L'esprit national
s'éveille en France. — Charles VII se retire au-delà de la Loire. Journées de
Crevant et de Verneuil. — Les Anglais entreprennent de forcer la barrière de
la Loire. — Journée des Harengs. — Siège d'Orléans. — Apparition de Jeanne
d'Arc. — Défaites successives des Anglais. — Charles VII est sacré à Reims. —
Jeanne d'Arc tombe au pouvoir de ses ennemis qui la brûlent comme sorcière. —
Succès de l'armée française. — Bedfort fait couronner Henri VI à Paris. — Le
duc de Bourgogne traite avec Charles VII. — Mort du duc de Bedfort. — Entrée
solennelle de Charles VII à Paris. — Guerre de la Praguerie. — Trêve de
Tours. — Combat de Formigny. — Bataille de Castillon. — Fin de la guerre de
cent ans. — Angleterre. — Minorité de Henri VI. — Conseil de régence. —
Rivalité du duc de Glocester et du cardinal de Beaufort. — Henri épouse
Marguerite d'Anjou. — Clauses du contrat. — Mort de Glocester. — Origine de
la guerre des deux Roses.
FRANCE.
— CHARLES VII (1422-1453). — L'Angleterre croyait tenir
la France, mais la France lui échappa. Cette lutte funeste, qui épuisait pour
la France tous les genres de misères, eut au fond un grand résultat, celui de
créer la nationalité. Tant que l'Anglais avait menacé, envahi quelques points
du territoire, la résistance avait été locale, sans accord, sans unité. Dès
qu'il voulut se faire roi, l'esprit national se réveilla : c'est à cette
époque que parait pour la première fois l'expression vulgaire, un bon
Français. Le peuple des campagnes, si longtemps dédaigné, et qui avait tant
souffert, contribua fortement à la délivrance da pays. Jeanne d'Arc était une
bergère. L'infanterie, arme éminemment nationale, allait remplacer la
cavalerie féodale et les milices des communes. Dépouillé
par le traité de Troyes, le dauphin s'était transporté au-delà de la Loire ;
les Armagnacs trouvaient plus facilement à se recruter dans le midi. Charles
avait essayé d'opposer Poitiers à Paris. Il avait à Poitiers son parlement,
son université ; à Bourges, ses états-généraux. Allié de l'Écosse, cette
éternelle rivale de l'Angleterre, il avait vaincu à Bauge les Anglais, qui
prirent leur revanche à Mons-en-Vimeu. Devenu roi, sous le nom de Charles
VII, à la fin de l'année 1422, il voit accourir sous sa bannière d'illustres
capitaines, Harcourt, Lahire, Xaintrailles ; mais il n'en soutient pas moins
avec difficulté une guerre d'escarmouches qui devient moins cruelle par la
nécessité où sont les deux partis de s'attacher les peuples. La faiblesse personnelle
et numérique des provinces méridionales, la pauvreté du roi, son caractère
indolent et léger, la faveur qu'il témoigne à des courtisans qui
l'entretiennent dans la mollesse, tout semble compromettre sa cause. Bedfort
s'assure du duc de Bourgogne et ranime sa colère. La supériorité de troupes,
d'argent, de tactique, appartient à l'Angleterre. Aussi le début de la guerre
n'est-il pas heureux pour Charles VII. Bedfort lui tue ses meilleurs soldats
à Crevant et à Verneuil (1423-1424), bien qu'il achète chèrement ces succès. En même
temps le connétable de Richemont, frère du duc de Bretagne, impose au jeune
roi ses volontés despotiques : il fait mettre a mort les sires de Gyac et de
Beaulieu pour régner seul sur l'esprit de Charles VII, mais ne justifie point
sa cruauté par des triomphes ; il échoue dans sa tentative sur la Normandie (1426). Affermis au nord, les Anglais
entreprennent de forcer la barrière de la Loire. Talbot et Salisbury, maîtres
des principales villes sur le cours du fleuve, viennent investir Orléans (1428). La disgrâce de Richemont
inspire à Bedfort de nouvelles espérances, et malgré les brillants faits
d'armes de Dunois, tout l'effort de la guerre se concentre sur Orléans.
