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A nos
yeux, la question des Albigeois se présente sous deux faces distinctes, face
politique et face religieuse ; c'est sous ce double aspect que nous allons
l'apprécier. Au
commencement du moyen-âge, deux peuples, le premier au nord, le second au
midi de la Loire, se partageaient l'empire des Gaules. L'un, le peuple Franc,
parlait la langue d'oïl ; l'autre, le peuple Gallo-Romain, parlait la langue
d'oc. Celui-ci aspirait au fédéralisme républicain ; celui-là tendait au
contraire à l'unité gouvernementale. Huit siècles de tentatives de la part de
ce dernier n'avaient pu effacer cette ligne de démarcation. Toujours sur le
qui-vive, le Midi défendait pied à pied son territoire, ses mœurs, ses
institutions, réagissant après chaque invasion, opposant aux armes les armes,
au droit salique le droit romain, l'influence des arts à l'influence
monarchique ; en sorte qu'en dépit des victoires de Charles-Martel et de
Charlemagne, la race de la langue d'oc n'était encore que nominativement
soumise à la race Franque et la couronne comtale des princes de Toulouse à la
couronne royale des Capétiens. Cependant
cet état de choses ne pouvait s'éterniser. Pour qu'un jour la France marchât
à l'avant-garde des peuples et fit prévaloir sa prépondérance sur le reste du
continent européen, il fallait qu'elle devînt homogène gène avant tout,
qu'elle ne formât qu'un seul corps de nation et qu'elle n'obéit plus qu'à une
seule impulsion gouvernementale. Or, à cette époque, la forme monarchique,
même avec ses allures de despotisme, étant seule capable de réaliser cette
concentration et de pousser le monde dans la voie du progrès social, il
fallait qu'à la fin la nationalité septentrionale l'emportât sur sa rivale et
que tôt ou tard le Nord, victorieusement rué sur le Midi, se l'incorporât en
le pliant au joug réel de la couronne et le régénérât en s'infusant à son
tour dans les veines le suc de sa vieille civilisation. Cette
destinée, le génie politique du Nord la pressentait vivement, mais pour
l'atteindre, dans un temps où la race Gallo-Romaine était dans toute sa force
et où les grands vassaux usaient de tous les moyens pour limiter l'extension
du pouvoir royal, il lui manquait deux choses : d'abord un prétexte assez
plausible pour endormir la susceptibilité des feudataires et ensuite un
auxiliaire assez résolu pour entamer à ses risques et périls les hostilités
contre le peuple d'outre-Loire. Au début du XIIe siècle, l'hérésie des
Albigeois lui fournit l'un et l'autre : pour prétexte, une Croisade
religieuse, pour auxiliaire, la papauté. La
lutte qui s'engagea dès lors entre la chrétienté d'un côté et la Gaule
méridionale, de l'autre ; la part qu'y prit la royauté, et le magnifique prix
qu'elle en retira, tout cela fait le sujet de notre ouvrage. Reste maintenant
le côté religieux de la question. Ce qui
a fait que les historiens modernes et les chroniqueurs anciens se sont
presque tous mépris sur le caractère de l'hérésie des Albigeois, c'est que, sous cette
dénomination générique donnée à la masse des sectaires méridionaux, par suite
du concile de Lombers, dans l'Albigeois, qui condamna leurs principes en
1165, ils n'ont aperçu qu'un seul corps de sectaires professant une même
doctrine et non un assemblage de sectes différentes et quelquefois
antipathiques, liées plutôt par l'intérêt commun et par une même tendance
politique que par l'unité radicale de croyance religieuse. De là ces diverses
appellations tour à tour et séparément appliquées aux hérétiques méridionaux,
dont aucune n'est juste absolument. Gardons-nous d'une semblable erreur et
procédons par ordre. L'albigéisme
était divisé en plusieurs camps obéissant chacun à un chef particulier, et
suivant un emblème religieux différent. Il y avait là des ariens, des
panthéistes, presque des musulmans, et cela se conçoit aisément quand on se
rappelle que trois occupations successives et prolongées, la première
romaine, la seconde visigothe et la troisième sarrasine, avaient dû, en
passant sur le midi des Gaules, y déposer la semence de leur foi religieuse. Toutefois
dans cette confusion de croyances plus ou moins opposées à l'esprit du
christianisme, il y en avait deux qui prédominaient autant par le nombre de
leurs adeptes que par la netteté de leur formule et la régularité de leur
organisation. Ces deux sont la doctrine manichéenne, et la doctrine vaudoise,
qui finirent par rallier à elles et absorber de telle sorte toutes les autres
sectes hétérodoxes qu'à l'heure où le Saint—Siège frappa la nationalité
méridionale de ses foudres temporelles, il n'y avait guère plus que des
manichéens et des vaudois parmi les proscrits Albigeois. Réduit
à ces simples termes, le problème est désormais facile à résoudre. Qu'étaient
les Manichéens et les Vaudois et d'où leur origine ? De quelle manière se
produisirent-ils dans le Midi des Gaules, et à l'aide de quel Concours s'y
propagèrent-ils ? Quels furent enfin leurs progrès durant le XIIe siècle ?
