Nouveaux progrès de
l'hérésie. — Manifeste du pape. — Le comte de Toulouse députe à Rome des
ambassadeurs. — Leur accueil. — Innocent III envoie un légat a Latere, dans
le Midi. — On prêche la Croisade contre les états de Raymond. — La noblesse
et le peuple de France et d'Allemagne prennent la croix. — Raymond s'effraie.
— Sa soumission à l'Église. — Son absolution.
Sanctionné
ou non par le comte de Toulouse, l'assassinat de Castelnau ne laissa pas que
d'être, pour les hérétiques tin important événement en soi, et dans ses
conséquences. En effet, le meurtrier du légat ne les avait pas seulement
délivrés du plus violent de leurs adversaires, mais il avait encore, par le
fait seul du crime, compromis, aux yeux de l'Europe chrétienne, la classe
nobiliaire dont il était issu ; ce qui établissait, entre les Albigeois et
leurs seigneurs, une solidarité intime, un pacte d'alliance scellé avec du
sang, qu'il était politique, désormais, de maintenir des deux parts, sous
peine de se voir exposé, séparément, aux redoutables effets de la vengeance
papale. Cependant
l'hérésie continuait tous les jours à se répandre davantage. Le comté de
Toulouse en était bien toujours le foyer le plus ardent, mais l'embrasement
couvait au nord et au midi, au levant et au couchant, et une seule étincelle
pouvait exciter une combustion générale. Le trépas de Castelnau en accéléra
l'éclosion. A la nouvelle de cet acte d'audace, les sectaires s'éructèrent
soudain, sur divers points à la fois, et ne craignirent plus de se produire
aux regards. Aussitôt, en France : la Gascogne, l'Agenois, le Quercy, le
Rouergue, la Bourgogne et une partie de Flandre ; en Espagne : le royaume de
Léon et la Navarre, et en Allemagne : la Lorraine, la Moravie et la Bohème,
confessèrent à haute voix leurs sympathies pour le Manichéisme, dont le culte
se célébrait déjà en Esclavonie, en Croatie et en Bulgare, où l’on comptait
plus de douze cents églises hérétiques. Chaque
pays, il est vrai, donnait un nom différent à ses novateurs indigènes. Les
Pays-Bas les appelaient Poplicains ; le nord de la France, Tisserands ; la
Bourgogne et la Suisse, Vaudois ; l’Allemagne, Paterins ; mais, sous cette
diversité de dénominations, il existait, entre les hérésiarques de tous les
lieux, une connexité si étroite de Nues réformatrices, sinon de croyance
religieuse, que, nonobstant la différence des moyens, ils tendaient tous au
même but : liberté de penser et d'agir. L'hérésie
avait même tenté une invasion dans le cœur de l'Italie. Spolette, Vicence,
Vérone, Florence et Padoue s'étaient soustraites au pouvoir pontifical. On
sait que le Manichéisme avait déjà occupé la Lombardie. Sa propagation fut
reprise par Golesinensa de Vérone, Jean de Lion et Reinier ; vulgarisateurs
audacieux, qui allèrent frapper jusqu'aux portes de la capitale du monde
chrétien. En
présence de cet immense périt, Innocent III essaya de soulever une coalition
immense, et de la faire éclater sur la Provence, d'où se reflétaient les plus
grandes lueurs. L'assassinat de Çastelnan avait indigné ce pontife. Il prit
une plume de fer, et lança sur l'Europe ce violent manifeste : « Castelnau
est un martyr dont le sang va devenir un sujet de triomphe : car c'est
le caractère du Seigneur de remporter les victoires les plus complètes, dans
le temps où ses ennemis paraissent avoir l'avantage. C'est à présent qu'une
heureuse récolte va germer, puisqu'un grain si choisi vient d'âtre semé dans
le chant du Sauveur. « Aux
armes, soldats de Jésus-Christ ! « Que
les gémissements du père commun des fidèles vous rendent sensibles aux
intérêts de votre foi. L'Église de Provence n'a personne qui la fortifie ; la
désolation où elle est, m'oblige à ouvrir les trésors spirituels de la
religion, pour enrichir ceux qui auront le courage de la défendre. » Ce
manifeste causa une grande émotion dans l'univers catholique, et surtout dans
le midi des Gaules que la papauté invitait à saccager. Raymond VI se hâta