L'incroyable défaite des Français à l'ignoble bataille des Harengs prive la
ville de l'espérance qu'elle avait conçue d'avoir des renforts et des vivres.
S'ils prennent Orléans, les Anglais vont envahir le royaume de Bourges, dont
semble se contenter Charles VII. Mais lui, dans sa voluptueuse cour de
Chinon, résiste aux nobles sollicitations de ses lieutenants et perd
joyeusement ses états, comme le lui reprochait le brave Lahire (1249). Dans
ces circonstances déplorables, deux événements font triompher cette cause
désespérée : l'apparition de Jeanne d'Arc, et la rivalité du duc de Bourgogne
et des Anglais. Le traité d'Arras devait achever l'œuvre de la bergère de
Domremy. La
jeune fille se présente à Charles VII, lui expose avec assurance et modestie
la mission qu'elle a reçue du Ciel de délivrer Orléans et de le faire sacrer
à Reims. L'incrédulité fait place à la confiance, le découragement à
l'enthousiasme. On la respecte, on la suit. Des soldats se précipitent sur
les pas de l'héroïne, qui déploie le drapeau de Jésus-Christ. Elle bat les
Anglais dans toutes les rencontres, et court à Orléans où elle entre armée de
toutes pièces, au milieu des chants des prêtres, et accompagnée d'une foule
de seigneurs. En huit jours, l'armée ennemie, chassée de tous ses postes et
des forts qu'elle occupait, est contrainte de s'éloigner avec précipitation
des remparts de la ville, qu'une procession solennelle parcourait avec des
chants religieux (8 mai 1429).
La Pucelle entreprend ensuite de conduire Charles VII à Reims, au milieu de
la France anglaise, à travers mille obstacles, malgré les deux armées que
commandent Suffolk et Talbot. Le roi hésite, puis cède à l'entraînement
universel. Jeanne fait prisonnier Suffolk, enlève aux Anglais Beaugency,
défait et prend Talbot à Pathay, et de conquête en conquête, arrive à Reims,
où elle entre à côté du roi qui est sacré le 11 juillet. Ce succès immense,
cette cérémonie imposante, servent moralement la cause de Charles VII. Le
désir de voir triompher le roi légitime naît dans tous les cœurs lassés de la
domination étrangère. Dès l'année 1430, une conspiration se trame à Paris en
faveur de Charles VII. Bedfort la découvre et la réprime par les supplices ;
mais le sang ne pouvait qu'aigrir les ressentiments. Après
avoir réussi à faire couronner son gentil roi, Jeanne d'Arc voulut retourner
à son village, disant que sa mission était finie. On ne le lui permit pas.
