Suite des Visconti à
Milan. — Jean Galéas est élevé à la dignité ducale. — Avènement de Francesco
Sforza. — Puissance et chute des Scaligers à Vérone, et des Carrares à
Padoue. — Maison d'Este à Ferrare. — Comtes et ducs de Savoie. — Réunion du
Piémont. — Marquisat de Montferrat. — Révolutions de Lucques. — Elle garde
son indépendance. — Pise perd la Sardaigne. — Elle est soumise à Florence. —
Agitations du gouvernement de Florence. — Cette ville domine en Toscane. —
Influence naissante des Médicis. — Rivalité de Venise et de Gênes. — Guerre
de Caffa. — Guerre de Chiozza. — Révolutions de Gênes. — Boucicaut. —
Acquisitions territoriales de Venise. — Branche aragonaise de Sicile. -Règne
orageux de Jeanne Ire à Naples. — Prétentions de la maison d'Anjou. — Jeanne
II. — Avènement d'Alphonse d'Aragon. — Traité de Lodi.
LOMBARDIE. — A partir du quatorzième
siècle, la rivalité des Guelfes et des Gibelins, tout en continuant
d'embraser l'Italie, perdit sa signification primitive. On vit à la fois des
tyrans guelfes et des républiques gibelines : le guelfe Dante Alighieri se
déclara le défenseur de la prérogative impériale ; le gibelin Pétrarque fut
l'ami du tribun Rienzi. Les faibles efforts des empereurs Henri VII, Louis de
Bavière et Charles IV ne servirent qu'à prouver l'impuissance de leur
prétendue royauté. L'Italie du nord se trouva déchirée par les factions, en
proie à des guerres continuelles et désolée par les brigandages des condottieri[1], aventuriers qui vendaient
leurs services au plus offrant et pillaient sans scrupule amis et ennemis.
Aussi la plupart des républiques qui avaient jeté un si vif éclat au
treizième siècle prirent le parti de se donner de nouveaux maîtres ou furent
subjuguées sans le vouloir par des seigneurs puissants. A
Milan, Matteo Ier Visconti auquel son grand-oncle l'archevêque Othon avait
transmis son pouvoir et le titre de prince souverain, gouverna sept ans en
paix. En 1302, les Torriani exilés rentrèrent à Milan, soutenus par les
milices de Plaisance, et les Visconti furent chassés à leur tour. Quelques
années après, lorsque Henri de Luxembourg fut descendu en Italie, Matteo alla
le trouver. à Asti, plaida sa cause avec éloquence et fut ramené par lui.
Pendant le séjour de ce prince à Milan, il trouva le moyen d'exciter une
sédition qu'il fit attribuer aux Torriani, et la plupart de ces derniers
furent tués au milieu du tumulte (1311). Rétabli par Henri et confirmé dans son titre de
vicaire impérial, Matteo se soutint contre les efforts des Guelfes que
protégeaient le roi de Naples Robert et le pape Jean XXII. Quelque temps
avant sa mort (1322),
il désigna pour son successeur sou fils aîné Galéas qui avait signalé sa
valeur en France et en Italie et s'était emparé de Plaisance et de Crémone.
D'abord contraint de se retirer à Lodi avec ses partisans, puis rappelé,
Galéas défendit vaillamment Milan contre les attaques d'une armée que
commandait le légat de Jean XXII. Mais ses ennemis l'accusèrent auprès de
Louis de Bavière d'avoir trahi les intérêts de l'Empire en concluant un
traité de paix avec le pape. Louis, en arrivant à Milan, fit emprisonner
Galéas, et ne lui rendit la liberté que sur les instances de Castruccio
Castracani. Visconti délivré prêta à Castruccio l'appui de son bras pour
prendre Pistole. Mais tous deux succombèrent aux fatigues de ce siège (1328). Azon,
fils de Galéas, acheta de Louis de Bavière la confirmation de sa puissance,
et il détourna aussi à prix d'argent les armes de Jean, roi de Bohème, qui
était venu guerroyer en Italie. Après avoir déjoué tous les complots tramés
contre son autorité et avoir enlevé le Bressan à Mastino della Scala, il
mourut jeune encore sans enfants légitimes (1339). Son oncle Luchino lui succéda
du consentement des Milanais. Il obtint de Benoît XII la levée des interdits
que son prédécesseur avait jetés sur Milan et la restitution des objets
précieux que les troupes pontificales avaient enlevés de Monza. Son frère
Jean, cardinal et archevêque de Milan, qui obtint après lui le gouvernement
de la seigneurie (1349),
rappela de l'exil ses neveux Galéas et Barnaba[2] pour perpétuer dans sa famille
le souverain pouvoir, et leur fit contracter des alliances avantageuses :
Galéas épousa Blanche de Savoie, et Barnaba, Béatrix della Scala. Le
belliqueux prélat s'empara de Bologne, dont il obtint la cession du pape
Clément VI moyennant un cens annuel de douze mille ducats, fit avec succès la
guerre aux Florentins, et étendit sa domination sur Gênes. Matteo II, l'aîné
de ses neveux, ne soutint pas l'honneur de son nom (1354-1356). Frivole et débauché, il perdit
Bologne ; mais Galéas II et Barnaba, qui régnèrent ensuite conjointement,
donnèrent le rare exemple d'une valeur égale et d'une amitié fraternelle qui
ne se démentit jamais. Après s'être fait confirmer par Charles IV dans le
vicariat de la Lombardie et de l'état de Gênes, ils reprirent Bologne malgré
l'opposition des Florentins, des marquis de Mantoue, de Ferrare, de Vérone et
de Montferrat. Galéas éleva au plus haut point la grandeur de sa maison en
mariant son fils Jean Galéas à Isabelle, sœur du roi de France Charles V (1365), et sa fille Iolande à Lionel,
duc de Clarence, fils d'Édouard III, roi d'Angleterre (1368). Telle fut la magnificence
déployée à ces noces, que dix mille hommes furent, dit-on, rassasiés avec la
desserte des tables, et que Lionel mourut épuisé par l'excès des plaisirs. Jean
Galéas succéda à son père en 1378 ; mais son oncle Barnaba, père de quinze
enfants qu'il voulait richement établir, ne put voir sans jalousie le vaste
héritage de Galéas passer aux mains d'un seul homme. Jean, las de lutter
contre les complots de ses parents, se servit de sa popularité pour
surprendre Barnaba et deux de ses fils qui furent mis en prison, et il livra
au pillage leurs maisons et leurs terres. Barnaba mourut bientôt, peut4tre
empoisonné (1385).
