HISTOIRE GÉNÉRALE DU MOYEN ÂGE

CINQUIÈME PÉRIODE. — DEPUIS L'EXALTATION DE BONIFACE VIII JUSQU'À LA PRISE DE CONSTANTINOPLE (1294-1453)

 

CHAPITRE LXIV. — HISTOIRE DU SAINT-SIÈGE DEPUIS L'AVÈNEMENT DE BONIFACE VIII JUSQU'À LA FIN DU GRAND SCHISME (1294-1449).

 

 

Pouvoir des papes sur les princes et sur le clergé. — Boniface VIII. — Commencement de ses démêlés avec Philippe-le-Bel. — Jubilé. — Négociations inutiles. Déclaration des États-Généraux. — Procédure contre le pape. — Abaissement et mort de Boniface. — Benoit XI. — Translation du Saint-Siège à Avignon. — Conséquences. — Rienzi. — Son élévation et son orgueil. — Il est chassé. — Son retour à Rome, sa mort. — Urbain V. — Grégoire XI. — Commencement du grand schisme. — Efforts inutiles de l'Université de Paris. — Concile de Pise. — Concile de Constance. — Déposition des trois papes. — Élection de Martin V. — Tentatives de réforme. — Concile de Bêle. — Il est transféré à Ferrare. — Nouveau schisme. — Pragmatique-sanction de Bourges. — Fin du schisme. — Pouvoir absolu des papes à Rome.

 

Depuis le pontificat de Grégoire VII, les papes avaient toujours admis en principe que leur pouvoir embrassait de droit divin le spirituel et le temporel, et ils avaient agi d'après cette maxime. Aussi leur histoire est-elle celle de l'Europe entière. Nous les avons vus « prendre part à toutes les querelles des princes, adresser indifféremment leurs ordres à tous, enjoindre aux uns de mettre bas les armes, recevoir les autres sous leur protection, casser et annuler leurs actes et procédures, évoquer à leur cour et juger leurs différends. Ils s'arrogent la faculté de légitimer les enfants des rois pour leur donner le droit de succéder ; ils défendent aux souverains d'imposer le clergé ; ils prétendent la supériorité féodale sur tous et l'exercent sur un très-grand nombre ; ils confèrent la royauté à ceux qui désirent en être revêtus ; ils délient les sujets du serment de fidélité, mettent les royaumes en interdit pour venger leurs propres querelles, disposent enfin des états des princes excommuniés, de ceux des hérétiques et de leurs fauteurs, des îles et empires nouvellement découverts, des pays des infidèles ou des schismatiques, de ceux même des catholiques qui refusaient de plier sous leur autorité[1]. »

Si les pontifes de Rome jouissaient ainsi d'une prépondérance marquée dans le système politique de l'Europe, ils avaient également réussi à concentrer entre leurs mains toute l'influence ecclésiastique. Ils avaient divisé les biens des évêques et des chapitres ; ils avaient sécularisé les chanoines réguliers, permis que chacun eût son propre, et toléré la pluralité des bénéfices. Quand une prélature vacante avait payé au roi, pendant un an ou plus, les régales de la vacance, le nouvel Élu payait au pape l'annate ou première année du revenu. Souvent le pape arrêtait d'un mot l'élection ; il déclarait qu'il s'était réservé de nommer à tel évêché, à telle abbaye. Ces réserves, qui donnaient fréquemment un pasteur italien ou français à une église d'Angleterre, d'Allemagne, d'Espagne, étaient fort odieuses. Cependant elles avaient quelquefois l'avantage de soustraire les grands sièges aux exigences féodales qui y auraient élevé des cadets de seigneurs, des sujets indignes ou inculpables. Mais ce qui inspirait encore un plus vif mécontentement, c'étaient les dîmes, les contributions arbitraires, les collectes, les procurations, dont le pape ou ses légats frappaient le clergé. Il n'était pas rare de voir un légat muni de blancs-seings, qu'il remplissait ensuite à sa volonté, imposant ainsi des sommes énormes aux évêchés et aux monastères. L'argent était rare ; pour payer, il fallait emprunter aux Lombards, aux Cahorsins, banquiers privilégiés que le pape prenait sous sa protection ; usuriers impitoyables qui faisaient monter les intérêts au niveau et même au-dessus du capital.

Mais les grands empires ont leur terme, et le plus haut degré de leur élévation est ordinairement le premier degré de leur décadence. C'est ce qui arriva sous Boniface. VIII. La puissance pontificale, parvenue alors à son apogée, éprouva tout-à-coup un violent et irréparable échec ; l'excès amena la réaction. Les souverains, mieux éclairés sur leurs véritables intérêts, apprirent à soutenir les droits et la majesté de leurs couronnes contre les entreprises du Saint-Siège ; et le clergé, qui souffrait des exigences d'un pouvoir arbitraire, se joignit à eux pour réprimer des abus et des empiètements dont il souffrait tout le premier.

