HISTOIRE GÉNÉRALE DU MOYEN ÂGE

TROISIÈME PÉRIODE. — DEPUIS L'AVÈNEMENT DE PÉPIN-LE-BREF JUSQU'AU COMMENCEMENT DE LA QUERELLE DES INVESTITURES (752-1074)

 

CHAPITRE XXXVII. — COMMENCEMENTS DES RÉPUBLIQUES MARITIMES D'ITALIE. - CONQUÊTE DE L'ITALIE MÉRIDIONALE ET DE LA SICILE PAR LES NORMANDS. - ROBERT GUISCARD (697-1085).

 

 

Fondation de Venise. — Ses accroissements. — Anafesto, premier doge. — Indépendance de la république. — Guerre contre les pirates illyriens. — Conquête de la Dalmatie. — Commencement de Gênes et de Pise. — Alliance des deux états contre les Sarrasins. — Conquête de la Sardaigne. — Rivalité des deux républiques. Situation de l'Italie méridionale an commencement dis onzième siècle. — Premiers aventuriers normands. — Prise d'Aversa. — Arrivée des fils de Tancrède. — Expédition de Sicile. — Conquête et partage de la Pouille. — Caractère des Normands. — Bataille de Civita. — Ses suites. — Robert Guiscard. — Roger. — Concile de — Conquête de la Sicile. — Prise des villes maritimes. — Première guerre contre l'Empire grec. — Siège et bataille de Durazzo. — Guiscard délivre Grégoire VII. — Seconde guerre contre les Grecs. — Mort de Guiscard.

 

L'histoire des républiques maritimes de l'Italie, pendant la période qui nous occupe, offre peu de faits importants, et la puissance de Venise, de Gènes, de Pise, ne date réellement que de l'époque où les conquêtes des Normands font disparaître les républiques commerçantes d'Amalfi, de Sorrente, de Gaète et de Naples. Il n'est pas cependant sans intérêt d'indiquer les commencements des cités maritimes, et les institutions auxquelles elles durent le développement de leur grandeur et de leur richesse.

VENISE. — Les terres charriées par les torrents des Alpes et par les branches du Pô, avaient formé à la longue une multitude d'îles en face de Padoue. Quelques habitants de la Vénétie effrayés par l'invasion d'Alarie, cherchèrent un asile à Rialto, la plus haute de ces lies, et y fondèrent une ville, agrandie par des fugitifs d'Aquilée et de Padoue, qui voulaient se soustraire à la domination d'Attila (421-452). Les mœurs de ce peuple prirent peu à peu une forme régulière, et l'on peut considérer comme le plus ancien monument de la république vénitienne, la lettre où Cassiodore, ministre du grand Théodoric, décrit la situation de ces insulaires et les services que son maître attend de leur marine[1]. Depuis Grado jusqu'à Chiozza, les premiers Vénitiens, unis par les liens d'une alliance étroite, pénétraient dans le cœur de l'Italie par la navigation des canaux et des rivières ; leurs vaisseaux, dont ils augmentaient continuellement le nombre et la grandeur, visitaient tous les ports du golfe, et l'on voit par la lettre de Cassiodore, qu'on avait déjà besoin de leur secours pour transporter les provisions de vin et d'huile, de la province d'Istrie dans la ville de Ravenne. Ce document établit donc la dépendance de la république naissante à l'égard des rois gotha de l'Italie, ainsi que l'existence de tribuns maritimes, qui selon la tradition étaient au nombre de douze, et étaient élus tous les ans par le peuple dans les douze fies principales.

La confédération prit de nouveaux accroissements, lorsque les Lombards se furent emparés de Padoue. Les cabanes de pêcheurs se changèrent en maisons commodes, et dans le septième siècle, les iles des lagunes offraient déjà l'aspect d'une ville florissante. C'est aussi l'époque de l'établissement réel de la nationalité vénitienne. En 697, les douze tribuns abdiquèrent l'autorité entre les mains d'un chef unique élu sous le nom de duc ou doge, dans une assemblée générale tenue à Héraclée. A lui seul appartint le droit de convoquer le peuple, de nommer les tribuns et les officiers civils ou militaires, d'investir les évêques, de décider la paix et la guerre. Ces princes, dont le gouvernement était monarchique et l'autorité viagère, eurent soin de se placer sous la suprématie lointaine et nominale des Césars d'Orient. Ils sollicitèrent ou acceptèrent avec déférence les titres de Consuls, de Protospathaires, de Protosébastes, et ne s'avouèrent sujets de l'empire que pour mieux assurer leur liberté.

