Avènement de Baudouin
Ier au trône de Jérusalem. — Conquêtes du nouveau prince. — Fondation du
comté de Tripoli. — Mort de Tancrède. — Dernières années du règne de
Baudouin. — Baudouin du Bourg lui succède. — Défaite de Roger. — Captivité du
roi de Jérusalem. — Succès de la flotte vénitienne. — Succès de Baudouin
rendu à la liberté. — Secte des Assassins. — Avènement de Foulques, gendre de
Baudouin. — Tentative de Jean Comnène pour s'emparer d'Antioche. — Baudouin
III reçoit l'onction royale. — Édesse tombe au pouvoir des Musulmans. —
Seconde croisade prêchée par saint Bernard. — Principaux chefs. — Perfidie
des Grecs. — Désastres de l'armée de Conrad dans les défilés du Taurus. —
Louis VII à Constantinople. — Les croisés arrivent avec peine devant Attala.
— Le roi de France se rend par mer à Antioche. — Son arrivée à Jérusalem. —
Retour du roi en France. — Administration de Noureddin. — Succès balancés des
Chrétiens et des Musulmans. — Mort de Baudouin III. — Expédition d'Amaury en
Égypte. — Avènement de Saladin. — Mort de Noureddin et d'Amaury. — Baudouin
IV. — Conquêtes de Saladin. — Développements. — Prise de Jérusalem.
INTERVALLE DE LA PREMIÈRE À LA SECONDE CROISADE (1100-1141). — Après la mort de Godefroy,
l'autorité suprême fut revendiquée par le patriarche Daimbert qui prétendait
régner au nom du souverain' Pontife. Mais les chefs, chargés de l'élection
d'un monarque, pensèrent que l'épée d'un chevalier pouvait seule défendre un
royaume entouré d'ennemis toujours prêts à combattre. L'habile et intrépide
Bohémond aurait peut-être réuni les suffrages, mais il venait de tomber au
pouvoir des Musulmans, en marchant au secours de Mélitène. Quelques voix
aussi s'élevèrent en faveur du comte de Toulouse. Le souvenir des vertus de
Godefroy détermina le choix des princes chrétiens, et Baudouin fut élu malgré
l'opposition de son ennemi Tancrède qui se déclara vainement pour le
patriarche. Après avoir cédé son comté d'Édesse à son cousin Baudouin du
Bourg, le frère de Godefroy se dirigea en toute hâte vers Jérusalem à la tête
de sept cents hommes d'armes et de huit cents fantassins. La victoire qu'il
remporta à l'embouchure du Lycus sur les émirs d'Émèse et de Damas embusqués
dans les défilés de Beyrouth, lui ouvrit une route sûre et facile jusqu'à
Jérusalem, où il fut accueilli avec une grande solennité et conduit en
triomphe à l'église du Saint-Sépulcre[1]. Le
nouveau prince signala son règne par de brillants exploits. Assur (Antipatride), Césarée, Ptolémaïs, Byblos et
Béryte tombèrent en son pouvoir. Secondé par dix mille pèlerins scandinaves,
commandés par Sigurd, fils du roi de Norvège, il réduisit la forte place de
Sidon. Le héros norvégien retourna dans sa patrie, emportant, pour toute
récompense un morceau de la vraie croix (1110). Vers cette époque (1109), Bertrand, fils de Raymond,
comte de Toulouse, s'empara de la ville de Tripoli qui avait inutilement demandé
du secours à Bagdad, à Mossoul et à Damas. Tripoli, avec les villes de
Tortose, d'Archais et de Gibel, forma une quatrième principauté chrétienne,
dont Bertrand prit possession après avoir prêté foi et hommage au roi de
Jérusalem. Au commencement de l'année 1112 mourut le brave Tancrède,
gouverneur d'Antioche depuis le départ de Bohémond[2]. « Pendant le temps qu'il
gouverna Antioche, dit Michaud[3], il s'associa, de cœur et d'âme
à toutes les souffrances de ses peuples. Raoul de Caen nous dit qu'au milieu
d'une disette qui désola sa principauté, il jura de ne plus boire de vin et
de se réduire pour la table et les vêtements à la condition des pauvres, tant
que durerait la misère publique. A la guerre, Tancrède se montrait toujours
comme le père de tous ceux qui combattaient sous ses drapeaux ; il avait
coutume de dire : « Ma fortune et ma gloire, ce sont mes soldats. Que la
richesse soit leur partage ; pour moi je me réserve les soins, les périls, la
fatigue, la grêle et la pluie. » Lorsqu'il approchait de sa dernière heure,
Tancrède avait auprès de lui sa femme Cécile, fille de Philippe Ier, roi de
France, et le jeune Pons, fils de Bertrand, comte de Tripoli ; il leur fit
promettre de s'unir, après sa mort par les liens du mariage : promesse qui
fut dans la suite accomplie. Il nomma pour son successeur Roger, fils de
Richard son cousin, à la condition expresse que celui-ci remettrait la
principauté d'Antioche, en entier et sans difficulté, à son prince
légitime le fils de Bohémond, retenu alors auprès de sa mère en Italie.
L'illustre Tancrède fut enseveli à Antioche sous le portique de l'élise du
Prince des Apôtres. » Cependant
de nouveaux dangers menaçaient le royaume de Jérusalem. En 1113, le sultan de
Perse et le khalife de Bagdad envahirent la Galilée et dressèrent leurs
tentes près du lac de Ghézareth. Baudouin, accablé par le nombre, se retira
sur les montagnes voisines, où il fut bientôt rejoint par les comtes d'Édesse
et de Tripoli, et Roger de Sicile, gouverneur d'Antioche. Mais l'armée
ennemie, affaiblie par la discorde, se retira après avoir ravagé plusieurs
provinces de la Palestine. Les quatre dernières années du règne de Baudouin
sont marquées par une incursion dans l'Arabie, où il fonda la ville de
Montréal et par une expédition heureuse contre l'Égypte ; c'est au retour de
cette expédition qu'il mourut, recommandant, aux suffrages des chevaliers
chrétiens, Eustache de Boulognt son frère, ou Baudouin du Bourg, comte
d'Édesse[4]. L'éloquence de Josselin de
Courtenay, comte de Tibériade, fit triompher la cause de ce dernier qui fut
proclamé roi le jour de Pâques (1118) dans l'église de la Résurrection. Josselin reçut
le comté d'Édesse. Au
moment où Baudouin emportait dans la tombe les regrets de tout son peuple, la
principauté d'Antioche était envahie par les Musulmans de la Perse, de la
Mésopotamie et de la Syrie. L'imprudent Roger, sans attendre le roi de
Jérusalem et les comtes de Tripoli et d'Édesse qu'il avait appelés à son
secours, engagea, près d'Artésie, un combat funeste, dans lequel il fut tué
et son armée mise en déroute. Baudouin du Bourg, qui arriva bientôt à
Antioche et qui fut investi du souverain commandement, rassura la population
chrétienne menacée au dehors par les Musulmans, au dedans par les Grecs et
les Arméniens, impatients de la domination latine. Le roi de Jérusalem mit la
ville en état de défense et marcha contre les ennemis à la tête d'une armée
peu nombreuse, mais rendue invincible par la présence de la vraie croix.
