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JEAN-PAUL DE LECA La mort
de Vincentello d’Istria, en 1434, fut un malheur pour l’île ; son énergie et
son activité avaient réussi à maintenir une certaine tranquillité parmi les
habitants. Quand ils en furent privés, l’anarchie reparut de plus belle. La
république de Gênes ne sut pas profiter des circonstances qui lui avaient
permis d’écarter son adversaire et, pour plus d’un siècle, elle va laisser à
d'autres le soin de gouverner le pays. Ses
embarras étaient tels, en effet, ses finances étaient à ce point obérées,
qu’elle ne pouvait s’imposer ni efforts, ni dépenses. Tous les ambitieux
purent donc se disputer la domination d’une terre qui en fait était libre. Un
seigneur du cap Corse, Simon da Mare, le vainqueur de Vincentello, essaya
d’abord d'établir son influence ; il échoua. Après lui ce furent deux Génois,
les frères Montalto, avec lesquels da Mare avait signé une sorte d’alliance
et de partage ; ils se heurtèrent à la résistance des Caporaux et furent
vaincus à Tessaurone. Puis le doge Thomas de Campofregoso rêva de placer
l’île sous l'autorité de sa famille et il y envoya son neveu Janus avec
quelques troupes. Il peupla et fortifia, en 1440, la baie de Saint-Florent,
dont il trouvait la position avantageuse, et faillit, grâce à la ruse,
réussir dans ses projets. Mais il fut arrêté à son tour par l’hostilité des
mêmes Caporaux qu'il avait refusé de pensionner. A ce moment intervint le roi
d’Aragon qui délégua les pouvoirs de comte à Giudice d’Istria, héritier et
neveu de Vincentello ; il le chargea de reconquérir la Corse (1441). Ses débuts furent également
heureux ; mais, soit qu’il eût été trahi, soit qu'il eût indigné les Corses
par son injustice, il fut pris et emprisonné par l'évêque d’Aleria,
Silvagnolo da Maire. Celui-ci voulut à son tour disposer de l’île, cette fois
en faveur du pape Eugène IV, que beaucoup de gens considéraient en secret
comme le suzerain légitime. D’accord avec quelques-uns de ses amis, il envoya
au pontife une délégation qui lui offrit la souveraineté du pays. Eugène IV
accepta et chargea Paravisi d’en prendre possession. Alors la noblesse de
l'Au-delà s'unit à celle des Caporaux et l’empêcha de faire des progrès.
Nicolas V, qui venait de succéder à Eugène IV, se rendit compte qu’il était
impossible de triompher des factions insulaires ; il prit la sage décision de
renoncer à toute intervention et d’abandonner ses droits à la famille
Campofregoso, qui occupait de nouveau le siège ducal à Gênes. Les Corses retombèrent
sous la tyrannie d’une famille qu’ils venaient d’expulser. Pour accroître le
désordre, le roi d'Aragon, sollicité par un seigneur de la Rocca, intervint à
son tour ; il envoya une expédition sous les ordres d’un vice-roi, du nom
d’Imbisora (1448).
Jamais la situation n’avait été plus compliquée ni plus instable. L’Aragon,
la papauté et Gênes, les barons, les caporaux et les évêques, les étrangers
et les insulaires, tous manifestaient des prétentions sur la misérable île.
Le droit appartenait au plus fort ou au plus heureux. Bonifacio et Calvi
restaient à la république ; Bastia, Biguglia, Corte, Saint-Florent et presque
toute la Terre du Commun reconnaissaient l’autorité de Campofregoso ou du
pape. L’Aragonais avait des sympathies dans la terre de Cinarca, des alliés
dans le Niolo et le Fiumorbo ; bientôt il allait s'emparer par surprise de
Saint-Florent. Quelle devait être la situation morale et économique d’une
terre que ravageaient alternativement, depuis 1434, tous ces compétiteurs ?
On peut se l’imaginer, après vingt ans de guerre civile. Alors
un long cri de souffrance jaillit de toutes les poitrines. A cent ans
d'intervalle, suivant une relation de cause à effet, on voit les mêmes faits
produire les mêmes résultats. Les habitants décident de recourir à une mesure
qui leur avait jadis apporté la paix. Ils se réunissent aux environs de
Morosaglia, choisissent comme lieutenant un Mariano de Gaggio e le chargent
d’abaisser l’orgueil de cette féodalité plébéienne qui a failli à ses
origines et à son devoir. Ce fut comme le second acte de cette révolution
populaire dont Sambucuccio, un siècle auparavant, avait donné l’exemple.
Mariano traqua les caporaux, détruisit leurs tours, abolit leurs fonctions et
leur titre, bannit ceux qui échappèrent, mais ne réussit pas à refaire
l’unité. Alors, dans l'Au-delà, on eut recours à une réforme, à la fois
sociale et religieuse, qui fait songer à celle des Giovannali ; elle fut
l’œuvre, cette fois, de la confrérie des Battuti. Un frère Mineur du
royaume de Naples, frà Nicolo, homme instruit, prédicateur distingué et
éloquent, persuada aux insulaires d’établir de nombreuses compagnies de
Casaccie — comme cela se faisait, suivant la chronique, en Italie et
ailleurs. Le but apparent était l’institution d’une Congrégation dont les
membres devaient mener une vie vertueuse et sainte ; mais « le poison qui se
dissimulait ne tarda pas à se manifester », et l'on obtint un résultat tout
contraire. Frà Nicolo, en rédigeant les statuts et règlements des nouveaux
confrères où Battuti semblait vouloir en faire non une société de charité ou
de piété chrétienne, mais une véritable république qui ne reconnaîtrait
d’autre tribunal que celui du prieur et dont les membres se défendraient et
se protégeraient l’un l'autre jusqu’à la mort. Le Chroniqueur a peut-être mal
compris le mouvement quand il accuse le religieux d’aspirer à la suprématie
politique et d'ambitionner le titre de chef plus que celui de prieur. Nicolo,
comme Giovanni, rêvait d’une réforme sociale et peut-être d'une communauté de
biens et de droits ; l'historien de la Grossa déclare lui-même que certains
règlements étaient fort sages. Les Battuti trouvèrent un noble ambitieux,
Vincentello d’Istria, qui voulut sans doute profiter du mouvement et mit son
château à la disposition des frères. La secte s’accrut alors rapidement et,
dans f En-deçà comme dans l’Au-delà des Monts, chaque jour lui amenait de
nouveaux disciples. La confiance du peuple dans la nouvelle réforme était
réelle. Les barons en furent effrayés ; quelques-uns feignirent de
sympathiser avec les Battuti, de peur de les combattre ; d’autres
qualifièrent leurs idées « d'institution hérétique et dangereuse pour les
seigneurs » ce qui est bien un aveu, et ils durent agir auprès du supérieur
des Frères Mineurs qui rappela purement et simplement de Corse le frère
Nicolo. Celui-ci obéit prouvant par là qu’il était un simple réformateur, non
un révolutionnaire. L’éloignement
du prédicateur mit la discorde dans les rangs de ses partisans. Après l'avoir
inutilement attendu pendant plusieurs mois, ils se réunirent à Morosaglia
pour lui désigner un successeur, « car leur vertu ne pouvait pas se passer
d’un chef ». Ils ne s’entendirent pas et se séparèrent. Ceux du Deçà, dont le
zèle était peut- être plus bouillant, mais aussi dont l'énergie qui s’était
manifestée en plusieurs circonstances était plus grande, tinrent une seconde
assemblée. Ils décidèrent de nommer un chef pour défendre leur réforme, qui
semble bien être plus sociale que religieuse. Ils désignèrent le comte Polo
de la Rocca, seigneur ambitieux et puissant, ami des Aragonais, et lui
accordèrent un salaire ainsi que les deux tiers du revenu des charges. La
réforme populaire avortait donc tandis que son nouveau chef espérait profiter
de ses pouvoirs pour lever des impôts à sa guise et s’enrichir. Le peuple
s’en rendit bientôt compte ; il prit l’engagement de ne plus lui payer de
taxe ni d'accatto ou subvention, sous peine de châtiment grave,
puisque le comte Polo n’avait pas réussi à rétablir la paix. On est frappé de
l’entente qui règne parmi ces populations vraiment dignes de la liberté et
dont les assemblées ont toujours pour but la conquête de l’indépendance.