La France donna le signal. La pragmatique sanction de saint Louis, en fondant les libertés de l'Église gallicane, avait investi les rois d'une sorte de protectorat dont ils se hâtèrent de profiter. Le pape Boniface VIII, que son caractère orgueilleux et violent entraînait à appliquer sans ménagement les maximes de ses prédécesseurs, s'indigna quand il apprit que Philippe-le-Bel, de sa propre autorité, levait des décimes sur le clergé. Lui-même cependant venait de créer un nouvel évêché à Pamiers, sans la participation du roi. En 1296, Boniface publia la bulle Clericis laicos, qui défendait aux clercs de payer aucune, aide aux princes séculiers, et à ceux-ci d'en exiger sous peine d'excommunication. Le roi de France répondit à cette bulle par une ordonnance du parlement qui interdisait d'exporter bon du royaume ni or, ni argent, ni vivres, ni armes, ni munitions de guerre ; c'était frustrer la cour de Rome d'une partie de ses revenus. Boniface dissimula son mécontentement et procéda même à la canonisation de saint Louis, retardée depuis longtemps (1298). Mais la sentence arbitrale qu'il prononça entre Philippe-le-Bel et Édouard Ier ayant été jetée au feu eu plein conseil par Robert d'Artois comme injurieuse pour la France, cette circonstance ranima l'irritation des deux partis. Le roi donna asile et protection aux Colonna, puissante famille de Rome, que Boniface avait exilée, et disputa certains droits féodaux à l'archevêque de Narbonne et à l'église de Maguelone ; le pape de son côté, au mépris des prétentions de Charles de Valois frère de Philippe, se disposa à valider l'élection d'Albert d'Autriche, qu'il avait d'abord combattue.

Cependant Boniface VIII, entouré des pompes de la papauté, pouvait se faire illusion sur l'issue de la lutte qui se préparait, C'était l'année du jubilé[2] qu'il avait rétabli sous une nouvelle forme en y joignant les indulgences (1300). Le monde entier semblait vouloir retremper sa foi avec le renouvellement du siècle. Une foule immense de toute nation, de tout âge était venue à Rome visiter les tombeaux des saints Apôtres. En voyant l'univers à ses pieds et l'or amoncelé sur l'autel de saint Paul, le pape fut comme frappé de vertige : il parut en public avec les ornements impériaux, l'épée et le sceptre, et fit crier devant lui : « Il y a ici deux épées... » Il croyait tenir à la fois le glaive des Césars et l'arme spirituelle des pontifes.

Peu de temps après, il reçut une ambassade dirigée par Guillaume de Nogaret et qui n'eut aucun résultat. Il envoya à son tour à la cour de France l'évêque de Pamiers, Bernard Saisset, qui parla avec insolence et se fit chasser. Comme Saisset, de retour à son évêché, continuait de déclamer contre la tyrannie et la simonie de Philippe ; il fut enlevé secrètement et emprisonné à Senlis. Le chancelier Pierre Flotte, député auprès de Boniface pour demander la dégradation de l'évêque, imita dans ses discours l'arrogance de celui dont il se plaignait. Boniface refusa de porter sentence contre un évêque qui avait été soustrait à ses juges naturels, envoya ordre à tous les prélats de France de se trouver le 1er novembre 1301 à Rome pour y aviser aux moyens de corriger le roi et de réformer l'État, et lança contre Philippe la bulle Ausculta, fili, où il déclarait que le roi était sujet du pape, et que c'était folie de se persuader qu'il n'avait point de supérieur sur la terre, et qu'il ne dépendait point du souverain Pontife. Philippe, dans une assemblée des grands du royaume, fit brûler cette bulle, et déclara que ses fils mériteraient d'être détrônés si jamais ils reconnaissaient qu'ils tinssent leur couronne d'un autre que de Dieu. On alla même plus loin : la bulle fut mutilée, falsifiée par les scribes royaux, répandue en tous lieux sous cette forme. Pour entraîner l'opinion publique dont on commençait à sentir le besoin, on fit tenir au pontife un langage indigne de lui.

L'année suivante (1302) Philippe, qui avait défendu aux ecclésiastiques de se rendre au concile, convoqua lui-même les députés des barons, du clergé et des villes, et en obtint une déclaration par laquelle les trois ordres protestaient de leur fidélité au roi[3] et de la résolution qu'ils avaient prise de défendre contre tout pouvoir l'indépendance de la couronne : ce sont les premiers états-généraux. Trente-cinq évêques, quelques archevêques et abbés s'étant rendus à la convocation du pape contrairement à la décision des états, le roi saisit leur temporel, et bientôt ne garda plus de mesure après la publication d'une sentence d'excommunication qui l'atteignait sans pourtant le désigner nominativement. Cette sentence avait été précédée de la bulle Unam Sanctam, dont le langage était plus absolu que jamais, et qui établissait de nouveau que le double glaive appartenait au successeur de saint Pierre. Guillaume de Nogaret, légiste de Montpellier, que Philippe avait appelé à sa cour[4], accusa avec emportement, dans le conseil, le pape Boniface qu'on devait plutôt appeler Maleface. Le cardinal de Saint-Marcellin étant venu en France apporter une seconde sentence d'excommunication contre Philippe-le-Bel, le roi, dans une nouvelle assemblée des états, en interjeta appel au futur concile, et plusieurs évêques adhérèrent à l'acte d'accusation que Guillaume de Plasian avait dressé contre le pape. Dix cardinaux étaient d'accord avec Philippe pour demander la convocation d'un concile général qui déciderait sur la conduite de Boniface, et l'Université de Paris prêtait au monarque l'appui de ses décisions et de son influence. Dans ce singulier procès, Nogaret suivit les formes ordinaires de la justice contre le chef spirituel de la chrétienté, accusa, plaida, conclut à l'emprisonnement, obtint sentence et se chargea de l'exécution.

Boniface était alors à Anagni lieu de sa naissance. Il lance une troisième bulle d'excommunication contre Philippe, et délie ses sujets du serment de fidélité ; mais avant qu'elle soit parvenue en France, lui-même est surpris dans son palais par Nogaret et Sciarra Colonna qui, suivis d'une troupe d'aventuriers à gages, Ont corrompu ses serviteurs à prix d'or. Le courageux vieillard, revêtu des ornements pontificaux, reçoit, assis sur son trône, ses ennemis furieux, et Colonna n'a point honte de le frapper au visage avec son gantelet de fer. Délivré par le peuple d'Anagni des mains des Français, Boniface se réfugie à Rome ; mais sa raison et sa force d'âme font abandonné, et il meurt un mois après à l'âge de quatre-vingts ans dans un accès de rage et de désespoir (septembre et octobre 1303).