Elle combattit dès-lors avec une triste résignation. Elle n'avait plus foi en
elle-même. Blessée dans une attaque sur Paris, elle se jeta dans Compiègne,
fit une sortie avec la garnison et fut prise par les Bourguignons qui la
vendirent aux Anglais (1430). Le duc de Bedfort fit chanter un Te Deum et se crut
maître des destinées de la France. L'orgueil implacable des Anglais ne
pouvait pardonner à Jeanne de n'être qu'une femme et de les avoir vaincus. La
chose à leurs yeux ne pouvait s'expliquer que par des sortilèges. Jeanne,
transportée à Roum dans une cage de fer, eut pour prison la grosse tour du château,
pour juges une cour ecclésiastique ignorante ou vendue. L'évêque de Beauvais,
Cauchon, conduisit les débats avec une insidieuse adresse, sans pouvoir
troubler cette fille si simple, que tout au plus savait-elle son Pater et son
Ave. On lui demandait par quels maléfices elle se faisait suivre des
chevaliers : Je disais, répondit-elle : Entrez hardiment parmi les Anglais,
et j'y entrais moi-même. Elle fit plusieurs autres réponses sublimes. Malgré
toute leur bonne volonté, les juges ne purent que la condamner à une
réclusion perpétuelle comme hérétique et sorcière. Mais ce n'était pas la
peine d'avoir violé toutes les formes du droit et de l'équité pour obtenir un
si mince résultat. Les Anglais la firent tomber dans un piège infâme et la
brûlèrent comme relapse. La sentence fut exécutée sur la place du
Vieux-Marché, à Rouen, le 30 mai 1431[1]. Le supplice de cette pauvre
fille innocente est pour l'Angleterre une flétrissure ineffaçable. La mort
de Jeanne-d'Arc, loin de rétablir les affaires des Anglais, marqua le terme
de leur domination détestée. L'armée de Henri VI fut battue à Gerberoy et
laissa reprendre Chartres par Dunois (1433), tandis que le roi Charles, sortant enfin de son
indolence[2], permettait à Richemont, rentré
en grâce, de chasser ses indignes favoris. Richemont ramena dans le parti du
roi l'inconstant duc de Bretagne son frère, et négocia avec le duc de
Bourgogne, qui se montrait plus traitable depuis que les conseillers du meurtre
de son père avaient été écartés. Philippe-le-Bon avait d'ailleurs d'anciens
ressentiments contre les Anglais. Le frère de Bedfort, Glocester, se l'était
aliéné en épousant l'héritière de Hainaut et de Hollande, et en lui disputant
cette succession ; les deux rivaux en étaient venus à se défier en combat
singulier. Les Anglais se promettaient d'envoyer le duc boire de la bière
en Angleterre. Cependant Bedfort avait essayé de le rattacher à sa cause
en le nommant régent de France, en même temps qu'il faisait couronner Henri
VI à Paris. Mais le duc repoussa un titre qui faisait peser sur lui toute la
responsabilité de l'usurpation, et traita particulièrement avec Charles VII,
d'abord pour une trêve de deux ans, ensuite pour une paix définitive. Par le
traité d'Arras (1435),
il se fit céder l'Auxerrois et le comté de Mâcon, avec les villes de la
Somme, qui formaient la barrière de la France du côté du nord. Il ne fut plus
astreint à aucun hommage, et exigea du roi qu'il déclarât solennellement que
Jean-sans-Peur avait été injustement mis à mort. Ou ne pouvait acheter trop
cher une alliance si utile. Bedfort était mort pendant la tenue du congrès
d'Arras, où il avait élevé des prétentions exorbitantes et inadmissibles. Cet
Anglais fut enterré pompeusement à Rouen, où Jeanne-d'Arc n'avait eu qu'un
bûcher. Il emportait dans le tombeau la haine de la France. La reine Isabeau
y descendit peu après, chargée du mépris et de l'exécration publics. Philippe-le-Bon,
ayant joint ses troupes à celles de Charles VII, Adam et Richemont
rétablirent l'autorité royale dans Paris, où le roi rentra solennellement
l'année suivante (1436-1437).
