HISTOIRE GÉNÉRALE DU MOYEN ÂGE

QUATRIÈME PÉRIODE. — DEPUIS LE COMMENCEMENT DE LA QUERELLE DES INVESTITURES JUSQU'AU PONTIFICAT DE BONIFACE VIII (1074-1294)

 

CHAPITRE LVI. — FRANCE ET ANGLETERRE. RIVALITÉ DES DEUX COURONNES. - PHILIPPE-AUGUSTE. - RICHARD CŒUR-DE-LION. - JEAN-SANS-TERRE (1180-1223).

 

 

Premiers actes de Philippe-Auguste (Philippe II). — Il suit la politique de son père à l'égard de l'Angleterre. — Avènement de Richard Cœur-de-Lion. — Troisième croisade. — Retour de Philippe. — Il fomente les troubles en Angleterre. — Délivrance de Richard qui rentre dans ses états. — Guerre entre l'Angleterre et la France. — Démêlés avec le Saint-Siège. — Quatrième croisade. — Guerre de Flandre. — Journée de Bouvines. — Louis, fils de Philippe, est un instant roi d'Angleterre. — Mort de Philippe-Auguste. — Gouvernement de ce prince. — Angleterre. — Couronnement de Richard. — Massacre des Juifs. — Troisième croisade. Intrigues de Jean. — Richard rentre dans ses états après une longue captivité. Guerre avec la France. — Mort de Richard. — Caractère de ce prince. — Avènement de Jean-sans-Terre. — Guerre avec la France. — Mort violente d'Arthur de Bretagne. — Conséquences. — Démêlés de Jean-sans-Terre avec le Saint-Siège. — Expéditions en Écosse, en Irlande et dans le pays de Galles. — Le roi d'Angleterre est déposé par le pape. — Préparatifs de guerre. — Réconciliation de Jean avec Innocent III. — Ses vaines tentatives pour reconquérir les provinces continentales. — Révolte des barons. — La grande charte. — Louis, fils de Philippe-Auguste, est appelé au trône d'Angleterre. — Mort de Jean. — Le prince français est forcé de se rembarquer.

 

FRANCE. - PHILIPPE-AUGUSTE (1180-1223). — Philippe-Auguste, pendant son règne, travailla activement à élever la royauté au-dessus de la féodalité, et à continuer l'œuvre de ses pères en s'appuyant comme eux sur l'Église. Sauf les deux époques de son divorce avec Ingeburge et de l'expédition de son fils Louis en Angleterre, il fut constamment en bons rapports avec le pape. Son premier acte de politique fut de chasser et de dépouiller les Juifs, à qui des bruits populaires, confirmés au reste par les accusations formelles des chroniqueurs, reprochaient de voler les, enfants et de les sacrifier le jour de Pâques (1182). Il livra à l'Église les blasphémateurs et les hérétiques. Les mercenaires, que le roi Henri II avait répandus dans le midi, et qui pillaient pour leur compte, furent poursuivis par Philippe, et il encouragea contre eux l'association religieuse des capuchons ; dans les pays du centre et du midi, on en tua dix mille (1183). Il consacra une chapelle à la mémoire de Thomas Becket, dans l'Église de Saint-Germain-l'Auxerrois ; il réprima les seigneurs qui vexaient les Églises ; enfin, le clergé de France se crut sauvé par la victoire de Bouvines, remportée sur les Allemands, ennemis du pape et excommuniés.

Roi à quinze ans, le jeune Philippe déploya une grande énergie. Malgré sa mère et sec oncles, dont trois étaient comtes de Blois, de. Champagne, de Sancerre et le dernier archevêque de Reims, il épousa la fille du ceinte de Flandre ; ce mariage devait lui donner la Picardie. La possession de cette province constituait en quelque sorte la monarchie ; et, séparant la Flandre de la Normandie, rompait le cercle des grands fiefs dont le domaine royal était entouré. Grace à la neutralité de. Henri II et aux secours que lui fournit Henni Court-Mantel, il triompha de la résistance de ses oncles. Bientôt il repoussa les communes flamandes qui étaient venues jusqu'à neuf lieues de Paris, entra à leur suite sur le territoire de Flandre, et força le comte à lui tenir sa parole, à lui remettre Amiens et le Vermandois, sauf Saint-9uentin et Péronne, et à lui faire hommage à genoux (1185).

Du côté de l'Angleterre, Philippe reste fidèle à la politique de son prédécesseur. Il soutient les fils contre le père, souvent même les frères contre les frères. (Voir, au chapitre précédent, le règne de Henri II.) La guerre avec l'Angleterre, d'abord suspendue par les préparatifs de la troisième croisade, se ralluma avec une nouvelle fureur (1188). Henri II, abandonné de la fortune, signa le traité d'Azay-sur-Cher et alla mourir misérablement à Chinon (1189).

Sa mort ne parut pas d'abord altérer l'amitié de Philippe et de Richard, qui restèrent unis pour la croisade (voir le chapitre L) ; mais la rivalité de gloire qui les divisa en Syrie devint funeste aux colonies chrétiennes. Lassé de démêlés humiliants pour un suzerain et de périls infructueux, Philippe s'embarqua pour la France (1191).

Il revient par l'Italie et par Rome, et arrive à propos pour partager la Flandre à la mort de Philippe d'Alsace. Il se fait donner l'Artois et Saint-Omer, en mémoire de sa femme Isabelle de Flandre. En même temps il fomente des troubles dans les états de son ennemi Richard, mais d'une manière indirecte pour ne pas mécontenter l'Église, et punit cruellement les Juifs de Bray-sur-Seine, afin de se faire pardonner par cet acte alors méritoire, la violation du serment de Vézelay et son brusque départ de la Terre-Sainte. Il soulève les Aquitains toujours disposés à la révolte, et excite le prince Jean à se saisir du trône d'Angleterre, en lui promettant la main de sa sœur Alix, et pour rendre plus odieux son rival, il répandait le bruit que le monarque anglais voulait le faire tuer par les assassins de Syrie.

A la nouvelle de ces lâches intrigues, Richard se mit en route pour l'Occident (1192) ; mais arrêté à Zara près de Vienne par Léopold d'Autriche, Son ennemi personnel, il fut livré à l'empereur Henri VI, qui l'enferma à Worms. Informé d'une capture si importante, Jean et Philippe offrirent à l'Empereur, pour qu'il gardât son prisonnier, autant d'argent que Richard en eut donné pour sa rançon. Le roi de France profita du moins de la captivité de Richard pour emporter les villes d'Évreux, de Gisors et plusieurs châteaux de la Normandie et du Vexin ; mais il échoua devant Rouen défendu par le courage de ses habitants (1193).

