Louis XIII. — La
Fronde. — Louis XIV. — La Révocation de l'Édit de Nantes. — État économique
et intellectuel.
La
Normandie sous le règne de Louis XIII n'a pas joué un grand rôle. Une
assemblée de Notables se tint à Rouen à la fin de 1617, sans résultat. Peu
après, au moment des luttes entre le roi et la reine-mère Marie de Médicis,
le roi accompagné du connétable de Luynes fit une promenade militaire à
travers la province. Le duc de Longueville, pâle descendant de Dunois, et le
grand prieur de Vendôme, bâtard d'Henri IV, auraient volontiers fait
résistance, mais l'un dut s'enfermer dans Dieppe et l'autre se réfugier à
Angers, personne n'ayant répondu à leur appel (1621). Ce qui
fut plus significatif, c'est le mouvement de protestation contre
l'accroissement continu des impôts. Des soulèvements populaires éclatèrent en
1639. Les Nu-pieds et les Bras-nus, comme on les appelait,
causèrent des désordres dans toute la Basse-Normandie. Le mouvement était
parti d'Avranches, il se propagea rapidement : du 13 au 29 août, on
enregistre des émeutes à Bayeux, Coutances, Vire, Rouen. Leur cause initiale
est l'extension de la gabelle aux pays de franc-salé. Le premier chef,
Jean Va-nu-pieds, est probablement un prêtre des environs d'Avranches.
Bras-nu et ses partisans se livrent à beaucoup d'excès à Caen. L'intendant
fit rouer le chef et quelques-uns de ses complices : « ils
moururent sans repentance... parlant en termes exécrables de ce qu'ils
devraient avoir en plus grand respect ». A Rouen, le peuple avait massacré
les collecteurs d'impôts. Quelques pillages ayant suivi, la bourgeoisie, qui
n'avait rien dit tout d'abord, tomba sur les émeutiers et en tua une
trentaine. Le chancelier Séguier, escorté d'une armée, rétablit l'ordre, au
prix de beaucoup de sang versé (janvier 1640). Néanmoins,
l'année suivante, nous voyons encore le Parlement de Normandie refuser
d'enregistrer de nouveaux édits fiscaux. Le corps de ville de Rouen refuse
aussi de contribuer à l'emprunt demandé par le roi aux bonnes villes. Il
s'agissait cette fois de faire payer aux villes un dégrèvement de la taille
dont devaient profiter les campagnes. L'intention était bonne et honore
Richelieu. Mais on ne croyait guère aux dégrèvements, et on savait par
expérience que les taxes de remplacement finissent toujours par se superposer
aux anciennes. Richelieu se montra inexorable : du moins, comme gouverneur du
Havre, il fit beaucoup pour en accroitre l'importance maritime. Le
règne de Louis XIV commence par une minorité qui est une nouvelle épreuve
pour le royaume. La Fronde, malgré ses allures frivoles et romanesques, est
une guerre civile des plus désastreuses. Le passage des bandes armées est
toujours une catastrophe, et elles passent souvent. La Normandie qui a pour
gouverneur le duc de Longueville, devenu l'époux de la belle et aventureuse
sœur du grand Condé, a sa part d'épreuves. Le Parlement et quelques villes se
déclarèrent pour les Princes. Mais au fond les Normands n'avaient pas envie
de se battre pour les beaux yeux de la duchesse. Toute leur ardeur n'alla
qu'à brûler à Rouen quelques mannequins habillés de rouge comme le cardinal
Mazarin. L'armée royale ne rencontra aucune résistance. Néanmoins, déclare le
duc de Longueville, « en beaucoup d'endroits l'ennemi n'aurait pas fait
plus de mal ». Condé, qui avait été emprisonné au Havre, fut remis en liberté
par Mazarin, et la guerre se porta vers d'autres parages. Il était temps. Les
généraux, ne recevant pas d'argent, ne payaient pas leurs troupes, qui
étaient bien forcées de vivre sur le pays, même sur le pays ami : « Dans les
huit ou dix lieues où nous avons séjourné depuis deux mois, nous avons mangé
le pays sans rien laisser, » écrivait d'Harcourt, chef de l'armée royale, à
Mazarin premier ministre. La
famine et la peste étaient la suite naturelle de pareilles campagnes. Les
