Pouvoir des papes sur
les princes et sur le clergé. — Boniface VIII. — Commencement de ses démêlés
avec Philippe-le-Bel. — Jubilé. — Négociations inutiles. Déclaration des
États-Généraux. — Procédure contre le pape. — Abaissement et mort de
Boniface. — Benoit XI. — Translation du Saint-Siège à Avignon. —
Conséquences. — Rienzi. — Son élévation et son orgueil. — Il est chassé. —
Son retour à Rome, sa mort. — Urbain V. — Grégoire XI. — Commencement du
grand schisme. — Efforts inutiles de l'Université de Paris. — Concile de
Pise. — Concile de Constance. — Déposition des trois papes. — Élection de
Martin V. — Tentatives de réforme. — Concile de Bêle. — Il est transféré à
Ferrare. — Nouveau schisme. — Pragmatique-sanction de Bourges. — Fin du
schisme. — Pouvoir absolu des papes à Rome.
Depuis
le pontificat de Grégoire VII, les papes avaient toujours admis en principe
que leur pouvoir embrassait de droit divin le spirituel et le temporel, et
ils avaient agi d'après cette maxime. Aussi leur histoire est-elle celle de
l'Europe entière. Nous les avons vus « prendre part à toutes les querelles
des princes, adresser indifféremment leurs ordres à tous, enjoindre aux uns
de mettre bas les armes, recevoir les autres sous leur protection, casser et
annuler leurs actes et procédures, évoquer à leur cour et juger leurs
différends. Ils s'arrogent la faculté de légitimer les enfants des rois pour
leur donner le droit de succéder ; ils défendent aux souverains d'imposer le
clergé ; ils prétendent la supériorité féodale sur tous et l'exercent sur un
très-grand nombre ; ils confèrent la royauté à ceux qui désirent en être
revêtus ; ils délient les sujets du serment de fidélité, mettent les royaumes
en interdit pour venger leurs propres querelles, disposent enfin des états
des princes excommuniés, de ceux des hérétiques et de leurs fauteurs, des
îles et empires nouvellement découverts, des pays des infidèles ou des
schismatiques, de ceux même des catholiques qui refusaient de plier sous leur
autorité[1]. » Si les
pontifes de Rome jouissaient ainsi d'une prépondérance marquée dans le
système politique de l'Europe, ils avaient également réussi à concentrer
entre leurs mains toute l'influence ecclésiastique. Ils avaient divisé les
biens des évêques et des chapitres ; ils avaient sécularisé les chanoines
réguliers, permis que chacun eût son propre, et toléré la pluralité des
bénéfices. Quand une prélature vacante avait payé au roi, pendant un an ou
plus, les régales de la vacance, le nouvel Élu payait au pape l'annate
ou première année du revenu. Souvent le pape arrêtait d'un mot l'élection ;
il déclarait qu'il s'était réservé de nommer à tel évêché, à telle abbaye.
Ces réserves, qui donnaient fréquemment un pasteur italien ou français à une
église d'Angleterre, d'Allemagne, d'Espagne, étaient fort odieuses. Cependant
elles avaient quelquefois l'avantage de soustraire les grands sièges aux
exigences féodales qui y auraient élevé des cadets de seigneurs, des sujets
indignes ou inculpables. Mais ce qui inspirait encore un plus vif
mécontentement, c'étaient les dîmes, les contributions arbitraires, les collectes,
les procurations, dont le pape ou ses légats frappaient le clergé. Il
n'était pas rare de voir un légat muni de blancs-seings, qu'il remplissait
ensuite à sa volonté, imposant ainsi des sommes énormes aux évêchés et aux
monastères. L'argent était rare ; pour payer, il fallait emprunter aux
Lombards, aux Cahorsins, banquiers privilégiés que le pape prenait sous sa
protection ; usuriers impitoyables qui faisaient monter les intérêts au
niveau et même au-dessus du capital. Mais
les grands empires ont leur terme, et le plus haut degré de leur élévation
est ordinairement le premier degré de leur décadence. C'est ce qui arriva
sous Boniface. VIII. La puissance pontificale, parvenue alors à son apogée,
éprouva tout-à-coup un violent et irréparable échec ; l'excès amena la
réaction. Les souverains, mieux éclairés sur leurs véritables intérêts,
apprirent à soutenir les droits et la majesté de leurs couronnes contre les
entreprises du Saint-Siège ; et le clergé, qui souffrait des exigences d'un
pouvoir arbitraire, se joignit à eux pour réprimer des abus et des
empiètements dont il souffrait tout le premier. La
France donna le signal. La pragmatique sanction de saint Louis, en fondant
les libertés de l'Église gallicane, avait investi les rois d'une sorte de
protectorat dont ils se hâtèrent de profiter. Le pape Boniface VIII, que son
caractère orgueilleux et violent entraînait à appliquer sans ménagement les
maximes de ses prédécesseurs, s'indigna quand il apprit que Philippe-le-Bel,
de sa propre autorité, levait des décimes sur le clergé. Lui-même cependant
venait de créer un nouvel évêché à Pamiers, sans la participation du roi. En
1296, Boniface publia la bulle Clericis laicos, qui défendait aux
clercs de payer aucune, aide aux princes séculiers, et à ceux-ci d'en exiger
sous peine d'excommunication. Le roi de France répondit à cette bulle par une
ordonnance du parlement qui interdisait d'exporter bon du royaume ni or, ni
argent, ni vivres, ni armes, ni munitions de guerre ; c'était frustrer la
cour de Rome d'une partie de ses revenus. Boniface dissimula son
mécontentement et procéda même à la canonisation de saint Louis, retardée
depuis longtemps (1298).
