LE RÉGIME FÉODAL EN BOURGOGNE JUSQU’EN 1360

LIVRE DEUXIÈME. — LES TROIS COUCHES DE LA SOCIÉTÉ

SECTION III. —  COUCHE DE LA PÉRIODE MONARCHIQUE

 

CHAPITRE VII. — LES OFFICIERS DU DUC.

 

 

§ 1. Origine.

Le gros de cette armée se compose des officiers du duc, qui tiennent de lui un emploi dans sa maison ou sur ses domaines.

Leur origine est obscure. Les rôles de dépenses et les quittances de gages qui font si bien connaître les agents du XIVe siècle manquent pour la période précédente. Les testaments des ducs et les legs en faveur de leurs gens ne sont une source de renseignements que pour la fin du XIIIe siècle. Pour les deux premiers siècles il faut chercher les officiers un à un dans les chartes des ducs[1], parmi les témoins qui ont signé ou les personnages mentionnés dans l’acte.

Sous les trois premiers ducs on ne voit paraître qu’un chancelier, un sénéchal, un connétable[2], deux maréchaux et des écuyers[3]. Le sénéchal[4] est le lieutenant du duc, chef de sa maison et de son armée. Le connétable est préposé aux écuries, avec les maréchaux sous ses ordres. Les écuyers sont proprement les valets d’armes des chevaliers. Le chancelier est un clerc qui a soin de toutes les écritures. C’est le train d’une maison toute militaire. Ni la chambre du duc, ni la comptabilité, ni les approvisionnements ne forment un service distinct. La maison du duc est plus simple que celle d’un évêque allemand, elle n’a pas même les quatre officiers de toute cour organisée.

Avec le 4e duc apparaît un conseil de personnages que la charte appelle familiares ducis. Ils figurent au nombre de 13 dans un procès jugé par la cour du duc[5] en 1104 ; quelques-uns sont des officiers, les autres des nobles ses vassaux ; et l’institution paraît récente, car dans les actes précédents[6] les mêmes cosignataires sont qualifiés seulement de féaux ou de nobles[7].

C’est seulement sous le 6e duc, en 1170, qu’on trouve le nom de chambellan et sous le 8e, en 1218, le nom de bouteiller. L’un a le service de la personne et de la chambre, l’autre le service de la bouche. Ainsi, la division en quatre services n’est complète en Bourgogne qu’au XIIIe siècle.

C’est plus tard encore qu’apparaissent le confesseur[8], le panetier, les médecins, le veneur, les fauconniers, les huissiers, les valets de chambre dans l’entourage du duc ; les baillis[9], châtelains, capitaines, gruyers et receveurs sur ses domaines.

Peu de grandes maisons dans l’Europe occidentale se sont formées si tard.

 

§ II. Caractères.

Au XIVe siècle pourtant, même avant l’arrivée des princes de Valois, tous les officiers indispensables de la cour et du domaine sont créés et les devoirs des officiers réglés. De ces agents, les uns suivent le duc, ils sont attachés au service de sa personne ou l’assistent dans son gouvernement ; on les appellera plus tard commensaux-, les autres résident dans la province, ils sont ses lieutenants et ses intendants. Delà première sorte sont les grands officiers et leurs subalternes, le chancelier et ses scribes, les conseillers et les receveurs[10] ; de la seconde les baillis, les châtelains, prévôts et gruyers[11].

1° Dans l'entourage. Les grands officiers. —Des 4 grands officiers, 3 (connétable, chambellan, bouteiller) ont conservé leur emploi. La charge du sénéchal a disparu ; une nouvelle apparaît, celle du maître d’hôtel[12], intendant de la maison. Un service spécial de veneurs et fauconniers est organisé pour la chasse. Les domestiques aux ordres des grands officiers et chefs de service, écuyers, valets d’écurie et de chambre, huissiers, messagers, cuisiniers, sont en nombre variable[13].

Chancelier et clercs. — Le chancelier est chargé de rédiger et d’expédier tous les actes ; il est le garde des sceaux du duc[14], le chef des clercs de la cour et le supérieur des tabellions du duc[15] qui dans les principales villes reçoivent les actes des particuliers.

