Élection d'Edred. —
Règne d'Edwy. — Influence de saint Dunstan. — Edouard-le-Martyr. — Règne
d'Ethelred II. — Invasion des Danois. — Massacre de la Saisi. Brice. —
Invasion de l'Estanglie. — Supplice d'Elphège. — Turkill s'engage au service
d'Ethelred. — Irruption et succès de Suénon. — Le prince anglais se réfugie
en Normandie. — Ethelred rappelé par les Thunes recommence la lutte. Edmond
Côte-de-Fer. — Partage du royaume. — Canut seul roi. — Règne glorieux de ce
prince. — Lois, établissements, institutions. — Harold Pied-de-Lièvre. —
Influence du comte Godwin. — Mort tragique d'Alfred, fils d'Emma. — Règne de
Hardi-Canut. — Avènement d'Edonard-le-Confesseur. — Triomphe du parti
anglais. — Puissance de la famille de Godwin. — Influence des Normands. — Révolte
et disgrâce de Godwin. — Son retour. — Fin du règne d'Edouard.
Edmond,
mort assassiné en 946, avait laissé deux enfants, Edwy et Edgard, dont l'aîné
était à peine figé de neuf ans. Un wittenagemot les exclut du trône, et
reconnut Edred, frère d'Edmond, pour roi des Anglo–Saxons, des Northumbriens,
des Païens et des Bretons[1]. Les Northumbriens firent
encore une tentative pour reconquérir leur indépendance. Commandés par le
norvégien Éric, qui, chassé de son pays, avait abordé sur leurs côtes avec
une troupe de pirates, ils obtinrent d'abord de brillants avantages ; mais
Éric, leur chef, ayant été tué dans une bataille, ils firent leur soumission
au monarque anglais. Un autre chef danois, poussé à la révolte par
l'archevêque Wulstan, fut battu et son armée anéantie. Le turbulent prélat,
privé de son archevêché, reçut en échange le siège épiscopal de Dorchester,
et alla terminer une vie agitée dans le comté d'Oxford. Les principaux chefs
northumbriens furent proscrits ou appelés auprès du monarque anglais ; le
titre de roi fut aboli, et la Northumbrie devint une simple province du
royaume d'Angleterre. Edred
mourut en 955. Pendant tout son règne il avait été dominé par le moine
Dunstan qui, sous son prédécesseur, avait pris la direction des affaires.
L'influence de ce ministre était justifiée par son talent et la fermeté de
son caractère. EDWY. — Successeur à seize ans de
son oncle, Edwy résolut de s'affranchir d'un joug qui pesait à sa fierté ;
mais, au lieu de ménager habilement l'opinion publique, il irrita les esprits
en imposant de nouvelles taxes, en menaçant les biens du clergé et en confisquant
ceux de son aïeule. Puis il fit condamner à une forte amende Dunstan, accusé
de concussion et de malversations. Bientôt des gens armés envahirent son
abbaye de Glastonbury ; Dunstan parvint à s'échapper, traversa la mer, et se
réfugia à Gand dans le monastère de Saint-Pierre ; mais il laissait en
Angleterre des amis nombreux et dévoués. Odon, archevêque de Cantorbéry, fit reconnaître
Edgard pour roi dans les provinces de Mercie et de Northumbrie soulevées.
Bientôt une assemblée nationale partagea le royaume entre les deux frères ;
et le malheureux Edwy, après avoir fait de vains efforts pour conserver
l'intégrité de sa couronne, après avoir vu indignement mutiler son épouse Elgive,
mourut de douleur en 958. Edgard,
son héritier, s'était lutté de rappeler de l'exil Dunstan, qui obtint à la
fois les évêchés de Worcester et de Londres et l'archevêché de Cantorbéry.
Les seize années du règne d'Edgard s'écoulèrent dans une paix profonde, et
font l'éloge le plus complet du prince et de l'abbé de Glastonbury, son
ministre. Une flotte, partagée en trois divisions et inspectée chaque année
par le roi en personne, surveillait les côtes et intimidait les pirates
danois[2]. La justice fut appliquée avec
une sévérité que rendait nécessaire le brigandage, demeuré impuni au milieu
de tant de guerres et de révolutions. Mais ce qui préoccupa plus vivement que
toute autre chose le souverain et son ministre, ce fut la réforme du clergé.
Le célibat fut Imposé aux prêtres et la règle de saint Bene aux moines. Tous
les ecclésiastiques mariés, et le nombre en était grand, reçurent l'ordre de
quitter leurs femmes. Un refus entremit la perte de leurs bénéfices. Edgard
racheta de ses propres deniers les biens du clergé, usurpés ou acquis à vil
prix par les thanes. La vie privée d'Edgard ne répondit point à la sagesse de
sa conduite politique, et ses passions sans frein l'entraînèrent dans des
excès dont une tardive pénitence ne diminua ni la honte ni les conséquences
funestes pour les mœurs de la nation. ÉDOUARD-LE–MARTYR. — Le testament d'Edgard appelait au
trône Édouard, son fils aisé (918). Elfrida, sa marâtre, essaya d'y faire monter Ethelred, son
fils. L'intervention puissante de Dunstan conserva la couronne à l'héritier
légitime. Mais un parti puissant s'était formé au sein même de l'Église
contre la réforme ecclésiastique de l'archevêque de Cantorbéry. Une guerre
civile, excitée en secret par l'ambitieuse Elfrida, était imminente ; mais la
catastrophe du synode de Coine assura la victoire de l'abbé de Glastonbury[3]. Le règne d'Édouard promettait
d'heureux jours, malgré ces querellés religieuses, lorsqu'il fut brusquement
interrompu par une mort prématurée. Attiré en trahison au château de sa
marâtre Elfrida, il fut frappé par derrière au moment même où il recevait de
la mère d'Ethelred une coupe d'hydromel. Le roi, se sentant blessé, piqua de
l'éperon son cheval, qui l'emporta au travers de la forêt, où ses compagnons
de chasse trouvèrent son cadavre déchiré par les ronces et cruellement
défiguré (918). Il fut inhumé sans pompe à Wercham.
Quelques années après, Dunstan fit transporter à Shaftburg ses restes, qui
reçurent de royales funérailles. Touché de sa jeunesse et de ses malheurs, le
peuple vint prier sur la tombe d'Édouard, et lui donna le titre de martyr,
consacré par la postérité ; ETHELRED II. — La royauté fut alors
décernée par les thanes à Ethelred, seul rejeton de la famille royale, malgré
les efforts de Duos-tan, dont les terribles prédictions devaient s'accomplir.
Ethelred II était mineur : Elfrida se saisit des rênes du gouvernement dans
des circonstances que les agressions da dehors allaient rendre périlleuses.
