Nos succès militaires.
— Congrès et manifestations socialistes. — Changement de majorité chez les
socialistes français.
A
partir du 15 juillet commence l'immense revirement qui va transformer les
succès allemands en une défaite générale et définitive. Dès le 18, les
troupes françaises, accompagnées de contingents américains, commencent
l'offensive sur un front de 45 kilomètres entre l'Aisne et la Marne. Le 20,
les Allemands, pris de flanc, étaient contraints de repasser la Marne, au sud
de laquelle ils avaient légèrement progressé dans la région de Dormans. Le
21, ils évacuaient Château-Thierry et, depuis lors, le mouvement de recul ne
s'est jamais arrêté. Le désarroi causé chez l'ennemi par ce changement de
fortune se traduit d'abord à Vienne par la démission du Cabinet Seidler (23 juillet) remplacé par le Cabinet
Hussarek. Le succès français s'affirme par la reprise de Soissons (2 août). Les Allemands sont rejetés sur
l'Aisne et sur la Vesle. En consécration de cette victoire, le général Foch
est nommé maréchal, le 6 août. Voici les termes du rapport qui précédait le
décret : « Paris
dégagé, Soissons et Château-Thierry reconquis de haute Hutte, plus de 200
villages délivrés, 35.060 prisonniers, 700 canons capturés, les espoirs
hautement proclamés par l'ennemi avant son attaque écroulés, les glorieuses
armées alliées jetées, d'un seul élan victorieux, des bords de la Marne aux
rives de l'Aisne, tels sont les résultats d'une manœuvre aussi admirablement
conçue par le haut commandement que superbement exécutée par des chefs
incomparables. » En même
temps, le général Pétain recevait la médaille militaire pour services que le
rapport ministériel résume en ces termes : « Au
cours de cette guerre, dans les différents commandements qu'il a exercés :
brigade, division, corps d'armée, armée, groupe d'armées, armée française, a
toujours fait preuve des plus belles qualités morales et techniques. « Soldat
dans l'âme, n'a cessé de donner des preuves éclatantes du plus pur esprit du
devoir et de la haute abnégation. « A
su toujours maintenir dans les armées placées sous ses ordres une discipline
ferme et bienveillante ; a soutenu au suprême degré leur moral et exalté leur
confiance. « Vient
de s'acquérir des titres impérissables à la reconnaissance nationale en
brisant la ruée allemande et en la refoulant victorieusement. (Croix de
guerre.) » L'unité
de commandement s'atteste par l'entrée en scène au moment voulu, de l'armée
britannique en Picardie, entre Albert et Montdidier (8 août). Dès le 10, Montdidier était
repris. Le lendemain, on annonçait officiellement la constitution de la
première armée purement américaine dont le général Pershing prenait
personnellement le commandement. Enfin les Alliés décidaient d'intervenir en
Russie, du côté d'Arkhangel, et en Sibérie, où les Tchéco-Slovaques, anciens
prisonniers de guerre, avaient entamé la lutte spontanément contre les
bolcheviks soutenus par les Allemands. C'est le gouvernement japonais qui se
trouvait appelé, par sa situation géographique, à jouer le principal rôle en
Sibérie, mais des contingents américains, anglais et français furent
également envoyés à Vladivostok. Au surplus, les socialistes russes non
bolcheviks avaient adressé aux socialistes du monde entier un appel qui était
un long cri de détresse. La
confiance générale s'exprime par de nombreuses adresses de félicitations que
les Conseils d'arrondissement et les Conseils généraux votent en l'honneur de
l'armée, du gouvernement et de son chef, M. Clemenceau répondit, le 24 août,
par une dépêche qui soulignait le caractère décisif des succès remportés par
les armées de l'Entente. Voici le passage le plus significatif : « Les
assemblées départementales ont tenu à affirmer leur désir de nous voir
poursuivre toujours plus vigoureusement notre activité de défense nationale.
Elles peuvent compter sur le gouvernement comme sur le maréchal Foch, secondé
par une magnifique élite de chefs militaires, aussi bien alliés que français,
pour tirer de jour en jour, jusqu'à l'effondrement de l'ennemi, le bénéfice
décisif de succès qui n'ont étonné que les faibles cœurs. « Les
belles victoires de ces dernières semaines, où nos alliés ont si noblement
rivalisé d'élan avec nous, ont fixé définitivement la fortune de la guerre, à
la stupéfaction d'un ennemi qui, s'étant grossièrement trompé sur lui-même,
découvre tout à coup qu'il nous a méconnus. Ce ne sont encore que les
premières gerbes d'une moisson d'indicibles récompenses dont la plus haute
sera d'avoir définitivement délivré le monde d'une oppression d'implacable
brutalité et libéré d'un coup, pour un merveilleux développement de grandeur
historique, tous les foyers permanents de civilisation humanitaire... « Saluons
cette éblouissante aurore dont les premiers rayons illuminèrent les fronts
victorieux des fondateurs de la République américaine et de nos pères de la
Révolution. Dans l'abîme d'une défaite irréparable, le militarisme prussien
emportera la honte de la plus grande tentative de mal qu'un peuple de
barbarie ait pu rêver. Le suprême obstacle à l'installation du Droit parmi
les hommes va disparaître dans les clameurs d'une victoire dont nous aurons
le devoir de faire un triomphe d'humanité. » Cette
superbe confiance était justifiée chaque jour par les progrès des Alliés. Les
Français entre l'Aisne et la Somme et les Anglais en Picardie continuaient
leurs progrès. Nos troupes occupent Noyon (29 août), le jour même où les Britanniques prennent
Bapaume. Les succès de ces derniers se complètent par la prise de Péronne et
enfin par l'enfoncement de la fameuse ligne Hindembourg à la hauteur de
Quéant (3 septembre). LA RÉCOMPENSE
Le
magnifique succès remporté par l'armée britannique est la récompense d'un
travail acharné et méthodique. C'est une bataille « bien gagnée », dans tous
les sens du mot. L'Angleterre, comme la France elle-même, n'était pas prête à
la guerre, quand elle lui fut imposée comme à nous, et elle n'était pas prête
parce que, comme nous encore, elle ne songeait qu'aux œuvres de paix. Les
nations de proie ont nécessairement un avantage de premier choc sur celles
qui croient avant tout à la force du droit, à la vertu conciliante de la
civilisation, au rôle de l'humanité dans les affaires humaines. Les empires
militaristes bénéficient de « la surprise » et en bénéficient jusqu'au
jour où les impréparations initiales des pays pacifiques sont réparées. Ceux
qui s'étonnent qu'il ait fallu près de quatre années à l'Entente pour
remonter d'abord et renverser ensuite le courant ne se rendent pas compté de
la tâche qu'il s'agissait d'accomplir et ne rendent pas suffisamment justice
à ceux qui l'ont accomplie. La grandeur de l'Angleterre dans cette guerre a
été d'accepter comme des leçons sévères, mais utiles, les échecs inévitables
du début ; elle a, suivant l'image sportive de M. Lloyd George, « encaissé
» les coups sans se plaindre tant que son armature n'était pas au point ;
elle a silencieusement, patiemment, imperturbablement fait ce qu'il fallait
faire pour retourner ce qu'on appelle bien à tort la fortune, car rien n'est
moins dû au hasard que l'issue d'une guerre comme celle-ci. Elle a accepté le
service militaire obligatoire, ce qui est la plus grande révolution morale et
politique qui se soit produite spontanément au cours de son histoire ; après
ce sacrifice suprême tous les autres sont secondaires et ne pouvaient
qu'aller de soi. Mais il y a quelque chose encore de plus impressionnant que
l'attitude de l'Angleterre proprement dite, c'est l'attitude de ses grandes
colonies autonomes qui — spontanément, elles aussi, — se sont imposé dans le
fardeau commun une part que nul n'aurait osé leur proposer. Aujourd'hui, c'est
l'empire britannique tout entier qui est à l'honneur, et la métropole est
fière de constater et de souligner à chaque occasion la gloire immortelle des
Canadiens, des Australiens, des Néo-Zélandais, de tous ces jeunes peuples où
la sève démocratique déborde en un héroïsme qu'ils ne se connaissaient pas
eux-mêmes. De
pareilles victoires peuvent être célébrées sans arrière-pensée par les
pacifistes les plus déterminés. Ce ne sont pas des victoires génératrices de
guerres futures, ce ne sont pas des victoires de gens pour qui la guerre
risquera jamais de devenir une « industrie nationale », comme dans la Prusse
de tous les temps. Ceux qui affectent de craindre que la victoire ne
développe chez les Alliés un impérialisme comme celui dont ils ont failli
être victimes ne sont guère psychologues, ou, si l'on préfère, leur psychologie
leur vient d'Allemagne, comme toute leur mentalité. La grandeur morale des
événements actuels les dépasse, ils les mesurent à l'aune archaïque des
vieilles traditions dynastiques. Cet esprit arriéré n'étonne pas chez un
hobereau poméranien, il étonne parfois chez des hommes qui se piquent d'être
à l'avant-garde du progrès, tout en travaillant pour le roi de Prusse.
