HISTOIRE GÉNÉRALE DU MOYEN ÂGE

CINQUIÈME PÉRIODE. — DEPUIS L'EXALTATION DE BONIFACE VIII JUSQU'À LA PRISE DE CONSTANTINOPLE (1294-1453)

 

CHAPITRE LXX. — FRANCE ET ANGLETERRE. - RIVALITÉ DES DEUX COURONNES. - FIN DE LA GUERRE DE CENT ANS. - EXPULSION DES ANGLAIS. - CHARLES VII. - HENRI VI (1422-1453).

 

 

L'esprit national s'éveille en France. — Charles VII se retire au-delà de la Loire. Journées de Crevant et de Verneuil. — Les Anglais entreprennent de forcer la barrière de la Loire. — Journée des Harengs. — Siège d'Orléans. — Apparition de Jeanne d'Arc. — Défaites successives des Anglais. — Charles VII est sacré à Reims. — Jeanne d'Arc tombe au pouvoir de ses ennemis qui la brûlent comme sorcière. — Succès de l'armée française. — Bedfort fait couronner Henri VI à Paris. — Le duc de Bourgogne traite avec Charles VII. — Mort du duc de Bedfort. — Entrée solennelle de Charles VII à Paris. — Guerre de la Praguerie. — Trêve de Tours. — Combat de Formigny. — Bataille de Castillon. — Fin de la guerre de cent ans. — Angleterre. — Minorité de Henri VI. — Conseil de régence. — Rivalité du duc de Glocester et du cardinal de Beaufort. — Henri épouse Marguerite d'Anjou. — Clauses du contrat. — Mort de Glocester. — Origine de la guerre des deux Roses.

 

FRANCE. — CHARLES VII (1422-1453). — L'Angleterre croyait tenir la France, mais la France lui échappa. Cette lutte funeste, qui épuisait pour la France tous les genres de misères, eut au fond un grand résultat, celui de créer la nationalité. Tant que l'Anglais avait menacé, envahi quelques points du territoire, la résistance avait été locale, sans accord, sans unité. Dès qu'il voulut se faire roi, l'esprit national se réveilla : c'est à cette époque que parait pour la première fois l'expression vulgaire, un bon Français. Le peuple des campagnes, si longtemps dédaigné, et qui avait tant souffert, contribua fortement à la délivrance da pays. Jeanne d'Arc était une bergère. L'infanterie, arme éminemment nationale, allait remplacer la cavalerie féodale et les milices des communes.

Dépouillé par le traité de Troyes, le dauphin s'était transporté au-delà de la Loire ; les Armagnacs trouvaient plus facilement à se recruter dans le midi. Charles avait essayé d'opposer Poitiers à Paris. Il avait à Poitiers son parlement, son université ; à Bourges, ses états-généraux. Allié de l'Écosse, cette éternelle rivale de l'Angleterre, il avait vaincu à Bauge les Anglais, qui prirent leur revanche à Mons-en-Vimeu. Devenu roi, sous le nom de Charles VII, à la fin de l'année 1422, il voit accourir sous sa bannière d'illustres capitaines, Harcourt, Lahire, Xaintrailles ; mais il n'en soutient pas moins avec difficulté une guerre d'escarmouches qui devient moins cruelle par la nécessité où sont les deux partis de s'attacher les peuples. La faiblesse personnelle et numérique des provinces méridionales, la pauvreté du roi, son caractère indolent et léger, la faveur qu'il témoigne à des courtisans qui l'entretiennent dans la mollesse, tout semble compromettre sa cause. Bedfort s'assure du duc de Bourgogne et ranime sa colère. La supériorité de troupes, d'argent, de tactique, appartient à l'Angleterre. Aussi le début de la guerre n'est-il pas heureux pour Charles VII. Bedfort lui tue ses meilleurs soldats à Crevant et à Verneuil (1423-1424), bien qu'il achète chèrement ces succès. En même temps le connétable de Richemont, frère du duc de Bretagne, impose au jeune roi ses volontés despotiques : il fait mettre a mort les sires de Gyac et de Beaulieu pour régner seul sur l'esprit de Charles VII, mais ne justifie point sa cruauté par des triomphes ; il échoue dans sa tentative sur la Normandie (1426). Affermis au nord, les Anglais entreprennent de forcer la barrière de la Loire. Talbot et Salisbury, maîtres des principales villes sur le cours du fleuve, viennent investir Orléans (1428). La disgrâce de Richemont inspire à Bedfort de nouvelles espérances, et malgré les brillants faits d'armes de Dunois, tout l'effort de la guerre se concentre sur Orléans. L'incroyable défaite des Français à l'ignoble bataille des Harengs prive la ville de l'espérance qu'elle avait conçue d'avoir des renforts et des vivres. S'ils prennent Orléans, les Anglais vont envahir le royaume de Bourges, dont semble se contenter Charles VII. Mais lui, dans sa voluptueuse cour de Chinon, résiste aux nobles sollicitations de ses lieutenants et perd joyeusement ses états, comme le lui reprochait le brave Lahire (1249).