missionnaires de Saint-Vincent de Paul trouvent partout des spectacles
lamentables. Étampes avait été assiégé : « Des fumiers pourris dans lesquels
on a laissé quantité de corps mêlés à des charognes de chevaux exhalent une
telle odeur qu'on n'oserait en approcher... La ville est presque vide
d'habitants... Les loups viennent chercher pâture dans les cimetières. » Même
tableau à Saint-Quentin, à Dreux, où le huitième de la population mourut en
1651. A Rouen, cette même année, on parle de 17.000 morts. A l'hôpital, on
compte 800 malades dans une même salle, et on revend au public les hardes des
morts, — naturellement sans les désinfecter. Du
reste personne n'est plus là pour se plaindre. Les Etats provinciaux de
Normandie sont supprimés, et le Parlement de Rouen est condamné au silence,
comme les autres. Avec le
règne personnel de Louis XIV commence une période de meilleure administration
et de prospérité relative. Colbert a pour idéal de faire de la France un pays
qui tire l'argent de ses voisins par son travail, et qui soit ainsi capable
de payer facilement l'impôt. Il a horreur de ceux qui ne font rien, qui ne
rapportent rien. Il pousse aux entreprises. Il trouve qu'il y a trop de
fonctionnaires, d'hommes de loi, de moines ; il envoie aux grandes villes des
circulaires pour combattre le préjugé des carrières libérales. Il répéterait
volontiers le mot trop peu connu de Richelieu : « Il faut, dans un Etat bien
réglé, plus de maîtres ès arts mécaniques que de maîtres ès arts libéraux. » Colbert
se donna beaucoup de peine pour développer le commerce et les colonies. Il
s'occupa spécialement de peupler le Canada et c'est en Normandie, dans le
Perche, à Tourouvre et aux environs, qu'il trouva surtout des émigrants. Il
avait d'abord fondé une compagnie de commerce, mais il comprit bientôt que le
monopole, en supprimant la concurrence, supprime le progrès. La compagnie
disparut. Pour peupler le pays, il envoie chaque année un lot de filles «
saines et fortes » que les soldats épousent à l'arrivée. Des primes sont
données aux jeunes mariages, des pensions sont attribuées aux familles
nombreuses. Il rappelle à l'intendant qu'il faut au moins 200 familles de
plus par an. Bien
que les guerres européennes aient trop tôt absorbé l'attention du roi,
l'œuvre de peuplement ne resta pas vaine. Le Canada comptait 2.500 colons en
1663 ; un recensement en donne 6.705 en 1674, et Colbert accuse le
recensement d'être incomplet ; en 1683 le total est de 10.251, et
l'accroissement est dû presque uniquement aux naissances : on relève en un an
404 baptêmes contre 85 enterrements. Cette population est un peu mêlée. A un
gouverneur qui s'en plaint un peu trop vivement, Colbert répond au nom du roi
: « Vous pouvez être bien persuadé que des gens bien établis dans mon royaume
ne prendront jamais la résolution d'aller habiter dans les Iles, en sorte
qu'il ne faut pas attendre d'eux la même conduite et le même règlement de
mœurs que dans mon royaume, ni même apporter la même sévérité à punir leurs
dérèglements. » Colbert avait raison d'être indulgent et optimiste : ces
colons canadiens ont fait souche de braves gens, qui ont conservé l'accent
normand de leurs ancêtres, mais n'ont rien gardé de leurs « dérèglements ». Au même
moment un jeune Rouennais, Cavelier de la Salle, se plaçait au rang des
grands explorateurs. Après avoir fondé un fort sur le lac Ontario, il
découvre le Mississipi, établit un cordon de postes entre les Grands Lacs et
le nouveau fleuve, qu'il se risque enfin à descendre en barque d'un bout à
l'autre à travers toute l'Amérique du Nord (1682). Il prend possession du pays
découvert au nom de Louis XIV et en fait la Louisiane, en plantant un poteau
aux armes du roi, « faites du cuivre d'une chaudière ». Mais, dans un
second voyage, la jalousie et la trahison se jettent à la traverse de ses