L'instinct populaire voit plus juste. Quand la nouvelle de la prise de Quéant
fut communiquée hier au Congrès des Trade Unions, tous les délégués se
dressèrent d'un élan, et aucun ne songea à bouder la victoire des soldats du
droit sous prétexte de rester « au-dessus de la mêlée ». Sur le
front immense, qui est enfin devenu le front unique, tous les alliés
collaborent d'un même cœur à la victoire qui sera bien l'œuvre de tous. Les
journées glorieuses des uns font la joie des autres, non pas seulement parce
que l'avantage matériel en est recueilli par tous, mais parce que la
solidarité affectueuse et confiante qui unit les armées alliées s'étend aux
bons comme aux mauvais jours. L'unisson des cœurs va de pair avec l'unité de
l'action. L'effort britannique avait émerveillé le monde, aujourd'hui
l'effort produit son effet, et cet effet est digne de l'organisme gigantesque
qu'est devenue la « méprisable petite armée » dont l'état-major allemand, qui
se vante de tout prévoir, n'avait pas prévu la croissance. 5 septembre 1918. C'est à
ce moment qu'arrive en Europe une nouvelle délégation des travaillistes
américains, à la tête de laquelle était leur chef incontesté, M. Gompers. Sa
présence était d'autant plus utile, surtout à la Veille du Congrès annuel des
Trade-Unions, que certains travaillistes anglais et certains socialistes
français paraissaient toujours fâcheusement enclins à se laisser duper par
les manœuvres germanophiles. M. HENDERSON RECONNAÎT SON ERREUR
On se
rappelle le rôle joué par M. Henderson, un des principaux chefs du
travaillisme anglais, dans les tentatives de Conférence internationale
socialiste avec participation des Allemands. Son attitude a été non seulement
favorable au principe même, mais elle a été jusqu'à tromper — en toute bonne
foi, nous n'en doutons pas — les camarades français et anglais sur les
véritables dispositions des vieux socialdémocrates qui suivent l'impulsion de
M. Scheidemann. C'est M. Henderson qui, à la veille de la réunion du Conseil
national du parti socialiste français, annonça qu'il avait reçu, par
l'intermédiaire de M. Troelstra, communication d'une réponse des camarades
allemands où les bases du mémorandum de la Conférence interalliée de Londres
étaient acceptées, y compris la solution amiable de la question de
l'Alsace-Lorraine. Quelques jours plus tard il dut reconnaître qu'il n'avait
pas reçu le document lui-même, mais un résumé transmis par M. Troelstra,
résumé d'ailleurs inexact de tous points, comme il fut facile de s'en
apercevoir quand le document lui-même eût été publié par la presse allemande.
M. Henderson avait été trompé, mais l'effet n'en était pas moins produit, et
c'est à la faveur de cette confusion que la majorité, chez les socialistes
français, passa aux minoritaires de la veille. Aujourd'hui
M. Henderson avoue franchement son erreur. Dans un discours prononcé à la
Conférence travailliste de Birmingham il ne cherche plus à équivoquer. Il se
défend de toute velléité de songer à une paix de défaite pour l'Entente,
comme celle à laquelle les majoritaires allemands n'entendent pas renoncer.
Il ne veut pas aller à Brest-Litovsk, et s'aperçoit que Scheidemann et ses
fidèles voudraient conduire les pacifistes alliés. Il est toujours méritoire
de s'apercevoir qu'on a été dupe, mais M. Henderson a mis du temps à s'en
apercevoir, et il est cause que d'autres ne s'en aperçoivent pas encore. M.
Bracke, dans l'Humanité, montre clairement pourquoi une paix boiteuse, une
paix qui laisserait à l'impérialisme allemand le prestige de la victoire, ne serait
qu'une trêve. Elle consoliderait l'idée que la force est la reine du monde et
annihilerait tout espoir d'une « Société des nations » fondée sur le droit
des peuples et capable de le faire désormais respecter. M. Henderson n'en
doute plus ; comment a-t-il pu jamais en douter ? M. Troelstra lui-même
paraît un germanophile trop tiède aux yeux des Allemands. Il avait indiqué
naguère, comme concession ultime des socialistes allemands, qu'ils pourraient
accepter après la paix, trois ans après la paix, qu'un plébiscite eût lieu en
Alsace-Lorraine, mais organisé et contrôlé par le gouvernement allemand seul.
C'était peu, c'était même une insultante dérision ; c'est encore trop. La
Gazette de l'Allemagne du Nord, organe officieux, voit là une extraordinaire
marque d'incompréhension de l'esprit allemand et de ce qu'exige la dignité
allemande. Elle dénonce M. Troelstra comme un faux germanophile. Sans doute
la Gazette de l'Allemagne du Nord n'est pas socialiste, mais
Scheidemann lui-même déclarait récemment dans le Vorwaerts que le
parti socialiste allemand rie saurait démordre de son propre mémorandum de Stockholm,
qui nie même l'existence d'une question d'Alsace-Lorraine. « Il n'y a pas un
seul Allemand, disait-il à son ami Troelstra, qui comprenne rien aux revendications
de l'Entente sur ce point. » Tout
cela est net. Combien de fois faudra-t-il qu'on le lui répète pour que M.