Cependant, Richard rendu à la liberté moyennant une rançon énorme, avait abordé subitement en Angleterre et réduit en quelques mois les châteaux qui tenaient pour son frère. Au premier bruit de la délivrance de Richard, le lâche et perfide Jean s'était retiré en Normandie auprès de. Philippe-Auguste. Quand il apprit le retour certain de Richard, il songea à faire ta paix avec lui en ordonnant le massacre de la garnison française établie dans Évreux. La guerre qui éclate aussitôt entre l'Angleterre et la France, n'a ni l'intérêt, ni l'importance qu'on pouvait attendre de la grandeur des motifs et de l'animosité des deux rois. Tous deux sont épuisés d'hommes et d'argent par la croisade. Richard force les Français à lever le siège de Verneuil. Philippe-Auguste se venge de cet échec et du massacre des siens en mettant Évreux à feu et à sang, fait quitter à Richard le siège d'Arques et pille Dieppe. La guerre se transporte ensuite en Berri, et Philippe est battu entre Fréteval et Blois. Il perd, en cette occasion, les chartes et les titres de la couronne que l'on portait toujours à la suite de l'armée. La médiation des évêques amène, en 1195, une Crève dé dix ans conclue près de Niort, mais qui est rompue deux ans après. Apprenant que Richard a fait raser le château de Vierzon en Berri, Philippe-Auguste assiège Aumale, et s'en empare malgré les efforts de Richard qui accourt en toute hâte au secours de la place. Le roi d'Angleterre marche ensuite contre les Bretons, qui lui refusaient la tutelle de son neveu Arthur, les soumet, se réconcilie avec le comte de Toulouse qu'il met dans ses intérêts, aussi bien que Baudouin IX comte de Flandre, Renaud de Dammartin comte de Boulogne, et les seigneurs de la maison de Champagne (1197). Philippe-Auguste déploie la plus grande activité ; avec deux cents chevaliers il se fait jour à travers un nombreux corps de troupes que commandait Richard en personne, et marche à la rencontre du comte de Flandre, qui avait déjà pris Saint-Orner, Aire, Douai, et qui assiégeait alors la ville d'Arras. Le mauvais succès de cette expédition, l'oblige de faire la paix avec le vassal qu'il voulait punir. Une trêve d'un an avec Richard, ne suspend les hostilités que pour rallumer la guerre avec plus de violence. Richard reprend Aulnaie ; ses mercenaires gallois sont détruits pour la plupart dans la vallée d'Andelys, mais il ravage le Beauvoisis, que l'évêque de Beauvais, oncle de Philippe-Auguste, et Dreux de Mello ne peuvent défendre à l'aide des communes encore mal aguerries. Philippe-Auguste lui-même est défait entre Courcelle et Gisors (1198). Dans la retraite, le pont de Gisors se rompt, et Philippe aurait péri dans la rivière d'Epte, sans le courage de sa suite qui le sauva et arrêta le roi d'Angleterre. La toute puissante intervention d'Innocent III met fin à cette guerre d'escarmouches qu'ensanglantent de cruelles représailles. Par la trêve conclue pour cinq ans au commencement de l'année 1199, les deux partis conservent les terres et les châteaux dont ils sont en possession sans être obligés à aucune restitution. Bientôt après, Richard va trouver la mort dans son expédition en Poitou. Il fait le siège du château de Châlus, près de Limoges, pour s'emparer d'un trésor qu'on y disait caché. La flèche d'un obscur archer met fin à la vie de ce brillant chevalier, le héros de son époque, parce qu'il en avait les vices et les vertus. En mourant, il pardonne à son meurtrier et lègue son cœur de lion à sa fidèle ville de Rouen (8 avril 1199).

Contrairement à ses premières dispositions, Richard désigne pour son successeur et son héritier Jean-sans-Terre. Philippe-Auguste ne soutint que faiblement les droits méconnus du jeune Arthur, fils de Geoffroy, frère aîné de Richard ; et, après quelques hostilités sans importance, il conclut avec Jean, entre Graillon et les Andelys, un traité de paix par lequel Arthur fut forcé de faire hommage à son oncle (1200). Jean donna en mariage au jeune Louis, fils de Philippe-Auguste et d'Isabelle de Flandre, morte en 1190, sa nièce Blanche de Castille avec une dot considérable. Cette union fut célébrée dans un lieu de Normandie nommé Purmor, parce que la France était alors en interdit.

Cet interdit était causé par le divorce de Philippe-Auguste avec Ingeburge de Danemark, qu'il avait épousée après la mort d'Isabelle et qu'il avait répudiée pour contracter une nouvelle alliance avec Agnès de Méranie (1193). Après quelques années de résignation, l'épouse délaissée réclama ses droits auprès du pape Célestin III dont les efforts furent impuissants (1196) ; Innocent III, homme plein d'ardeur et de génie, parvenu jeune encore à la papauté, s'occupa activement de cette affaire. Les évêques assemblés au concile de Dijon lancèrent l'interdit sur tout le royaume, malgré l'appel de Philippe-Auguste (1200). Le prince indigné saisit le temporel des évêques et imposa de fortes contributions aux laïques qui murmuraient de sa conduite ; mais il se montra plus docile aux conseils d'Octavien, légat du pape, et qui présida le concile de Soissons (1201). Il alla publiquement chercher Ingeburge au monastère où elle s'était retirée, et la ramena, disent les chroniques, en trousse sur le même cheval. Toutefois cette réconciliation ne fut qu'apparente, et ce ne fut qu'en 1211 qu'il rompit définitivement avec Agnès qui en mourut de douleur. Les embarras que lui donnait cette affaire et sans doute aussi les intérêts de sa politique empêchèrent Philippe-Auguste de prendre part à la quatrième croisade.

Cependant Philippe-Auguste ne perdait point de vue ses projets contre la puissance anglaise. Arthur venait de s'échapper des mains de son oncle : le roi de France l'arme chevalier, lui donne quelques troupes bientôt grossies par les partisans du jeune prétendant, et avec lesquelles Arthur vient assiéger Éléonore de Guienne dans le château de Mirebeau en Poitou (1202). Jean accourt pour délivrer sa mère, reste vainqueur d'Arthur, et le fait prisonnier avec h plupart de ses chevaliers. Transféré de Falaise à Rouen, Arthur disparaît du monde : « Dieu veuille, dit Matthieu Pâris, qu'il en ait été autrement que ne le rapporte la renommée. » Philippe-Auguste accueille le bruit populaire qui accuse Jean d'avoir tué son neveu de ses propres mains, et d'avoir jeté le cadavre dans la Seine : il le somme de comparaître devant la cour des pairs ; sur son refus, il le déclare félon et traître et confisque toutes les terres qu'il tenait à hommage. Il exécute ensuite la sentence avec une rapidité et un succès qu'on aurait peine à comprendre, si l'on ne réfléchissait à la répulsion générale qu'inspirait le roi Jean, à la difficulté qu'il éprouvait de tirer de l'argent de l'Angleterre, ruinée par la cupidité de Richard, aux démêlés qu'il allait bientôt se susciter avec le pape ; enfla, au caractère personnel de Jean, indolent, prodigue et lâche. Philippe-Auguste commence ses opérations militaires en attaquant la Normandie au nord, pendant que les Bretons, qui veulent venger leur duc, l'envahissent au midi. Il s'empare successivement d'Alençon, de Conches, des Andelys, du château Gaillard, bâti par Richard sur un roc presque inexpugnable, de Falaise, et bientôt de Rouen, que ses habitants renoncent à défendre, indignés de la réponse de Jean-sans-Terre, d'Arques, de Verneuil ; de leur côté les Bretons lui soumettent le mont Saint-Michel, Avranches, Caen, Pontorson et Mortain. Partout vainqueur sans combat, il a conquis en deux années, outre la Normandie, l'Anjou, le Maine, la Touraine et une partie du Poitou : il ne reste plus aux Anglais que la Guienne. En même temps, le roi de France maintient son influence en Bretagne, et dispose souverainement de la main d'Alix, fille de Constance et de Guy de Thouars, son troisième mari il promet d'abord cette riche héritière, que les Bretons ont reconnue pour leur souveraine, au représentant de la maison de Penthièvre, puis la marie, en 1212, à Pierre de Dreux, arrière-petit-fils de Louis-le-Gros.