Paoluccio Anafesto, revêtu le premier de la dignité de doge, fut couronné par le patriarche de Grado. Il réprima les pirateries des Slaves de

Narenta, fit alliance avec les Lombards, et obtint la possession de la côte entre les deux Piaves. Après sa mort (717), Venise intervint dans les révolutions de l'Italie, et soutint l'exarque Eutychius contre Luitprand. Malgré les variations de son gouvernement intérieur, elle fut en état de résister aux armes de Charlemagne, dont le fils Pépin échoua dans l’attaque des lagunes, trop profondes pour sa cavalerie et trop peu pour ses lourds vaisseaux. Charlemagne abandonna toute prétention de souveraineté sur les lies de la mer Adriatique. Louis-le-Débonnaire ne donna pas suite à ses réclamations (827), et en 891 le roi Guy confirma les privilèges dont les Vénitiens étaient depuis longtemps en possession.

Cependant le commerce de Venise ne pouvait se développer que par la destruction des pirates narentins, qui possédaient trois zoupanies en Illyrie, avec les principales lies de l'Adriatique. Sous le dogat de Pierre Candiano II, l'enlèvement des fiancées vénitiennes devint le signal d'une guerre acharnée, à la suite de laquelle les villes de Narenta et do Capo d'Istria furent soumises à un tribut (959). Urseolo II donna à la puissance de sa patrie un essor considérable. Vers 992, il obtint pour elle des empereurs byzantins, une entière liberté et immunité de commerce dans tous les ports de l'empire grec. Les traités qu'il conclut avec l'empereur Othon Ill et les khalifes d'Egypte, ne furent pas moins avantageux[2]. Sous son règne, la guerre d'Illyrie fut reprise. Les villes de Zara, Trieste, Pola, Trau, Spalatro, Raguse, menacées sans cesse par les rois croates et dalmates, demandèrent à Venise la protection que la cour de Constantinople ne pouvait plus leur accorder. Urseolo leur donna des podestats vénitiens et prit le titre de duc de Dalmatie (997). La Croatie ayant passé vers la fin du onzième siècle au pouvoir des rois de Hongrie, ces mêmes villes devinrent un sujet perpétuel de discordes entre Venise et les princes hongrois.

La possession des îles et des cités illyriennes, en assurant la domination de Venise dans l'Adriatique, affermit également son indépendance. Lorsque les Vénitiens armèrent contre les Normands, en faveur d'Alexis Comnène, l'empereur ne réclama point leur secours comme un devoir de soumission, mais comme un bienfait de la part d'alliés fidèles et reconnaissants. Toutefois, des divisions intestines et la rivalité des Morosini et des Caloprini retardèrent pendant un siècle les progrès de la république, jusqu'au moment où les croisades lui ouvrirent une nouvelle ère de prospérité.

GÈNES ET PISE. — Si le commerce de l'Orient était alors considéré comme le patrimoine exclusif de Venise, la partie occidentale de la Méditerranée semblait le domaine de Gènes et de Pise. A la faveur de l'anarchie qui suivit la déposition de Charles-le-Gros, ces deux villes avaient proclamé leur indépendance. Gènes se donna des consuls, un sénat, une assemblée du peuple et des institutions municipales, qui ne reçurent des modifications qu'en 1122. Constamment en guerre avec les Sarrasins qui avalent repris la Corse, les Génois virent leur cité pillée et détruite par les infidèles (936). Mais Ils réparèrent promptement cet échec, et en 958 le roi d'Italie, Bérenger II, reconnut par une charte les droits de la commune génoise.

Ce fut aussi dans le dixième siècle, que les Pisans se soumirent à un gouvernement analogue à celui de Gènes. En 1005, les Sarrasins vinrent saccager Pise, dépourvue de ses défenseurs, et la ville aurait éprouvé un désastre complet sans la vigilance d'une femme qui sonna la cloche d'alarme. La communauté dit danger réunit les deux républiques maritimes, et les papes qui prétendaient à la suzeraineté de la Corse et de la Sardaigne, en verni des donations des empereurs carlovingiens, encouragèrent une alliance favorable d'ailleurs aux intérêts de la Chrétienté. Sous la médiation de Benoît VIII (1017), les vaisseaux génois se joignirent aux vaisseaux pisans, pour attaquer d'abord la Sardaigne qui servait de rendez-vous aux pirates espagnols. Mougheit, roi de Denia et de Majorque, fut battit dans deux expéditions successives. La victoire de Cagliari décida la querelle eh faveur des confédérés (1050), et les Maures évacuèrent Ille pour n'y plus revenir. Mais les alliés ne tardèrent pas à se disputer la possession de leurs conquêtes. Interprétant en leur faveur un traité qu'il n'avait stipulé aucun partage régulier, les Génois s'établirent dans les ports de la Sardaigne, et réclamèrent la propriété exclusive de la Corse qui pour eux était un gage de sûreté. Soutenus par les Indigènes, les Pisans reprirent la Corse, et Gènes en représailles envoya douze galères insulter Pise ; mais cette témérité lui réussit mal et tes vaisseaux furent coulés à fond. Le mouvement des croisades et les sages décisions des papes suspendirent pour quelque temps la rivalité des deux républiques, rivalité qui devait se réveiller avec plus de force et se terminer par la ruine de la puissance pisane.