Henderson soit définitivement édifié sur l'inanité de palabres avec des gens
ainsi butés ? Les travaillistes américains ont compris tout cela du premier
coup ; à quoi attribuer l'incapacité d'un certain nombre d'Anglais et de
Français de se montrer aussi clairvoyants ? Ils se froisseraient à juste
titre si on les accusait d'avoir moins d'intelligence ou de conscience que
leurs amis transatlantiques, mais alors quelle est la case qui leur manque ? 2
septembre 1918. LE CONGRÈS DES TRADE-UNIONS
L'attention
se porte avec raison sur le Congrès des Trade-Unions qui s'est ouvert hier à
Derby. C'est la cinquantième de la série annuelle de ces grandes réunions du
monde du travail britannique auxquelles on ne saurait comparer nos Congrès
syndicalistes, où les délégués ne représentent jamais qu'une minorité des
ouvriers français. Le Congrès de Derby compte 900 membres, mandatés par plus
de 4 millions de cotisants. Les Congrès des Trade-Unions ne font pas double
emploi avec les Congrès du Labour Party, bien que le public s'y trompe
parfois et ait quelque excuse de s'y tromper, car on y retrouve pour la
plupart les mêmes éléments. En principe, on réserve les questions politiques
pour les sessions du Labour Party et les questions ouvrières pour les
sessions des Trade-Unions, mais la distinction n'est pas toujours facile ni
facilement respectée. Cette fois, par exemple, les Trade-Unions ont à l'ordre
du jour l'attitude des organisations ouvrières à l'égard de la guerre et de
la paix, ce qui a évidemment une portée politique internationale. C'est ce
qui explique la participation à ce cinquantenaire de notabilités du
travaillisme américain et du syndicalisme français. Les
débats et les résolutions ne manqueront certes pas d'intérêt, mais la
propagande allemande n'y trouvera pas son compte. La manière de voir des
Américains est maintenant connue, c'est la troisième délégation qui nous
arrive du Nouveau-Monde depuis quelques mois et toutes trois ont tenu le même
langage. Nul n'est plus qualifié que M. Gompers pour parler au nom de ses
compatriotes, et, dès hier, au cours d'un déjeuner qui lui était offert par
la Ligue des matelots, il s'est exprimé en termes qui ne prêtent à aucune
équivoque. Il a montré l'Amérique tout entière groupée d'un seul cœur autour
de son illustre président, « le grand interprète du droit et de la justice »,
et il en sera ainsi jusqu'à la fin de cette lutte dont l'enjeu est « la
liberté du monde ». M. Hughes, le très socialiste chef du gouvernement
australien, n'a pas été moins catégorique, et il a tenu à prendre acte du
récent aveu de M. Henderson sur son erreur au sujet des socialistes
allemands. C'est une erreur que M. Hughes n'a jamais été exposé à commettre,
parce qu'il « n'a jamais nourri d'illusions » sur les camarades d'outre-Rhin,
« Allemands d'abord, socialistes ensuite, internationalistes en dernier
lieu ». On voit que la vérité et le bon sens s'imposent chaque jour
davantage, même dans les milieux où la propagande germanique se flattait
d'avoir semé des germes bolchevicks. Un Branting, un Gompers, un Henderson
aboutissent, après plus ou moins de réflexion, aux mêmes conclusions, parce
qu'il n'y en a pas d'autres de possibles, à moins de rêver pour les pays
libres le sort fait à la malheureuse Russie. 4 septembre 1918. Le
Congrès, après de vifs incidents, vota une motion qui réclamait la
destruction, ou tout au moins la réduction à une impuissance virtuelle, « de
tout pouvoir arbitraire, pouvant séparément, par sa seule initiative,
troubler la paix ». Le Congrès demandait, en outre, que les travaillistes
fussent représentés dans les discussions au Congrès de la paix. Enfin il
demandait au gouvernement d'entamer des négociations dès que l'ennemi aurait de
gré ou de force évacué la France et la Belgique. Toutes
ces discussions remettaient au premier plan la question dite de la Société
des Nations. Elle se trouvait posée un peu partout, mais pas toujours avec
une suffisante netteté. UNE LACUNE
Une
Conférence interparlementaire des pays Scandinaves, qui vient de se réunir à
Copenhague, a émis à l'unanimité un vote favorable à la Société des nations.
Cette résolution est toute naturelle et il n'y aurait qu'à la signaler sans
commentaires si elle se bornait à une simple déclaration de principes. Mais
la Conférence Scandinave a tenu avec raison à dire quelque chose des voies et
moyens qui lui paraissent nécessaires pour atteindre le but. Elle conçoit
cette Société des nations comme un instrument de paix, une garantie contre la
guerre et un organe de liberté économique pour tous les peuples. C'est, en
effet, le triple bienfait que tout le monde attend de cette création et, si
elle n'apparaissait pas capable de jouer ce rôle, la Société des nations n'aurait
aucun objet et ne trouverait que des sympathies platoniques et verbales. Le
point capital, celui qui domine forcément tout le débat, c'est la manière
d'empêcher les guerres futures. Comment la Conférence de Copenhague en
envisage-t-elle la solution ? A ses yeux la Société des nations doit
comprendre toutes les nations, et toutes doivent prendre l'engagement de
traiter tous leurs différends par « une procédure entièrement pacifique ».
Les uns, ceux qui sont « susceptibles d'être résolus par la voie
diplomatique », seront soumis soit au Tribunal de la Haye, soit à une « Cour
permanente de procédure internationale ». Les autres seront réglés par un «
Comité international d'examen et de conciliation offrant des garanties
d'impartialité ». Les deux parties seront représentées au sein de ce Comité
et « prendront l'engagement de ne pas employer la force pendant le délai qui aura
été déterminé pour la solution du conflit ». Dans
tout cela, nous sommes obligés de constater un manque de clarté et un manque
de sanction. Le manque de clarté s'applique aux deux catégories de
différends, dont la discrimination — peu utile d'ailleurs — ne sera pas
toujours facile ; le manque de sanction résulte de ce qu'aucun moyen de coercition
n'est prévu contre un pays qui ne respecterait pas son engagement de
soumettre tous ses différends à une « procédure entièrement pacifique », ou
qui, voyant qu'on va lui donner tort, ne respecterait pas son engagement de «
ne pas employer la force » durant le délai nécessaire à l'arbitrage, ou qui
enfin prendrait les armes si la décision arbitrale ne lui agréait pas. La
Conférence Scandinave ne prévoit ni les infractions à la parole donnée, ni
les moyens de faire obéir les récalcitrants. C'est
là une lacune qui suffirait à frapper de caducité toute organisation de
Société des nations. Ce serait, en effet, tendre un piège aux nations de
bonne foi et les livrer plus encore que dans le passé aux coups des
puissances de mauvaise foi que de désarmer les premières, esclaves de la
parole donnée, en face des autres qu'aucun scrupule ne retiendrait. Il faut,
à défaut de la conscience du devoir, que ces dernières nient au moins la
conscience de courir un danger en se dérobant à la foi jurée. Les hésitations
auxquelles se heurte l'idée de la Société des nations n'ont pas d'autre
cause. Si on affecte d'ignorer ou de négliger ce côté essentiel du problème,
on ne fera que renforcer les défiances au lieu de les calmer. Le monde sait
trop bien ce que pèsent les chiffons de papier en face des ambitions impérialistes
pour se contenter d'une garantie aussi précaire qu'un engagement d'honneur.
