CHARLEMAGNE

 

CHAPITRE VI. — CHARLES ROI DES FRANKS ET DES LANGOBARDS.

774-777

 

 

SI la crainte et la servilité étaient la marque sûre de la soumission des peuples, on aurait pu croire, après la campagne de 772, que la Saxe était définitivement domptée. Les Franks avaient poussé jusqu’au cœur du pays sans rencontrer de résistance, après la prise d’Heresburg. Ils s’étaient arrêtés seulement devant une manifestation suppliante, au delà de laquelle il y aurait eu lâcheté à poursuivre une victoire qui n’était plus disputée. Il n’y avait pas même eu de capitulation à débattre. Mais ce n’était pas la vraie Saxe, la Saxe guerrière, qui s’était soumise et dont les délégués avaient traité avec Charlemagne. La solidarité politique, on l’a vu, manquait absolument à ces tribus sauvages. Nul pouvoir central n’y représentait les intérêts généraux et n’y personnifiait cette sorte de conscience morale d’un peuple, à laquelle incombent l’initiative et la responsabilité des conventions internationales. Les Saxons ne pouvaient contracter d’engagement collectif : comme peuple, ils n’avaient pas d’existence proprement dite. C’est ce qu’il importe de ne pas oublier pour bien comprendre la durée et les péripéties d’une guerre qui occupa dix-sept expéditions, dont chacune semblait devoir produire des résultats définitifs et se terminait, comme la première, faute de combattants et par l’entière désorganisation de la défense. Il serait difficile de dire, observe à ce sujet Éginhard, combien de fois, vaincus et demandant grâce, ils s’abandonnèrent aux volontés du roi, promirent d’obéir à ses ordres, livrèrent sans retard les otages qu’on leur demandait et reçurent les gouverneurs qui leur étaient envoyés. Quelquefois même, entièrement abattus et domptés, ils consentirent à quitter le culte des faux dieux et à se soumettre au joug de la religion chrétienne. Mais autant ils se montraient faciles et empressés à prendre ces engagements, autant ils étaient prompts à les violer ; si l’un leur coûtait plus que l’autre, il serait impossible de l’affirmer[1]. En dépit des apparences, le chroniqueur est injuste quand il taxe cette conduite de mobilité et de perfidie. Ceux qui demandaient là paix, d’ordinaire ne la violaient pas les premiers. On ne pouvait guère leur reprocher que d’être entraînés ensuite, ou seulement enveloppés dans le soulèvement général. C’était la partie sédentaire et forcément pacifique de la population, ceux qui ne pouvaient plus ou pas encore porter les armes : les vieillards, les enfants, les femmes. La portion virile de la tribu, la jeunesse, toujours organisée en bandes mobiles, après ses hardis coups de main sur les marches austrasiennes se repliait de halliers en halliers, guettant l’occasion d’une surprise, mais évitant toute rencontre sérieuse et fuyant ainsi, insaisissable, de la Westphalie dans l’Angrie, puis dans l’Ostphalie, puis chez les Danois. Elle ne se trouvait en présence des Franks que pour lutter et mourir. C’est après l’extermination ou la dispersion des vrais guerriers que les négociateurs arrivaient.

Les vaincus d’Heresburg, les fuyards qui n’avaient pu empêcher la profanation du sanctuaire de l’Irmensul, ne tardèrent pas à revenir des profondeurs des forêts ostphaliennes qui les avaient abrités, quand ils virent Charlemagne appelé et retenu au delà des Alpes. Malgré l’éloignement des armées ennemies, ils n’osèrent cette fois s’aventurer sur les terres frankes qu’en masses considérables. Remontant la vallée du Weser, ils se jetèrent sur la liesse et attaquèrent le lieu fortifié de Buriaburg, siége d’un évêché fondé par saint Boniface. La petite colonie chrétienne, sans défense, abandonna ses maisons au pillage et chercha un refuge dans l’église de Fritzlar. L’apôtre de la Germanie, en consacrant cette basilique, avant-poste de la prédication évangélique dans la région du Nord, avait prédit qu’elle ne pourrait être détruite par les flammes. Les païens essayèrent avec d’autant plus d’acharnement d’y mettre le feu : brûler le temple et les fidèles, et en même temps donner un démenti au prophète de la religion rivale, c’était pour eux double triomphe : Mais soudain on les voit s’arrêter, reculer comme frappés d’épouvante et s’enfuir enfin pêle-mêle jusque dans leur pays, sans que personne les poursuivît. L’inviolabilité du sanctuaire s’était manifestée à leurs yeux par un signe merveilleux. Plus frappés qu’ils n’avaient voulu se l’avouer et le paraître de la prédiction de saint Boniface, au moment de la mettre à l’épreuve, ils crurent voir deux jeunes gens vêtus de blanc, deux de ces anges d’un paradis inconnu, à qui la Walhalla n’avait pas de puissances à opposer, voltigeant autour de la basilique de Fritzlar et la protégeant contre l’incendie. Les victimes, ainsi miraculeusement sauvées d’un affreux supplice, trouvèrent, en sortant de leur asile, un des Saxons agenouillé sur le seuil, tenant à la main une torche avec des matières inflammables, et le cou tendu dans l’attitude d’un homme qui cherche, du souffle, à allumer des brandons. Ses membres étaient roidis par la mort. Un coup mystérieux, peut-être le simple effet de la peur, avait terrassé là ce profanateur comme un exemple de la justice divine[2].