Mais la sentence arbitrale qu'il prononça entre Philippe-le-Bel et Édouard
Ier ayant été jetée au feu eu plein conseil par Robert d'Artois comme
injurieuse pour la France, cette circonstance ranima l'irritation des deux
partis. Le roi donna asile et protection aux Colonna, puissante famille de
Rome, que Boniface avait exilée, et disputa certains droits féodaux à
l'archevêque de Narbonne et à l'église de Maguelone ; le pape de son côté, au
mépris des prétentions de Charles de Valois frère de Philippe, se disposa à
valider l'élection d'Albert d'Autriche, qu'il avait d'abord combattue. Cependant
Boniface VIII, entouré des pompes de la papauté, pouvait se faire illusion
sur l'issue de la lutte qui se préparait, C'était l'année du jubilé[2] qu'il avait rétabli sous une
nouvelle forme en y joignant les indulgences (1300). Le monde entier semblait
vouloir retremper sa foi avec le renouvellement du siècle. Une foule immense
de toute nation, de tout âge était venue à Rome visiter les tombeaux des
saints Apôtres. En voyant l'univers à ses pieds et l'or amoncelé sur l'autel de
saint Paul, le pape fut comme frappé de vertige : il parut en public avec les
ornements impériaux, l'épée et le sceptre, et fit crier devant lui : « Il y a
ici deux épées... » Il croyait tenir à la fois le glaive des Césars et l'arme
spirituelle des pontifes. Peu de
temps après, il reçut une ambassade dirigée par Guillaume de Nogaret et qui
n'eut aucun résultat. Il envoya à son tour à la cour de France l'évêque de
Pamiers, Bernard Saisset, qui parla avec insolence et se fit chasser. Comme
Saisset, de retour à son évêché, continuait de déclamer contre la tyrannie et
la simonie de Philippe ; il fut enlevé secrètement et emprisonné à Senlis. Le
chancelier Pierre Flotte, député auprès de Boniface pour demander la
dégradation de l'évêque, imita dans ses discours l'arrogance de celui dont il
se plaignait. Boniface refusa de porter sentence contre un évêque qui avait
été soustrait à ses juges naturels, envoya ordre à tous les prélats de France
de se trouver le 1er novembre 1301 à Rome pour y aviser aux moyens de corriger
le roi et de réformer l'État, et lança contre Philippe la bulle Ausculta,
fili, où il déclarait que le roi était sujet du pape, et que c'était
folie de se persuader qu'il n'avait point de supérieur sur la terre, et qu'il
ne dépendait point du souverain Pontife. Philippe, dans une assemblée des
grands du royaume, fit brûler cette bulle, et déclara que ses fils
mériteraient d'être détrônés si jamais ils reconnaissaient qu'ils tinssent
leur couronne d'un autre que de Dieu. On alla même plus loin : la bulle fut
mutilée, falsifiée par les scribes royaux, répandue en tous lieux sous cette
forme. Pour entraîner l'opinion publique dont on commençait à sentir le
besoin, on fit tenir au pontife un langage indigne de lui. L'année
suivante (1302) Philippe, qui avait défendu aux
ecclésiastiques de se rendre au concile, convoqua lui-même les députés des
barons, du clergé et des villes, et en obtint une déclaration par laquelle
les trois ordres protestaient de leur fidélité au roi[3] et de la résolution qu'ils
avaient prise de défendre contre tout pouvoir l'indépendance de la couronne :
ce sont les premiers états-généraux. Trente-cinq évêques, quelques
archevêques et abbés s'étant rendus à la convocation du pape contrairement à
la décision des états, le roi saisit leur temporel, et bientôt ne garda plus
de mesure après la publication d'une sentence d'excommunication qui
l'atteignait sans pourtant le désigner nominativement. Cette sentence avait
été précédée de la bulle Unam Sanctam, dont le langage était plus
absolu que jamais, et qui établissait de nouveau que le double glaive
appartenait au successeur de saint Pierre. Guillaume de Nogaret, légiste de
Montpellier, que Philippe avait appelé à sa cour[4], accusa avec emportement, dans
le conseil, le pape Boniface qu'on devait plutôt appeler Maleface. Le
cardinal de Saint-Marcellin étant venu en France apporter une seconde
sentence d'excommunication contre Philippe-le-Bel, le roi, dans une nouvelle
assemblée des états, en interjeta appel au futur concile, et plusieurs
évêques adhérèrent à l'acte d'accusation que Guillaume de Plasian avait
dressé contre le pape. Dix cardinaux étaient d'accord avec Philippe pour
demander la convocation d'un concile général qui déciderait sur la conduite
de Boniface, et l'Université de Paris prêtait au monarque l'appui de ses
décisions et de son influence. Dans ce singulier procès, Nogaret suivit les
formes ordinaires de la justice contre le chef spirituel de la chrétienté, accusa,
plaida, conclut à l'emprisonnement, obtint sentence et se chargea de
l'exécution. Boniface
était alors à Anagni lieu de sa naissance. Il lance une troisième bulle
d'excommunication contre Philippe, et délie ses sujets du serment de fidélité
; mais avant qu'elle soit parvenue en France, lui-même est surpris dans son
palais par Nogaret et Sciarra Colonna qui, suivis d'une troupe d'aventuriers
à gages, Ont corrompu ses serviteurs à prix d'or. Le courageux vieillard,
revêtu des ornements pontificaux, reçoit, assis sur son trône, ses ennemis
furieux, et Colonna n'a point honte de le frapper au visage avec son gantelet
de fer. Délivré par le peuple d'Anagni des mains des Français, Boniface se
réfugie à Rome ; mais sa raison et sa force d'âme font abandonné, et il meurt
un mois après à l'âge de quatre-vingts ans dans un accès de rage et de désespoir
(septembre
et octobre 1303). Son
successeur Benoît XI leva les excommunications dont avaient été frappés les
Colonna et Philippe-le-Bel, mais il refusa d'absoudre Nogaret. Une femme
voilée vint lui présenter une corbeille de figues à Pérouse ; il en mangea et
mourut (7
juillet 1304).