Dans ces circonstances déplorables, deux événements font triompher cette cause désespérée : l'apparition de Jeanne d'Arc, et la rivalité du duc de Bourgogne et des Anglais. Le traité d'Arras devait achever l'œuvre de la bergère de Domremy.

La jeune fille se présente à Charles VII, lui expose avec assurance et modestie la mission qu'elle a reçue du Ciel de délivrer Orléans et de le faire sacrer à Reims. L'incrédulité fait place à la confiance, le découragement à l'enthousiasme. On la respecte, on la suit. Des soldats se précipitent sur les pas de l'héroïne, qui déploie le drapeau de Jésus-Christ. Elle bat les Anglais dans toutes les rencontres, et court à Orléans où elle entre armée de toutes pièces, au milieu des chants des prêtres, et accompagnée d'une foule de seigneurs. En huit jours, l'armée ennemie, chassée de tous ses postes et des forts qu'elle occupait, est contrainte de s'éloigner avec précipitation des remparts de la ville, qu'une procession solennelle parcourait avec des chants religieux (8 mai 1429). La Pucelle entreprend ensuite de conduire Charles VII à Reims, au milieu de la France anglaise, à travers mille obstacles, malgré les deux armées que commandent Suffolk et Talbot. Le roi hésite, puis cède à l'entraînement universel. Jeanne fait prisonnier Suffolk, enlève aux Anglais Beaugency, défait et prend Talbot à Pathay, et de conquête en conquête, arrive à Reims, où elle entre à côté du roi qui est sacré le 11 juillet. Ce succès immense, cette cérémonie imposante, servent moralement la cause de Charles VII. Le désir de voir triompher le roi légitime naît dans tous les cœurs lassés de la domination étrangère. Dès l'année 1430, une conspiration se trame à Paris en faveur de Charles VII. Bedfort la découvre et la réprime par les supplices ; mais le sang ne pouvait qu'aigrir les ressentiments.