Elles adoptèrent une décision encore plus grave, puisque « après avoir
examiné mûrement la situation au cours d’une assemblée tenue à Lago
Benedetto, sur les bords du Golo, elles jugèrent que le meilleur parti à
prendre était de trouver un protecteur capable d’imposer la paix à tous ». Un
seul pouvait à leur avis réussir : la Compagnie de Saint- Georges. C’est donc
à elle que les Corses envoyèrent des délégués chargés d’implorer secours en
échange de leur obéissance. La
Banque de Saint-Georges est une des institutions les plus curieuses et les
plus durables de la république génoise. Elle eut d’abord le nom de Maison,
d’Office et fut la première organisation d’une dette publique, à la fois
banque d’émission et de change, compagnie coloniale et de navigation. Ses
origines remontent au XIIe siècle, au temps où la commune de Gênes fut
obligée d’emprunter pour exécuter ses entreprises militaires contre les
Sarrasins d’Espagne. Elle demanda de l’argent à un groupe de 18 citoyens
riches ou Compera et leur abandonna en échange, pour quinze ans, la
perception d’une partie des droits d’entrée sur les poids, les mesures et le
fer. Cette opération fut répétée à maintes reprises et donna naissance aux Compere
del Capitolo ou du Gouvernement. Un emprunt destiné à la guerre de Corse
reçut même le nom de Compera Corsicae. De sorte que, en 1250, la dette
ou Compera s’élevait à 2.800.000 lires génoises[1], divisées en 28.000 parts ou luoghi,
inscrites au grand livre des Comptes ou Cartulario et productives
d’intérêts. Les guerres civiles respectèrent scrupuleusement ces créances,
qu’un Office de huit protecteurs, créé en 1318, fut chargé de sauvegarder. En
1339, quand fut élu par le peuple le premier doge Boccanegra, quatre citoyens
choisis dans le Conseil des vingt sages de la cité reçurent la mission de
procéder à un collationnement général des Compere. Ils les fondirent un peu
plus tard en six, les réorganisèrent et consolidèrent définitivement la dette
publique des deux siècles précédents. Cet événement n’empêcha pas le retour
des emprunts de l’État. Si celui-ci hésita d’abord à persévérer dans cette
voie et s’il préféra confier à une société de citoyens ou Maona le soin de
conquérir soit l’île de Chio, soit celle de Corse, il fallut bien s’y
résoudre quand la guerre avec les Vénitiens, les Catalans et les seigneurs de
Finale commença en 1346. La situation financière en fut gravement obérée et
la faillite parut imminente. En 1405, il fallut procéder à une liquidation
générale par les soins d'une commission de cinq membres qui prenaient le nom
de Protecteurs de Saint-Georges ; ce saint était le patron de la cité. Les
Protecteurs groupèrent et convertirent les emprunts en une dette consolidée
et ils promirent de donner un intérêt uniforme de 7 francs, servi par une
compagnie indépendante. Le capital de cette dette atteignit 2.938.462 lire,
équivalent à 28.855.700 francs de notre monnaie, et la société nouvelle prit
le nom de Compera et Banque Saint-Georges. Elle eut le monopole du sel et la
perception de toutes les taxes antérieurement converties en gage. Huit
fonctionnaires nommés pour un an avec le titre de Protecteurs, devaient
administrer la société ; 52 gros actionnaires les assistaient de leurs
conseils et désignaient quatre syndicateurs pour vérifier la gestion des
Protecteurs. Ce contrôle et l'indépendance delà Compagnie vis-à- vis de
l’État inspirèrent une telle confiance qu’on lui confia de l'argent en dépôt
et qu’elle s’enrichit très vite. Elle
fut désormais la seule Banque qui prêtât à l’État ; celui-ci en reçut jusqu’à
47.711.251 lires (1544).
Les sources du revenu de Saint-Georges étaient du reste nombreuses : location
des biens fonciers et mobiliers au gros et au petit commerce ; perception
d’impôts directs tels que la taille personnelle, foncière, mobilière, ou
indirects comme les droits de succession, de vente, de transit, de
fabrication ; les monopoles du sel, du fer, du tabac, du café, des alcools ;
la frappe des monnaies ; le commerce maritime ; la location de ses navires
aux États et aux particuliers ; les prêts d’argent, etc., etc. En somme la
Compagnie était une des institutions financières les plus riches et les plus
puissantes de l'Europe, que les célèbres Compagnies anglaise et hollandaise
des XVIe et XVIIe siècles devaient imiter. Déjà elle avait accepté de
protéger Chypre, Lesbos, Chio, les villes de la mer Noire, Lerici, Sarzano,
c’est-à-dire les territoires génois, que menaçait en ce moment l'invasion des
Turcs et dont la perte aurait amené une diminution formidable des droits
d’entrée et de gabelle. Elle ne pouvait donc moins faire que de jouer le même
rôle vis-à-vis des Corses[2]. A la
nouvelle que ceux-ci faisaient appel à l’Office pour les défendre, le doge et
les citoyens de Gênes laissèrent éclater leur joie. Ils comprenaient combien
il était important pour leur commerce et leur honneur que la Corse ne tombât
pas aux mains de leurs rivaux et adversaires, les Aragonais. Danger d’autant
plus à craindre qu’en cette même année 1453, un corsaire catalan s’était
emparé par surprise de Saint-Florent. L’Office avait assez de ressources pour
conserver l’île, tandis que le gouvernement génois, obligé de lutter contre
les Turcs qui envahissaient l’empire d’Orient, contre les Vénitiens plus
redoutables encore, en était incapable financièrement et politiquement. Le
doge Pierre de Campofregoso et le Conseil des Anciens convoquèrent donc le 9 mai,
au palais public, les Offices delà Monnaie, de la Roumanie, de Corse et les
délégués de la Banque Saint- Georges, auxquels on adjoignit 250 citoyens. Les
nouvelles venues de Corse furent communiquées à l’assemblée ; on l’invita à
prendre une décision. Lucien de Grimaldi proposa d’accéder au désir des
insulaires en faveur de Saint-Georges, qui reprendrait Saint-Florent aux
Aragonais. Son opinion reçut l’approbation générale. La Banque convoqua alors
à son tour une assemblée de 350 actionnaires devant laquelle deux délégués
des Anciens invitèrent les membres présents à tenir compte de la situation
critique de la république et à accepter le cadeau onéreux qu’elle désirait
leur faire, si l’on ne voulait pas déplorer de plus grands désastres. Après
une longue discussion, par 364 voix contre 2, les auditeurs se laissèrent
persuader. Alors
le doge, le Conseil des Anciens et l'Office de la Monnaie, après en avoir
obtenu l’autorisation d’une assemblée de 300 citoyens, cédèrent tous les
droits de la république aux Protecteurs et à leurs successeurs. Toutes les
villes, places fortes et autres lieux de l’ile, sans en excepter Bonifacio et
Calvi, appartiendraient à ces derniers. Ils y enverraient à leur guise tous
les officiers et employés nécessaires, sans intervention directe ou
indirecte, contrôle ou permission de la république. La Banque seule pourrait
y établir des impôts et y prélever, en attendant, tous ceux que le
gouvernement génois y avait déjà perçus, c’est-à-dire les droits de péage (pedagia), l’impôt par feu (focagia), les droits de douane (avariae) les prestations (angariae). Elle avait également le mixtum