Après une lutte acharnée, les Sarrasins furent vaincus et dispersés, et
Baudouin ayant rendu la paix à Antioche, rentra en triomphe à Jérusalem. Mais
de nouveaux malheurs le forcèrent bientôt de reprendre les armes. Le comte
d'Édesse Josselin de Courtenay fut surpris par Baluc, un des émirs de la
Mésopotamie, et conduit, chargé de chaînes, dans l'imprenable forteresse de
Quart-Pierre. Baudouin, qui essaya de le délivrer, éprouva le même sort et
partagea la captivité de Josselin. Cinquante Arméniens, déguisés en
marchands, s'introduisirent dans la prison des princes chrétiens et
massacrèrent la garnison musulmane. A cette nouvelle, Baluc accourut mettre
le siège devant une place qui renfermait ses trésors et sa famille. En vain,
l'intrépide Josselin traverse les lignes ennemies et arrive à travers mille
périls à Jérusalem. L'armée qu'il amène au secours de ses compagnons
d'infortune, s'arrête, désespérée, en apprenant que la forteresse a été
emportée par les Maures, que les Arméniens ont été massacrés, et que
Baudouin, de nouveau captif, est enfermé dans la citadelle de Charan (1123). Cependant
les Musulmans d'Égypte, ennemis irréconciliables des Chrétiens, cherchèrent à
profiter de la captivité de Baudouin. Ils bloquèrent, par terre et par mer,
le port de Joppé ; mais à l'approche des Chrétiens, commandés par Eustache
d'Agrain, comte de Sidon et régent du royaume en l'absence du prince captif,
la flotte s'éloigna précipitamment du rivage. L'armée de terre, frappée
d'épouvante, résista à peine, et ses débris se réfugièrent dans les murs
d'Ascalon. Vers la même époque, arriva sur les côtes de Syrie une flotte
vénitienne. Les Vénitiens, restés à peu près étrangers à la première
croisade, avaient vu, d'un œil jaloux, les avantages obtenus par les Génois
et les Pisans. Ils préparèrent alors un armement formidable contre les
Musulmans. Ils rencontrèrent, en traversant la Méditerranée, les vaisseaux
génois qui revenaient en Europe chargés des dépouilles de l'Orient, les
attaquèrent et les dispersèrent après une facile victoire. Arrivés sur les
côtes de la Palestine, les Vénitiens engagèrent, avec la flotte égyptienne,
un furieux combat, qui se termina par la défaite complète des Musulmans. Le
doge, qui commandait en personne, entra en triomphe dans Ptolémaïs et se
rendit de là à Jérusalem. Par son conseil, les Chrétiens mirent le siège
devant Tyr. Cette ville inexpugnable, mal défendue par les troupes rivales de
l'Égypte et de Damas, qui refusaient de combattre ensemble, capitula après
une résistance de six mois. Peu de temps après cette importante conquête,
Baudouin, rendu à la liberté au prix d'une forte rançon, réunit, sous sa
bannière, les plus intrépides chevaliers de la Palestine, marche contre les
Turcs qui ont franchi l'Euphrate, les disperse, revient à Jérusalem ; puis il
se porte sur Damas, et taille en pièce les Sarrasins près du lieu où Saut
avait entendu ces paroles : Saul, Saul, pourquoi me persécutez-vous (1128) ? « Les
états chrétiens avaient alors pour ennemis les califes de Bagdad et du Caire,
les sultans de Damas, de Mossoul, d'Alep, et les descendants d'Ortoe, maîtres
de plusieurs places dans la Mésopotamie. Les Egyptiens étaient fort affaiblis
par leurs nombreuses défaites, et de leurs anciennes conquêtes sur les côtes
de Syrie, ils ne conservaient plus que la ville d'Ascalon ; mais la garnison
de cette place, formée de plusieurs armées vaincues, menaçait encore le
territoire des chrétiens. Quoique les Égyptiens eussent perdu les villes de
Tyr, de Tripoli, de Ptolémaïs, ils restaient toujours les maitres de la mer,
et leurs flottes dominaient sans obstacle dans les parages de la Syrie, quand
les peuples maritimes de l'Europe ne venaient pas au secours des Francs
établis en Palestine[5]. » Parmi les ennemis des
chrétiens, nous devons aussi mentionner les Assassins[6] ou Ismaéliens, établis
au-dessus de Tripoli et de Tortose dans une chaîne du Liban, et gouvernés par
un chef que les Latins ont nommé Vieux de la Montagne. Ce chef, qui avait
fixé sa résidence à Messiat, comptait à peine soixante mille sujets dispersés
dans une vingtaine de châteaux et de villages. Les Ismaéliens, ennemis des
Turcs, prirent souvent part aux sanglantes révolutions qui renversèrent les
différentes dynasties musulmanes de l'Orient. Baudouin,
entouré et menacé de toutes parts par des ennemis belliqueux et redoutables,
se soutenait néanmoins contre toutes leurs attaques. Il mourut dans la
douzième année de son règne (1031), après avoir fait inutilement le siège de Damas. Foulques, son
gendre et son successeur, commença par rétablir le calme dans la ville
d'Antioche, en proie à de violentes discordes. Le fils de Bohémond avait été
tué en combattant contre les Sarrasins, au moment même où il venait de
prendre possession de ses états. Il laissait une fille et une veuve nommée Alix,
femme fière et cauteleuse. Cette dernière, secondée du comte de
Tripoli, chercha à usurper l'autorité. Foulques intervint, et, en vertu du
droit féodal, il fit épouser, à la petite-fille du prince de Tarente, Raymond
de Poitiers, qui traversa les mers pour venir prendre possession de sa
principauté. Cependant Jean Comnène, fils et successeur d'Alexis, faisait
valoir, de son côté, ses prétentions sur Antioche. Il traversa l'Asie Mineure
et la Cilicie à la tête d'une puissante armée, et vint camper sous les murs
de la capitale de la Syrie. Raymond, effrayé, appelle à son secours le roi de
Jérusalem ; mais Foulques était lui-même assiégé dans le château de
Montferrand par Zenghi qui avait réuni, sous une même domination, les
sultanies d'Alep, de Mossoul et plusieurs autres villes de la Syrie. Touché
des malheurs des Chrétiens, l'Empereur se contenta d'une suzeraineté
nominale, réunit ses troupes à celles des Latins contre un ennemi commun.