Conseillers. — Les conseillers sont les aides du duc pour le gouvernement. Ils exercent tous les pouvoirs que le duc n’a pas le loisir ou la capacité d’exercer lui- même. Ils préparent ses ordonnances et ses chartes, rendent justice sur les procès portés à sa cour ; reçoivent les comptes de ses intendants, et lui servent d’assistants dans les cérémonies officielles. Ils font office de parlement, de cour des comptes, de conseil d’Etat. Ni la procédure ni la composition de ce conseil ne sont fixées. « Il est certain, dit un auteur qui a beaucoup étudié les archives de la cour des comptes[16], que les ducs de la première race avaient des conseils, mais on ignore les noms de ceux qui les composaient et le lieu où ils se tenaient[17]. » Tous sont des délégués du duc ; aucun ne siège par droit de naissance. Ceux qui sont commis pour vérifier les comptes prennent le nom d'auditeurs des comptes et forment une commission[18] de 3, 4 ou 5 membres[19] qui agit tantôt seule, tantôt en présence du duc ou du chancelier.

Receveurs. — Les receveurs sont des officiers de finances, chargés de centraliser les revenus du duc. Le principal est le receveur général. Le roi Jean, gardien du duché, dans une lettre adressée à cet agent[20], ordonne à tous les receveurs particuliers, baillis, prévôts, châtelains et autres officiers qui s’entremettent de recevoir deniers en tout le pays de Bourgogne. » — « Que tous les deniers, blés, avoines et autres choses appartenant à leurs receptes qu’ils recevront, ils ne baillent que à vous. »

2° Dans la province. — Tous ces officiers forment la maison du duc et leur charge s’étend surtout le duché. Les autres font résidence dans un district et n’exercent leur emploi que dans ses limites.

Baillis. — Les principaux sont les baillis. Il y en a, en 1360, cinq pour tout le duché[21], et le nombre ne variera plus guère. Chacun d’eux, dans son baillage, exerce tous les pouvoirs du duc[22] soit comme suzerain, soit comme souverain ; il fait donner les dénombrements de fief, réunit les féaux qui doivent le service, tient les assises féodales, juge et reçoit les amendes. Il réunit les milices des communes, lève les impôts des principales, juge les causes réservées au duc. Les sergents placés sous lui ajournent devant son tribunal, portent ses ordres, font les saisies et les arrestations.

Châtelains. — Le châtelain administre la châtellenie qui lui est confiée. Il lève les redevances, fait rendre les services et rentrer les droits de banalité, prononce et lève les amendes sur les vilains. Il veille sur les bâtiments du château, fait cultiver les terres, paie les gages des employés.

Prévôts. — Le prévôt remplit un office analogue dans une prévôté[23].

Gruyers. — Les gruyers[24] ont l’administration des forêts, la coupe, la vente et la surveillance des bois, souvent aussi la garde des rivières et des étangs[25].

Capitaines. — Enfin, depuis que le duc soutient des guerres longues, il a des capitaines d’hommes d’armes[26] pour commander ses mercenaires, et des capitaines de places[27] pour défendre ses principaux châteaux.

Tels sont les serviteurs du duc au XIVe siècle. S’ils diffèrent par leurs fonctions, ils ont tous même origine, la faveur du maître ; et, par suite, bien des caractères communs.

Caractères communs. — 1° Agents personnels choisis arbitrairement. — Tous sont des agents purement personnels du duc, non des fonctionnaires. Les pièces de comptabilité, seuls documents qui restent de cette cour, se taisent sur la manière dont les emplois sont donnés. Mais on en voit assez pour dire qu’aucune règle n’est suivie. Les nominations ne sont ni préparées ni contrôlées par un conseil ou un chef de service ; il n’y a ni avancement régulier ni hiérarchie. Le duc choisit qui bon lui semble. Aucune règle ne s’impose à lui. Il prend ses hommes où il l’entend. La plupart sont des nobles, parce qu’étant noble lui-même, il a toute raison de les préférer, et qu’il les voit de plus près. Seuls ils sont aptes à certaines charges : il serait malséant qu’un bailli, un grand officier ou un capitaine commandât à des seigneurs sans être noble lui- même. Ce sont des convenances que nul ne songerait à transgresser. Pour tous les autres emplois, les noms mêmes conservés dans les registres montrent que le duc ne se fait aucun scrupule de les remplir de bourgeois. Tous les prévôts, beaucoup de châtelains et de gruyers, plusieurs receveurs sont roturiers. Jusque dans le conseil[28] on trouve à côté des grands seigneurs[29], des hommes de la bourgeoisie. Leur condition d’origine importe peu : du moment que le duc les a choisis, ils sont ses gens. Il ne s’est pas encore avisé de les anoblir, mais ils n’en ont pas besoin. Souvent l’emploi semble regardé comme un don, destiné à récompenser des services rendus. Le dernier duc dispose par son testament de plusieurs offices de châtelain[30] et les donne à vie, à titre de legs. C’est qu’il n’y a point ici de fonctionnaires d’un gouvernement : le maître ne doit de comptes à personne sur le choix de ses serviteurs.