Tel est l’événement qui avait déterminé Charlemagne à quitter en toute hâte l’Italie. Vers la fin d’août, il était sur le Rhin, à Ingelheim. L’insuccès des païens ne devait pas les sauver du châtiment. Quatre scares[3], détachées des troupes royales, furent lancées à la fois à la poursuite des bandes dévastatrices, et, dans une rapide expédition d’automne, fouillèrent au loin leurs repaires et revinrent chargées de butin.

L’hiver interrompit les hostilités, mais pour donner à Charles le temps et les moyens de mieux combiner ses opérations. Le Saxon converti qui, au IXe siècle, célébra en vers latins les exploits du grand exterminateur de sa race, dit qu’ayant fait l’expérience de la mauvaise foi de ce peuple, il avait dès lors résolu de ne plus lui laisser aucun repos, jusqu’à ce qu’il fût tout entier chrétien ou anéanti. — Que bénie soit, ajoute-t-il, la miséricordieuse bonté de Dieu, qui veut sauver tout le genre humain. Voyant qu’il n’y avait pas d’autre moyen d’adoucir ces natures sauvages et de courber leur tête dure sous le joug aimable du Christ, il dut leur choisir le docteur et l’initiateur religieux qu’il leur fallait : ce fut ce glorieux Charles, capable d’écraser par les armes ceux que le raisonnement ne pouvait dompter, et de les contraindre, bon gré, mal gré, à faire leur salut[4].

Rentré à Quierzy pour les fêtes de Noël, il en partit aussitôt après celles de Pâques, et courut tenir son champ de mai à Duren. Ses plans étaient arrêtés, ses troupes prêtes : l’entrée en campagne eut lieu immédiatement. C’est sur les Westphaliens, épargnés dans la guerre précédente, qu’il porta les premiers coups. Un des forts de leur frontière les plus voisins de la France et les plus gênants pour elle couronnait une hauteur, à l’embouchure de la Sieg dans le Rhin, et s’appelait, pour cette raison, Siegburg ou Siegenburg (fort de la Sieg). Toute l’armée franke se porte à l’attaque de cette citadelle et la prend d’assaut. Les Saxons avaient détruit eux-mêmes l’Heresburg après leur échec de 772 : Charles en relève, chemin faisant, les retranchements et y met garnison. Enfin la vraie conquête de la Saxe, l’occupation à la manière romaine, commençait. De là, reprenant l’itinéraire de sa première invasion, il pousse jusqu’au Weser. Toutes les forces ennemies s’étaient ralliées et massées en avant du fleuve, sur la hauteur de Brunesberg, pour défendre le passage. D’un choc irrésistible, les scares frankes les enfoncent et les culbutent dans le courant. L’armée victorieuse est alors divisée en deux corps, dont l’un reste en observation à Hildebeki, avec mission de surveiller les deux rives du fleuve, pendant que l’autre s’avance sous la conduite du roi, à travers des régions encore inexplorées, jusqu’à la rivière d’Obacrum (aujourd’hui l’Ocker, dans le pays de Brunswick).

La confédération ostphalienne avait en quelque sorte le pied du vainqueur sur la gorge avant d’avoir pu remuer. Une députation de ces Saxons orientaux, appelés aussi Osterlings, fut amenée au camp de Charles par un chef de tribu, Hassio. La peuplade se rendit à discrétion, fit tous les serments qu’on voulut et livra des otages comme garantie de sa fidélité. Se rabattant alors sur la Nord-liude (la nation du Nord), Charles reçut également la soumission des Angariens. Il rencontra, dans le gau de Bukki, leur chef Bruno, accompagné des principaux de la contrée, qui lui jurèrent à leur tour obéissance et lui remirent aussi leurs otages.