Devenu tout-puissant par cette mort, Jean dépouilla le dernier des Scaligers (1387), réunit à ses états toute la
partie de la Lombardie qui s'étend depuis le Tésin jusqu'à la Brenta, et
régna à différents titres sur les florissantes cités de Vérone, Vicence,
Padoue, Feltre, Bergame, Brescia, Alexandrie, Parme et Pise. Quant à Lodi,
Novare, Côme, Verceil, Plaisance et Crémone, elles lui appartenaient depuis
longtemps. La maison de France cultiva avec soin son alliance, et en 1295,
l'empereur bohémien Wenceslas lui accorda, moyennant cent mille florins d'or,
le titre de duc de Milan pour lui et tous ses descendants. Ce diplôme fut
suivi de près d'un autre qui étendit la dignité ducale à toutes les
possessions des Visconti[3]. Ce
grand prince, qui peut être regardé comme le second fondateur de la maison
souveraine des Visconti, fut arrêté par la mort dans ses projets hostiles
contre Florence (3 septembre 1402). Il laissait deux fils, Jean-Marie et Philippe-Marie, dont
l'aîné sortait à peine de l'enfance. Leur minorité fut troublée par la
sanglante rivalité des Guelfes et des Gibelins. Ces derniers chassèrent le
gouverneur Malatesta, auquel Jean-Marie avait remis la principale autorité,
et les Guelfes à leur tour menacèrent la vie du successeur de Malatesta. Au
milieu de ces troubles, Bologne et les autres villes pontificales rentrèrent
sous la domination du pape, et Jean-Marie, détesté pour ses cruautés, fut
assassiné dans une église à l'âge de vingt-quatre ans (1412). Son frère Philippe triompha
avec peine d'un fils naturel de Barnaba que les conjurés lui avaient opposé.
Aussitôt qu'il se vit maître de l'autorité souveraine, il conçut le projet de
reprendre Vérone aux Vénitiens, Pise aux Florentins, Bologne au pape, et il
engagea à son service les plus fameux condottieri de l'époque. Francesco
Busone, surnommé Carmagnola du lieu de sa naissance, après avoir passé sa
jeunesse à garder les pourceaux, devint le principal instrument des victoires
de Visconti. Il prit Parme, Brescia, Bergame, battit les Florentins dans
toutes les rencontres, et rangea Gênes sous l'autorité du duc de Milan (1421). Mais bientôt, irrité de la
disgrâce qui avait payé ses exploits, Carmagnola se mit à la solde des
Vénitiens, les entraîna dans une ligue offensive avec les Florentins, enleva
aux Milanais un grand nombre de villes, et Philippe, vaincu sur l'Oglio,
accepta le traité de Ferrare qui cédait le Bressan à la seigneurie de
Saint-Marc (1428).
Le supplice de Carmagnola, que Francesco Sforza défit à Soncino et qui périt
victime d'une accusation de trahison (1432), ne rétablit pas les affaires de Visconti. Il
mécontenta Sforza en différant de lui accorder la main de sa fille, et quand
il reprit les armes, son général Piccinino Se fit battre par les Florentins.
Cette défaite acheva de renverser ses projets ambitieux, et la paix de 1441
assura aux Vénitiens le Bressan, Bergame ; Crème et Ravenne. Sforza
rentra en grâce et épousa la même année Blanche, fille naturelle de Philippe,
qui n'avait point d'enfants mâles. Cet heureux aventurier, bâtard du
condottiere Jacomuzzo, sut se maintenir par la politiqué au rang élevé où il
était arrivé par les armes. A la mort de son beau-père (1447), il résolut de succéder aux
Visconti malgré le testament du feu due qui instituait pour héritier le roi
de Naples Alphonse d'Aragon, et les prétentions de la maison d'Orléans, à
laquelle Valentine, fille de Jean Gales, avait apporté en dot le comté d'Asti
et la succession éventuelle du duché. Les Milanais s'étaient empressés de
rétablir le gouvernement républicain ; mais ils se trouvèrent dans la
nécessité de confier le commandement des troupes à Sforza, qui profita de sa
position pour imposer son alliance aux Vénitiens et venir avec eux assiéger
Milan. Cette ville entreprit de traiter avec Venise ; puis, irritée de la
duplicité des Vénitiens et de leur inaction calculée, elle préféra se donner
à Sforza, qui y fut reçu en souverain le 26 février 1250. Ce prince commença
une dynastie nouvelle qui, après cinquante ans de durée, devait trouver dans
les rois de France de redoutables compétiteurs. La
maison della Scala, qui dominait à Vérone depuis la chute d'Eccelino de
Romano, dut, comme les Visconti, la confirmation de sa puissance à l'empereur
Henri de Luxembourg, qui, en 1312, donna à Canele-Grand, petit-fils de
Mastino, la seigneurie de Vicence et te titre de vicaire impérial dans la
marche Trévisane. En vain la ville libre de Padoue essaya de disputer à Cane
la possession de Vicence ; elle tomba bientôt elle-même sous le joug de
Jacques Carrare, qui y établit héréditairement sa famille (1318). Mastino II, fils de Cane,
héritier de l'ambition paternelle, voulut profiter des troubles de la
Toscane, s'empara de Lucques après la mort de Castruccio, et menaça Florence
elle-même. Mois cette république s'allia avec les Vénitiens (1336), et Mastino, retenu chez lui
par les conquêtes d'Azon Visconti, rendit Lucques pour de l'argent.