Les descentes des Danois sur les côtes de Bretagne, suspendues depuis le
règne d'Athelstan, reprirent un caractère menaçant. En 980, plusieurs
vaisseaux de guerre abordèrent près de Southampton, et les Danois, ne
trouvant pas de résistance, envahirent différents points de la côte
orientale. Enhardis par le succès, ils revinrent quelques années après,
conduits par deux chefs renommés, Justin et Gurthmand, et surprirent Ipswich (991). L'earlderman (comte) de la province s'avança contre eux,
fut vaincu et tué. Ethelred, prince indolent et fastueux, au lieu de venger
la défaite de son lieutenant, acheta la retraite des ennemis par dix mille
livres d'argent. Cet
acte de lâcheté encouragea l'audace des Danois et irrita leur cupidité ; ils
revinrent dans l'année suivante avec des vaisseaux plus nombreux. Le grand
conseil national, qui avait approuvé la honteuse transaction d'Ethelred, prit
alors une résolution plus énergique et plus honorable. Une flotte
considérable fut réunie dans le port de Londres ; mais la défection d'Alfric,
duc de Mercie, qui, envoyé à la tête d'une division pour surprendre les
Danois, passa à l'ennemi, rendit inutiles ces mesures vigoureuses. Le
supplice qu'Ethelred fit subir au fils du traître ne changea rien à l'état
des choses. En 994, deux chefs danois, Suénon (Sweyn), devenu roi par le meurtre de
son père, et Olaüs (Olaf), roi de Norvège, ayant réuni leurs forces, remontèrent l'Humber
et remportèrent une grande victoire par la défection de trois chefs saxons ;
puis ils entrèrent dans la Tamise et vinrent menacer Londres. Ethelred et son
conseil marchandèrent de nouveau une trêve que les Danois leur firent payer
seize mille livres[4]. Olaf reçut le baptême qu'un de
ses pareils se vantait d'avoir reçu vingt fois ; Suénon, conformément aux
clauses du traité, s'éloigna de l'Angleterre ; mais les vaisseaux qu'il
laissa sur les côtes ne cessèrent point de désoler le pays. Il fallut chaque
année acheter la permission de vivre. La
rivalité qui divisa Suénon et Olaf, laissa respirer un peu les Anglais.
Pendant que le dernier de ces deux chefs succombait dans une bataille navale
et trouvait un tombeau dans la mer, la flotte anglaise chassait les
Scandinaves de l'île de Man, où ils s'étaient fortifiés. Ces infatigables
pirates revinrent avec une nouvelle fureur, pénétrèrent dans la Saverne, dans
le canal de Bristol, dans la Tamise, ravageant tout par le fer et le feu. Le
roi épouvanté se soumit h un nouveau tribut (dacegheld), et acheta la retraite des
Danois, au prix énorme de vingt-quatre mille livres. Le roi, incapable de
lutter contre l'invasion qui devenait plus formidable de jour en jour,
chercha un appui sur le continent. Grâce à son mariage avec Emma, fille de
Richard duc des Normands français, il jouit d'un repos momentané (1002). «
Cependant la trêve des envahisseurs fut loin d'être paisible ; dans les lieux
de leurs cantonnements, Ils outragèrent les femmes et tuèrent les hommes.
Leur insolence et leurs excès amenèrent bientôt un de ces actes de vengeance
nationale, qu'il est également difficile de condamner et de justifier, parce
qu'un instinct noble, la haine de l'oppression, s'y mêle à des passions
atroces. Par suite d'une grande conspiration, formée sous les yeux et avec la
connivence des magistrats et des officiers royaux, les Danois de la dernière
invasion, hommes, femmes et enfants, furent tous, le même jour et à la même
heure, assaillis et tués dans leurs logements par leurs hôtes et leurs
voisins. Ce massacre qui fit grand bruit, et dont les circonstances odieuses
servirent dans la suite de prétexte aux ennemis de la nation anglaise, eut
lieu en l'année 1003, le jour de saint Brise. Il ne s'étendit pas sur les
provinces du nord et de l'est, où les Danois anciennement établis, formaient
la majorité de la population ; mais tous les nouveaux conquérants, à
l'exception d'un petit nombre, périrent, et avec eux une des sœurs du roi de
Danemark[5]. » Gunhilda,
sœur de Suénon, avait prédit en mourant que sa mort et celle des siens
seraient vengées par son frère. Cette menace s'accomplit d'une manière
terrible. Pendant quatre ans (1003-1007) l'Angleterre fut inondée de sang et couverte de
ruines. Ethelred, qui avait obtenu à prix d'or de courtes trêves, résolut
enfin d'organiser un plan de défense, et de lutter à force ouverte contre
l'invasion. Il fut arrêté dans un wittenagemot qu'une flotte nombreuse serait
équipée à l'aide de taxes nouvelles[6]. Mais le roi anglais, dominé
par d'indignes favoris et surtout par Edric, son gendre, ne put prévenir la
mésintelligence qui divisa son conseil, et la flotte équipée à grand frais,
mais privée de chef, se sépara. A cette nouvelle les Danois, conduits par le
farouche Turkill, envahirent et subjuguèrent sans peine l'Estanglie.
Cantorbéry fut prise, pillée, livrée aux flammes et sa population exterminée.
L'archevêque Elphège, qui avait défendu cette ville avec un courage héroïque,
tomba au pouvoir de l'ennemi. Les Danois lui promirent la liberté s'il
consentait à leur payer trois mille pièces d'or. Le prélat refusa avec une
généreuse opiniâtreté. « De l'or, lui répétaient-ils souvent, de l'or, évêque,
ou malheur à toi — Vous me pressez en vain, leur répondait Elphège, je ne
suis pas homme à fournir aux dents des païens de la chair de chrétien à
dévorer. » Enfin les Danois, furieux de son inébranlable résistance, le
frappèrent du dos de leurs haches d'armes et le lapidèrent avec des os et des
cornes de bœufs, débris de leur festin. Les Anglo-Saxons achetèrent à grand
prix le cadavre mutilé de ce martyr de la religion et de la patrie. Hors
d'état de résister aux bandes de Turkill, Ethelred résolut de s'attacher par
un grand sacrifice d'argent ce pirate redoutable. Le Danois, gagné par la
somme énorme de quarante-huit mille livres et l'offre du comté d'Estanglie,
s'engagea au service d'Ethelred, avec un grand nombre des siens. Ainsi le
monarque s'affaiblissait par les honteux moyens de défense auxquels il avait
recours. Entre ses mains impuissantes, tous les liens de la subordination
s'étaient relâchés. Ceux de la morale avaient aussi cédé, au milieu des
fléaux qui accablaient les peuples. L'excès des souffrances ramène l'homme à
l'égoïsme et à l'oubli des plus saints devoirs. Aussi vit-on les pères vendre
leurs enfants ; les fils mettre à prix leurs pères ; des esclaves massacrer
leurs maîtres et trouver l'impunité dans les rangs des Danois. Loin de s'unir
pour s'opposer aux envahisseurs, les thanes ne rougissaient pas de traiter
isolément avec l'ennemi, trouvant moins périlleux de racheter par la trahison
leurs domaines, que de les exposer dans une lutte nationale, pour la défense
d'un trône ébranlé qui pouvait les entraîner dans sa chute. La milice était
sans discipline et sans courage. Le peuple, épuisé par des taxes annuelles,
ne pouvait défendre avec résolution un gouvernement qui, impuissant à le
protéger contre les pirates du nord, employait lui-même la violence pour lui
arracher ses dernières ressources. Les
succès de Turkill réveillèrent la cupidité de Suénon. Il résolut alors de
conquérir l'Angleterre. Parti du Danemark à la tête d'une flotte nombreuse,
il remonta l'Humber, et débarqua près d'York en 1013. Les Northumbriens,
ainsi que tous les peuples au nord de Watling-Street, se rangèrent sous ses
étendards. Suénon descendit vers le sud, brûlant les villes, pillant les
églises et les monastères, et massacrant les populations. Londres, défendue
par Ethelred et son redoutable auxiliaire Turkill, résista avec succès.