et merum imperium, c’est-à-dire le pouvoir absolu, droit de vie et de
mort dans l’île, de jugement, mais non d’exécution, sur tous les Corses dans
le territoire de la république. En définitive, elle avait la haute et basse
justice, sauf pour les crimes de lèse-majesté. Toute personne qui détenait en
Corse des droits, privilèges ou immunités quelconques devait les abandonner à
la Banque. Nul n’avait le droit d’instituer une charge ou une fonction
quelconque dans le pays, sous peine de mille florins d’amende, fût-ce la
commune de Gênes. La Corse devenait la propriété exclusive de la Banque ; le
doge et les membres du Conseil en faisaient le serment sur les saintes
écritures et s’engageaient à payer 100.000 florins sur leurs biens, en cas
d’infraction (22 mai 1453). Les
actionnaires n’avaient donc plus rien à craindre de la part du gouvernement
de leur patrie. Il leur restait à prendre une autre précaution contre un
danger plus grave : celui d’une résistance de quelques Corses. Les
Protecteurs s’efforcèrent de faire ratifier la cession par tous leurs
nouveaux sujets. Ils convoquèrent dans ce but une assemblée générale des
insulaires. Les députés et une bonne partie de leurs électeurs se rendirent,
le 7 juin 1453, à la Canonica de Mariana, et là, tant en leur nom qu’au nom
de leurs compatriotes, ils jurèrent d’être fidèles à l’Office. En échange
celui-ci leur concédait certains droits contenus dans des Statuts ou Capitoli
qu'il s’engageait lui-même à respecter. Il était entendu que les deux parties
ne seraient liées l’une à l’autre que le jour où des troupes expédiées de
Gênes auraient pris possession du pays et ramené la paix. A quoi bon en effet
se donner un nouveau maître s’il était aussi impuissant que les précédents ?
Chaque année la Banque enverrait dans l’île un gouverneur pour administrer et
un vicaire pour rendre la justice. Ils résideraient l’un et l'autre à
Biguglia. Leurs actes seraient, à leur sortie de charge, soumis à une enquête
ou syndicat. Dans chaque piève, le vicaire serait assisté en premier
ressort par des podestats et ragioneri, dont les sentences pourraient
être portées en appel devant ledit vicaire et même devant les syndicateurs.
Ces fonctionnaires auraient aussi un rôle financier ; ils accompagneraient,
dans leur circonscription, l’officier collecteur de l’impôt, venu de Gênes.
Cet impôt, unique, était fixé ù vingt sous par feu ; les indigents en étaient
exonérés sur l’attestation de témoins sérieux ; quant aux droits de gabelle
et autres, la Compagnie pouvait en disposer à son gré et les mettre en
adjudication. Les habitants participeraient aux charges que nécessiterait la
défense de leur patrie. Les droits d’entrée et de sortie sur les denrées
alimentaires venues de Gênes ou de Corse seraient fixés une fois pour toutes,
ainsi que le prix du sel et du fer. Les Corses obtenaient aussi l’assurance
d'être bien défendus contre leurs ennemis et en particulier contre les
Caporaux ; la Banque ne les pensionnerait plus et les traiterait en rebelles,
s'ils murmuraient. Tous les forts inutiles à la défense de l’île seraient
rasés. Des troupes, commandées par un capitaine de la Compagnie, tiendraient
garnison dans les principales villes. Toutes les charges de greffiers de la Ragione
(justice
de paix) seraient
réservées à des Corses, et les crimes de prévarication, commis par un
fonctionnaire, cruellement punis par la perte de la main droite. Enfin,
amnistie pleine et entière était accordée pour tous les crimes antérieurs au
traité, dont les clauses ne pouvaient être modifiées qu’avec l'assentiment
des députés des pièves ou cantons. D’une
manière générale le contrat[3] était avantageux pour les deux
parties et s’il avait été observé ou applique à la lettre, nul doute que la
Corse eût enfin connu une ère de tranquillité. Mais il aurait fallu que la
Banque ne fût pas avant tout une société financière, avide d’enrichir ses
actionnaires et pour qui les Corses étaient taillables et corvéables à merci.
Il eût été indispensable que les fonctionnaires fussent surveillés par une
autorité scrupuleuse et loyale, tandis qu’ils n’étaient justiciables que des
syndicateurs, leurs compatriotes, complices ou achetés. Venus en Corse pour
faire fortune, ils y commirent les plus criants abus. Nous en avons la preuve
dans cette tolérance qui fut laissée aux prévaricateurs de racheter leur main
droite, en payant une amende de cent livres ; car si le règlement avait été
appliqué, quanti manimozzi ci sareberro slati a Genova ! —
combien il y aurait eu de manchots à Gênes ! — put-on écrire plus tard. Le
gouverneur donna du reste l'exemple ; maître absolu de la Corse, il put faire
argent de tout, vendre des sauf-conduits, juger sans procédure ni
instruction, ex informata conscientia, ou ne pas juger du tout,
moyennant argent. Sa clientèle et lui-même considérèrent la Corse comme une
terre conquise, d’où ils devaient revenir riches ; quant aux responsabilités,
ils n’avaient pas à les craindre. Leur conduite rappela trop souvent celle
des gouverneurs romains, qui ne devaient compte de leurs actes qu’à des
sénateurs ou à des chevaliers, leurs émules ou leurs commanditaires, et qui,
même dans le cas scandaleux de Verrès, ne furent presque jamais punis. L'adhésion
au traité de la noblesse corse et de ceux qui croyaient avoir quelques droits
sur l’île était une autre difficulté que rencontrait la Banque. Le plus
puissant de tous était Galéas de Campofregoso parent du doge ; il possédait
les places de Biguglia, Corte et Bastia, qu’on appelait alors Bastita, et il
avait un moment révéla domination de l'île. Mais, sentant son impuissance, il
accepta assez facilement de vendre ses droits pour une somme de 8.500 lire en
monnaie de Gênes, les approvisionnements qui se trouvaient dans ces places
pour 498 lire et le sel entassé à Bastia au prix payé par les Corses, soit 18
deniers le bacino. La Banque traita également, de 1433 à 1436, avec
Vinciguerra Gentile, possesseur de Brando, Canari, Nonza, et avec da Mare,
l’autre seigneur du Cap ; avec Giudice de la Bocca, à qui elle laissa le
territoire compris entre Cilaccia, Solenzara et Bonifacio ; avec les
seigneurs de Leca, qui versèrent une caution de 10.000 lire et reçurent le
pays du Liamone, celui de Cinarca avec ses dépendances, le fluminate (vallée) de Celavo, avec Ajaccio ; avec
les évêques d'Aleria et de Mariana ; avec les seigneurs d'Istria, qui
abandonnèrent le parti de l'Aragon ; avec le capitaine de la forteresse de
Pietra ail’ Arata. Les Protecteurs de Saint-Georges négocièrent même avec les
villes de Bonifacio et de Calvi, dont ils confirmèrent toutes les immunités
et garantirent tous les droits déjà reconnus antérieurement par la
république. Pour qu’aucun obstacle ne s'opposât à leur entrée en jouissance,
ils poussèrent les précautions jusqu’à traiter avec leurs deux plus
redoutables compétiteurs : le pape et l’Aragonais. A celui-ci, ils
rachetèrent Saint-Florent ; à celui-là, dont ils connaissaient les