Les parlementaires Scandinaves vivent un peu loin du champ de bataille, c'est
un bonheur dont ils sentent évidemment toute l'étendue, mais comment
peuvent-ils oublier ce qui est arrivé à la Serbie, à la Belgique, à la France
? Nous ne demandions tous qu'à rester en paix, qu'à recourir à l'arbitrage
pour les questions litigieuses, mais l'ennemi tenait pendant ce temps-là sa « poudre
sèche » et son « épée aiguisée ». Si la
Société des nations laisse aux barbares ce privilège, si elle ne s'assure pas
tout d'abord une force internationale capable de déjouer ou de punir les
perturbateurs de la paix universelle, elle fait leur jeu. C'est bien ce
qu'espèrent les pangermanistes quand ils se déclarent favorables à cette
combinaison, mais ce n'est pas évidemment ce que peuvent envisager les hommes
de bonne foi et de hauts équité, parmi lesquels les parlementaires
Scandinaves tiennent évidemment à être comptés. 11 septembre 1918. POUR LA SOCIÉTÉ DES NATIONS
Une
association française est en train de se former pour étudier et faire
connaître les conditions dans lesquelles pourrait fonctionner pratiquement la
Société des nations. Des associations analogues existent déjà aux États-Unis
et en Angleterre. Il est naturel et même opportun qu'une question aussi
grave, aussi complexe, dont la solution ne laisse personne indifférent, ne
reste pas livrée au hasard des improvisations. Le nom des premiers membres du
Comité d'honneur : MM. Léon Bourgeois, Ernest Lavisse et Paul Deschanel,
indique d'ailleurs que l'idée fait son chemin et tend à entrer dans le
domaine des réalités. Le
premier appel est signé de MM. Ferdinand Buisson, Albert Thomas et J.
Prudhommeaux. Il a le mérite de ne pas dissimuler les difficultés et de les
aborder avec franchise. Il " condamne » ceux qui chercheraient dans
cette organisation un moyen d'aboutir à une paix qui ne serait pas conforme
aux principes du droit et de la justice. Et dans l'état actuel des esprits et
des choses chez l'ennemi, « il n'est que trop certain qu'une telle paix ne
pourra naître que de la victoire des Alliés ». Sur les principes généraux qui
doivent présider à la future organisation, l'appel ne trouvera guère de
contradicteurs. Il s'agit de créer une « autorité internationale » capable
d'imposer à toutes les nations, pour tous leurs conflits présents ou à venir,
« des procédures et des garanties de droit ». Le droit de tous les peuples à
disposer d'eux-mêmes est la loi suprême ; la future Société doit être ouverte
à toute nation qui' s'engage à respecter ce droit et à ne pas recourir à la
force pour défendre sa manière de voir, mais cet engagement, pour être
reconnu valable, suppose « un minimum d'institutions démocratiques » assurant
le contrôle de la nation sur son gouvernement. Une sanction est prévue contre
ceux des associés qui ne se soumettraient pas aux décisions rendues, et cette
sanction n'est pas uniquement morale, juridique et économique, mais aussi
militaire, puisque la force seule est capable d'en imposer à qui ne
respecterait pas le droit. Ce projet, on le voit, n'a pas la lacune que nous
avons eu le regret de signaler dans celui des parlementaires scandinaves. Le
point sur lequel il pourra se produire des objections, c'est que l'appel
réclame la formation immédiate d'un commencement de Société des nations, sans
attendre la fin des hostilités. Les Alliés la concluraient dès maintenant
entre eux, à titre d'exemple, et aussi pour tuer en germe toute occasion de
désaccord entre eux au moment des négociations. La Société des nations serait
donc une ligue de nations belligérantes en attendant qu'elle devienne une
ligue de nations pacifiques. Ce n'est pas contradictoire au fond, mais un peu
paradoxal au moins dans la forme. Ce n'est pas une raison pour ne pas
discuter le projet ou pour lui refuser a priori sa sympathie. Car, qu'on le
veuille ou non, la Société des nations, même en temps normal, n'aura
d'efficacité que si elle est un' gendarme en même temps qu'un juge de paix,
et non seulement un gendarme quand il y aura lieu de rappeler à la raison les
associés récalcitrants, mais encore, mais surtout quand il faudra garantir
les adhérents contre les agresseurs éventuels restés en dehors de la famille
civilisée. 13 septembre 1918. Il
était à prévoir, vu la tournure des événements, que les empires centraux,
n'ayant pas réussi leur offensive de guerre, feraient une nouvelle offensive
de paix. Le comte Burian, amorça la manœuvre par un discours prononcé à un
banquet de presse à Vienne. D'autres manifestations oratoires s'ajoutèrent à
celles du ministre des Affaires étrangères austro-hongrois et, quelques jours
après (15
septembre), le
gouvernement austro-hongrois adressait aux États neutres et au Saint-Siège
une note proposant l'ouverture de négociations de paix. Ce document, fort
long et entortillé, insistait sur le « caractère confidentiel et non
obligatoire » de la « conversation » ainsi engagée. Il ne formulait,
d'ailleurs, aucune condition précise, aussi n'eut-il aucun succès. M. Balfour
et M. Clemenceau l'accueillirent par une identique fin de non-recevoir et le
président des États-Unis répondit brièvement qu'il ne prendrait en
considération aucune proposition de conférence alors que le but des Alliés
était connu d'une façon absolument claire et indiscutable. La
réponse de M. Clemenceau s'était produite sous la forme d'un discours
prononcé devant le Sénat le 17 septembre, le jour même de la rentrée de la
Chambre Haute. Ce discours, dont le Sénat vota l'affichage, fut envoyé
simplement comme réponse à la note autrichienne. En voici la conclusion : « J'entends
dire que la paix ne peut être, amenée par une décision militaire. Ce n'est
pas ce que disait l'Allemand quand il a déchaîné dans la paix de l'Europe les
horreurs de la guerre. Ce n'est pas ce qu'il annonçait hier encore quand ses
orateurs, ses chefs se partageaient les peuples comme bétail enchaîné,
annonçant chez nous et réalisant en Russie les démembrements qui devaient
faire l'impuissance du monde sous la loi du fer. « La
décision militaire, l'Allemagne l'a voulue et nous a condamnés à la
poursuivre. Nos morts ont donné leur sang en témoignage de l'acceptation du
plus grand défi aux lois de l'homme civilisé. Qu'il en soit donc comme
l'Allemagne a voulu, comme l'Allemagne a fait. Nous ne chercherons que la
paix et nous voulons la faire juste, solide, pour que ceux à venir soient
sauvés des abominations du passé. Allez donc, enfants de la patrie, allez
achever de libérer les peuples des dernières fureurs de la force immonde !
Allez à la victoire sans tache ! Toute la France, toute l'humanité pensante
sont avec vous. » La
reprise de Saint-Mihiel par les Américains (13 septembre) avait certainement fait plus
d'impression que cette offre insidieuse. L'Allemagne essaya vainement de lui
donner plus d'importance en déclarant qu'elle y adhérait. Une démarche
analogue de la Bulgarie fut traitée de même. D'ailleurs, les succès éclatants
des Alliés en Macédoine et en Syrie achevaient de démontrer la supériorité
militaire des armées de l'Entente. N'ayant
pas eu beaucoup d'action sur les gouvernements, les empires centraux
espéraient, du moins, en avoir davantage sur les partis socialistes des pays
alliés. C'est
une idée dont ils ont été hantés du premier au dernier jour de la guerre. Une
conférence socialiste interalliée se tint à Londres, du 17 au 20 septembre.