Telle est la triplé interpellation à laquelle nous avons à répondre. Les
manichéens, à l'instar des Brahmines et des Gnostiques, consacraient le dogme
des deux principes, le Dieu bon et le Dieu mauvais ; rejetaient le culte des
images et le baptême ; niaient le libre arbitre et l'enfer, et s'écartaient
donc entièrement de la révélation évangélique. Leur
doctrine était d'origine orientale. Manès, prêtre chrétien, selon les uns, et
mage persan, selon les autres, la prêcha dans le cours du ne siècle. Des
persécutions atroces l'accueillirent à son début. Les empereurs païens, en
haine de Jésus, le condamnèrent, sous prétexte de christianisme, et les papes
à leur tour l'anathématisèrent sous prétexte de paganisme. Manès ; tombé
entre les mains de Sapor, fut écorché vif. Le
supplice du maître n'éteignit pas le zèle de ses disciples. Le manichéisme eut
de rapides progrès dans toute l'Asie et le nord de l'Afrique passa le
Bosphore, s'établit dans la Bulgarie, se cantonna dans la Lombardie, à deux
pas de Rome chrétienne, et se répandit de là, en 1126, dans le midi des
Gaules. Pierre
de Bruyz fut le premier qui propagea cette croyance parmi ses compatriotes.
Le plus remarquable de ses prosélytes fut sans contredit le moine Henry,
homme ardent, génie, vigoureux, dialecticien habile, dont l'esprit s'était
exalté au sein d'une solitude de plusieurs années. On ne sait trop comment le
germe manichéen put arriver jusqu'en cette terre du cloître que l'on croyait
amurée pour tout vent extérieur. Ce qu'il y a de sûr, c'est que Henry en
abandonna l'ascétisme et les macérations pour aller dogmatiser de par le
monde. D'abord
il alla essayer ses forces dans les provinces limitrophes du comté de
Toulouse, telles que le Poitou, l'Auvergne et l'Aquitaine. Cette épreuve dura
six ans. Elle fut brillante. En toute ville, où le nouveau, docteur passa, il
se fit une glorieuse réputation de prédicateur éminent. Son noviciat terminé
Henry se sentit assez fort pour se remontrer aux lieux d'où le préjugé
semblait l'exclure. Il était sorti de la Provence en apostat, il y rentra
apôtre. Les populations coururent l'entendre ; les grands l'accueillirent
avec honneur, et le comte de Toulouse, Alphonse, l'ayant appelé à sa cour,
l'investit de sa confiance. Cela se passait vers le milieu du XIIe siècle. C'est à
peu près l'époque où l'hérésie des Vaudois prit naissance. Pierre Valdo,
natif de Vaux, sur le Rhône, en fut le fondateur. Après avoir distribué sa
fortune aux pauvres, ce novateur, touché de leur ignorance autant que de leur
misère, traduisit la Bible en langue vulgaire et se chargea de la leur
expliquer. Il ne s'éleva d'abord que contre l'irreligion et la débauche, les
dissolutions du clergé et les abus de la discipline ecclésiastique ; mais
bientôt se prenant corps à corps avec le catholicisme, il rejeta la messe, la
confession, les sacrements, le culte des images, et promulgua une doctrine,
analogue en tout point à celle de Luther et de Calvin ; s'indignant ensuite
des prétentions outrées de la papauté, ce réformateur attaqua non seulement
le dogme, mais l'autorité et l'existence même de l'Église, prétendant
renverser l'institution comme s'étant écartée de son but et ramener la Rome
des Hildebrand à la simplicité toute populaire du christianisme naissant.