d'envoyer, à Rome, des ambassadeurs pour y justifier se conduite, et désarmer
le courroux d'Innocent III. Il choisit, pour cette négociation, l'archevêque
d'Auch, l'abbé de Condom, le prieur des hospitaliers de Saint-Gilles, et
Bernard, seigneur de Rabastens, en Bigorre[1]. Ces
députés, admis devant le pape et son conseil, discutèrent avec force les
divers points d'accusations dont on chargeait Raymond VI, offrant un reste,
de la part de ce comte, de prouver tout ce qu'ils avançaient dans leur
réfutation, par serment ou par témoignage. Sans
montrer trop de partialité, le Siège Apostolique ne pouvait refuser, au comte
de Toulouse, toutes les prérogatives d'une justice réglée. Innocent accepta
donc les offres faites, et répondit aux plénipotentiaires de Raymond : — Nous
et notre Conseil apostolique, nous sommes heureux de recevoir le comte de
Toulouse à merci. Puisqu'il vient de lui-même se soumettre à l'Église et à
tout ce qu'elle ordonnera, nous l'admettons à se justifier et à prouver son
innocence. Cela fait, nous lui donnerons notre absolution. Mais avant, pour
preuve de sa bonne foi, il remettra, entre nos mains, sept de ses plus forts
châteaux, que nous lui rendrons après entière justification. Au reste, comme
l'abbé de Cîteaux lui est suspect, nous ferons partir, pour la France, un
légat a latere, qui traitera directement avec lui. En
effet, le Saint-Père envoya avec cette qualité, en Provence, l'ecclésiastique
Milon, son secrétaire, auquel il associa un chanoine de Gênes, nommé Thédise
ou Théodose. Raymond
avait demandé des juges ; on lui envoyait des bourreaux. Milon
et Théodose arrivèrent en France avec une condamnation préconçue. Décidés
qu'ils étaient à user de rigueur, ils ne s'arrêtèrent qu'à Auxerre, où ils se
concertèrent avec l'abbé de Cîteaux, au sujet de leur légation. Ils partirent
ensuite, accompagnés d'Arnaud, pour Villeneuve, au diocèse de Sens, dans la
Champagne, où se trouvait alors le roi Philippe-Auguste, à qui ils remirent
des lettres dans lesquelles le pape lui enjoignait, pour la rémission de ses
péchés, de donner aide et conseil à ses trois légats, de porter tous ses
sujets à employer leurs personnes et leurs biens à une si sainte entreprise
que la Croisade projetée contre la Provence, et de contraindre les juifs de
son domaine, à n'exiger, que dans un temps commode, les usures que ceux d'entre
leurs débiteurs qui y coopéreraient, pourraient leur devoir. Enfin, Innocent exhortait
le monarque à se mettre à k tète de la Croisade, ou à y envoyer son fils, le
prince Louis, s'il ne pouvait s'y rendre en personne. Le roi
répondit qu'il ne pouvait prendre part à cette expédition, ni par lui-même ni
par son fils, à cause de deux ennemis redoutables, le roi d'Angleterre et
l'empereur Othon, qui guerroyaient contre lui ; que tout ce qu'il pouvait
faire ; c'était de permettre à ses barons de prendre part à cette entreprise,
et d'autoriser les légats du Saint-Siège à prêcher la Croisade dans toute
l'étendue de son royaume. Sur
cette réponse, les légats se séparèrent. Milon et Théodose se rendirent à
Montélimar, sur, le Rhône, où ils = convoquèrent un grand nombre d'évêques,
et Arnaud demeura en' France, occupé à répandre, dans toutes les provinces du
Nord d'ardents prédicateurs, qui se mirent à courir les villes et les
campagnes, appelant aux armes les populations, et répétant ce cri de
Pierre-l'Hermite et de Saint Bernard Dieu le veut ! Dieu le veut ! Un
ébranlement général se fit alors sentir dans le nord des Gaules. Le
bas-peuple et la noblesse prirent la croix avec enthousiasme, mus en cela, le
premier, par l'appât des indulgences, et la seconde, par un intérêt moins
religieux mais abus moins déterminant. Par
suite des premières Croisades d'outre-mer, et de la dissipation qui s'était,
depuis longtemps, introduite au cœur de la classe nobiliaire, la plupart, des
gentilshommes de tette époque voyaient leurs, terres seigneuriales, aliénées