M. Gompers y lut une déclaration de la Fédération américaine du travail dont
voici les traits fondamentaux : « Le
traité de paix doit être basé sur les principes fondamentaux suivants :
formation d'une Ligue entre les peuples libres du monde afin d'assurer la
justice et la paix entre les nations ; aucune restriction politique ou
économique de nature à faire prospérer quelques nations au détriment des
autres ; aucune indemnité pouvant avoir le caractère d'une vengeance, mais
destinée seulement à redresser des torts ; reconnaissance des droits des
petites nationalités et du principe par lequel aucun peuple ne peut être
contraint de vivre sous une souveraineté qui ne lui convient pas ; aucun
changement territorial, à moins qu'il ne soit fait dans le but d'accroître le
bien-être du peuple intéressé. » LA CONFÉRENCE DE LONDRES
La
Conférence travailliste de Londres réunit deux catégories d'adhérents : des
représentants des partis socialistes et des représentants des partis plus
particulièrement ouvriers. Nous ne constatons pas ce dualisme pour donner à
croire que des dissentiments doivent nécessairement se produire, mais il
explique cependant une petite passe d'armes qui s'est déroulée dès le premier
jour entre M. Gompers et M. Longuet. M. Gompers représente le monde du
travail américain, il est le président, et on peut dire l'âme de la
Fédération du travail des Etats-Unis, laquelle est assurément la plus
puissante, la plus agissante, la plus homogène, la plus consciente de ses
droits et de ses devoirs qu'il y ait au monde. M. Gompers a derrière lui 3
millions de travailleurs, régulièrement inscrits et payant régulièrement leur
cotisation. Notre C. G. T. n'a jamais groupé plus de 350.000 adhérents, dont
un dixième au plus versent normalement la leur. Quant à notre parti
socialiste, il comptait 68.000 membres avant la guerre, il en compte
actuellement la moitié — 34-151 en août d'après le rapport du secrétaire
général qui va être soumis au Congrès national du 6 octobre. Ces chiffres
devraient inviter à une certaine modestie les représentants des partis
français. M. Longuet n'a pas paru s'en douter. Il a demandé que le nombre des
voix attribuées par la Conférence de Londres à la Fédération américaine fût
réduit. Or, que représente M. Longuet ? Pas même l'ensemble du socialisme
français, simplement un peu plus de la moitié, puisque son grand succès au
Conseil national du 28 juillet dernier a été obtenu par 1.544 mandats contre
1.451 dispersés sur les autres motions. M. Longuet, du haut des 20.000
socialistes qu'il représente au maximum, était vraiment peu qualifié pour
rogner les pouvoirs d'un homme qui parle au nom de « trois millions de
salariés ». M. Gompers a eu la réponse facile : il a demandé et obtenu que le
nombre de membres représentés par chaque groupe du Congrès fût publié. Les
délibérations de la Conférence de Londres portent sur l'éternelle question de
la Conférence dite de Stockholm. Rappelons que la Conférence de Londres de
février dernier avait rédigé un mémorandum dont l'acceptation par les
socialistes austro-allemands était la condition préalable de toute admission
à la future Conférence internationale. Naturellement les Bulgares, Hongrois,
et même Autrichiens firent des réponses vaguement satisfaisantes en principe,
mais les majoritaires allemands, encouragés dans leur impérialisme par la
trahison des bolcheviks et la paix triomphale de Brest-Litovsk, se refusèrent
à toute concession même de forme. Il s'agit de savoir aujourd'hui si, à la
lumière des derniers événements, ils seraient devenus plus traitables, et la
dangereuse naïveté de certains travaillistes anglais comme des
néo-majoritaires français consiste à croire qu'un chiffon de papier de
Scheidemann mériterait tout de suite absolution pour le passé et confiance
pour l'avenir. Ce chiffon, le camarade Scheidemann le signera si le
gouvernement allemand lui en donne l'ordre, et il vaudra juste autant que
ceux de M. de Bethmann-Hollweg. C'est à cette comédie que l'esprit pratique
et décidé des Américains refuse de prêter son concours et la déclaration lue
par M. Gompers au nom de ses commettants ne laisse aucune échappatoire. M.
Gompers est pour la paix Wilson, dont il a rappelé les quatorze articles ; il
est pour la guerre tant que les armées austro-allemandes n'auront pas évacué
les pays envahis, et tant que dominera le gouvernement militariste et
autocratique des puissances centrales, menace permanente à l'égard des
peuples démocrates. Nous
verrons si la Conférence se rangera aux vues de M. Gompers ou préférera une
de ces formules équivoques et contradictoires où se complaisent le plus
souvent les réunions de ce genre. M. Gompers a pour lui la logique et le bon
sens. Mais ces deux qualités bien américaines ne se retrouvent pas dans une
autre proposition qu'il a défendue et à laquelle il tient, car ce n'est pas
la première fois qu'il la préconise. Il demande deux choses : d'abord que,
lors des négociations de paix, des ouvriers figurent parmi les négociateurs,
— ensuite que, parallèlement au Congrès des diplomates, il se tienne dans la
même ville et en même temps un Congrès international ouvrier pour surveiller
évidemment la marche de la diplomatie. Comment justifier cette double
prétention ? Pourquoi une classe spéciale de citoyens serait-elle plus qu'une
autre représentée au Congrès ? Que le travail y soit représenté, rien de plus
naturel et rien ne s'y oppose, mais les intérêts du travail, c'est-à-dire les
intérêts économiques, ne concernent pas que les ouvriers. Et, de plus, si les
ouvriers sont déjà représentés au Congrès diplomatique, à quoi répond l'autre
? Quelle complication si chaque catégorie d'intéressés prétendait agir de
même ! Tous ces rouages ne répondent à aucun objet, ne peuvent avoir aucun
avantage, et entraîneraient sûrement des inconvénients, dont le moindre
serait de faire perdre du temps. Quel admirable terrain pour les intrigues,
les atermoiements, les manœuvres où l'espionnage allemand est passé maître !