Suénon, désespérant de se rendre maure de cette ville, marcha sur Bath, où
une assemblée des thanes du Wessex, de la Mercie et de la Northumbrie lui
décerna la couronne d'Angleterre. Ethelred s'enfuit alors dans l'île de Wight
avec Turkill, puis en Normandie. Londres ouvrit ses portes à l'usurpateur,
qu'une mort prématurée enleva bientôt à son triomphe (1015). Canut, sou fils, fut proclamé
roi par les Danois, tandis que les thanes anglo-saxons, rappelaient Ethelred,
qui promit de mieux gouverner qu'auparavant, et qui demanda qu'on se
soumit à son autorité, sans supercherie et sans trahison. Canut,
incapable de soutenir la lutte, se retira sur sa flotte ; mais avant son départ,
il fit mutiler ses otages. Ethelred se vengea cruellement sur plusieurs chefs
d'origine danoise. Cependant
Canut n'abandonnait point la partie. Secondé par le courage et l'habileté de
Turkill qui, par une nouvelle trahison, s'était réuni aux hommes de sa race,
il faisait de fréquentes irruptions sur les provinces des côtes. Un corps
d'armée commandé par Éric se jeta dans b parti danois, et entraîna avec lui
le Wessex. Canut soumit sans peine la Northumbrie, dont le comte fut égorgé
au mépris de la fol jurée. Ethelred mourut sur ces entrefaites (1016), après un règne agité et peu glorieux
de trente-cinq ans[7]. EDMOND-CÔTE-DE-FER. — Les ennemis étaient sons les murs de Londres.
Les thanes et les prélats qui s'y étaient renfermés reconnurent pour roi
Edmond, tandis qu'une assemblée rivale réunie à Southampton proclamait Canut.
Edmond, vivement pressé dans Londres, parvint à s'échapper avec son frère, et
leva une armée dans le Wessex et la Merde restés fidèles à l'héritier
légitime. Mais les combats malheureux de Sherston, de Brentford, et d'Ashdown
le déterminèrent à accepterai' arrangement proposé par son rival. Le royaume
fut partagé. Par le traité d'Olney, Edmond conserva le Wessex, l'Essex,
l'Estanglie et la ville de Londres. Les antres provinces firent assignées à
Canut. Toutefois le prince anglais conserva une espèce de suprématie
nominale. Edmond ne survécut qu'un mois à cette humiliante transaction. CANUT-LE-GRAND. — A cette nouvelle, Canut accourut à Londres, où
une assemblée gagnée ou Intimidée le déclara roi de toute l'Angleterre, au
préjudice des frères du prince décédé et de ses fils qui furent placés sous
sa tutelle (1017).
N'osant mettre à mort ses pupilles sous les yeux du peuple anglais, ni les
garder auprès de lui, il les envoya à son frère Olaf, roi de Suède, en le
priant de le délivrer de ces dangereux compétiteurs. Mais Olaf feignit de ne
pas comprendre les termes ambigus du message, et laissa passer en Allemagne
les jeunes prisonniers. Les fugitifs furent accueillis par Etienne, roi de
Hongrie, et élevés par lui avec une sollicitude paternelle. D'autres
rivaux encore portaient ombrage au nouveau monarque. Richard, duc de
Normandie, avait équipé une flotte pour appuyer les droits de ses neveux
réfugiés à sa cour ; mais la tempête la dispersa. Richard sentant
l'impossibilité de rétablir ses neveux sur le trône d'Angleterre, et voulant
jouir du bénéfice d'une alliance étroite avec ce pays, adopta une politique
toute personnelle ; il négocia avec le roi danois, au détriment des fils d'Ethelred.
« Par un arrangement bizarre, mais assez habilement conçu, dit M. Aug.
Thierry, il fit proposer à Canut de prendre en mariage la mère de ces deux
enfants qui, comme on l'a vu, était sa sœur.... Flattée de redevenir l'épouse
d'un roi, Emma consentit à cette seconde union, et laissa en doute, disent
les vieux historiens, qui d'elle ou de son frère se déshonorait le plus. Bientôt
elle devint mère d'un nouveau fils à qui la puissance de son père promettait
une tout autre fortune que celle des enfants d'Ethelred, et dans l'enivrement
de son ambition, elle oublia et méprisa ses premiers nés. Quant à eux,
retenus bers de leur pays natal, ils en désapprirent peu à peu les mœurs et
jusqu'au langage. Ils contractèrent dans l'exil des habitudes et des amitiés
étrangères : événement peu grave en lui-même, mais qui eut de fatales conséquences. » Canut
se croyant solidement affermi sur le trône par cette union et par le meurtre
d'Edwy, frère d'Edmond, s'occupa de l'administration de ses états. Le royaume
fut divisé en quatre grands gouvernements. La Northumbrie eut pour duc Erie ;
Edrie commanda en Merde ; l'Estanglie fut confiée à Turkill ; le roi se
réserva le Wessex. Mais ces récompenses arrachées par la nécessité ne furent
que temporaires. Les nouveaux gouverneurs prirent part à de secrètes
intrigues. Canut qui les faisait surveiller s'en vengea cruellement. Edrie
qui, de défection en défection était arrivé à la fortune, fut décapité, son
corps jeté dans la Tamise et sa tête clouée sur une des portes de Londres.
Turkill fut dépouillé de ses biens et proscrit ; plusieurs thanes riches et
puissants attachés à la royauté anglo-saxonne furent immolés à la politique
ombrageuse et cruelle du nouveau prince qui s'écriait avec la férocité d'un
pirate : « Qui m'apportera la tête d'un de mes ennemis me sera plus cher
que s'il était mon frère. » Les terres des victimes furent abandonnées à
des chefs danois qui, ainsi que tous leurs compatriotes, faisaient peser sur
le peuple un joug détesté[8]. Lorsque
le roi Canut sentit son pouvoir solidement établi, il s'humanisa par degré et
substitua la modération et l'équité à la violence et à l'arbitraire. « Il
comprit en prince sage, dit Hume, que le peuple anglais privé alors de tout
chef redoutable plierait volontiers sous le joug, s'il l'adoucissait par la
justice et l'égalité de son administration. Ce monarque renvoya en Danemark
tout ce qu'il put congédier sans inconvénient de la foule des Danois qui
l'avaient suivi, et pour ne point mécontenter ses anciens compagnons d'armes,
il leur abandonna la majeure partie des énormes tributs imposés à
l'Angleterre, sous la condition de retourner dans leur patrie. Il ne garda
près de lui qu'une troupe d'élite de trois mille hommes qui composaient sa
garde (Thingamanna,
gens du palais). Il
tint une assemblée générale des États du royaume, où il rétablit les coutumes
saxonnes ; il ne mit aucune différence dans la distribution de la justice,
entre les Danois et les Anglais, et eut soin, par une exacte exécution des lois,
de protéger la vie et les propriétés de tous ses peuples. Les Danois
s'incorporèrent peu à peu avec ses nouveaux sujets, et tous se trouvèrent
heureux de respirer en paix, après avoir souffert les uns et les autres tant
de calamités pour se disputer la supériorité de puissance. » Canut,
après avoir consolidé son autorité en Angleterre, songea alors à visiter ses
états du Nord. Il reprit par la voie des armes, la Norvège sur Olaf, qui s'y
était rendu indépendant. Il fit rentrer dans le devoir et assujettit à un
nouveau tribut les Suédois révoltés[9] (1028). De retour dans la
Grande-Bretagne, il se livra tout entier à l'administration de son royaume.