Après avoir réussi à faire couronner son gentil roi, Jeanne d'Arc voulut retourner à son village, disant que sa mission était finie. On ne le lui permit pas. Elle combattit dès-lors avec une triste résignation. Elle n'avait plus foi en elle-même. Blessée dans une attaque sur Paris, elle se jeta dans Compiègne, fit une sortie avec la garnison et fut prise par les Bourguignons qui la vendirent aux Anglais (1430). Le duc de Bedfort fit chanter un Te Deum et se crut maître des destinées de la France. L'orgueil implacable des Anglais ne pouvait pardonner à Jeanne de n'être qu'une femme et de les avoir vaincus. La chose à leurs yeux ne pouvait s'expliquer que par des sortilèges. Jeanne, transportée à Roum dans une cage de fer, eut pour prison la grosse tour du château, pour juges une cour ecclésiastique ignorante ou vendue. L'évêque de Beauvais, Cauchon, conduisit les débats avec une insidieuse adresse, sans pouvoir troubler cette fille si simple, que tout au plus savait-elle son Pater et son Ave. On lui demandait par quels maléfices elle se faisait suivre des chevaliers : Je disais, répondit-elle : Entrez hardiment parmi les Anglais, et j'y entrais moi-même. Elle fit plusieurs autres réponses sublimes. Malgré toute leur bonne volonté, les juges ne purent que la condamner à une réclusion perpétuelle comme hérétique et sorcière. Mais ce n'était pas la peine d'avoir violé toutes les formes du droit et de l'équité pour obtenir un si mince résultat. Les Anglais la firent tomber dans un piège infâme et la brûlèrent comme relapse. La sentence fut exécutée sur la place du Vieux-Marché, à Rouen, le 30 mai 1431[1]. Le supplice de cette pauvre fille innocente est pour l'Angleterre une flétrissure ineffaçable.

La mort de Jeanne-d'Arc, loin de rétablir les affaires des Anglais, marqua le terme de leur domination détestée. L'armée de Henri VI fut battue à Gerberoy et laissa reprendre Chartres par Dunois (1433), tandis que le roi Charles, sortant enfin de son indolence[2], permettait à Richemont, rentré en grâce, de chasser ses indignes favoris. Richemont ramena dans le parti du roi l'inconstant duc de Bretagne son frère, et négocia avec le duc de Bourgogne, qui se montrait plus traitable depuis que les conseillers du meurtre de son père avaient été écartés. Philippe-le-Bon avait d'ailleurs d'anciens ressentiments contre les Anglais. Le frère de Bedfort, Glocester, se l'était aliéné en épousant l'héritière de Hainaut et de Hollande, et en lui disputant cette succession ; les deux rivaux en étaient venus à se défier en combat singulier. Les Anglais se promettaient d'envoyer le duc boire de la bière en Angleterre. Cependant Bedfort avait essayé de le rattacher à sa cause en le nommant régent de France, en même temps qu'il faisait couronner Henri VI à Paris. Mais le duc repoussa un titre qui faisait peser sur lui toute la responsabilité de l'usurpation, et traita particulièrement avec Charles VII, d'abord pour une trêve de deux ans, ensuite pour une paix définitive. Par le traité d'Arras (1435), il se fit céder l'Auxerrois et le comté de Mâcon, avec les villes de la Somme, qui formaient la barrière de la France du côté du nord. Il ne fut plus astreint à aucun hommage, et exigea du roi qu'il déclarât solennellement que Jean-sans-Peur avait été injustement mis à mort. Ou ne pouvait acheter trop cher une alliance si utile. Bedfort était mort pendant la tenue du congrès d'Arras, où il avait élevé des prétentions exorbitantes et inadmissibles. Cet Anglais fut enterré pompeusement à Rouen, où Jeanne-d'Arc n'avait eu qu'un bûcher. Il emportait dans le tombeau la haine de la France. La reine Isabeau y descendit peu après, chargée du mépris et de l'exécration publics.

Philippe-le-Bon, ayant joint ses troupes à celles de Charles VII, Adam et Richemont rétablirent l'autorité royale dans Paris, où le roi rentra solennellement l'année suivante (1436-1437). Il y avait près de vingt ans qu'il en était sorti. Avant de revenir à Paris, il avait pris Montereau aux Anglais et avait dispersé, au midi de la Loire, les routiers qui désolaient les provinces. Dès-lors la guerre trains en longueur. D'une part les Anglais s'accusent les uns les autres ; les oncles d'Henri VI se disputent le pouvoir, demandent des trêves ou combattent mollement. D'un autre côté les seigneurs, irrités des réformes entreprises par Charles VII dans l'organisation militaire, se soulèvent contre l'autorité royale, et se cantonnent dans leurs châteaux, avant même que le territoire soit délivré. Cette guerre de la Praguerie, à laquelle le dauphin Louis ne craint point de s'associer, se termine par la défaite des rebelles et le pardon que le roi leur accorde (1440).