II y avait des ouvriers à Brest-Litovsk : faut-il rappeler ce qu'ils ont
signé ? Faut-il le rappeler, surtout à des Américains, alors que l'on publie
justement en Amérique de nouveaux documents établissant comment les Lénine et
consorts étaient de simples instruments aux mains de l'état-major ennemi ? 20 septembre 1918. La
résolution votée par le Congrès se prononça pour la paix Wilson, c'est-à-dire
la paix conforme aux 14 articles formulés par lui dans son discours du 10
janvier 1918. « La
Conférence estime que les gouvernements alliés assumeraient une lourde et
périlleuse responsabilité en adoptant une politique purement négative. Elle
tient pour indispensable qu'ils précisent leur unité de vues par une
collaboration étroite et suivie, en opposant à ces suggestions une
déclaration publique et collective sur leurs buts et intentions, qu'ils
souscrivent aux quatorze points formulés par le président Wilson, opposant
ainsi une politique de clarté et de modération à une politique dictée exclusivement
par le changement de la carte de guerre, et, enfin, qu'ils interrogent leurs
adversaires sur leurs propres buts généraux et concrets qui, jusqu'à présent,
n'ont jamais été définis, plaçant ainsi toutes les classes ouvrières dans
l'obligation de choisir entre les solutions voulues par les deux parties. Le
gouvernement des États-Unis a pu repousser la proposition autrichienne en
faisant observer qu'ayant formulé nettement et publiquement ses buts de
guerre, il ne voyait aucune utilité à reproduire ces mêmes déclarations dans
une conférence secrète. « C'est
en définissant leurs buts de guerre, d'accord avec les États-Unis, que les
gouvernements alliés donneront aux travailleurs du monde entier la conviction
que, s'ils sont résolus à poursuivre la lutte, ce n'est point pour répondre à
l'agression des monarchies centrales, mais dans la résolution de fonder sur
des bases inébranlables une paix juste, durable et conforme aux aspirations
des démocraties internationales. » Nous
croyons utile de reproduire ici le texte des 14 articles de M. Wilson : « 1°
Accords de paix conclus ouvertement, après lesquels il n'y aura plus
d'accords internationaux privés, de quelque nature qu'ils soient, mais la
diplomatie procédera toujours franchement et publiquement. « 2°
Liberté absolue de la navigation sur les mers, en dehors des eaux
territoriales, aussi bien en temps de paix qu'en temps de guerre, sauf le cas
où ces mers seraient fermées en totalité ou en partie par une action
internationale en vue de l'exécution d'accords internationaux. « 3°
Suppression, autant qu'il sera possible, de toutes les barrières économiques
et établissement de conditions commerciales égales pour toutes les nations
consentant à la paix et s'associant pour la maintenir. « 4°
Garanties suffisantes données et prises que les armements nationaux seront
réduits à l'extrême limite compatible avec la sécurité intérieure du pays. « 5°
Arrangement libre dans un esprit large et absolument impartial, de toutes les
revendications coloniales, basé sur le respect strict du principe qu'en
réglant toutes les questions de souveraineté les intérêts des populations
intéressées devront peser d'un poids égal avec les demandes équitables du
gouvernement dont le titre doit être fixé. « 6°
Evacuation de tous les territoires russes et règlement de toutes les
questions concernant la Russie, de façon à assurer la meilleure et la plus
large coopération des autres nations du monde pour fournir à la Russie
l'occasion opportune de fixer, sans entrave ni embarras, l'indépendance de
son propre développement politique et national ; pour lui assurer un sincère
accueil dans la Société des nations libres sous un gouvernement qu'elle aura
choisi elle-même ; pour lui assurer, enfin, l'aide la plus grande et de
quelque nature qu'elle soit ou qu'elle pourrait désirer. Le traitement
accordé à la Russie par ses nations sœurs pendant les mois prochains sera la
pierre de touche qui révèlera la bonne volonté et la compréhension de ces
nations pour les besoins de la Russie, abstraction faite de leurs propres
intérêts et de leur intelligente sympathie. « 7°
Belgique. — Le monde entier sera d'accord que ce pays doit être évacué et
restauré, sans aucune tentative de limiter la souveraineté dont il jouit à
l'égal des autres nations dans les lois établies et fixées pour régir leurs
relations entre elles. Sans cet acte de réparation, la structure et la
validité de toutes les lois internationales seront pour toujours affaiblies. « 8°
Tout le territoire français devra être libéré et les parties envahies devront
être entièrement restaurées. Le tort fait à la France par la Prusse en 1871,
en ce qui concerne l'Alsace-Lorraine et qui a troublé la paix du monde
pendant près de cinquante ans, devra être réparé afin que la paix puisse
être, encore une fois, assurée dans l'intérêt de tous. « 9°
Un « réajustement » des frontières italiennes devra être effectué suivant les
lignes des nationalités clairement reconnaissables. « 10°
Aux peuples de l'Autriche-Hongrie dont nous désirons sauvegarder la place
parmi les nations devrait être donnée pour la première fois l'occasion d'un
développement autonome. « 11°
La Roumanie, la Serbie, le Montenegro devraient être évacués ; on leur
restituera ceux de leurs territoires qui ont été occupés. A la Serbie sera
accordé un libre accès à la mer et les relations entre les divers États
balkaniques devront être fixées amicalement sur les inspirations des
puissances suivant des lignes établies historiquement. Des garanties
internationales d'indépendance politique, économique et d'intégrité territoriale
seront fournies à ces États. « 12°
Aux parties du présent empire ottoman seront assurées pleinement la
souveraineté et la sécurité, mais les autres nationalités qui vivent
actuellement sous le régime de cet empire doivent, d'autre part, jouir d'une
sécurité certaine d'existence et l'occasion de développer sans obstacles leur
autonomie doit leur être donnée. Les
Dardanelles seront ouvertes en permanence et constitueront un passage libre
pour les navires et pour le commerce de toutes les nations sous des garanties
internationales. « 13°
Un État polonais indépendant devrait être constitué, comprenant les
territoires habités par des nations incontestablement polonaises, lesquelles
devraient être assurées d'un accès libre à la mer ; l'indépendance politique,
économique et l'intégrité territoriale de ces populations seront garanties
par une convention internationale. « 14°
Une Société générale des nations devrait être formée en vertu de conventions
spéciales ayant pour objet de fournir des garanties réciproques
d'indépendance politique et territoriale à tous ces petits États. » LES RÉSOLUTIONS DE LONDRES
L'Humanité
publie ce matin le texte complet des résolutions adoptées par la Conférence
travailliste interalliée de Londres. On y remarquera particulièrement
l'adhésion explicite donnée aux quatorze articles de la paix Wilson, qui sont
reproduits et insérés dans le texte même de la résolution. C'est donc cette
base formelle que les socialistes allemands doivent accepter pour entrer en
relation avec les organisations ouvrières et socialistes des peuples alliés.
C'est tout le contraire d'un succès pour les néo-majoritaires français et
pour ceux qui marchent à leur suite. La mauvaise humeur du Populaire en est
la meilleure preuve. Reste à savoir, et c'est ce que nous dira dans quelques
jours le Congrès national des socialistes français si, même en France, les néo-majoritaires
garderont la majorité, et en gardant leur programme. 25 septembre 1918. Un
autre Congrès socialiste était celui que devaient tenir les socialistes
français pour approuver ou annuler le changement de majorité qui s'était
manifesté au Conseil national du parti à la fin de juillet. Les anciens
majoritaires (Renaudel)
y avaient été battus par les minoritaires (Longuet). Le
Congrès socialiste avait été convoqué pour le 6 octobre et les fédérations
régionales s'étaient réunies d'abord pour nommer leurs délégués. Celle de
Paris, par son importance, attirait surtout l'attention. C'est là que les
diverses tendances s'affrontèrent en une sorte de préface du congrès. CEUX QU'ON OUBLIE
Ceux
qu'on oublie, dans tous les pays et dans tous les partis, ce sont ceux qui ne
se laissent pas enrégimenter. Ils sont pourtant la majorité et, aux heures
décisives, leur action silencieuse mais irrésistible finit par l'emporter.
C'est ce qui explique le désaccord tant de fois observé entre l'opinion et
ceux qui prétendent la représenter. Les hommes politiques se trompent à
chaque instant sur la psychologie du pays parce qu'ils n'en voient que les
agitations de surface. C'est ce qui arrive aujourd'hui aux socialistes. Ils
se remuent, multiplient les manifestes, les programmes, les conciles, on
dirait qu'ils sont seuls au monde. C'est leur droit de chercher à propager
leurs conceptions, même s'ils n'arrivent pas à s'entendre eux-mêmes sur les
susdites conceptions, mais ils perdent de vue la réalité, ou, si l'on
préfère, ils la voient à travers les lunettes grossissantes de l'idée fixe.
La galerie, qui garde son sang-froid, se rend beaucoup mieux compte de la
relativité de tout cet étalage d'activité. Elle s'en tient instinctivement au
mot très juste de M. Renaudel à ses collègues de la Chambre : « Il y a
quelque chose de factice dans nos indignations. » C'est
pourquoi il n'y a pas lieu de s'émouvoir outre mesure des motions que vont
proposer à leur prochain Congrès les différentes fractions socialistes.