NORMANDS D'ITALIE. — Au commencement du onzième siècle, les pays compris sous la dénomination générale d'Apulie — Capitanate, Pouille, terre de Bari —, formaient, avec la terre d'Otrante et la Calabre, la nouvelle province ou Thème de Lombardie. Les Césars byzantins avaient ressaisi une souveraineté nominale sur ces contrées qu'ils faisaient gouverner par un catapan ; ils percevaient des tributs, frappaient monnaie, réglaient par des chartes les droits et les privilèges des citoyens, fondaient ou agrandissaient des villes. Toutefois leur pouvoir lointain et faible était hors d'état d'exercer sur l'Apulie une action fixe et régulière. D'autre part, les empereurs allemands, comme successeurs de Charlemagne, élevaient des prétentions sur les possessions grecques d'Italie, et réclamaient l'hommage féodal des princes lombards. En effet, de l'autre côté des Apennins, le grand-duché de Bénévent avait conservé son indépendance, mais avait perdu son unité par le démembrement des principautés souveraines de Capoue et de Salerne ; les villes maritimes, telles que Naples, Gaète, Amalfi, Sorrente s'étaient érigées en républiques ; enfin les Sarrasins aglabites étaient maîtres de la Sicile. De Palerme ou de Malte, leurs vaisseaux s'élançaient sur les deux mers qui baignent l'Italie. Pise et Salerne, aussi bien que Tarente et Bad, avaient appris à redouter leurs brigandages.

Dans cet état de morcellement et d'anarchie, l'Italie méridionale était une proie facile à saisir. Les conquérants ne se firent pas attendre. C'était l'époque des nombreux pèlerinages à la Terre-Sainte, et les pieux voyageurs rapportaient de Jérusalem une haine profonde contre les Sarrasins qui vendaient au prix de mille outrages la permission d'adorer le tombeau du Christ. Un jour de l'année 1006, des galères d'Amalfi ramenèrent à Salerne quarante chevaliers normands qui revenaient de Palestine. Le camp des pirates sarrasins était dressé sur la plage, et déjà les Infidèles se partageaient avec des cris de joie la rançon de la ville, lorsque les intrépides étrangers se mettant à la tête des milices de Salerne, tombent sur les mécréants avec tant de fureur, qu'ils les obligent à se rembarquer précipitamment. Après s'être signalés par ce trait d'audace, les Normands, comblés de présents par le duc Guaimar, allèrent montrer à leurs compatriotes les belles étoffes et les fruits savoureux de l'Italie. Beaucoup d'aventuriers partirent sous l'habit de pèlerins. Comme ils visitaient la caverne miraculeuse du mont Sant-Angelo, un Grec de Bari, appelé Mélo, proscrit de sa patrie, se présenta à eux et les entraîna par ses promesses. Trois chefs normands Drengot, Osmond et Rainulf se mirent à sa solde (1016). Mélo fournit des armes et des chevaux aux plus, pauvres, et avec eux battit trois fois les Grecs. Mais vaincu à Cannes, malgré leur valeur (1019), il partit pour l'Allemagne afin d'y solliciter les secours de l'empereur Henri II, et céda ses mercenaires aux princes de Salerne et de Capoue. L'empereur arriva bientôt avec une armée, acheta les services des Normands et vint mettre le siège devant Troja, que le protospathaire Basile avait agrandie et fortifiée avec soin. Pendant le siège il reçut l'hommage des ducs de Capoue, de Salerne et de Naples, puis emporta Troja d'assaut, et il aurait poussé plus loin ses succès, si une maladie contagieuse ne l'avait forcé de remonter vers le Nord (1022). Abandonnés à eux-mêmes, les Normands sentirent qu'il leur fallait un point d'appui et an besoin un asile. Ils quittèrent la Pouille, se saisirent d'Aversa à huit milles de Naples et s'y établirent. Pandolphe IV, prince de Capoue, s'étant emparé de Naples par surprise, Sergius, chef de cette république, s'adressa aux Normands, et avec leur aide reprit sa ville. En récompense, il confirma à Rainulf la possession d'Aversa et de son fertile territoire. Conrad-le-Salique, successeur de Henri II, donna même au chef normand l'investiture impériale avec le titre de comte (1028).

Cette forteresse d'Aversa devint le rendez-vous de tous ceux qui en Normandie voulaient gagner quelque chose. La nouvelle colonie s'accrut aussi des habitants de la province, qui avaient à craindre la sévérité des lois. Peu scrupuleux à cet égard, les Normands accueillaient ces bandits, et les traitaient en frères[3]. Attirés par la cupidité et l'ambition, Guillaume, Drogon et Humfroi, fils de Tancrède, seigneur de Hauteville près de Coutances, arrivèrent en Italie dans l'année 1037. Ils étaient les cinés de douze enfants, auxquels ne pouvait suffire leur faible part de l'héritage paternel. Après avoir prouvé leur valeur en soutenant le prince de Salerne contre Amalfi, ils s'enrôlèrent sous les drapeaux du catapan Maniacès, et s'embarquèrent, au nombre de cinq cents chevaliers, pour aller combattre les Sarrasins de la Sicile.