2° Révocables à volonté. — Par contre, le serviteur n’a aucune garantie. Si le duc choisit arbitrairement ses officiers, il les révoque de même comme des domestiques. Sauf deux grands officiers[31], nul ne sert le duc par droit de naissance ; nul ne peut rester en charge que sous son bon plaisir[32].

3° Salariés. — Aucun ne remplit son office comme un devoir public. Tous sont domestiques et, comme tels, salariés. Les gages varient et il n’est pas d’un grand intérêt de les déterminer. Ils consistent partie en argent, partie en denrées, surtout en grains.

4° Sans poste fixe. — De telles habitudes ne pouvaient former un corps régulier ; rien ne ressemble moins à des bureaux ou à un personnel. Beaucoup n’ont pas de résidence fixe, ils suivent le duc et le duc est d’ordinaire en tournée dans son duché ou en expédition au dehors. Ceux même qui doivent se tenir à un poste, baillis, châtelains et prévôts, viennent chaque année comparaître en personne devant le maître ou ses délégués pour rendre leurs comptes ; parfois ils sont retenus-auprès de lui, de sa femme, de quelque officier de sa maison, ou vont en mission pour son compte ; et chaque fois ils laissent leur poste vacant.

5° Sans attributions précises. — Même incertitude dans le partage des fonctions. Seuls les offices de cour sont nettement réglés. Pour tous les autres agents, les attributions sont indiquées vaguement dans les lettres de leur office ; on s’en remet à l’usage par la formule : « Et généralement lui donnons pouvoir défaire tout ce qui appartient à son office. » Que servirait de définir davantage ? En cas de doute, le maître est là pour préciser ce qu’il entend faire faire à chacun. De là un laisser-aller que nos habitudes de gouvernement mécanique nous rendent difficile de nous représenter. Chaque agent connaît en gros ses devoirs comme un domestique dans une grande maison ; les conseillers et le chancelier sont les assesseurs du prince, les baillis ses lieutenants, les châtelains et gruyers ses intendants, les prévôts ses fermiers. Il leur suffit de savoir aux uns qu’ils doivent aider le duc pour tout ce qu’il ne peut ou ne veut pas faire seul, aux autres qu’ils doivent faire pour son compte tout ce qu’il ferait s’il était présent, aux autres qu’ils ont à administrer ses revenus pour son plus grand profit. Les conflits de pouvoirs et les luttes d’officiers sont incessants dans cette société, mais ils se produisent entre serviteurs de différents maîtres, entre les gens du duc et ceux du roi, entre les gens du duc et ceux des évêques ou des seigneurs, et ces conflits, nul ne tient à les éviter. Le premier devoir de l’officier est de maintenir les droits[33] de son seigneur contre tous. On ne lui sait pas mauvais gré d’empiéter sur les droits d’un autre seigneur. Quant aux serviteurs du même maître, ils sont encore trop disséminés pour avoir des motifs d’entrer en lutte, trop dépendants pour oser déplaire au duc par des conflits, trop faibles pour ne pas se soutenir l’un l’autre.

6° Sans partage de service. — Aussi la division des pouvoirs est-elle inconnue. Les conseillers agissent à la fois comme cour de justice et de finances, et, comme conseil d’Etat, ils préparent les actes exécutifs, rendent les arrêts et rédigent les édits. Les baillis sont à la fois officiers de guerre, d’administration, de justice et de finances. Et si les châtelains n’ont pas de pouvoirs militaires parce qu’ils ne gouvernent que des vilains, du moins unissent-ils les fonctions de juge, d’administrateur et d’agent comptable. Leurs pouvoirs à tous sont limités par l’étendue de leur ressort plus que par la nature de leurs fonctions. Dans le district confié à leur « gouvernement[34] », ils exercent tous les droits de leur maître et on a vu combien ces droits sont complexes.

7° Sans hiérarchie. — Par suite toute séparation en services serait illusoire et toute hiérarchie impossible. Le duc, en héritant du pouvoir de l’Empereur, n’a point recueilli la tradition des bureaux et des départements ; les mœurs sont trop grossières et les hommes trop naïfs pour cette ordonnance mécanique. On laisse chaque agent administrer à son gré sous sa responsabilité. On n’établit sur sa tête ni inspecteurs ni chefs de service. Le seul contrôle est celui auquel on soumet les intendants dans toute maison bien tenue : lorsqu’il manie de l’argent, on lui en fait rendre compte. Encore l’opération n’a-t-elle pas lieu mécaniquement dans des bureaux ; elle se fait dans la maison du duc, souvent sous ses yeux, par des hommes de confiance. L’agent comparaît en personne devant le maître en personne ou devant ses délégués directs. Dans un gouvernement hiérarchique, chaque employé n’est que le rouage d’une machine, et si tous les inférieurs communiquent avec le centre, ce n’est que par l’intermédiaire d’autres ressorts. Ceux-ci relèvent directement du prince qui les délègue. Non seulement les grands officiers, les gens du conseil et les baillis, mais les simples châtelains et prévôts sont les créatures personnelles du duc. Conseillers, lieutenants, fermiers, tous sont des hommes de confiance.