Jean sort enfin de sa léthargie, et songe à recouvrer le Poitou, où il a de nombreux partisans. Il se procure de l'argent à tout prix, mais ne peut triompher du mauvais vouloir de ses barons. Il débarque à la Rochelle quelques troupes augmentées par un renfort de Poitevins ; puis, s'avançant dans le midi, s'empare du château de Montauban, dont il célèbre la prise avec une vanité ridicule, mais n'ose attendre Philippe-Auguste, et se rembarque honteusement, implorant la médiation du pape pour obtenir une trêve de deux ans : Cette trêve, conclue à Thouars (oct. 1206), laisse le roi de France en possession de ses conquêtes.

Deux ans après, Jean eut l'imprudence de se brouiller avec le pape, son plus utile allié, et qui, par inclination comme par politique, cherchait à tenir la balance entre la France et l'Angleterre. Il refusa de recevoir le cardinal Étienne Langton, qu'Innocent III venait de nommer à l'archevêché de Cantorbéry, et que ses talents et son savoir rendaient digne de cette haute dignité (1208). Par ses exactions, sa tyrannie et son impiété, il souleva la noblesse et surtout le clergé d'Angleterre. Innocent III lança d'abord l'interdiction, puis excommunia le roi, prêchant contre lui une sorte de croisade, et invitant Philippe-Auguste à envahir l'Angleterre. La guerre des Albigeois paraissait finie[1], Philippe-Auguste put détourner son attention du midi : il convoqua à Soissons les barons et les évêques, stipula avec son fils les conditions à exécuter au cas où Jean serait dépouillé de son royaume, et rassembla une flotte et une armée nombreuse (1212).

De son côté, Jean songeait à susciter au roi de France de puissants ennemis. Dès l'année 1207, il avait formé une alliance étroite avec Othon de Brunswick, empereur d'Allemagne ; il réussit aussi à mettre dans son parti le comte de Flandre, Fernand, le comte de Boulogne, le duc de Brabant, ranima le zèle des Aquitains, et fomenta le mécontentement des peuples de la Normandie et de l'Anjou, nouvellement soumis. Pour repousser l'invasion dont il était menacé, il réunit à Douvres environ soixante mille hommes ; mais ii était peu sûr de cette multitude. Aussi céda-t-il aux conseils du légat Pandolphe, et se soumit-il à l'Église, mettant lui et ses états sous la protection du Saint-Siège. Pandolphe passa en Flandre, et défendit à Philippe-Auguste d'attaquer Jean, devenu le vassal du pape. Philippe, sans prendre d'engagement, ajourna ses prétentions, et tourna contre la Flandre son armement formidable. Il envahit par terre et par mer cette riche contrée. Il perdit sa flotte que les Anglais surprirent dans le port de Dam. Désespérant de sauver le reste de ses vaisseaux, il y fit mettre le feu ; ils étaient, dit-on, au nombre de mille. Quelques petits que fussent ces bâtiments, on a peine à concevoir un pareil armement, en considérant les forces encore restreintes dont pouvait disposer Philippe-Auguste ; mais il se venge de cet échec, eu imposant de fortes rançons aux villes opulentes, telles que Bruges, Ypres, Gand et Courtray, en détruisant les fortifications de plusieurs autres places, et en couvrant de ruines la Flandre du midi (1213).

L'année suivante (1214), un grand danger menaça Philippe-Auguste. Les Allemands, les Flamands et les seigneurs du nord devaient entrer en France de ce côté, pendant que Jean-sans-Terre l'attaquerait à l'ouest et au midi. On assure que les confédérés s'étaient déjà partagé le royaume en espérance, et avaient promis les biens des églises aux gens de guerre. Philippe-Auguste, comme son grand-père Louis-le-Gros, est soutenu par l'Église et par les communes. Il envoie une armée, sous la conduite de son fils Louis, pour tenir Jean en respect ; lui-même commande l'armée du nord, et confie à Guérin, évêque de Senlis, le soin de présider à l'ordonnance et aux préparatifs de la bataille. Entre Lille et Tournay, au pont de Bouvines, il rencontra les confédérés fort supérieurs en nombre. Les légions des communes, et particulièrement de Corbie, d'Amiens, d'Arras, de Beauvais, de Compiègne, se pressèrent autour de l'oriflamme et de l'enseigne royale au champ d'azur et aux fleurs de lis d'or. Déconcertées d'abord, elles revinrent à la charge, et contribuèrent sans nul doute au gain de la bataille. Philippe-Auguste, tiré à terre par des fantassins allemands armés de crochets, courut risque de perdre la vie ; mais les Français l'emportèrent enfin. Othon, blessé et mis en fuite, abandonna son char impérial et l'aigle dorée. Les comtes de Flandre, de Boulogne, de Salisbury, ce dernier frère naturel du roi d'Angleterre, furent faits prisonniers. Des réjouissances publiques dans tout le royaume, et surtout à Paris, célébrèrent ce grand événement (27 juillet)[2].

Philippe-Auguste enferma le comte de Boulogne à Péronne, celui de Flandre au Louvre, après l'avoir exposé à la risée du peuple. Il imposa aux Flamands des conditions onéreuses, et se hâta de chasser Jean-sans-Terre du Poitou. Ce prince avait fait brûler Angers et ravagé les bords de la Loire ; mais après avoir échoué devant Nantes, il avait été forcé, par l'armée de Louis, de lever le siège de la Roche-au-Moine, et de se retirer à Parthenay. La défaite de ses alliés l'obligea à demander une trêve de cinq ans, que Philippe-Auguste lui accorda sous de bonnes garanties.

Jean, de retour en Angleterre, eut à lutter contre la révolte de ses barons qui lui imposèrent la grande charte, regardée comme le fondement des libertés anglaises. Mais, dès que les barons furent dispersés, Jean voulut reconquérir ses droits, à l'aide d'une armée de mercenaires, aussi odieux que redoutés. Les barons, effrayés, aimèrent encore mieux les étrangers que les mercenaires et appelèrent d'abord les Écossais, ensuite les Français. Louis, fils de Philippe-Auguste, au retour d'une expédition Militaire faite dans le Midi contre les Albigeois, accepta les propositions des barons anglais qui lui offraient la couronne. Philippe-Auguste, pour ne pas encourir la colère du pape, et sans doute aussi pour surveiller plus utilement les affaires du Midi, affecta de ne point favoriser l'entreprise de son fils et même de s'y opposer. Louis n'en aborda pas moins en Angleterre ; mais après quelques succès suivis d'un grand revers, il fut forcé d'évacuer l'Angleterre (1217). (Voir ci-après le règne de Jean-sans-Terre.)