Le duc d'Yorck, successeur du duc de Bedfort, ne peut défendre Pontoise contre les armes victorieuses de Charles VII, qui vient de délivrer la Champagne des aventuriers qui l'infestaient. Pendant que le dauphin se signale par la délivrance de Dieppe et par des entreprises plus utiles la France que la révolte de la Praguerie, le roi parcourt en vainqueur le Poitou, l'Angoumois, le Limousin et la Gascogne, chassant devant lui les Anglais. Suffolk, rival de Glocester en Angleterre, fait conclure la trêve de Tours (1444), et s'assure de l'esprit du faible Henri VI, en lui faisant épouser une princesse française, Marguerite d'Anjou, fille de René de Provence. Cette belle et impérieuse souveraine soutient, de toute son influence, le parti qui veut la paix avec la France.

Charles VII profite du loisir que lui laisse la trêve, pour débarrasser le royaume des soldats d'aventure. Le dauphin en conduit cinquante mille au secours de l'Empereur contre les Suisses. Ces mercenaires périssent en grand nombre à la bataille de Saint-Jacques, où seize cents Suisses soutiennent intrépidement le choc de vingt mille hommes. Le reste des aventuriers se disperse sur les terres de l'Empereur. Le roi lui-même entraîne en Lorraine ceux qui se trouvent encore en France. Sous prétexte de soutenir le roi René contre les villes libres, il fait tirer, comme il le disait., du mauvais sang à son armée. Metz rachète son indépendance peur une somme de deux cent mille écus (1445).

La trêve de Tours-dura jusqu'en 1448, et la guerre recommença par les hostilités réciproques de Dunois et de Surienne ; restreinte d'abord aux frontières de la Normandie et de la Bretagne, la guerre prend bientôt un caractère sérieux. Profitant des divisions de la cour d'Angleterre, appelé d'ailleurs par les vœux de presque toutes les villes de Normandie, Charles VII y envoie une forte armée, pendant que les Bretons, comme au temps de Philippe-Auguste, envahissent la basse Normandie. La soumission de Rouen, la défaite et la prise de Thomas Kyriel, à Formigny, la destruction de l'armée anglaise, l'occupation de Cherbourg -et de Harfleur, entraînent la conquête entière de la province, qui est pour jamais réunie à la couronne (1450).

En Guienne, les opérations militaires, habilement concertées entre Charles VII, les comtes de Foix et de Comminges et le vaillant Dunois, eurent pour résultat la capitulation de Bayonne et de Bordeaux. Les Basques se soumirent, en stipulant la conservation de leurs franchises ; et Charles VII, en incorporant dans la monarchie les provinces du sud-ouest, si longtemps anglaises, leur accorda la jouissance de leurs privilèges et de leurs chartes. Mais Bordeaux restait encore plus anglais que français. Quand Marguerite d'Anjou, cédant aux clameurs de ses ennemis, eut envoyé en Guienne le vieux Talbot avec une armée, Bordeaux lui ouvrit ses portes. Talbot, le dernier héros de cette longue lutte, ne pouvait ramener la fortune. Il ne put que mourir noblement avec son fils au combat de Castillon (1453). Charles VII maintint les villes de la Guienne par de bonnes garnisons, et Bordeaux en particulier par la construction du château Trompette et du fort du FIA. Ainsi fut consommée l'expulsion des Anglais ; Calais seul leur resta ; et la France fut à jamais délivrée d'une lutte si longue, si sanglante, si glorieuse tour-à-tour pour les deux nations, et qui avait un moment compromis son existence.