Dans un wittenagemot tenu à Winchester, il promulgua un nouveau code des
anciennes lois saxonnes, interprétées, modifiées ou augmentées, suivant les
besoins de son époque. Il proscrivit le culte du paganisme, l'adoration des
astres et les pratiques de sorcellerie. Le hériot ou droit d'héritage
fut considérablement réduit. Les riches héritières, souvent tyrannisées par
leur seigneur, furent placées sous la protection d'une loi, qui défendait de
marier contre son gré une fille ou une veuve[10]. Dans
toutes les institutions de Canut on reconnaît l'influence de la religion
chrétienne qui avait adouci l'âpreté de ses mœurs et courbé jusqu'à
l'humilité son orgueil. Il bâtit des églises, fonda et enrichit de nombreux
monastères, et, entraîné par une piété plus fervente qu'éclairée, il rétablit
le tribut annuel payé au Saint-Siège, tribut qu'on appelait en langue saxonne
argent de Rome, et qui prit alors le nom de denier de saint Pierre. Vers
l'année 1030, il entreprit un pèlerinage à Rome pour expier les violences des
premières années de son règne, et partit avec de nombreux compagnons, portant
une besace sur l'épaule et un long bidon à la main. Il obtint de tous les
princes, dont il avait traversé les domaines, l'exemption des péages pour les
pèlerins et les négociants de ses états. A son retour, il fit une expédition
contre Malcolm, roi d'Écosse, qui, intimidé par l'approche d'une armée
formidable, prêta foi et hommage au monarque anglais pour la possession du
Cumberland (1031). Les
quatre dernières années du règne de Canut-le-Grand s'écoulèrent dans une paix
profonde. Il mourut en 1035, laissant trois fils, Sweyn, Harold et
Hardicanut. Sweyn, issu d'un premier mariage, fut appelé au trône de Norvège
; Canut, dont Emma était la mère, fut couronné roi de Danemark, et Harold,
frère utérin de Sweyn, régna sur l'Angleterre. HAROLD-PIED-DE-LIÈVRE. — En épousant Emma, sœur de Richard, duc de
Normandie, Canut s'était engagé à laisser le trône d'Angleterre au fils qui
naîtrait de cette union ; mais, craignant que Hardicanut encore enfant ne pût
gouverner un état conquis et composé de tant d'éléments divers, il légua dans
son testament la couronne d'Angleterre à Harold. Sweyn était en Norvège, et
l'héritier légal, Hardicanut, était allé se faire reconnaître en Danemark.
Harold profita des circonstances, et soutenu par la Thingamanna et les thanes
de la Mercie et du nord de la Tamise, il prit possession du pouvoir royal.
D'un autre côté, les Anglais embrassèrent la cause de Hardicanut qui, par sa
mère Emma, descendait de la maison de Cerdic. Godwin, devenu le seigneur le
plus puissant du royaume, s'était déclaré pour le neveu de Richard. La guerre
civile était imminente, lorsque par la médiation des principaux chefs de la
noblesse, un compromis eut lieu entre les deux concurrents. Il fut décidé
dans un wittenagemot tenu à Oxford, que Londres et les provinces
septentrionales appartiendraient à Harold et que Hardicanut posséderait les
comtés situés sur la rive droite de la Tamise ; qu'Emma et l'earl Godwin
seraient chargés de l'administration des domaines de Hardicanut, jusqu'à ce
qu'il fût en état de gouverner par lui-même. Sur ces
entrefaites, l'un des deux fils d'Ethelred, Édouard, qui avait trouvé ainsi
que son frère un asile à la cour du duc de Normandie, aborda à Southampton
aven quarante vaisseaux ; mais, forcé de renoncer d son entreprise par
l'abandon de ses partisans, il revint sur le continent. Quelque temps après
Alfred, appelé en Angleterre par une lettre vraie ou supposée de sa mère, qui
l'invitait à venir se mettre à le téta des Anglo-Saxons pour renverser les
Danois, prit terre à Douvres avec une armée de Normands et de Boulonnais.
Trahi par le perfide Godwin qui était venu à sa rencontre avec de grandes
démonstrations d'amitié, il rit son escorte dispersée ou massacrée par les
vassaux du chef saxon et les officiers du roi Harold : lui-même, fait
prisonnier, fut condamné à perdre les yeux et bit enfermé au couvent d'Ely où
il mourut quelques jours après l'exécution de la sentence, Sa mère, que
plusieurs historiens regardent comme coupable de sa mort, ne fit rien pour le
soustraire su supplice, et, comme dit un vieux chroniqueur, délaissa
l'orphelin ; mais bientôt craignant pour elle-même le sort du malheureux
prince, elle s'enfuit à Bruges, tandis que Harold triomphant se faisait
proclamer roi de toute l'Angleterre[11]. Cependant
le clergé, fidèle à let haine qu'il avait vouée aux Danois, refusa de
consacrer l'usurpation du roi Harold : le jour du couronnement, Éthelnotsh,
archevêque de Cantorbéry, pliera sur l'autel le sceptre et la couronne et dit
à haute voix au monarque entouré de sa garde danoise : « Tu peux
les prendre, je ne puis te les donner ; et je défends à tout autre prélat de
le faire à ma place ; car c'est un droit qui n'appartient qu'à moi seul. »
Harold se couronna de ses propres mains, et fit payer cher au clergé un refus
dont il ne lui pardonna jamais l'humiliation. Ce prince mourut après un règne
sans gloire de quatre années (1040). HARDICANUT. — Hardicanut s'apprêtait à
faire valoir par les armes ses droits héréditaires et attendait à Bruges,
près de sa mère, une flotte nombreuse équipée dans les ports du Danemark,
lorsqu'une députation de thanes anglais et danois vint lui offrir la
couronne. Il entra dans Londres aux acclamations du peuple, et fut reconnu
roi sans opposition. Mais le premier usage qu'il fit du pouvoir annonça les
violences qui devaient signaler son règne de deux ans. Le corps d'Harold fut
déterré, la tête séparée du tronc, et le cadavre jeté dans la Tamise. Des