Cette île se trouvait alors dans une complète anarchie. L'émir arabe refusait de reconnaître l'autorité du roi de Tunis. Le peuple se soulevait contre l'émir ; chaque chef s'érigeait en souverain dans son château.

Cependant, quand les Grecs et les Normands parurent, le calme sembla rétabli et les archers arabes essayèrent de s'opposer à la descente. Ils furent repoussés. Messine prise d'assaut, l'émir de Syracuse tué dans une seconde action de la main même de Guillaume, soixante mille Sarrasins mis en déroute, prouvèrent assez à Maniacès ce que pouvaient faire de pareils auxiliaires. Il avait déjà soumis treize cités et la plus grande partie de la Sicile ; mais il se priva d'une gloire désormais facile, en frustrant les Normands de leur part de butin. On méprisa leurs plaintes, on fustigea leur interprète, et ils furent forcés de dissimuler leur colère, jusqu'au moment où des barques rassemblées pendant la nuit les eurent transportés sur le rivage de la Calabre.

Aussitôt les trois fils de Tancrède font alliance avec Pandolphe III, prince de Bénévent, et le comte d'Aversa, leur compatriote. Sept cents cavaliers, cinq cents fantassins envahissent la Pouille, se saisissent de Mein, qui devient leur place d'armes, et vont camper à Cannes devant l'innombrable armée du patrice Dokean, qui avait succédé au rebelle Maniacès. Un héraut leur offre de choisir entre le combat ou la retraite ; « le combat », s'écrient-ils d'une voix unanime, et un de leurs plus robustes guerriers tue d'un coup de poing le cheval de l'envoyé grec. Les Byzantins défaits dans deux batailles n'osent plus tenir la campagne. Aidés par les intelligences qu'Argyre, fils de Mélo, a conservées dans le pays, les Normands marchent de succès en succès. En moins de trois ans ils ont conquis la Pouille, et Constantin Monomaque ne sauve de ce naufrage que les quatre places maritimes de Bari, Otrante, Brindes et Tarente (1040-1043).

Les vainqueurs se partagèrent alors la province. Douze d'entr'eux furent élus comtes, et durent régler les contributions et les hommages des districts qui leur échurent par le sort. Guillaume, fils de Tancrède, que ses exploits avaient fait surnommer Bras-de-Fer, eut Ascoli, sou frère Drogon, Venosti ; les dix autres lots étaient Lavello, Trani, Monopoli, Civitata, Cannes, Montepiloso, Frigento, Acerenza, Minervino, et enfin Siponto qui récompensa les services du comte d'Aversa, Rainulf. Guillaume Bras-de-Fer eut de plus, avec le titre de comte d'Apulie, la présidence de cette république aristocratique. Melfi resta en commun comme le siège du gouvernement. Chacun des douze comtes y occupa une maison et un quartier séparés. Ainsi, selon leur coutume, les Normands à peine maîtres du pays le partagent et l'organisent. « Ils sont astucieux et vindicatifs, dit leur historien Malaterra ; l'éloquence et la dissimulation semblent héréditaires en eux. Ils savent s'abaisser à la flatterie, mais si la loi ne les tient pas sous le joug, ils se livrent à tous les excès. Avides de richesses et de domination, ils méprisent tout ce qu'ils possèdent et espèrent tout ce qu'ils désirent. Les armes et les chevaux, le luxe des habits, la chasse, la fauconnerie font leurs délices : mais dans les occasions pressantes ils supportent avec une patience incroyable les rigueurs de tous les climats et les privations d'une vie militaire. » Avec un pareil caractère les Normands inspiraient autant de défiance que de frayeur. Eux-mêmes méprisaient un peuple qui se laissait opprimer. Dès qu'ils désiraient un cheval, une femme, un jardin, ils ne manquaient pas de s'en emparer : les chefs donnaient l'exemple. Tant que vécut Guillaume, il chercha et parvint à réprimer les violences de ses égaux. Drogon, son successeur et son frère, n'hérita que de sa valeur.