De retour en France, Louis, à l'expiration de la trêve conclue avec Jean, répondit, par la prise de la Rochelle, aux demandes de restitution que les conseillers de Henri III avaient adressées à Philippe-Auguste. Toutefois, Louis et son père, préoccupés surtout des affaires du Midi, accordèrent en 1219 aux mêmes conditions qu'en 1214 une trêve aux Anglais. En même temps Louis, qui avait sollicité du pape Honorius l'absolution des censures qu'il avait encourues pour son expédition en Angleterre, se soumit aux volontés de la cour Romaine avec une humilité qui indique la toute-puissance de la papauté à cette époque. Il put dès lors prendre une part active à la guerre des Albigeois, qui devait contribuer si fortement à l'agrandissement du domaine royal (1219-1221). Il allait bientôt se trouver roi par la mort de Philippe-Auguste, qui, vieux avant l'âge, fut attaqué en 1222 d'une maladie dont il mourut à Mantes, le 14 juillet de l'année suivante.

GOUVERNEMENT ET ADMINISTRATION. — Philippe-Auguste fut préoccupé constamment du désir de substituer l'empire de la raison et de la loi à celui de la force et de la violence. Il voulut mettre la puissance matérielle de la royauté en harmonie avec la grandeur morale qu'elle avait reconquise sous Louis-le-Gros et Louis-le-Jeune. Cependant, il n'attaqua pas de front la féodalité. Ses réformes portèrent presque toujours sur ses domaines propres. Mais la royauté était déjà assez forte pour entraîner tôt ou tard, par son exemple, les puissances inférieures qui gravitaient autour d'elle. Philippe-Auguste eut l'adresse de retenir les barons auprès de lui en secondant les idées chevaleresques qui commençaient à dominer dans la société féodale, de leur donner concours dans la législation, et d'obtenir ainsi pour quelques-unes de ses ordonnances le caractère de généralité qui avait manqué à celles de ses prédécesseurs.

Philippe-Auguste s'associa au sentiment généreux, qui précédemment avait inspiré au clergé le désir de réprimer la fureur des guerres privées par la trêve de Dieu. On lui attribue l'institution de la Quarantaine-le-Roi, qui régularisait et sanctionnait ce premier essai de civilisation. Par cette ordonnance, les deux partis, c'est-à-dire l'offensé et l'offenseur et leurs parents, en quelque crime, délit ou injure que ce fut, étaient compris dans une trêve de quarante jours. Toute violence suivie de mort, et commise dans cet espace de temps était punie par la mort du coupable. Un autre abus de la société féodale, le combat judiciaire, fut attaqué par Philippe-Auguste. Il décida qu'à l'avenir, les champions ne combattraient qu'avec des bâtons longs de trois pieds, et que l'appelant et l'appelé seraient soumis à la même peine.

Le fils de Louis VII partagea ses domaines en prévôtés, qui à son avènement étaient de vingt-sept et à sa mort de soixante-dix-huit, sans y comprendre les prévôtés de Normandie. Les prévôts étaient chargés de l'administration et principalement de la recette des diverses provenances que fournissaient les domaines. C'était là ce qu'on appelait le domaine non muable. Les fermes que payaient les prévôts étaient nommées le domaine muable, parce qu'elles pouvaient augmenter ou diminuer. Avant 1190, Philippe-Auguste, probablement pour surveiller les prévôts, établit quatre grands baillis qui tenaient leurs assises tous les trois mois, comme les missi dominici, et supprima la dignité de grand sénéchal, chef de ta justice. Il prescrivit aussi aux baillis d'adjoindra au prévôt, dans chaque ville, quatre prud'hommes. Le nombre en fut porté à six pour le prévôt de Paris, principal juge des contestations, des délits et des affaires de police. Les baillis acquirent bientôt une grande importance, et il n'y eut point de droits dont ils ne fussent autorisés à surveiller la perception.

 

ANGLETERRE. — RICHARD CŒUR-DE-LION (1189-1199). — Le premier soin de Richard, monté sur un trône que personne ne pouvait lui disputer, fut de rompre avec tous ceux qui avalent secondé ses révoltes criminelles, et de maintenir dans leurs emplois les anciens et fidèles serviteurs de son père qui avaient combattu un fils rebelle. Il rendit à la liberté sa mère Éléonore et combla de faveurs son indigne frère Jean ; mais une scène sanglante signala le jour de son couronnement. Une foule de Juifs furent massacrés par un peuple fanatique[3]. A Norwich, à Standford, à Lincoln et dans plusieurs autres villes, les Israélites furent impitoyablement égorgés. Cinq cents de ces malheureux, qui s'étaient réfugiés dans la citadelle d'York pour ne pas tomber vivants entre les mains de leurs ennemis, tuèrent leurs femmes et leurs enfants dont ils jetèrent les cadavres sur les assaillants, mirent le feu au château et s'ensevelirent eux et leurs trésors au milieu des flammes.

Richard, comme nous l'avons vu, avait pris la croix et s'apprêtait à partir pour la Palestine (voir le chapitre L) ; mais les cent mille marcs qu'il avait trouvés dans les coffres de son père étaient loin de suffire aux frais de l'entreprise. Aussi eut-il recours à tous les moyens pour se procurer de l'argent. Les terres de la couronne furent aliénées, les premières charges de l'État vendues, les forteresses de Roxborough et de Berwick rendues au roi d'Écosse pour la somme de cent mille marcs[4]. Richard soumit tous ses sujets, sans distinction de rang ni de naissance, à de fortes contributions, empruntant de l'argent aux citoyens riches, vendant la liberté aux prisonniers d'État, dépouillant les Juifs. Pour s'attacher par la reconnaissance son frère Jean, il lui donna les comtés de Mortagne, de Cornwall, de Dorset, de Glocester, de Nottingham, de Derby et de Lancastre. Enfin il confia la régence du royaume pendant son absence à Hugues, évêque de Durham, et Longchamp, évêque d'Ely. Après avoir pris toutes ces mesures, Richard passa en France et s'embarqua bientôt pour la Palestine (1190)[5].

Pendant que le belliqueux Richard remportait en Orient de stériles victoires, son royaume était troublé par la rivalité des deux régents et tes intrigues de Philippe-Auguste. Guillaume de Longchamp, évêque d'Ely et légat du pape en Angleterre et en Écosse, trop impérieux pour souffrir un collègue, avait écarté du pouvoir et fait arrêter l'évêque de Durham, qui ne recouvra la liberté qu'en renonçant à ses prétentions à la régence. Une lettre du roi Richard avait ordonné à Longchamp de rétablir dans son emploi l'évêque de Durham. Mais le hautain prélat, sans tenir compte des ordres de son maître, avait continué à gouverner seul et faisait peser sur toutes les classes, sans en excepter même le clergé une tyrannie insupportable ; mais il trouva un dangereux compétiteur dans Jean-sans-Terre, que le roi de France poussait à s'emparer du trône. La guerre s'engagea donc entre le ministre et le frère de Richard. Après des succès balancés, un arrangement eut lieu. Longchamp conserva la direction des affaires, à condition qu'il confierait à la garde des barons plusieurs châteaux royaux qui seraient remis à Jean, si Richard venait à mourir. Cet échec fut une leçon perdue pour l'évêque d'Ely : il continua à ruiner le peuple par des exactions révoltantes et à abuser ouvertement de son autorité. Alors Jean exploite avec adresse le mécontentement universel ; une assemblée générale est tenue à Reading. Longchamp, cité à comparaître, refuse et se renferme dans la tour de Londres d'où il s'échappe sous un vêtement de femme ; il est remplacé par l'archevêque de Rouen, et les clefs des châteaux royaux sont remises au frère du roi. Jean espérait que Richard, qui avait déjà désigné pour son héritier, Arthur de Bretagne, fils de son frère aîné Geoffroy, ne reviendrait jamais de la Palestine, et il s'était mis en mesure de lui succéder.