Mais les tribus westphaliennes, les plus voisines de la France et les plus accoutumées à la lutte, ne s’étaient pas encore résignées à la défaite. Leur tranquillité apparente n’était qu’un piége, oit peu à peu cependant les soldats du corps de réserve se laissèrent prendre. Le pays semblait plongé dans la stupeur, et nulle part ne se manifestait le moindre symptôme de révolte. Les Franks s’habituèrent donc à exercer une surveillance moins active. Un soir, un de leurs détachements était allé assez loin du camp faire les fourrages pour les chevaux. Au retour, des Westphaliens se mêlent à l’escorte du convoi. Ils se présentèrent, dit le poète saxon[5], leur compatriote, comme de bons camarades et fidèles alliés. Chacun des nouveaux venus se fait ainsi un ami de rencontre, auquel il s’attache et dont il capte la confiance par toutes sortes de prévenances et de paroles obligeantes. Bientôt on fraternise. Les Saxons veulent soulager leurs compagnons de route et prennent leur part des fardeaux ; toute la troupe rentre pêle-mêle au camp avec des charges de foin vert. De tout temps, la bonhomie germanique a trouvé des dupes en deçà du Rhin. Les soldats reçurent sans défiance sous leurs tentes ceux qui les avaient si complaisamment aidés. Peut-être leur avait-on souhaité la bienvenue dans un de ces copieux soupers en usage dans le pays. Toujours est-il que les Franks ne tardèrent pas à succomber à un pesant sommeil. Mais leurs hôtes ne s’endormirent pas ; ceux-ci étaient bien de vrais Saxons, de dignes fils de la tribu des poignardeurs. Leurs vêtements couvraient le sachs toujours bien affilé dont leurs ancêtres avaient tiré leur nom. Ils se jettent sur les dormeurs et en font une horrible boucherie. Ils étaient du reste en nombre, car les troupes tout entières du camp ne purent en avoir raison. Après une mêlée générale, il fallut parlementer, le couteau sous la gorge, et les traîtres réussirent à opérer leur retraite sans être inquiétés. Par bonheur, Charles revenait, à la suite de la conférence de Bukki, et était déjà proche. A cette nouvelle, il arrive, donne la chasse aux fuyards, les atteint, les écrase, les taille en pièces. Il ne fallut rien moins que cette rude leçon pour les réduire à désarmer. La confédération occidentale fit alors sa paix aux mêmes conditions que les deux autres, et son territoire resta occupé militairement, tandis que le gros de l’armée repassait le Rhin pour l’hivernage.

II

Rentré en Austrasie en plein mois de décembre, Charles n’eut pas le temps d’y séjourner. Il y reçut un message du pape, qui lui dénonçait l’explosion imminente d’une vaste conspiration langobarde. ...Votre Excellence bénie de Dieu doit se souvenir des informations que nous lui avons souvent transmises au sujet des perfides desseins tramés contre vous et contre nous par les ducs Hildebrand de Spolète, Arigis de Bénévent et Rothgaud de Frioul. Cependant vos ambassadeurs, notre très saint frère l’évêque Possessor et le religieux abbé Rabigaud, arrivant de Bénévent, nous ont supplié, de la part dudit Hildebrand, de lui accorder le pardon de sa faute ; ils nous ont déclaré que, si nous voulions leur remettre un sauf-conduit et des otages pour sa sûreté, il se présenterait en personne devant nous. En conséquence, nous avons dépêché à Spolète notre très fidèle sacellaire Étienne, pour s’aboucher avec lui ; nos otages devaient l’y rejoindre. Mais notre légat, en arrivant, le trouva plein d’arrogance, conférant avec des émissaires des ducs Arigis de Bénévent, Rothgaud de Frioul et Reginald de Clusium. Voici le pernicieux complot qu’ils organisaient. Au mois de mars prochain, ils doivent réunir leurs forces combinées à une armée grecque qu’amènera Adelgis, fils de Desiderius, et nous attaquer à la fois par terre et par mer. Ils méditent d’envahir notre cité de Rome, de dépouiller toutes les églises de Dieu, d’enlever le ciboire de saint Pierre, votre patron, et (ce qu’à Dieu ne plaise !) de nous traîner nous-même en captivité. Après quoi ils restaureraient la royauté langobarde et se débarrasseraient de votre souveraineté...

Hâtez-vous donc, très excellent fils, de venir à notre secours ; de vous dépend notre salut et celui de tous les Romains. Vous aurez à en rendre compte au tribunal de Dieu, parce que c’est à votre très douce sublimité que, par l’ordre de Dieu et de saint Pierre, nous avons confié la défense de cette sainte Église et de nos peuples de la république romaine. Ainsi, faites votre possible pour venir au tombeau du Prince des apôtres, afin que tous les adversaires de l’Église, les nôtres et les vôtres, soient foulés aux pieds de Votre Grandeur royale[6].

Depuis la chute de Pavie, les courriers du pape et ceux du roi n’avaient cessé de chevaucher entre Rome et le quartier de l’armée franke : du fond de la Saxe, Charlemagne avait pu saisir et suivre, dans la correspondance antérieure d’Adrien et par les rapports de ses émissaires, l’origine, le but et les éléments de cette coalition redoutable, à laquelle une année de répit avait suffi pour préparer une vaste levée de boucliers sur tous les points à la fois de l’ancien royaume, depuis les Alpes Carniques jusqu’aux frontières de la Calabre. Arigis en était l’âme ; la cour de Byzance, avec cet art consommé de l’intrigue qui lui eût, en mainte circonstance, assuré l’empire du monde, si la fixité du gouvernement et une solide organisation militaire avaient soutenu les combinaisons de sa diplomatie toujours en alerte, avait eu l’adresse de rattacher à l’entreprise de ce roitelet, non seulement l’esprit d’indépendance, moins national que séparatiste, de quelques ducs ralliés en apparence au régime de la conquête carolingienne, non seulement encore l’orgueil indiscipliné du métropolitain de Ravenne, avide de se créer, en opposition avec le chef de l’Église, une petite royauté théocratique dans l’exarchat, mais jusqu’aux prétentions légitimistes, si l’on peut ainsi parler, d’Adelgis, le successeur naturel de Desiderius. Ainsi, dans cette alliance d’ambitions distinctes et contradictoires, il n’y avait de commun que la haine du pape et des Franks, servie par des moyens d’action réellement inquiétants. La victoire des coalisés, rendue possible par leur entente sur le premier point du programme, ne serait devenue d’ailleurs complète, après l’expulsion des Franks et l’asservissement du saint-siège, que par une sorte de loterie sanglante, attribuant au plus fort d’entre eux l’enjeu indivisible qui était l’objet des convoitises de tous, à savoir la monarchie.

