Fondation de Venise. —
Ses accroissements. — Anafesto, premier doge. — Indépendance de la
république. — Guerre contre les pirates illyriens. — Conquête de la Dalmatie.
— Commencement de Gênes et de Pise. — Alliance des deux états contre les
Sarrasins. — Conquête de la Sardaigne. — Rivalité des deux républiques.
Situation de l'Italie méridionale an commencement dis onzième siècle. —
Premiers aventuriers normands. — Prise d'Aversa. — Arrivée des fils de
Tancrède. — Expédition de Sicile. — Conquête et partage de la Pouille. —
Caractère des Normands. — Bataille de Civita. — Ses suites. — Robert
Guiscard. — Roger. — Concile de — Conquête de la Sicile. — Prise des villes
maritimes. — Première guerre contre l'Empire grec. — Siège et bataille de
Durazzo. — Guiscard délivre Grégoire VII. — Seconde guerre contre les Grecs.
— Mort de Guiscard.
L'histoire
des républiques maritimes de l'Italie, pendant la période qui nous occupe,
offre peu de faits importants, et la puissance de Venise, de Gènes, de Pise,
ne date réellement que de l'époque où les conquêtes des Normands font
disparaître les républiques commerçantes d'Amalfi, de Sorrente, de Gaète et
de Naples. Il n'est pas cependant sans intérêt d'indiquer les commencements
des cités maritimes, et les institutions auxquelles elles durent le
développement de leur grandeur et de leur richesse. VENISE. — Les terres charriées par les
torrents des Alpes et par les branches du Pô, avaient formé à la longue une
multitude d'îles en face de Padoue. Quelques habitants de la Vénétie effrayés
par l'invasion d'Alarie, cherchèrent un asile à Rialto, la plus haute de ces
lies, et y fondèrent une ville, agrandie par des fugitifs d'Aquilée et de
Padoue, qui voulaient se soustraire à la domination d'Attila (421-452). Les mœurs de ce peuple prirent
peu à peu une forme régulière, et l'on peut considérer comme le plus ancien
monument de la république vénitienne, la lettre où Cassiodore, ministre du
grand Théodoric, décrit la situation de ces insulaires et les services que
son maître attend de leur marine[1]. Depuis Grado jusqu'à Chiozza,
les premiers Vénitiens, unis par les liens d'une alliance étroite,
pénétraient dans le cœur de l'Italie par la navigation des canaux et des
rivières ; leurs vaisseaux, dont ils augmentaient continuellement le nombre
et la grandeur, visitaient tous les ports du golfe, et l'on voit par la
lettre de Cassiodore, qu'on avait déjà besoin de leur secours pour
transporter les provisions de vin et d'huile, de la province d'Istrie dans la
ville de Ravenne. Ce document établit donc la dépendance de la république
naissante à l'égard des rois gotha de l'Italie, ainsi que l'existence de
tribuns maritimes, qui selon la tradition étaient au nombre de douze, et
étaient élus tous les ans par le peuple dans les douze fies principales. La
confédération prit de nouveaux accroissements, lorsque les Lombards se furent
emparés de Padoue. Les cabanes de pêcheurs se changèrent en maisons commodes,
et dans le septième siècle, les iles des lagunes offraient déjà l'aspect
d'une ville florissante. C'est aussi l'époque de l'établissement réel de la
nationalité vénitienne. En 697, les douze tribuns abdiquèrent l'autorité
entre les mains d'un chef unique élu sous le nom de duc ou doge, dans une
assemblée générale tenue à Héraclée. A lui seul appartint le droit de
convoquer le peuple, de nommer les tribuns et les officiers civils ou
militaires, d'investir les évêques, de décider la paix et la guerre. Ces
princes, dont le gouvernement était monarchique et l'autorité viagère, eurent
soin de se placer sous la suprématie lointaine et nominale des Césars
d'Orient. Ils sollicitèrent ou acceptèrent avec déférence les titres de Consuls,
de Protospathaires, de Protosébastes, et ne s'avouèrent sujets
de l'empire que pour mieux assurer leur liberté. Paoluccio
Anafesto, revêtu le premier de la dignité de doge, fut couronné par le
patriarche de Grado. Il réprima les pirateries des Slaves de Narenta,
fit alliance avec les Lombards, et obtint la possession de la côte entre les
deux Piaves. Après sa mort (717), Venise intervint dans les révolutions de l'Italie, et soutint
l'exarque Eutychius contre Luitprand. Malgré les variations de son
gouvernement intérieur, elle fut en état de résister aux armes de
Charlemagne, dont le fils Pépin échoua dans l’attaque des lagunes, trop
profondes pour sa cavalerie et trop peu pour ses lourds vaisseaux.
