Raymond VI. — Son origine. — Sa puissance. — Son caractère. — Progrès des Albigeois sous son règne. — Discrédit du clergé. — Innocent III est nommé pape. — Missionnaires envoyés dans la Provence. — Mort de Terry. — Suspension de deux ecclésiastiques de Nevers. — Exécution d'Eurand. — Autres légats. — Leurs portraits. — Leur insuccès. — Lettre d'Innocent à Philippe-Auguste. — L'évêque d'Osma se joint aux légats. — Saint Dominique.A la
mort de Raymond V, son fils alité, Raymond VI, alors âgé de 38 ans, ceignit
la couronne des comtes de Toulouse. Du côté paternel, ce prince descendait de
Torsin seigneur à qui Charlemagne inféoda la
suzeraineté de Toulouse, et du côté maternel, de la maison régnante de
France. Les alliances de sa famille, le faisaient, en outre, beau-frère du
roi d'Angleterre, du roi d'Aragon, et du vicomte de Béziers, seigneur de
Carcassonne. Son domaine, sans égal parmi les grands fiefs du royaume,
englobait le marquisat de Gothie, appelé depuis Languedoc, le duché de
Narbonne, qui donnait le rang de premier pair laïque, le comtat Venaissin,
mouvant de l'empire d'Allemagne, une partie de la Provence proprement dite,
les comtés de Saint-Gilles, de Foix et de Comminges, l'Albigeois, le
Vivarais, le Gévaudan, le Velai, le Rouergue, le Quercy et l'Agenois, ces deux
dernières
provinces réunies à la principauté de Toulouse, par son mariage avec
Jeanne, veuve du roi de Sicile, et saur de Richard, roi d'Angleterre. Aucun
homme peut-être n'a été plus diversement apprécié que Raymond VI, et cette
diversité d'appréciation ne provient pas seulement de la lutte des deux
partis entre lesquels il se trouva placé, mais encore de l'inconsistance
naturelle de son caractère. En
effet, sa vie n'est qu'une alternative continuelle. Tour à tour faible et
courageux, irrésolu et énergique, manquant d'habileté dans l'attaque et
fécond en ressources dans la défense, docilement résigné aux exigences de
l'Eglise et maladivement révolté contre ses anathèmes, il excita autour de
lui des haines implacables et d'héroïques dévouements. Nature multiple en un
mot, que le cours des événements pourra seul faire ressortir en entier, car au
fond de toutes les diatribes et de tous les éloges prodigués à sa mémoire, il
y a quel, que chose de si vrai et de si mérité, que les portraits, légués par
l'histoire contemporaine, paraissent s'appliquer à deux hommes différents
plutôt qu'à une même existence. Encouragée
par la facilité de ses mœurs, autant que protégée par la tolérance de ses
convictions religieuses, c'est sous son règne surtout que la secte des
Albigeois fit des progrès immenses. Tout ce qui, dans la population
méridionale, murmurait secrètement contre la rigidité du dogme de Jésus,
contre la domination de Rome, et enfin contre la soumission que la foi
chrétienne imposait à la raison, leva le masque en ce moment, et embrassa
l'hérésie avec enthousiasme. Ce ne fut plus alors un prosélytisme déguisé,
mais manifeste et général qui s'organisa, recrutant de nombreux adeptes dans
les villes et dans les campagnes, au sein des monastères et dans la cour du
prince, si bien qu'en peu de temps le monde assista au spectacle d'une
société nouvelle qui s'asseoit, élevant, en face de Rome, autel contre autel,
puissance contre puissance. Et nul homme, parmi les ecclésiastiques du midi,
ne se trouva assez ferme pour lutter contre ce mouvement, qui menaçait de
tout envahir. Fulcrand, évêque de Toulouse, tenta seul, en 1197, quelques
efforts de résistance, mais Fulcrand fut bientôt débordé ; et, lui vaincu, ce
qui restait encore debout du parti catholique, n'osa plus se risquer à
l'encontre de l'hérésie. Les temples se firent déserts, l'autel même manqua
de ministres, et l'Eglise, ne trouvant plus de sujets à consacrer, se vit
forcée d'appeler aux ordres des hommes sans vocation, qui, par leur ignorance
ou leur corruption, achevèrent de concert avec les hérésiarques, à détruire
l'autorité dont la religion catholique avait été investie durant douze
siècles. Cela entacha d'un tel discrédit la noble profession d'ecclésiastique,