Enfin, à l'exemple des apôtres, il s'attribua et reconnut à ses disciples,
hommes et femmes, la mission d'annoncer la parole de Dieu. Ceux—ci
ne s'en firent faute. Pris d'une ardente soif de prosélytisme, ils prêchèrent
la réforme dans le Dauphiné, le Piémont, les Pays-Bas, l'Allemagne et se
répandirent surtout dans le midi des Gaules ; mais là ils dénaturèrent la
doctrine de Valdo et gâtèrent la belle parole du maître, en enseignant que la
loi du Christ avait été abolie par celle du Saint—Esprit ; que le Christ né à
Bethléem et crucifié était un être mauvais ; que le bon Christ n'a pas été
incarné et qu'il n'est venu sur la terre qu'en esprit dans le corps de
l'apôtre saint Paul. Cette extravagance mystique où l'on reconnaît aisément
l'alliage manichéen, prouve qu'au moment où elle fut avancée, les deux
hérésies dont nous nous occupons s'étaient déjà rencontrées et n'avaient su
se conserver dans leur intégrité systématique. Quoiqu'il
en soit, lorsque les nouvelles idées pénétrèrent dans la Provence, l'Église
avait réellement changé d'aspect et perdu sa pureté primitive. Abandonnant
les tendances républicaines de sa première période, elle ne se contentait
plus du sceptre spirituel et n'aspirait à rien moins qu'à dominer le monde
religieusement et politiquement ; en outre sen clergé s'était livré à toutes
les dissolutions. Les saintes écritures étaient délaissées pour la débauche
que l'on poussait jusqu'au scandale. La simonie semblait avouée et les
prélatures étaient des apanages affectés aux membres des familles puissantes,
lesquels vivaient dans le luxe et le désordre, tandis que les curés et les
prêtres inférieurs, pris parmi les vassaux des seigneurs, parmi les paysans
et les serfs, conservaient dans leur saint ministère, la brutalité,
l'ignorance et l'abjection de leur origine servile. Or,
c'était là faire beau jeu à l'esprit de réforme dans un pays éclairé,
spirituel, qui se révoltait devant toute atteinte portée à sa liberté de
penser et d'agir. Aussi, en peu d'années, la secte manichéenne et la secte
vaudoise, recrutées, celle-ci de tout ce qui penchait vers le mysticisme,
celle-là de tout ce qui se trouvait à l'étroit dans les langes chrétiens, et
toutes deux de ces natures pour qui l'indépendance religieuse et politique
était le suprême évangile, comptèrent-elles de nombreux et de fervents
adeptes. La
papauté n'apprit cette révolution qu'au moment où il n'était plus possible
d'en arrêter le développement. Eugène III occupait alors la chaire de saint
Pierre. Ce pontife se pressa néanmoins d'envoyer le cardinal Albéric, évêque
d'Ostie, et Geoffroi, évêque de Chartres, dans le midi des Gaules, avec mission
d'y ramener par tous les moyens spirituels, les Provençaux rebelles à l'unité
catholique. Albéric
et Geoffroi s'adjoignirent, en passant par Clairvaux l'abbé de ce monastère,
le thaumaturge du XIIe siècle, le célèbre saint Bernard, dont le nom et la
ferveur chrétienne ont eu tant de retentissement. Cet homme évangélique,
persuadé que sa mission, pour être profitable, devait porter tous ses efforts
au foyer même de la réforme, se dirigea vers Toulouse. Mais avant d'arriver
en cette capitale de la nationalité méridionale, il écrivit au comte Alfonse,
auprès de qui vivait en grand honneur l'hérésiarque Henry, la lettre suivante
qui est un document précieux : « Quel
désordre, seigneur, l'hérétique Henry n'a-t-il pas causé dans l'Église ? ce
loup ravissant contrefait la brebis dans vos états ; mais apprenez à le
connaître par les effets que ses prédications produisent. On ne voit plus
personne dans les églises du Languedoc[1] ; on n'a plus de respect pour
la puissance ecclésiastique ; on raille des sacrements ; on meurt sans
pénitence ; on ne baptise plus les enfants ; l'auteur d'un si grand mal
peut-il être un homme de bien ? Non certes, et cependant on l'écoute ; ce
faux docteur a su persuader que nos pères se sont trompés, que nous vivons