L'inimitié des princes de Milan et l'adroite politique de Venise firent
échouer le projet formé par Mastino de se faire nommer roi d'Italie. Il
mourut en 1351, et après lui la grandeur de sa famille déclina rapidement.
Antoine della Scala fut dépouillé de toutes ses possessions par Jean Galéas
Visconti (1387), et en cette occasion Venise se
fit donner la Marche Trévisane. Galéas enleva aussi Padoue à François Carrare
l'année suivante ; mais ce prince rentra en possession de cette ville, prit
Vérone après la mort de Galéas, et voulut mettre la main sur Vicence, qui se
donna aux Vénitiens. A la suite d'une guerre malheureuse où il perdit ses
états, François se rendit à Venise pour implorer la clémence du sénat. On lui
fit son procès et on l'étrangla dans sa prison avec ses trois fils. Les
Carrares comme les Scaligers disparurent de l'Italie, et Padoue, trompée par
des promesses de liberté, fut définitivement réunie à la seigneurie en 1405. Une
autre famille souveraine sut se maintenir à Ferrare contre la redoutable
ambition des ducs de Milan ou de la république de Venise. La branche
italienne de la maison d'Este, séparée depuis longtemps de la tige guelfe[4], possédait la seigneurie de
Ferrare sous la suzeraineté des papes qui tenaient leur droit de la donation
de Mathilde. Aussi lorsqu'en 1308 les Vénitiens se furent emparés de Ferrare,
Clément V publia une croisade contre la république et la força à restituer la
ville. Les seigneurs de Ferrare, portant le titre de margrave ou de marquis,
ajoutèrent à leurs états les cités importantes de Modène et de Reggio (1336). Nicolas III étendit son
autorité sur Forli et d'autres villes de la Romagne, et son-fils naturel
Borso fut créé duc de Modène et de Reggio par l'empereur Frédéric III (1452). Le pape Paul II l'investit
plus tard de la seigneurie de Ferrare à titre de duché (1470) ; et l'année suivante, à la
mort de Borso, les possessions de la maison d'Este rentrèrent dans la
descendance légitime par l'avènement d'Hercule Ier. Parmi
les autres familles qui exercèrent d'une manière plus ou moins durable les
droits de souveraineté dans la moyenne Italie, on peut citer les Bentivoglio
qui dominèrent à Bologne depuis 1415, les Pics, à la Mirandole, les Malespina
à Massa, les Grimaldi à Monaco ; mais aucune n'obtint l'illustration des
Gonzague à Mantoue. Cette maison fut fondée par Louis Gonzague, qui se fit
proclamer capitaine du peuple après la proscription des Buonacolsi (1328). François, petit-fils de Louis,
obtint, comme nous l'avons dit, de l'empereur Sigismond le titre de margrave (1433), et un siècle plus tard
Frédéric, fils d'un autre François, fut créé duc de Mantoue par l'empereur
Charles-Quint. PIÉMONT ET MONTFERRAT. — Les comtes de Savoie dont la puissance
datait du démembrement du royaume d'Arles, faisaient remonter leurs
prétentions sur le Piémont nu règne de l'empereur Henri IV, qui avait investi
Humbert II des marches de Suze et de Turin, et lui avait permis de prendre le
titre de marquis d'Italie (1098). Humbert III, son petit-fils, eut à lutter contre la redoutable
inimitié de Frédéric Barberousse et la résistance des évêques de Turin ; mais
les deux fils de cet empereur, Henri et Philippe, protégèrent son successeur
Thomas qui fut nommé vicaire de l'Empire en Piémont et en Lombardie par
Frédéric II (1224).
Le même prince érigea le pays de Chablais et d'Aoste en duché pour Amédée,
successeur de Thomas (1238). Cependant, le Piémont se souleva contre Boniface, fils
d'Amédée, qui, vaincu et fait prisonnier, mourut sans pouvoir réduire Turin
et Asti. Délivré du dangereux voisinage de Charles d'Anjou comte de Provence,
Pierre, oncle de Boniface, fit la guerre avec quelque succès aux communes du
Piémont, grâce aux secours que lui fournit Henri III roi d'Angleterre, et il
se fit investir du duché d'Aoste par Richard de Cornouailles. A la même
époque le Piémont passa à titre d'apanage dans une branche cadette de la
maison de Savoie, qui y joignit aussi la principauté titulaire d'Achaïe.
