie, et l'obligent à s'enfuir lui-même, malgré la supériorité du nombre de ses troupes ; car on prétend qu'il avait trente hommes contre un. » Simon de Montfort, quelque soin qu'il eût de hâter sa marche, n'arriva qu'après la fin du combat. Il se met aussitôt à la poursuite des fuyards, et les pousse vivement[3]. La plupart, pour éviter la mort, feignent d'être de son parti, et crient : Montfort ! Montfort ! — Puisque vous vous déclarez des nôtres, leur disent les Croisés, donnez-en des preuves, et tuez tous ceux qui fuient devant vous. Plusieurs exécutèrent cet ordre dans l'espérance de sauver leur vie, et, par ce stratagème, les Croisés armèrent leurs ennemis les uns contre les autres, et en firent périr un grand nombre[4]. On assure que le comte de Foix perdit, dans cette action, la plus grande partie de ses troupes, tandis que les Croisés n'eurent qu'environ trente des leurs de tués. Enfin, Simon, las de poursuivre les fuyards, retourna au champ de bataille, où il rallia toutes ses troupes, et s'étant mis à leur tête, il arriva triomphant devant Castelnaudary. » Ainsi, d'après Pierre de Vaux-Cernay et Dom Vaissette, Montfort n'aurait point combattu dans cette action, et serait arrivé après la déroute des Albigeois, à laquelle un autre contemporain, Guilhaume de Puylaurens, le fait néanmoins fortement contribuer ; témoin ce passage : « Il arriva un jour, dit Guilhaume de Puylaurens, que quelques-uns des chevaliers de Simon de Montfort conduisant à Castelnaudary un convoi qui venait du diocèse de Carcassonne, le comte de Foix alla a leur rencontre, et leur livra bataille. Simon averti du péril où étaient ses gens, pourvut â la défense de la place, et sortit à la vue de l'armée ennemie à la tête d'environ soixante chevaliers pour secourir les siens, qui étaient presque entièrement défaits. Étant arrivé au lieu du combat, il se joignit au petit nombre de ceux qui restaient encore à cheval, et s'étant jeté dans la mêlée comme un lion, ses ennemis, qui sentirent bientôt sa présence, furent obligés de prendre la fuite. Il les poursuivit, en fit un grand carnage, et rentra au château de Castelnaudary[5]. » Terminons ces citations par un passage textuellement traduit du chroniqueur provençal : « Quand Martin d'Alguais et l'évêque de Cahors virent Bouchard en fuite, ils s'enfuirent à leur tour à toute bride, et si promptement, qu'ils ne s'arrêtèrent qu'à Fanjeaux. Ainsi, le champ de bataille demeura au comte de Foix. Les gens de celui-ci voyant leurs ennemis en déroute, se mirent à dépouiller les morts et à piller les bagages, ce qui leur causa un grand dommage ; car Bouchard ayant rallié les Croisés vint tomber sur les pillards, et en tua le plus grand nombre. Et pendant que Bouchard faisait cette tuerie, Montfort survint avec un grand et puissant secours. Alors le choc se fit avec tant d'acharnement, que jamais on n'en avait vu de pareil. De chaque côté l'on se tuait sans demander merci, et l'on se battait si bien de part et d'autre qu'on ne pouvait savoir de quel côté était l'avantage. Toutefois, les trois fils du châtelain de Lavaur succombèrent. C'était trois vaillants chevaliers, desquels en disait qu'il n'y en avait pas de pareils dans la troupe de Montfort. Ils périrent de la main du comte de Foix, qui, frappait d'estoc et de taille, comme un chevalier sans reproche. Jamais Roland ni Olivier ne firent, dans un jour, autant de faits d'armes que ce preux en fit là. Son épée se rompit à force de frapper. « En ce moment, son fils, Roger-Bernard, homme aussi vaillant et peut-être plus hardi que son père, vint le réconforter avec un puissant secours de gens d'armes, et il se jeta au fort de la mêlée ; avec tous ses chevaliers, en frappant de si grands coups de hache, que tout ce qui se présenta devant lui fut tué ou grièvement blessé, et que les Croisés perdirent en reculant une grande partie de chemin. « Enfin, la nuit vint, qui força les deux partis à se séparer, et à se retirer, les uns au camp des assiégeants, les autres dans le château de Castelnaudary[6]. » Ce dernier historien, dont l'opinion nous semble corroborée par la suite des événemens, assure que le comte de Foix en arrivant au camp trouva que le comte de Toulouse avait déjà fait plier bagage, et qu'il était prêt à décamper, supposant que toutes ses troupes avaient été tuées dans le combat ; qu'il le rassura par sa présence ; que Raymond comptant que Simon de Montfort ne manquerait pas de venir l'attaquer pour tirer vengeance de la perte qu'il avait faite, se mit en état de défense ; et qu'enfin Simon ayant attaqué le camp durant la première veille de la nuit, fut vivement repoussé et contraint d'abandonner son entreprise[7]. Le lendemain, dit Pierre de Vaux-Cernay, le comte de Foix députa des courriers dans toutes les places voisines, où l'on publia que les Croisés avaient été battus, et Simon de Montfort fait prisonnier, écorché vif et pendu. Nous doutons de la vérité de ce fait. Serait-il vrai d'ailleurs, qu'il ne nous paraîtrait qu'une adroite ruse de guerre qui porta ses fruits, puisque, après la bataille de Lasbordes, plusieurs châteaux, qui hésitaient encore, se soumirent au comte de Toulouse, lequel continua le siège de Castelnaudary, nonobstant la rigueur de la saison, et ne le leva qu'à la nouvelle de l'approche d'un nouveau corps de Croisés français, qui était arrivé déjà à Narbonne, sous les ordres d'un chevalier de distinction, nommé Alain de Rouci. |
[1] Auteur provençale, p. 43.
[2] Malgré le respect que nous professons pour le savant dom Vaissette, nous nous permettrons de dire que nous le surprenons en grossière faute en cet endroit. Si l’érudit bénédictin et si Pierre de Vaucernay avaient connu la position de Castelnaudary, ils se seraient bien donné de garde d'avancer que de la porte du château on voyait la déroute. C'est topographiquement impossible. Le mamelon de Montmer et la colline de Saint-Martin empêchent invinciblement de découvrir le lieu du combat qui, ne fût-il pas d'ailleurs hors de portée à cause de ces obstacles, le serait toujours par sa distance.
[3] Autre faute topographique de dom Vaissette et de Pierre de Vaucernay. Les Albigeois fuyaient naturellement vers leur camp. Or, Montfort venant de ce côté devait leur couper rationnellement la retraite et non s'attacher à leur poursuite.
[4] Si dom Vaissette ne s'était trop confié en la parole du moine Vaucernay, sa sagacité ordinaire lui aurait fait découvrir que ce stratagème était des plus grossiers, sinon des plus impraticables. Les Croisés, outre les couleurs de leurs chefs, portaient sur la poitrine un signe trop distinctif, la croix rouge, pour se méprendre ainsi, et ne pas reconnaître leurs ennemis qui portaient des couleurs tout opposées.
[5] Guill. de Podium, c. 19.
[6] Chronique provençale, p. 44.
[7] Hist. gén. de Lang., t. III, p. 220. — Chron. prov., p. 45.