prétentions, ils demandèrent l’investiture féodale de l'île et le prièrent de
ne nommer aux évêchés corses que des Génois. Le souverain pontife, flatté et
satisfait, se contenta d’exiger le paiement d’une rente annuelle et d’une
somme à débattre comme prix de la cession ; elle fut par la suite fixée à
cent pièces d'or. Les Banquiers de Saint-Georges pouvaient se croire les
véritables héritiers de tous les anciens maîtres de la Corse, qui leur
avaient cédé des droits réels ou fictifs. Malgré
cette habile campagne diplomatique de trois ans, ils allaient s’apercevoir à
leur tour combien la malheureuse île était éloignée de tout repos, par la
faute de ses habitants eux-mêmes. Trop d'ambitions avaient été déçues ou
demeuraient en éveil pour que les parchemins pussent faire la loi et
permettre une exploitation paisible. Moins que tous les autres, les caporaux
de l’En-deçà et les barons de l’Au-delà pouvaient accepter un événement qui
tendait à ruiner leur prestige et leur fortune. Ils ne pouvaient qu’être les
dangereux adversaires de la Compagnie dont l'entrée en jouissance n’allait
avoir lieu qu’après bien des vicissitudes. Dès 1454, en effet, la révolte
commençait avec l’appui de l’Aragon. L'exemple en fut donné par un des barons
qui avaient solennellement engagé leur foi envers la Banque, Raphaël de Leca
; il dominait sur toute la côte occidentale depuis Calvi jusqu'à Sagone. Les
actionnaires, qui avaient fait de grands sacrifices d’argent, n’avaient
aucune raison de se montrer généreux à l'égard d'un adversaire déloyal et
soutenu par leurs pires ennemis, les Catalans. La guerre prit de part et
d'autre un caractère atroce et n'admit aucun quartier ; on mutila les
prisonniers ; on massacra les blessés. Les Génois exaspérés eurent recours à
la perfidie ; ils réussirent à cerner presque tous les membres de la famille
de Leca et en massacrèrent vingt-trois. Le principal représentant, Raffé de
Leca, avait échappé en se jetant par une fenêtre ; il se cassa une jambe, fut
repris, exécuté, et son corps partagé en quatre au pied même du gibet ; on en
suspendit un quartier à Bonifacio, à Calvi, à Saint-Florent, à Corte ; la
tête fut salée et envoyée à Gênes[4]. Le gouverneur A. Spinola
ravagea ensuite tout le pays, dont il fit un désert, maltraita les seigneurs,
en obligea un grand nombre à s’exiler, et fit germer dans le cœur des
insulaires le mécontentement et la haine. Dans de telles conditions il était
impossible que la Compagnie fît admettre son autorité. Déjà un certain
Bradolaccio de Casaconi avait entrepris une chasse à mort contre les Génois
et les traquait avec une audace qui répandait la terreur, lorsque la ville de
Gênes, aussi agitée que sa malheureuse colonie, se donna au duc de Milan,
François Sforza. Dès-lors la Banque, fatiguée d’une domination incertaine et
coûteuse, sembla s’en rapporter aux soins des Milanais pour ramener le calme
en Corse. Pendant une trentaine d’années elle s’en désintéressa. Deux
familles ultramontaines, les de Leca et les de la Rocca, s’en disputaient
alors la possession ; leur rivalité était « la source de nombreuses inimitiés
et de grands malheurs ». Les Caporaux profitaient de l’anarchie pour
commettre de leur côté toutes sortes de vexations. Le peuple, abandonné par
Saint-Georges, se réunit et choisit comme délégué Sambucuccio d’Alando,
héritier de l'illustre organisateur du XIVe siècle. Le nouveau capitaine du
peuple s’empressa de demander la protection du duc de Milan (1468). Celui-ci, en échange d’un
serment solennel de fidélité, approuva les demandes que les insulaires lui
avaient transmises et que nous connaissons sous le nom de Statuts. Copiés en
grande partie sur les chartes de libertés que les Génois avaient déjà accordées
aux insulaires et dont les originaux sont perdus, ces Statuts offrent, pour
ces raisons, un très gros intérêt. On y voit que le duc s’engage formellement
à protéger le peuple « contre les Cinarchesi et les Caporaux ». Il y est fait
pour la première fois mention de ce conseil des Douze qui deviendra plus tard
le rouage administratif le plus important de l'île et qui existait déjà au
temps de la domination de Saint-Georges : « Chaque année douze Corses seront
désignés pour assister le vicaire ; ils formeront deux groupes de six
conseillers qui exerceront leurs fonctions pendant un semestre chacun et dont
les voix seront comptées comme celles du vicaire. Leur salaire s'élèvera à
cinquante lire par personne et aux deux tiers des amendes prononcées par le
tribunal de la Bancha. Ils seront élus par une assemblée de deux députés par
piève de la Terre du Commun, avec le concours du gouverneur, du vicaire et du
capitaine du peuple ». Les Statuts s’occupent également du Syndicat
chargé de censurer chaque année les fonctionnaires à leur sortie de
charge : « Les mêmes électeurs nommeront six bons corses, à raison
de deux par terzero[5], auxquels le comte de Corse
voudra bien adjoindre deux de ses représentants dont les voix vaudront celles
des insulaires ». Ils formeront ensemble un tribunal ou Bancha devant
lequel comparaîtront, à l'expiration de leurs fonctions, le gouverneur, le
vicaire et les autres officiers. Quant aux impôts, ils sont limités à une
taille de vingt sous par feu, exigible à partir du mois d’août ; les
ecclésiastiques, leur famille, frères et neveux, les indigents et les
habitants émigrés en terre ferme en sont dégrevés. La perception en sera
faite avec le concours d’un Corse qui recevra 23 lires de gages. Aucun
officier ne pourra exiger de provisions gratuites, redevances ou cadeaux, ni
imposer de corvées aux habitants. Tout est donc prévu, tant au point de vue
fiscal que judiciaire et administratif. Le contrat est signé entre deux
parties, en apparence également libres et indépendantes. Il mérite de retenir
l’attention, quand on songe à l’état de l’Europe à la fin du XVe siècle. Or,
pendant les premières années, « le gouvernement ducal fit bénéficier la Corse
d’une paix profonde », écrit Giovanni. Cyrnée[6] confirme les déclarations de
son prédécesseur : « Les gouverneurs furent intègres, affables, habiles ; ils
administrèrent avec équité et loyauté ». Le respect des conventions de 1468
aurait prolongé cette période exceptionnelle. Mais l'arrivée en Corse d’un
homme « cupide et rapace » y mit un terme. « Battista d’Amelia fit perdre
file à son duc, dit Cyrnée. Il rendait des arrêts injustes, volait jusqu'aux
poissons dans les filets des pêcheurs, exigeait de l’argent des riches et, en
cas de refus, employait la violence. Enfin il ne négligeait rien de ce qui
pouvait lui procurer du gain ». Il fit tant qu’à la fin de l’année les
syndicateurs le condamnèrent à mort pour avoir commis tant de vols et de
concussions. Malheureusement le duc eut le tort de gracier son lieutenant, et
il porta le coup de grâce à sa domination. Le peuple choisit dans son sein un
nouveau défenseur ; ce fut Giudicello de Gaggio. Les Caporaux se soulevèrent
; les seigneurs s’émancipèrent. Enfin « la pauvre Corse fut de nouveau
désolée par les troubles les plus profonds et par les plus grands malheurs ».