Mais la jalousie divisa bientôt les deux armées, et la mort de Jean Comnène
rompit une union qui aurait pu être fatale aux Musulmans (1139). La fin
du règne de Foulques est marquée par la conquête de Panéas (Césarée de
Philippe), que les
Chrétiens, secondés par les Musulmans de Damas, arrachèrent à Zenghi. Cette
place assura leurs frontières du côté du Liban. Le roi de Jérusalem mourut
d'une chute de cheval (1145). Son fils, à peine âgé de quatorze ans, reçut l'onction royale,
et fut placé sous la tutelle de la reine Mélisende. Mais tandis que Jérusalem
célébrait l'avènement de son nouveau roi, les états chrétiens de la
Mésopotamie et du nord de la Syrie étaient vivement pressés par un ennemi
redoutable L'infatigable Zenghi avait étendu son empire depuis Mossoul
jusqu'aux frontières de Damas. Ce chef habile, profitant des dissensions des
Chrétiens, se préparait à ruiner leur puissance en Asie. Il dirigea ses
premiers efforts contre Édesse, une des plus fortes barrières du royaume de
Jérusalem. La terreur des Infidèles, le vieux Josselin de Courtenay, qui près
d'expirer, s'était fait porter sur le champ de bataille, avait été remplacé
par son indigne fils[7]. Zenghi, après avoir entretenu
le nouveau prince dans une funeste sécurité en faisant la guerre aux
Musulmans, vint tout-à-coup mettre le siège devant Édesse, et dresser contre
les murailles ses machines menaçantes. La ville n'était défendue que par la population
peu belliqueuse des Chaldéens et des Arméniens. En vain, les assiégés,
abandonnés de leurs chefs et des plus braves guerriers, implorèrent le
secours des princes chrétiens. Jérusalem était trop éloignée, et Raymond
d'Antioche voyait avec joie la ruine d'un ennemi personnel. La place fut
emportée d'assaut et les habitants impitoyablement massacrés. Le fer des
Musulmans, dit un auteur oriental, s'énivra du sang des Infidèles. Toutefois,
la mort du terrible Zenghi, qui fut assassiné par ses esclaves, rendit
quelque espérance aux Chrétiens. Édesse fut reprise par Josselin dans une
attaque nocturne. Mais Noureddin, second fils de Zenghi, s'en empara de
nouveau, la détruisit de fond en comble et égorgea les habitants. Mille
d'entre les Chrétiens seulement, qui s'étaient ouvert un chemin au milieu des
Sarrasins, se réfugièrent à Samosate. La chute d'Édesse frappa d'épouvante
les colonies chrétiennes de l'Orient et son retentissement en Europe prépara
la seconde croisade. SECONDE CROISADE (1147-1149). — Quarante-cinq ans s'étaient
écoulés depuis la prise de Jérusalem, lorsque l'évêque de Gibelet, en Syrie,
vint trouver le souverain Pontife à Viterbe, et implorer l'assistance des
princes chrétiens. L'Europe s'émut de nouveau au récit des malheurs d'Édesse,
et des dangers qui menaçaient la cité sainte. Eugène III chargea saint
Bernard, abbé de Clairvaux, d'appeler aux armes les peuples et les rois de la
Chrétienté[8]. Dans la
première croisade, la France avait été le centre du grand mouvement
religieux, politique et chevaleresque qui précipita l'Europe sur l'Asie.
Louis VII venait de monter sur le trône. Sa lutte heureuse contre plusieurs
grands vassaux, et son mariage avec Éléonore d'Aquitaine, avaient affermi son
autorité et' agrandi ses États. Afin de punir les intrigues de Thibaut IV,
comte de Champagne, il envahit avec une armée ses domaines, et livra Vitry
aux flammes. Treize cents personnes périrent dans l'incendie de l'église.
Tourmenté par le souvenir de cet horrible événement et entraîné par les
prédications de saint Bernard, Louis VII résolut d'expier les violences que
lui reprochai l'Église par un pèlerinage à la Terre-Sainte. En vain la sage
politique de l'abbé Suger s'opposa à l'exécution de ce projet, en vain le
prudent ministre écrivit secrètement au pape, pour le prier de détourner le
roi de cette funeste et périlleuse entreprise ; la croisade, préparée dans
l'assemblée de Bourges, fut résolue dans celle de Vézelay, où l'éloquence de
Bernard excita le plus vif enthousiasme. « Dieu le veut, Dieu le veut,
s'écrièrent, comme au concile de Clermont, tous les assistants, Dieu le veut !
Dieu le veut ! la croix, la croix ! » Louis VII, prosterné aux pieds de saint
Bernard, reçut le premier ce signe révéré. Éléonore de Guienne, son épouse,
imita son exemple. Alfonse comte de Saint-Gilles et de Toulouse, Henri, fils
de Thibaut comte de Champagne, Thierry comte de Flandre, Guillaume de Nevers,
Renaud comte de Tonnerre, Yves, comte de Soissons, Guillaume comte de
Ponthieu, Guillaume comte de Varennes, Enguerrand de Coucy, Hugues de
Lusignan le comte de Dreux, frère du roi, son oncle le comte de Maurienne, et
une foule, de barons et de chevaliers reçurent aussi la croix des mains de
saint Bernard. D'une voix unanime l'abbé de Clairvaux fut nommé chef de la
sainte expédition. Mais il avait devant tes yeux l'exemple de Pierre
l'Ermite, et il eut la sagesse de refuser un commandement dont les victoires
et les revers auraient également obscurci la réputation de ses vertus.
Conformément aux ordres du pontife romain, il se borna à remplir sa mission
évangélique, et ses prédications eurent un succès si grand, nous dirons
presque si funeste, qu'elles dépeuplèrent les villes et les campagnes. Saint
Bernard passa ensuite en Allemagne, réduisit au silence un moine allemand
nommé Rodolphe, qui exhortait les peuples à massacrer les Juifs, et par la
puissance de sa parole et de sa vertu calma les pas- lions soulevées de la
multitude. A la diète de Spire, l'empereur Conrad III, entrainé par
l'éloquence du saint prédicateur, jura de prendre la croix, malgré les
craintes que lui inspiraient les troubles récents de l'empire germanique, et
de s'unir au roi de France contre les Infidèles, Un cri de guerre se fit
entendre du Rhin jusqu'au Danube, et l'Allemagne, retrouvant sa vieille
ardeur pour les combats, se jeta avec enthousiasme dans la sainte expédition.