Charlemagne abandonna toute prétention de souveraineté sur les lies de la mer
Adriatique. Louis-le-Débonnaire ne donna pas suite à ses réclamations (827), et en 891 le roi Guy confirma
les privilèges dont les Vénitiens étaient depuis longtemps en possession. Cependant
le commerce de Venise ne pouvait se développer que par la destruction des
pirates narentins, qui possédaient trois zoupanies en Illyrie, avec les
principales lies de l'Adriatique. Sous le dogat de Pierre Candiano II,
l'enlèvement des fiancées vénitiennes devint le signal d'une guerre acharnée,
à la suite de laquelle les villes de Narenta et do Capo d'Istria furent
soumises à un tribut (959). Urseolo II donna à la puissance de sa patrie un essor
considérable. Vers 992, il obtint pour elle des empereurs byzantins, une
entière liberté et immunité de commerce dans tous les ports de l'empire grec.
Les traités qu'il conclut avec l'empereur Othon Ill et les khalifes d'Egypte,
ne furent pas moins avantageux[2]. Sous son règne, la guerre
d'Illyrie fut reprise. Les villes de Zara, Trieste, Pola, Trau, Spalatro,
Raguse, menacées sans cesse par les rois croates et dalmates, demandèrent à
Venise la protection que la cour de Constantinople ne pouvait plus leur accorder.
Urseolo leur donna des podestats vénitiens et prit le titre de duc de
Dalmatie (997). La Croatie ayant passé vers la
fin du onzième siècle au pouvoir des rois de Hongrie, ces mêmes villes
devinrent un sujet perpétuel de discordes entre Venise et les princes
hongrois. La
possession des îles et des cités illyriennes, en assurant la domination de
Venise dans l'Adriatique, affermit également son indépendance. Lorsque les
Vénitiens armèrent contre les Normands, en faveur d'Alexis Comnène,
l'empereur ne réclama point leur secours comme un devoir de soumission, mais
comme un bienfait de la part d'alliés fidèles et reconnaissants. Toutefois,
des divisions intestines et la rivalité des Morosini et des Caloprini
retardèrent pendant un siècle les progrès de la république, jusqu'au moment
où les croisades lui ouvrirent une nouvelle ère de prospérité. GÈNES ET PISE. — Si le commerce de l'Orient était alors
considéré comme le patrimoine exclusif de Venise, la partie occidentale de la
Méditerranée semblait le domaine de Gènes et de Pise. A la faveur de
l'anarchie qui suivit la déposition de Charles-le-Gros, ces deux villes
avaient proclamé leur indépendance. Gènes se donna des consuls, un sénat, une
assemblée du peuple et des institutions municipales, qui ne reçurent des
modifications qu'en 1122. Constamment en guerre avec les Sarrasins qui
avalent repris la Corse, les Génois virent leur cité pillée et détruite par
les infidèles (936).
Mais Ils réparèrent promptement cet échec, et en 958 le roi d'Italie,
Bérenger II, reconnut par une charte les droits de la commune génoise. Ce fut
aussi dans le dixième siècle, que les Pisans se soumirent à un gouvernement
analogue à celui de Gènes. En 1005, les Sarrasins vinrent saccager Pise,
dépourvue de ses défenseurs, et la ville aurait éprouvé un désastre complet
sans la vigilance d'une femme qui sonna la cloche d'alarme. La communauté dit
danger réunit les deux républiques maritimes, et les papes qui prétendaient à
la suzeraineté de la Corse et de la Sardaigne, en verni des donations des
empereurs carlovingiens, encouragèrent une alliance favorable d'ailleurs aux
intérêts de la Chrétienté. Sous la médiation de Benoît VIII (1017), les vaisseaux génois se
joignirent aux vaisseaux pisans, pour attaquer d'abord la Sardaigne qui
servait de rendez-vous aux pirates espagnols. Mougheit, roi de Denia et de
Majorque, fut battit dans deux expéditions successives. La victoire de
Cagliari décida la querelle eh faveur des confédérés (1050), et les Maures évacuèrent Ille
pour n'y plus revenir. Mais les alliés ne tardèrent pas à se disputer la
possession de leurs conquêtes. Interprétant en leur faveur un traité qu'il
n'avait stipulé aucun partage régulier, les Génois s'établirent dans les
ports de la Sardaigne, et réclamèrent la propriété exclusive de la Corse qui
pour eux était un gage de sûreté. Soutenus par les Indigènes, les Pisans
reprirent la Corse, et Gènes en représailles envoya douze galères insulter
Pise ; mais cette témérité lui réussit mal et tes vaisseaux furent coulés à
fond. Le mouvement des croisades et les sages décisions des papes suspendirent
pour quelque temps la rivalité des deux républiques, rivalité qui devait se
réveiller avec plus de force et se terminer par la ruine de la puissance
pisane. NORMANDS D'ITALIE. — Au commencement du onzième siècle, les pays compris sous la
dénomination générale d'Apulie — Capitanate, Pouille, terre de Bari —,
formaient, avec la terre d'Otrante et la Calabre, la nouvelle province ou
Thème de Lombardie. Les Césars byzantins avaient ressaisi une souveraineté