En 1478, le duc de Milan, après quatorze ans de suzeraineté, renonça à
s’occuper lui-même de la Corse. Il en fit abandon, moyennant 400 livres
milanaises de contribution annuelle, à Thomas de Campofregoso, qui s’était
offert à pacifier l'ile et à demeurer le vassal du duc. Campofregoso se
flattait d’être plus heureux qu’en 1440, grâce à son alliance avec la
puissante famille ultramontaine des Leca dont il fit épouser l’héritière par
son fils. Mais son âpreté, son avarice, sa vénalité provoquèrent de nouveaux
désordres. Les insurgés firent appel contre lui au prince de Piombino,
seigneur de l’ile d’Elbe et descendant des Malaspina, qui avaient jadis
gouverné la Corse. Très heureux de cette aubaine, il vint éblouir les
insulaires par son faste et sa luxueuse escorte, mais sans obtenir plus de
succès que ses devanciers. Il s’en retourna comme il était débarqué. Un
événement avait précipité son départ. Les Campofregoso, reconnaissant que la
Corse n’était pas une terre promise pour les princes en mal d’argent,
venaient de négocier (1485) avec la Compagnie de Saint-Georges et de lui vendre contre
indemnité un pays qui, en droit, appartenait à celle-ci depuis 1453. Après un
renoncement de trente ans, durant lesquels ses rivaux avaient usé leurs
ressources pour soumettre un peuple dont ils attendaient la fortune, la
Banque reparaissait. Cette fois, avertie par les événements, elle allait agir
énergiquement pour calmer l'agitation et traquer sans merci les derniers
représentants de la féodalité corse. Tous les moyens lui parurent bons et
légitimes : perfidie, déloyauté, assassinats, massacres, dévastations, etc.
C’est l’histoire des vingt années qui suivent et qu’ont illustrées les
exploits de Renuccio de Leca, de Jean-Paul de Leca et de Renuccio de la
Rocca. Ils appartenaient tous trois à cette famille de Cinarchesi, qui avait
constamment perpétué l’anarchie, sinon dans l’île, au moins dans l'Au-delà.
Les Génois y avaient trouvé des adversaires d’autant plus redoutables que
l’Aragon les encourageait et les aidait. Les banquiers de Saint-Georges
n’avaient donc aucun ménagement à garder vis-à-vis de cette féodalité. Renuccio
de Leca, seigneur de Cinarca, ne le méritait guère. Jeune, ambitieux,
audacieux, il était bien de l’époque de ces condottieri italiens, qui, au
même moment, en Italie, se rendaient célèbres parleur fortune politique.
C’est lui qui, pour mieux résister aux Génois, avait fait appel au seigneur
de Piombino ; lui encore qui venait de soulever le peuple contre la
Compagnie, quand celle-ci avait cru possible le rétablissement de son
autorité dans l’île. La jalousie, que lui inspirait son cousin Jean-Paul, l’avait
fait ensuite passer dans le camp de ses ennemis ; mais le même sentiment
vis-à-vis de Renuccio de la Rocca, qui jouissait de la faveur de
Saint-Georges, l'avait, en 1488, rallié à la cause des Corses insurgés.
Retiré sur le rocher inaccessible de la Zurlina, il défiait Philippino del
Fiesco, capitaine de l'Office. Celui-ci, qu’une ancienne amitié liait à
l’assiégé, eut recours à des promesses trompeuses pour l’attirer hors de la
forteresse. Renuccio, trop confiant, fut couvert de chaînes, amené à Gênes et
enfermé dans un cachot du château de Lerici : sans craindre de violer la foi
jurée, les Protecteurs le firent mettre à la torture, puis exécuter
sommairement[7] sans qu’on ait su comment (1490). Cet
assassinat politique ne délivra pas l’Office de ses plus grands soucis, car
Jean- Paul fut un adversaire plus terrible encore. Il avait plus de crédit et
de puissance, plus d’audace et de fécondité en ressources ; il exposait comme
à plaisir sa vie dans la mêlée et fut blessé à plusieurs reprises. Enfin «il
fut, au temps des Milanais, le plus considérable de tous les seigneurs
Cinarchesi ». Le prince de Piombino lui avait dû son échec. Les Génois
ménagèrent donc un homme si puissant, lui promirent une pension et une charge
de greffier pour un de ses fidèles, lui envoyèrent à différentes reprises des
présents magnifiques et s’efforcèrent par mille égards de conserver son
amitié. Mais Jean-Paul voulut profiter de leurs embarras pour dominer en
Corse. Sous prétexte qu’on lui refusait la piève de Niolo, il rompit avec
l’Office, en 1487. Celui-ci n’eut pas désormais d’ennemis plus dangereux.
Vaincu une première fois et réfugié en Sardaigne, le seigneur de Leca
recommença deux fois encore ses tentatives. Il fallut que Saint-Georges mît
sur pied des armées telles que la Corse en avait rarement vues et, qu’en
dehors des garnisons habituelles, il envoyât de terre ferme jusqu’à 3.000
fantassins, avec une imposante artillerie de bombardes. Jean-Paul soulevait
les campagnes, bravait les attaques dans ses châteaux de Cinarca, de Leca ou
de Sia, intriguait contre les Génois auprès des Florentins, des Espagnols,
des Sardes et des Romains et, grâce à sa popularité, trouvait toujours des
partisans, alors que l’Office le croyait définitivement vaincu. Il eut
jusqu’à 7.000 hommes de pied et 200 cavaliers sous sa bannière, mais il lui
fut impossible, avec des contingents d’occasion et que la lassitude gagnait,
de résister indéfiniment aux troupes régulières génoises. En 1501, pour
sauver son fils Orlando que ses ennemis avaient fait prisonnier, il consentit
à traiter. Le gouverneur Ambroise dei Negri, qui s’était signalé par son
habileté diplomatique et son courage, lui donna 400 écus d’or et le laissa
s’embarquer avec 50 compagnons pour la Sardaigne. L’exilé ne devait plus en
revenir, car il mourut, en 1315, à Rome, où il était allé demandé du secours
à Léon X, après avoir fait trembler ses ennemis pendant trente ans. Les
Protecteurs de Saint-Georges se croyaient délivrés quand un nouvel
adversaire, aussi dangereux que Jean Paul, se dressa contre eux. Il
s’appelait Renuccio de la Rocca et était connu comme un « homme plein de
valeur, très puissant », apparenté aux Leca et à beaucoup d’autres barons.