Son successeur Benoît XI leva les excommunications dont avaient été frappés les Colonna et Philippe-le-Bel, mais il refusa d'absoudre Nogaret. Une femme voilée vint lui présenter une corbeille de figues à Pérouse ; il en mangea et mourut (7 juillet 1304). Cette fin mystérieuse augmenta la terreur, et le roi de France put à son gré disposer de la papauté.

Nous indiquerons plus loin l'élection simoniaque de Clément V qui entraîna la condamnation des Templiers et la translation du Saint-Siège à Avignon[5] (1309). Les successeurs de Clément, abandonnant la ville où saint Pierre avait fondé son Église, continuèrent à résider à Avignon jusqu’en 1377, où Grégoire XI retourna à Rome. Ils auraient dû cependant comprendre qu'ils se mettaient ainsi sous fa dépendance des rois de France qui remplirent le sacré Collège de cardinaux français[6] et créèrent sept papes français de suite. Philippe de Valois poursuivit Jean XXII comme hérétique, menaça Benoît XII de le traiter plus mal que son oncle n'avait traité Boniface VIII, fit de Clément VI l'instrument de sa politique contre Louis de Bavière[7]. Sans doute l'agréable résidence d'Avignon et la paisible possession de leurs états du Rhône[8] étaient préférées par les papes au séjour de Rome républicaine, qui ne Ménageait à ses pontifes ni Tes affronts ni les mauvais traitements. Mais tes soixante-dix ans de la nouvelle captivité de Babylone, comme disaient les Italiens, achevèrent de diminuer le respect et la vénération qu'on avait portés jusqu'alors aux vicaires de Jésus-Christ. On vit à nu tien des faiblesses, bien des folies, bien des hontes. Les papes devinrent les fouets des rois, et, ce qui est plus triste encore, la proie des aventuriers qui allèrent, comme sous Duguesclin, tes rançonner jusque dans leur parais.

Cet éloignement faillit aussi leur faire perdre leur puissance temporelle en Italie. Les Romains, n'étant plus contenus par présence des souverains pontifes, n'obéissaient qu'à regret aux légats qui résidaient Pérouse, et te souvenir de leur ancienne liberté les rendait dociles à la voix de ceux qui leur prêchaient l'insurrection. Ils avaient d'ailleurs conservé quelques institutions républicaines, un serment annuel, des capitaines du peuple, un conseil municipal appelé les Caporiorii, der-niées traces de la bitte qu'ils avaient soutenue dans les deux siècles précédents contre les envahissements de la domination pontificale. Un obscur plébéien, Nicolas Gabrini dit Iiienzi, qui avait nourri sa jeunesse de la lecture de César, de Tite-Live et de Valère Maxime, entreprit de rendre aux Romains l'empire du monde chrétien en rétablissant l'ancienne république sous le nom de Bon-État. Dans une ambassade dont il fit partie, il eut l'honneur de haranguer le pape Clément VI à Avignon et de converser avec Pétrarque. Arrêté longtemps par la misère, il se fit nommer notaire apostolique, et cette charge, qui le mettait à l'abri du besoin, lui permit aussi de parler avec autorité contre la tyrannie des nobles et la corruption des magistrats. Son éloquence impétueuse lui lit de nombreux partisans parmi le peuple, et cent amis fidèles jurèrent de seconder ses projets. Le 20 mai 1347 à la pointe du jour, il sortit de l'église Saint-Ange, armé de pied eu cap et suivi de sa petite troupe qui portait trois bannières emblématiques. La procession se rendit lentement au Capitole au milieu des acclamations de la foule, qui conféra à Rienzi le gouvernement de Rome. Les nobles, après avoir d'abord méprisé cette émeute sans conséquence, obéirent à l'ordre qui leur enjoignait de quitter la ville et de se retirer dans leurs châteaux.

Sous le titre populaire de tribun, Rienzi s'empressa de publier des règlements salutaires pour le maintien du Bon-État. Ses lois ordonnèrent de terminer en quinze jours tous les procès civils, punirent sévèrement les accusations calomnieuses, réservèrent au suprême magistrat de la république le commandement des portes, des ponts et des tours, pourvurent à la sécurité des grands chemins. Le tribun plaça un vaisseau armé dans chacun des ports de la côte, organisa une milice régulière, affecta les revenus de la chambre apostolique à l'établissement de greniers publies et au soulagement des pauvres, régla les contributions et remit l'ordre dans tes finances. Les nobles mandés à son tribunal furent obligés de prêter serment de fidélité au Bon-État. Clément VI lui-même, au nom de qui Rienzi affectait d'agir, applaudit à une révolution qui humiliait une aristocratie turbulente.

Rome eut un moment de repos et de grandeur sous cette administration vigoureuse. L'emprisonnement d'un Colonna, le supplice de Martin des Ursins, coupable de piraterie et de brigandages, apprirent à la noblesse que le règne de l'anarchie avait cessé. Maitre absolu à Rome et fendant son pouvoir sur l'intégrité et la justice, Rienzi conçut une idée plus vaste : ii proposa l'adoption du Bon-État aux villes d'Italie et aux princes de la chrétienté. Ses messagers furent partout reçus avec déférence. Venise, Florence, Sienne, Pérouse et quelques villes inférieures promirent d'y accéder, et les tyrans de la Lombardie et de la Toscane déguisèrent leur répugnance sous des protestations affectueuses. Louis de Hongrie prit Rienzi pour juge dans sa querelle avec Jeanne de Naples sa belle-sœur, et Pétrarque fit entendre avec une joie patriotique de brillantes, mais trompeuses espérances.