nominale sur ces contrées qu'ils faisaient gouverner par un catapan ; ils
percevaient des tributs, frappaient monnaie, réglaient par des chartes les
droits et les privilèges des citoyens, fondaient ou agrandissaient des
villes. Toutefois leur pouvoir lointain et faible était hors d'état d'exercer
sur l'Apulie une action fixe et régulière. D'autre part, les empereurs
allemands, comme successeurs de Charlemagne, élevaient des prétentions sur
les possessions grecques d'Italie, et réclamaient l'hommage féodal des princes
lombards. En effet, de l'autre côté des Apennins, le grand-duché de Bénévent
avait conservé son indépendance, mais avait perdu son unité par le
démembrement des principautés souveraines de Capoue et de Salerne ; les
villes maritimes, telles que Naples, Gaète, Amalfi, Sorrente s'étaient
érigées en républiques ; enfin les Sarrasins aglabites étaient maîtres de la
Sicile. De Palerme ou de Malte, leurs vaisseaux s'élançaient sur les deux
mers qui baignent l'Italie. Pise et Salerne, aussi bien que Tarente et Bad,
avaient appris à redouter leurs brigandages. Dans
cet état de morcellement et d'anarchie, l'Italie méridionale était une proie
facile à saisir. Les conquérants ne se firent pas attendre. C'était l'époque
des nombreux pèlerinages à la Terre-Sainte, et les pieux voyageurs
rapportaient de Jérusalem une haine profonde contre les Sarrasins qui
vendaient au prix de mille outrages la permission d'adorer le tombeau du
Christ. Un jour de l'année 1006, des galères d'Amalfi ramenèrent à Salerne
quarante chevaliers normands qui revenaient de Palestine. Le camp des pirates
sarrasins était dressé sur la plage, et déjà les Infidèles se partageaient
avec des cris de joie la rançon de la ville, lorsque les intrépides étrangers
se mettant à la tête des milices de Salerne, tombent sur les mécréants avec
tant de fureur, qu'ils les obligent à se rembarquer précipitamment. Après
s'être signalés par ce trait d'audace, les Normands, comblés de présents par
le duc Guaimar, allèrent montrer à leurs compatriotes les belles étoffes et
les fruits savoureux de l'Italie. Beaucoup d'aventuriers partirent sous
l'habit de pèlerins. Comme ils visitaient la caverne miraculeuse du mont
Sant-Angelo, un Grec de Bari, appelé Mélo, proscrit de sa patrie, se présenta
à eux et les entraîna par ses promesses. Trois chefs normands Drengot, Osmond
et Rainulf se mirent à sa solde (1016). Mélo fournit des armes et des chevaux aux plus,
pauvres, et avec eux battit trois fois les Grecs. Mais vaincu à Cannes,
malgré leur valeur (1019), il partit pour l'Allemagne afin d'y solliciter les secours de
l'empereur Henri II, et céda ses mercenaires aux princes de Salerne et de
Capoue. L'empereur arriva bientôt avec une armée, acheta les services des
Normands et vint mettre le siège devant Troja, que le protospathaire Basile
avait agrandie et fortifiée avec soin. Pendant le siège il reçut l'hommage
des ducs de Capoue, de Salerne et de Naples, puis emporta Troja d'assaut, et
il aurait poussé plus loin ses succès, si une maladie contagieuse ne l'avait
forcé de remonter vers le Nord (1022). Abandonnés à eux-mêmes, les Normands sentirent
qu'il leur fallait un point d'appui et an besoin un asile. Ils quittèrent la
Pouille, se saisirent d'Aversa à huit milles de Naples et s'y établirent.
Pandolphe IV, prince de Capoue, s'étant emparé de Naples par surprise,
Sergius, chef de cette république, s'adressa aux Normands, et avec leur aide
reprit sa ville. En récompense, il confirma à Rainulf la possession d'Aversa
et de son fertile territoire. Conrad-le-Salique, successeur de Henri II,
donna même au chef normand l'investiture impériale avec le titre de comte (1028). Cette
forteresse d'Aversa devint le rendez-vous de tous ceux qui en Normandie
voulaient gagner quelque chose. La nouvelle colonie s'accrut aussi des
habitants de la province, qui avaient à craindre la sévérité des lois. Peu
scrupuleux à cet égard, les Normands accueillaient ces bandits, et les
traitaient en frères[3]. Attirés par la cupidité et
l'ambition, Guillaume, Drogon et Humfroi, fils de Tancrède, seigneur de
Hauteville près de Coutances, arrivèrent en Italie dans l'année 1037. Ils
étaient les cinés de douze enfants, auxquels ne pouvait suffire leur faible
part de l'héritage paternel. Après avoir prouvé leur valeur en soutenant le
prince de Salerne contre Amalfi, ils s'enrôlèrent sous les drapeaux du
catapan Maniacès, et s'embarquèrent, au nombre de cinq cents chevaliers, pour
aller combattre les Sarrasins de la Sicile. Cette île
se trouvait alors dans une complète anarchie. L'émir arabe refusait de
reconnaître l'autorité du roi de Tunis. Le peuple se soulevait contre l'émir
; chaque chef s'érigeait en souverain dans son château. Cependant,
quand les Grecs et les Normands parurent, le calme sembla rétabli et les
archers arabes essayèrent de s'opposer à la descente. Ils furent repoussés.