en entier ou fortement grevées d'emprunts qui devaient tôt ou tard, les
dévorer. Ce que la noblesse désirait donc le plus, en ce moment, c'était de
reconstituer son, ancienne puissance féodale, et si l'ère des Guillaume de
Normandie et des Tancrède d'Haute., ville était passée, l'interdit, jeté sur
les riches plaines du Midi, ouvrait aux barons une ère nouvelle de
spoliations, dont ils ne pouvaient trop &empresser de profiter. Pour de
tels hommes, règne de la terre avait quelque chose de plus séducteur que le
règne des cieux. Ainsi,
grâces à la cupidité des uns et au fanatisme des autres, les prédicateurs de
la Croisade se virent bientôt à la tête de nombreux corps de pèlerins. A la
nouvelle de ces armements, le comte de Toulouse fut plongé dans de légitimes
appréhensions. Déjà pour éviter à ses sujets et à lui-même les désastres
d'une collision religieuse, il avait imploré la papauté ; il ne lui manquait
plus maintenant qu'à implorer son autre adversaire naturel, la royauté, et il
s'y résigna. Mais Philippe-Auguste, son proche parent, mit pour condition à son
appui, la rupture de Raymond avec l'empereur d'Allemagne. Double
perplexité ! comme comte de Toulouse, Raymond VI était vassal du roi de
France ; comme marquis de Provence, il était feudataire de l'empereur
d'Allemagne. Othon était à craindre ; Philippe à redouter. Dans la guerre
qu'ils se faisaient, quel serait le vainqueur ? question insoluble. Lequel
fallait-il abandonner ? La prudence commandait de les ménager également. Ce fut
le parti que prit le comte. Après avoir fait sa cour au roi, il protesta de
son dévouement à l'empereur ; Mais la neutralité même le perdit. En ménageant
les deux rivaux, il leur donna des défiances. Et ne se déclarant pour aucun,
il se les aliéna tous les deux Othon lui refusa des secours d'argent ;
Philippe des secours de soldats. Or,
c'est au moment où il était livré aux perplexités de ces deux abandons, qu'il
reçut une sommation du légat Milon de comparaître devant lui à Valence, en Dauphiné.
Le comte, dit Dom Vaissette, obéit sans aucune difficulté ; et s'étant rendu
dans cette ville à la mi-juin de l'an 1209, il promit d'exécuter fidèlement
tous les ordres du légat, lequel lui ordonna de remettre, selon les
instructions d'Innocent, sept de ses châteaux à l'Église romaine pour la
sûreté de ses promesses. Milon exigea, de plus, que les consuls d'Avignon, de
Nîmes et de Saint-Gilles lui fissent le serment que s'il venait à les
enfreindre ou à désobéir à ses ordres, ils se regarderaient comme déliés du
serment de fidélité qu'ils lui avaient prêté, et, que son comté de Melgueil
serait alors confisqué au profit de l'Église. Le
comte de Toulouse ne se refusa à aucune soumission et prêta ce serment entre
les mens de Milon : « L'an
de l'incarnation 1209, an mois de juin, je, Raymond, par la grâce de Dieu,
duc de Narbonne, comte de Toulouse, marquis de Provence, me remets moi-même
avec sept châteaux, savoir : Oppede, Montferrand, Baumes, Mornas, Roquemaure,
Fourgues et Fanjeaux à la miséricorde de Dieu et au pouvoir absolu de
l'Église romaine, du pape et de vous, seigneur Milon, légat du Siège
apostolique, pour servir de caution au sujet des articles pour lesquels je
suis &communié. Je confesse, dès à présent, tenir ces châteaux au nom de
l'Église misaine, promettant de les remettre incessamment à qui vous voudrez,
et quand vous le jugerez à propos ; d'obliger comme vous l'ordonnerez leurs
gouverneurs et leurs habitants à jurer de les garder exactement, tout le
temps qu'ils seront au pouvoir de l'Église romaine, nonobstant la fidélité
qu'ils me doivent, et de les faire garder enfin à mes dépens. » Milon
indiqua ensuite, au comte, le jour où il lui donnerait publiquement
l'absolution et le relèverait de l'interdit. Cette cérémonie devait se passer
à Saint-Gilles, au cœur des états de Toulouse. Pendant
l'intervalle, Théodose alla prendre possession des sept châteaux convenus. :