grands projets, il ne retrouve pas les bouches du Mississipi, débarque au
Texas, et il est massacré par ses compagnons révoltés (1687). Sa statue se dresse
aujourd'hui sur les bords du lac Michigan, à Chicago, qui n'existait pas
alors, mais dont il avait signalé l'emplacement comme plein d'avenir. Un
autre Normand, d'Iberville, reconnut quelques années plus tard l'embouchure
du Mississipi. Les
marins normands, qui n'avaient jamais oublié le chemin des pêcheries de
Terre-Neuve, s'y pressent de plus en plus nombreux. Le Havre, au-milieu du
règne de Louis XIV, envoyait à la morue une centaine de bateaux par an. C'est
la meilleure école pour les marins. Aussi Colbert gourmande un officier qui
n'aimait pas la morue. L'effectif des marins augmentait d'une campagne sur
l'autre. Lorsque Colbert fit faire le premier recensement des inscrits
maritimes en 1670, on en trouva 36.000 sans les officiers, les patrons et les
mousses ; en 1685, on en compte 78.000, tout compris. Et dans ce chiffre, il
y a près de 50.000 Normands. Dans
ces conditions, il n'est pas surprenant que les Normands tiennent le premier
rang dans la marine de guerre. En 1646, les Dieppois équipent une flotte qui
facilite la prise de Dunkerque sur les Espagnols. Un charpentier de Rouen,
Étienne Morin, avait construit un vaisseau de ligne, à l'embouchure de la
Vilaine (1637), sans autre ingénieur que
lui-même. A la plus glorieuse époque de notre marine, ce sont deux Normands,
Duquesne et Tourville, qui commandent les escadres : Duquesne est de Dieppe ;
le château de Tourville est près de Coutances. La
prospérité de la Normandie subit un coup au moment de la Révocation de
l'Édit de Nantes. Il y avait beaucoup de protestants en Normandie,
surtout dans le monde de l'industrie et du commerce. Le nombre de ceux qui
s'expatrièrent ne peut être indiqué en toute certitude. On parle de 184.000
émigrants et de 26.000 foyers abandonnés de 1685 à 1700, ce qui est énorme
pour une province à laquelle les rapports des intendants attribuent 1.540.000
habitants vers 1700. Même en faisant la part possible de l'exagération, il
reste que la Normandie fut une des provinces les plus éprouvées par cet
exode. Dès le 1er janvier 1686, le prix d'adjudication des octrois de Caen
baisse de 6.500 livres. Rouen perdra 20.000 habitants. On s'embarque
clandestinement sur des bateaux hollandais, si bien que les pirates
barbaresques, pour qui ces bateaux chargés d'hommes et de biens sont une
proie alléchante, se risquent jusque dans la Manche pour leur donner la
chasse. Si du moins les fugitifs avaient eu la permission de rejoindre leurs
compatriotes au Canada, le mal eût été à demi réparé. Mais on ne la leur
accorda pas. Heureusement
qu'on se contente, de guerre lasse, d'un simulacre d'abjuration, ce qui
permet des conversions en masse. A Saint-Pierre de Caen on se borne à
demander « l'engagement de vivre et de mourir dans la doctrine enseignée
par Notre-Seigneur Jésus-Christ et les Apôtres », ce qui ne pouvait guère
soulever les scrupules des réformés. Tout cela est d'ailleurs vain : un
pasteur qui avait traversé la Normandie en cachette se vantait « d'avoir
parlé à au moins 20.000 personnes » (1692). Un autre constate en 1696 que « sur cent
personnes converties, à peine s'en trouve-t-il une qui persévère ». Le père
jésuite Le Tellier, le dernier confesseur de Louis XIV, fils d'un paysan de
Vire, s'acharne plus sur les jansénistes que sur les protestants. A
partir de ce moment, les beaux jours du siècle sont passés. Colbert est mort,
les guerres se succèdent et sont moins heureuses. La ville de Dieppe subit un
terrible bombardement en 1694. Presque toutes les maisons particulières,
construites en bois, furent incendiées par les « galiotes à bombes », dont
Duquesne avait été un des premiers à comprendre et à prouver l'efficacité,
sans se douter que sa ville natale en serait une des premières victimes.