 

ANGLETERRE. — HENRI VI (1422-1453). — « La mort prématurée de Henri V perdit l'Angleterre. La tâche difficile de conserver l'influence qu'il avait acquise se trouva dévolue à un successeur encore enfant et à un ministère divisé ; tandis que le dauphin, dans toute l'énergie de la jeunesse et secondé par les vœux du peuple, attirait les diverses factions sous sa bannière et dirigeait leurs efforts combinés contre les envahisseurs de leur pays[3]. » Henri V, avant d'expirer, avait confié la régence du royaume de France à Bedfort, celle d'Angleterre au duc de Glocester, et la personne du jeune prince, qui n'avait que neuf mois, au comte de Warwick. Le parlement, qui fut convoqué immédiatement après la mort du roi, refusa de confirmer le titre de régent comme impliquant une autorité trop étendue ; mais il nomma Glocester protecteur de l'Angleterre, défenseur de l'Église et premier conseiller du roi, en l'absence du duc de Bedfort chargé de diriger, les affaires si difficiles du continent. Le chancelier, le trésorier et seize membres du conseil privé furent aussi désignés par les lords et acceptés par les communes.

Charles VI ne survécut que deux mois à son gendre. L'habile et intrépide Bedfort, dépositaire de toute l'autorité, se hâta de resserrer son alliance avec le duc de Bourgogne en épousant sa fille ; il gagna aussi le due de Bretagne et le comte de Richemont son frère ; il songea ensuite à enlever à Charles VII l'appui de l'Écosse[4], qui envoyait continuellement des renforts au dauphin, puis il reprit la guerre avec une activité nouvelle. (Voir ci-dessus le règne de Charles VII.) Les journées de Crevant et de Verneuil portèrent un coup terrible à la fortune de Charles VII ; mais les succès de Jeanne-d'Arc, les exploits des Dunois, des Lahire, des Richemont, la défection du duc de Bourgogne, la mort du duc de Bedfort rendirent la supériorité aux armes françaises. Le traité de Tours suspendit enfin les hostilités (1444).

Tandis que Charles VII purgeait son royaume des aventuriers, rétablissait la discipline, étouffait les factions et faisait revivre l'agriculture, l'Angleterre était troublée par la rivalité de Glocester et de Henri de Beaufort, cardinal-évêque de Winchester, ministre habile, mais remuant et dangereux. Ce dernier penchait pour la paix, qui lui semblait nécessaire. Glocester en repoussant toute proposition d'accommodement avait acquis une grande popularité, et poursuivait à outrance le parti antinational désigné sous le nom de parti français. Afin de résister avec plus d'avantage à son fougueux adversaire, le cardinal fit épouser au roi la belle et spirituelle Marguerite d'Anjou, fille de René d'Anjou, roi titulaire de Jérusalem et de Sicile, qui n'avait ni états ni pouvoir réel. Ses domaines de Maine et d'Anjou étaient occupés par les Anglais ; son comté de Bar était engagé au duc de Bourgogne, et il ne possédait pas un pouce de terre en Sicile et en Palestine. Non-seulement Marguerite n'apportait pas de dot ; mais encore Henri VI rendit le Maine et l'Anjou dont avait été dépouillé le roi René. Ce contrat onéreux mécontenta la nation anglaise, qui enveloppa dans la même haine Marguerite et les partisans de la paix (1445).

La reine se déclara ouvertement pour le cardinal, et s'associa aux ressentiments des nombreux ennemis de Glocester. Arrêté comme prévenu de haute trahison, le duc fut cité à comparaître devant le parlement ; mais le jour même ou il devait se défendre, il fut trouvé mort dans sa prison sans que son corps portât la moindre trace de violence (1447). Le peuple, qui chérissait le bon duc de Glocester, accusa de cette mort la reine Marguerite.