Parmi les principaux Croisés allemands on distinguait Otton de Frésingen,
Frédéric de Souabe, les ducs de Bohème et de Carinthie, les marquis de Styrie
et de Montferrat. L'abbé
de Clairvaux, de retour en France (1147), fit, à l'assemblée d'Étampes, en présence de
Louis VII et de ses principaux barons, le récit de son voyage en Allemagne. A
cette assemblée se trouvaient aussi les ambassadeurs de Roger, roi de Naples
et de Sicile. Ils offrirent au nom de leur maître des vaisseaux et des'
vivres. « Les voyages par terre, disaient-ils, sont difficiles, longs et
périlleux. Vous aurez à combattre, non-seulement contre des peuples barbares,
mais encore à vous défendre contre les embûches et les trahisons des Grecs,
dont vous traverserez le territoire. » Cet avis plein de sagesse fut
rejeté par l'ignorance orgueilleuse des barons. Ils donnèrent la préférence à
la route de terre, qui promettait plus de merveilles à leur curiosité, et
plus d'occasions de signaler leur courage. L'assemblée d'Étampes fut mieux
inspirée, en désignant pour régents du royaume, pendant l'absence du roi,
l'abbé Suger et le comte de Nevers. Le premier, qui s'était vivement opposé à
la croisade, n'accepta qu'après une longue résistance la mission dont il
sentait le fardeau et le danger ; le second refusa, donnant pour prétexte
qu'il avait fait vœu d'entrer dans l'ordre de Saint-Bruno. Tel était l'esprit
du siècle, dit un historien des croisades, que cette intention pieuse fut
respectée comme la volonté de Dieu ; et tandis qu'on se félicitait devoir un
moine sortir de son cloître pour gouverner la France ; en vit, sans
étonnement, un prince' s'éloigner pour jamais du monde, et s'ensevelir dans
un monastère. La Flandre, l'Italie toute entière et la brande-Bretagne
voulurent aussi prendre part à la sainte expédition. Les motifs de piété et
d'ambition qui avaient armé les compagnons de Godefroy, enflammaient le
courage des nouveaux croisés, et ils marchaient avec ardeur à /a défense de
la Palestine, qu'ils regardaient comme une autre patrie. Tandis
que Louis-le-Jeune faisait ses préparatifs de départ, et dépouillait les
Juifs des bleus amassés par l'usure et le sacrilège, l'impatient Conrad se
dirigeait vers la capitale de l'empire grec, à la tête d'une armée
innombrable[9]. Arrivé aux frontières de la
Thrace, il se vit exposé à la perfidie des Grecs ; et Manuel Comnène, tout en
faisant des protestations d'amitié aux croisés et en leur fournissant des
vivres, traitait avec les Turcs et fortifiait sa capitale. Les Grecs,
délivrés de la crainte des Turcs par les victoires de Jean Comnène, n'avaient
plus que du mépris et de la haine pour les Latins, à qui ils supposaient
l'intention de s'empirer de Constantinople. D'un autre côté, Manuel, se
regardant somme seul successeur de Constantin, refusait à Conrad le titre
d'empereur, traitait ses ambassadeurs avec hauteur, ou avec une légèreté
moqueuse, et irritait ainsi l'animosité réciproque et les antipathies des.
Grecs et des Allemands. Cependant, quand il vit Conrad sous les murs de
Constantinople, à la tête d'une armée qui avait déjà signalé sa violence, il
eut recours aux caresses et aux flatteries, et se hâta d'éloigner des hôtes dangereux
et incommodes. Mais, même au-delà du Bosphore, les Allemands trouvèrent
partout des pièges semés sur leur route. On égorgeait ceux qui s'écartaient
de l'armée ; on leur fermait les portes des villes ; de la chiais était mêlée
aux farines qu'on leur vendait : leurs marches, leurs projets étaient
dévoilés aux Turcs par les Grecs ; enfin, des guides que les Latins
avaient reçus à Constantinople, les égarèrent dans les défilés du Taurus, où
le sultan d'Iconium anéantit presque toute leur armée. L'Empereur n'échappa
qu'avec peine à sa défaite. Percé de deux flèches, il revint sur ses pas avec
les faibles débris d'une armée naguère si formidable. Pendant
que l'infortuné Conrad s'engageait témérairement dans les montagnes de la
Cappadoce, le roi de France arrivait sous les murs de Constantinople, après
avoir suivi heureusement la route marquée par les désastres des premiers
croisés, et les excès récents des Allemands. Il fut reçu par Manuel avec
toutes les démonstrations de l'affection la plus vive, et l'empereur d'Orient
mit tout en œuvre pour gagner Louis VII et ses barons ; mais instruits par
l'expérience, les croisés de France ne voyaient dans ces témoignages menteurs
qu'une nouvelle trahison ; et lorsque Manuel somma les barons chrétiens de le
reconnaître pour suzerain, et de lui remettre les villes grecques dont ils
s'empareraient, l’évêque de Langres proposa dans le conseil de Louis VII
d'ouvrir la guerre par la conquête de Constantinople. Bien que les barons
français eussent rejeté avec indignation une proposition contraire aux
principes de l'honneur et de la loyauté, cependant Manuel épouvanté se
contenta du vain hommage que lui prêtèrent les barons et les chevaliers, et
hâta leur départ en faisant répandre le bruit que les Allemands, vainqueurs
dans une grande bataille, s'étaient emparés d'Iconium. Mais, parvenus à
quelque distance de Nicée, les %pisés apprirent les désastres de l'armée allemande,
et Conrad lui-même arriva au camp de Louis VII avec quelques cavaliers
échappés au glaive des Turcs ; les deux princes, dit Odon de Deuil, se
donnèrent des baisers tout mouillés de larmes et de compassion. L'Empereur,
après avoir promis de revenir bientôt à la tête d'une nouvelle armée, se
rendit à Constantinople où il fut bien accueilli par Manuel qui avait vu avec
une secrète joie la destruction d'une armée latine. Louis
VII de son côté poursuivit sa marche en côtoyant le rivage de la mer jusqu'à
l'embouchure du Rhodius ; puis il arriva successivement à Ephèse, à Milet,
traversa le Caïstre, força le passage du Méandre opiniâtrement défendu par
les Turcs, séjourna à Laodicée du Lycus et se dirigea vers Attelle. S'étant
engagé au milieu des montagnes dans un chemin suspendu entre des précipices,
il fut attaqué tout-à-coup par les ennemis embusqués dans les défilés. Le
désordre et la confusion se mirent dans les rangs des croisés qui ne
combattaient qu'avec peine, gênés par leurs bagages et marchant sur le bord
des abîmes, où roulaient à la fois les bêtes de somme, les cavaliers, les
fantassins et les pèlerins sans armes. Dans ce moment désespéré Louis VII,
qui a vu tomber à ses côtés ses plus braves guerriers et qui est resté seul,
s'adosse contre un rocher, frappe à mort tout ce qui l'approche, se sauve à
la faveur des ténèbres et rejoint son avant-garde qui déjà pleurait sa mort. Enfin,
après douze jours de marche, de peines et de combats, les croisés arrivaient
devant la petite ville d'Attalie, dont les Grecs ; sans cesse menacés par les
Turcs du voisinage, refusèrent de leur ouvrir les portes. Toutefois, le
gouverneur de la ville craignant le désespoir des Latins, s'engagea à fournir
une flotte pour transporter les croisés en Palestine, mais les vaisseaux qui
se firent attendre pendant cinq semaines furent insuffisants pour embarquer
toute l'armée. « Louis VII donna pour chefs à tous ceux qui ne pouvaient
s'embarquer, Thierry, comte de Flandre, et Archambaud de Bourbon. Il monta
ensuite sur la flotte qu'on lui avait préparée, avec la reine Éléonore, les
principaux seigneurs de sa cour et ce qui restait de sa cavalerie. A l'aspect
des croisés qu'il laissait à Satalie, le roi de France ne put retenir ses
larmes. Une multitude de pèlerins assemblés sur la rive suivait des yeux le
vaisseau qu'il montait, en faisant des vœux pour son voyage ; et, lorsqu'ils
l'eurent perdu de vue, ils ne songèrent qu'à leurs propres dangers, et
tombèrent dans un morne abattement[10]. » En s'éloignant, Louis VII
avait promis aux croisés, qu'il abandonnait à regret sur une terre ennemie,
d'envoyer une escorte et des guides qui les conduiraient sur les côtes de la
Cilicie ; mais le lendemain même de son départ, les Turcs fondirent de tous
côtés sur les Chrétiens, qui, abandonnés par leurs chefs, succombèrent
presque tous après avoir vaillamment combattu. Trois mille d'entr'eux, égarés
par le désespoir, embrassèrent la foi de Mahomet, et échappèrent ainsi au
sabre des Musulmans (1148). Pendant
que ses compagnons d'armes étaient impitoyablement massacrés sous les murs de
Satalie, Louis VII était accueilli à Antioche par des fêtes splendides où
Raymond de Poitiers déployait tout le luxe et tout l'éclat d'une cour
voluptueuse, où brillaient la comtesse de Toulouse, la comtesse de Blois,
Sibylle de Flandre, Maurille comtesse de Roussy, Talcquery duchesse de
Bouillon, et une foule d'autres dames distinguées par leur naissance, leurs
charmes et leur esprit. La belle et légère Éléonore de Guienne ne put
résister aux séductions de tout genre dont le comte de Poitiers
l'environnait, et elle oublia, dit-on, ses devoirs d'épouse. Lorsque le
monarque français, dont elle avait éveillé les soupçons voulut lui faire
quitter Antioche, elle refusa, et Louis fut forcé de l'enlever pour la
conduire à Jérusalem, déterminé dès ce moment à provoquer un divorcé qui
devait être si fatal à la France[11]. Le
jeune et vaillant Baudouin III, accompagné du clergé et du peuple, vint
recevoir Louis VII à son entrée dans la cité sainte. Le monarque français
trouva aussi à Jérusalem l'empereur Conrad qui n'avait amené avec lui que les
ducs de Saxe et de Bavière et une faible escorte. Dans une assemblée, tenue
quelque temps après à Ptolémaïs, les princes chrétiens prirent la résolution
de mettre le siège devant Damas. En effet, au mois de juin 1148, l'armée
chrétienne, commandée par le roi de France, l'empereur d'Allemagne et le roi
de Jérusalem, vint camper dans la plaine de Damas. Cette ville, dont la
fondation remonte à une haute antiquité, est bâtie au pied de l'Anti-Liban.