Moins par bienfaisance que par politique, la cour de Constantinople entreprit de délivrer l'Italie de cette calamité permanente. Argyre, d'abord l'ennemi des Grecs, se laissa gagner, fut nommé catapan et investi des pouvoirs les plus étendus. Il vint proposer aux Normands d'abandonner la Pouille et d'aller conquérir sur les Seldjoucides de la Perse, une province et du butin. Ceux-ci ayant repoussé cette offre dérisoire, Argyre leur chercha des ennemis ; au nom de Constantin Monomaque, il conclut une alliance avec le pape Léon IX, surnommé le Saint, et par lui obtint l'adhésion de l'empereur Henri III, qui avait d'abord accordé à Guillaume l'investiture de l'Apulie. Pendant que le pontife recrutait des soldats en Allemagne, le brave Drogon périt assassiné dans une église, par un Apulien dont Argyre avait armé le bras (1051). Le même jour, une foule de Normands furent égorgés en divers lieux. Humfroi, élu comte à la place de son frère, le vengea par le supplice des meurtriers, et contraignit Argyre à se cacher derrière les murs de Bari. Bientôt il vit arriver les mercenaires songea et lorrains que ramenait Léon IX avec une bande d'Italiens licencieux et turbulents. Réduits à leurs seules forces, affamés par la défection des indigènes, les Normands ne purent mettre en campagne que trois mille cavaliers et un petit nombre de fantassins. Avant de combattre, ils fléchirent le genou moins par crainte que par respect ; les Allemands traitaient leur hésitation de lâcheté, en raillant la petitesse de leur taille ; mais ces hommes si méprisés, qui n'avaient pas mangé depuis deux jours, se comportèrent vaillamment. Les Italiens furent mis en déroute au premier choc. Humfroi, qui menait l'aile droite, éprouva plus de résistance. Les Allemands à pied, armés de leurs grandes épées à deux mains, se firent tuer sans demander merci. Le pape, fugitif et repoussé par les habitants de Civitata, fut pris. Ses pieux vainqueurs tombèrent à ses pieds, en lui demandant l'absolution, et le laissèrent sur sa parole à Bénévent. Là, il se repentit du sang versé, accepta l'hommage que les Normands lui offraient et leur donna même l'investiture de ce qu'ils avaient conquis ou pourraient conquérir encore en Calabre, ou au-delà du Phare (1053). C'est le premier acte de suzeraineté du Saint-Siège sur le royaume des Deux-Siciles.

A cette bataille de Civitata[4] dont les résultats furent si importants, un homme avait obtenu le prix de la valeur. C'était Robert, rainé des sept fils issus du second mariage de Tancrède de Hauteville, celui qui devait être le fondateur réel de l'empire normand en Italie ; il réunissait les qualités qui font le grand capitaine et l'homme d'état : brave, ambitieux, dissimulé, il excellait dans tous les exercices du corps et dans toutes les combinaisons de la politique. Aussi ses compatriotes, frappés de la supériorité de son esprit, l'avaient surnommé Guiscard, le Prudent, l'Avisé. Anne Comnène nous fait un portrait terrible de ce formidable ennemi des Grecs : « Une peau rousse, des cheveux blonds, de larges épaules, des yeux de feu, une voix pareille à celle de l'Achille d'Homère, un cri qui mettait en fuite des myriades d'ennemis ; il ne pouvait souffrir la domination d'un autre et était parti de Normandie avec cinq cavaliers et trente fantassins. Arrivé en Lombardie, il se cache dans les antres et les montagnes, et, commençant sa vie guerrière par des meurtres et des rapines, fournit sa troupe d'armes, de chevaux et d'argent. » Il parait en Apulie en 1046 ; mais toutes les parts étant faites, Drogon lui confie la garde du château de Saint-Marc. Robert y reste quelques années pillant les environs et adjoignant à ses compagnons les robustes paysans de la Calabre. Puis il se brouille avec Humfroi, tire contre lui l'épée au milieu d'un festin et sort de prison pour être élevé sur le bouclier (1057).

En proclamant Robert comte d'Apulie au détriment des fils d'Humfroi, les Normands usèrent pour la dernière fois du droit d'élection. Le nouveau chef, qui aspirait à se mettre hors de pair, fut arrêté d'abord par la rivalité de son frère Roger, dont la valeur et la beauté captivaient l'affection des soldats. Il l'envoya conquérir la Calabre, mais le laissa sans secours. L'ambitieux jeune homme revint en Pouille avec quarante aventuriers aussi pauvres que lui et se mit à dérober des chevaux, à piller les marchands de Melfi. Robert eut honte de sa jalousie : il donna à Roger la moitié de la Calabre et le titre de comte, et l'emmena avec lui au siège de Reggio. Déjà Cosenza, Cariati et les plus fortes places de la contrée étaient tombées au pouvoir des Normands. Reggio subit le même sort, et dans l'enthousiasme de la victoire, les soldats confirmèrent à Robert Guiscard le titre de duc qu'il avait pris hardiment.

Celui-ci s'était hâté de faire hommage à Nicolas II. Cependant la prise de Troja qu'il enleva aux Grecs réveilla la défiance du pontife qui prétendit que cette ville lui appartenait. Robert excommunié se garda de recourir aux armes et fit comprendre au pape qu'ils étaient unis par une communauté d'intérêts. Un synode de cent évêques s'assembla à Melfi sous la présidence de Nicolas : Robert y fut absous et reconnu en qualité de duc d'Apulie par la grâce de Dieu et de Saint-Pierre, futur duc des deux Calabres et de la Sicile, à condition de payer au Saint-Siège, comme vassal, un tribut annuel de douze deniers par chaque paire de bœufs (1059). A cette époque Richard, comte d'Averse, achevait de dépouiller Pandolphe VI, dernier prince lombard de Capoue. Nicolas II confirma cette conquête (1062).