ceux d'Oppède, de Mornas et de Heaumes étaient situés au-delà du Rhône, dans
l'ancien marquisat de Provence. Les quatre autres étaient en deçà de ce
fleuve ; savoir : ceux de Roquemaure et de Fourques sur le Rhône, le premier
au diocèse d'Uzès, et l'autre au diocèse d'Arles ; le château de Montferrand
est dans le diocèse de Montpellier, et celui de l'Argentière, en Vivarais. Le 17
juin de l'an 1209 était le jour fixé pour l'absolution publique du comte de
Toulouse. La nouvelle s'en- était rapidement répandue. Dès le matin, une foule
immense venue des diverses contrées du Midi, emplissait la basilique de-Saint-Gilles,
avide d'un spectacle insolite et inouï. Dans le
vestibule de l'abbaye il y avait un autel de dressé. Sur cet autel étaient
exposés le saint sacrement et les reliques des saints. Tout autour s'étaient
rangés le légat a latere, Milon, les archevêques d'Arles, d'Aix et
d'Auch, les évêques de Marseille, Avignon, Cavaillon, Carpentras, Vaison
Trois-Châteaux, Nismes, Agde, Lodève, Toulouse, Béziers, Fréjus, Nice, Apt,
Sisteron, Orange, Viviers, Uzès et Maguelonne. Sur le
coup de dix heures, Raymond se présenta devant l'abbaye, pieds nus, vêtu d’une
simple chemise, épaules découvertes, corde au cou, torche au poing, erse jeta
aux pieds du légat en demandant à être réintégré dans la communion
catholique. — Vous
soumettez-vous à tout ce que nous ordonnerons ? demanda le légat. — Oui,
répondit Raymond. — En ce
cas, prononcez le serment que Raymond prit le parchemin, et comme il était instruit
dans les lettres, il fut sans secours de clerc, ce serment dont la formule
avait été dictée par Milan : « —
L'an XII du pontificat du seigneur pape Innocent III, le 18 juin, je,
Raymond, duc de Narbonne, jure sur les Saints-Évangiles, en présence des
sacrées reliques de l'Eucharistie et du bois .de la vraie croix, que
j'obéirai à tous les ordres du pape et aux vôtres, maitre Milon, notaire du,
seigneur pape, et légat du Saint-Siège apostolique et de tout autre légat du Saint-Siège,
touchent tous et chacun des articles pour lesquels j'ai été ou je suis
excommunié soit par le pape, soit par son légat, soit par les autres, soit
enfin de droit ; en sorte que j'exécuterai de bonne foi tout ce qui me sera
ordonné tant par lui-même, que par ses lettres ou par ses légats, au sujet
desdits articles, mais principalement sur les suivants : • 1° Sur
ce que les autres ayant fait serinent d'observer la paix, on dit que
j'ai refusé de la signer ; 2° En
ce qu'on dit, que je n'ai pas gardé les serments que j'ai faits pour l'expulsion
des hérétiques et de leurs fauteurs ; 3° Sur
ce qu'on dit que j'ai toujours favorisé les hérétiques ; 4° Sur
ce qu'on me regarde comme suspect dans la foi ; 5° Sur
ce que j'ai entretenu les Routiers ou les Mainades ; 6° Sur
ce qu'on dit que j'ai violé les jours de carême, des fêtes et des
quatre-temps, qui devaient être des jours de sûreté ; 7° Sur
ce qu'on dit que je n'ai pas voulu rendre justice à nies ennemis,
lorsqu'ils m'offraient la paix ; 8° Pour
avoir confié à des juifs les offices publics ; 9° En
ce que je retiens les domaines du monastère de Saint-Guilhem et des autres
églises ; 10° En
ce que j'ai fortifié les églises et que je m'en sers comme de forteresses ; 11° Sur
ce que je fais lever des péages et des guidages indus ; 12°
Pour avoir chassé l'évêque de Carpentras de son siège ; 13° Sur
ce que l'on me soupçonne d'avoir trempé dans le meurtre de Pierre de
Castelnau, de sainte mémoire, principalement parce que j'ai mis le
meurtrier dans mes bonnes grâces ; 14° Sur
ce que j'ai fait arrêter prisonniers l'évêque de Vaison et ses clercs ; que
j'ai détruit son palais avec la maison des chanoines, et que j'ai envahi le
château de Toison ; 15°
Enfin sur ce qu'on dit que j'ai vexé les personnes religieuses, et que
j'ai commis divers brigandages. » J'ai
fait serment sur tous ces articles et sur tous les autres qu'on pourrait
m'objecter, et je l'ai fait faire à tous ceux que j'ai donné pour cautions,