Après avoir servi les Génois dans leur lutte contre Jean-Paul, il leur était
devenu suspect et avait dû verser une caution de 5.000 écus. Il en conçut un
vif ressentiment. Il fortifia la montagne de Roccatagliata, près de Solenzara,
réunit en octobre 1502 une troupe de 200 cavaliers et de 500 fantassins, puis
appela les Caporaux à la révolte. Sa décision aurait mis la Banque dans les
plus graves embarras, si elle s'était produite deux ou trois ans plus tôt.
Néanmoins les banquiers, obligés de recommencer une guerre coûteuse,
résolurent d’en punir cruellement son auteur. Ils envoyèrent dans bile, sous
les ordres de Nicolas Doria, dont la bravoure égalait l’énergie, 800
fantassins et 100 cavaliers, archers ou estradiots[8]. Les deux adversaires allaient
se poursuivre sauvagement et ne rien épargner. Renuccio se trouvait près de
Bastia qu’il assiégeait ; l'Office en avait fait la capitale de file, après
l'avoir entourée d'une épaisse muraille. Débarqué à Ajaccio, qui était
également devenue une place forte en 1492, Doria alla au contraire porter la
guerre dans la seigneurie de la Rocca. Renuccio, atteint dans ses intérêts
les plus chers et bientôt privé par trahison du château de Roccatagliata, se
soumit et partit pour Gênes (1503). Doria en profita pour dévaster le Niolo et le pays de Talavo,
qui avaient secondé les révoltes seigneuriales. En 1504, Renuccio reparut, et
Doria après lui. Celui-ci fut cette fois moins heureux et il dut même fuir.
Voyant alors qu’il ne parvenait pas à terminer la guerre, il prit un autre
parti et, pour intimider le seigneur de la Rocca, il fit décapiter un de ses
fils et assassiner ses parents. Menacé de voir périr son second fils que les
Génois détenaient, Renuccio s’exila. Il revint en 1507 pour faire une
troisième tentative. André Doria, qu'on lui opposa, retint par la terreur la
population dans l'obéissance. Louis XII, roi de France, à qui les hasards de
la politique avaient donné la souveraineté de Gênes, s’entremit pour faire
déposer les armes à Renuccio. L’intervention française ne devait pas être,
pour le peuple, plus féconde en résultats qu’un siècle auparavant. Du moins
Renuccio, qui craignait pour la vie de son troisième fils et rencontrait peu
d’enthousiasme chez ses partisans, accepta la protection du monarque et
quitta la Corse. Il devait y retourner en 1510, avec l’espoir d’un meilleur
accueil auprès des insulaires. Mais ceux-ci refusèrent obstinément d’encourir
à nouveau la colère des Génois. Le rebelle, traqué par une troupe de cavaliers,
se réfugia dans les montagnes et y vécut comme une bête sauvage. Pour en
finir, ses ennemis, qui désespéraient d’en venir à bout, maltraitèrent les
paysans qui lui apportaient de l’aide et ne leur laissèrent espérer de repos
qu'a- près la mort de Renuccio. On le trouva donc, un matin du 12 avril 1511,
assassiné dans un bois. Ainsi
périssait le dernier des représentants de cette noblesse insulaire qui avait
si souvent voulu implanter sa domination dans file entière et n'y avait
engendré que l’anarchie. Aucun insulaire n’est plus capable d'empêcher le
gouvernement définitif de la Banque. Pour atteindre ce résultat, il avait
fallu abattre pour toujours la féodalité dont le rôle est fini. Les Leca et
ceux de la Rocca ont été exterminés ; les Giocante de Lugo, Guillaume
d’Ortale et beaucoup d’autres décapités ; trente-huit seigneurs, partisans de
Jean-Paul, massacrés sans pitié, lors de la prise du fort d’Orto, en 1488 ;
l’évêque d'Aleria banni avec d'autres nobles ses complices. Les barons du cap
Corse ont été dépouillés ; une partie de leurs biens n’a été rendue aux
Gentile qu’après un serment formel de pleine soumission envers la Banque. Les
trois familles d’Istria, d’Ornano et de Bozi sont les seules qui subsistent
en Cinarca avec leur fief où elles exercent la moyenne et basse justice, mais
dès le temps de Jean-Paul elles se sont distinguées par leur dévouement à la
cause génoise. Désormais, comme en France à la même époque, aux plaisirs de
la guerre succèdent ceux des tournois. La féodalité turbulente est remplacée
par une noblesse soumise. Comme les barons de l'Au-delà le peuple de
l'En-deçà est décidé à obéir. Les répressions sanglantes y ont contribué
autant que la lassitude. Celle-ci est réelle. Tandis que, pendant leurs
premières révoltes, les Leca parviennent à réunir des milliers de partisans,
Renuccio a de la peine, vingt ans plus tard, à grouper quelques centaines
d’hommes. L’inanité des efforts du seigneur ultramontain éclate aux yeux de
tous. Les vassaux, d’après le chroniqueur[9], lui adressent ces paroles
suggestives : « Le fruit que l’homme a coutume de retirer de ses malheurs,
c’est de prendre ses précautions pour n’y plus retomber, il ne faut pas nous
en vouloir si, après avoir payé si cher nos erreurs passées, nous ne voulons
plus nous associer à vos desseins ». Ailleurs le même écrivain ajoute : « Les
populations conseillèrent à Renuccio de retourner d'où il était venu, ne
voulant pas s’exposer à un danger manifeste ». Ce
danger n'était pas imaginaire. Il se manifestait par des ruines et des
dévastations systématiques avec lesquelles les Génois comptaient rendre
impossibles les soulèvements à l'avenir. Lors de la première révolte de Jean-
Paul, les villages de Matra, Ortale, Chiatra et une partie de Venzolasca
avaient été brûlés. L’exécution du Niolo fut plus terrible : toute la piève
avait été transformée méthodiquement en désert ; ses habitants massacrés,
chassés, dispersés à Rome, à Sienne et en Sardaigne, de manière, disait
Nicolas Doria, « qu’on ne pût désormais ni l'habiter, ni la cultiver, ni la
travailler d'une manière quelconque ». A Talavo et à Ciamanacce, il voulut
épouvanter les Corses « qu'il détestait » ; il fit massacrer toutes les
personnes qui lui tombèrent sous la main « sans épargner ni le sexe, ni
l’âge, ni l’état religieux ». Dans la Terre du Commun, les biens des Caporaux
furent dévastés ; pour éviter une ruine complète, ils s’empressèrent de
demander humblement pardon. De sorte que, par la terreur et en se servant
comme point d’appui des places fortes d’Ajaccio et de Bastia, qu'il avait
fortifiées et pourvues d'une importante garnison, l’Office pacifiait les
pièves et les maintenait dans l’obéissance. Il est juste de reconnaître qu'il
s’efforça, après la soumission définitive, de donner à son domaine une
administration honnête. Il respecta, au moins dans les premières années, les
conventions qui avaient été conclues en 1456 et que le duc de Milan avait
plus tard confirmées. La fixité de l’impôt unique, la modicité des gabelles,
l’élection des douze Corses chargés d’assister le vicaire, celle des six