L’empire entendait, non pas servir les princes langobards, mais se servir d’eux pour troubler l’Italie : la domination qu’il rêvait d’y restaurer c’était la sienne propre, à l’exclusion de toute autre ; son objectif n’était pas Pavie, mais Ravenne et Rome. Rothgaud, duc de Frioul, travaillait, lui aussi, avant tout pour son propre compte. Il devait révéler trop tôt son plan et périr victime de cette présomption et de son manque de discipline. Son insurrection isolée montra qu’il avait simplement prétendu s’affranchir dans son duché, et l’ériger d’abord en principauté souveraine, sauf à en reculer ensuite les limites par voie d’annexion. Pareils étaient les projets des autres ducs, tels que Reginald de Clusium et Hildebrand de Spolète. Il était évident que ce dernier, qui avait déserté la cause du royaume unitaire pour se rattacher à la fédération romaine, ne penchait maintenant vers ceux qu’il avait trahis qu’afin d’user l’un par l’autre deux corps politiques où il craignait d’être absorbé, et d’élever sur leur affaiblissement commun l’autonomie de son gouvernement vassal. Ce qu’il semblait difficile à première vue de concilier, ce sont les aspirations monarchiques nécessairement rivales d’Arigis et d’Adelgis. Le duc de Bénévent, aussitôt après l’abdication forcée de son beau-père, s’était posé en roi, à la façon de ceux qui avaient précédemment régné à Pavie. Il datait ses actes du palais sacré des Langobards. Une année de possession l’avait déjà confirmé, du moins à ses propres yeux, clans cette situation princière, lorsque son beau-frère, fugitif de Vérone, aborda enfin à Constantinople après une traversée probablement très accidentée, car elle avait duré environ quatorze mois.

Léon le Khazar venait de succéder sur le trône impérial à son père Constantin Copronyme, mort le 14 septembre 775. Ce jeune prince, revêtu du titre d’auguste dès son enfance, avait été, huit ans auparavant, le prétendant dédaigné à la main de Gisèle, sœur de Charlemagne. Mais le souvenir de ce grief n’était pas nécessaire pour lui rendre odieuse la trop puissante dynastie carolingienne. Il accueillit donc avec le plus grand empressement l’exilé langobard. Il reconnut ses droits au gouvernement de l’Italie, même de la république romaine, en lui décernant, au nom de l’empire suzerain, les dignités de patrice et de roi[7], qui figuraient déjà dans les protocoles du défenseur de la papauté et du vainqueur de Pavie. Il mit à sa disposition cette éternelle flotte grecque, toujours prête depuis un demi-siècle à appareiller pour aller renverser la souveraineté pontificale, et que les rois langobards avaient si souvent attendue dans tous les ports de l’Adriatique sans jamais apercevoir ses voiles libératrices. Néanmoins on a vu, par la lettre d’Adrien, que ces frivoles promesses trouvaient encore des dupes dans la Péninsule. Adelgis berça ainsi ses alliés et lui-même, durant plusieurs mois, d’espérances aussi brillantes que chimériques, entouré des flatteries d’une cour vaniteuse et puérile, dont l’adoption ne devait avoir pour lui, en définitive, d’autre résultat que le changement de son nom barbare en celui de Théodote, plus harmonieux aux délicates oreilles des Byzantins[8].

Dans l’étrange anarchie des visées et des intérêts des conjurés, l’un d’eux offrait une situation toute particulière. C’était Léon, archevêque de Ravenne. Au rebours des ducs langobards, avec lesquels il n’en faisait pas moins cause commune, il repoussait aussi bien l’influence de l’empire que celle du saint-siège, et c’est, au contraire, de Charlemagne, arbitre de l’Italie, qu’il réclamait la consécration de sa prétendue juridiction temporelle sur l’exarchat et la Pentapole.