Cette fin mystérieuse augmenta la terreur, et le roi de France put à son gré
disposer de la papauté. Nous
indiquerons plus loin l'élection simoniaque de Clément V qui entraîna la
condamnation des Templiers et la translation du Saint-Siège à Avignon[5] (1309). Les successeurs de Clément,
abandonnant la ville où saint Pierre avait fondé son Église, continuèrent à
résider à Avignon jusqu’en 1377, où Grégoire XI retourna à Rome. Ils auraient
dû cependant comprendre qu'ils se mettaient ainsi sous fa dépendance des rois
de France qui remplirent le sacré Collège de cardinaux français[6] et créèrent sept papes français
de suite. Philippe de Valois poursuivit Jean XXII comme hérétique, menaça
Benoît XII de le traiter plus mal que son oncle n'avait traité Boniface VIII,
fit de Clément VI l'instrument de sa politique contre Louis de Bavière[7]. Sans doute l'agréable
résidence d'Avignon et la paisible possession de leurs états du Rhône[8] étaient préférées par les papes
au séjour de Rome républicaine, qui ne Ménageait à ses pontifes ni Tes
affronts ni les mauvais traitements. Mais tes soixante-dix ans de la nouvelle
captivité de Babylone, comme disaient les Italiens, achevèrent de
diminuer le respect et la vénération qu'on avait portés jusqu'alors aux
vicaires de Jésus-Christ. On vit à nu tien des faiblesses, bien des folies,
bien des hontes. Les papes devinrent les fouets des rois, et, ce qui est plus
triste encore, la proie des aventuriers qui allèrent, comme sous Duguesclin,
tes rançonner jusque dans leur parais. Cet
éloignement faillit aussi leur faire perdre leur puissance temporelle en
Italie. Les Romains, n'étant plus contenus par présence des souverains
pontifes, n'obéissaient qu'à regret aux légats qui résidaient Pérouse, et te
souvenir de leur ancienne liberté les rendait dociles à la voix de ceux qui
leur prêchaient l'insurrection. Ils avaient d'ailleurs conservé quelques
institutions républicaines, un serment annuel, des capitaines du peuple, un
conseil municipal appelé les Caporiorii, der-niées traces de la bitte qu'ils
avaient soutenue dans les deux siècles précédents contre les envahissements
de la domination pontificale. Un obscur plébéien, Nicolas Gabrini dit
Iiienzi, qui avait nourri sa jeunesse de la lecture de César, de Tite-Live et
de Valère Maxime, entreprit de rendre aux Romains l'empire du monde chrétien
en rétablissant l'ancienne république sous le nom de Bon-État. Dans une
ambassade dont il fit partie, il eut l'honneur de haranguer le pape Clément
VI à Avignon et de converser avec Pétrarque. Arrêté longtemps par la misère,
il se fit nommer notaire apostolique, et cette charge, qui le mettait à
l'abri du besoin, lui permit aussi de parler avec autorité contre la tyrannie
des nobles et la corruption des magistrats. Son éloquence impétueuse lui lit
de nombreux partisans parmi le peuple, et cent amis fidèles jurèrent de
seconder ses projets. Le 20 mai 1347 à la pointe du jour, il sortit de
l'église Saint-Ange, armé de pied eu cap et suivi de sa petite troupe qui
portait trois bannières emblématiques. La procession se rendit lentement au
Capitole au milieu des acclamations de la foule, qui conféra à Rienzi le
gouvernement de Rome. Les nobles, après avoir d'abord méprisé cette émeute
sans conséquence, obéirent à l'ordre qui leur enjoignait de quitter la ville
et de se retirer dans leurs châteaux. Sous le
titre populaire de tribun, Rienzi s'empressa de publier des règlements
salutaires pour le maintien du Bon-État. Ses lois ordonnèrent de terminer en
quinze jours tous les procès civils, punirent sévèrement les accusations
calomnieuses, réservèrent au suprême magistrat de la république le
commandement des portes, des ponts et des tours, pourvurent à la sécurité des
grands chemins. Le tribun plaça un vaisseau armé dans chacun des ports de la
côte, organisa une milice régulière, affecta les revenus de la chambre
apostolique à l'établissement de greniers publies et au soulagement des
pauvres, régla les contributions et remit l'ordre dans tes finances. Les
nobles mandés à son tribunal furent obligés de prêter serment de fidélité au
Bon-État. Clément VI lui-même, au nom de qui Rienzi affectait d'agir,
applaudit à une révolution qui humiliait une aristocratie turbulente. Rome
eut un moment de repos et de grandeur sous cette administration vigoureuse.
L'emprisonnement d'un Colonna, le supplice de Martin des Ursins, coupable de
piraterie et de brigandages, apprirent à la noblesse que le règne de
l'anarchie avait cessé. Maitre absolu à Rome et fendant son pouvoir sur
l'intégrité et la justice, Rienzi conçut une idée plus vaste : ii proposa
l'adoption du Bon-État aux villes d'Italie et aux princes de la chrétienté.