Dieppe, quoique vite reconstruite, n'a jamais retrouvé toute son importance
maritime. La
misère se répand. La grande enquête faite en 1697 par les intendants pour
l'instruction du duc de Bourgogne, petit-fils du roi, est concluante. En
voici un témoignage concernant la Normandie : « La misère et la pauvreté
sont au-delà de ce que vous pouvez vous imaginer, et principalement dans le
pays de Caux qui est le long des côtes de la mer. Une infinité de peuple y
meurt fréquemment de faim. Beaucoup se sont voulus retirer à Rouen. On ne
peut les y recevoir, la ville étant accablée et surchargée de pauvres : il y
en a 21 ou 22.000 à recevoir journellement l'aumône, le blé enchérit tous les
jours ; il faut même avoir toujours du monde sous les armes pour laisser le
cours du marché libre et empêcher le pillage. » La
situation est encore pire à la fin du règne, à la suite du grand hiver de
1709 et de la ruineuse guerre de Succession d'Espagne, alors qu'on manque de
pain même à Versailles. Encore convient-il de ne pas oublier que la Normandie
n'est pas parmi les pays le plus à plaindre ; elle n'a pas ou n'a guère de
ces révoltes populaires qui ensanglantent le Vivarais, la Guyenne, la
Bretagne et tant d'autres provinces. A côté de sa richesse agricole, elle a
des ressources industrielles que Colbert s'est appliqué à faire naître.
L'industrie de la toile a périclité à Rouen, d'où 4.500 ouvriers tisserands,
d'ailleurs catholiques, ont émigré vers 1681. Les ouvriers de la manufacture
de glaces de Cherbourg cherchent de même à passer en Lorraine. On signale des
révoltes d'ouvriers sans travail en 1685 et en 1709. Néanmoins tout n'est pas
perdu. La faïence de Rouen, qui remonte au XVIe siècle, est alors très
recherchée. Un grand nombre de nobles ayant vendu leur vaisselle plate (vaisselle
d'argent), à
l'exemple de Louis XIV en 1709, la remplacent par de la faïence de Rouen.
Alençon et le Havre rivalisent avec Chantilly pour les dentelles, Elbeuf et
Louviers sont les émules de Sedan pour les draps : Louviers en fabrique à la
façon d'Angleterre et de Hollande depuis 1680 ; eu outre on exploite les mines
de fer, qui seront abandonnées au XVIIIe siècle pour reprendre de nos jours
un nouvel essor. Vers 1700, Rouen compte encore 3.500 ouvriers, Darnétal
3.000, Louviers 1.900, bien que la draperie commune se fasse surtout dans les
campagnes, où le paysan est tisserand durant l'hiver. Ce qui a le plus
décliné, c'est le commerce extérieur et la marine marchande. On cite encore
quelques grosses maisons à Rouen, le banquier Legendre qui est quatre ou cinq
fois millionnaire, les Guenet, les Asselin, Mesnager qui fut membre du
Conseil de commerce et un des négociateurs de la paix d'Utrecht, mais le
pavillon français est mal vu à l'étranger, même en temps de paix, et la paix
est rare. Le nombre des bateaux de pêche pour Terre-Neuve est tombé de plus
de moitié : du reste la marine marchande recrute difficilement des équipages
à cause des besoins de la marine de guerre. Ce qui empêche la ruine du «
commerce de mer » d'être totale, c'est que les nobles peuvent s'y adonner
sans déroger. La profession d'armateur est la seule qui leur soit permise
avec celle de « maître verrier ». Pour avoir acheté et engraissé des bœufs en
vue de les revendre, tel gentilhomme campagnard normand se voyait
solennellement déchu de sa noblesse. A côté
et au-dessus de tout cela, la Normandie a produit au XVIIe siècle l'essaim
incomparable de ses grands hommes. Aucune province, à aucune époque, n'a joué
un plus grand rôle dans le mouvement intellectuel du pays tout entier. Dès
l'aurore du grand siècle, Malherbe, qui est de Caen, montre la voie à nos
grands classiques. « Enfin Malherbe vint... » s'écrie Boileau. Et à
l'heure où meurt Malherbe, Corneille, le plus illustre des enfants de la