Jacques de Savoie ayant levé en Piémont des impôts onéreux, en vertu d'une
charte de l'empereur Charles IV, le comte Amédée VI protégea les habitants de
cette province contre les violences de son parent (1359) ; mais bientôt Philippe fils de
Jacques, déshérité par les intrigues de sa belle-mère, livra le Piémont aux
ravages des routiers que commandait le condottiere Haukwood. A la mort de
Jacques, le Piémont fut adjugé au jeune Amédée, frère de Philippe (1368) ; et Louis, frère d'Amédée,
porta jusqu'en 1418 le titre de seigneur de Piémont, et fonda en 1405
l'université de Turin. Objet constant de l'ambition des comtes do Savoie, le
Piémont avec le comté de Nice, ne fut définitivement réuni à leurs
possessions que sous le règne d'Amédée VIII, par suite d'une double cession
des comtes de Provence, Louis ter et Louis III d'Anjou (1381-1419). Amédée VIII, qui fit de la
Savoie, dit Olivier de la Marche, le pays le plus riche, le plus se et le
plus plantureux de son voisinage, fut élevé à la dignité ducale par
l'empereur Sigismond (1417), et choisi pour pape sous le nom de Félix V par les cardinaux
dissidents qui faisaient partie du concile de Bâle (1439). Dès lors, la domination de la
maison de Savoie s'établit solidement en Italie et acquit une importance
toujours croissante. La
dynastie des marquis de Montferrat, héréditaires dans la race d'Aleran,
remontait au dixième siècle. Cette famille s'illustra dans les croisades, et,
au moment du partage de l'empire grec, Boniface II reçut le royaume de
Salonique, dont son arrière-petit-fils Guillaume V fit l'abandon à son gendre
Andronic Paléologue, empereur de Constantinople (1284). Théodore, fils d'Andronic et
d'Iolande de Montferrat, hérita du marquisat après la mort de Jean son oncle
maternel (1306), et fonda une dynastie nouvelle
qui dura jusqu'en 1533. Une autre Iolande, fille de ce Théodore, épousa en
1330 Aymon-le-Pacifique, comte de Savoie, et lui porta des droits éventuels à
la succession du marquisat, droits qui devinrent au seizième siècle une
source féconde de démêlés entre les ducs de Savoie et les ducs de Mantoue. Le
Montferrat constamment en guerre avec la Savoie, après avoir passé dans la
maison de Gonzague, fut annexé au Piémont par la paix d'Utrecht, en 1713. TOSCANE. — Dans ce pays, le parti
gibelin représenté par Lucques et Pise, et le parti guelfe représenté par
Florence et les communes de l'intérieur, Arezzo, Pistole, Sienne, Volterra,
Prato, étaient encore en présence. Mais le triomphe des Guelfes n'était plus douteux.
L'expédition de l'empereur. Henri VII, l'ambition d'Ugguccione, seigneur de
Pise et de Lucques, et surtout le génie de Castruccio Castracani retardèrent
quelque temps la chute de la cause gibeline. Élu en 1320 seigneur de Lucques
après l'expulsion des Guelfes, Castruccio assiégea Prato, s'empara de
Pistole, se ligua avec Galéas Visconti et défit à la bataille d'Alto-Pascio,
les Florentins que commandait Raymond de Cardone (1325). L'année suivante, Il fut créé
duc de Lucques et de Pistoie par l'empereur Louis de Bavière, prit possession
de Pise et fit rentrer sous sa domination Pistole que les Florentins lui
avaient enlevée. Mais sa mort prématurée sauva la liberté des communes toscanes
(1328). Lucques, vendue après lui au
génois Spinola par les Allemands, puis cédée à Mastino della Scala, finit par
se donner aux Pisans (1342) pour échapper au joug des Florentins qui l'avaient achetée de
Mastino. Lasse de ce patronage, elle s'adressa à l'empereur Charles IV, qui
en 1370 reconnut son indépendance. Après la conquête de Pise par les
Florentins, Lucques sut résister à tous les efforts de ces redoutables
ennemis. Un moment asservie par Paolo Giunisi (1430), elle se délivra de la tyrannie
domestique et de la guerre étrangère, avec l'aide des Milanais et des Génois,
et jouit dès lors d'une liberté qui ne fut plus sérieusement contestée. Pise,
qui avait cessé d'être une puissance maritime depuis le désastre de la
Méloria et la destruction de son port, ne put défendre la Sardaigne contre la
maison d'Aragon, à laquelle Boniface VIII avait donné l'investiture de cette
ile. Sous Jayme II, un massacre qui rappelle celui des Vêpres Siciliennes,
livra la Sardaigne aux Aragonais (1323), et deux ans après, les Pisans se décidèrent à
abandonner leurs droits de souveraineté sur ce pays[5]. Malgré son abaissement, Pise
résista longtemps encore à l'ambition de Florence. Excités par Barnaba
Visconti et soutenus par trois mille Anglais mercenaires, les Pisans
remportèrent quelques avantages peu durables (1362-1364). Déchirés ensuite par des
factions, ils subirent les lois de Jean Galéas Visconti, qui les protégea du
moins contre Florence. Mais à la mort de ce prince, son fils naturel Gabriel
qu'il avait déclaré seigneur de Pise, vendit cette ville aux Florentins pour
deux cent mille écus d'or. En vain les Pisans, pour se soustraire au sort qui
les menaçait, invoquèrent le secours du roi de Naples Ladislas et du maréchal
de Boucicaut, lieutenant de Charles VI à Gênes ; ils furent forcés de se