que les prêtres n'osaient découvrir leur tonsure en public, et qu'il courait
un proverbe plus qu'humiliant pour le clergé. Cependant
la papauté, qui, depuis Hildebrand, veillait avec sollicitude au maintien de
la suprématie catholique et de l'unité de l'Eglise, s'émût sérieusement des
dangers du christianisme. Alors le pieux mais trop faible Célestin mourut,
laissant la chaire de Saint-Pierre à Innocent III, qui fut, en 1198, promu au
suprême pontificat. Tel péril, tel homme. Dès son
exaltation, ce pape, à la foi ardente et au génie male, résolut de se prendre
corps à corps avec la réforme, et de l'abattre à tout prix. Mandant aussitôt
quelques hommes d'élite, il leur donna ses instructions et les dirigea sur la
France, en les faisant précéder de ce bref où se manifeste le génie du
nouveau pontife. « Nous
ordonnons aux princes, aux comtes, à tous les
barons et grands des provinces, et nous leur enjoignons pour la rémission de
leurs péchés, de traiter favorablement nos envoyés, et de les assister de
tonte leur autorité contre les hérétiques, de proscrire ceux qu'ils
excommunieront, de confisquer leurs biens, et d'user, envers eux, d'une plus
grande rigueur, s'ils persistent à vouloir demeurer dans le pays, après leur
excommunication. « Nous
avons donné à nos envoyés, plein pouvoir de contraindre les seigneurs à agir
de la sorte, soit par l'excommunication, soit en jetant l’interdit sur leurs
terres. « Nous
enjoignons aussi à tous les peuples de s'armer contre les hérétiques, lorsque
nos légats jugeront à propos de l'ordonner ; et nous accordons, à ceux qui
prendront part à cette expédition pour la conservation de la foi, la même
indulgence que gagnent ceux qui visitent l'église de Saint-Pierre de Rome, ou
celle de Saint-Jacques, Enfin,
nous avons chargé nos légats d'excommunier solennellement tous ceux qui
favoriseront les hérétiques dénoncés, qui leur procureront le moindre
secours, on-qui habiteront avec eux. » Les
légats suivirent en tous points les ordres d'Innocent. Deux d'entre eux
arrivèrent dans le Nivernais, où commençait à se propager l'incendie
méridional, et leur empressement à y étouffer ces flammes naissantes, laissa
pressentir le zèle avec lequel ils tenteraient de réprimer l'embrasement
jusques dans son foyer. A
Corbigny-Saint-Léonard, près de l'Yonne, vivait, dans une profonde solitude,
un hérésiarque de distinction, nommé Terry. Les légats le firent enlever
nuitamment de sa retraite, et brûler vif en plein jour, sans que le peuple
stupéfait eût le temps de s'opposer à cette exécution. A la Charité, petite
ville sur la Loire, quelques habitants étaient réputés hérétiques :
impuissants à les distinguer, les missionnaires sommèrent la population en
masse de comparaître devant leur tribunal, et, sur son refus, la livrèrent au
bras séculier, qui en fit prompte et terrible justice. Puis, venant à Nevers,
les légats suspendirent de leurs fonctions, l'abbé des chanoines de
Saint-Martin et le doyen de la cathédrale, dont le jugement, pour cause
d'hérésie, fut remis au concile de Sens, qui maintint la suspension. Eurand,
intendant de la province, fut plus rigoureusement traité. Au mépris des
droits du comte de Nevers, de qui il relevait, on le condamna au bûcher, et
la sentence s'exécuta sur la principale place de la capitale du Nivernais. En même
temps, deux autres délégués du Saint-Siège, frère Reynier et frère Gui[1], erraient dans le comté de
Toulouse, sans y obtenir d'autre fruit que celui dan convaincre, par eux-mêmes,
à quel point l'Albigéisme y avait poussé d'innombrables racines. Pour en
triompher, Innocent redoubla d'efforts, et chercha partout de nouveaux
instruments à ses desseins. A cet effet, il jeta les yeux sur l'ordre si
populaire et si puissant de Cîteaux, qui avait déjà fourni Saint-Bernard à la
croisade. L'abbé de cet ordre, Arnaud, appelé l'abbé des abbés, se vit
honoré du choix du pontife, ainsi que Pierre de Castelnau et Raoul, ces deux
derniers, religieux de Fontfroide, près de Narbonne. Arnaud
était issu de cette ville, et ce n'est point le moins illustre de ses enfants.