Messine prise d'assaut, l'émir de Syracuse tué dans une seconde action de la
main même de Guillaume, soixante mille Sarrasins mis en déroute, prouvèrent
assez à Maniacès ce que pouvaient faire de pareils auxiliaires. Il avait déjà
soumis treize cités et la plus grande partie de la Sicile ; mais il se priva
d'une gloire désormais facile, en frustrant les Normands de leur part de
butin. On méprisa leurs plaintes, on fustigea leur interprète, et ils furent
forcés de dissimuler leur colère, jusqu'au moment où des barques rassemblées
pendant la nuit les eurent transportés sur le rivage de la Calabre. Aussitôt
les trois fils de Tancrède font alliance avec Pandolphe III, prince de
Bénévent, et le comte d'Aversa, leur compatriote. Sept cents cavaliers, cinq
cents fantassins envahissent la Pouille, se saisissent de Mein, qui devient
leur place d'armes, et vont camper à Cannes devant l'innombrable armée du
patrice Dokean, qui avait succédé au rebelle Maniacès. Un héraut leur offre
de choisir entre le combat ou la retraite ; « le combat »,
s'écrient-ils d'une voix unanime, et un de leurs plus robustes guerriers tue
d'un coup de poing le cheval de l'envoyé grec. Les Byzantins défaits dans
deux batailles n'osent plus tenir la campagne. Aidés par les intelligences
qu'Argyre, fils de Mélo, a conservées dans le pays, les Normands marchent de
succès en succès. En moins de trois ans ils ont conquis la Pouille, et
Constantin Monomaque ne sauve de ce naufrage que les quatre places maritimes
de Bari, Otrante, Brindes et Tarente (1040-1043). Les
vainqueurs se partagèrent alors la province. Douze d'entr'eux furent élus
comtes, et durent régler les contributions et les hommages des districts qui
leur échurent par le sort. Guillaume, fils de Tancrède, que ses exploits
avaient fait surnommer Bras-de-Fer, eut Ascoli, sou frère Drogon,
Venosti ; les dix autres lots étaient Lavello, Trani, Monopoli, Civitata,
Cannes, Montepiloso, Frigento, Acerenza, Minervino, et enfin Siponto qui
récompensa les services du comte d'Aversa, Rainulf. Guillaume Bras-de-Fer eut
de plus, avec le titre de comte d'Apulie, la présidence de cette république
aristocratique. Melfi resta en commun comme le siège du gouvernement. Chacun
des douze comtes y occupa une maison et un quartier séparés. Ainsi, selon
leur coutume, les Normands à peine maîtres du pays le partagent et
l'organisent. « Ils sont astucieux et vindicatifs, dit leur historien
Malaterra ; l'éloquence et la dissimulation semblent héréditaires en eux. Ils
savent s'abaisser à la flatterie, mais si la loi ne les tient pas sous le
joug, ils se livrent à tous les excès. Avides de richesses et de domination,
ils méprisent tout ce qu'ils possèdent et espèrent tout ce qu'ils désirent.
Les armes et les chevaux, le luxe des habits, la chasse, la fauconnerie font
leurs délices : mais dans les occasions pressantes ils supportent avec une
patience incroyable les rigueurs de tous les climats et les privations d'une
vie militaire. » Avec un pareil caractère les Normands inspiraient
autant de défiance que de frayeur. Eux-mêmes méprisaient un peuple qui se laissait
opprimer. Dès qu'ils désiraient un cheval, une femme, un jardin, ils ne
manquaient pas de s'en emparer : les chefs donnaient l'exemple. Tant que
vécut Guillaume, il chercha et parvint à réprimer les violences de ses égaux.
Drogon, son successeur et son frère, n'hérita que de sa valeur. Moins
par bienfaisance que par politique, la cour de Constantinople entreprit de
délivrer l'Italie de cette calamité permanente. Argyre, d'abord l'ennemi des
Grecs, se laissa gagner, fut nommé catapan et investi des pouvoirs les plus
étendus. Il vint proposer aux Normands d'abandonner la Pouille et d'aller
conquérir sur les Seldjoucides de la Perse, une province et du butin. Ceux-ci
ayant repoussé cette offre dérisoire, Argyre leur chercha des ennemis ; au
nom de Constantin Monomaque, il conclut une alliance avec le pape Léon IX,
surnommé le Saint, et par lui obtint l'adhésion de l'empereur Henri III, qui
avait d'abord accordé à Guillaume l'investiture de l'Apulie. Pendant que le
pontife recrutait des soldats en Allemagne, le brave Drogon périt assassiné dans
une église, par un Apulien dont Argyre avait armé le bras (1051). Le même jour, une foule de
Normands furent égorgés en divers lieux. Humfroi, élu comte à la place de son
frère, le vengea par le supplice des meurtriers, et contraignit Argyre à se
cacher derrière les murs de Bari. Bientôt il vit arriver les mercenaires
songea et lorrains que ramenait Léon IX avec une bande d'Italiens licencieux
et turbulents. Réduits à leurs seules forces, affamés par la défection des
indigènes, les Normands ne purent mettre en campagne que trois mille
cavaliers et un petit nombre de fantassins. Avant de combattre, ils
fléchirent le genou moins par crainte que par respect ; les Allemands
traitaient leur hésitation de lâcheté, en raillant la petitesse de leur
taille ; mais ces hommes si méprisés, qui n'avaient pas mangé depuis deux
jours, se comportèrent vaillamment. Les Italiens furent mis en déroute au
premier choc. Humfroi, qui menait l'aile droite, éprouva plus de résistance.