Ses messagers furent partout reçus avec déférence. Venise, Florence, Sienne,
Pérouse et quelques villes inférieures promirent d'y accéder, et les tyrans
de la Lombardie et de la Toscane déguisèrent leur répugnance sous des
protestations affectueuses. Louis de Hongrie prit Rienzi pour juge dans sa
querelle avec Jeanne de Naples sa belle-sœur, et Pétrarque fit entendre avec
une joie patriotique de brillantes, mais trompeuses espérances. En
effet, la justice de Rienzi ne tarda pas à dégénérer en cruauté, sa
libéralité en profusion, son ambition en vanité puérile. Il se qualifia de sévère
et miséricordieux, libérateur de Bonze, défenseur de l'Italie, ami du genre
humain, de la liberté, de la paix et de la justice, tribus auguste ; il
se fit armer chevalier avec un cérémonial ruineux, et dans cette occasion il
ne craignit pas de prononcer ce discours orgueilleux : « Nous sommons le pape
Clément de se présenter à notre tribunal ; nous lui ordonnons de résider dans
son diocèse de Rome ; nous sommons aussi devant nous le collège des cardinaux
ainsi que les deux prétendants Charles de Bohème et Louis de Bavière qui
prennent le titre d'empereur ; nous ordonnons à tous les électeurs
d'Allemagne de nous informer sur quel prétexte ils ont usurpé le droit
inaliénable du peuple romain, qui est l'ancien et légitime souverain de
l'Empire. » Il tira ensuite son épée, l'étendit successivement vers les trois
parties du monde et dans son extravagance, il dit trois fois : « Et cela
aussi m'appartient. » Enfin, il mit le comble à ses folies en faisant
placer sur sa tête sept couronnes différentes qui représentaient les sept
dons du Saint-Esprit. Une
première conspiration tramée par les Colonna et les Ursins, qui avaient
suspendu leurs vieilles inimitiés, fut prévenue par le tribun, et les chefs
furent arrêtés. Après les avoir effrayés par l'appareil du supplice, il leur
fit subir un pardon humiliant. Les nobles prirent les armes, se fortifièrent
à Marino et dévastèrent toute la campagne autour de Rome. Vaincus d'abord
dans une attaque où périrent sept personnes de la famille Colonne, ils furent
bientôt secondés par la cour d'Avignon qui excommunia le tribun, et par
l'audace d'un aventurier napolitain qui pénétra dans Rome à la tête de cent
cinquante soldats. Abandonné du peuple, Rienzi abdiqua le gouvernement (15 décembre
1347), occupa un
mois encore le château Saint-Ange et s'enfuit sous un déguisement auprès du
roi de Hongrie, alors à Naples. Après trois ans de voyages et d'aventures, il
fut arrêté à Prague et conduit à Avignon par l'ordre de Charles IV (1351). Clément VI le reçut sans
colère. Rienzi passa quatre ans encore dans une captivité dont l'étude
adoucissait les ennuis, et fut même choisi par Innocent VI, successeur de
Clément, comme le seul homme capable de réformer l'anarchie dans laquelle
Rome était retombée. Après
la fuite de Rienzi, de nouveaux sénateurs avaient été institués au nom du
Siège apostolique, et les barons romains avaient repris le cours de leurs
querelles et de leurs violences. Le peuple s'indigna, les chassa et se donna
successivement deux tribuns plébéiens, Cerroni et Baroncelli. Le premier se
bêta de résigner un fardeau trop lourd pour sa faiblesse ; la sévérité
impitoyable du second lui coûta la vie. Rienzi reparut à Rome dans ces
circonstances (1354)
; mais il n'était plus que l'agent de la cour pontificale, qui lui avait
imposé un serment de fidélité et lui avait même donné pour surveillant le
légat Albornoz. Accueilli avec un enthousiasme passager, il subit les
conséquences de la fausse position où il se trouvait placé. Pendant que les
Colonne soulevaient le peuple contre lui en l'accusant d'intempérance et de
cruauté, Albornoz lui refusait les moyens de triompher de la malveillance de
ses ennemis ; une multitude furieuse investit le Capitole : la voix de Rienzi
jadis si puissante fut étouffée sous les imprécations, et le malheureux,
arrêté au moment où il cherchait à fuir, fut égorgé et mis en pièces (8 septembre). Albornoz, aussi habile général
que grand politique, comprima les factions, réduisit les vassaux et les
villes rebelles de la Romagne, et en rétablissant l'autorité pontificale
prépara le retour des papes. Le
poète Pétrarque, l'organe le plus influent de l'opinion publique, ne cessait
d'inviter les successeurs de saint Pierre à revenir à Rome et à quitter
Avignon qu'il comparait à Babylone. Urbain V prêta enfin l'oreille à ses
prières et aux réclamations des Italiens. C'était le moment où il venait
d'être rançonné à Avignon par les grandes compagnies. Malgré l'opposition du
roi de France Charles V, et la répugnance des cardinaux, il retourna au
palais du Vatican (octobre 1367) où il résida trois années dans une paix honorable
; il y reçut les félicitations du roi de Chypre, de la reine de Naples et des
empereurs d'Orient et d'Occident. Mais, entraîné par de puissantes
sollicitations, il repassa en France (1370), et sa mort qui arriva peu de temps après, fut
regardée par les Italiens comme une punition du Ciel. Son successeur Grégoire
XI, après avoir hésité longtemps, céda aux instances de sainte Catherine de
Sienne, ambassadrice des Florentins. Les Romains lui offraient les clefs des
pertes, des ponts et des forteresses, du moins pour le quartier situé au-delà
du Tibre, et menaçaient de se donner pour pape l'abbé du Mont-Cassin, s'il
persistait à demeurer au-delà des Alpes. Il revint à Rome au mois de janvier
1377, en annonçant l'intention d'y fixer désormais le siège pontifical.