soumettre après une résistance désespérée (1406), et dès ce moment l'histoire de Pise ne se sépare
plus de celle de Florence. A
Florence, les factions rivales des noirs et des blancs succédèrent aux
Guelfes et aux Gibelins. Les noirs dirigés par les Donati, et soutenus par la
politique ainsi que par les armes des rois de Naples, dominèrent presque
constamment. Cepçndant l'ambition de Corso Donati lui coûta la vie (1308). Délivrée de la terreur que lui
avait inspirée Castruccio, Florence modifia encore sou gouvernement en créant
un nouveau conseil composé de trois cents membres tirés du peuple. Mais le
mauvais succès de la guerre soutenue contre Pise au sujet de la possession de
Lucques, amena les Florentins à confier le commandement de leurs troupes à
Gautier de Brienne, duc d'Athènes. Celui-ci, malgré l'opposition des familles
nobles, se fit déférer par le peuple un pouvoir absolu dont il n'usa que pour
satisfaire son avarice, et qu'il perdit par sa cruauté (1343). Mais son expulsion ne servit
point les intérêts de la noblesse, et Florence entra plus que jamais dans les
voies démocratiques. Dépeuplée en 1348 par une peste générale, cette
république se vit attaquée bientôt après par Jean Visconti, et ne fut sauvée
que par le dévouement des villes guelfes (1350). Elle fut ensuite troublée par la rivalité des
arts majeurs et des arts mineurs, et par les sanglantes discordes des Ricci
et des Albizzi. Au milieu de ces divisions, elle ne craignit pas de déclarer
la guerre au pape Grégoire XI pour soustraire les communes guelfes à la
tyrannie des légats pontificaux. La Toscane fut alors livrée aux excès de la
compagnie bretonne, que le légat, Robert de Genève, avait amenée à sa suite (1376). Les Florentins prirent à leur
solde le condottiere Haukwood, qui força les troupes papales à lever le siège
de Grosseto, et la mort du pape termina cette guerre ruineuse. Mais au
commencement du siècle suivant, Florence assura sa domination en Toscane par
la conquête de Pise, dont le maréchal de Boucicaut lui garantit la
possession. Ce dernier ayant occupé Livourne pour les Génois, les Florentins
leur achetèrent cette place importante (1421) ; et, peu d'années après, la révolte impuissante
de Volterra apprit aux villes inférieures qu'elles avaient non plus des
alliés, mais des maîtres. L'acquisition
du port de Livourne ouvrit la mer aux spéculations commerciales des
Florentins, et cette nouvelle source de richesses contribua à la grandeur
d'une famille de marchands qui préludait à la tyrannie par la popularité. Dès
l'an 1378, le gonfalonnier Sylvestre de Médicis avait acquis une grande
influence en faisant triompher la démocratie pure. A partir de cette époque,
la république reçut chaque année pour magistrats les citoyens dont les noms
sortaient de trois bourses destinées à renouveler le gonfalonnier et ses six
prieurs, le collège des bonshommes au nombre de douze et les gonfalonniers
des seize compagnies. Jean de Médicis prépara la puissance de sa maison, en
employant sa fortune au soulagement des pauvres. Son fils Cosme, exilé par la
faction des Albizzi (1433), revint l'année suivante en triomphe, et pendant trente ans fut
sans titre apparent l'arbitre de l'État (1434-1464). Sa mort fut pleurée comme une
calamité publique, et les Florentins le surnommèrent le père de la patrie. VENISE ET GÈNES. — L'activité commerciale de ces deux républiques,
source de leur prospérité, était en même temps la cause de leurs sanglantes
querelles. Depuis la fin du treizième siècle, les Génois dominaient sans
contestation dans la mer Noire, mais les Vénitiens avaient conservé la
prépondérance dans l'Archipel et dans les mers du Levant. La force nouvelle
que prêtait à Venise l'introduction de l'aristocratie héréditaire, mit son
gouvernement à l'abri des agitations de celui de Gênes, outre qu'elle secondait
les progrès de son commerce et de sa marine ; aussi, le traité conclu en 1347
avec le sultan mameluk Hasen-Naser, en assurant à la seigneurie de Saint-Marc
une entière liberté de commerce dans les ports de Syrie et d'Égypte, ainsi
que la faculté d'avoir des consuls à Alexandrie et à Damas, lui donna des
facilités pour s'approprier peu à peu le monopole des Indes, et pour s'y
maintenir contre les Génois qui le lui disputaient avec la supériorité de la
mer. L'inimitié
qui divisait Venise et Gênes éclata ouvertement en 1350, à propos de la
guerre que les Génois soutenaient contre les Tartares de la Crimée. Après les
avoir repoussés de Caffa, ils bloquèrent la mer d'Azoff et interceptèrent le
commerce des Vénitiens avec le port de Tana. Ceux-ci s'allièrent avec les
Aragonais et avec l'empereur Jean Cantacuzène, qui avait éprouvé l'insolence
et appris â redouter les forces des marchands de Péra. Mais les Vénitiens
n'en furent pas moins défaits dans le détroit de Gallipoli, malgré la valeur
des Catalans (13 février 1352), et l'Empereur, menacé par les vainqueurs, signa un traité
humiliant par lequel il bannissait pour toujours les Vénitiens de ses ports.