En vertu de la donation pontificale, Robert et Roger forment le dessein de conquérir la Sicile ; Roger part le premier, reconnaît rite avec cent soixante chevaliers, et ramène l'émir Ben-Temnath qui s'offre pour servir de guide aux Normands. Il rassemble des troupes, demande à Robert la permission de combattre seul, force Messine en vue de la flotte arabe, refoule les ennemis de Messine à Caltasibetta. Dans une troisième campagne, il se saisit de la forteresse importante de Trahina et revient en Calabre épouser la fille du comte de Mortain. Mais deux événements retardent ses succès : son allié Ben- Temnath est tué et son frère Robert Guiscard cherche à lui enlever sa part de la Calabre. Roger épargne généreusement les jours de son frère qui s'était fait prendre à Gerace, se réconcilie avec lui et retourne en Sicile où il trouve les affaires presque désespérées.

La garnison normande était resserrée dans Trahina par les Grecs et les Sarrasins réunis. Roger déjà vieux racontait avec plaisir que, durant le cours de ce siège, il n'avait qu'un manteau pour lui et pour sa femme, que la jeune comtesse de Sicile, fille d'un grand vassal de Normandie, préparait elle-même la nourriture de son mari et de ses compagnons ; que son cheval ayant été tué dans une sortie, il recula le visage vers l'ennemi portant la selle sur son dos pour ne pas laisser un trophée aux mains des Infidèles. Mais Trahina fut délivrée : cinquante mille ennemis furent dispersés à la bataille de Céramio, et Roger, reconnaissant de l'intercession miraculeuse de Saint-Georges, réserva pour le successeur de Saint-Pierre les étendards arabes et quatre chameaux. Pendant qu'il allait secourir Robert devant Bari, son neveu Serlon périt dans une embuscade et les Sarrasins mangèrent le cœur de l'intrépide Normand pour se communiquer son courage. Les deux frères réunis le vengèrent. Soutenus par les galères de Pise, ils s'emparèrent de Catane et vinrent mettre le siège devant Palerme, le centre de la domination musulmane. La ville résista cinq mois et céda enfin à une capitulation honorable (1074). Les Sarrasins conservèrent le libre exercice de leur religion et la jouissance de leurs propriétés. Robert ne se réserva que Palerme et Messine. Roger eut le reste avec le titre de grand comte. En peu d'années, il réduisit Trapani, Mazara, Girgenti, Syracuse, et en 1090 il enleva encore aux Arabes le rocher de Malte si important par sa position.

Avant que la conquête de la Sicile eut séparé les destinées comme les états des deux frères, Guiscard s'était agrandi aux dépens des Grecs et des Lombards. Il commença par répudier Albereda la compagne de sou humble fortune pour épouser une étrangère Sichelgaite, sœur de Gisulfe II, prince de Salerne. Puis tournant ses armes contre les villes maritimes de l'Adriatique, il s'empara de Vesti, et vint avec toutes ses forces attaquer Bari. Le siège ou le blocus de cette ville dura près de quatre ans. Guiscard donna l'exemple de la patience et du courage. Il logeait dans une mauvaise baraque formée de branches sèches et couverte de paille, poste dangereux exposé de tontes parts aux rigueurs de l'hiver et aux traits de l'ennemi. Il recueillit enfin le fruit de sa persévérance. Bari ouvrit ses portes au mois d'avril 1070, et ceux des Grecs qui voulurent émigrer eurent la faculté de se retirer à Constantinople. Bientôt les Amalfitains offrirent au duc d'Apulie le patronage de leur ville contre le prince de Salerne. L'offre était séduisante et le protecteur trop puissant pour être désintéressé. Amalfi renfermait alors cinquante mille habitants. Son commerce s'étendait jusqu'aux rivages de l'Afrique, de l'Arabie et de l'Inde[5] ; on y voyait en profusion l'or, l'argent, les perles, les épices, les soieries précieuses de l'Orient. Guiscard éleva à Amalfi quatre châteaux où il mit garnison, et traînant après lui les milices et la flotte de sa tremblante alliée, pressa vigoureusement le siège de Salerne. Sans cet appui, il eut peut-être échoué : les Normands étaient inhabiles à l'attaque des places et les Lombards savaient les défendre. Lice pierre énorme lancée du haut des remparts mit en pièces une des machines, et un éclat de bois blessa Robert à la poitrine. Salerne finit par se rendre. Gisulfe dépouillé alla cacher sa honte et ses regrets au couvent du Mont-Cassin, et l'heureux Guiscard entra en triomphe dans la ville policée et savante dont il voulait faire sa nouvelle capitale (1077).