En effet, la justice de Rienzi ne tarda pas à dégénérer en cruauté, sa libéralité en profusion, son ambition en vanité puérile. Il se qualifia de sévère et miséricordieux, libérateur de Bonze, défenseur de l'Italie, ami du genre humain, de la liberté, de la paix et de la justice, tribus auguste ; il se fit armer chevalier avec un cérémonial ruineux, et dans cette occasion il ne craignit pas de prononcer ce discours orgueilleux : « Nous sommons le pape Clément de se présenter à notre tribunal ; nous lui ordonnons de résider dans son diocèse de Rome ; nous sommons aussi devant nous le collège des cardinaux ainsi que les deux prétendants Charles de Bohème et Louis de Bavière qui prennent le titre d'empereur ; nous ordonnons à tous les électeurs d'Allemagne de nous informer sur quel prétexte ils ont usurpé le droit inaliénable du peuple romain, qui est l'ancien et légitime souverain de l'Empire. » Il tira ensuite son épée, l'étendit successivement vers les trois parties du monde et dans son extravagance, il dit trois fois : « Et cela aussi m'appartient. » Enfin, il mit le comble à ses folies en faisant placer sur sa tête sept couronnes différentes qui représentaient les sept dons du Saint-Esprit.

Une première conspiration tramée par les Colonna et les Ursins, qui avaient suspendu leurs vieilles inimitiés, fut prévenue par le tribun, et les chefs furent arrêtés. Après les avoir effrayés par l'appareil du supplice, il leur fit subir un pardon humiliant. Les nobles prirent les armes, se fortifièrent à Marino et dévastèrent toute la campagne autour de Rome. Vaincus d'abord dans une attaque où périrent sept personnes de la famille Colonne, ils furent bientôt secondés par la cour d'Avignon qui excommunia le tribun, et par l'audace d'un aventurier napolitain qui pénétra dans Rome à la tête de cent cinquante soldats. Abandonné du peuple, Rienzi abdiqua le gouvernement (15 décembre 1347), occupa un mois encore le château Saint-Ange et s'enfuit sous un déguisement auprès du roi de Hongrie, alors à Naples. Après trois ans de voyages et d'aventures, il fut arrêté à Prague et conduit à Avignon par l'ordre de Charles IV (1351). Clément VI le reçut sans colère. Rienzi passa quatre ans encore dans une captivité dont l'étude adoucissait les ennuis, et fut même choisi par Innocent VI, successeur de Clément, comme le seul homme capable de réformer l'anarchie dans laquelle Rome était retombée.

Après la fuite de Rienzi, de nouveaux sénateurs avaient été institués au nom du Siège apostolique, et les barons romains avaient repris le cours de leurs querelles et de leurs violences. Le peuple s'indigna, les chassa et se donna successivement deux tribuns plébéiens, Cerroni et Baroncelli. Le premier se bêta de résigner un fardeau trop lourd pour sa faiblesse ; la sévérité impitoyable du second lui coûta la vie. Rienzi reparut à Rome dans ces circonstances (1354) ; mais il n'était plus que l'agent de la cour pontificale, qui lui avait imposé un serment de fidélité et lui avait même donné pour surveillant le légat Albornoz. Accueilli avec un enthousiasme passager, il subit les conséquences de la fausse position où il se trouvait placé. Pendant que les Colonne soulevaient le peuple contre lui en l'accusant d'intempérance et de cruauté, Albornoz lui refusait les moyens de triompher de la malveillance de ses ennemis ; une multitude furieuse investit le Capitole : la voix de Rienzi jadis si puissante fut étouffée sous les imprécations, et le malheureux, arrêté au moment où il cherchait à fuir, fut égorgé et mis en pièces (8 septembre). Albornoz, aussi habile général que grand politique, comprima les factions, réduisit les vassaux et les villes rebelles de la Romagne, et en rétablissant l'autorité pontificale prépara le retour des papes.

Le poète Pétrarque, l'organe le plus influent de l'opinion publique, ne cessait d'inviter les successeurs de saint Pierre à revenir à Rome et à quitter Avignon qu'il comparait à Babylone. Urbain V prêta enfin l'oreille à ses prières et aux réclamations des Italiens. C'était le moment où il venait d'être rançonné à Avignon par les grandes compagnies. Malgré l'opposition du roi de France Charles V, et la répugnance des cardinaux, il retourna au palais du Vatican (octobre 1367) où il résida trois années dans une paix honorable ; il y reçut les félicitations du roi de Chypre, de la reine de Naples et des empereurs d'Orient et d'Occident. Mais, entraîné par de puissantes sollicitations, il repassa en France (1370), et sa mort qui arriva peu de temps après, fut regardée par les Italiens comme une punition du Ciel. Son successeur Grégoire XI, après avoir hésité longtemps, céda aux instances de sainte Catherine de Sienne, ambassadrice des Florentins. Les Romains lui offraient les clefs des pertes, des ponts et des forteresses, du moins pour le quartier situé au-delà du Tibre, et menaçaient de se donner pour pape l'abbé du Mont-Cassin, s'il persistait à demeurer au-delà des Alpes. Il revint à Rome au mois de janvier 1377, en annonçant l'intention d'y fixer désormais le siège pontifical. Quatorze mois après, sa mort fit éclater un schisme déplorable. Sur vingt-deux cardinaux dont le sacré Collège était alors composé, six étaient restés à Avignon : onze Français, un Espagnol et quatre Italiens entrèrent au conclave, et cédant à la violence d'un peuple exaspéré, nommèrent pape un Italien Bartolomeo Prignani, archevêque de Bari, qui prit le nom d'Urbain VI (9 avril 1378). Quelques semaines après, effrayés par la dureté d'Urbain dont le zèle allait jusqu'à la cruauté, ils quittèrent Rome, révoquèrent leur première nomination comme irrégulière et donnèrent la tiare à Robert de Genève (Clément VII) qui s'empressa de retourner à Avignon. L'intérêt national détermina la cour et le clergé de France. La Savoie, la Sicile, l'île de Chypre, l'Aragon, la Castille, la Navarre et l'Écosse entraînés par cet exemple se rangèrent du parti de Clément VII, et après sa mort, de celui de Benoît