Certes, celle de M. Longuet, le chef de la nouvelle majorité, dénote une
inconscience qui n'est pas rassurante. C'est du Troelstra le plus souvent, du
Lénine parfois. La politique de l'Entente est taxée d'aveuglement belliqueux
et d'ambitions impérialistes. Celle de l'Allemagne, qui a déchaîné le
conflit, n'est l'objet d'aucune réflexion. La cause de la guerre est imputée
en bloc au capitalisme et « aux haines savamment entretenues par les
dirigeants entre les groupements humains ». Entre ces dirigeants, aucune
distinction n'est faite ; entre l'éducation allemande, cyniquement calculée
en vue de développer le pangermanisme, et l'éducation française qui
s'interdit jusqu'au scrupule tout ce qui pourrait être nationaliste, M.
Longuet ne voit aucune différence ; entre ceux qui ont tout fait, tout subi,
pour éviter la guerre, et ceux qui l'ont délibérément déchaînée, M. Longuet
est incapable d'apercevoir une nuance. Notre intervention en Russie pour la
sauver de l'abîme lui paraît une « atteinte aux droits du peuple russe »,
mais le traité de Brest-Litovsk est-il une atteinte à ces mêmes droits ? la
motion de M. Longuet nous le laisse à deviner. Il convient de n'en pas parler
pour ne pas gêner les socialistes allemands qu'il faut à tout prix rencontrer
à Stockholm. Certes,
les autres motions sont plus raisonnables. Celle des majoritaires d'hier (Bracke-Thomas-Renaudel) n'oublie pas ou ne considère
pas comme négligeable « le double fait de la France attaquée et de la
Belgique violée ». Elle ne croit pas que la question des responsabilités soit
sans intérêt. Elle ne cache pas que celles de l'Allemagne et de l'Autriche
sont établies et que les socialistes allemands, en ne dénonçant pas le crime
de leur gouvernement agresseur, s'y sont associés. Elle est pour la paix du droit,
la paix Wilson, celle du mémorandum socialiste de Londres. C'est à
l'acceptation de ce dernier qu'elle subordonne l'admission des socialistes
allemands à une Conférence internationale. Tout cela est du socialisme, mais
du socialisme qui ne vit pas dans les nuages, du socialisme qui a le souci de
ne pas sacrifier, même involontairement, les démocraties libres aux
despotismes militaristes. A plus forte raison, et avec plus de fermeté, la
motion des Quarante demande les mêmes choses, mais en les appelant par leur
nom : liberté des peuples, c'est-à-dire restitution de l'Alsace-Lorraine, —
Société des nations, avec la garantie effective d'une « force internationale
». L'Humanité, celle dont M. Renaudel n'est plus le rédacteur en chef, ne
reproduit pas cette motion, même à titre de document. Est-ce parce qu'elle
est la plus franche de toutes ? Tout cela, c'est ce que pense le parti
officiel. Mais qu'est-ce que le parti officiel ? C'est ce qui paie sa
cotisation. Avant la guerre, il comptait 68.000 inscrits. Il y en a la moitié
aujourd'hui. Or, aux élections de 1914, les socialistes avaient recueilli 1
400 000 voix Croit-on que ce million et demi de socialistes plus ou moins
indépendants soit aveuglément à la remorque des quelques milliers de
militants dont les bruyants mandataires constituent les Congrès nationaux ?
Ce qu'on appelle le changement de majorité est dû peut-être à 15 000
adhérents. C'est ceux-là dont on s'occupe toujours, qu'on voit sur la scène
sans désemparer et qui se croient les maîtres de l'heure Le reste (21 contre 1), qui ne fait pas de la
politique une carrière, qui fait son devoir comme tout le monde, qui a le
même bon sens que tout le monde, on ne le compte pas, ou chacun le compte à
son actif sans autre forme de procès Ce sont eux pourtant qui font la vraie
force d'un parti, ces braves gens désintéressés qu'on oublie. 16 septembre 1918. Les
anciens majoritaires ne regagnèrent pas leur majorité, mais regagnèrent au
moins du terrain. Ils passèrent, en effet, de 1.739 à 2.816. Les partisans de
M. Longuet perdaient une centaine de voix, les kienthaliens en gagnaient 77.
En serait-il de même au Congrès général ? Les spécialistes se le demandaient
avec curiosité, le grand public, en revanche, paraissait s'en soucier fort
peu. UN CONGRÈS EN MARGE DE LA RÉALITÉ
M
Varenne constatait hier avec mélancolie que le Congrès socialiste
d'aujourd'hui n'intéresse guère le public. Rien de plus vrai. Le pays a
d'autres préoccupations que de savoir si M. Longuet sera décidément le grand
chef du parti ou si M Renaudel redeviendra directeur de l'Humanité. Au milieu
des grands événements actuels, le parti socialiste fait un peu l'effet d'une
académie des sports politiques Ses discussions de doctrine ont un air
antédiluvien et il faut un peu descendre de Karl Marx pour s'y attarder.
Quant aux querelles de personnes, elles ne grandissent pas le parti
socialiste, qui est aujourd'hui le seul à en donner le spectacle. Il y a là
quelque chose d'anachronique qui répond à un état d'esprit dont nous sommes —
au moins provisoirement — guéris. Les gesticulations d'une réunion publique
paraissent puériles à qui les regarde du dehors par la fenêtre. Certes,
il fut un temps, qui n'est pas loin, qui ne remonte même qu'à un an, où
l'action du parti socialiste ne se dépensait pas en vaines paroles Il jouait
son rôle dans le grand drame de la défense nationale, et on peut même dire
que ce rôle n'était pas ce que l'argot théâtral appelle « une panne » Les
socialistes avaient part aux responsabilités du pouvoir, et nul ne ménageait
les éloges aux services qu'ils se montraient capables de rendre. Si cette
situation a changé, c'est par la seule volonté des socialistes, car ils n'ont
été ni exclus ni écartés du pouvoir par d'autres que par eux-mêmes Le pays
n'a pas compris les motifs de leur attitude et s'est — plus facilement
peut-être qu'ils ne l'auraient désiré — résigné à ne pas les comprendre, La
tâche abandonnée par eux a été reprise et menée à bien par d'autres, et
l'opposition systématique où ils se sont confinés a achevé de détacher d'eux
les sympathies, voire l'attention, de la galerie. Tout cela est maintenant du
passé et les regrets ni les récriminations n'y peuvent rien changer. Les
historiens, ceux du moins qui cherchent à pénétrer les raisons profondes des
événements, se demanderont comment le parti socialiste, après avoir montré
durant trois ans une intelligence politique et nationale digne des
circonstances, a pu commettre la faute de faire bande à part au lieu de
garder son rang dans l'union sacrée. Voir dans cette abdication un simple
effet de la propagande défaitiste germanique serait une injustice. Il y a,
même chez les socialistes néo-majoritaires, beaucoup de braves gens qui ne
sont ni pour la paix à tout prix, ni pour « la paix sans victoire », — dont
il n'est jamais question que lorsque la victoire est de notre côté. Mais ils
ont « le pli du fer », c'est-à-dire qu'ils sont restés pliés à l'admiration
crédule de la social-démocratie d'outre-Rhin. Ils ne peuvent se passer de
recevoir la leçon des camarades de Berlin, ils ne peuvent vivre ni penser
sans recevoir le mot d'ordre des Scheidemann, même si ces derniers acceptent
de participer au gouvernement impérial, alors que les nôtres se font scrupule
de participer à des gouvernements démocratiques. C'est ce besoin de palabrer
avec les socialistes des empires centraux qui a faussé la vue des nôtres, et
qui les a jetés hors de la grande route nationale. L'affaire dite de Stockholm
a été la mine sur laquelle est venue échouer la barque socialiste. Les
kienthaliens ont « naufragé » sur cet engin de la propagande sous-marine
allemande, les minoritaires d'hier, devenus les majoritaires d'aujourd'hui,
et les majoritaires d'hier n'ont pas su à temps se dégager ou se repêcher.