Normandie, fait jouer ses premières œuvres. Or il est à noter que Malherbe et
Corneille sont bien de vrais Normands de race et d'inspiration. Leur vigueur
est un peu rude, leur simplicité parfois un peu sèche, surtout chez Malherbe
qui entend réagir contre l'abondance stérile de beaucoup de ses
contemporains. Mais tous deux sont des maîtres, au sens propre du mot. Ils
ont marqué de leur empreinte la langue et l'âme françaises. Nul ne donne
comme Corneille l'impression de la force disciplinée par la volonté. Si cette
volonté est parfois tendue, du moins elle l'est vers un but qui n'est pas
médiocre. C'est le poète des hommes d'action, celui que Napoléon aurait fait
prince, disait-il, s'il avait vécu de son temps. C'est la plus grande de nos
gloires nationales, et elle a obscurci d'autres noms, qui ont eu leurs jours
d'éclat. Male de Motteville, Thomas Corneille, Scudéry et sa sœur, qui sont
du Havre ainsi que nue de la Fayette, Saint-Evremond, qui est de
Saint-Denis-le-Gast (Manche), Segrais et Huet qui sont de Caen, Benserade et l'abbé épicurien
Chaulieu qui sont du Vexin, font cortège à l'auteur du Cid. N'oublions pas
l'historien Mézeray, né à Ry près d'Argentan, qui mérita par son indépendance
d'être privé d'une pension dont il avait besoin. Et si l'émule de Corneille,
Racine, n'a rien de normand, encore qu'on lui ait attribué par sa mère du
sang scandinave, rappelons du moins que ses grands rôles ont été créés par la
Champmeslé, qui était de Rouen comme Corneille. La
mémoire des savants est moins populaire : il ne faut pourtant pas être ingrat
à l'égard de Guy de la Brosse (Rouen), fondateur du Jardin des Plantes. Remarquons aussi
que les deux premiers secrétaires perpétuels de l'Académie des Sciences sont
deux Normands : le physicien Duhamel, qui est de Vire, et le centenaire
Fontenelle, neveu des Corneille et Rouennais comme eux. Enfin n'oublions pas
que Boisguilbert, lieutenant général de police au bailliage de Rouen, est un
des ancêtres ou pour mieux dire un des précurseurs de l'économie politique. Dans
les arts, la Normandie revendique un des maîtres du paysage historique, le
peintre Nicolas Poussin, qui est des Andelys, mais qui passa la plus grande
partie de sa vie en Italie, parce que sa conscience n'avait pu se plier aux
intrigues de cour et d'Académie. Un de ses successeurs, Jouvenet, qui est de
Rouen, marque un commencement de retour à la vérité contre la froide noblesse
de Le Brun dont il avait été pourtant le protégé. Parmi les monuments du siècle il nous en reste peu, ou peu qui vaillent la peine d'être signalés. Dans le genre « jésuite », trop orné, on peut citer l'église de « la Gloriette » à Caen. L'époque de Louis XIII voit surtout construire un grand nombre de châteaux où l'association de la brique et de la pierre produit un très heureux effet, bien qu'elle vienne d'une raison d'économie après les ruines accumulées par les guerres de religion. Tel est, par exemple, le château de Martainville, près de Rouen. Dans la seconde moitié du siècle apparaissent quelques châteaux princiers. Le plus célèbre, le château de Navarre, près d'Evreux, n'existe plus. Ce château, qui appartenait à la famille de Bouillon, laquelle avait échangé sa principauté de Sedan contre le comté d'Evreux, fut construit par Mansard de 1679 à 1686. Après la Révolution, il passa à l'impératrice Joséphine en 1810 et fut démoli sous Louis-Philippe. Du moins nous avons conservé le château du Champ-de-Bataille, près du Neubourg, construit par un Créqui à la fin du XVIIe siècle, et qui fut au XVIIIe la résidence fastueuse du maréchal duc d'Harcourt, gouverneur de la Normandie. Plus remarquable encore est celui de Cany, œuvre présumée de Mansard, ancienne demeure des Montmorency-Luxembourg. |