Quatorze mois après, sa mort fit éclater un schisme déplorable. Sur
vingt-deux cardinaux dont le sacré Collège était alors composé, six étaient
restés à Avignon : onze Français, un Espagnol et quatre Italiens entrèrent au
conclave, et cédant à la violence d'un peuple exaspéré, nommèrent pape un
Italien Bartolomeo Prignani, archevêque de Bari, qui prit le nom d'Urbain VI (9 avril 1378). Quelques semaines après,
effrayés par la dureté d'Urbain dont le zèle allait jusqu'à la cruauté, ils
quittèrent Rome, révoquèrent leur première nomination comme irrégulière et
donnèrent la tiare à Robert de Genève (Clément VII) qui s'empressa de retourner à
Avignon. L'intérêt national détermina la cour et le clergé de France. La
Savoie, la Sicile, l'île de Chypre, l'Aragon, la Castille, la Navarre et
l'Écosse entraînés par cet exemple se rangèrent du parti de Clément VII, et
après sa mort, de celui de Benoît Rome et
les principaux états de l'Italie, l'Allemagne, le Portugal, l'Angleterre les
Pays-Bas et les royaumes du Nord adhérèrent à l'élection d'Urbain VI qui eut
Boniface IX, Innocent VII et Grégoire XII pour successeurs. Alors
commença le grand schisme d'Occident, qui épuisa l'Église par les rivalités
et les exactions des papes rivaux, et la laissa longtemps sans unité, sans
direction, sans gouvernement. Les premiers conseils pour la paix et la
réunion des chrétiens sortirent de l'université de Paris et de la faculté de
Sorbonne dont les docteurs étaient regardés, au moins en France, comme les
maîtres les plus consommés dans la science théologique. Ils écartèrent
sagement toutes les recherches sur l'origine et les raisons des deux partis,
et pour remédier aux maux de l'Église, ils proposèrent que les deux papes
abdiquassent en même temps après que chacun d'eux aurait autorisé les
cardinaux de la faction opposée à se réunir pour une élection légitime, et
que les nations refusassent d'obéir à celui des deux compétiteurs qui
préférerait ses intérêts à ceux du public. Dès que le Saint-Siège vaquait,
les universitaires demandaient avec instance qu'on prévînt les funestes
suites d'un choix précipité ; mais l'ambition des membres du conclave
n'écoutait ni la raison ni les prières, et, quelques promesses qu'eût pu
faire celui qui obtenait la tiare, le pape n'était jamais lié par les
serments du cardinal ; les artifices des pontifes rivaux, les scrupules ou
les passions de leurs adhérents, les vicissitudes des factions qui
déchiraient la France sous l'insensé Charles VI, rendirent vaines durant
vingt ans les démarches conciliatrices de l'université de Paris. On adopta
enfin une résolution vigoureuse. Une ambassade solennelle, composée du
patriarche titulaire d'Alexandrie, de deux archevêques, de cinq évêques, de
trois chevaliers et de vingt docteurs, se rendit à la cour d'Avignon et à
celle de Rome. Elle y demanda, au nom de l'Église et du roi, l'abdication des
deux papes, de Pierre de Luna (Benoit XIII) et d'Angelo Corrario (Grégoire XII). Pour l'honneur de Rome et le
succès de leur commission, les ambassadeurs demandèrent une conférence avec
les magistrats de la ville ; ils déclarèrent expressément que le roi
très-chrétien ne voulait point tirer le Saint-Siège du Vatican, qui était à
ses yeux la seule résidence convenable au successeur de saint Pierre. Un
orateur répondit au nom des Romains qu'ils désiraient concourir à la réunion
de l'Église, et hâter la fin des maux que le schisme entraînait avec lui ; il
réclama en même temps la protection de la France contre les armes du roi de
Naples Ladislas, qui se conduisait en brigand plutôt qu'en allié. Mais les
réponses de Renon et de Grégoire furent trompeuses, et pour éluder leur
abdication, ils affectèrent de paraître animés du même esprit. Après être
convenus de la nécessité d'une entrevue préliminaire qui devait avoir lieu à
Savone, l'un ne voulut pas quitter ses galères, l'autre refusa d'approcher de
la mer (1407). « Ainsi deux vieux prêtres,
dit un contemporain, pour quelques instants de vie et de pouvoir qui peuvent
leur rester encore, compromettent la paix et le salut du monde
chrétien. » On se
lassa en France de tous ces délais. L'université et le parlement condamnèrent
et lacérèrent une lettre injurieuse écrite par les partisans que Benoît XIII
avait à Toulouse, resserrèrent le pouvoir papal dans ses limites primitives,
et la cour de France, irritée d'une bulle fulminante lancée par Benoît, fit
proclamer la soustraction d'obéissance. Enfin un concile général fut convoqué
à Pise pour porter remède à ce désordre. Les deux papes rivaux furent déposés
avec une égale justice ; Alexandre V fut élu d'une voix unanime (26 juin 1409), et après la mort de ce
dernier, arrivée dix mois après, la tiare fut donnée à Jean XXIII, le plus
débauché des hommes[9]. Mais, au lieu d'éteindre le
schisme, la précipitation des Français et des Italiens ne fit qu'élever un
troisième prétendant au trône de, saint Pierre. On contesta les droits
nouveaux que s'était attribués le concile de Pise, et l'élection qui en avait
été la suite. Les rois d'Allemagne, de Hongrie, de Naples, restèrent fidèles
au pape romain, et les Espagnols à Benoît XIII, leur compatriote. Cependant
on sentait qu'il s'agissait non-seulement de l'extirpation du schisme et de
l'hérésie, mais encore de la réformation de l'Église dans son chef et dans
ses membres. Jean Gerson, chancelier de l'université de Paris, publia un
traité sur les moyens d'unir et de réformer l'Église dans le prochain concile
général qui venait d'être convoqué à Constance par l'empereur Sigismond.