Cependant ce revers n'empêcha pas les Vénitiens de tenir la mer, et même ils
remportèrent à leur tour un avantage signalé devant Cagliari. Gênes, d'abord
abattue par cette perte, arma une nouvelle flotte dont elle confia le
commandement à Paganino Doria qui, après avoir dévasté -les côtes de
l'Adriatique, attaqua l'escadre vénitienne près de l'île de la Sapienza et la
détruisit presqu'entièrement. C'était l'époque où le doge Marino Faliero
conspirait contre la constitution de l'Etat et entreprenait de renverser
l'aristocratie. Le complot fut découvert ; Marino eut la tête tranchée (18 avril 1355) ; mais la Seigneurie, pour
prévenir les suites de cette conspiration, se vit forcée de demander la paix
aux Génois, et deux ans après, Dors d'état de soutenir une lutte inégale
contre le roi Louis de Hongrie, elle céda à ce prince l'Istrie et la Dalmatie
(1357). Suspendues
pendant vingt ans, les hostilités se rallumèrent entre les deux rivales (1376), et cette fois mirent en feu
toute l'Italie. Venise eut pour elle le roi de Chypre, Pierre de Lusignan et
Barnaba Visconti ; Gènes compta parmi ses alliés le roi de Hongrie, la reine
de Naples, les tartares et les Scaligers. La possession de l'île de Ténédos,
où les Vénitiens avaient mis garnison avec la permission de Jean Paléologue,
fut le sujet de cette guerre opiniâtre qui devait se terminer dans les
lagunes de Venise. Repoussés de Ténédos et battus près des ruines d'Antium,
les Génois attaquèrent l'île de Chypre, s'emparèrent de Famagouste et s'y
maintinrent malgré tous les efforts des Vénitiens et des insulaires. Après
s'être évitées dans -le golfe de Tarente, les deux flottes se rencontrèrent
près de Pola (1379),
et les Génois y remportèrent une victoire éclatante. Renforcés par de
nouvelles galères que leur amena Pierre Doria, ils pénétrèrent au milieu des
lagunes et s'emparèrent du port de Chiozza. Doria repoussa avec hauteur les
soumissions du doge Contarini ; il aurait même emporté Venise s'il avait su
profiter de la première consternation des Vénitiens qui étaient sur le point
d'abandonner leur patrie pour s'exiler dans l'île de Candie. La lenteur de
l'amiral génois leur donna le temps de se reconnaître. Poussés par un noble
désespoir, ils firent des efforts extraordinaires pour équiper une flotte
avec laquelle Victor Pissai vint fondre sur les Génois. La victoire
récompensa son patriotisme ; Chiozza fut reprise et les ennemis faits
prisonniers (24 juin 1380).
A la suite de quelques hostilités sans importance, les deux républiques,
également épuisées, conclurent la paix à Turin sous la médiation du comte de
Savoie, au mois d'août 1382. On stipula la démolition de la forteresse de
Ténédos ; mais, en réalité, cette paix ne fut avantageuse qu'à leurs alliés. Venise,
qui s'était vu enlever dans Cette guerre ses domaines de terre ferme, ne
tarda pas à réparer ses pertes, tandis que la décadence de Gênes était amenée
par ses commotions intérieures et par l'instabilité de son gouvernement. Ce
peuple léger et turbulent, qui ne pouvait sup- porter ni la liberté ni la
servitude, changea fréquemment de maîtres. Après s'être mis sous la
protection du roi de Naples Robert, il essaya de trouver un remède à la
désastreuse rivalité des Doria et des Spinola, en se plaçant sous le
gouvernement d'un seul. Mais Simon Boccanegra, son premier doge (1339), ne tarda pas à ressentir les
effets de son inconstance. Il fut forcé d'abdiquer, puis rétabli douze ans
après, lorsque les Génois eurent chassé les officiers des Visconti, et enfin
empoisonné. Ses successeurs ne furent pas plus heureux, et l'histoire intérieure
de Gênes depuis la paix de Turin, n'offre qu'une suite fatigante de séditions
et de troubles jusqu'au moment où les Génois se donnèrent au roi de France
Charles VI (1396).
Les premiers gouverneurs français ne purent parvenir à rétablir la
tranquillité dans la' ville. Enfin la fermeté du maréchal de Boucicaut (1401) rendit à Gênes quelques moments
de repos. Les factieux furent obligés d'apporter leurs armes au palais et
virent leurs forteresses abattues. Boucicaut occupa au dehors l'activité des
Génois ; il obligea le roi de Chypre à lui céder Famagouste, alla piller les
comptoirs des Vénitiens à Baruth et leur livra un combat naval qui resta
indécis (1403). L'intervention de la cour de
France ayant arrêté les suites de cette rupture, Boucicaut acquit encore à la
république l'île d'Elbe et le port de Livourne (1405). Mais quatre ans après, les
Génois se soulevèrent et chassèrent les Français pour proclamer le marquis de
Montferrat capitaine général de l'état de Gênes. Le marquis, expulsé à son
tour, céda la place au duc de Milan Philippe Visconti (1421). Pendant les guerres de ce
prince avec les Vénitiens, Gènes se détacha de lui pour reprendre son
indépendance. Mais elle ne put vivre en paix ; déchirée par les factions des
Frégose et des Adorno, elle se donna une seconde fois aux Français (1458), et respira un moment sous
l'administration vigoureuse, mais passagère, de Jean d'Anjou duc de Calabre.