Après avoir successivement appartenu aux Assyriens, aux Perses, aux Grecs et
aux Romains, elle était tombée au pouvoir des Musulmans dans le premier
siècle de l'hégire et était restée sous leur domination. L'émir qui la
gouvernait à l'époque de la seconde croisade, avait à se défendre
non-seulement contre les Chrétiens mais contre l'ambitieux Nourreddin qui
déjà avait essayé plus d'une fois de s'en rendre maitre. Défendue à l'orient
et au midi par de formidables remparts, elle n'était environnée, au nord et à
l'occident, que par des palissades et des murs de terre. C'est de ce côté que
les croisés dirigèrent leurs attaques, et les Musulmans vaincus dans une
sanglante rencontre, ne songeaient plus qu'à implorer la clémence des
vainqueurs, lorsque la discorde qui éclata parmi les Latins les sauva.
Certains que Damas ne pouvait leur échapper, les chefs des croisés s'en disputèrent
d'avance la possession. Après des débats orageux, Thierry, comte de Flandre,
l'emporta sur ses rivaux. Cette décision irrita les barons de la Palestine et
de la Syrie, qui reçurent l'or des Musulmans, et laissèrent pénétrer dans la
place vingt mille Turcomans. Ce puissant renfort, l'indiscipline des troupes,
et de nouvelles trahisons firent échouer l'entreprise. A la nouvelle que les
Turcs d'Alep et de Mossoul marchaient au secours de Damas, les Chrétiens se
replièrent sur Jérusalem. Conrad repassa en Allemagne et se consola avers le
litre de Défenseur de l'Église que lui donna le pape. Louis VII le suivit de
près ; il s'embarqua avec ses barons (1149). Surpris dans la flotte grecque, il fut délivré
par les Normands de Sicile et rentra sans gloire et sans armée dans un
royaume qu'avait gouverné avec sagesse et bonheur l'abbé Suger[12]. Après
l'issue de cette désastreuse expédition, saint Bernard fut hautement traité
de faux prophète et regardé comme l'auteur des calamités publiques. Ses
ennemis triomphèrent, ses amis gardèrent le silence, et l'apologie qu'il fit
de sa conduite ne satisfit personne. Il alléguait son obéissance aux ordres
du pape, s'étendait sur les voies mystérieuses de la Providence, imputait les
Malheurs des Chrétiens à leurs excès et déclarait qu'il avait été affermi
dans sa mission par des visions et des prodiges. Il renouvela sans succès ses
prédications enthousiastes. « Suger, auquel l'histoire fait honneur
d'avoir condamné la seconde croisade, en proposa une troisième vers la fin de
sa vie. Il écrivit aux prélats du royaume pour qu'ils s'associassent à cette
sainte entreprise ; et persuadé que les croisés n'avaient échoué que par leur
imprudence, il voulait la conduire lui-même, se montrant ainsi moins sage que
saint Bernard, qui avait refusé de commander les croisés de la Germanie. Male
le pieux abbé mourut (1161) pendant qu'il faisait les préparatifs de l'expédition ; sa mort
fut déplorée par le prince, par le clergé, par le peuple comme une calamité
publique. Un chanoine de Saint-Victor se faisant l'interprète de l'opinion et
de la douleur de ses contemporains, atteste dans son épitaphe qu'avec Suger
étaient tombés la fleur, le diamant, la couronne, la colonne, le drapeau,
le baudrier et le plus haut honneur de l'Église s[13]. INTERVALLE DE LA SECONDE À LA TROISIÈME CROISADE (1149-1187). — Noureddin avait
singulièrement agrandi les états que lui avait légués son père Zenghi. Les
Latins même admirèrent la sagesse, la valeur et la loyauté de ce terrible
adversaire. Il tâcha, par son exemple, de ramener les Musulmans à leur
simplicité primitive. L'or et la soie furent bannis de son palais ; il
défendit l'usage du vin dans ses états, appliqua scrupuleusement les revenus
publics au service des peuples, encouragea les sciences, cultiva les lettres,
et s'appliqua à faire fleurir la justice. Baudouin III, pour arrêter les
progrès de Noureddin, résolut de s'emparer d'Ascalon qui servait de boulevard
à l'Égypte du côté della Syrie. Secondé par tous les chevaliers des colonies
chrétiennes, il vint mettre le siège devant la place qui capitula après une
opiniâtre résistance. Les Musulmans évacuèrent la ville avec tout ce qu'ils
purent emporter, et les Chrétiens prirent possession d'Ascalon qui leur
ouvrait le chemin de l'Égypte (1152). Tandis que les Latins se réjouissaient d'une
conquête inespérée, Noureddin surprenait Damas et affermissait sa domination
en Syrie. Toutefois, les colonies chrétiennes jouirent pendant quelque temps
d'un repos qui devait être interrompu par un grand désastre. Baudouin fut
vaincu près du Gué de Jacob par Noureddin, et resté presque seul de tous les
siens, il se réfugia, à grand'peine, dans la forteresse de Saphet, sur la
rive droite du Jourdain, et parvint à gagner Jérusalem (1156). Mais, aidé de nouveaux
renforts venus d'Occident, sous la conduite d'Étienne comte de Perche, et de
Thierry comte de Flandre, Baudouin s'empara de Césarée et de la forteresse
d'Harene, et prit une glorieuse revanche sur Noureddin, dont il détruisit
l'armée dans une sanglante bataille. Quelque
temps après cette victoire, Baudouin, qui venait d'épouser une nièce de
l'empereur Manuel, fut appelé à Antioche, livrée à de violents désordres.