Richard reçut en Orient ces nouvelles alarmantes ; quoiqu'il eut fait serment de ne pas quitter la Terre-Sainte, tant qu'il aurait un Roussin à manger, il se mit en route pour l'Occident. Mais craignant des embûches dans les ports de la Méditerranée, il entra dans 4e golfe Adriatique et parvint à Zara, puis à Vienne en Autriche, après mille dangers. Reconnu et arrêté par le duc de ce pays qu'il avait outragé au siège d'Acre, il fut vendu à l'empereur Henri VI, qui le fit jeter en prison. Deux diètes successives, celles de Worms et de Haguenau, statuèrent sur le sort de l'illustre prisonnier, dont les malheurs avaient vivement touché les seigneurs allemands. Les négociations de Guillaume Longchamp, qui toujours exilé avait réussi à découvrir la prison de son maitre, la noble attitude et l'éclatante réputation de Richard, l'avaient emporté sur la haine et sur l'avarice de l'empereur[6]. Il fut obligé de le mettre en liberté vers la fin de janvier 1194, après qu'une partie du paiement de la rançon fixée à cent cinquante mille marcs, fut arrivée d'Angleterre en Allemagne. Richard, qui attendait à Anvers un vent favorable, s'embarqua précipitamment en apprenant que l'empereur tenté par les magnifiques promesses de Philippe-Auguste et de Jean voulait le retenir encore, aborda heureusement au port de Sandwich et entra à Londres aux acclamations de ses sujets transportés de joie. « Toute la ville, dit Matt. Pâris, était décorée et ornée magnifiquement : pour revoir son roi, elle avait déployé la plus grande pompe. Lorsque la nouvelle se fut répandue, les nobles, les vilains marchèrent dans une allégresse commune à la rencontre du roi. Ils avaient le plus vif désir de revoir, à son retour de la captivité, celui sur l'arrivée duquel ils ne comptaient plus. Le roi marcha ensuite sur Nottingham, pour y assiéger ceux qui avaient conspiré contre lui avec le comte Jean. Déjà l'armée anglaise s'était emparée de tous les châteaux dudit » comte : Nottingham se rendit après s'être défendu vaillamment. »

Couronné de nouveau à Winchester, Richard convoqua à Nottingham une assemblée de barons et d'évêques. Il y accusa de félonie son frère Jean, réfugié en Normandie, et confisqua ses biens. Puis, ayant fait tous les préparatifs nécessaires pour tirer du roi de France une vengeance éclatante, il aborda à Barfleur, à la tête d'une armée formidable. Il trouva en débarquant le lâche Jean qui, prosterné à genoux avec plusieurs de ses chevaliers, vint implorer la merci de son frère. Il dut son pardon moins à ses supplications qu'à l'intercession de la reine Éléonore. Je lui pardonne, dit le roi, et je désire oublier ses méfaits, aussi aisément qu'il oubliera la grâce que je lui accorde.

Après quatre années d'une guerre peu importante par ses résultats (1195-1199, — voir le règne de Philippe-Auguste), Richard fut tué sous les murs du château de Chalus, près de Limoges, et termina par une mort obscure la vie du plus brillant et du plus intrépide chevalier de l'époque. Il fut enseveli, selon ses ordres, à Fontevrault, près de son père, Henri II, et avec lui, dit une chronique, furent ensevelis la gloire et l'honneur de la chevalerie (1199). « A un degré de force musculaire, qui n'appartient qu'à peu de personnes, Richard joignait un esprit incapable de crainte. Aussi nos anciens annalistes le représentent comme un guerrier supérieur à tous ses contemporains. Mais quand nous lui aurons concédé le prix de la valeur, son panégyrique sera terminé. Ses lauriers étaient souillés de sang, et ses victoires achetées par la ruine de ses peuples. Il employa les moyens les plus odieux pour se procurer de l'argent, et l'impétuosité de ses passions l'entraînait dans des injustices révoltantes. Les seuls bienfaits que reçut la nation, en retour des sommes immenses qu'elle avait fournies au roi pour ses expéditions en Palestine, pour sa rançon, pour l'entretien de ses guerres en France, furent deux chartes législatives. Par l'une, il établissait l'uniformité des poids et mesures dans tout le royaume ; par l'autre, il adoucissait la rigueur des lois sur les naufrages. Il était anciennement réglé que, lorsqu'un vaisseau se brisait sur la côte, le possesseur perdait tout droit à la cargaison qui devenait alors propriété de la couronne. Henri Ier accorda que, s'il se sauvait quelque homme, le vaisseau ne serait plus considéré comme naufragé. Henri II ajouta, que si un animal s'échappait et qu'il put être découvert par le propriétaire, il lui serait accordé trois mois pour réclamer sa propriété. Richard ordonna que, si le propriétaire périssait, ses filles et ses fils, ou à leur défaut ses frères et sœurs, obtinssent dans leurs réclamations la » préférence sur la couronne[7]. »

JEAN-SANS-TERRE (1199-1216). — Richard avait senti que l'unité de l'empire anglais serait mal défendue par le jeune Arthur de Bretagne, livré, lui et sa mère, à l'influence de la France. Aussi désigna-t-il par son testament, contrairement à ses premières dispositions, son frère Jean pour son héritier. Jean fut donc reconnu sans opposition. Le Maine, la Touraine et l'Anjou furent les seules provinces qui demeurèrent fidèles au jeune duc de Bretagne Arthur, en vertu du droit féodal. La guerre, qui éclata à ce sujet, fut soutenue mollement par Philippe-Auguste, et suspendue par le traité de Gaillon[8]. (Voir le règne de Philippe-Auguste.)(1200).

Bientôt les barons indociles, qui n'avaient plié qu'avec peine sous l'énergique volonté de Richard-Cœur-de-Lion, menacèrent un roi déjà odieux et méprisé. Son divorce avec Jeanne, héritière de la maison de Glocester, et son mariage avec Isabelle, fille du comte d'Angoulême, fiancée an comte de la Marche, en révoltant les idées morales de son époque, achevèrent de lui aliéner les esprits. Le comte de la Marche prit les armes, après en avoir appelé à Philippe-Auguste, son suzerain, qui appuya la révolte. Arthur, échappé des mains de son oncle, voulut prendre part à la guerre. Armé chevalier par le roi de France, il se voit bientôt à la tête d'une petite armée, avec laquelle il vient assiéger Éléonore de Guienne, dans le château de Mirebeau en Poitou. Cette place ne résiste pas à un assaut. Mais Éléonore, retirée dans une tour, se défend avec courage et est délivrée par l'arrivée de son fils Jean, qui surprend les assiégeants, les disperse et fait prisonnier Arthur et ses plus braves chevaliers (1202). Le jeune prince qui refuse de renoncer à ses prétentions meurt assassiné dans sa prison[9].

La mort violente d'Arthur, dont Jean fut accusé par la rumeur populaire, souleva une indignation générale. Les Bretons furieux, jurèrent de venger la mort de leur prince, et reconnurent pour souveraine Alix, fille de Constance et de Guy de Thouars, qui administra le duché au nom de sa fille. Jean accusé de meurtre par Philippe-Auguste, et sommé inutilement de comparaître devant la cour des pairs, fut déclaré coupable d'assassinat et de félonie, et déchu de tous ses fiefs et seigneuries déclarés acquis à son seigneur suzerain. Philippe exécuta la sentence avec rapidité et succès, et enleva au roi d'Angleterre toutes ses provinces continentales[10].