Il y avait près de vingt ans qu'il en était sorti. Avant de revenir à Paris,
il avait pris Montereau aux Anglais et avait dispersé, au midi de la Loire,
les routiers qui désolaient les provinces. Dès-lors la guerre trains en
longueur. D'une part les Anglais s'accusent les uns les autres ; les oncles
d'Henri VI se disputent le pouvoir, demandent des trêves ou combattent
mollement. D'un autre côté les seigneurs, irrités des réformes entreprises
par Charles VII dans l'organisation militaire, se soulèvent contre l'autorité
royale, et se cantonnent dans leurs châteaux, avant même que le territoire
soit délivré. Cette guerre de la Praguerie, à laquelle le dauphin Louis ne
craint point de s'associer, se termine par la défaite des rebelles et le
pardon que le roi leur accorde (1440). Le duc
d'Yorck, successeur du duc de Bedfort, ne peut défendre Pontoise contre les
armes victorieuses de Charles VII, qui vient de délivrer la Champagne des
aventuriers qui l'infestaient. Pendant que le dauphin se signale par la
délivrance de Dieppe et par des entreprises plus utiles la France que la
révolte de la Praguerie, le roi parcourt en vainqueur le Poitou, l'Angoumois,
le Limousin et la Gascogne, chassant devant lui les Anglais. Suffolk, rival
de Glocester en Angleterre, fait conclure la trêve de Tours (1444), et s'assure de l'esprit du
faible Henri VI, en lui faisant épouser une princesse française, Marguerite
d'Anjou, fille de René de Provence. Cette belle et impérieuse souveraine
soutient, de toute son influence, le parti qui veut la paix avec la France. Charles
VII profite du loisir que lui laisse la trêve, pour débarrasser le royaume
des soldats d'aventure. Le dauphin en conduit cinquante mille au
secours de l'Empereur contre les Suisses. Ces mercenaires périssent en grand
nombre à la bataille de Saint-Jacques, où seize cents Suisses soutiennent
intrépidement le choc de vingt mille hommes. Le reste des aventuriers se
disperse sur les terres de l'Empereur. Le roi lui-même entraîne en Lorraine
ceux qui se trouvent encore en France. Sous prétexte de soutenir le roi René
contre les villes libres, il fait tirer, comme il le disait., du mauvais sang
à son armée. Metz rachète son indépendance peur une somme de deux cent mille
écus (1445). La
trêve de Tours-dura jusqu'en 1448, et la guerre recommença par les hostilités
réciproques de Dunois et de Surienne ; restreinte d'abord aux frontières de
la Normandie et de la Bretagne, la guerre prend bientôt un caractère sérieux.
Profitant des divisions de la cour d'Angleterre, appelé d'ailleurs par les
vœux de presque toutes les villes de Normandie, Charles VII y envoie une
forte armée, pendant que les Bretons, comme au temps de Philippe-Auguste,
envahissent la basse Normandie. La soumission de Rouen, la défaite et la
prise de Thomas Kyriel, à Formigny, la destruction de l'armée anglaise,
l'occupation de Cherbourg -et de Harfleur, entraînent la conquête entière de
la province, qui est pour jamais réunie à la couronne (1450). En
Guienne, les opérations militaires, habilement concertées entre Charles VII,
les comtes de Foix et de Comminges et le vaillant Dunois, eurent pour
résultat la capitulation de Bayonne et de Bordeaux. Les Basques se soumirent,
en stipulant la conservation de leurs franchises ; et Charles VII, en
incorporant dans la monarchie les provinces du sud-ouest, si longtemps
anglaises, leur accorda la jouissance de leurs privilèges et de leurs
chartes. Mais Bordeaux restait encore plus anglais que français. Quand Marguerite
d'Anjou, cédant aux clameurs de ses ennemis, eut envoyé en Guienne le vieux
Talbot avec une armée, Bordeaux lui ouvrit ses portes. Talbot, le dernier
héros de cette longue lutte, ne pouvait ramener la fortune. Il ne put que
mourir noblement avec son fils au combat de Castillon (1453). Charles VII maintint les
villes de la Guienne par de bonnes garnisons, et Bordeaux en particulier par
la construction du château Trompette et du fort du FIA. Ainsi fut consommée
l'expulsion des Anglais ; Calais seul leur resta ; et la France fut à jamais
délivrée d'une lutte si longue, si sanglante, si glorieuse tour-à-tour pour
les deux nations, et qui avait un moment compromis son existence. ANGLETERRE.