Renaud de Châtillon, successeur de Raymond de Poitiers, était tombé au
pouvoir des Musulmans, et le gouvernement de la ville était disputé par
quelques chevaliers turbulents. La présence du roi de Jérusalem imposa
silence aux ambitieux et mit fin aux troubles. Ce fut à Antioche que le roi
fut atteint de la maladie qui le conduisit au tombeau. Guillaume de Tyr
accusa les médecins syriens de l'avoir empoisonné. En proie à une fièvre
lente, Baudouin fut transporté à Tripoli, puis à Béryte, où il succomba à
l'âge de trente-trois ans et vivement regretté de ses sujets (1160). Amaury,
son frère et son successeur, tourna d'abord ses armes contre l'Égypte. Depuis
longtemps les khalifes du Caire, qu'on respectait encore comme les
représentants du prophète, renfermés dans leur palais, ne montraient que bien
rarement leur personne sacrée aux profanes et aux étrangers. Les visirs
avaient usurpé l'administration souveraine du pays, mais n'arrivaient pas au
pouvoir sans combat. Le visir Shawer, renversé par un heureux rival nommé
Dargham, avait imploré l'assistance de Noureddin qui, charmé de trouver une
occasion d'intervenir dans les affaires de l'Égypte, renvoya le proscrit sur
les bords du Nil avec une armée commandée par le vaillant Shiracouh et son
neveu Saladin. Dargham perdit la bataille et la vie. Mais l'ingratitude, la
jalousie et les craintes fondées de son rival l'engagèrent bientôt à
solliciter le secours du roi de Jérusalem contre son bienfaiteur. Shiracouh
ne put résister aux forces réunies d'Amaury et des Égyptiens. Il abandonna sa
conquête récente et évacua Péluse après une capitulation honorable. Amaury se
hâta de revenir en Palestine pour secourir le château d'Harenc, assiégé par
Noureddin, mais il fut défait et la place emportée par les Sarrasins (1164). .
Cependant le fils de Zenghi n'avait pas renoncé au projet de conquérir
l'Égypte. Shiracouh marcha sur Péluse avec douze mille Turcs et onze mille
Arabes ; mais ces forces se trouvèrent encore inférieures aux troupes
combinées des Francs et des Sarrasins. Malgré tous ses efforts, malgré les
exploits de son neveu Saladin, Shiracouh termina cette seconde expédition par
une nouvelle retraite, et Noureddin attendit impatiemment l'occasion de
tenter une troisième entreprise. Il la dut bientôt à l'ambition d'Amaury, qui
avait pour maxime qu'on ne devait point tenir une parole donnée aux ennemis
de Dieu. L'empereur de Constantinople fournit une flotte, et le roi chrétien
entreprit la conquête de l'Égypte. Dans cette extrémité, le visir Shawer
tourna les yeux vers le sultan de Damas, qui s'empressa de faire marcher une
armée vers le Nil. Les Francs étaient déjà aux portes du Caire ; mais à leur
approche on brûla les faubourgs de la vieille cité ; on les retarda par une
négociation insidieuse, et leurs vaisseaux ne purent remonter le Nil. Ils
évitèrent prudemment un combat avec les Turcs au milieu d'un pays ennemi ; et
Amaury retourna dans la Palestine avec la honte et le reproche qui
s'attachent toujours à l'injustice, quand elle n'est pas couronnée par le
succès. Shiracouh qui fit assassiner et remplaça Shawer, ne jouit que peu de
temps du pouvoir qu'il laissa en mourant à son neveu Saladin (1169). « Saladin,
à peine âgé de trente ans, quoiqu'il se fût distingué au siège d'Alexandrie,
n'avait point encore de renommée ; mais bientôt » son nom devait occuper
l'Orient et l'Occident. Il était neveu de Chircou et fils d'Ayoub ; son oncle
et son père avaient quitté les montagnes sauvages du Curdistan pour servir
les puissances musulmanes de la Mésopotamie, et s'étalent attachés à la
fortune des Atabeks[14], quelque temps avant la seconde
croisade. Saladin, dans sa jeunesse, aima la dissipation » et les plaisirs,
et resta longtemps étranger aux soins de la politique et de la guerre ; mais
arrivé aux dignités suprêmes, il changea sa conduite et réforma ses mœurs.
Jusqu'alors il semblait fait pour les loisirs et l'obscurité d'un sérail :
tout-à-coup on vit en lui un homme nouveau, qui paraissait né pour l'empire :
sa gravité inspira te respect aux émirs ; ses libéralités lui attirèrent les
suffrages de l'armée ; l'austérité de sa dévotion le rendait cher à tous les
vrais croyants[15]. » Amaury
poursuivait avec une malheureuse opiniâtreté l'exécution de ses projets
contre l'Égypte ; mais les désastres de l'armée latine et de la flotte
grecque sous les murs de Damiette le forcèrent de renoncer k cette
entreprise. Pendant qu'Amaury allait mendier les secours de Bysanee, Saladin
achevait la conquête de l'Égypte, et substituait la couleur noire des
Abassides à la couleur blanche des enfants d'Ali. Aded fut le dernier khalife
fatimite, et, après sa mort, les peuples de la Syrie et de l'Égypte furent
soumis à un même culte et à une même domination (1171). Mais les Succès de Saladin
éveillèrent les craintes et la jalousie du souverain de Damas, qui
soupçonnait son lieutenant de vouloir se créer en Égypte une principauté
indépendante ; il essaya de le rappeler en Syrie pour l'aider, disait-il, de
ses conseils et de son bras contre les Chrétiens. Saladin ne se pressait pas
d'obéir, et une rupture allait éclater lorsque Noureddin mourut (1174). Amaury
voulut profiter de cette mort imprévue qui mit en mouvement toutes les
ambitions ; mais il mourut lui-même après le siège inutile de Panées,
laissant un royaume qui n'inspirait plus que de faibles craintes aux
Sarrasins. Baudouin IV, fils d'Amaury, qui n'avait que treize ans et qui
était attaqué de la lèpre, fut placé sous la tutelle de Milon de Plancy et de
Raymond, comte de Tripoli, descendant du fameux Raymond de Saint-Gilles.