syndicateurs qui surveillaient les fonctionnaires avec l’aide des deux
délégués génois, la nationalité corse des greffiers dans les tribunaux ainsi
que des podestats qui rendaient la justice dans les arringhi de leur
piève, l’édit du 26 novembre 1312, qui punissait les meurtriers de
bannissement, de confiscation et même d’exécution capitale, enfin le soin que
mettaient les Protecteurs de Saint-Georges à réfréner les abus, les exactions
ou les violences de leurs officiers expliquent peut-être, autant que la
sévérité, le calme de la population à partir de 1510. Est-ce
à dire que la Corse ait connu, pendant les années suivantes, la paix et le
bonheur ? Tant s’en faut ! Cette première moitié du xvi e siècle fut pour
elle une période de souffrances réelles. Les chroniqueurs écrivent que les
querelles entre particuliers étaient malgré tout fréquentes et que les
brigands infestaient les chemins. Les guerres civiles, qui se perpétuaient
depuis si longtemps, avaient laissé après elles beaucoup de misères. Les
campagnes, dévastées ou dépeuplées, produisaient de maigres récoltes et les
famines étaient fréquentes. En 1502, 1504, 1506, 1508, la disette fut très
grande[10]. On mourait de faim ou on
émigrait. La mortalité sévissait non seulement sur les hommes, mais sur les
animaux domestiques et sauvages. Cela laisse deviner la désolation d’un pays
appauvri en hommes et en ressources. La peste vint aussi quelquefois le visiter
« pour y faire mourir un nombre infini d’habitants ». Le tableau que Cyrnée,
à son tour, né en 1447, a fait de sa patrie au moment de sa jeunesse, ne peut
qu’exciter notre pitié ; il révèle l’anarchie et les privations dont tous les
insulaires avaient à souffrir. L’auteur avoue que malgré l’origine distinguée
de ses parents, il manquait du nécessaire ; pour toute nourriture, il n’avait
que des châtaignes, pour boisson de l’eau. Et afin de ne pas priver sa sœur
de sa maigre part, il s’expatria et vint en Italie chercher fortune. A ces
maux consécutifs de la guerre s'en ajouta bientôt un autre, presque inconnu
La piraterie jusqu’alors : la piraterie. Sans doute aux XIVe et XVe siècles,
les corsaires catalans avaient, à maintes reprises, pillé le littoral. Les
Génois pendaient sans rémission tous ceux que la tempête mettait entre leurs
mains, tant « leurs graves et continuels dégâts » étaient redoutés. Mais les
dégâts n’égalèrent jamais ceux des Turcs, dont les incursions furent
signalées pour la première fois en 1505, par la Chronique. La prise de
Constantinople en 1453 n’avait pas en effet arrêté l’invasion musulmane ; la
Méditerranée entière fut bientôt infestée de navires qui pourchassaient les
chrétiens et pillaient leurs pays. La Corse n’échappa point à cette calamité
et, comme l’écrit Monteggiani, « ce début du XVIe siècle fut remarquable par
des débarquements fréquents de pirates turcs qui enlevaient les embarcations,
les bestiaux, les bergers, les laboureurs, les voyageurs, en un mot tout ce
qu’ils rencontraient. Pénétrant dans l’intérieur, ils s’avançaient jusqu’aux
villages éloignés de la mer, même par les sentiers les plus difficiles,
emmenaient les villageois et pillaient leurs biens. » En trois ans, ils
capturèrent 130 bateaux et firent prisonniers un millier d’habitants. La
Corse était crucifiée par eux et l’Office se sentait impuissant à les
arrêter. Il en fut réduit à conseiller aux habitants une fuite rapide. En
1512, il commença à organiser un système de postes continus qui, par des feux
allumés, prévenaient les populations de l'arrivée des corsaires et leur
donnaient le temps de se réfugier sur les montagnes. Quant à
relever la Corse et à réparer les désastres qui s'y étaient accumulés,
l’Office n’y pensa pas. Dirigé par des banquiers dont la principale
préoccupation était de servir des intérêts à leurs actionnaires, il ne
pouvait pas compromettre une partie de son capital dans une œuvre économique
dont les profits étaient incertains. Il se contenta donc de faire payer aux
habitants les impôts établis[11], d'exploiter les forêts et les
salines de leur pays, et, s’il laissa quelques Allemands rechercher des mines
d’or, d'argent et d’autres métaux en Casinca, il se réjouit de leur échec.
Les Corses étaient abandonnés à eux-mêmes ; certains se réfugiaient sur le
continent ; d’autres se louaient déjà aux princes étrangers[12]. Ceux qui restaient n’avaient
d’autre consolation que d'implorer l’assistance de la divinité. Une
recrudescence de la dévotion atteste la misère de ces années si troubles.
Quand les hommes souffrent trop et n’ont aucun espoir de secours terrestre,
c’est vers Dieu qu’ils se tournent. « En 1480, se manifesta à Loreto une
dévotion admirable pour la glorieuse Vierge, mère de Dieu, et l’on vit les
populations accourir. A un sermon de frère Guglielmo, que ses vertus avaient
rendu célèbre dans toute l’Italie, on évalua le nombre total des assistants à
plus de cent mille. » Ainsi,
pendant quarante-deux ans que l’Office va gouverner l’ile en paix, les
insulaires végètent et souffrent en espérant. Leur vie reste misérable, leurs
cultures rudimentaires ; la campagne ravagée est déserte, sur la côte à cause
des corsaires, dans l’intérieur parce qu’elle manque de bras. Le malaise
économique devient, en se perpétuant, intolérable. Mais il agit moins
fortement sur l’esprit des populations sobres que la tyrannie politique et
c’est pourquoi, pour un demi-siècle environ, les Corses souffrent en silence. RÉSUMÉ La mort
de Vincentello et l’abandon de l'Aragon plongent la Corse dans un état
d’anarchie effroyable, qui provoque les compétitions des seigneurs et des
ambitieux insulaires ou étrangers. I. Efforts
des Corses contre l’anarchie. — Les Corses tentent d’y apporter un
remède, comme l’avaient fait leurs ancêtres, cent ans auparavant. Une réforme
sociale, dite des Battuti, échoue ; une révolution dirigée par Mariano de
Gaggio n’a pas plus de succès ; un appel au pape (1444) demeure sans résultats par la
faute de la noblesse. II. La
banque Saint-Georges. — Ce triple échec pousse les insulaires à adopter
une mesure extrême. Ils se donnent à la Compagnie génoise de Saint-Georges,
institution financière et commerciale qui consent des prêts à l'Etat, jouit
du monopole de beaucoup d’impôts, administre des territoires coloniaux et
s’enrichit par le commerce maritime. Elle semble assez puissante pour ramener
l’ordre et la prospérité dans l'ile (1453). III. Sa
lutte contre la féodalité. — La Banque accepte le cadeau, Gênes y
consent. Une campagne diplomatique de trois ans et un contrat libéral avec
les Corses semblent garantir au nouveau possesseur une domination tranquille.