Lè caractère schismatique de la révolte de Léon attira tout d’abord l’attention du pape, et mit dans ses mains le fil conducteur qui peu à peu le fit pénétrer jusqu’aux plus profonds arcanes de la coalition. Dès la fin de l’année précédente, il écrivait à ce sujet au roi, alors occupé à la guerre de Saxe : Nous avons appris que Léon, archevêque de la cité de Ravenne, a poussé l’audace et l’arrogance jusqu’à dépêcher près de Votre bienveillante Excellence des affidés, avec mission de nous rendre suspect par leurs calomnies. C’est que, depuis votre départ de Pavie, il manifeste les projets d’une insubordination impertinente et tracassière vis-à-vis de saint Pierre et de nous. Il prétend retenir sous son autorité diverses cités de l’Émilie, savoir : Faënza, Forlimpopoli, Forli, Césène, Bobbio, Comacchio, tout le duché de Ferrare, ainsi qu’Imola et Bologne ; il dit que c’est à lui que Votre Excellence a fait la concession de ces cités et même de la Pentapole tout entière. Son émissaire, Théophylacte, parcourt la Pentapole pour accréditer cette opinion et pour détacher les habitants de notre obéissance ; mais ceux-ci ne veulent à aucun prix subir son joug ni renoncer au service du bienheureux Pierre et au nôtre ; ils n’en témoignent qu’une plus inébranlable fidélité à nos ordres apostoliques, comme ils le faisaient sous notre prédécesseur Étienne, à qui votre père, de pieuse mémoire, de concert avec Votre glorieuse Excellence, a donné l’exarchat, pour qu’il demeurât à perpétuité sous l’autorité de saint Pierre. Néanmoins l’impie archevêque s’est avisé d’installer des magistrats de son choix dans les cités de l’Émilie et d’en chasser les nôtres. C’est lui qui règle toute l’administration à Ravenne. L’Église romaine, votre sainte mère, est à ce point déchue que les pouvoirs que nous exercions pleinement et en toute franchise du temps des Langobards peuvent aujourd’hui, de votre temps à vous, nous être disputés par des pervers qui sont autant vos rivaux que les nôtres. Aussi nos ennemis ne nous ménagent pas les sarcasmes. A quoi vous a servi, disent-ils, la destruction des Langobards et le triomphe des Franks, puisque aucune des promesses n’est exécutée, et que même ce qui avait été donné à saint Pierre par le roi Pépin lui est maintenant arraché ?[9]...

Charles, comptant en finir plus tôt qu’il n’y réussit en effet avec l’insurrection saxonne, promit au pape de se rendre prochainement en pèlerinage au tombeau des saints apôtres, afin d’examiner par lui-même l’intrigue qui lui était signalée. Jusque-là, semble-t-il, rien n’avait encore transpiré du complot militaire des ducs. Néanmoins Adrien ressentait plus d’inquiétude qu’il n’en veut montrer dans sa correspondance. Il avait à faire à son patrice bien des révélations, ou trop graves ou encore trop mal étayées de preuves pour être exposées dans une lettre. Cette préoccupation perce dans la réponse que les messagers royaux, l’évêque Possessor et l’abbé Rabigaud, remportèrent sur-le-champ à leur maître : Nous avons tant besoin de vous voir, y disait le pape, que, si votre voyage à Rome devait éprouver quelque retard, nous ne résisterions pas au désir de partir au-devant de vous, jusqu’où nous pourrions vous rencontrer[10].

Si le souverain pontife eût voulu donner suite à ce projet, il eût dû courir jusqu’au delà du Weser ; car Charlemagne, comme on l’a vu, ne crut pas pouvoir quitter la Saxe avant la fin de la campagne. Il se contenta de renvoyer les mêmes députés ; mais cet échange perpétuel de correspondance entre le palais de Latran et le quartier royal ne laissait pas d’inquiéter la ligue langobarde. Elle se mit alors à organiser sous main sa contre-diplomatie. Arrivés à Pérouse, Possessor et Rabigaud, au lieu de continuer leur marche directement jusqu’à Rome, suivant leurs instructions, se laissèrent attirer, on ne sait sous quel prétexte, à Spolète. Adrien, informé de leur approche, leur avait préparé une réception superbe et leur avait envoyé des chevaux. Nous avons d’abord affaire avec Hildebrand, lui firent-ils dire ; aussitôt après nous nous rendrons auprès de vous. Mais de Spolète ils passèrent à Bénévent, sans même répondre à un nouvel appel du pape[11]. Nul douté qu’ils ne fussent dupes de bonne foi de quelque adroite machination des ducs, et qu’en outrepassant leur mandat ils ne crussent en réalité mieux servir les intérêts qui leur étaient confiés. Hildebrand, vassal du saint-siège, sentant sa trahison découverte, avait probablement voulu leur donner le change en feignant le repentir et en les priant eux-mêmes de ménager sa rentrée en grâce. Cette première négociation, demeurée très ténébreuse, dut être, en effet, le point de départ de la supercherie qui devait aboutir à l’affront fait, quelques mois plus tard, aux légats pontificaux, messagers de paix et de pardon, qui se virent introduits tout à coup par le duc de Spolète en plein conciliabule gréco-langobard pour y entendre les menaces et la déclaration de guerre des conjurés.