Les Allemands à pied, armés de leurs grandes épées à deux mains, se firent
tuer sans demander merci. Le pape, fugitif et repoussé par les habitants de
Civitata, fut pris. Ses pieux vainqueurs tombèrent à ses pieds, en lui
demandant l'absolution, et le laissèrent sur sa parole à Bénévent. Là, il se
repentit du sang versé, accepta l'hommage que les Normands lui offraient et
leur donna même l'investiture de ce qu'ils avaient conquis ou pourraient
conquérir encore en Calabre, ou au-delà du Phare (1053). C'est le premier acte de
suzeraineté du Saint-Siège sur le royaume des Deux-Siciles. A cette
bataille de Civitata[4] dont les résultats furent si
importants, un homme avait obtenu le prix de la valeur. C'était Robert, rainé
des sept fils issus du second mariage de Tancrède de Hauteville, celui qui
devait être le fondateur réel de l'empire normand en Italie ; il réunissait
les qualités qui font le grand capitaine et l'homme d'état : brave,
ambitieux, dissimulé, il excellait dans tous les exercices du corps et dans
toutes les combinaisons de la politique. Aussi ses compatriotes, frappés de
la supériorité de son esprit, l'avaient surnommé Guiscard, le Prudent,
l'Avisé. Anne Comnène nous fait un portrait terrible de ce formidable ennemi
des Grecs : « Une peau rousse, des cheveux blonds, de larges épaules, des
yeux de feu, une voix pareille à celle de l'Achille d'Homère, un cri qui
mettait en fuite des myriades d'ennemis ; il ne pouvait souffrir la
domination d'un autre et était parti de Normandie avec cinq cavaliers et
trente fantassins. Arrivé en Lombardie, il se cache dans les antres et les
montagnes, et, commençant sa vie guerrière par des meurtres et des rapines,
fournit sa troupe d'armes, de chevaux et d'argent. » Il parait en Apulie
en 1046 ; mais toutes les parts étant faites, Drogon lui confie la garde du château
de Saint-Marc. Robert y reste quelques années pillant les environs et
adjoignant à ses compagnons les robustes paysans de la Calabre. Puis il se
brouille avec Humfroi, tire contre lui l'épée au milieu d'un festin et sort
de prison pour être élevé sur le bouclier (1057). En
proclamant Robert comte d'Apulie au détriment des fils d'Humfroi, les
Normands usèrent pour la dernière fois du droit d'élection. Le nouveau chef,
qui aspirait à se mettre hors de pair, fut arrêté d'abord par la rivalité de
son frère Roger, dont la valeur et la beauté captivaient l'affection des
soldats. Il l'envoya conquérir la Calabre, mais le laissa sans secours.
L'ambitieux jeune homme revint en Pouille avec quarante aventuriers aussi
pauvres que lui et se mit à dérober des chevaux, à piller les marchands de
Melfi. Robert eut honte de sa jalousie : il donna à Roger la moitié de la
Calabre et le titre de comte, et l'emmena avec lui au siège de Reggio. Déjà
Cosenza, Cariati et les plus fortes places de la contrée étaient tombées au
pouvoir des Normands. Reggio subit le même sort, et dans l'enthousiasme de la
victoire, les soldats confirmèrent à Robert Guiscard le titre de duc qu'il
avait pris hardiment. Celui-ci
s'était hâté de faire hommage à Nicolas II. Cependant la prise de Troja qu'il
enleva aux Grecs réveilla la défiance du pontife qui prétendit que cette
ville lui appartenait. Robert excommunié se garda de recourir aux armes et
fit comprendre au pape qu'ils étaient unis par une communauté d'intérêts. Un
synode de cent évêques s'assembla à Melfi sous la présidence de Nicolas :
Robert y fut absous et reconnu en qualité de duc d'Apulie par la grâce de
Dieu et de Saint-Pierre, futur duc des deux Calabres et de la Sicile, à
condition de payer au Saint-Siège, comme vassal, un tribut annuel de douze
deniers par chaque paire de bœufs (1059). A cette époque Richard, comte d'Averse, achevait
de dépouiller Pandolphe VI, dernier prince lombard de Capoue. Nicolas II