Cette assemblée s'ouvrit le 5 novembre 1414, et par le nombre et l'importance
des membres de l'ordre civil et de l'ordre ecclésiastique qui y assistèrent,
elle sembla former les états-généraux de l'Europe. Des trois compétiteurs,
Jean XXIII fut la première victime ; il prit la fuite, mais on le ramena
captif, on l'accusa des crimes les plus scandaleux ; il souscrivit lui-même à
sa condamnation et expia dans une prison son ambition téméraire. Grégoire
XII, dont la juridiction se trouvait bornée à l'enceinte de Rimini, descendit
plus honorablement du trône, et la session où il renonça au titre et à
l'autorité de pape légitime fut convoquée par son propre ambassadeur (1415). Pour vaincre l'obstination de
Benoît XIII et de ses partisans, l'empereur fit le voyage de Constance à
Perpignan. Les rois de Castille, d'Aragon, de Navarre et d'Écosse, obtinrent
un honorable traité. Benoît fut déposé par le concile, de l'aveu des Espagnols
; mais on laissa ce vieillard dont on n'avait rien à craindre, excommunier
deux fois par jour de son château solitaire les royaumes rebelles qui avaient
abandonné sa cause. Après avoir extirpé le schisme, le concile procéda avec
lenteur et circonspection à l'élection du chef de l'Eglise. Dans cette grande
occasion on ajouta aux vingt-trois cardinaux qui formaient le sacré Collège,
trente députés tirés en nombre égal des cinq grandes nations de la
chrétienté, l'italienne, l'allemande, la française, l'espagnole et l'anglaise[10]. Othon Colonne, recommandable
par sa naissance et par son mérite personnel, réunit la majorité des voix (11 novembre
1417). Rome reçut
avec joie et soumission pour souverain le plus noble de ses enfants : l'état
ecclésiastique fut défendu par sa puissante famille, et le Saint-Siège
rétabli au Vatican. « Quant
aux mesures qu'on prit à Constance pour parvenir à la réformation de l'Eglise
dans son chef et dans ses membres, elles n'aboutirent à rien. Comme il
s'agissait surtout de supprimer ou de limiter les nouveaux droits que les
papes s'étaient arrogés depuis quelques siècles et qui se rapportaient
entr'autres à la matière bénéficiale et à des exactions pécuniaires, tous
ceux qui étaient intéressés au maintien des abus, se concertèrent pour en
éluder le redressement. Le concile avait formé un comité composé de députés
des différentes nations, pour aviser aux moyens d'effectuer cette réformation
que tout le monde désirait ardemment. Ce comité connu sous le nom de collège
réformateur était déjà fort avancé dans son travail, lorsqu'on mit en
avant la question, s'il convenait de procéder à la réformation sans la
participation du chef visible de l'Église. La négative ayant prévalu par les
menées des cardinaux, on passa à l'élection du nouveau pontife avant d'avoir
mis la dernière main à l'ouvrage de la réformation. Othon Colonne, devenu
pape sous le nom de Martin V, pour se conformer à une décision antérieure du
concile, présenta alors un projet de réforme. Cet acte n'ayant pas été au gré
des nations, toute cette matière fut renvoyée au prochain concile, et en attendant
on se borna à passer avec le nouveau pape des concordats sur ce qui devait
s'observer jusqu'à la décision du concile futur. « Cette
assemblée convoquée en 1431 à Bâle[11], reprit l'ouvrage de la
réformation. Les décrets sur la supériorité et l'indissolubilité du cou- elle
y furent renouvelés, et oh y abolit successivement la plus grande partie des
réserves ainsi que les grâces expectatives, les annates et autres exactions
des papes. La liberté des appels en cour de Rome y fut pareillement
circonscrite. Eugène IV, successeur de Martin V, alarmé de ces atteintes
portées à son autorité, prononça deux fois la dissolution du concile. La
première dissolution qui est du 17 décembre 1431, fut révoquée sur les vives
instances de l'empereur Sigismond par une bulle du même pape, publiée le 15
décembre 1433. Il y reconnut la validité du concile et annula tout ce qu'il
avait fait précédemment pour en détruire l'autorité. La seconde dissolution
eut lieu le 1er octobre 1437. Eugène transféra alors le concile à Ferrare, et
de Ferrare à Florence, en prétextant l'union qu'il négociait avec l'Église
grecque. Cette démarche du pape occasionna un nouveau schisme. Les prélats
qui étaient restés à Bâle entamèrent une procédure contre lui ; ils le
suspendirent comme contumace et finirent par le déposer. Amédée VIII, ex-duc
de Savoie, fut élu à sa place sous le nom de Félix V et reconnu par tous les
partisans du concile comme pape légitime[12]. » Nous
avons indiqué plus haut comment l'Allemagne s'associa aux décisions du
concile de Bâle. En France l'esprit de réforme fut secondé par Charles VII,
qui dès 1431 avait ordonné que nul étranger ne pût tenir bénéfice dans le
royaume sans permission expresse : l'Église gallicane assemblée à Bourges
sous ses auspices fit promulguer la fameuse pragmatique-sanction qui
confirmait et étendait celle de saint Louis (7 juillet 1438). Cet acte reconnaissait la
supériorité du concile général sur le pape. L'élection devait désormais
remplir les bénéfices vacants et était rétablie dans la forme ancienne ; les
réserves de bénéfices et les expectatives étaient abolies, et les ordinaires
du royaume étaient reconnus avant que d'aller en cour de Rome. Le reste des
décisions particulières n'était que la confirmation des décrets du concile de
Bâle. La pragmatique enregistrée avec solennité au parlement ne reçut aucune
atteinte sous le règne de Charles Vil. Ce prince, résistant à toutes les
sollicitations d'Eugène IV et voulant prévenir tout nouveau sujet de