Toujours est-il que l’erreur des deux ambassadeurs ecclésiastiques créa au souverain pontife une situation fort équivoque. On put croire en Italie à un revirement de la politique carolingienne quand on vit les envoyés de Charlemagne négliger le saint-siège et s’aboucher avec ses ennemis. L’arrogance de ces derniers ne connut plus de bornes. Le métropolitain de Ravenne, dont jusque-là l’attitude vis-à-vis du parti national langobard n’est pas nettement dessinée, se joint alors ouvertement à la ligue, dissimulant tant bien que mal les divergences d’intérêts inhérentes à son rôle. Au mois d’octobre, un courrier passait à Ravenne, porteur d’une lettre du patriarche de Grado adressée au pape. Léon, avec l’absence de scrupule qu’il avait déjà montrée dans l’affaire de l’exécution sommaire d’Afiarta, fait dévaliser le courrier, saisit la dépêche, en copie le contenu et la réexpédie ensuite, avec ses cachets rompus, au destinataire. S’il a eu l’audace de violer ainsi le secret de notre correspondance, écrit Adrien en rendant compte de cet événement à Charlemagne, c’est uniquement, tout le monde le sait, au profit du duc de Bénévent, Arigis, et de nos autres adversaires communs[12]. Déjà la constitution de l’exarchat en principauté archiépiscopale indépendante était un fait accompli, et dans tout le ressort de sa prétendue juridiction Léon emprisonnait comme des espions ou des rebelles les magistrats pontificaux[13].

Adrien, de plus en plus enveloppé dans la vaste intrigue de l’archevêque et des ducs, voyait chaque jour grandir le péril sans pouvoir le conjurer. Il avait demandé, au défaut de la présence du roi, l’envoi à Rome d’une nouvelle ambassade pour effacer la mauvaise impression de celle de Possessor et de Rabigaud. Les mois de septembre, octobre et novembre s’écoulèrent dans une vaine attente. Charlemagne ne répondait plus à ses messages[14], que peut-être ses courses à travers la Saxe l’empêchaient de recevoir. Enfin la victoire de Hildebeki et la soumission des Westphaliens vinrent clore cette longue et rude campagne.

En même temps que Charles apprenait, par la dernière lettre du pape, le plan d’invasion gréco-langobarde arrêté pour le printemps, il fut tout à coup informé que le duc de Frioul, devançant le signal de la coalition, avait mis à profit l’éloignement du maître pour violer ses serments de fidélité à la royauté carolingienne, et qu’il venait de se proclamer souverain indépendant du Frioul et de la Marche trévisane.

Le. gouvernement que le vainqueur de Pavie avait confirmé l’année précédente au duc langobard Rothgaud était un des plus importants de l’Italie franke, puisqu’il comprenait une frontière par où les tribus slaves menaçaient de déborder sur la chrétienté. Il y avait un intérêt capital à ressaisir ce boulevard de la civilisation avant qu’aucune autre complication vînt diviser les forces nationales. Charles s’élance aussitôt vers les Alpes, à la tête d’un simple détachement de ses meilleures troupes, s’arrêtant seulement pour célébrer les fêtes de Noël à Schelestadt, en Alsace. Rothgaud, vaincu, et fait prisonnier, paya de sa tête son crime de haute trahison. Le duc Stabilinus, son beau-père, rallia les révoltés derrière les remparts de Trévise et y soutint un siége. Mais la population italienne préférait la domination des Franks à celle des Langobards. Un clerc, nommé Pierre, livra la place à Charlemagne, et reçut, comme prix de ce service, l’investiture de l’évêché de Verdun, dont le titulaire, Madelvée, venait de mourir[15]. A Pâques, l’insurrection était domptée, écrasée sur tous les points.

Charlemagne comprit le péril d’une autonomie trop complète laissée au royaume langobard. Sans enlever, par mesure générale, aux ducs de cette nation le titre qu’il leur avait confirmé l’année précédente, il brisa leur autorité effective en fractionnant leurs territoires. Les duchés, divisés dès lors, comme les provinces de la Gaule, en cantons ou gaus, placés sous la présidence des comtes franks, ne furent plus que des expressions géographiques, et les seuls fonctionnaires investis de pouvoirs réels, civils ou militaires, appartinrent à la race des vainqueurs. Cette grave réforme ne s’étendit pas néanmoins au delà du Garigliano[16]. Charlemagne fut encore une fois rappelé au Nord par une insurrection saxonne, sans avoir pu seulement aller à Rome. Mais le terrible châtiment de Rothgaud, quoique isolé, porta ses fruits. Ni Reginald de Clusium, ni Hildebrand de Spolète, ni même Arigis, échappé encore à toute obligation de vassalité, n’osèrent lever la tête, même après le départ du roi. Il fallut près de douze ans au parti national langobard pour reprendre conscience de lui-même et se hasarder à une nouvelle tentative de révolte. Quant à l’ambitieux métropolitain de Ravenne, sa cause, dont il était le seul partisan, ne devait pas lui survivre. Il mourut l’année suivante (777), et son successeur, Gratiosus, ne songea pas à poursuivre ses revendications schismatiques.

III

Ayant vu Charlemagne retenu loin de leurs frontières, par delà les Alpes, même pendant ces mois d’hiver que les armées d’alors consacraient au repos et aux préparatifs d’expéditions nouvelles, les bandes saxonnes s’étaient reformées dès le printemps de 776 et avaient cru l’occasion favorable pour débarrasser leur territoire des garnisons frankes cantonnées sur les marches westphaliennes. Sans souci des engagements pris au nom des trois confédérations par les négociateurs de la paix, sans souci du sort des chefs de famille livrés en otages au vainqueur, les guerriers sacrifièrent toute autre considération au désir de la vengeance : ce sentiment fut même assez puissant pour étouffer leurs rivalités intestines et dominer leur passion de l’indépendance. Ils se réunirent tous en une seule armée[17] et vinrent attaquer la citadelle d’Heresburg. Les Franks chargés de la défense de ce poste, effrayés sans doute de leur infériorité numérique, prêtèrent l’oreille aux propositions des assiégeants, qui leur promettaient, s’ils voulaient se rendre, de leur laisser regagner librement leur patrie. Ils capitulèrent, et la forteresse fut rasée[18].