A la fois ferme et habile, doué d'une éloquence abondante et captieuse, il
savait marcher à ses fins par toutes les voies, et façonné, par le poste
élevé qu'il avait rempli, à l'art du commandement, il portait dans sa mission
nouvelle une expérience consommée, une ambition altière, et un véritable
génie politique Castelnau, à l'esprit raide et austères à la parole sèche,
enflammée et dédaigneuse des figures dont Arnaud revêtait son langage, se
précipitait au but, comme un dard, et pénétrait ou se rompait comme lui. La
victoire sur les ennemis du ciel ou le martyre, telle était sa seule
ambition. Quant à Raoul, il était humble, doux, pieux, sobre de discours, en
retour, prodigue d'exemples. Ennemi des rigueurs qui 'n'allaient ni à son
cœur, ni à sa raison évangélique, il eut volontiers choisi le parti de la
modération, si l'ascendant de Castelnau, et la difficulté des circonstances,
ne l'avaient entraîné dans une 4ioie tout opposée. Ces
trois missionnaires s'acheminèrent d'abord vers Toulouse. Ils y obtinrent
encore moins de succès que les missions précédentes. L'esprit de réforme
s'était si fort intronisé dans cette capitale, qu'on y souffrait impatiemment
toutes tentatives de réaction catholique. Cette lettre de Castelnau peindra,
au reste, mieux que nous ne saurions le faire, l'état de l'Eglise dans cette
contrée. «
Saint-Père, les missions ne sont plus suffisantes pour arrêter le mal ; les
vases sacrés et les saints livres subissent ici d'atroces profanations. Les
hé_ rétiques baptisent publiquement à la manière des Manichéens, et prêchent
sans honte et sans crainte leurs damnables erreurs. Raymond de Rabastens,
évêque de Toulouse et successeur du pieux Fulcrand, est un homme avide et
turbulent, qui ne peut vivre en paix avec ses diocésains. Depuis trois 'ans
qu'il est l'oint du seigneur, il soutient une guerre acharnée contre un
-gentilhomme, son vassal, au lieu de tourner ses armes contre l'hérésie, aux
progrès de laquelle il ne tait pas attention. Il est en outre devenu infâme,
par le trafic des choses de l'Eglise. L'archevêque de Narbonne et l'évêque de
Béziers, effrayés de la tempête grondant dans leurs diocèses, abandonnent
leurs ouailles, ou refusent de faire acte de juridiction contre les
sectaires. A parler vrai, les désordres des ecclésiastiques sont si criants,
qu'il est impossible de regarder ces indignes ministres autrement que comme
des loups, entrés au bercail de Jésus-Christ. Les seigneurs de Toulouse et de
Béziers nous ont dénié leur concours. Ils sont, tous, les protecteurs apparents
ou secrets des hérétiques. Il n'y a plus que les menaces de Philippe-Auguste,
qui soient capables de les contenir dans leur devoir. » Remué
vivement par les plaintes de Castelnau, Innocent III, bien qu'il eût déjà
fait un appel infructueux à la cour de France, écrivit de nouveau, et en ces
termes, à Philippe-Auguste, afin de l'exciter à agir contre les réformateurs
: « Sire,
le Seigneur a établi la dignité de pontife et celle de roi, pour la
conservation de son Eglise. La première pour nourrir ses enfants, la seconde