tous dans les ténèbres ; que la mort de J. C. n'empêchera pas la mort des
Chrétiens et qu'il n'y aura de sauvés que ceux qui embrassent la nouvelle
doctrine. Voilà ce qui m'oblige à me mettre en voyage malgré mes grandes
infirmités : Je pars pour le pays où ce monstre fait le plus de ravages et où
personne ne lui résiste ; car quoique son impiété soit connue dans la plupart
des villes du royaume, il trouve auprès de vous un asile où, sans crainte et
à l'abri de votre protection, il déchire le troupeau de Jésus-Christ. Je
l'avoue toutefois, il n'est pas étonnant que ce serpent vous ait trompé,
puisqu'il a les dehors de la vertu ; commencez à le connaître. C'est un
apostat qui a secoué le joug des supérieurs de son ordre ; il a d'abord
demandé l'aumône, et il a prêché ensuite pour avoir de quoi vivre ; ce que
les rétributions pouvaient lui fournir au-delà du nécessaire, il le dépensait
au jeu, ou à des plaisirs plus criminels, courant pendant le jour après
l'applaudissement des auditeurs et passant la nuit chez les courtisannes. Informez-vous
des raisons qui l'ont contraint de quitter Poitiers et Bordeaux, et vous
apprendrez qu'il n'ose y retourner, parce qu'il y a laissé des marques trop
honteuses de son libertinage. Vous espériez, Seigneur, qu'un tel arbre
produirait du bon fruit, et il n'en est sorti qu'une corruption capable
d'infecter vos provinces. Je ne vais point à Toulouse de mon propre
mouvement, ce sont les ordres de l'Eglise qui m'y envoient pour arracher,
s'il est possible, la pernicieuse semence tombée dans le champ du Seigneur.
Ce n'est pas moi qui l'arracherai, je ne suis rien, ce sont les prélats que
j'ai l'honneur d'accompagner et dont le plus considérable est le cardinal
légat Albéric, évêque d'Ostie. » Cette
mission n'eut pour tout résultat que l'arrestation d'Henry et le départ du
comte de Toulouse pour la Palestine. Diverses causes concoururent d'ailleurs
à en paralyser les effets : à peine arrivé en Syrie, Alphonse fut empoisonné
et cette mort fut le signal d'une lutte opiniâtre entre son successeur Raymond
V et Henri II, roi d'Angleterre, qui depuis son mariage avec Éléonore,
prétendait au comté de Toulouse. En outre des troubles graves s'élevèrent au
sein de la papauté et l'ébranlèrent profondément au décès d'Eugène III, à qui
le conclave, en désaccord, nomma simultanément deux successeurs, le pape
Alexandre et l'anti-pape Victor. A la
faveur de ces agitations, l'esprit de réforme s'étendit sans contrainte. Ses
progrès furent si actifs que dès qu'il se fit un moment de trêve pour le
Saint-Siège, celui-ci n'eut rien de plus pressé que de porter le concile de
Tours à fulminer ce décret : « Il y
a quelque temps qu'une hérésie détestable qui a pris son origine dans
Toulouse gagne les villes voisines, et infecte un grand nombre de fidèles :
elle se cache comme un serpent qui se replie sur soi-même, et plus il y a
d'artifice dans la manière dont elle se répand, plus elle impose aux simples. « Nous
ordonnons aux évêques et prélats du seigneur qui sont dans ces provinces d'y
veiller comme ils doivent, et nous défendons sous peine d'excommunication de
donner retraite ni secours à ceux qu'on saura soutenir cette hérésie, afin
que la privation des avantages de la société civile les force à quitter
l'erreur. « Si
quelqu'un ose contrevenir à ces ordres, qu'on l'excommunie ; que les princes
chrétiens fassent emprisonner les hérétiques et confisquent leurs biens ;
qu'on fasse une recherche exacte des lieux où ils tiennent leurs assemblées
et qu'on les empêche de s'y attrouper. » C'est à
la suite de ce décret qu'au mois de mai 1165, les évêques de Provence
s'assemblèrent en concile à Lombers, petite ville de l'Albigeois, et
sommèrent les sectaires de comparaître devant eux pour y soutenir
l'orthodoxie de leurs doctrines. Ceux-ci ne déclinèrent pas la rencontre et
Olivier, un de leurs docteurs, argumenta publiquement avec l'évêque d'Albi et