Siegburg vit bientôt à son tour les masses barbares envelopper ses retranchements. La garnison reçut les mêmes offres de capitulation, mais refusa d’y entendre : les Saxons, peu habiles en ce genre de travaux, durent commencer les opérations d’un siége en forme. Heureusement leurs pierriers, disent les chroniques frankes, firent plus de mal à ceux qui les dirigeaient qu’aux défenseurs de la place ; mais le blocus n’en serait pas moins venu à bout en peu de temps des ressources de la défense, si un prodige semblable à celui qui avait sauvé de l’incendie l’église de Fritzlar n’eût secondé le courage des assiégés et récompensé leur constance héroïque. Un jour, dit l’annaliste de Saint-Bertin, que l’attaque se préparait menaçante et terrible, la puissante intervention de Dieu se manifesta soudain aux yeux des combattants du dedans et du dehors. Au-dessus de l’église du fort apparurent deux boucliers de feu aux reflets ensanglantés, qu’une main invisible agitait dans l’air comme pour repousser les projectiles des assaillants. Nombre de témoins de ce prodige, ajoute l’historien, survivent encore et pourraient en attester la réalité. La panique se mit dans les rangs des Saxons. Ils s’enfuirent dans le plus grand désordre, embarrassés par leur multitude même, et s’enferrant les uns les autres dans leurs lances. La garnison se jeta à leur poursuite et leur donna la chasse jusqu’aux bords de la Lippe[19].

Charlemagne, parti de la Lombardie au premier bruit du soulèvement saxon, était déjà arrivé à Worms. Il y a certes dans l’histoire militaire du héros un prodige d’un autre genre, vingt fois renouvelé, et non moins fait pour déconcerter l’ennemi que les apparitions merveilleuses dont on retrouve le récit à chaque page des chroniques contemporaines. Ce prodige, c’est la rapidité des marches exécutées avec tout un matériel de guerre, à une époque où les grandes voies de communication, négligées depuis la fin de l’occupation romaine, devaient être à peine praticables, où les relais n’existaient peut-être pas encore, où le service des étapes en était à ses premiers essais d’organisation. Malgré les règlements minutieux portés par le fils de Pépin, et que nous aurons lieu d’exposer ailleurs, sur les mille détails du logement, des approvisionnements et des convois militaires, on ne saurait comprendre comment cet homme infatigable, qui n’avait pu quitter avant la fin d’avril la frontière trévisane pour s’en aller distribuer dans les cités langobardes, jusqu’aux Abruzzes, des garnisons frankes et les différents magistrats dépositaires de son autorité souveraine, parvint à se trouver, au début de l’automne, en pleine Germanie. Le mallum national tenu à Worms au pied levé, si l’on peut dire, ne fut évidemment qu’une rapide revue des troupes. Celles-ci, suivant l’élan irrésistible de leur roi, se portèrent jusqu’aux sources de la Lippe, saccageant, ruinant tout sur leur passage, aussi bien les habitations particulières que les grossiers essais de retranchements élevés à la hâte et abandonnés par les fuyards. Au terme de cette course dévastatrice, Charles trouva comme toujours les anciens des tribus[20] implorant grâce, offrant le sol même de la patrie comme gage de leur soumission, et promettant d’accepter l’enseignement du christianisme.

Ces promesses de conversion n’étaient plus, comme au début de la guerre, un vain leurre. Un travail étonnant s’opérait alors dans ce sens au sein de cette race endurcie. Les abbayes de Fulda et de Herzfeld, fondations carolingiennes, avaient enfin réussi à exercer leur influence au delà des marches saxonnes. Grâce à ces foyers de propagande et de rayonnement évangélique, les farouches disciples de Woden s’étaient trouvés peu à peu enveloppés malgré eux d’une atmosphère chrétienne. La foi nouvelle avait trouvé même des apôtres parmi les Saxons, surtout parmi les adolescents, que Charlemagne emmenait en otage et dont il confiait l’éducation aux écoles monastiques de la Germanie. Rendus à la liberté, ces néophytes fervents devenaient à leur tour missionnaires au milieu de leurs parents et de leurs compatriotes. Comment le fanatisme païen aurait-il pu étouffer assez les sentiments de la nature pour fermer complètement les oreilles et les cœurs à cet apostolat fraternel ? Aussi les progrès en étaient-ils sensibles déjà quatre ans après la première invasion de Charlemagne. Une foule immense de Saxons, hommes, femmes et enfants, suffisamment instruits, reçurent le baptême sur-le-champ dans les eaux du fleuve, en présence de l’armée et de la main des prélats de la maison royale[21]. Cette émouvante cérémonie inaugurait une période nouvelle de la guerre : la conquête morale du pays était commencée.