 

§ III. Rôle des officiers.

Leur rôle à tous est le même. Ils servent le prince qui les emploie. Et non seulement ceux qui sont attachés à sa personne pour ses besoins ou ses plaisirs, grands officiers, maître d’hôtel, veneur et leur suite ; ceux-là même qui semblent administrer l’Etat ne font que servir un maître. Leur titre même l'indique : ils sont conseillers, garde des sceaux, baillis, châtelains non du duché mais du duc. Or, dans cette société qui a perdu le sens de l’Etat, tous les droits du duc soit sur les féaux, soit sur les vilains de ses terres, soit sur les gens de commune, sont des droits personnels. Il devrait les exercer en personne. S’il ne peut le faire, faute d’être omniprésent, ses délégués agissent à sa place et comme lui-même. Sans le savoir il imite l’empereur romain du Haut-Empire[35] ; la même situation a ramené le même régime. Investi, comme l’Empereur, d’un pouvoir tout personnel[36], il le délègue à des conseillers, des lieutenants et des intendants[37].

Sous des titres divers leur rôle est d’exercer tous les droits du maître, domaniaux, féodaux ou souverains. Ils sont les serviteurs du prince, non de l’État.

Ils deviennent plus nombreux à mesure que le domaine du maître s’accroît et que sa maison devient plus fastueuse ; plus puissants à mesure que son pouvoir grandit. Ils n’étaient d’abord que la suite d’un homme d’armes. Au XIVe siècle ils sont déjà la cour et la domesticité d’un prince. Toutefois, en 1360, au terme où s’arrête cette étude, ils sont loin encore de former une administration. Il leur manque le recrutement régulier, les attributions définies, le service séparé, il leur manque surtout le caractère d’agents publics. Ils ont beau former autour du duc une masse compacte et se faire craindre dans tout le duché, ils ne sont encore que les domestiques d’un très grand seigneur.

 

 

 



[1] V. Dom Plancher, t. II, Des officiers des ducs de la 1re race.

[2] S. Hugonis dapiferi. — S. Walterii comestabuli (1101. Duchesne, Ducs, Preuv. 29.

[3] Plancher, Pr. I, 46.

[4] L’office est inféodé de bonne heure dans la puissante maison de Vergy. V. Duchesne, Maison de Vergy.

[5] Gallia Christiana, c. 236.

[6] Plancher, Pr. I, 46, 47.

[7] Il se peut toutefois que ce nom de familiares ne soit qu’une expression littéraire ; l’acte de 1104 est rédigé pour un couvent et d’une autre main que les actes de la chancellerie ducale.

[8] Le chapelain apparaît dès le début du XIIe siècle.

[9] Le premier bailli en titre paraît à Chalon, en 1244. Le mot ballivus, qui se trouve pour la première fois en Bourgogne dans la charte de Nuits de 1212 (Garnier, Communes, I, 316), est pris ici dans le sens général d’agent et se rapporte au prévôt.

[10] Les offices de gouverneur du duché et de lieutenant du duc, mentionnés par dom Plancher, n’ont été créés que dans un cas particulier.

[11] Tous ces officiers figurent dans les comptes des ducs ; les fonctions de quelques-uns sont définies dans un manuel manuscrit du XVe siècle cité par Delamarre. (Mémoires.)

[12] C’est le titre que lui donne dom Plancher. Dans les comptes, il est appelé dépensier de l'ostel. Arch. B., 1388.

[13] Un compte donne les chiffres suivants : « Pour la cuisine, 10 ; pour la paneterie, 3 ; pour la bouteillerie, 2 ; pour l’escuerie, 25 ; pour la chambre, 5 ; pour la porte, 3 ; pour la messaigerie, 7. » Arch. B., 316. Mais on ne peut savoir si ces chiffres sont complets.

[14] Le chancelier jure « que bien et loyaument, il conseillera le prince, qu’il maintiendra droiture, qu’il fera bonne garde des sceaux dudit duché. » Manuel cité par Delamarre.