« La maison de Lancastre avait perdu dans les ducs de Bedfort et de Glocester ses deux plus fermes soutiens. Restaient un roi faible, une reine étrangère, un ministère sans union et sans force, pour contenir un peuple mécontent. La maison d'York saisit cette occasion de faire revivre les droits que la prospérité et les triomphes de la branche régnante avaient longtemps absorbés[5]. » Bientôt allait éclater la fameuse guerre des Deux Roses qui devait bouleverser l'Angleterre et renverser du trône l'infortuné Henri VI.

 

 

 



[1] Jeanne parut sur le bûcher, coiffée d'une mitre et garrottée. Elle fit une courte prière, et parla de Dieu et de son roi, qui l'oubliait, avec de si touchantes paroles, qu'elle arracha des larmes à ses juges et à ses bourreaux. Puis elle demanda un crucifix. Un Anglais fit une croix avec un bâton ; elle la prit et la baisa comme elle put : « Comme on avait voulu la donner en spectacle au peuple, le bûcher était très-élevé, ce qui rendit le supplice plus douloureux et plus long. Lorsque Jeanne sentit que la flamme allait l'atteindre, elle invita le frère Martin à se retirer, avec un autre religieux, son assistant. La douleur arracha quelques cris à cette pauvre, jeune et glorieuse fille. Les Anglais étaient rassurés ; ils n'entendaient plus cette voix que sur le champ du martyre. Le dernier mot que Jeanne prononça au milieu des flammes fut Jésus, nom du consolateur des affligés et du Dieu de la patrie. Quand on présuma que la Pucelle était expirée, on écarta les tisons ardents, afin que chacun la vît. Tout était consumé, hors le cœur qui se trouva entier. » CHATEAUBRIAND, Études historiques.

[2] Ce changement est attribué par les historiens du temps aux conseils énergiques d'Agnès Sorel, qui régnait sur le roi.

[3] LINGARD, Histoire d'Angleterre, t. V, ch. II.

[4] David II, rétabli sur le trône, était mort en 1370, laissant la couronne à Robert Stuart son neveu. Robert II triompha de la puissante famille des Douglas, renouvela l'alliance avec la France, et consolida son autorité par la victoire qu'il remporta sur les Anglais à Otterburn. Robert III, son fils et son successeur (1390), combattit avec succès les grands vassaux de la couronne. Sa guerre coutre Henri IV se termina à sen avantage. David, son fils, enfermé pour ses dérèglements, périt en prison victime des intrigues de son oncle le duc d'Albany. Afin de soustraire son second fils, Jacques, à la même destinée, Robert III résolut de l'envoyer en France. Mais le jeune prince, surpris par une flotte anglaise, fut amené prisonnier à Londres. Le malheureux père en mourut de chagrin (1406). Pendant la captivité de Jacques, captivité qui dura dix-huit ans, l'Écosse, gouvernée par des régents, fut en proie à une anarchie affreuse. Afin de détacher les Écossais du parti français, Bedfort fit mettre en liberté Jacques, auquel il fit épouser la fille du duc de Sommerset, nièce de Richard II. Le prince s'engagea à rester neutre. Ayant essayé d'abaisser la noblesse pour relever la royauté et réprimer les brigandages et la licence, il se fit des ennemis irréconciliables et fut assassiné (1437). Jacques II, après une minorité orageuse, poursuivit par la violence l'œuvre que son père avait commencée par des voies légales ; des exécutions sanglantes signalèrent son règne. La mort de William Douglas, qu'il tua lui-même d'un coup de poignard, provoqua de nouveaux désordres. Jacques II mourut sans pouvoir les apaiser (1460).

[5] M. F. RAGON, Abrégé de l'Histoire générale des Temps modernes, t. I, p. 56. — La guerre des Deux Roses appartenant à l'histoire moderne, nous n'avons pas cru devoir raconter la mort de Suffolk, l'insurrection du comté de Kent et les premiers succès de Richard d'Yorck. — Voir pour les dernières hostilités sur le continent, le règne de Charles VII.