Les défenses d’Heresburg furent relevées ; une autre citadelle fut bâtie près de la Lippe, et, dès avant Noël, Charles avait repris ses quartiers d’hiver dans sa résidence préférée d’Héristal.

Aux premiers jours de printemps, le vainqueur, heureux du résultat de la campagne précédente, reprit avec ardeur le travail d’assimilation de la Saxe à la France. Ayant célébré, chemin faisant, la fête de Pâques à Nimègue, il se rendit encore sur les bords de la Lippe, à Paderborn. C’est là qu’il convoqua son Champ de Mars, où, en signe des relations amicales qu’il s’agissait d’établir entre les deux nations, les représentants des tribus saxonnes furent admis avec les leudes franks. Les anciens et le peuple se remirent en telle sorte à la puissance du roi, qu’ils consentirent à perdre leur liberté individuelle et leur patrie, si jamais ils violaient leurs serments[22]. Une multitude de catéchumènes plus ou moins sincères demandèrent encore et obtinrent le baptême. Il semblait, à voir cet empressement, que l’œuvre de l’épée fût terminée.

Mais il manquait un témoin à cette scène et un adhérent dans cette foule d’Edelings convertis, qui se déclaraient touchés et éclairés par la grâce d’en haut. Cet absent était justement le chef audacieux des bandes westphaliennes, qui avait provoqué la dernière insurrection et rallié à lui les contingents de toutes les tribus. Instigateur le plus obstiné des résistances nationales au christianisme et à la domination franke, il s’était senti, dit la chronique, chargé de trop de forfaits[23], il avait aussi sans doute gardé au cœur trop de haine et de trop ardents désirs de vengeance, pour apporter à Charlemagne l’hommage trompeur et d’ailleurs probablement inutile de sa soumission. Suivi de ses plus hardis compagnons, il avait été chercher un refuge et préparer sa revanche au pays des Danois, auprès de Siegfried, duc de la confédération dite des Hommes du Nord (les Normands). Le farouche exilé qui s’était ainsi dérobé au joug de la miséricorde ou de la justice du conquérant, qui n’avait ni prêté ni reconnu aucun serment contraire à la vieille foi religieuse et à l’indépendance de la Saxe, s’appelait dans l’idiome national l’Enfant blanc, Witikind. Nouvel Arminius, personnification lui aussi des intérêts comme des passions du vieux germanisme aux abois, il devait trouver dans l’âpreté de ses sentiments sauvages une sorte de génie militaire, une tactique assez savante pour arrêter le progrès des influences romaines. Il lui était réservé, et à lui seul, de balancer la fortune de Charlemagne. Quant à celui-ci, il était bien venu à bout du patriotisme de tout un peuple, mais il lui restait à faire davantage encore : il allait maintenant se trouver aux prises avec un rival digne de lui ; la lutte sérieuse ne faisait que commencer.

 

 

 



[1] Eginh., Vita Karoli Magni, cap. VII.

[2] Annales Franc., ann. 774, ap. D. Bouquet, t. V, p. 38.

[3] Scara, troupe, d’où escadron.

[4] Poet. Saxon., de Gentis Caroli Magni, ap. D. Bouquet, t. V, p. 139.

[5] Poet. Saxon., de Gestis Caroli Magni, ap. D. Bouquet, t. V, p. 139.

[6] Adrian. I, papœ, Epist., ap. D. Bouquet, t. V, p. 548.

[7] Lebeau, Hist. du Bas-Empire, liv. LXIV.

[8] Lebeau, Hist. du Bas-Empire, liv. LXIV.

[9] Adrian. I, papœ, Epist., ap. D. Bouquet, t. V, p. 545.

[10] Adrian. I, papœ, Epist., ap. D. Bouquet, t. V, p. 546.

[11] Adrian. I, papœ, Epist., ap. D. Bouquet, t. V, p. 547.

[12] Adrian. I, papœ, Epist., ap. D. Bouquet, t. V, p. 552.

[13] Adrian. I, papœ, Epist., ap. D. Bouquet, t. V, p. 554.

[14] Adrian. I, papœ, Epist., ap. D. Bouquet, t. V, p. 554.

[15] Annal. Franc., ap. D. Bouquet, t. V, p. 39 et 342.

[16] H. Leo, Geschichte von Italien, liv. III, ch. I.

[17] In unum conglobati. Annal. Mettens., ann. 776, ap. D. Bouquet, t. V, p. 342.

[18] Annal. Mettens., ann. 776, ap. D. Bouquet, t. V, p. 342.

[19] Annal. Bertin., ann. 776. Les annales de Saint-Bertin et de Metz rapportent ce prodige au siége d’Heresburg ; mais c’est par erreur, car il est certain que cette citadelle fut prise par les Saxons et rasée.

[20] Senatus.

[21] Poet. Saxon., de Gest. Caroli Magni, ap. D. Bouquet, t. V.

[22] Annal. Mettens., ann. 777, ap. D. Bouquet, t. V, p. 343.

[23] Eginh., Annal., ann. 777.