confirma cette conquête (1062). En
vertu de la donation pontificale, Robert et Roger forment le dessein de
conquérir la Sicile ; Roger part le premier, reconnaît rite avec cent
soixante chevaliers, et ramène l'émir Ben-Temnath qui s'offre pour servir de
guide aux Normands. Il rassemble des troupes, demande à Robert la permission
de combattre seul, force Messine en vue de la flotte arabe, refoule les
ennemis de Messine à Caltasibetta. Dans une troisième campagne, il se saisit
de la forteresse importante de Trahina et revient en Calabre épouser la fille
du comte de Mortain. Mais deux événements retardent ses succès : son allié
Ben- Temnath est tué et son frère Robert Guiscard cherche à lui enlever sa
part de la Calabre. Roger épargne généreusement les jours de son frère qui
s'était fait prendre à Gerace, se réconcilie avec lui et retourne en Sicile
où il trouve les affaires presque désespérées. La
garnison normande était resserrée dans Trahina par les Grecs et les Sarrasins
réunis. Roger déjà vieux racontait avec plaisir que, durant le cours de ce siège,
il n'avait qu'un manteau pour lui et pour sa femme, que la jeune comtesse de
Sicile, fille d'un grand vassal de Normandie, préparait elle-même la
nourriture de son mari et de ses compagnons ; que son cheval ayant été tué
dans une sortie, il recula le visage vers l'ennemi portant la selle sur son
dos pour ne pas laisser un trophée aux mains des Infidèles. Mais Trahina fut
délivrée : cinquante mille ennemis furent dispersés à la bataille de Céramio,
et Roger, reconnaissant de l'intercession miraculeuse de Saint-Georges,
réserva pour le successeur de Saint-Pierre les étendards arabes et quatre
chameaux. Pendant qu'il allait secourir Robert devant Bari, son neveu Serlon
périt dans une embuscade et les Sarrasins mangèrent le cœur de l'intrépide
Normand pour se communiquer son courage. Les deux frères réunis le vengèrent.
Soutenus par les galères de Pise, ils s'emparèrent de Catane et vinrent
mettre le siège devant Palerme, le centre de la domination musulmane. La
ville résista cinq mois et céda enfin à une capitulation honorable (1074). Les Sarrasins conservèrent le
libre exercice de leur religion et la jouissance de leurs propriétés. Robert
ne se réserva que Palerme et Messine. Roger eut le reste avec le titre de
grand comte. En peu d'années, il réduisit Trapani, Mazara, Girgenti, Syracuse,
et en 1090 il enleva encore aux Arabes le rocher de Malte si important par sa
position. Avant
que la conquête de la Sicile eut séparé les destinées comme les états des
deux frères, Guiscard s'était agrandi aux dépens des Grecs et des Lombards.
Il commença par répudier Albereda la compagne de sou humble fortune pour
épouser une étrangère Sichelgaite, sœur de Gisulfe II, prince de Salerne.
Puis tournant ses armes contre les villes maritimes de l'Adriatique, il
s'empara de Vesti, et vint avec toutes ses forces attaquer Bari. Le siège ou
le blocus de cette ville dura près de quatre ans. Guiscard donna l'exemple de
la patience et du courage. Il logeait dans une mauvaise baraque formée de
branches sèches et couverte de paille, poste dangereux exposé de tontes parts
aux rigueurs de l'hiver et aux traits de l'ennemi. Il recueillit enfin le
fruit de sa persévérance. Bari ouvrit ses portes au mois d'avril 1070, et
ceux des Grecs qui voulurent émigrer eurent la faculté de se retirer à
Constantinople. Bientôt les Amalfitains offrirent au duc d'Apulie le
patronage de leur ville contre le prince de Salerne. L'offre était séduisante
et le protecteur trop puissant pour être désintéressé. Amalfi renfermait
alors cinquante mille habitants. Son commerce s'étendait jusqu'aux rivages de
l'Afrique, de l'Arabie et de l'Inde[5] ; on y voyait en profusion
l'or, l'argent, les perles, les épices, les soieries précieuses de l'Orient.