Rome et les principaux états de l'Italie, l'Allemagne, le Portugal, l'Angleterre les Pays-Bas et les royaumes du Nord adhérèrent à l'élection d'Urbain VI qui eut Boniface IX, Innocent VII et Grégoire XII pour successeurs.

Alors commença le grand schisme d'Occident, qui épuisa l'Église par les rivalités et les exactions des papes rivaux, et la laissa longtemps sans unité, sans direction, sans gouvernement. Les premiers conseils pour la paix et la réunion des chrétiens sortirent de l'université de Paris et de la faculté de Sorbonne dont les docteurs étaient regardés, au moins en France, comme les maîtres les plus consommés dans la science théologique. Ils écartèrent sagement toutes les recherches sur l'origine et les raisons des deux partis, et pour remédier aux maux de l'Église, ils proposèrent que les deux papes abdiquassent en même temps après que chacun d'eux aurait autorisé les cardinaux de la faction opposée à se réunir pour une élection légitime, et que les nations refusassent d'obéir à celui des deux compétiteurs qui préférerait ses intérêts à ceux du public. Dès que le Saint-Siège vaquait, les universitaires demandaient avec instance qu'on prévînt les funestes suites d'un choix précipité ; mais l'ambition des membres du conclave n'écoutait ni la raison ni les prières, et, quelques promesses qu'eût pu faire celui qui obtenait la tiare, le pape n'était jamais lié par les serments du cardinal ; les artifices des pontifes rivaux, les scrupules ou les passions de leurs adhérents, les vicissitudes des factions qui déchiraient la France sous l'insensé Charles VI, rendirent vaines durant vingt ans les démarches conciliatrices de l'université de Paris. On adopta enfin une résolution vigoureuse. Une ambassade solennelle, composée du patriarche titulaire d'Alexandrie, de deux archevêques, de cinq évêques, de trois chevaliers et de vingt docteurs, se rendit à la cour d'Avignon et à celle de Rome. Elle y demanda, au nom de l'Église et du roi, l'abdication des deux papes, de Pierre de Luna (Benoit XIII) et d'Angelo Corrario (Grégoire XII). Pour l'honneur de Rome et le succès de leur commission, les ambassadeurs demandèrent une conférence avec les magistrats de la ville ; ils déclarèrent expressément que le roi très-chrétien ne voulait point tirer le Saint-Siège du Vatican, qui était à ses yeux la seule résidence convenable au successeur de saint Pierre. Un orateur répondit au nom des Romains qu'ils désiraient concourir à la réunion de l'Église, et hâter la fin des maux que le schisme entraînait avec lui ; il réclama en même temps la protection de la France contre les armes du roi de Naples Ladislas, qui se conduisait en brigand plutôt qu'en allié. Mais les réponses de Renon et de Grégoire furent trompeuses, et pour éluder leur abdication, ils affectèrent de paraître animés du même esprit. Après être convenus de la nécessité d'une entrevue préliminaire qui devait avoir lieu à Savone, l'un ne voulut pas quitter ses galères, l'autre refusa d'approcher de la mer (1407). « Ainsi deux vieux prêtres, dit un contemporain, pour quelques instants de vie et de pouvoir qui peuvent leur rester encore, compromettent la paix et le salut du monde chrétien. »

On se lassa en France de tous ces délais. L'université et le parlement condamnèrent et lacérèrent une lettre injurieuse écrite par les partisans que Benoît XIII avait à Toulouse, resserrèrent le pouvoir papal dans ses limites primitives, et la cour de France, irritée d'une bulle fulminante lancée par Benoît, fit proclamer la soustraction d'obéissance. Enfin un concile général fut convoqué à Pise pour porter remède à ce désordre. Les deux papes rivaux furent déposés avec une égale justice ; Alexandre V fut élu d'une voix unanime (26 juin 1409), et après la mort de ce dernier, arrivée dix mois après, la tiare fut donnée à Jean XXIII, le plus débauché des hommes[9]. Mais, au lieu d'éteindre le schisme, la précipitation des Français et des Italiens ne fit qu'élever un troisième prétendant au trône de, saint Pierre. On contesta les droits nouveaux que s'était attribués le concile de Pise, et l'élection qui en avait été la suite. Les rois d'Allemagne, de Hongrie, de Naples, restèrent fidèles au pape romain, et les Espagnols à Benoît XIII, leur compatriote.