pour les défendre. Celle-là, pour instruire les âmes dociles, et celle-ci,
pour dompter les âmes rebelles. Le pontife doit prier pour ses plus cruels
ennemis, et le roi doit user de l'épée pour les punir. Si ces deux puissances
sont créées pour se servir de mutuel complément, il faut donc que le bras
séculier châtie ceux que les lois de l'Eglise ne peuvent faire rentrer dans
leur devoir. Ce n'est point en vain qu'un grand prince porte le glaive : Dieu
le lui a donné pour le service de la foi. Sur l'appel du pontife, il doit
accourir partout où la foi est menacée. «
Contraignez enfin, terminait le pape, en vertu du pouvoir que vous avez reçu
d'en haut, les comtes et les barons à confisquer les biens des hérétiques, et
usez d'une semblable peine envers ceux de ces seigneurs qui refuseront de les
expulser de leurs terres[2]. » Certes
cette missive était pressante, mais Philippe-Auguste se donna de garde de
déclarer la guerre à la Provence. Il venait de conquérir sur les Anglais, la
Normandie, la Bretagne, le Limousin, le Poitou et la Guienne ; et, plus empressé
d'asseoir sa domination nouvelle que de guerroyer contre le comté de
Toulouse, il se borna à menacer les Albigeois, et s'excusa auprès du Saint-Siège,
promettant néanmoins un concours plus efficace pour un temps plus opportun. De leur
côté, les hérétiques firent peu de cas des menaces du monarque ; ils savaient
trop bien quels embarras naissaient sous ses pas, pour redouter son approche
; d'ailleurs ils avaient confiance en leurs forces, et bien qu'ils
désirassent demeurer en paix avec la couronne, ils étaient loin de craindre
son agression ; Toulouse, Carcassonne et Béziers leur semblaient trois
boule--verts imprenables, et le nombre de leurs partisans parmi le peuple et
la noblesse provençale, était un état de fournir une armée assez forte pour
pouvoir tout au moins, en cas de choc, disputer hm-gueulent la victoire. Or,
quelle influence devaient avoir les prédications et les anathèmes sur un
peuple qui tenait à mépris les menaces de la royauté ? Les légats renoncèrent
à tout espoir de ce côté, et portèrent leur ardeur de réforme sur les
ecclésiastiques soupçonnés d'hétérodoxie, mais soumis encore, à la cour de
Rome. L'archevêque
de Narbonne, l'évêque de Béziers et celui de Toulouse furent les trois
prélats attaqués, sous prétexte que le premier avait refusé de s'adjoindre
aux légats au moment où ils allaient sommer le comte de Toulouse d'abandonner
les hérétiques, que le second avait joint à ce refus une protection manifeste
pour ses diocésains albigeois, et que le troisième, enfin, avait acquis
l'épiscopat par des moyens simoniaques. Béranger de Narbonne n'évita la
déposition qu'en abandonnant au pape l'abbaye de Montaragon,
en Catalogne ; l'évêque de Béziers fut interdit et son évêché confié aux
soins de l'abbé de Saint-Pons et de l'évêque d'Agde. Quant à Raymond de
Rabastens, on le déposa de son évêché de Toulouse en 1205. Ce dernier,
peut-être, n'était coupable que d'un trop grand attachement au comte Raymond.