Rentré en Angleterre, couvert de honte et de mépris, Jean se vit exposé à de nouveaux embarras. Les nombreux fiefs ecclésiastiques donnaient au clergé une grande influence dans l'état. Pour ne point laisser tomber les sièges vacants entre des mains hostiles, les rois s'étaient réservé le droit d'approuver l'élection des évêques faite par les chapitres. Depuis quelques années la nomination des prélats était vivement disputée par les évêques et les moines augustins. A la mort d'Hubert, archevêque de Cantorbéry, les Augustins élurent secrètement à sa place leur sous-prieur, Réginald. Les évêques suffragants annulèrent cette élection, comme attentatoire à leurs privilèges, et nommèrent à l'unanimité l'évêque de Norwich, Jean de Gray. Innocent III cassa les deux élections et ordonna aux deux partis de porter leurs suffrages sur Étienne Langton. Ce dernier fut élu ; mais le roi Jean, malgré les instances du souverain pontife, refusa de le reconnaître. Bien plus, il chassa les moines augustins de leur couvent et les priva de leurs revenus. Menacé des foudres de l'Église, il jura par les dents de Dieu, son serment habituel, que si le pape osait lancer l'interdit sur son royaume, il chasserait tous les prêtres d'Angleterre et confisquerait leurs biens. Le pontife, indigné, commença par jeter l'interdit sur le royaume (1208), puis excommunia le roi (1209).

Jean tint parole, il confisqua les biens de tous les ecclésiastiques qui se soumirent à l'interdit, et les chassa du royaume, en leur conseillant d'aller demander justice au pape. Cet acte de vigueur en intimida un grand nombre qui se soumirent â la volonté royale : plusieurs s'exilèrent, d'autres trouvèrent un asile chez des amis dévoués. Mais le roi, odieux aux barons qui craignaient pour eux-mêmes ; détesté du clergé, qui le représentait comme un tyran impie ; poursuivi par l'exécration du peuple, qui s'associait à la haine du clergé et de la noblesse, se vit bientôt entouré d'ennemis irréconciliables. Afin de prévenir une explosion générale, en donnant un autre cours à l'agitation des esprits, il envahit l'Écosse (1209), où s'étaient réfugiés plusieurs Anglais rebelles à son autorité. Hors d'état de résister, Alexandre Ier se soumit, donna pour Mages ses deux filles, et s'engagea à fermer ses états aux proscrits ou aux exilés volontaires. Jean tourna ensuite ses armes contre l'Irlande, où plusieurs barons anglais cherchaient à se rendre indépendants, s'empara de leurs châteaux, les força à l'obéissance, soumit les provinces conquises aux lois anglaises, les divisa en comtés, et confia le gouvernement à ce même évêque de Norwich, qu'il n'avait pu faire asseoir sur le siège de Cantorbéry (1210). L'année suivante les Gallois, sévèrement châtiés, reconnurent la loi du roi d'Angleterre (1211).

Jean chercha alors à se rapprocher du pape, mais de nouvelles violences rendirent tout accommodement impossible. Le pontife lança une sentence de déposition contre le roi excommunié, et chargea Philippe-Auguste d'exécuter l'arrêt pontifical, lui promettant pour récompense la couronne d'Angleterre (1212). Il publia, en même temps, une croisade contre le prince déposé, appelant sous la bannière française tous les défenseurs de l'Église. Le roi de France se hâta de lever une armée considérable, réunit une flotte de dix-sept cents vaisseaux dans les ports de la Normandie, et se disposa à compléter la ruine du malheureux Jean-sans-Terre, qu'il avait déjà dépouillé de ses possessions continentales (1213).

« Quoique la situation de Jean Mt déplorable, dit Goldsmith, cependant il pouvait, en faisant un dernier effort, tenir tête à l'ennemi. Quelque détesté qu'il fût, l'inimitié naturelle qui existait entre la France et l'Angleterre, le souvenir de Richard et quelque reste de puissance le mirent à la tête de soixante mille hommes. Il s'avança vers Douvres. L'Europe considérait attentivement les préparatifs formidables qui se faisaient de part et d'autre, et attendait avec impatience le résultat de la lutte. Mais l'habile Innocent III ne voulait faire usage du pouvoir de Philippe que pour effrayer le fils rebelle de l'Église, et non pour le détruire. Le pontife espérait retirer bien plus d'avantage de sa réconciliation avec un prince d'un caractère aussi faible et aussi méprisable, que de son alliance avec un monarque victorieux et puissant. Il chargea donc secrètement Pandolphe, son légat, d'agréer la soumission de Jean, si elle lui était offerte, et lui dicta les conditions auxquelles il pouvait traiter avec lui. » L'adroit négociateur s'acquitta heureusement de sa mission. Il fit au roi d'Angleterre une peinture effrayante de sa position : il lui représenta vivement la haine de ses sujets, les murmures d'une armée indocile et commandée par des chefs d'une fidélité douteuse, le nombre de ses ennemis, qui ne cessaient de conspirer contre lui dans son propre royaume. Jean, effrayé, fit don de ses états à Saint-Pierre et à Saint-Paul, à Innocent III, et à ses successeurs, lm reçut ensuite en fief, et consentit à payer à la cour de Rome un tribut annuel de mille marcs[11]. De plus, il s'engagea à reconnaître Langton pour primat d'Angleterre. Pandolphe passa en Flandre, et défendit à Philippe de rien entreprendre contre Jean devenu vassal du pape (1213). Le roi de France, sans se laisser intimider par les menaces de la cour de Rome, résolut de continuer ta guerre ; mais abandonné par le comte de Flandre, qui avait traité secrètement avec Jean, il tourna son armement formidable contre un allié infidèle, et envahit par terre et par mer un pays que l'intérêt politique, et surtout les relations commerciales, unissaient à l'Angleterre[12]. (Voir le règne de Philippe-Auguste). Encouragé par la destruction de la flotte française dans le port de Dam[13], Jean forma le projet de reconquérir ses provinces continentales. Mais lorsqu'il voulut s'embarquer les barons refusèrent de le suivre, exigeant que, conformément à ses promesses, il rappelât les exilés. Le monarque, forcé de céder, invita Langton et plusieurs évêques fugitifs à rentrer en Angleterre. « Le roi ayant appris leur arrivée, dit la Grande Chronique, alla à leur rencontre et se prosterna à leurs pieds, versant des larmes et les priant d'avoir pitié de lui et du royaume d'Angleterre. L'archevêque et les évêques, touchés de l'humilité du roi, le relevèrent en pleurant aussi, puis ils le conduisirent à l'entrée de la cathédrale, où ils lui donnèrent l'absolution ; cette absolution fut célébrée dans le chapitre de Winchester. A cette cérémonie le roi jura, la main sur les très-saints Évangiles, qu'il chérirait et défendrait contre tons adversaires la sainte Église et ses prêtres, qu'il rétablirait les bonnes lois de ses prédécesseurs, et principalement celles du roi Édouard et qu'il rendrait à chacun son droit. »

Mais ces concessions, arrachées par la 'crainte, ne devaient enfanter pour Jean que de nouvelles révoltes. Une tentative infructueuse sur les provinces du continent, des actes multipliés de barbarie, des exactions odieuses, des excès révoltants ajoutèrent encore à l'exécration universelle. Les barons et les évêques, ayant à leur tête le primat Langton, se réunirent à Saint-Edmondbury. On produisit une charte de Henri Ier, et lorsqu'elle eût été lue, tous les membres de l'assemblée enflammés par l'éloquence du primat, jurèrent, devant le maître-autel de l'église, de n'accorder au roi ni paix ni trêve qu'il n'eût confirmé la charte de Henri Ier et fait droit à toutes leurs demandes (1214). Il fut convenu que la requête serait présentée à Jean après les fêtes de Noël, et que pendant ce temps les barons et les prélats lèveraient des troupes et fortifieraient leurs châteaux.