— HENRI VI (1422-1453). — « La mort prématurée de
Henri V perdit l'Angleterre. La tâche difficile de conserver l'influence
qu'il avait acquise se trouva dévolue à un successeur encore enfant et à un
ministère divisé ; tandis que le dauphin, dans toute l'énergie de la jeunesse
et secondé par les vœux du peuple, attirait les diverses factions sous sa
bannière et dirigeait leurs efforts combinés contre les envahisseurs de leur
pays[3]. » Henri V, avant d'expirer,
avait confié la régence du royaume de France à Bedfort, celle d'Angleterre au
duc de Glocester, et la personne du jeune prince, qui n'avait que neuf mois,
au comte de Warwick. Le parlement, qui fut convoqué immédiatement après la
mort du roi, refusa de confirmer le titre de régent comme impliquant une
autorité trop étendue ; mais il nomma Glocester protecteur de l'Angleterre,
défenseur de l'Église et premier conseiller du roi, en l'absence du duc de
Bedfort chargé de diriger, les affaires si difficiles du continent. Le
chancelier, le trésorier et seize membres du conseil privé furent aussi
désignés par les lords et acceptés par les communes. Charles
VI ne survécut que deux mois à son gendre. L'habile et intrépide Bedfort,
dépositaire de toute l'autorité, se hâta de resserrer son alliance avec le
duc de Bourgogne en épousant sa fille ; il gagna aussi le due de Bretagne et
le comte de Richemont son frère ; il songea ensuite à enlever à Charles VII
l'appui de l'Écosse[4], qui envoyait continuellement
des renforts au dauphin, puis il reprit la guerre avec une activité nouvelle.
(Voir
ci-dessus le règne de Charles VII.) Les journées de Crevant et de Verneuil portèrent
un coup terrible à la fortune de Charles VII ; mais les succès de
Jeanne-d'Arc, les exploits des Dunois, des Lahire, des Richemont, la
défection du duc de Bourgogne, la mort du duc de Bedfort rendirent la
supériorité aux armes françaises. Le traité de Tours suspendit enfin les
hostilités (1444). Tandis
que Charles VII purgeait son royaume des aventuriers, rétablissait la
discipline, étouffait les factions et faisait revivre l'agriculture,
l'Angleterre était troublée par la rivalité de Glocester et de Henri de
Beaufort, cardinal-évêque de Winchester, ministre habile, mais remuant et
dangereux. Ce dernier penchait pour la paix, qui lui semblait nécessaire.
Glocester en repoussant toute proposition d'accommodement avait acquis une
grande popularité, et poursuivait à outrance le parti antinational désigné
sous le nom de parti français. Afin de résister avec plus d'avantage à son
fougueux adversaire, le cardinal fit épouser au roi la belle et spirituelle
Marguerite d'Anjou, fille de René d'Anjou, roi titulaire de Jérusalem et de
Sicile, qui n'avait ni états ni pouvoir réel. Ses domaines de Maine et
d'Anjou étaient occupés par les Anglais ; son comté de Bar était engagé au
duc de Bourgogne, et il ne possédait pas un pouce de terre en Sicile et en
Palestine. Non-seulement Marguerite n'apportait pas de dot ; mais encore
Henri VI rendit le Maine et l'Anjou dont avait été dépouillé le roi René. Ce
contrat onéreux mécontenta la nation anglaise, qui enveloppa dans la même
haine Marguerite et les partisans de la paix (1445). La
reine se déclara ouvertement pour le cardinal, et s'associa aux ressentiments
des nombreux ennemis de Glocester. Arrêté comme prévenu de haute trahison, le
duc fut cité à comparaître devant le parlement ; mais le jour même ou il
devait se défendre, il fut trouvé mort dans sa prison sans que son corps
portât la moindre trace de violence (1447). Le peuple, qui chérissait le bon duc de
Glocester, accusa de cette mort la reine Marguerite. « La maison de Lancastre avait perdu dans les ducs de Bedfort et de Glocester ses deux plus fermes soutiens. Restaient un roi faible, une reine étrangère, un ministère sans union et sans force, pour contenir un peuple mécontent. La maison d'York saisit cette occasion de faire revivre les droits que la prospérité et les triomphes de la branche régnante avaient longtemps absorbés[5]. » Bientôt allait éclater la fameuse guerre des Deux Roses qui devait bouleverser l'Angleterre et renverser du trône l'infortuné Henri VI. |
[1]
Jeanne parut sur le bûcher, coiffée d'une mitre et garrottée. Elle fit une
courte prière, et parla de Dieu et de son roi, qui l'oubliait, avec de si
touchantes paroles, qu'elle arracha des larmes à ses juges et à ses bourreaux.