Pour employer l'expression technique, ils « barbotent » depuis lors, sauf
l'équipe des Quarante qui a gagné la terre ferme. Cette
impuissance, cette mise hors de la réalité à laquelle s'est condamné le parti
socialiste est, écrivait hier M. Sembat, un malheur pour lui et pour tout le
monde. Nous voyons très bien que c'est un malheur pour lui, mais les
événements qui ont marché sans s'occuper de ceux qui ne marchaient pas avec
eux ont démontré que la collaboration socialiste, si désirable qu'elle pût
être, n'est ni la condition nécessaire, ni la condition suffisante du succès. 7 octobre 1918. Le
Congrès se réunit le jour même où les empires centraux adressaient au
président Wilson une formelle proposition de paix sur les bases de ses 14
articles. Les socialistes votèrent à l'unanimité un message au président
Wilson pour appuyer cette démarche, mais l'unanimité ne se retrouva pas sur
les questions portées à l'ordre du jour du Congrès. Après des discussions
violentes, la majorité resta acquise aux nouveaux majoritaires, mais une
majorité réduite. LE CONGRÈS DES BYZANTINS
Comment
un parti politique, qui compte autant que tout autre des hommes avisés,
peut-il, en temps de guerre, au milieu des événements les plus formidables de
l'histoire universelle, s'attarder à des querelles de ménage comme celles
dont le Congrès socialiste nous donne le spectacle ? Les socialistes auraient
tort de se plaindre de l'indifférence du public ; c'est ce qui peut leur
arriver de mieux, car le compte rendu de leurs discussions développe chez le
lecteur impartial un sentiment qui ne confine pas à l'admiration. Le parti
minoritaire, celui qui vient de l'emporter petitement, se montre incapable de
juger ce qui se passe autrement que du point de vue allemand. On pourrait
encore comprendre en théorie l'excès d'objectivité qui refuse de se placer au
point de vue français ; ce serait un effort qui aurait au moins la prétention
d'être dicté par le souci de la justice idéale et de la vérité intégrale.
Mais rien de tel n'apparaît dans le langage des kienthaliens et des
stockholmistes. Ce ne sont même plus des internationalistes, ce sont les
caudataires des nationalistes allemands. Ils ont toujours peur de
l'impérialisme des Alliés ; celui des Allemands, celui des agresseurs, celui
des comptempteurs de toute loi humaine et sociale, trouve toujours des excuses
à leurs yeux. Même ce qui, aux premières heures de la guerre, leur avait
arraché une réprobation ne les touche plus aujourd'hui. M. Renaudel rappelait
hier à M. Longuet les articles où il reconnaissait, en 1914, la nécessité de
défendre la France attaquée avec préméditation par le militarisme allemand.
Cette nécessité, M. Longuet ne la voit plus aujourd'hui. Ces articles, il en
écrit de tout contraires aujourd'hui. Ce qui est plus grave, c'est que des
hommes, qui ne sont même pas des minoritaires, et qui affectent de
représenter les idées moyennes du socialisme, comme M. Cachin, ne peuvent ou
n'osent pas, dans ce milieu où le sens des réalités est complètement faussé,
parler autrement que les énergumènes. M. Cachin est « inquiet » du
débarquement français à Beyrouth. Cette manifestation d'impérialisme le
préoccupe. Vraiment, il y a eu depuis quatre ans d'autres manifestations
impérialistes plus impressionnantes. Cette
incapacité de comprendre les choses les plus simples et d'en mesurer les
rapports choque le bon sens d'un peuple comme le nôtre. Nous assistons à un
double phénomène qui paraît contradictoire. Les idées socialistes gagnent du
terrain et le parti socialiste en perd. Le progrès des idées socialistes est
dû en partir à l'étatisme que les nécessités de la guerre ont fatalement
développé ; il est dû aussi à un généreux besoin de fraternité que l'épreuve
commune a largement propagé. Quant au discrédit du parti socialiste, il
s'explique surabondamment par son attitude de petite église figée dans de
vieilles formules et empêtrée de dogmes abstrus et démentis par l'expérience.
En France comme hors de France, les organisations ouvrières s'émancipent de
plus en plus de ce patronage suranné. Les travaillistes anglais et américains
ont montré l'exemple, les nôtres le suivent. La C. G. T. ne prend pas le mot
d'ordre chez les politiciens marxistes et son langage y gagne en franchise.
Voyez comme son manifeste ; de ce matin sonne plus clair que l'adresse des
congressistes au président Wilson. La C. G. T. demande qu'on regarde de près
et sans parti pris négatif les propositions de paix, mais elle rappelle les
conditions hors desquelles toute paix serait un leurre : réparation des
dommages, libération des populations actuellement soumises à la loi du plus
fort, précautions pour qu'une guerre nouvelle ne puisse être imposée aux
peuples pacifiques par les empires de proie. Elle se garde bien de dire,
comme l'affirmait le Congrès à la légère, que les offres de l'ennemi sont «
sérieuses », sans même avoir ni vérifié avant — ni rectifié après — les
déclarations du chancelier sur l'Alsace-Lorraine[1]. Comme tout cela est plus
simple et plus direct que les ergotages sempiternels sur le mémorandum de
Londres, celui de Stockholm, sur la valeur comparative de telle décision, sur
le degré d'orthodoxie de tel concile oublié ! 11 octobre 1918. Au vote définitif, la motion Longuet à laquelle s'étaient ralliés les kienthaliens, réunit 1.528 voix. Celle des anciens majoritaires en recueillit 1.212, celle des centristes (Cachin) n'en conserva que 181. Le dernier vote porta sur le choix du directeur du journal l'Humanité. M. Renaudel, le directeur sortant, fut battu avec 1.355 voix contre 1.510 qui se portèrent sur M. Cachin (centriste), les nouveaux majoritaires n'ayant pas osé assumer directement la responsabilité de l'organe officiel du parti. La nouvelle direction entra en fonctions le 15 novembre. |
[1]
Sur la foi de dépêches inexactes, le Congrès, dans son message au président
Wilson, avait cru que le chancelier envisageait « une entente commune pour
l'autonomie de l'Alsace-Lorraine », ce qui, aux yeux du congrès socialiste,
équivalait à reconnaître pour la première fois que « cette question était de
droit international. » En fait, le prince Max de Bade n'avait rien dit de pareil.
L'erreur fut reconnue le lendemain, mais le Congrès décida néanmoins, d'envoyer
son message tel quel. Le chancelier avait simplement déclaré que la question
d'Alsace-Lorraine serait résolue par le droit qu'elle aurait de revendiquer son
entrée dans l'empire comme Etat confédéré.