« Après les fêtes de Noël (1215), les barons présentèrent solennellement leur requête au roi Jean, celui-ci promit de répondre après Pâques. En attendant, il travailla à s'unir avec le pape, qui l'avait humilié lui-même, pour résister aux prétentions de sa noblesse[14]. Il essaya de détacher le clergé anglais de la ligue, en lui accordant une charte qui lui donnait le droit d'élection Mais les prélats ne se laissèrent point prendre à cet appas, ils aimèrent mieux avoir leur part dans la liberté commune de la noblesse et de la nation, que d'exercer seuls quelques droits précaires sous la double tyrannie du pape et du roi. Ce fait prouve qu'il y eût de tout temps un sentiment profond d'indépendance dans la race normande, et que, bien avant le schisme de Henri VIII, les évêques d'Angleterre étaient disposés à résister à l'autorité de Rome, comme les seigneurs temporels à l'autorité royale[15]. »

Vers les fêtes de Pâques, les barons, accompagnés de plus de deux mille chevaliers et d'une foule de clients et de vassaux, s'avancèrent avec un appareil militaire jusqu'à Barkley, à quinze milles d'Oxford où la cour résidait alors. Lorsque l'archevêque de Cantorbéry et le comte de Pembroke, envoyés à la rencontre des révoltés, eurent remis à Jean la liste des griefs adressés par les seigneurs, il s'écria transporté de fureur : Que ne me demandent-ils aussi ma couronne ? Et pensent-ils que je rendrai libres ceux qui veulent me faire esclave ? Je n'accorde et ne veux rien accorder. Cette réponse est le signal de la guerre. Les barons, ayant pour chef de l'armée de Dieu et de la sainte Église, Robert Fitzwelter assiègent vainement Northampton, prennent d'assaut Bedford et entrent triomphants dans Londres où viennent les joindre des forces considérables. Jean abandonné de tous ses sujets, et réduit à une escorte de sept chevaliers, offre d'abord de s'en rapporter à l'arbitrage du pape. Les barons sûrs de la victoire rejettent avec dédain cette proposition, et le roi forcé de se rendre à discrétion signe à Runnimead la grande chatte où furent posés les fondements de la constitution anglaise[16].

Voici les principales dispositions de cet acte fameux, qui tout en renfermant des éléments de liberté pour la nation anglaise, assurait le triomphe momentané du parti féodal. — Le clergé conserve le droit d'élection et rentre dans la jouissance de tous ses anciens privilèges. Les amendes auxquelles il pouvait être condamné, seront proportionnées aux biens temporels et non aux possessions ecclésiastiques. — Les reliefs sont fixés non plus arbitrairement, mais suivant la valeur et le produit du fief. — Les barons garderont la tutelle de leurs tenanciers militaires. — Les héritières d'un fief relevant de la couronne, ainsi que les veuves ne seront plus mariées sans leur consentement et celui de leurs proches. — Le roi ne peut faire sans l'aveu du conseil national aucune levée d'impôts, si ce n'est dans les trois cas suivants ; pour payer sa rançon, armer son fils chevalier et marier sa fille aînée. — Le roi ne saisira pas les biens d'un baron débiteur de la couronne, si le débiteur possède une propriété suffisante pour répondre du montant de la dette. — Le monarque ne pourra retenir plus d'une année les terres de ceux qui seront convaincus de félonie. — Ces terres reviendront de droit au suzerain immédiat. — Tous les privilèges et immunités accordés par le roi aux barons, seront accordés par les barons à leurs vassaux. — Toutes les provinces du royaume se serviront des mêmes poids et des mêmes mesures. — Tout homme libre pourra sortir du royaume ou y rentrer suivant sa volonté. — Londres et toutes les villes ou bourgs de l'Angleterre, jouiront de leurs anciennes libertés et coutumes, et ne fourniront des subsides que sur l'ordre du conseil national. — Tout homme libre disposera de ses biens comme il le jugera convenable ; s'il meurt intestat, ses héritiers entreront en possession de tout ce qui lui aura appartenu. — Les officiers royaux ne prendront ni chevaux, ni chariots, ni bois sans l'agrément des propriétaires. — La cour des plaids-communs ne suivra plus le roi et se fixera à Westminster ; la justice ne sera ni vendue, ni refusée, ni retardée. — Nul homme libre ne sera arrêté, emprisonné, dépossédé de ses biens, proscrit, banni, blessé, injurié qu'en vertu du jugement légal de ses pairs ou de la loi du pays[17] ; toute amende sera proportionnée à la gravité du délit. — Nul vilain ne pourra, pour l'acquit d'une dette ou d'une amende, être privé de ses instruments aratoires. Tels furent les principaux articles de la grande charte. Voici quelques dispositions de la charte forestière. Tout propriétaire actuel de forêt sera maintenu dans la possession sans pouvoir être recherché pour cause d'usurpation. — Tout homme libre peut traverser avec ses pourceaux les forêts royales. — Nur ne sera mis à mort ou condamné à perdre un membre pour avoir chassé dans les forêts de la couronne. Chaque homme libre pourra élever dans sa propriété des hérons, des faucons ou autres oiseaux de chasse.

En se soumettant sans murmurer à des conditions si funestes et si humiliantes pour l'autorité royale, Jean cachait le désir de briser le joug qui lui était imposé. Aussi à peine avait-il signé la grande charte, que par son ordre des émissaires secrets furent chargés d'enrôler des troupes d'aventuriers sur le continent, tandis que d'autres agents allaient solliciter l'appui du pape. Bientôt une armée nombreuse de Brabançons débarqua à Douvres ; à cette nouvelle, les barons reprennent les armes ; mais hors d'état de tenir la campagne, ils se renferment dans leurs châteaux pendant que Jean s'empare de Rochester et de plusieurs autres placés. Sur ces entrefaites Innocent III qui a embrassé la cause du monargue anglais, annule la charte comme obtenue par la violence, relève le prince de son serment et lance une bulle d'excommunication contre les rebelles. Fort de cet appui et entraîné par sa férocité naturelle et la soif de la vengeance, Jean marche vers les contrées septentrionales qui sont mises à feu et à sang. Cinq villes sont réduites en cendres dans l'espace de huit jours. La population épouvantée fuit devant ces bandes furieuses et sans pitié, qui n'épargnent ni les femmes, ni les enfants.