Guiscard éleva à Amalfi quatre châteaux où il mit garnison, et traînant après
lui les milices et la flotte de sa tremblante alliée, pressa vigoureusement
le siège de Salerne. Sans cet appui, il eut peut-être échoué : les Normands
étaient inhabiles à l'attaque des places et les Lombards savaient les
défendre. Lice pierre énorme lancée du haut des remparts mit en pièces une
des machines, et un éclat de bois blessa Robert à la poitrine. Salerne finit
par se rendre. Gisulfe dépouillé alla cacher sa honte et ses regrets au
couvent du Mont-Cassin, et l'heureux Guiscard entra en triomphe dans la ville
policée et savante dont il voulait faire sa nouvelle capitale (1077). En
effet, le siège de la puissance normande tendait à se déplacer au moment même
où la nature du pouvoir se modifiait profondément. Le sénat militaire de
Melli faisait place au duc souverain et héréditaire qui allait régner à
Salerne. Robert, si peu scrupuleux à l'égard de son beau-frère, ne ménageait
pas mieux les prétentions de ses anciens égaux. Il avait puni de la mort ou
de l'exil les complots des fils d'Humfroi ; il avait enlevé Trani au
successeur du comte Pierre. Aussi, quand après la mort de Landulphe VI, il
voulut mettre la main sur Bénévent, le nouveau comte normand de Capoue se
tourna contre lui. Le pape — c'était alors le fameux Grégoire VII — réclama
pour le Saint-Siège la ville de Bénévent, et excommunia l'envahisseur. Le
Normand s'en inquiéta peu, et quand il fut maitre de toutes les places qui
constituaient l'ancien duché, il fit intervenir l'abbé Didier, apaisa
facilement Grégoire VII eu lui cédant Bénévent, et imposa la paix au comte
Jourdain (1078). Sorrente
avait suivi le sort de Salerne ; Otrante et Tarente ne purent résister au
vainqueur de Bari (1080). L'aventurier élevé si haut par la fortune, résolut alors de
saisir ou de faire naître une occasion d'envahir l'empire d'Orient : il
rêvait déjà la pourpre des Césars. Une de ses filles avait été mariée en
bas-tige à l'héritier de l'empereur Michel. Mais une révolution renversa la
famille des Ducas pour donner le trône à Nicéphore-Botoniate, puis aux
Comnènes. Robert, irrité du malheur de sa fille, accueillit avec empressement
à Salerne un imposteur qui se faisait passer pour Michel-Parapinace, le
montra dans toute la pompe impériale aux villes de la Pouille et de la
Calabre, et obtint pour l'armement projeté le puissant appui de Grégoire VII.
Mais quoique le pape, à l'entrevue de Céperano, lui eut remis l'étendard de
saint Pierre, treize cents chevaliers seulement consentirent à courir les
risques d'une expédition maritime. Le reste de l'armée se composait
d'Italiens séduits par les promesses ou enrôlés par la force. Cent cinquante
navires furent destinés à transporter les soldats, les armes, les chevaux,
les munitions. La république de Raguse fournit les galères. La
flotte appareilla d'Otrante au mois de juin 1081. Bohémond, fils aîné de
Guiscard, prit les devants, pour s'emparer de Corfou et s'assurer d'un hâvre
à la Valona ; puis le duc d'Apulie vint mettre le siège devant Durazzo. Mais
une tempête furieuse et imprévue dans cette saison assaillit ses vaisseaux et
confirma la funeste réputation des monts Acrocérauniens. Les Vénitiens,
alliés d'Alexis Comnène, dispersèrent ou détruisirent en deux batailles la
flotte normande malgré la valeur de Bohémond. Guiscard, abandonné à lui-même,
vit avec désespoir ses machines se briser contre les murs inexpugnables de
Durazzo. Une maladie pestilentielle lui enleva dix mille hommes et cinq cents
chevaliers. Pour sortir d'embarras il lui fallait une bataille. Alexis
s'avançait avec soixante-dix mille hommes, comptant sur les flèches acérées
des Turcs et sur les lourdes haches des Varangiens, Saxons proscrits qui se
souvenaient d'Hastings. Robert brûla ce qui lui restait de vaisseaux et de
bagages, recommanda aux siens de combattre comme si le champ de bataille
était le lieu de leur naissance et de leur sépulture, et attendit
intrépidement cette multitude qui s'avançait serrée et bruyante ainsi
qu'une nuée de sauterelles. Au premier choc des Varangiens, les Lombards
et les Calabrois prirent la fuite ; mais la retraite était coupée et Guiscard
parvint à les rallier. Si l'on en croit Aune Comnène, Sichelgaite combattit
vaillamment à côté de son époux. Les huit cents chevaliers qui formaient le
corps de bataille réussirent à tourner les Varangiens, et les lances
normandes triomphèrent encore une fois des haches saxonnes. Les Turcs se
sauvèrent en désordre, et Alexis lui-même, après avoir payé de sa personne,
fut heureux d'échapper à l'avidité des vainqueurs. Durazzo
cependant aurait résisté longtemps encore sans la trahison d'un Vénitien qui
livra la ville (1082).
Guiscard pénétra alors dans l'intérieur du pays, surprit trois cents
Varangiens à Castoria, s'approcha de Thessalonique et fit trembler
Constantinople. Mais les nouvelles qu'il reçut de la Pouille le rappelèrent
en toute hâte. Les villes et les comtés se révoltaient ; l'empereur Henri IV
assiégeait Rome et Grégoire réclamait les secours de son vassal[6]. Robert, avec la confiance du
génie, pensa que sa présence suffirait à la sûreté de ses états. Il
s'embarqua seul sur un bâtiment léger, confiant l'armée d'Epire à son fils
Bohémond. Alexis
Comnène avait payé la diversion de Henri IV par des présents magnifiques, et
d'ailleurs, le roi germain détestait les Normands, alliés fidèles de son
inflexible ennemi. Guiscard, occupé à réprimer les révoltes et à lever des
troupes, ne put d'abord envoyer au pape que des renforts insuffisants. Henri,
après deux tentatives infructueuses sur Rome, sema à pleines mains l'or byzantin.