Cependant on sentait qu'il s'agissait non-seulement de l'extirpation du schisme et de l'hérésie, mais encore de la réformation de l'Église dans son chef et dans ses membres. Jean Gerson, chancelier de l'université de Paris, publia un traité sur les moyens d'unir et de réformer l'Église dans le prochain concile général qui venait d'être convoqué à Constance par l'empereur Sigismond. Cette assemblée s'ouvrit le 5 novembre 1414, et par le nombre et l'importance des membres de l'ordre civil et de l'ordre ecclésiastique qui y assistèrent, elle sembla former les états-généraux de l'Europe. Des trois compétiteurs, Jean XXIII fut la première victime ; il prit la fuite, mais on le ramena captif, on l'accusa des crimes les plus scandaleux ; il souscrivit lui-même à sa condamnation et expia dans une prison son ambition téméraire. Grégoire XII, dont la juridiction se trouvait bornée à l'enceinte de Rimini, descendit plus honorablement du trône, et la session où il renonça au titre et à l'autorité de pape légitime fut convoquée par son propre ambassadeur (1415). Pour vaincre l'obstination de Benoît XIII et de ses partisans, l'empereur fit le voyage de Constance à Perpignan. Les rois de Castille, d'Aragon, de Navarre et d'Écosse, obtinrent un honorable traité. Benoît fut déposé par le concile, de l'aveu des Espagnols ; mais on laissa ce vieillard dont on n'avait rien à craindre, excommunier deux fois par jour de son château solitaire les royaumes rebelles qui avaient abandonné sa cause. Après avoir extirpé le schisme, le concile procéda avec lenteur et circonspection à l'élection du chef de l'Eglise. Dans cette grande occasion on ajouta aux vingt-trois cardinaux qui formaient le sacré Collège, trente députés tirés en nombre égal des cinq grandes nations de la chrétienté, l'italienne, l'allemande, la française, l'espagnole et l'anglaise[10]. Othon Colonne, recommandable par sa naissance et par son mérite personnel, réunit la majorité des voix (11 novembre 1417). Rome reçut avec joie et soumission pour souverain le plus noble de ses enfants : l'état ecclésiastique fut défendu par sa puissante famille, et le Saint-Siège rétabli au Vatican.

« Quant aux mesures qu'on prit à Constance pour parvenir à la réformation de l'Eglise dans son chef et dans ses membres, elles n'aboutirent à rien. Comme il s'agissait surtout de supprimer ou de limiter les nouveaux droits que les papes s'étaient arrogés depuis quelques siècles et qui se rapportaient entr'autres à la matière bénéficiale et à des exactions pécuniaires, tous ceux qui étaient intéressés au maintien des abus, se concertèrent pour en éluder le redressement. Le concile avait formé un comité composé de députés des différentes nations, pour aviser aux moyens d'effectuer cette réformation que tout le monde désirait ardemment. Ce comité connu sous le nom de collège réformateur était déjà fort avancé dans son travail, lorsqu'on mit en avant la question, s'il convenait de procéder à la réformation sans la participation du chef visible de l'Église. La négative ayant prévalu par les menées des cardinaux, on passa à l'élection du nouveau pontife avant d'avoir mis la dernière main à l'ouvrage de la réformation. Othon Colonne, devenu pape sous le nom de Martin V, pour se conformer à une décision antérieure du concile, présenta alors un projet de réforme. Cet acte n'ayant pas été au gré des nations, toute cette matière fut renvoyée au prochain concile, et en attendant on se borna à passer avec le nouveau pape des concordats sur ce qui devait s'observer jusqu'à la décision du concile futur.

« Cette assemblée convoquée en 1431 à Bâle[11], reprit l'ouvrage de la réformation. Les décrets sur la supériorité et l'indissolubilité du cou- elle y furent renouvelés, et oh y abolit successivement la plus grande partie des réserves ainsi que les grâces expectatives, les annates et autres exactions des papes. La liberté des appels en cour de Rome y fut pareillement circonscrite. Eugène IV, successeur de Martin V, alarmé de ces atteintes portées à son autorité, prononça deux fois la dissolution du concile. La première dissolution qui est du 17 décembre 1431, fut révoquée sur les vives instances de l'empereur Sigismond par une bulle du même pape, publiée le 15 décembre 1433. Il y reconnut la validité du concile et annula tout ce qu'il avait fait précédemment pour en détruire l'autorité. La seconde dissolution eut lieu le 1er octobre 1437. Eugène transféra alors le concile à Ferrare, et de Ferrare à Florence, en prétextant l'union qu'il négociait avec l'Église grecque. Cette démarche du pape occasionna un nouveau schisme. Les prélats qui étaient restés à Bâle entamèrent une procédure contre lui ; ils le suspendirent comme contumace et finirent par le déposer. Amédée VIII, ex-duc de Savoie, fut élu à sa place sous le nom de Félix V et reconnu par tous les partisans du concile comme pape légitime[12]. »

Nous avons indiqué plus haut comment l'Allemagne s'associa aux décisions du concile de Bâle. En France l'esprit de réforme fut secondé par Charles VII, qui dès 1431 avait ordonné que nul étranger ne pût tenir bénéfice dans le royaume sans permission expresse : l'Église gallicane assemblée à Bourges sous ses auspices fit promulguer la fameuse pragmatique-sanction qui confirmait et étendait celle de saint Louis (7 juillet 1438). Cet acte reconnaissait la supériorité du concile général sur le pape. L'élection devait désormais remplir les bénéfices vacants et était rétablie dans la forme ancienne ; les réserves de bénéfices et les expectatives étaient abolies, et les ordinaires du royaume étaient reconnus avant que d'aller en cour de Rome. Le reste des décisions particulières n'était que la confirmation des décrets du concile de Bâle. La pragmatique enregistrée avec solennité au parlement ne reçut aucune atteinte sous le règne de Charles Vil. Ce prince, résistant à toutes les sollicitations d'Eugène IV et voulant prévenir tout nouveau sujet de querelle, défendit à ses sujets de se servir d'aucune bulle, décret ou rescrit émané du concile ou du pape, et commanda à ses juges d'observer la pragmatique-sanction par une nouvelle ordonnance enregistrée au parlement le 29 décembre 1440. En Allemagne, au contraire, ta pragmatique de Mayence fut de bonne heure modifiée par les concordats de 1448.