querelle, défendit à ses sujets de se servir d'aucune bulle, décret ou
rescrit émané du concile ou du pape, et commanda à ses juges d'observer la
pragmatique-sanction par une nouvelle ordonnance enregistrée au parlement le
29 décembre 1440. En Allemagne, au contraire, ta pragmatique de Mayence fut
de bonne heure modifiée par les concordats de 1448. Cependant le schisme finissait. Le concile de Florence, après avoir prononcé la réunion des Églises grecque, arménienne et éthiopienne, s'était séparé en 1443, et celui de Bâle ne pouvait soutenir son pape. La prudence de Nicolas V, successeur d'Eugène, l'adhésion de l'Allemagne et l'abdication de Félix rendirent enfin la paix et l'union à l'Église (1449). Frédéric III, en allant chercher à Rome la couronne impériale, renonça sans réserve aux anciens droits de l'Empire sur la ville des Césars (1452), et dès-lors l'autorité des papes devint véritablement souveraine dans Rome. Martin V reprit le droit de fabriquer les monnaies, droit que le sénat avait exercé durant près de trois siècles, et il y mit son image et son nom. En 1434 sous Eugène IV, les Romains se soulevèrent contre un impôt qui leur était odieux, et insultèrent le pape dans sa fuite ; mais cette révolte fut réprimée à coups de canon. La conspiration d'Étienne Porcaro qui aspirait à jouer le rôle de Rienzi, fut la dernière manifestation de l'ancien esprit républicain. Cet enthousiaste auquel Nicolas V avait pardonné deux fois, paya de sa vie une troisième tentative. Neuf de ses amis furent pendus en même temps sous les yeux d'une foule consternée et muette (1453). Les rivalités des grandes familles troublèrent encore quelquefois la tranquillité de Rome : en Romagne, à Rimini, à Ravenne, à Bologne, à Forli, à Faenza, à Camerino, et dans d'autres villes, de nombreux tyrans prétendirent souvent à l'indépendance. Mais l'administration généralement sage et modérée des papes maintint Rome dans le devoir, et au commencement du siècle suivant, la politique astucieuse ou énergique d'Alexandre VI, de Jules II, de Léon X, finit par établir dans les états ecclésiastiques l'unité du pouvoir absolu[13]. |
[1]
KOCH, Tabl.
des Révol., période V, p. 323.
[2]
Ce jubilé, qui devait ne se célébrer que tous les cent ans, fut réduit à
cinquante ans par Clément VI, à trente-trois par Urbain VI, à vingt-cinq par
Paul II et Sixte IV.
[3]
Voici la déclaration du tiers-état : « A vous très-noble prince vostre sire roy
de France, supplie et requiert le peuple de vostre royaume pour ce que il li
appartient, que ce soit faict que vous gardiez la souveraine franchise de
vostre royaume, qui est telle que vous ne recognissiez de vostre temporel
souverain en terre, fors que Dieu, et que vous faniez déclairer, si que tout le
monde le sçache, que le pape Boniface erra manifestement en vous mandant par
lettres huilées que il estoit vostre souverain de vostre temporel, et que vous
ne pouvez prévendes donner, ne les fruits des églises cathédrales vacans
retenir, et que tous ceux qui croient le contraire, il tenoit pour hereges. »
(Duruy, Preuves du différend, p. 214.)
[4]
Les savants auteurs de l'histoire du Languedoc ont prouvé que Nogaret ne fut
nommé chancelier que le 22 septembre 1307, et qu'il ne succéda pas
immédiatement à Pierre Flotte, comme l'avaient prétendu le P. Labbe et Pierre
Dupuy.
[5]
Voyez le chapitre LXVI de cette période. — Nous avons cru à propos de détacher
du règne de Philippe-le-Bel l'histoire de ses démêlés avec Boniface VIII, parce
qu'à nos yeux cette introduction nécessaire des faits qui vont suivre devait
trouver sa place ici.
[6]
Clément V fit tout de suite une promotion de dix cardinaux, neuf français et un
anglais. En 1331, Jean XXII refusa aux prélats recommandés par le roi de
France, parce qu'il y avait déjà dans le collège, dix-sept cardinaux français.
En 1351, te roi Jean étant venu à Avignon, Clément VI se résigna à créer douze
nouveaux cardinaux français, qui respectaient si peu le pape que dans son
propre palais ils tirèrent des couteaux et se battirent.
[7]
V. le chapitre LXII, passim.
[8]
Le comtat Venaissin avait été cédé au pape par Philippe-le-Hardi en 1274. Le
roi se réserva seulement la moitié d'Avignon, qui passa ensuite à Charles II
comte de Provence et roi de Sicile. La reine Jeanne, arrière-petite-fille de
Charles II, vendit à Clément VI (1348) les droits de souveraineté qui lui
restaient pour une somme de quatre-vingt mille florins.
[9]
Cet homme singulier, né à Naples et qui dans sa jeunesse avait été corsaire,
eut l'ambition de se faire pape. Il s'appelait Balthasar Cozza. Après avoir
étudié à Bologne, il s'éleva rapidement grâce à ses richesses et à ses nombreux
amis. On l'accusa d'avoir empoisonné Alexandre V, et d'avoir commis les crimes
les plus hernieux. Il n'en mourut pas moins doyen du sacré Collège après son
abdication.
[10]
Voyez dans LENFANT,
Hist. du concile de Bâle, l'opposition des ambassadeurs de France à ce
que l'Angleterre fût admise parmi les grandes puissances européennes, et les
raisons contradictoires présentées par les ambassadeurs anglais. Si ceux-ci
l'emportèrent, c'est que les victoires de Henri V mirent un poids décisif dans
la balance.
[11]
Le concile de Constance se sépara le 12 avril 1418. Celui de Bâle, convoqué par
Martin V, ne s'assembla que sous Eugène IV, élu le 6 mars 1431.
[12]
KOCH, Tabl.
des Révol., périod. V, p. 335 et suivantes.
[13]
Liste chronologique des Papes, depuis saint Anastase jusqu'à Calixte III
(398-1455).
Saint Anastase, 398. - Innocent Pr, 402. - Zozime, 417.