pécheurs danois le retrouvèrent et l'enterrèrent sans pompe à Londres dans le
cimetière réservé à leur nation. Le comte Godwin, désigné par l'opinion
publique comme complice de la mort du prince Alfred, ne rougit pas d'être
l'instrument d'une vengeance barbare et dénaturée et de donner cette preuve
de son dévouement à son nouveau mettre. Toutefois
dans l'enquête judiciaire faite sur le meurtre d'Alfred, il fut accusé
directement par l'archevêque d'York et comparut devant les thanes assemblés ;
Il s'y présenta suivi d'un nombreux cortège de parents et d'amis qui jurèrent
avec lui qu'il n'avait participé en rien à la mort du fils d'Ethelred. Ge
serment accompagné de riches présents faits au roi[12], arracha le Saxon au supplice
que lui préparait un prince de race étrangère. Hardicanut,
qui avait toute la cupidité des pirates ses aïeux, accabla l'Angleterre de
tributs ; plusieurs villes se soulevèrent contre les agents de l'autorité
royale, et dans une émeute populaire ù Worcester deux collecteurs d'impôts
furent massacrés. A cette nouvelle, le roi fit marcher contre la ville
rebelle, Godwin duc de Wessex, Siward duc de Northumbrie, et Léofric duc de
Mercie, avec l'ordre de la ravager par le fer et par le feu. Les habitants se
refugièrent dans une petite île de la Saverne appelée Béveray, s'y
fortifièrent et obtinrent plus tard la permission de rentrer dans leur cité
réduite en cendres[13]. Ce
gouvernement de violence, de tyrannie et d'exaction fut heureusement de
courte durée. Hardicanut mourut à la suite d'un festin, et cette fin
prématurée, résultat d'une intempérance habituelle, ne causa pas plus de
chagrin que de surprise à ses sujets (1041). ÉDOUARD-LE-CONFESSEUR. — Harold et son successeur étaient morts
sans postérité. Sweyn (Suénon), roi de Norvège et fils aimé de Canut-le-Grand, était retenu
dans ses états. Les Anglais saisirent donc avec transport l'occasion qui se
présentait de secouer le joug des Danois et de remettre sur le trône un
descendant de la maison de Cédric. Bien que les fils d'Edmond-Côte-de-Fer
fussent les héritiers légitimes de la couronne, leur long séjour en Hongrie
avait diminué pour eux l'intérêt de la nation. Edouard, fils d'Ethelred, qui
heureusement se trouvait en Angleterre à la mort de Hardicanut, fixait sur
lui tous les regards et tous les vœux du peuple anglais ; mais cet
assentiment universel n'aurait point suffi pour le placer sur le trône, si
Godwin, qui lui-même pouvait aspirer au souverain pouvoir, ne se fût déclaré
en sa faveur. Godwin,
qui avait si indignement trahi le malheureux Alfred, devait redouter et
éloigner son frère du trône. Mais il connaissait le caractère inoffensif
d'Édouard resté étranger aux derniers événements. Il espérait sous un prince
faible, qui lui devrait la royauté, gouverner à son gré l'Angleterre. D'un
autre côté, il détestait profondément les Danois dont il avait éprouvé
lui-même la domination oppressive. Cette double considération l'emporta, et
le seigneur le plus puissant du royaume par son crédit, sa fortune, ses
alliances et son habileté, fit triompher le parti anglo-saxon. Toutefois en
donnant la couronne, Godwin en stipula le prix. Édouard lui assura la
conservation de sa fortune et de ses honneurs, et pour gage de la sincérité
de sa promesse, il s'engagea à épouser sa fille, Édithe-la-Belle. Godwin
convoqua à Gillingham une assemblée nationale où son éloquence et ses
largesses l'empotèrent sur la faible opposition des Danois sans chef et
découragés. Edouard fut couronné roi avec les plus vives démonstrations
d'amour et de respect (1041). « Le
triomphe du parti anglais, dit Hume, au moment de cet avantage décisif et
signalé, se fit sentir d'abord par quelques insultes et quelques violences
contre les Danois ; mais le nouveau roi gagna bientôt l'affection de ceux-ci
par la douceur de son gouvernement, et peu à peu toutes distinctions entre
les deux peuples disparurent ; ils se confondirent dans la plupart des
provinces ; ils parlaient à peu près la même langue. Leurs mœurs et leurs
lois ne différaient guère. Les dissensions domestiques, qui troublaient le
Danemark, empêchaient cette puissance de faire aucune entreprise sur
l'Angleterre, qui pût réveiller la haine nationale, et comme les Normands assujettirent
peu de temps après les Danois et les Anglais au même joug, nos histoires ne
font plus mention d'aucune différence parmi les vaincus. Cependant la joie de
leur délivrance actuelle fit tant d'impression sur les Anglais, qu'ils
instituèrent une fête annuelle pour célébrer ce grand événement. » Le
premier acte d'administration du jeune prince fut de reprendre les dons faits
à des particuliers par ses prédécesseurs aux dépens de la couronne.
L'épuisement du trésor public justifia aux yeux de la nation ce coup
d'autorité ; d'ailleurs cette mesure rigoureuse, mais indispensable, frappait
surtout les Danois, qui avaient fait payer cher leurs services aux rois leurs
compatriotes ; et les Anglais restèrent insensibles à l'infortune de leurs
anciens tyrans. La mère du roi ne fut pas même épargnée. La prédilection
qu'elle avait accordée à ses enfants du second lit, l'avait rendue
indifférente pour les fils d'Ethelred, et le meurtre d'Alfred, auquel elle
avait peut-être participé, lui avait aliéné le cœur des Anglais. Édouard vint
à Winchester accompagné de Godwin, de Léofric et de Siward ; il se saisit des
immenses trésors amassés par la reine, confisqua ses domaines, et la relégua
dans un monastère où elle mourut oubliée en 1052. Cependant
bien des dangers entouraient le trône d'Édouard. Fidèle à sa parole, il avait
épousé Édithe, fille de Godwin, dont les fils avaient été comblés d'honneurs.