touchant les châteaux de Fourgues, Oppède, Montferrand, et autres. Si
j'enfreins ces articles et tous les autres qu'on pourra me prescrire, je
consens que, ces sept châteaux soient confisqués au profit de l'Eglise romaine,
et qu'elle rentre dans le droit que j'ai sur le comté de Melgueil. Je veux et
j'accorde de plus, qu'en ce cas je sois excommunié ; qu'on jette l'interdit
sur tous mes domaines ; que ceux qui feront serment avec moi, soit consuls ou
autres, et leurs successeurs, soient dès lors absous de la fidélité, du
devoir et du service qu'ils me doivent, et qu'ils soient tenus de prêter serment
de fidélité, et de le garder, à l’Église romaine, pour, les fiefs et droits
que j'ai dans leurs villes et leurs châteaux. Enfin je m'engage par le même
serment à entretenir la sûreté des chemins. » — Et
maintenant, Sire Comte, dit ensuite le légat, je vous ordonne en vertu de mes
pouvoirs de représentant du Siège apostolique, de rétablir l'évêque de
Carpentras dans tous les droits qu'il avait au dehors et au dedans de cette
ville ; de le dédommager de toutes les pertes que vous lui avez causées ; de
fournir pour cela des cautions suffisantes ; de renoncer absolument au serment
que les habitants de Carpentras vous prêtent depuis trois ans, et de me
remettre, à moi légat, la forteresse que vous avez fait construire en cette
ville. Je vous requiers de restituer à l'évêque, au prévôt, et aux chanoines
de Vaison, les châteaux et autres domaines que vous leur détenez ; de donner
caution que vous les indemniserez, soit pour les dommages que vous leur avez
causés, soit pour les édifices que vous leur avez détruits, et de me remettre
le château de Vaison, à moi légat ; ou à celui que je commettrai à cet effet.
Je vous somme de chasser entièrement de vos domaines les Aragonais, Routiers,
Cotereaux, Brabançons, [mot illisible], Mainades d'autres brigands, sous quelques noms qu’ils
soient connus ; de veiller à la sûreté des chemins publics ; de ne donner aux
juifs aucune administration publique ou particulière dans vos états ; enfin
d'exécuter fidèlement tous les autres ordres que le pape on ses légats
pourront vous donner dans la suite. — Ainsi
ferai-je, murmura l’infortuné Raymond. Seize barons
du Midi, cautions et vassaux du comte de Toulouse firent serment d'obéir
pareillement à tous les ordres du pape, de l'Eglise et de ses légats. Dom
Vaissette nous en a conservé les noms : c'étaient Guillaume de Baux, prince
d'Orange, et Hugues, son frère ; Raymond de Baux, leur neveu, Dragonet de
Bocoyran, Guilhaume d'Arnaud, Raymond d'Argout, Ricard de Carumbo, Bertrand
de Laudun et Guillaume, son frère ; Bernard d'Anduze et Pierre Bermond, son
fils ; Bostaing de Porquières, Raymond, seigneur d'Usez et son fils Decan ;
Raymond Gaucelin, seigneur de Lunel, et Pons Gaucelin de Lunel. Puis,
le légat Milon jeta son étole autour du cou de Raymond VI, en prit les deux
bouts, de la main gauche, et l'introduisit ainsi dans l'église en le battant
de verges, de la main droite, et en le faisant prosterner devant le
maitre-autel. Là, donna son absolution et releva ses terres l'interdit papal. Après cette étrange cérémonie, il fut loisible au comte de se retirer ; mais la foule, était si grande qu'il ne pût, disent les Bénédictins, s'en retourner par le même chemin par lequel il était venu, et qu'il fut obligé de passer par un des bas-côtés de l’église, où on avait transféré le tombeau de Pierre de Castelnau, en sorte que plusieurs crurent qu'il lui faisait amende honorable de sa mort. |
[1]
Nous ne savons où le jésuite Langlois a lu que l’un de ces négociateurs fut
Raymond de Rabastens, l'ex-évêque de Toulouse. Il n'existe aucune preuve de ce
fait. Il faudrait d'ailleurs ne pas connaître le comte Raymond, pour le
supposer inhabile au point de charger d'une mission aussi délicate un homme que
le saint Siège avait mis à l'index et l'interdit de ses fonctions épiscopales.