Milon, ayant été assassiné dans une rue de Ptolémaïs, Raymond resta seul
dépositaire de l'autorité dont il usait en maitre absolu. Cependant Saladin
arriva à Damas, sous prétexte de défendre Malek-Saleh, fils de Noureddin,
auquel les émirs ne laissaient qu'une ombre d'autorité. Bientôt, avec la
sanction du khalife de Bagdad, il se fit proclamer sultan de Damas et du
Caire. Il ne tarda pas à reprendre les armes contre les Latins ; mais,
surpris par les Chrétiens près d'Ascalon, il fut vaincu, s'échappa à travers
le désert, suivi de quelques cavaliers, et regagna les bords du Nil (1178). Après
cinq ans de combats, à peine interrompus par de courtes trêves, Saladin avait
conquis Amide ou Diarbékir, Mossoul, et enfin Alep, où venait de mourir
Malek-Saleh. Tous les émirs de la Mésopotamie, ses alliés ou ses tributaires,
étaient disposés à s'unir à lui pour écraser enfin le royaume de Jérusalem,
enveloppé de tous côtés par des ennemis impitoyables. Le malheureux Baudoin,
en' proie à une cruelle maladie qui, chaque jour, faisait de nouveaux
progrès, était hors d'état de faire face au danger. Il remit donc
l'administration du royaume à Guy de Lusignan, époux de la fille d'Amaury, ne
gardant pour lui que le titre de roi et la ville de Jérusalem (1183)[16]. Mais la lâcheté et
l'inexpérience dont le nouveau régent fit preuve en présence des troupes de
Saladin, excitèrent l'indignation générale, et Baudouin enleva à Lusignan
l'administration du royaume qu'il confia au comte de Tripoli. En même temps,
il fit donner l'onction royale à l'enfant né du premier mariage de sa sœur
Sibylle. A la mort de Baudouin IV (1185) et de Baudouin V, qui le suivit de près dans la
tombe, Sibylle fit élire roi, Guy de Lusignan, son époux. Ce choix fut
généralement blâmé. Raymond, comte de Tripoli, le plus puissant des vassaux,
qu'on avait exclu de la succession et de la régence, conçut, contre le roi,
une haine implacable, et entretint, avec le sultan, des liaisons criminelles. Saladin
épiait le moment favorable de recommencer la lutte ; l'occasion se présenta.
Renaud de Châtillon, soldat de fortune, avait surpris une forteresse voisine
du désert, d'où il pillait les caravanes et mena lait les villes de Médine et
de la Mecque. Saladin se plaignit et demanda une satisfaction qu'il ne
désirait pas : un refus ralluma la guerre. Le sultan envahit la Terre-Sainte
à la tête de quatre-vingt mille hommes ; il assiégea d'abord Tibérias,
suivant les conseils du comte de Tripoli. Le perfide Raymond engagea le roi
de Jérusalem à épuiser ses garnisons pour secourir cette ville importante qui
lui appartenait. Il fit camper l'armée chrétienne dans un lieu dépourvu
d'eau, et prit la fuite au moment du combat, également méprisé des deux
partis. Lusignan perdit trente mille hommes et tomba lui-même au pouvoir des
Infidèles. On conduisit, dans la tente de Saladin, le roi captif blessé et
mourant de soif. Le sultan lui présenta une coupe pour se désaltérer ; mais
il ne voulut pas donner à Châtillon ce gage de sa clémence et de son
hospitalité. « La personne d'un roi, dit Saladin, est inviolable ; mais ce
brigand impie rendra hommage au prophète ou subira la mort qu'il a tant de
fois méritée. » Sur le refus du guerrier chrétien, le sultan le frappa de son
sabre et ses gardes l'achevèrent. Le roi de Jérusalem fut conduit à Damas ;
mais l'exécution de deux cent trente chevaliers de l'Hôpital, intrépides
champions et martyrs de la foi, déshonora la victoire des Musulmans. Bientôt
Ptolémaïs, Naplouse, Jéricho, Ramla, Césarée, Arsur, Joppé et Béryte, Ascalon
ouvrirent leurs portes ou furent emportées d'assaut. Le royaume était sans
chef ; des deux grands-maîtres des ordres militaires, l'un était prisonnier,
l'autre avait péri dans le combat avec les plus braves défenseurs de la
Terre-Sainte. Tyr et Tripoli pouvaient seules résister au vainqueur ; et,
quelques jours après la journée de Tibérias, le sultan parut à la tête de son
armée aux portes de Jérusalem. Cette
ville renfermait encore soixante mille Chrétiens et pouvait opposer une
longue résistance ; mais la reine Sibylle tremblait pour- elle-même et pour
son mari captif. Les barons et les chevaliers semblaient vouloir bâter la
ruine générale par leurs dissensions particulières. On fit cependant quelques
préparatifs de défense ; mais l'armée victorieuse ouvrit une large brèche, et
la ville, pour prévenir les malheurs d'un dernier assaut, offrit de se
rendre. Saladin accepta la soumission des habitants, et promit de ne point
verser de sang. Les Chrétiens grecs et orientaux obtinrent la liberté de
vivre sous son gouvernement ; mais tous les Francs reçurent l'ordre d'évacuer
Jérusalem sous quarante jours, et de s'embarquer dans les ports de l'Egypte
et de la Syrie. Les rançons furent fixées, pour les hommes, à dix pièces
d'or, à cinq pour les femmes, et à une pour les enfants. Mais, au lieu
d'exiger rigoureusement la somme imposée, le sultan se contenta d'une faible
rançon pour sept mille pauvres, et accorda gratuitement la liberté à trois
mille autres. Saladin traita la reine avec tous les égards dus à son rang et
à son malheur. Il distribua libéralement des aumônes aux veuves et aux
orphelins, et permit aux frères de l'Hôpital de soigner les malades durant une
année. Lorsque tous les étrangers furent sortis, le sultan fit son entrée triomphante au son d'une musique guerrière et précédé de ses glorieux étendards. La grande mosquée d'Omar, dont les Chrétiens avaient fait une église, fut purifiée avec de l'eau de rose. Mais lorsque la croix d'or, qui brillait sur le dôme, eût été renversée et tramée dans les rues par les Moslems, les Chrétiens poussèrent des gémissements et des cris d'indignation, et Jérusalem, sans armes, fut sur le point de se révolter (1187). |
[1]
Le patriarche se retira alors sur le mont Sion, protestant encore, avec
quelques-uns de ses adhérents, contre l'élection de Baudouin.
[2]
Après quatre ans de captivité, Bohémond revint à Antioche. Il trouva sa
capitale bloquée du côté de la mer par la flotte grecque, et menacée de l'autre
côté par les Turcs. Dans cette extrémité, il prend la résolution d'aller
lui-même implorer les secours de l'Occident : il fait répandre le bruit de sa
mort, s'embarque au port Saint-Siméon, et, caché dans son propre cercueil, il
traverse la flotte des Grecs joyeux de son trépas. Arrivé en Italie, il excite
la colère du pape contre Alexis, le plus grand fléau des Chrétiens. En France,
où ses aventures et ses exploits avaient rendu son nom populaire, il est
accueilli avec de grands honneurs par Philippe Ier, qui lui donne la main de sa
fille Constance. Dans une assemblée solennelle, tenue à Poitiers, il appelle à
la guerre sainte les chevaliers français, dont une foule jure de l'accompagner
en Orient. Il retourne en Italie, s'embarque à Bari, menaçant ses mortels
ennemis de la plus terrible vengeance. Mais la résistance opiniâtre de Durazzo
arrête son armée, qui est bientôt désolée par une maladie pestilentielle.
Abandonné de la plupart de ses soldats, il fait une paix honteuse avec
l'empereur, et vient mourir de douleur et de désespoir dans sa petite
principauté de Tarente.
[3]
Histoire des Croisades, t. II, p. 46, sixième édition.