l'évêque de Lodève, ses controversistes. Inutile
de rapporter ici les incidents de cette discussion ; il suffira de dire que
la réforme fut jugée damnable et ses partisans excommuniés. A partir de cette
époque, comme nous l'avons dit plus haut, on ne désigna plus les novateurs du
Midi à quelque secte qu'ils appartinssent que sous la dénomination commune
d'Albigeois. Nous l'emploierons désormais bien que les annalistes ne s'en
soient servi qu'à compter de l'année 1269. La
condamnation dé Lombers n'arrêta pat l'ardeur des hérétiques. Leurs progrès
allèrent au contraire tellement croissants, tai moins ceux des manichéens ;
qu'ils éprouvèrent deux ans après, le besoin de régulariser leur organisation
religieuse en s'imposant une hiérarchie : A cet effet une grande assemblée de
manichéens fût tenue à Saint-Félix de Caraman, à cinq lieues de Toulouse en
1167. Le pontife suprême, Niquinta vint exprès des confins de la Bulgarie, où
il séjournait, pour la présider, et il ne se retira qu'après avoir sacré
trois évêques et divisé le territoire méridional en évêchés manichéens. Cependant
le schisme qui dévorait la papauté ; et la guerre de l'Angleterre contre la
Frange et le comté 'de Toulouse, se continuaient toujours. Enfin une paix
éphémère se fit de part et d'autre, et les parties belligérantes portèrent
aussitôt les yeux sur la Provence, Ce qui s'y passait n'intéressait pas moins
les couronnes de France et d'Angleterre que la papauté. Henri II,
Louis-le-Jeune et Alexandre III, se liguèrent et nommèrent douze
missionnaires pour les opposer au torrent des idées nouvelles. Cette
seconde mission n'échoua pas moins que celle qui l'avait précédée. Elle
n'aboutit qu'à la confiscation des biens de Pierre de Moran, riche hérétique
de Toulouse, et à l'excommunication de Baymiac et Raymundi, ministres
albigeois de la ville de Castres. L'année suivante, 1179, c'était
pareillement en vain que le concile de Latran condamnait la doctrine des
Vaudois et que l'archevêque de Lyon leur interdisait la prédication publique. L'insuffisance
de ces tentatives décida la papauté à employer les moyens temporels pour
abattre la réforme méridionale. La guerre sainte allait être proclamée
lorsqu'il survint, coup sur coup, une telle série de préoccupations que le
monde chrétien étourdi oublia pour un moment les dangers de l'Église, dans la
Provence. En
1180, Louis-le-Jeune mourut, laissant à son successeur Philippe-Auguste, un
héritage de troubles et d'embarras monarchiques. Henri II, de son côté, vit
ses fils se révolter contre lui et employa le reste de ses jours à les
réduire. A sa mort Richard-Cœur-de-Lion et Philippe-Auguste se firent une
guerre d'autant plus vive qu'elle avait deux mobiles : rivalité de gloire et
rivalité de puissance. En même
temps, le Midi lui-même n'était pas plus tranquille. Le comte de Toulouse
prétendait au marquisat de la Provence proprement dite, le roi d'Aragon y
prétendait aussi. De là, guerre à laquelle prirent part tous les seigneurs du
Midi et du littoral de la Méditerranée. Restaient
le Saint-Siège et le fanatisme de l'Europe. L'un et l'autre étaient encore à
redouter. Un puissant évènement se produisit, qui captiva toute leur
attention. Saladin s'empara de Jérusalem. Cette nouvelle profanation donna
naissance à une nouvelle Croisade d'outre-mer. L'élite de la chrétienté se
rua sur l'Orient et laissa aux Albigeois, dans un coin de l'Occident, tout
loisir de propager l'esprit de réforme. Cette complication d'événemens Si favorables aux novateurs durait encore lorsqu'en 1194, Raymond VI, fils de Raymond V, hérita du comté de Toulouse. C'est sous le règne de ce prince qu'éclatèrent les Croisades contre les Albigeois. |
[1]
C'est improprement que ce mot a été employé par Langlois dans cette traduction
de la lettre de Saint-Bernard. On n'appela cette province Languedoc que durant
le XIIIe siècle.