En effet, le siège de la puissance normande tendait à se déplacer au moment même où la nature du pouvoir se modifiait profondément. Le sénat militaire de Melli faisait place au duc souverain et héréditaire qui allait régner à Salerne. Robert, si peu scrupuleux à l'égard de son beau-frère, ne ménageait pas mieux les prétentions de ses anciens égaux. Il avait puni de la mort ou de l'exil les complots des fils d'Humfroi ; il avait enlevé Trani au successeur du comte Pierre. Aussi, quand après la mort de Landulphe VI, il voulut mettre la main sur Bénévent, le nouveau comte normand de Capoue se tourna contre lui. Le pape — c'était alors le fameux Grégoire VII — réclama pour le Saint-Siège la ville de Bénévent, et excommunia l'envahisseur. Le Normand s'en inquiéta peu, et quand il fut maitre de toutes les places qui constituaient l'ancien duché, il fit intervenir l'abbé Didier, apaisa facilement Grégoire VII eu lui cédant Bénévent, et imposa la paix au comte Jourdain (1078).

Sorrente avait suivi le sort de Salerne ; Otrante et Tarente ne purent résister au vainqueur de Bari (1080). L'aventurier élevé si haut par la fortune, résolut alors de saisir ou de faire naître une occasion d'envahir l'empire d'Orient : il rêvait déjà la pourpre des Césars. Une de ses filles avait été mariée en bas-tige à l'héritier de l'empereur Michel. Mais une révolution renversa la famille des Ducas pour donner le trône à Nicéphore-Botoniate, puis aux Comnènes. Robert, irrité du malheur de sa fille, accueillit avec empressement à Salerne un imposteur qui se faisait passer pour Michel-Parapinace, le montra dans toute la pompe impériale aux villes de la Pouille et de la Calabre, et obtint pour l'armement projeté le puissant appui de Grégoire VII. Mais quoique le pape, à l'entrevue de Céperano, lui eut remis l'étendard de saint Pierre, treize cents chevaliers seulement consentirent à courir les risques d'une expédition maritime. Le reste de l'armée se composait d'Italiens séduits par les promesses ou enrôlés par la force. Cent cinquante navires furent destinés à transporter les soldats, les armes, les chevaux, les munitions. La république de Raguse fournit les galères.

La flotte appareilla d'Otrante au mois de juin 1081. Bohémond, fils aîné de Guiscard, prit les devants, pour s'emparer de Corfou et s'assurer d'un hâvre à la Valona ; puis le duc d'Apulie vint mettre le siège devant Durazzo. Mais une tempête furieuse et imprévue dans cette saison assaillit ses vaisseaux et confirma la funeste réputation des monts Acrocérauniens. Les Vénitiens, alliés d'Alexis Comnène, dispersèrent ou détruisirent en deux batailles la flotte normande malgré la valeur de Bohémond. Guiscard, abandonné à lui-même, vit avec désespoir ses machines se briser contre les murs inexpugnables de Durazzo. Une maladie pestilentielle lui enleva dix mille hommes et cinq cents chevaliers. Pour sortir d'embarras il lui fallait une bataille. Alexis s'avançait avec soixante-dix mille hommes, comptant sur les flèches acérées des Turcs et sur les lourdes haches des Varangiens, Saxons proscrits qui se souvenaient d'Hastings. Robert brûla ce qui lui restait de vaisseaux et de bagages, recommanda aux siens de combattre comme si le champ de bataille était le lieu de leur naissance et de leur sépulture, et attendit intrépidement cette multitude qui s'avançait serrée et bruyante ainsi qu'une nuée de sauterelles. Au premier choc des Varangiens, les Lombards et les Calabrois prirent la fuite ; mais la retraite était coupée et Guiscard parvint à les rallier. Si l'on en croit Aune Comnène, Sichelgaite combattit vaillamment à côté de son époux. Les huit cents chevaliers qui formaient le corps de bataille réussirent à tourner les Varangiens, et les lances normandes triomphèrent encore une fois des haches saxonnes. Les Turcs se sauvèrent en désordre, et Alexis lui-même, après avoir payé de sa personne, fut heureux d'échapper à l'avidité des vainqueurs.

Durazzo cependant aurait résisté longtemps encore sans la trahison d'un Vénitien qui livra la ville (1082). Guiscard pénétra alors dans l'intérieur du pays, surprit trois cents Varangiens à Castoria, s'approcha de Thessalonique et fit trembler Constantinople. Mais les nouvelles qu'il reçut de la Pouille le rappelèrent en toute hâte. Les villes et les comtés se révoltaient ; l'empereur Henri IV assiégeait Rome et Grégoire réclamait les secours de son vassal[6]. Robert, avec la confiance du génie, pensa que sa présence suffirait à la sûreté de ses états. Il s'embarqua seul sur un bâtiment léger, confiant l'armée d'Epire à son fils Bohémond.

Alexis Comnène avait payé la diversion de Henri IV par des présents magnifiques, et d'ailleurs, le roi germain détestait les Normands, alliés fidèles de son inflexible ennemi. Guiscard, occupé à réprimer les révoltes et à lever des troupes, ne put d'abord envoyer au pape que des renforts insuffisants. Henri, après deux tentatives infructueuses sur Rome, sema à pleines mains l'or byzantin. On lui ouvrit les portes, on lui donna cinquante otages, et il se fit sacrer empereur au Vatican par son antipape Clément III (1083). Le neveu de Grégoire défendait encore les ruines du Septizonium, et le pape lui-même, étroitement bloqué dans le château de Crescence (château Saint-Ange), avait tout à craindre d'un vainqueur irrité.