Mais le moment était venu, où il n'était plus permis, aux membres du clergé,
de mettre en balance leurs affections personnelles et les intérêts de la cour
de Rome. Au
surplus, le premier avantage qui parut résulter de ces dépositions, fut
l'élévation de Foulques à l'épiscopat de Toulouse. Ce jongleur, beau de sa
personne, plaisant et libéral, selon les expressions de Nostradamus,
semblait, par son esprit cultivé, sa vive imagination et son exaltation religieuse,
un champion de l'autorité romaine heureusement choisi ; et ses premiers
efforts témoignèrent de l'ardeur de son dévouement. Jamais orateur plus
élégant et plus souple n'avait occupé la chaire évangélique, et, pour les
méridionaux, c'était là un appât qui ne pouvait manquer de réussir. Aussi la
noblesse et le peuple couraient-ils l'entendre avec empressement. Les légats
s'applaudissaient enfin d'avoir découvert un moyen d'attirer les masses dans
les églises, pensant que, grâces à l'ingéniosité du nouvel évêque, les
Toulousains écouteraient désormais les prédications catholiques. Mais ils se
détrompèrent bientôt, car du moment où Foulques abandonna les spirituelles
saillies de ses péroraisons pour aborder les grands principes du dogme
chrétien, l'auditoire changea d'aspect et s'enfuit d'un spectacle qui avait
cessé de le divertir. Cet
insuccès, joint à l'inutilité de tant d'autres tentatives, découragea si
profondément les frères Castelnau et Raoul, qu'ils se décidèrent, en
l'absence d'Arnaud, que les intérêts de son ordre avaient rappelé de la
Provence, à abdiquer des fonctions trop lourdes à leurs épaules. Ils s'apprêtaient
donc à regagner leur cloitre de Fontfroide, quand don Diego de Azebès, évêque d'Osma, qui revenait de Rome et traversait
la Provence pour se rendre en Espagne, les rencontra et changea leur
détermination. Les légats lui firent ainsi l'aveu de leur impuissance et de
leur découragement. — Las !
Monseigneur, dit frère Raoul, les larmes aux yeux, nous sommes des pasteurs
inutiles. Notre séjour, ici ne fait qu'avilir la dignité de notre saint père,
le Pape, et la majesté de notre sainte mère, l'Église. Il est temps de nous
retirer sur la montagne pour aller prier avec Moïse, puisque nous ne pouvons
combattre dans la plaine, avec Josué. —
Frères, répondit l'évêque d'Osma, un médecin adroit ne s'applique jamais avec
plus d'activité à la guérison d'un malade que lorsque le danger lui semble
plus pressant. Pour rétablir la religion, m'est avis qu'il faut employer les
mêmes moyens dont on s'est servi jadis pour la propager et la rendre
vénérable. — Et
ces moyens, quels sont-ils ? — Les
apôtres faisaient à pied leurs voyages, vivaient d'aumônes et ne soutenaient
la splendeur de leur ministère que par l'éclat de leurs vertus et la force
des vérités annoncées. Ces
sages conseils n'étaient rien moins qu'une condamnation indirecte de la vie
fastueuse des légats. Castelnau en parut affecté, mais non Raoul qui, plus
humblement religieux, ajouta : — Il
n'est rien que nous ne soyons décidés à faire pour la gloire de Dieu et le
service de la foi ; mais pour nous conduire et nous réconforter aux âpretés
de notre route évangélique, il nous manque un guide sûr. Mettez-vous à notre
tête, Monseigneur, et instruisez-nous à ramener les hérétiques. — Il ne
m'appartient point à moi, pauvre pécheur, de montrer la voie du salut à qui
que ce soit. Je serai votre frère et non votre chef. Nous travaillerons, de
concert, à expulser le démon qui s'est emparé de ce malheureux pays. Et aussitôt, l'évêque d'Osma, donnant l'exemple de l'abnégation, renvoya, le jour même, sa suite et ses équipages en Espagne. Il ne garda, auprès de lui, qu'un homme de talent et de qualité qui contribua à cette mission et fonda, quelques années après, les couvents de Fanjeaux, de Prouille, et l'ordre des Frères-Prêcheurs. Cet homme s'appelait Dominique d'Osma. L'Église l'invoque encore, de nos jours, sous le nom de saint Dominique. |
[1]
Reynier et Gui furent les premiers qui exercèrent dans le midi les fonctions de
ceux qu'on nomma depuis inquisiteurs. Ainsi c'est proprement à celte commission
qu'on doit rapporter l'origine de l'inquisition qui fut établie d'abord contre
les Albigeois, et qui passa dans la suite dans les provinces voisines et les
pays étrangers. Fleury en fait remonter à tort l'origine à l'an 1184.
L'inquisition ne commença qu'en 1202, comme l'écrit l'annaliste
de Cîteaux.
[2]
Inn. III, liv. VII, Ep. 79.