Harold l'aîné gouvernait les comtés d'Estanglie, d'Essex, de Cambridge, de
Huntingdon et de Middlesex. Sweyn avait été créé earl d'Oxford, de Glocester,
de Hertford, de Sommerset et de Berks, et les quatre autres Wulnoth, Gurth,
Leofwine et Tostig avaient obtenu des charges importantes ; Godwin lui-même
avait réuni à son comté de Wessex les provinces de Kent et de Sussex. Pour
contre-balancer tant de pouvoir concentré entre les mains d'une seule
famille, et en haine de son beau-père dont il n'avait accepté l'alliance que
par force, Édouard, élevé en Normandie, s'entoura de Normands qui introduisirent
à la cour les mœurs, le langage et jusqu'aux coutumes de leur pays. Des
Normands eurent la garde des forteresses nationales ; toutes les grandes
charges de l'état, toutes les dignités ecclésiastiques furent accordées à des
étrangers, au grand déplaisir de la nation anglaise qui voyait revivre, sous
un autre nom, l'ancienne domination des Danois. Mais
Godwin, resté fidèle au parti populaire, ne craignit point de heurter de
front avec ses cinq fils les favoris et les parasites venus de la Gaule, et
de rendre dans le palais même, et presque sons les yeux du roi, raillerie
pour raillerie, insulte pour insulte ; delà une haine profonde entre lui et
les courtisans qui envenimaient avec complaisance, auprès du monarque
crédule, les paroles et les actions de leur ennemi. Cette
animosité mutuelle n'attendait qu'une occasion pour éclater. Cette occasion
ne se fit pas attendre. Eustache, comte de Boulogne et beau-frère d'Édouard,
était venu passer quelque temps à la cour d'Angleterre, qui lui sembla un
pays déjà conquis par les Normands et les Français. A son retour il entra
dans la ville de Douvres, accompagné de nombreux hommes d'armes qui parurent
prendre possession d'une ville forcée de capituler ; ils parcoururent les
rues aven un air menaçant, et s'établirent d'autorité dans les meilleurs
logements pour y passer la nuit ; un bourgeois ayant refusé d'admettre chez
lui un Boulonnais, une rixe s'engagea et l'agresseur fut tué. Eustache qui
voulut venger sa mort, fut chassé de la ville après avoir perdu presque tous
ses compagnons, et revint sur ses pas à Glocester où résidait alors le roi
Édouard. Ce prince, furieux de l'injure faite à son hôte, ordonna à Godwin de
châtier par une exécution militaire la ville de Douvres, comprise dans
l'étendue de son gouvernement. Celui-ci, plus intéressé à aigrir qu'à
réprimer l'animosité populaire dont étalent poursuivis les Normands, refusa
d'obéir et engagea le roi à ne point s'écarter contre les accusés des formes
légales et à les citer devant les juges royaux (1048). Edouard
Irrité de cette réponse hardie, que ses courtisans lui représentèrent comme
un acte de rébellion, somma Godwin de comparaitre devant une assemblée
convoquée à Glocester. Le comte saisit avec empressement l'occasion de
commencer une lutte ouverte, où il était sûr d'être soutenu par sa popularité
et par la haine que la nation avait vouée aux favoris d'outre-mer ; il leva
donc, ainsi que ses fils Harold et Sweyn, des troupes deus les provinces
soumises à leur gouvernement, et les trots corps d'armée se réunirent non
loin de Glocester où se trouvait le roi. Un messager envoyé par Godwin somma
Édouard de livrer au jugement de la nation Eustache et plusieurs favoris
normands. Le monarque anglais appela alors à son aide Siward, duc de
Northumberland et Léofric, duc de Mercie, qui accoururent avec quelques
vassaux à la hâte, tandis que les milices de leurs comtés se réunissaient
pour venir au secours de l'autorité royale. Pendant
cet intervalle, Édouard entama des négociations qui furent accueillies par
Godwin : des otages furent livrés de part et d'autre, et on convint de
soumettre l'affaire à la décision d'un wittenagemot. Mais les Anglais qui
détestaient les Normands étaient sincèrement attachés à Édouard, dont ils
aimaient et admiraient l'humanité, la justice et la piété. Le zèle des
partisans de Godwin se ralentit au moment même où de nombreux guerriers
venaient se ranger sous la bannière royale. Le monarque anglais entra à
Londres avec une armée formidable. Godwin et ses fils, cités devant le grand
conseil de la nation, n'osèrent affronter le péril ; ils licencièrent leurs
troupes et passèrent sur le continent. Godwin se réfugia auprès de Baudouin ;
comte de Flandre, avec trois de ses lits Gurth, Sweyn et Tostig, gendre de ce
prince : Harold, Wulnoth et Léofwine se retirèrent en Irlande. Edithe, qui
n'avait jamais pu fléchir l'aversion que le roi portait à elle et à sa race,
fut confinée dans un monastère. Tous les biens de cette puissante famille
furent confisqués et les gouvernements des proscrits donnés à des favoris
normands (1051)[14]. Cependant
Godwin ne restait point inactif ; il équipa une flotte dans les ports de la
Flandre, et après une première tentative qui ne fut pas heureuse ; il trompa
la surveillance de la flotte anglaise et aborda dans l'île de Wight, où
Harold vint le rejoindre avec une escadre irlandaise (1052). Son armée se grossit de tous
les mécontents et de tous ceux qui espéraient se soustraire à l'odieuse
tyrannie des étrangers. Godwin remonta alors la Tamise et parut devant
Londres où sa présence jeta la consternation. Le roi repoussa d'abord toute
proposition d'accommodement, dominé qu'il était encore par ses favoris
étrangers qui le pressaient d'engager le combat et de châtier le rebelle.
Mais, cédant à des avis plus sages et aux pressantes sollicitations de
Stigand, évêque d'Estanglie, il consentit à une transaction devenue
indispensable, et, après une réconciliation sincère en apparence, Godwin
donna en otages, comme garantie de sa soumission et de sa bonne foi, son fils
Wulnoth et Hacon son neveu[15] ; puis dans une assemblée
nationale, présidée par l'évêque Stigand, il se justifia de toute accusation
et fut réintégré dans ses biens et ses honneurs. Édithe reparut aussi à la
cour. Tous ses frères recouvrèrent leurs gouvernements, à l'exception de Sweyn,
qui mourut à la suite d'un pèlerinage entrepris pour expier un meurtre. Le
rétablissement de la famille populaire de Godwin devait tuer le parti normand
en Angleterre. Aussi tous les anciens favoris d'Édouard furent-ils dépouillés
de leurs richesses et de leurs dignités. Plusieurs furent massacrés par le
peuple, le plus grand nombre chercha son salut dans la fuite. Robert,
archevêque de Cantorbéry, et Guillaume, évêque de Londres, suivis de quelques
hommes d'armes, tuèrent tous ceux qui tentèrent de les arrêter et gagnèrent
la côte où ils s'embarquèrent dans de petits bateaux pécheurs. Toutes les
places furent remplies par les créatures de Godwin. Mais une mort subite
frappa presqu'au milieu de son triomphe le chef ambitieux d'une famille dont
le crédit de- minait l'autorité royale (1053). Harold fut investi du gouvernement du Wessex, du
Sussex, du Kent et de l'Essex, et nommé grand-maître de la maison du roi. Non
moins ambitieux que son père, mais plus généreux et plus loyal, il parvint
par sa déférence et sa soumission envers Édouard à refroidir la haine que le
monarque portait à sa famille. Toutefois le prince anglais chercha à diminuer
le crédit d'Harold, en lui opposant un rival redoutable Alger, fils de
Léofric, duc de Merde. Mais pour balancer un parti par un autre parti et
maintenir l'équilibre, il fallait une main plus vigoureuse que celle
d'Édouard. Harold fit proscrire son rival, qui mourut après avoir fait une
irruption en Estanglie à la tête d'une armée de Norvégiens. Harold
affermit encore son pouvoir par une expédition heureuse dirigée contre les
Gallois qui avaient remporté, sur Raulfe, neveu d'Édouard, une grande
victoire. Les Cambriens, refoulés par Harold dans leur pays où le vainqueur
les suivit, furent assujettis à l'ancien tribut et consentirent à ce que tout
homme de leur nation, trouvé en armes à l'est du retranchement d'Offa, eût la
main droite coupée (1063). Tandis
qu'Harold signalait son courage et ses talents militaires, et élevait encore
la grandeur de sa maison, Tostig, son frère, qui avait reçu le gouvernement
du Northumberland, après la mort de Siward[16], se faisait détester dans son
duché par sa violence et ses exactions. Les Northumbriens secouèrent enfin le
joug d'une tyrannie insupportable. Tostig fut chassé, plusieurs de ses
officiers et de ses ministres furent massacrés, et Morkar, chef de
l'insurrection, fut élu pour le remplacer. Loin de s'armer en faveur de son
frère contre la population cambrienne, Harold intervint pour elle auprès
d'Édouard qui sanctionna l'expulsion de Tostig et l'élection de Morkar.