- Boniface Ier, 418. - Célestin Ier, 422. - Sixte III, 432. - Léon-le-Grand,
440. - Hilaire, 461. - Simplice, 468. - Félix III, 483. - Gélase, 492. -
Anastase II, 496. - Symmaque, 498. - Laurent, antipape. - Hormisdas, 514. -
Jean Ier, 523. - Félix IV, 526. - Boniface II, 530. - Jean II dit Mercure, 533.
- Agapet, 535. - Silvère, 536. - Virgile, 537. - Pélage Ier, 555. - Jean III,
560. - Benoît Ier ou Bonose, 574. - Pélage II, 578. - Saint Grégoire-le-Grand,
590. - Sabinien, 604. Boniface III, 607. - Boniface IV, 608. - Deusdedit ou
Dieudonné, 814 ou 815. - Boniface V, 617 ou 618. - Honoré Ier, 625 ou 638. -
Sévérité, 640. - Jean IV, 640. - Théodore Pr, 642. - Martin Pr, 649. - Eugène
Ier, 654. - Vitalien, 657. - Adéodat, 672. - Donus ou Domnus Ier, 676. -
Agathon, 678 ou 679. - Léon II, 682. - Benoît II, 684. - Jean V, 685. - Pierre
et Théodore, antipapes. - Conon, 1386. - Sergius Ier, 687. - Théodore et
Pascal, antipapes. - Jean VI, 701. - Jean VII, 705.- Sisinnius, 708. -
Constantin, 708. - Grégoire II, 715. - Grégoire III, 731. - Zacharie, 741. -
Étienne, élu mais non consacré, 752. - Étienne II, 752. - Paul Ier, 757.
Théophylacte, Constantin, Philippe, antipapes. - Étienne III, 768. -
Constantin, antipape. - Adrien Ier, 772. - Léon III, 795. - Étienne IV, 816. -
Pascal Ier, 817.- Eugène II, 824. - Zizime, antipape. - Valentin, 827. -
Grégoire IV, 827. - Sergius II, 844. - Léon IV, 847. - Benoît III, 855. -Anastase, antipape. - Nicolas Ier, 858. -
Adrien II, 867. - Jean VIII, 872. - Marin ou Martin II, 882. - Adrien III, 884.
- Étienne V, 885. - Formose, 891. - Sergius, antipape. - Boniface VI, 896. -
Étienne VI, 896. - Romain, 897. - Théodore II, 898. - Jean IX, 898. - Benoît
IV, 900. - Léon V, 903. - Christophe, 903. - Sergius III, 904. - Anastase III,
911. - Landon, 913. - Jean X, 914. - Léon VI, 928. - Étienne VII, 929. - Jean
XI, 931. - Léon VII, 936. - Étienne VIII, 939. - Martin III, 942. - Agapet II,
946. - Jean XII, 956. - Léon VIII, 963. - Benoît V, 964. - Jean XIII, 965. -
Benoît VI, 972. - Boniface VII (Francon), antipape. - Donus ou Domnus II, 974.-
Benoît VII, 975. - Jean XIV, 983. - Boniface VII, de nouveau, 985. - Jean XV,
985. - Grégoire V et Jean XVI, 996. - Silvestre II, 999., - Jean XVII, 1003. -
Jean XVIII, 1003. - Sergius IV, 1009. - Benoit VIII, 1012. - Jean XIX, 1024. -
Benoît IX, 1033. - Silvestre et Jean XX, antipapes. - Grégoire VI, 1044. -
Clément II, 1048. - Benoît IX, de nouveau, 1047. - Damase II, 1048. - Victor
II, 1055. - Étienne IX ou X, 1057. - Benoît X, antipape. - Nicolas II, 1058. -
Alexandre II, 1061. - Honoré, antipape. - Grégoire VII, 1073. - Clément III,
antipape. - Victor III, 1086. - Urbain II, 1088. - Pascal II, 1099. Albert et
Théodoric, antipapes. - Gélase II, 1118. - Maurice Bourdin, antipape. - Calixte
II, 1119. - Honoré II, 1124. - Calixte III, antipape. - Innocent II, 1130. -
Anaclet et Victor, antipapes. - Célestin II, 1143. - Luce II, 1144. Eugène III,
1145.- Anastase IV, 1153. - Adrien IV, 1154.- Alexandre III, 1159. -Victor IV,
Pascal III, Calixte, Innocent, antipapes. - Luce III, 1181. - Urbain III, 1185.
- Grégoire VIII, 1187. - Clément III, 1187. - Célestin III, 1191. - Innocent
III, 1198.- Honoré III, 1216. - Grégoire IX, 1227. - Célestin IV, 1241. -
Innocent IV, 1243.- Alexandre IV, 1254. - Urbain IV, 1281. - Clément IV, 1265.
- Grégoire X, 1271. - Innocent V, 1276. - Adrien V, 1276. - Jean XXI, 1276. -
Nicolas III, 1277. - Martin IV, 1281. - Honoré IV, 1285. - Nicolas IV, 1288. -
Célestin V, 1293. - Boniface VIII, 1294. - Benoît XI, 1303. - A Avignon :
Clément V, 1305. - Jean XXII, 1316. - Pierre de Corbière, antipape. - Benoît
XII, 1334. - Clément VI, 1342. - Innocent VI, 1352. - Urbain V, 1362. Grégoire
XI (à Rome), 1370. - Urbain VI, 1378. - Clément VII (à Avignon), 1378-1394. --
Boniface IX, 1389. - Benoît XIII, (à Avignon), 1394-1424. - Innocent VII, 1404.
- Grégoire XII, 1406. - Alexandre V, 1409. - Jean XXIII, 1410. - Martin V,
1417. - Clément VIII, antipape, 1424-1429. - Eugène IV, 1431. - Félix V,
antipape. 1439-1449. - Nicolas V, 1417. - Calixte III, 1455.