On lui ouvrit les portes, on lui donna cinquante otages, et il se fit sacrer
empereur au Vatican par son antipape Clément III (1083). Le neveu de Grégoire défendait
encore les ruines du Septizonium, et le pape lui-même, étroitement bloqué
dans le château de Crescence (château Saint-Ange), avait tout à craindre d'un vainqueur irrité. Dans ce
pressant danger, Guiscard leva le siège d'Aversa, différa de punir la
défection du comte Jourdain et s'avança vers Rome à la tête de trente mille
fantassins et de six mille cavaliers : c'était la plus nombreuse armée qu'il
eut jamais commandée. Son frère Roger lui avait envoyé de Sicile une troupe
de Sarrasins, et les sectateurs de Mahomet marchaient sous les drapeaux de
Saint-Pierre à la délivrance du père des chrétiens. Henri qui avait assisté à
soixante batailles, trembla au seul nom de Guiscard ; il partit trois
jours avant l'arrivée des Normands, et Robert n'eut qu'à paraître pour
triompher (mai 1084).
Les partisans du pape lui livrèrent la porte Saint-Laurent, et Grégoire VII
sortant du château de Crescence fut rétabli au palais de Latran. Mais la
faction impériale anime les Romains contre ces insolents étrangers. Bientôt
éclate une sédition furieuse. Robert, sur le point d'être surpris à table,
s'arme et donne le signal de l'incendie. Aussitôt les torches brillent dans
les mains des Sarrasins, des Normands, des Calabrois. Le feu s'étend
rapidement, éclairant le massacre, le pillage, le sacrilège. Un quartier
spacieux est consumé par les flammes, et de nos jours c'est encore un désert. Après cette extrémité, Guiscard comprit qu'il ne pouvait rester à Rome, et par prudence il emmena Grégoire VII avec lui, d'abord à Bénévent, puis à Salerne. Opiniâtre et infatigable, il reprit ses desseins contre l'empire grec, et dès le mois d'octobre s'embarqua à Brindes, fier du suffrage du pape qui lui promettait le titre de roi[7]. Pendant son absence, son fils Bohémond, après deux brillantes victoires, avait échoué au siège de Larisse ; plusieurs comtes normands s'étaient enrôlés au service d'Alexis, et Bohémond affaibli par cette désertion était revenu en Italie. Robert réussit à tromper la flotte grecque et vénitienne, fit débarquer toutes ses troupes sur les côtes d'Epire, et à la tête de vingt galères alla chercher les ennemis, accompagné de ses deux fils et de son frère Roger. Deux défaites ne découragèrent pas le duc d'Apulie. A soixante-cinq ans, il conservait tout le feu de la jeunesse et se souvenait qu'il descendait de ces audacieux rois de mer qui souriaient de mépris aux orages de la Méditerranée. Dans une troisième action, Guiscard détruisit les vaisseaux vénitiens, forteresses mouvantes qu'il fallait assiéger tour à tour. Ce succès lui donna l'idée de changer son plan et d'aller à Constantinople, par la Grèce et les lies de l'Archipel. Mais la mort le surprit à Céphalonie[8] (17 juillet 1085). Une maladie épidémique frappa dans sa tente celui que tant de combats avaient respecté : l'armée victorieuse se dispersa en désordre, et l'empire grec se vit sauvé par la mort d'un homme. Toutefois, la domination qu'il avait établie dans l'Italie méridionale devait s'accroitre et se consolider après lui. |
[1]
Le poisson était presque l'unique nourriture des habitants de toutes les
classes. Le sel que la mer leur fournissait en abondance était leur unique
richesse et avait cours, au lieu d'or et d'argent, dans tous les marchés des
environs. CASSIODORE,
Variar, lib. XII, ep. 24. Le commentateur Maffei place cette lettre à
l'année 523.
[2]
DANDOLO, chronic. ap. MURATORI, Scriptor., tom. XII.
[3]
Guill. apul., ap. MURATORI,
script. rer. ital., tome V.
[4]
Contrairement au témoignage formel de Geoffroi de Malaterra, historien
contemporain, la plupart des modernes nomment cette ville Civitella, ce qui la
placerait dans les Abruzzes. Il s'agit évidemment de Civitata (Civita), non
loin de Lucera en Capitanate.
[5]
Guill. apul., ap. MURATORI,
script. rer. ital., tome V.
[6]
Voyez pour la Querelle des Investitures, le second volume, chap. XXXIX.
[7]
Anne Comnène (lib. I, p. 32) le dit positivement. Guillaume PApulien en parle
comme d'un bruit public. Mais les textes manquent pour décider s'il s'agissait
de l'empire de Romanie ou de l'empire romain d'Allemagne.
[8]
La galère qui portait les restes de Guiscard fit naufrage sur le rivage de
l'Italie ; mais on retira le corps, qui fut déposé dans les caveaux de Venosa.
On voit encore dans cette ville le tombeau du héros normand avec cette épitaphe
:
Hic terror
mundi Guiscardus, hic expulit urbe
Quem Ligures
regem, Roma, Alemannus habet.
Parthtus,
Arabi, Macedumque phalaax non texit Alexia,
At fuga ; sed
Venetum nec fuga nec pelagus.