Tostig également Irrité contre les Northumbriens qui s'étaient révoltés, et
contre Édouard et son frère qui l'abandonnaient, se retira, la vengeance dans
le cœur, auprès du comte de Flandre, son beau-père. C'est
vers cette époque que le roi d'Angleterre, épuisé par les soins du
gouvernement et par des infirmités précoces, songea à régler la succession au
trône. « Il envoya en Hongrie inviter Édouard, fils de son frère aîné, à se rendre auprès de lui. Ce prince, le seul héritier de la maison saxonne, se
transporta en Angleterre avec ses enfants Edgard (Étheling), Marguerite et Christine ; mais
sa mort, qui survint peu de jours après son arrivée, jeta le roi dans de
nouveaux embarras. Il prévit que l'ambition et la puissance d'Harold lui
ayant suggéré le projet de monter sur le trône dès qu'il serait vacant,
Edgard, jeune et sans expérience, ne l'emporterait pas sur un rival si cher
au peuple et si entreprenant. Bien qu'il ne portât point à Harold la haine
qu'il avait eue pour son père, il ne pouvait penser sans une extrême
répugnance à augmenter la grandeur d'une famille qui s'était élevée sur les
débris de la royauté, et qui avait affaibli la maison saxonne par le meurtre
du prince Alfred, son frère. Au milieu de ces incertitudes, Édouard jeta
secrètement les yeux sur son parent Guillaume, duc de Normandie, comme la
seule personne dont la puissance, le génie et l'habileté pussent soutenir les
dispositions qu'il jugerait à propos de faire à l'exclusion d'Harold et de sa
maison[17]. » Des ouvertures avaient
été déjà faites à Guillaume au nom du roi d'Angleterre, par Robert, archevêque
de Cantorbéry, réfugié en Normandie, après la chute de son parti dans la
Grande-Bretagne ; mais l'esprit indécis du monarque anglais flottait encore
entre des projets contraires. Pendant
ce temps, Harold augmentait chaque jour sa popularité et se frayait
lentement, mais sûrement, le chemin au trône que la mort prochaine du vieux
roi devait rendre vacant. Depuis deux ans, l'Angleterre jouissait d'une paix
intérieure que rien n'avait troublée (1065). Harold avait enfin gagné, sinon l'affection, du
moins la confiance d'Édouard, et ce prince n'avait plus de motifs pour garder
les otages qu'il avait reçus de Godwin. Le frère d'Harold et son cousin
étaient retenus depuis dix ans dans une sorte de captivité à la cour de
Normandie, et bien que le fils de Godwin ignorât alors que Guillaume fût son
compétiteur à la royauté, Il voyait avec peine deux de ses parents retenus
dans une cour étrangère. Il demanda donc à Édouard, et il obtint non sans
peine, la permission d'aller les réclamer lui-même. Il s'embarqua dans un
port du Sussex ; mais une tempête le jeta sur les côtes de Picardie, près de
l'embouchure de la Somme, où Guy de Ponthieu le retint prisonnier avec ses
nombreux compagnons, et ne les rendit à la liberté que moyennant une riche
rançon qui fut payée par le duc de Normandie. Harold s’empressa de se rendre
à la cour de Guillaume, qui le reçut avec toutes les démonstrations d'une
vive amitié, espérant tirer profit de la position dans laquelle l'imprudent
s'était engagé. Après l'avoir armé chevalier ainsi que les seigneurs de sa
suite, le duc leur proposa d'essayer leurs éperons neufs dans une expédition
contre la Bretagne. Le Saxon accepta avec joie et se distingua par sa force
et son courage. Tant que dura la guerre, il coucha sous la même tente et
mangea à la même table que Guillaume. « Au
retour, ils chevauchaient côte à côte, égayant la route par un entretien
amical qu'un jour le duc fit tomber sur ses liaisons de jeunesse avec le roi Édouard. « Quand Édouard et moi, dit-il au Saxon,
nous vivions comme deux frères sous le même toit, il me promit, si jamais il devenait roi d'Angleterre, de
me faire héritier de son royaume ; Harold, j'aimerais que tu m'aidasses à réaliser cette promesse, et sois sûr, que si, par ton secours,
j'obtiens le royaume, quelque chose que tu me demandes, je te l'accorderai
aussitôt. » Harold, quoique surpris à l'excès de cette confidence Inattendue, ne
put s'empêcher d'y répondre par des paroles vagues d'adhésion ; et Guillaume
reprit en ces termes : « Puisque tu consens à me servir, il faut que tu
t'engages à fortifier le château de Douvres, et à le livrer à mes gens
d'armes. Il faut aussi que tu me donnes ta sœur pour que je la marie à un de
mes barons, et que toi-même tu épouses ma fille Adèle. De plus, je veux qu'à
ton départ tu me laisses pour garant de ta promesse l'un des deux otages que
tu réclames. » Harold sentit à ces paroles tout le péril où il était et
où, sans le savoir, il avait mis ses deux jeunes parents. Pour sortir
d'embarras, il acquiesça de bouche à toutes les demandes du Normand, et celui
qui avait deux fois pris les armes pour chasser les étrangers de son pays,
promit de livrer à un étranger la principale forteresse de ce pays[18]. » Une
simple promesse ne suffisait pas au soupçonneux Guillaume. Afin de lier plus
étroitement Harold, il exigea un serment solennel, et pour rendre cet
engagement plus inviolable, il eut recours à un artifice qui caractérise
l'époque. Un grand conseil, composé des seigneurs et des barons normands, fut
convoqué dans la ville de Bayeux. Guillaume fit placer un missel sur une
table couverte d'un riche drap d'or et somma Harold de consacrer par un
serment les promesses qu'il lui avait faites. Le Saxon, pris une seconde fois
au dépourvu, étendit la main sur le missel et prononça le serment demandé. A
un signe du duc, le drap d'or fut enlevé, et on découvrit une cuve remplie
des ossements et des reliques des saints les plus vénérés. A cette vue,
Harold, dit-on, fut saisi d'effroi ; mais comprimant son émotion, il
renouvela toutes ses promesses. Peu de temps après, il repartit pour
l'Angleterre, ramenant avec lui son neveu, mais ayant laissé en Normandie son
jeune frère comme garant de l'exécution de sa parole[19]. Toutefois l'ambition est un habile casuiste : Harold libre ne se crut point engagé par un serment que lui avait extorqué la crainte ; il trouva Édouard en proie à un abattement et à des terreurs superstitieuses que semblait partager la nation. Des prédictions sinistres, exhumées des vieilles annales, annonçaient de grands malheurs et une dure servitude sous des maîtres venus d'outre-mer. Pour calmer les agitations de son esprit, Édouard se livrait aux pratiques d'une dévotion outrée, comblait de riches présents les églises et les monastères, bâtissait à ses frais la célèbre église de Westminster. Cependant sa santé déclinait rapidement. Au milieu de ses sombres pressentiments, de ses terreurs et de son indécision continuelle, il fut saisi par une fièvre violente à laquelle il succomba le 5 janvier 1060, dans la soixante-cinquième année de son âge et la vingt-cinquième de son règne[20]. |
[1]
C'est ainsi que s'exprimaient les chartes de cette époque, d'où on peut
conclure que le royaume proprement dit anglo-saxon, se composait de la Mercie
et du Wessex avec leurs dépendances, venait ensuite la Northumbrie. L'état
païen était formé de quelques principautés demeurées au pouvoir des chefs
danois qui étaient restés fidèles au culte d'Odin.