Cependant le schisme finissait. Le concile de Florence, après avoir prononcé la réunion des Églises grecque, arménienne et éthiopienne, s'était séparé en 1443, et celui de Bâle ne pouvait soutenir son pape. La prudence de Nicolas V, successeur d'Eugène, l'adhésion de l'Allemagne et l'abdication de Félix rendirent enfin la paix et l'union à l'Église (1449). Frédéric III, en allant chercher à Rome la couronne impériale, renonça sans réserve aux anciens droits de l'Empire sur la ville des Césars (1452), et dès-lors l'autorité des papes devint véritablement souveraine dans Rome. Martin V reprit le droit de fabriquer les monnaies, droit que le sénat avait exercé durant près de trois siècles, et il y mit son image et son nom. En 1434 sous Eugène IV, les Romains se soulevèrent contre un impôt qui leur était odieux, et insultèrent le pape dans sa fuite ; mais cette révolte fut réprimée à coups de canon. La conspiration d'Étienne Porcaro qui aspirait à jouer le rôle de Rienzi, fut la dernière manifestation de l'ancien esprit républicain. Cet enthousiaste auquel Nicolas V avait pardonné deux fois, paya de sa vie une troisième tentative. Neuf de ses amis furent pendus en même temps sous les yeux d'une foule consternée et muette (1453). Les rivalités des grandes familles troublèrent encore quelquefois la tranquillité de Rome : en Romagne, à Rimini, à Ravenne, à Bologne, à Forli, à Faenza, à Camerino, et dans d'autres villes, de nombreux tyrans prétendirent souvent à l'indépendance. Mais l'administration généralement sage et modérée des papes maintint Rome dans le devoir, et au commencement du siècle suivant, la politique astucieuse ou énergique d'Alexandre VI, de Jules II, de Léon X, finit par établir dans les états ecclésiastiques l'unité du pouvoir absolu[13].

 

 

 



[1] KOCH, Tabl. des Révol., période V, p. 323.

[2] Ce jubilé, qui devait ne se célébrer que tous les cent ans, fut réduit à cinquante ans par Clément VI, à trente-trois par Urbain VI, à vingt-cinq par Paul II et Sixte IV.

[3] Voici la déclaration du tiers-état : « A vous très-noble prince vostre sire roy de France, supplie et requiert le peuple de vostre royaume pour ce que il li appartient, que ce soit faict que vous gardiez la souveraine franchise de vostre royaume, qui est telle que vous ne recognissiez de vostre temporel souverain en terre, fors que Dieu, et que vous faniez déclairer, si que tout le monde le sçache, que le pape Boniface erra manifestement en vous mandant par lettres huilées que il estoit vostre souverain de vostre temporel, et que vous ne pouvez prévendes donner, ne les fruits des églises cathédrales vacans retenir, et que tous ceux qui croient le contraire, il tenoit pour hereges. » (Duruy, Preuves du différend, p. 214.)

[4] Les savants auteurs de l'histoire du Languedoc ont prouvé que Nogaret ne fut nommé chancelier que le 22 septembre 1307, et qu'il ne succéda pas immédiatement à Pierre Flotte, comme l'avaient prétendu le P. Labbe et Pierre Dupuy.

[5] Voyez le chapitre LXVI de cette période. — Nous avons cru à propos de détacher du règne de Philippe-le-Bel l'histoire de ses démêlés avec Boniface VIII, parce qu'à nos yeux cette introduction nécessaire des faits qui vont suivre devait trouver sa place ici.

[6] Clément V fit tout de suite une promotion de dix cardinaux, neuf français et un anglais. En 1331, Jean XXII refusa aux prélats recommandés par le roi de France, parce qu'il y avait déjà dans le collège, dix-sept cardinaux français. En 1351, te roi Jean étant venu à Avignon, Clément VI se résigna à créer douze nouveaux cardinaux français, qui respectaient si peu le pape que dans son propre palais ils tirèrent des couteaux et se battirent.

[7] V. le chapitre LXII, passim.

[8] Le comtat Venaissin avait été cédé au pape par Philippe-le-Hardi en 1274. Le roi se réserva seulement la moitié d'Avignon, qui passa ensuite à Charles II comte de Provence et roi de Sicile. La reine Jeanne, arrière-petite-fille de Charles II, vendit à Clément VI (1348) les droits de souveraineté qui lui restaient pour une somme de quatre-vingt mille florins.

[9] Cet homme singulier, né à Naples et qui dans sa jeunesse avait été corsaire, eut l'ambition de se faire pape. Il s'appelait Balthasar Cozza. Après avoir étudié à Bologne, il s'éleva rapidement grâce à ses richesses et à ses nombreux amis. On l'accusa d'avoir empoisonné Alexandre V, et d'avoir commis les crimes les plus hernieux. Il n'en mourut pas moins doyen du sacré Collège après son abdication.

[10] Voyez dans LENFANT, Hist. du concile de Bâle, l'opposition des ambassadeurs de France à ce que l'Angleterre fût admise parmi les grandes puissances européennes, et les raisons contradictoires présentées par les ambassadeurs anglais. Si ceux-ci l'emportèrent, c'est que les victoires de Henri V mirent un poids décisif dans la balance.

[11] Le concile de Constance se sépara le 12 avril 1418. Celui de Bâle, convoqué par Martin V, ne s'assembla que sous Eugène IV, élu le 6 mars 1431.

[12] KOCH, Tabl. des Révol., périod. V, p. 335 et suivantes.

[13] Liste chronologique des Papes, depuis saint Anastase jusqu'à Calixte III (398-1455).