[4]
Baudouin Ier consolida et étendit la puissance chrétienne en Orient,
non-seulement par ses victoires, ses conquêtes et les différentes places fortes
qu'il bâtit en Arabie, dans les montagnes du Liban, dans la Galilée et dans le
pays des Philistins ; mais encore par une sagesse dont l'histoire contemporaine
s'est plu à faire l'éloge. Il modifia et compléta les Assises. Par ses soins,
Jérusalem servit de refuge aux Chrétiens répandus dans l'Arabie, la Syrie et
l'Égypte, et redevint riche et florissante. Baudouin dota magnifiquement les
églises et fonda plusieurs établissements religieux. La vie de ce prince offre
un contraste frappant : ambitieux et altier, avant son élévation au pouvoir
royal, il fit admirer, sur le trône, sa modération et sa clémence, et lui aussi
put servir de modèle à ses successeurs.
[5]
MICHAUD, Hist.
des Croisades, t. II, p. 72.
[6]
Hassan, fondateur de la secte des Ismaéliens, un peu avant la première
croisade, avait inspiré une telle confiance à ses disciples, qui le regardaient
comme le légitime successeur d'Ali, gendre de Mahomet, qu'ils exécutaient ses
ordres comme s'ils émanaient : de Dieu lui-même. Ils étaient partagés en trois
classes, le peuple, les soldats et les gardes. Le peuple se livrait à
l'agriculture et au commerce, les soldats se vouaient à la guerre, les gardes
ou fédaïs étaient les instruments dociles du Vieux de la Montagne. Ils étaient
élevés avec soin dans son palais. On fortifiait leurs corps par des exercices
violents. Initiés dès leur enfance à la connaissance des langues étrangères,
ils allaient dans tous les pays exécuter les ordres de leur chef. Après les
avoir endormis par des boissons enivrantes, on les transportait dans des
pavillons situés au milieu de jardins délicieux et remplis des images de la
volupté. » A leur réveil, dit M. de Sacy, tout ce qui frappait leurs oreilles
et leurs yeux les jetait dans un ravissement qui ne laissait à leur raison
aucun empire : avaient-ils passé quelques jours au milieu de ces jardins
enchanteurs, le même moyen dont on s'était servi pour les y introduire, sans
qu'ils s'en aperçussent, était de nouveau mis en usage pour les en retirer.
Trompés par ces décevantes illusions qui, pour eux, étaient l'image du paradis
qui les attendait, ils étaient toujours prêts à se dévouer aux désirs de leur
maitre. Déguisés en marchands, en moines, en pèlerins, ils frappaient de leur
poignard les plus illustres victimes, dans les camps, dans les mosquées, dans
les palais. Les ismaéliens étaient ainsi devenus la terreur de tous les princes
de l'Orient. Leur surnom d'Assassins (Assissins) doit
vraisemblablement son origine au mot arabe hachich, qui sert à désigner une
liqueur enivrante extraite de la graine de chanvre, dont ils faisaient un grand
usage, et qui remplace l'opium en Orient. »
[7]
A peine maître du pouvoir, le jeune Josselin se retira, avec la plupart des
Francs, dans le séjour délicieux de Turbessel, sur les bords de l'Euphrate. Là,
il se livrait librement à tous les excès du vice et de la débauche, sans
s'occuper des dangers qui menaçaient ses états.
[8]
Saint Bernard naquit en 1091, d'une famille noble de Bourgogne. A l'âge de
vingt-deux ans, il entra dans l'abbaye de Cîteaux, avec trente de ses
compagnons entraînés par ses discours et son exemple. Clairvaux ayant été fondé
en 1115, Bernard, quoiqu'à peine sorti du noviciat, en fut nommé le premier
abbé : une indomptable activité, une opiniâtreté ardente, une éloquence sublime
élevèrent saint Bernard bien au-dessus de ses rivaux et de ses contemporains.
Par sa renonciation aux pompes et aux plaisirs de ce monde, par son vœu de
pénitence et de pauvreté, et le refus de toutes les dignités ecclésiastiques,
l'abbé de Clairvaux devint l'âme et l'oracle de l'Europe. La liberté de ses
censures apostoliques faisait trembler les princes et les pontifes. Plusieurs
conciles obéirent à ses décisions. Innocent H n'oublia pas qu'il lui devait la
tiare, et il eut pour successeur Eugène, le disciple et l'ami de Saint Bernard.
Les princes, les rois et les peuples croyaient lue Dieu parlait par sa bouche.
[9]
Avant de partir, il avait fait couronner son fils roi des Romains, et confié au
sage abbé de Corwey l'administration de ses états.
[10]
MICHAUD, Hist.
des Croisades, t. II, p. 172, sixième édition.
[11]
Raymond de Poitiers, menacé par le sultan Nourreddin, avait tout tenté pour
retenir Louis VII. Il lui avait proposé d'assiéger Alep et Césarée ; mais le
roi de France refusa de s'engager dans une entreprise qui le détournait de son
pèlerinage à Jérusalem. L'intervention de la reine Éléonore, que Raymond mit
dans ses intérêts, fut inutile.
[12]
Les deux grands mobiles de la première croisade avaient été la piété et
l'héroïsme. Le principal caractère de la seconde est une dévotion profonde, il
est vrai, mais qui est sortie du cloître, et qui a pour but plutôt de convertir
des Infidèles que de conquérir la Terre-Sainte. Louis VII, prince pieux et
brave, mais d'une médiocre intelligence, Conrad, crédule et présomptueux,
étaient également incapables de diriger ce nouveau mouvement de l'Europe contre
l'Asie. Toutes les forces de la croisade ne se portèrent pas sur l'Orient : les
peuples de la Saxe et du Danemark, excités par les missionnaires du Saint-Siège
et commandés par Henri de Saxe et plusieurs autres chefs, s'armèrent coutre les
tribus slaves de la Baltique encore païennes, détruisirent leurs temples,
brûlèrent leurs idoles, et les forcèrent à recevoir le baptême : mais les
Slaves ne tardèrent pas à revenir au culte national et à leurs brigandages.
D'un autre côté, un corps de croisés français, qui se dirigeait vers la
Palestine, ayant relâché à l'embouchure du Tage, aida les Chrétiens à s'emparer
de Lisbonne occupée par les Sarrasins. Ainsi la croisade, égarée sur différents
rivages, perd, par la diversité des intérêts et la division des forces, cet
enthousiasme général qui avait fait le succès de la première expédition.
[13]
CAYX, Précis
de l'Histoire de France, p. 173.
[14]
Atabek, c'est-à-dire, père du peuple, c'est le nom que prirent dans les onzième
et deuxième siècles plusieurs émirs turcs, qui gouvernaient les provinces de
l'Iran, au nom des sultans seldjoucides, et qui n'osaient prendre le titre de
sultans, bien qu'ils en eussent toute l'autorité. Ils formèrent quatre
dynasties principales : 1° les Atabeks de l'Irak, qui eurent pour chef le
fameux Zenghi ; 2° les Atabeks du Farsistan, maîtres de ta Perse ; 3° les
Atabeks de l'Aderbaidjan ; 4° les Atabeks du Laristan.
[15]
MICHAUD, Hist.
des Croisades, t. II, p. 239, sixième édition.
[16]
Lusignan, prince sans talents, faible et présomptueux, n'était remarquable que
par des avantages extérieurs qui avaient séduit la fille d'Amaury, veuve du
marquis de Montferrat.