[2]
Dans une de ses inspections annuelles, Edgard reçut les hommages des princes
ses vassaux, les rois des Scots, des Cambriens, des iles Hébrides et des
Bretons, qui, le genou en terre, lui piétèrent serment de fidélité. Le
lendemain, le roi anglais monta sur une barque dont il prit le gouvernail
pendant que les autres rois faisaient mouvoir les rames. On peut déjà
reconnaitre le commencement du régime féodal.
[3]
Au synode de Coine, le plancher s'écroula tout-à-coup et entraina dans sa chute
la majeure partie des membres de l'assemblée dont on ne retira que les
cadavres. Dunstan et quelques-uns de ses partisans dont les sièges se
trouvaient placés sur une large solive échappèrent au désastre. Les ennemis de
l'archevêque de Cantorbéry l'accusèrent d'avoir préparé cet horrible
guet-apens.
[4]
Chaque livre peut être évaluée à 7 5 fr. de notre monnaie.
[5]
Aug. THIERRY, Histoire
de la conquête de d'Angleterre, tom. Ier.
[6]
Tout possesseur de neuf arpents de terre fut tenu de présenter un homme armé
d'un casque et d'un haubert. Tout propriétaire de trois cents arpents dm
fournir un vaisseau. Telle est l'origine de la taxe appelée Ship-Money.
[7]
Ethelred laissait quatre fils, Edmond qui lui succéda, Edwy qui fut égorgé par
Canut, et Édouard et Alfred réfugiés en Normandie.
[8]
Lorsque par hasard un Anglais et un Danois se rencontraient sur un pont, le
premier descendait de cheval en signe de respect. Les envahisseurs affectaient
pour les indigènes un dédain qui rendait la tyrannie encore plus insupportable
et la révolte plus fréquente. Un chef danois ne sortait de son château
qu'accompagné de nombreux hommes d'armes. La haine dont étaient poursuivis les
oppresseurs était si universelle que Canut fut obligé de promulguer une loi qui
condamnait à une amende la ville sur le territoire de laquelle un Danois était
tué.
[9]
La victoire que Canut remporta sur les Suédois fut principalement due à la
valeur de Godwin, neveu d'Edric. Le jeune guerrier reçut pour récompense le don
d'un comté qui fut le premier fondement de sa haute fortune.
[10]
C'est Canut qui fit élever au milieu des marais une chaussée qui existe encore
et qui conduit de Peterborough à Ramsey.
[11]
Sa passion pour la chasse et sa légèreté à la course ont fait donner au roi
Harold le surnom de Pied-de-Lièvre.
[12]
Godwin offrit au monarque danois un vaisseau orné d'une poupe dorée, monté par
quatre-vingts thanes, ses vassaux, couverts de riches armures et portant à
oblique bras des bracelets d'or du poids de seize onces.
[13]
« Ainsi l'esprit d'indépendance que les vainqueurs appelaient révolte, se
ranimait peu à peu chez les fils des Saxons et des Angles. D'ailleurs, pour
éveiller en eux les regrets de la liberté perdue, la misère et les affronts ne
manquaient pas. Le Danois qui portait le titre de roi d'Angleterre n'était pas
seul à opprimer les indigènes. Il avait sous lui toute une nation d'étrangers
et chacun y travaillait de son mieux. Ce peuple supérieur, dont les Anglais
étaient sujets et non simples concitoyens, ne payait point d'impôts comme eux
et se partageait au contraire les impôts levés par son chef. Quand le roi, dans
ses revues militaires ou dans ses promenades de plaisir, prenait pour son
logement la maison d'un Danois, le Danois était défrayé tantôt en argent,
tantôt en bétail que le paysan saxon avait nourri pour la table de ses
vainqueurs ; mais la demeure du Saxon était l'hôtellerie du Danois ; l'étranger
y prenait gratuitement le feu, la table et le lit ; il y occupait la place
d'honneur comme maitre. » (M. Aug. THIERRY, Histoire de la conquête d'Angleterre.)
[14]
C'est vers cette époque que vint en Angleterre pour visiter le roi Édouard,
Guillemin duc de Normandie, fils bâtard de Robert-le-Diable. « En parcourant
l'Angleterre, dit M. Augustin Thierry, le duc de Normandie put croire un moment
qu'il n'avait pas quitté sa propre seigneurie. Des Normands commandaient la
flotte qu'il trouva en station au port de Douvres : à Cantorbéry, des soldats
normands formaient la garnison d'un fort bâti sur le penchant d'une colline,
d'autres Normands vinrent le saluer en habits de capitaines ou de prélats. »
Édouard l'accueillit avec toutes les démonstrations d'une vive amitié, il lui
fit de riches présents : mais il ne fut point question entre les deux princes
de la succession éventuelle de la couronne d'Angleterre. Guillaume essaya plus
tard de faire valoir une promesse qui probablement n'avait point été faite.
[15]
Édouard les envoya l'un et l'autre en Normandie et les confia à la garde de
Guillaume.
[16]
Siward, duc de Northumberland, s'était distingué dans la guerre contre
l'Ecosse. Duncan, roi de cette contrée, avait été précipité du trône et
assassiné par l'ambitieux Macbeth qui, s'empara de la couronne après avoir
chassé Malcolm, fils de Duncan. Siward marcha contre l'usurpateur par l'ordre
d'Édouard, le défit, le tua dans une grande bataille et rétablit Malcolm sur le
trône.
[17]
HUME, Histoire
d'Angleterre, tom. Ier, p. 278.
[18]
M. Augustin THIERRY,
Histoire de la Conquête de l'Angleterre, tom. Ier.
[19]
Plusieurs historiens placent ici l'expédition de Harold contre les Gallois et
la révolte des Northumbriens contre Tostig. Nous avons cru devoir suivre
l'ordre des faits adopté par M. Aug. Thierry, et raconter ces événements avant
le voyage en Normandie. Cet ordre a paru plus naturel et plus vraisemblable.
[20]
Ce prince, auquel les moines ont donné le titre de saint et de confesseur, fut
le dernier de la ligne saxonne qui gouverna l'Angleterre. Son règne fut heureux
et paisible ; mais il dut moins cette prospérité à son génie qu'aux
conjonctures des temps. Les Danois, occupés ailleurs, ne firent en Angleterre
aucune de ces incursions qui avaient été si inquiétantes pour tous ses
prédécesseurs et si fatales à quelques-uns. La facilité de son caractère laissa
prendre le timon des affaires à Godwin et à son fils Harold. Ces deux grands
seigneurs, puissants et capables, maintinrent la paix et la tranquillité
domestique, tant que l'autorité fut entre leurs mains. Ce qu'il y a de plus
digne d'éloge dans le gouvernement d'Édouard, c'est l'attention particulière
qu'il donna à l'administration de la justice. Il fit compiler pour cet effet un
corps de lois qu'il tira des lois d'Ethelbert, d'Ina et d'Alfred. Cette
compilation, aujourd'hui perdue (car les lois qui passent sous le nom d'Édouard
lui sont postérieures), fut longtemps l'objet de l'affection des Anglais. (HUME, Histoire
d'Angleterre.)