Enfin, depuis 1464, la ville de Gênes fut constamment regardée comme une
dépendance du duché de Milan jusqu'en 1528, où André Doria y rétablit l'ancienne
forme du gouvernement. Venise,
au contraire, demeurait paisible sous l'administration oppressive de son
aristocratie, et prenait de jour en jour des accroissements nouveaux. Elle
gagna, comme on l'a vu plus haut, Trévise et Padoue à la chute des &alles
et des Carrares. Elle domina dans le golfe de Corinthe par la prise de Patras
et de Lépante. En 1420, elle rentra en possession de la Dalmatie par la
conquête qu'elle en fit sur Sigismond roi de Hongrie. Cette conquête facilita
celle du Frioul qu'elle enleva la même année au patriarche d'Aquilée, allié
du roi de Hongrie. Enfin, elle démembra successivement du duché de Milan les
villes de Vicence, Bellone, Vérone, Brescia, Bergame, Crème avec leurs
territoires, et dut encore la réunion de Ravenne à la politique guerrière de
Foscari (1441). Mais ce grand homme, satisfait
d'avoir constitué les états de Venise sur la terre ferme, ne sut pas prévenir
le coup terrible que la prise de Constantinople par les Turcs porta au
commerce, et plus tard à la puissance de sa patrie. Les galères de la
république arrivèrent trop tard pour sauver l'ancienne capitale de l'Orient,
et la politique du sénat entama des négociations pacifiques avec les ennemis
de la chrétienté qui allaient être avant peu les plus redoutables adversaires
de la domination vénitienne. ROYAUMES DE NAPLES ET DE SICILE.
— Contrairement aux stipulations du traité d'Anagni, qui ordonnait la
restitution de la Sicile à Charles II d'Anjou, Frédéric d'Aragon, frère de
Jayme, se fit proclamer roi (1296), résista aux efforts réunis des Aragonais et des Français, et
demeura maître de l'île par la victoire de Falconara (1299). Charles II mit fin à la guerre
en donnant à Frédéric la main de sa fille Éléonore, et en le reconnaissant
comme roi de Trinacrie, à condition que l'île reviendrait après lui à la
maison d'Anjou (1302).
Mais Frédéric n'en transmit pas moins la Sicile à son fils Pierre II (1336), dont les deux fils Louis et
Frédéric III régnèrent successivement. En 1391, Marie, unique héritière de
Frédéric, par son mariage avec Martin prince d'Aragon, porta la Sicile dans
la branche aînée. A
Naples, Robert le-Sage, fils puîné de Charles II, prit possession de la
couronne, en vertu du testament de son père et an mépris des prétentions du
roi de Hongrie Charobert, fils de son frère aîné (1309). Protégé par les papes, il sut
rendre vaine l'inimitié des empereurs d'Allemagne, se déclara en toute
occasion le chef du parti guelfe, et soutint avec honneur ce rôle difficile.
Mais il épuisa inutilement les trésors de son royaume de Naples et de son comté
de Province pour reconquérir la Sicile. En mourant, il déclara son héritière
sa petite-fille. Jeanne, qu'il avait mariée à André, second fils de
Charobert, espérant par cette union confondre les droits des deux branches (1343). Ce jeune prince, qui fut,
proclamé roi en même temps que Jeanne, avait apporté à Naples sa rudesse et
sa franchise barbare. Il donna toute sa confiance à son précepteur, un moine
hongrois, qui distribua aux étrangers les emplois, les charges, les honneurs.
Une profonde antipathie nationale, mitant que, des jalousies de cour, armèrent
le bras des seigneurs. Jeanne, à peine âgée de dix-huit ans, mais déjà mûre
pour le crime, connut le complot et ne fit rien pour l'empêcher. André fut
étranglé dans une galerie de son palais et jeté par la fenêtre (1345). A cette nouvelle, la Hongrie
s'émut et s'indigna. L'Allemagne prit fait et cause, et Louis de Bavière
prêta des secours et des troupes. Jeanne effrayée voulut s'excuser : son
beau-frère, Louis de Hongrie, lui fit une réponse laconique et menaçante[6] ; alors elle chercha à se
donner un appui en épousant son cousin Louis de Tarente ; puis, quand elle
apprit que Louis de Hongrie marchait sur Naples avec un étendard noir où
était peint le corps de son frète, elle s'enfuit en Provence (1347). L'invasion hongroise fut
violente, mais passagère. Jeanne, s'étant fait absoudre par le pape, rentra
dans ses états, d'où son mari chassa les Hongrois. L'administration de ce
prince ne fut pas sans gloire, malgré ses revers en Sicile. Après sa mort, Jeanne
conclut une troisième et malheureuse union avec l'infant de Majorque (1363). Dégoûtée du mariage et n'ayant
pas d'enfants, elle résolut d'adopter son parent Charles, comte de Gravina,
qu'elle maria à sa nièce Marguerite de Duras (1368). Mais peu fidèle à sa
résolution, elle donna sa main à un quatrième époux, Othon de Brunswick. La
faveur qu'elle témoignait aux Allemands excita un mécontentement général dont
Charles de Duras se hâta de profiter. Soutenu par le roi de Hongrie et par le
pape de Rome Urbain VI, il prit les armes dire sa bienfaitrice et la mit dans
la nécessité de solliciter des secours étrangers. Jeanne annulant sa première