Mais pendant trente ans il est impuissant. En 1485, quand il se prépare à
jouir de sa propriété, il est contraint de lutter contre la féodalité et
surtout contre Raphaël de Leca et Renuccio de la Rocca. Il n’en vient à bout
qu’en exterminant les seigneurs. IV. Détresse
de la Corse. — À partir de 1510, elle peut gouverner tranquillement l’ile
qui a été ravagée par les guerres, dépeuplée par l’émigration, crucifiée par
les pirates turcs. La Corse est plongée dans la misère, en proie à la famine
et à la peste, sans que la Banque songe à atténuer ses maux ; il lui suffit
que les insulaires paient leurs impôts. Mais le malaise économique conduira à
la révolte de 1553. LECTURES 1° ÉTAT DE LA CORSE EN 1480
Les
chefs de parti, nobles et plébéiens, habitués à prendre les armes les uns
contre les autres, se déchiraient dans des luttes qui dépassaient en horreur
les guerres civiles. L'île n’avait plus de magistrats, les Bonifaciens seuls
vivaient en paix. Epuisés les uns et les autres par ces luttes acharnées,
couverts de sang, ils se séparèrent enfin comme des champions qui n'auraient
pu se vaincre. Presque partout les maisons étaient ruinées, les propriétés
dévastées. Il y eut en diverses parties de file bien d’autres guerres, bien
d’autres combats ; le caprice faisait en effet la loi partout ; partout
régnait la discorde ; les pièves étaient divisées en plusieurs partis, dont
chacun appelait à son secours de plus puissants. La force avait raison de la
force, des scélérats désolaient les chemins et les campagnes par leurs
brigandages. La cupidité des méchants opprimait les gens de bien, et dans
certains endroits les haines devinrent si furieuses que des proches tuèrent
leurs proches. Les forfaits commis alors furent innombrables, et il serait
bien difficile de les exposer en détail. Pierre Cyrnée. De rebus corsicis. Trad. Letteron, liv. III, p. 284. 2° MŒURS FÉODALES AU XVe SIÈCLE
Colombano
de la Rocca, à cause de sa valeur, de sa prudence et de sa faconde naturelle (car il était
vraiment éloquent),
fut invité par les populations de la Corse à venir accepter le Vicariat. Il
accepta volontiers. Quelque temps plus tard, Tommasino de Campofregoso voulut
se concilier Colombano. Il envoya à sa rencontre Ombrone, évêque d’Ampugnani,
les fils de Lupacciuolo de la Pancaraccia et Lanfranco de Matra. Ceux-ci,
après avoir fait mille démonstrations amicales à Colombano, lui conseillèrent
de jouir d'une paix sûre et sincère, au lieu de se jeter dans les périls
d’une guerre douteuse. S’il se décidait pour la guerre, il aurait tout
d’abord, il est vrai, de nombreux partisans ; mais une fois qu’il serait bien
engagé dans les opérations, il pouvait être assuré de rester seul ; le peuple
était toujours au commencement plein d’ardeur et d’enthousiasme ; mais une
fois qu’il connaissait la force de ses adversaires, il se refroidissait bien
vite. Le parti le plus sûr était donc de s'accorder avec Tommasino.
L'imprudent crut que ces conseils étaient donnés par l’amitié ; il finit par
dire qu’il les suivrait. Invité à passer à Matra et à s’y reposer le soir, il
accepta et alla loger dans la maison de Lanfranco. On y servit à souper, puis
les fils de Lupacciuolo et Lanfranco, soit pour se conformer aux instructions
de Tommasino, soit pour se venger de quelque injure personnelle, laissèrent
passer une partie de la nuit et n’eurent pas honte de se jeter tout à coup
sur Colombano et de le tuer à coups de hache et de couteau ; le cadavre fut
jeté par la fenêtre sur la voie publique, et le lendemain, spectacle digne de
pitié, on le porta à Zuani pour l'ensevelir (1482). Chronique de Monteggiani, trad. Letteron, p. 374.) BIBLIOGRAPHIE SOURCES :
P. CYRNÉE. — Chronique. MONTEGGIANI. — Chronique. BULLETIN S. DES SCIENSES CORSES. — Traité de La Maona. —
Documents sur le XVe siècle (1883 et 1884). — Statuts accordés aux
Corses par le duc de Milan (1884). — Dialogo nominato Corsica de Mgr Giustiniano.
— Pièces relatives aux villes de Calvin Biguglia, Saint-Florent (1884). — Notice sur les Gentile,
seigneurs du Cap, et leurs seigneuries (1884). OUVRAGES PARTICULIERS :
BOREL D’HAUTERIVE. — Histoire de la noblesse de Corse, Paris, 1849. BELGRANO. — Un assassinio politico,
Renuccio de Leca (1490), (Bulletin S. des Sciences corses, 1888). A. DE MORATI. — Les Milanais en Corse,
1464-1478 (Bulletin de la S. des Sciences corses, 1900). A. AMBROSI. — La Banque de Saint-Georges (d’après le livre récent de MM. Marengo, Manfrone et Passagno [Bulletin de 1912]). |
[1]
La lire génoise de cette époque vaudrait à peu près 8 fr. 80 de notre monnaie.
[2]
La Banque de Saint-Georges abandonna la Corse en 1562 seulement. Elle se
consacra ensuite exclusivement à ses opérations commerciales et financières. Sa
prospérité grandit assez pour qu'en 1621 les actions de 100 francs
atteignissent le cours de 278 francs. Mais quand l’Etat génois, qui avait
garanti les prêts des actionnaires, se fut affaibli, au XVIIIe siècle, la
Compagnie fut entraînée dans sa décadence. En 1797, l'annexion de la république
au territoire français fit disparaître la Banque dont la dette-fut liquidée, au
XIXe siècle, par Victor-Emmanuel Ier , après une existence de cinq siècles et
un éclat remarquable.
[3]
La convention fut solennellement jurée par les députés des pièves de Balagne,
Nebbio, Santo Pietro, Oletta, Patrimonio, Farinole, San Quilico, Oletta, le 1er
juillet ; leurs noms nous ont été conservés par un manuscrit (Cf. Documents
du Bulletin de la Société des Sciences, 1884).
[4]
CYRNÉE, Histoire
de la Corse, trad. Letteron, pi252.
[5]
La Terre du Commun avait été récemment partagée en trois terzeri.
[6]
Il mérite désormais plus de créance, car les faits sont moins éloignés de lui
et il semble les avoir mieux connus.
[7]
« Nous voulons que l’exécution se fasse aussi secrètement que possible et
que personne ne l’apprenne au dedans comme au dehors », écrivait l'Office
à son commissaire (Histoire dite de Filippini, trad. Letteron, I, p.
409).
[8]
Soldats de cavalerie légère, recrutés en Grèce et en Albanie.
[9]
Histoire dite de Filippini, trad. Letteron, I, p. 415 et 460.
[10]
« La disette fut si grande pendant ces années, écrit Monteggiani, continuateur
de Giovanni, que plusieurs personnes moururent de faim et qu’on évalue à 4.000
le nombre de familles qui furent obligées de quitter l'île. » Trad. Letteron,
I, p. 464.
[11]
En l’an 1461, la taille, perçue dans l’En-deçà des monts, montait au chiffre de
12.104 livres génoises, tous frais déduits, soit (12.104 x 8,80) plus de
106.000 francs de notre monnaie. La piève de Casaconi payait par exemple 293
livres, la Casinca 610, le Rostino 463, mais la piève de Patrimonio 71
seulement (Cf. Bulletin de la S. des Sciences corses, documents sur le
XVe siècle).
[12]
Dès 1522, une troupe de 500 Corses prit part aux guerres civiles des Adorno et
des Fregoso, à Gênes (Chronique, I, p. 480).