[15] Voir Simonnet, Les tabellions. (Dans les Mémoires de l’Académie de Dijon, 1865.)

[16] Delamarre, Mémoires sur l'histoire de Bourgogne.

[17] Chérest (L'archiprêtre Arnaud de Cervoles, p. 104-106) dit que « l’assertion n’est pas tout à fait exacte, » mais il n’indique ni le lieu, ni la procédure des séances et il convient que le nombre des conseillers variait.

[18] « Le nombre n’était point fixé, les ducs en nommaient autant qu’ils le souhaitaient, et ces officiers n'étaient que par commission. » Delamarre.

[19] En 1336, le duc en commet 5, dont le chancelier ; en 1349, 6 ; en 1353, 8. V. Arch. B., 1388 et suiv.

[20] Arch. B., 1384.

[21] Dijon, Autun, Chalon, Auxois-en-Montagne. (Chérest, L'archiprêtre, p. 104.) On les trouve dans tous les comptes.

[22] Le bailli jure de « bien et loyaument gouverner le bailliage à lui commis, de garder le droit du prince et de son héritage en tout et partout, envers et contre tous, de garder juridiction selon ce que raison veut... et qu’il aura sa mansion en son bailliage et qu’il tiendra ses assises souvent pour expédier les procès. » Manuel cité par Delamarre, 295 et suiv.

[23] Sur les Fonctions de châtelain et de prévôt, voir livre III, ch. 1 et 6.

[24] On trouve dans un compte la mention « li gaiges des forestiers et des maignies. »

[25] On voit aussi un « gouverneur des estangs et des eaux de la duchié de Bourgogne... » (Arch. B., 1388 et suiv.) Et dans plusieurs domaines se trouve un « gouverneur du clos », chargé des vigiles et des vendanges.

[26] Leurs quittances de gages commencent avec le XIVe siècle.

[27] Leurs gages figurent dans les Comptes de châtelains.

[28] « Dans les conseils ducaux, la bourgeoisie commençait à prendre sa place. » (Chérest, L'archiprêtre, p. 106.) Il indique entre autres Hugues Aubriot et deux fils de juifs, Guy Rabbi et Phelise. On en pourrait citer d’autres.

[29] Ainsi la commission des comptes, en 1336, est composée du chancelier Jean Aubriot, archidiacre, de trois seigneurs et de maître Anselme Peaudoye, dont le nom se retrouve, pendant de longues années, parmi les auditeurs des comptes et les témoins des cérémonies d’hommage.

[30] « Laissons à Guindot, notre sergent d’armes, 100 florins pour une fois et l’office de notre chastellenie d’Avalon à sa vie à tous les gaiges accoutumés... Ordonnons que messire Thiébaut de Rie, à présent nostre châtelain de Bracon, soit et demeure en icelui office durant sa vie aux gaiges accoutumés. » Plancher, Pr. II, 304.

[31] Le connétable et le bouteiller tiennent leur office en fief.

[32] Cette condition est nettement marquée dans les lettres d’office. En voici un exemple : « Savoir faisons que, nous confiant pleinement dou sens, de la loyauté et diligence de Domange de Vitel, avons icelui fait, ordené et establi... par ces présentes général receveur et grenetier pour nous oudit duchié aux gaiges et émolumens accoustumés, tant que il nous plaira, en ostant et rappelant tous autres qui paravant y estoient institués. » (1361.) (Arch. B., 1384.) L’agent est ici un homme de confiance au service personnel du maître et révocable à volonté.

[33] Il est indiqué par les formules de serment. Le bailli jure de « garder le droit du prince et de son héritage, envers et contre tous, » les prévôts et fermiers « de garder le droit du prince. » (Manuel cité par Delamarre.)

[34] Gouvernement, dans la langue du moyen-âge, signifie seulement emploi. Il s’applique aussi bien aux prévôts, aux gruyers, même aux jardiniers, qu’aux capitaines et aux baillis. Le surveillant d’un vignoble s’appelle « gouverneur du dos », le maître des eaux, « gouverneur des étangs. »

[35] La différence du Bas-Empire consiste précisément dans la séparation des services et la hiérarchie des fonctionnaires.

[36] L’origine en est différente, l’empereur la tient d’une délégation du populus, le duc de sa dignité et de sa propriété héréditaires ; mais, chez tous deux, il a le même caractère ; il n’est astreint à aucun contrôle.

[37] Dans le système impérial, amici ou comites Augusti (quelquefois concilium principis), legati Augusti, procuratores Augusti. Dans le système ducal, conseillers du duc, baillis du duc (fondés de pouvoir), châtelains du duc (intendants de château).