adoption, en fit une autre en faveur de Louis Ier, frère puîné de Charles V
roi de France, et fondateur de la seconde maison d'Anjou[7] (1380). Mais les secours que ce prince
amena à la reine arrivèrent trop tard pour la sauver des mains de son cruel
ennemi. Charles, maitre de Naples, assiégea Jeanne dans Castel-Nuovo, fit
prisonnier Othon de Brunswick, et ordonna le supplice de la reine qui fut
étranglée comme l'avait été André de Hongrie (1382). Charles
III, pendant son règne, qui fut court, eut à lutter contre les prétentions de
Louis d'Anjou, et alla se faire tuer en Hongrie (1386). La minorité de son fils
Ladislas fut agitée par des troubles violents, et la ville de Naples se
déclara pour les Angevins qui s'étaient mis en possession du comté de
Provence. Louis II, après une expédition brillante, mais infructueuse, fut
obligé d'évacuer le royaume (1399) ; et Ladislas profita de la retraite de son ennemi pour aller
recevoir la couronne de Hongrie (1401). En 1410, le duc d'Anjou fit une nouvelle
tentative, et remporta sur Ladislas à Ceperano une victoire que
l'indiscipline de ses troupes rendit stérile. Le roi de Naples, après avoir
dévasté les états ecclésiastiques, mourut empoisonné à Pérouse (1414), et laissa le trône à sa sœur
Jeanne II qui renouvela les scandales du règne de la première Jeanne. Menacée
par Louis III d'Anjou qui voulait faire valoir les droits qu'il tenait de son
aïeul, cette princesse implora la protection du roi d'Aragon Alphonse V,
l'adopta et le déclara son héritier (8 juillet 1421) ; mais les succès et l'ambition
de l'Aragonais ayant inspiré à Jeanne une profonde défiance, elle signa un
nouvel acte d'adoption en faveur de ce même Louis d'Anjou qui venait de lui
faire la guerre (1423),
et à la mort de Louis (1434), elle appela René, frère de ce prince, à lui succéder au trône
de Naples. Alphonse
d'Aragon avait cédé à l'orage ; mais quand la branche royale de Duras se fut
éteinte avec Jeanne II (1435), il reparut en armes dans le royaume. Déjà maitre de la Sicile,
qui était rattachée à l'Aragon depuis 1409, il trouva de plus un auxiliaire
puissant dans le duc de Milan, et après sept ans de guerre il força René
d'Anjou à la retraite. L'habileté de sa politique lui concilia la faveur
d'Eugène IV, qui en 1443 lui donna l'investiture du royaume de Naples et
légitima son fils naturel Ferdinand. Affermi sur le trône, Alphonse se trouva
engagé dans une nouvelle guerre au sujet de la succession de Philippe
Visconti qui lui avait légué son duché. Il s'allia avec Venise contre
l'usurpateur Francesco Sforza que soutenaient les Florentins, et il envoya
une armée en Toscane ; mais au milieu des hostilités, la prise de
Constantinople par les Turcs décida le pape Nicolas V à rendre la paix à
l'Italie. Sous sa médiation, les Vénitiens et le duc de Milan firent la paix
à Lodi (9
avril 1454). Les
Florentins y accédèrent peu de temps après, et le roi de Naples fut obligé
d'y consentir à son tour. Les dernières années du règne d'Alphonse furent paisibles, et il transmit en 1458 les provinces continentales du royaume de Naples à son fils Ferdinand, qui fut inquiété par Jean, duc de Calabre, fils de René. Mais Jean ne sut pas profiter de la victoire de Sarno (1460), et l'inconstance de René l'empêcha de donner à ses réclamations la suite et la vigueur qui seules pouvaient en assurer le succès. Après lui, les droits des Angevins de la seconde race passèrent avec la Provence aux rois de France, et à la fin de ce siècle la succession de Naples mit en jeu toute la politique européenne. |
[1]
Ce sont presque tous des étrangers, du moins dans les premiers temps ;
rappelons les noms redoutés du provençal Montreal (Fra Moriale), du français
Jean de Malestroit, de l'anglais Haukwood (Aucudo), de l'allemand Werner, de
l'espagnol Raymond de Cardone.
[2]
Étienne Visconti, dernier enfant de Matteo Ier, mort en 1327, avait laissé de
son mariage avec Catherine Doria trois fils, Matteo, Galéas et Barnaba.
[3]
Voyez LÜNIG, Cod.
ital. diplom., t. I, p. 421, 425.
[4]
Foulques, second fils d'Azo d'Este et frère de Welf duc de Bavière, est la
souche de la branche italienne. Il mourut vers 1136.
[5]
Pèdre IV, jaloux de gagner l'affection de ses sujets insulaires, octroya aux
Sardes, en 1353, les libertés de la métropole, et en 1395, la charte de Logis
leur assura les bienfaits de la législation civile usitée en Aragon.
[6]
Johanna, inordinata vita prœcedens, retentio potestatis in regno, neglecta
vindicta, vir alter susceptus et excusatio subsequens, necis viri tui te
probant fuisse participem et consortem. Cit. par M. SISMONDI, Hist. des
Républ. ital., tom. IV.
[7]
Les comtés d'Anjou et du Maine avaient passé, en 1291, à Charles de Valois,
fils puîné du roi Philippe-le-Hardi, en vertu de son mariage avec Marguerite,
fille de Charles II. Le roi de France, Jean, assigna ces comtés à Louis, son
second fils, qu'il créa duc d'Anjou en 1360.