Réduits au désespoir, mais aimant mieux périr que de se soumettre à un tyran odieux et parjure, les barons appelèrent à leur aide d'abord les Écossais, ensuite les Français. Louis, fils de Philippe-Auguste, accepta la proposition des barons anglais qui lui offraient la couronne du chef de sa femme Blanche, fille d'une sœur aînée de Jean-sans-Terre. Louis aborda à Thanet entre Sandwich et la Tamise, le 23 mai de l'année 1216. Les principales villes lui ouvrirent leurs portes et il fut reconnu roi à Londres ; Jean lui abandonna le Midi : mais en se retirant dans le Nord, il fut surpris par la marée au passage du Welland, y perdit ses archives, son sceptre, sa couronne, son trésor : alors désespérant de ramener la fortune, il mourut à l'abbaye de Swineshead.

La mort de Jean fut un malheur pour la cause de Louis. Le jeune Henri III était innocent du crime de son père. Le sentiment national, longtemps étouffé par la haine qu'on portait à Jean, se réveilla en faveur de son fils, dont les intérêts furent habilement défendus par la prudence et l'intrépidité du comte de Pembroke, nommé protecteur du royaume. Le bruit courait d'ailleurs que Louis voulait donner aux étrangers les terres des indigènes. On allait jusqu'à dire que les Français avaient résolu d'empoisonner les barons anglais, ceux mêmes de leur parti. Enfin, les anathèmes du légat Walon et du pape Innocent HI qui menaçaient Louis et Philippe-Auguste lui-même, devaient ruiner cette cause déjà désespérée. Après une suite de revers, la défaite complète du comte de Perche à Lincoln, amena la capitulation de Londres, par laquelle Louis, en quittant l'Angleterre, eut la faculté de ramener sans rançon en France les débris de ses troupes, et obtint une amnistie générale pour tous ceux qui avaient embrassé sa cause (septembre 1217).

 

 

 



[1] Voir le chapitre suivant.

[2] L'anecdote de Philippe-Auguste, déposant sa couronne sur l'autel et la reprenant ensuite aux acclamations de son armée, n'est ni certaine ni même probable.

[3] « Beaucoup de Juifs, dit la Grande Chronique, assistèrent au couronnement, malgré la défense du roi. Le jour précédent, un édit avait défendu aux Juifs et aux femmes de paraître à la cérémonie, parce qu'on redoutait les artifices magiques auxquels se livraient, à l'époque du couronnement des rois, les Juifs et quelques sorcières malfamées. Des gens du cortége s'étant aperçus que quelques Juifs s'étaient glissés, pour leur malheur, dans la foule, mirent la main sur eux et les dépouillèrent. Alors la populace de la ville apprenant le traitement fait aux Juifs, par les gens du roi, se précipita indistinctement sur tous ceux qui étaient restés chez eux, en tua une multitude, tant hommes que femmes, détruisit et brûla leurs maisons, pilla leur or, leur argent, leurs papiers et leurs vêtements précieux. Ceux qui échappèrent se réfugièrent dans la tour de Londres, ou chez des amis dont les maisons étaient placées dans des lieux plus sûrs. Cette persécution qui fut apaisée avec peine, même au bout d'un an, commença à l'époque de leur jubilé. Le lendemain le roi, apprenant l'attentat commis contre les Juifs, le prit à cœur, comme si lui-même en avait été victime : il fit saisir et pendre trois d'entre les coupables, et quelques autres qui s'étaient distingués par leur emportement dans l'émeute. » — En général, les Juifs étaient protégés par les princes, auxquels ils prêtaient de l'argent. Chassés de France par Philippe-Auguste, un grand nombre avaient trouvé asile auprès de Henri II. Dans l'entraînement universel des croisades, les barons avaient eu recours aux Israélites pour subvenir aux frais énormes de ces lointaines expéditions. Les marchands, eux-mêmes, s'adressaient souvent aux Juifs détenteurs de la majeure partie du numéraire.

[4] Richard répondit à un de ses ministres, qui lui représentait le danger de la vénalité des charges : « Je vendrais Londres, si je trouvais un acheteur. »

[5] Voir, pour toute l'histoire extérieure de ce règne, le chapitre L et le règne de Philippe-Auguste.

[6] Henri VI ne pouvait pardonner au prince anglais l'alliance qu'il avait contractée avec son ennemi Tancrède, roi de Sicile. — La somme stipulée pour la rançon de Richard fut levée par des juges ambulants, sur tous les fiefs du royaume d'Angleterre. Le peuple rivalisa de zèle et de dévouement avec le clergé et les barons. On fondit les cloches et l'argenterie des églises et des monastères. Les évêques, les abbés, les nobles, abandonnèrent le quart du revenu. Tous les citoyens riches ou pauvres y contribuèrent selon leurs moyens.

[7] LINGARD, Hist. d'Angleterre, t. I, ch. VI.

[8] Arthur et Constance sa mère, redoutant l'ambition de Philippe-Auguste, s'étaient retirés à la cour du roi Jean, auquel ils rendirent les provinces qui s'étaient armées en leur faveur.

[9] MATT. PARIS rapporte le bruit populaire qui accusait Jean d'avoir poignardé son neveu de sa propre main, et d'avoir jeté le cadavre avec une pierre dans la Seine. Mais rien ne prouve que Jean, irrité des paroles hautaines d'Arthur, alors enfermé à Falaise, ait envoyé ordre à Hubert de Bourg de tuer le jeune homme, ou du moins de lui crever les yeux, ordre qui n'aurait pas été exécuté. Toutefois Shakespeare, s'emparant de cette tradition, y a trouvé la pensée d'une des plus belles scènes de la pièce qui a pour titre : Mort du roi Jean. Selon le père d'Orléans, Jean, après avoir commis le crime, aurait fait répandre le bruit que son neveu s'était noyé, en voulant s'évader par une fenêtre de la tour de Rouen.

[10] Voir ci-dessus le règne de Philippe-Auguste.

[11] Jean se mit à genoux, plaça ses mains entre celles du légat et fit, en présence de tout le monde, la déclaration suivante : « Moi Jean, par la grâce de Dieu, roi d'Angleterre et seigneur d'Irlande, partir de ce jour et dorénavant, je serai fidèle à Dieu, au bienheureux Pierre, à l'Élise romaine, à mon seigneur pape Innocent III, et à ses successeurs catholiquement élus. Je remets entre les mains de mou seigneur pape mon royaume d'Angleterre et tous les droits attachés à la couronne, eu expiation de mes péchés. Je me reconnais son vassal. Je m'engage, en outre, à payer chaque année, à l'Église de Rome, un tribut de mille marcs, savoir : sept cents pour l'Angleterre, et trois cents pour l'Irlande. Que Dieu et les saints évangiles me soient en aide. Ainsi soit-il. »

[12] Le commerce de la laine formait déjà un des revenus les plus abondants de l'Angleterre. Ces laines étaient travaillées dans les ateliers de la Flandre. Les deux peuples avaient besoin l'un de l'autre, c'est du moins une des causes qui peuvent expliquer pourquoi la Flandre prit constamment parti pour l'Angleterre, dans la rivalité de ce pays avec la France.

[13] Quelques historiens disent, dans le port de l'Écluse qui en est tout près.

[14] Jean prit la croix, et s'engagea à conduire une armée en Palestine.

[15] M. FILON, Histoire comparée de la France et de l'Angleterre, p. 242.

[16] Deux chartes furent octroyées par Jean : la grande charte ou charte des libertés renfermée en soixante-sept articles, et la charte des forêts comprenant dix-huit articles.

[17] C'est l'origine du statut d'Habeas corpus.