Dans ce pressant danger, Guiscard leva le siège d'Aversa, différa de punir la défection du comte Jourdain et s'avança vers Rome à la tête de trente mille fantassins et de six mille cavaliers : c'était la plus nombreuse armée qu'il eut jamais commandée. Son frère Roger lui avait envoyé de Sicile une troupe de Sarrasins, et les sectateurs de Mahomet marchaient sous les drapeaux de Saint-Pierre à la délivrance du père des chrétiens. Henri qui avait assisté à soixante batailles, trembla au seul nom de Guiscard ; il partit trois jours avant l'arrivée des Normands, et Robert n'eut qu'à paraître pour triompher (mai 1084). Les partisans du pape lui livrèrent la porte Saint-Laurent, et Grégoire VII sortant du château de Crescence fut rétabli au palais de Latran. Mais la faction impériale anime les Romains contre ces insolents étrangers. Bientôt éclate une sédition furieuse. Robert, sur le point d'être surpris à table, s'arme et donne le signal de l'incendie. Aussitôt les torches brillent dans les mains des Sarrasins, des Normands, des Calabrois. Le feu s'étend rapidement, éclairant le massacre, le pillage, le sacrilège. Un quartier spacieux est consumé par les flammes, et de nos jours c'est encore un désert.

Après cette extrémité, Guiscard comprit qu'il ne pouvait rester à Rome, et par prudence il emmena Grégoire VII avec lui, d'abord à Bénévent, puis à Salerne. Opiniâtre et infatigable, il reprit ses desseins contre l'empire grec, et dès le mois d'octobre s'embarqua à Brindes, fier du suffrage du pape qui lui promettait le titre de roi[7]. Pendant son absence, son fils Bohémond, après deux brillantes victoires, avait échoué au siège de Larisse ; plusieurs comtes normands s'étaient enrôlés au service d'Alexis, et Bohémond affaibli par cette désertion était revenu en Italie. Robert réussit à tromper la flotte grecque et vénitienne, fit débarquer toutes ses troupes sur les côtes d'Epire, et à la tête de vingt galères alla chercher les ennemis, accompagné de ses deux fils et de son frère Roger. Deux défaites ne découragèrent pas le duc d'Apulie. A soixante-cinq ans, il conservait tout le feu de la jeunesse et se souvenait qu'il descendait de ces audacieux rois de mer qui souriaient de mépris aux orages de la Méditerranée. Dans une troisième action, Guiscard détruisit les vaisseaux vénitiens, forteresses mouvantes qu'il fallait assiéger tour à tour. Ce succès lui donna l'idée de changer son plan et d'aller à Constantinople, par la Grèce et les lies de l'Archipel. Mais la mort le surprit à Céphalonie[8] (17 juillet 1085). Une maladie épidémique frappa dans sa tente celui que tant de combats avaient respecté : l'armée victorieuse se dispersa en désordre, et l'empire grec se vit sauvé par la mort d'un homme. Toutefois, la domination qu'il avait établie dans l'Italie méridionale devait s'accroitre et se consolider après lui.

 

 

 



[1] Le poisson était presque l'unique nourriture des habitants de toutes les classes. Le sel que la mer leur fournissait en abondance était leur unique richesse et avait cours, au lieu d'or et d'argent, dans tous les marchés des environs. CASSIODORE, Variar, lib. XII, ep. 24. Le commentateur Maffei place cette lettre à l'année 523.

[2] DANDOLO, chronic. ap. MURATORI, Scriptor., tom. XII.

[3] Guill. apul., ap. MURATORI, script. rer. ital., tome V.

[4] Contrairement au témoignage formel de Geoffroi de Malaterra, historien contemporain, la plupart des modernes nomment cette ville Civitella, ce qui la placerait dans les Abruzzes. Il s'agit évidemment de Civitata (Civita), non loin de Lucera en Capitanate.

[5] Guill. apul., ap. MURATORI, script. rer. ital., tome V.

[6] Voyez pour la Querelle des Investitures, le second volume, chap. XXXIX.

[7] Anne Comnène (lib. I, p. 32) le dit positivement. Guillaume PApulien en parle comme d'un bruit public. Mais les textes manquent pour décider s'il s'agissait de l'empire de Romanie ou de l'empire romain d'Allemagne.

[8] La galère qui portait les restes de Guiscard fit naufrage sur le rivage de l'Italie ; mais on retira le corps, qui fut déposé dans les caveaux de Venosa. On voit encore dans cette ville le tombeau du héros normand avec cette épitaphe :

Hic terror mundi Guiscardus, hic expulit urbe

Quem Ligures regem, Roma, Alemannus habet.

Parthtus, Arabi, Macedumque phalaax non texit Alexia,

At fuga ; sed Venetum nec fuga nec pelagus.