Saint Anastase, 398. - Innocent Pr, 402. - Zozime, 417. - Boniface Ier, 418. - Célestin Ier, 422. - Sixte III, 432. - Léon-le-Grand, 440. - Hilaire, 461. - Simplice, 468. - Félix III, 483. - Gélase, 492. - Anastase II, 496. - Symmaque, 498. - Laurent, antipape. - Hormisdas, 514. - Jean Ier, 523. - Félix IV, 526. - Boniface II, 530. - Jean II dit Mercure, 533. - Agapet, 535. - Silvère, 536. - Virgile, 537. - Pélage Ier, 555. - Jean III, 560. - Benoît Ier ou Bonose, 574. - Pélage II, 578. - Saint Grégoire-le-Grand, 590. - Sabinien, 604. Boniface III, 607. - Boniface IV, 608. - Deusdedit ou Dieudonné, 814 ou 815. - Boniface V, 617 ou 618. - Honoré Ier, 625 ou 638. - Sévérité, 640. - Jean IV, 640. - Théodore Pr, 642. - Martin Pr, 649. - Eugène Ier, 654. - Vitalien, 657. - Adéodat, 672. - Donus ou Domnus Ier, 676. - Agathon, 678 ou 679. - Léon II, 682. - Benoît II, 684. - Jean V, 685. - Pierre et Théodore, antipapes. - Conon, 1386. - Sergius Ier, 687. - Théodore et Pascal, antipapes. - Jean VI, 701. - Jean VII, 705.- Sisinnius, 708. - Constantin, 708. - Grégoire II, 715. - Grégoire III, 731. - Zacharie, 741. - Étienne, élu mais non consacré, 752. - Étienne II, 752. - Paul Ier, 757. Théophylacte, Constantin, Philippe, antipapes. - Étienne III, 768. - Constantin, antipape. - Adrien Ier, 772. - Léon III, 795. - Étienne IV, 816. - Pascal Ier, 817.- Eugène II, 824. - Zizime, antipape. - Valentin, 827. - Grégoire IV, 827. - Sergius II, 844. - Léon IV, 847. - Benoît III, 855.  -Anastase, antipape. - Nicolas Ier, 858. - Adrien II, 867. - Jean VIII, 872. - Marin ou Martin II, 882. - Adrien III, 884. - Étienne V, 885. - Formose, 891. - Sergius, antipape. - Boniface VI, 896. - Étienne VI, 896. - Romain, 897. - Théodore II, 898. - Jean IX, 898. - Benoît IV, 900. - Léon V, 903. - Christophe, 903. - Sergius III, 904. - Anastase III, 911. - Landon, 913. - Jean X, 914. - Léon VI, 928. - Étienne VII, 929. - Jean XI, 931. - Léon VII, 936. - Étienne VIII, 939. - Martin III, 942. - Agapet II, 946. - Jean XII, 956. - Léon VIII, 963. - Benoît V, 964. - Jean XIII, 965. - Benoît VI, 972. - Boniface VII (Francon), antipape. - Donus ou Domnus II, 974.- Benoît VII, 975. - Jean XIV, 983. - Boniface VII, de nouveau, 985. - Jean XV, 985. - Grégoire V et Jean XVI, 996. - Silvestre II, 999., - Jean XVII, 1003. - Jean XVIII, 1003. - Sergius IV, 1009. - Benoit VIII, 1012. - Jean XIX, 1024. - Benoît IX, 1033. - Silvestre et Jean XX, antipapes. - Grégoire VI, 1044. - Clément II, 1048. - Benoît IX, de nouveau, 1047. - Damase II, 1048. - Victor II, 1055. - Étienne IX ou X, 1057. - Benoît X, antipape. - Nicolas II, 1058. - Alexandre II, 1061. - Honoré, antipape. - Grégoire VII, 1073. - Clément III, antipape. - Victor III, 1086. - Urbain II, 1088. - Pascal II, 1099. Albert et Théodoric, antipapes. - Gélase II, 1118. - Maurice Bourdin, antipape. - Calixte II, 1119. - Honoré II, 1124. - Calixte III, antipape. - Innocent II, 1130. - Anaclet et Victor, antipapes. - Célestin II, 1143. - Luce II, 1144. Eugène III, 1145.- Anastase IV, 1153. - Adrien IV, 1154.- Alexandre III, 1159. -Victor IV, Pascal III, Calixte, Innocent, antipapes. - Luce III, 1181. - Urbain III, 1185. - Grégoire VIII, 1187. - Clément III, 1187. - Célestin III, 1191. - Innocent III, 1198.- Honoré III, 1216. - Grégoire IX, 1227. - Célestin IV, 1241. - Innocent IV, 1243.- Alexandre IV, 1254. - Urbain IV, 1281. - Clément IV, 1265. - Grégoire X, 1271. - Innocent V, 1276. - Adrien V, 1276. - Jean XXI, 1276. - Nicolas III, 1277. - Martin IV, 1281. - Honoré IV, 1285. - Nicolas IV, 1288. - Célestin V, 1293. - Boniface VIII, 1294. - Benoît XI, 1303. - A Avignon : Clément V, 1305. - Jean XXII, 1316. - Pierre de Corbière, antipape. - Benoît XII, 1334. - Clément VI, 1342. - Innocent VI, 1352. - Urbain V, 1362. Grégoire XI (à Rome), 1370. - Urbain VI, 1378. - Clément VII (à Avignon), 1378-1394. -- Boniface IX, 1389. - Benoît XIII, (à Avignon), 1394-1424. - Innocent VII, 1404. - Grégoire XII, 1406. - Alexandre V, 1409. - Jean XXIII, 1410. - Martin V, 1417. - Clément VIII, antipape, 1424-1429. - Eugène IV, 1431. - Félix V, antipape. 1439-1449. - Nicolas V, 1417. - Calixte III, 1455.