Puis elle demanda un crucifix. Un Anglais fit une croix avec un bâton ; elle la
prit et la baisa comme elle put : « Comme on avait voulu la donner en spectacle
au peuple, le bûcher était très-élevé, ce qui rendit le supplice plus
douloureux et plus long. Lorsque Jeanne sentit que la flamme allait
l'atteindre, elle invita le frère Martin à se retirer, avec un autre religieux,
son assistant. La douleur arracha quelques cris à cette pauvre, jeune et
glorieuse fille. Les Anglais étaient rassurés ; ils n'entendaient plus cette
voix que sur le champ du martyre. Le dernier mot que Jeanne prononça au milieu
des flammes fut Jésus, nom du consolateur des affligés et du Dieu de la patrie.
Quand on présuma que la Pucelle était expirée, on écarta les tisons ardents,
afin que chacun la vît. Tout était consumé, hors le
cœur qui se trouva entier. » CHATEAUBRIAND, Études historiques.
[2]
Ce changement est attribué par les historiens du temps aux conseils énergiques
d'Agnès Sorel, qui régnait sur le roi.
[3]
LINGARD, Histoire
d'Angleterre, t. V, ch. II.
[4]
David II, rétabli sur le trône, était mort en 1370, laissant la couronne à
Robert Stuart son neveu. Robert II triompha de la puissante famille des
Douglas, renouvela l'alliance avec la France, et consolida son autorité par la
victoire qu'il remporta sur les Anglais à Otterburn. Robert III, son fils et
son successeur (1390), combattit avec succès les grands vassaux de la couronne.
Sa guerre coutre Henri IV se termina à sen avantage. David, son fils, enfermé
pour ses dérèglements, périt en prison victime des intrigues de son oncle le
duc d'Albany. Afin de soustraire son second fils, Jacques, à la même destinée,
Robert III résolut de l'envoyer en France. Mais le jeune prince, surpris par
une flotte anglaise, fut amené prisonnier à Londres. Le malheureux père en
mourut de chagrin (1406). Pendant la captivité de Jacques, captivité qui dura
dix-huit ans, l'Écosse, gouvernée par des régents, fut en proie à une anarchie
affreuse. Afin de détacher les Écossais du parti français, Bedfort fit mettre
en liberté Jacques, auquel il fit épouser la fille du duc de Sommerset, nièce
de Richard II. Le prince s'engagea à rester neutre. Ayant essayé d'abaisser la
noblesse pour relever la royauté et réprimer les brigandages et la licence, il
se fit des ennemis irréconciliables et fut assassiné (1437). Jacques II, après
une minorité orageuse, poursuivit par la violence l'œuvre que son père avait
commencée par des voies légales ; des exécutions sanglantes signalèrent son
règne. La mort de William Douglas, qu'il tua lui-même d'un coup de poignard,
provoqua de nouveaux désordres. Jacques II mourut sans pouvoir les apaiser
(1460).
[5]
M. F. RAGON, Abrégé
de l'Histoire générale des Temps modernes, t. I, p. 56. — La guerre des
Deux Roses appartenant à l'histoire moderne, nous n'avons pas cru devoir
raconter la mort de Suffolk, l'insurrection du comté de Kent et les premiers
succès de Richard d'Yorck. — Voir pour les dernières hostilités sur le continent,
le règne de Charles VII.