Différentes
populations de la Grande-Bretagne. — Invasions des Calédoniens. — Rivalité
des Cambriens et des Logriens. — Le penteyrn Wortigern appelle les Saxons
dans la Grande-Bretagne. — Bataille de Standfort. — Revers de Wortigern. —
Fondation du royaume de Kent. — Ella fonde le royaume de Sussex. — Cerdic
fonde le royaume de Wessex. — Royaume d'Essex. — Invasion des Angles. —
Royaume de Northumberland. — Royaume d'Estanglie. — Royaume de Mercie.
Gouvernement de l'Heptarchie. — Histoire sommaire des royaumes de Kent, de
Northumberland, d'Estanglie, de Mercie, d'Essex, de Sussex et de Wessex
jusqu'à l'avènement d'Egbert-le-Grand.
La
grande île de Bryt[1] ou de Bretagne, appelée d'abord
Ile aux vertes collines, puis île du miel, ne fut jamais entièrement conquise
par les Romains, qui n'en réduisirent que la partie méridionale. Les tribus
guerrières du nord avaient non-seulement défendu avec succès leur
indépendance ; mais encore elles avaient fait de fréquentes incursions dans
les provinces romaines. La Bretagne était occupée par trois grandes
populations distinctes. Les Calédoniens (Callydon,
pays des forêts),
d'origine Celtique et divisés en deux peuplades, les Pictes à l'est et les
Scots à l'ouest, habitaient le nord de l'île. Sous le règne de Kennet II (480), le nom de Scots l'emporta et
désigna les deux races. Les Kimris ou Cambriens à l'ouest, et les Loegrys ou Logriens à l'est et au midi, connus sous la
dénomination de Bretons, occupaient tout le reste du pays. La
conquête de la Bretagne méridionale, commencée par Jules-César, fut consommée
sous le règne de Domitien. La perte de la liberté entraîna celle du caractère
national. Les Cambriens et les Logriens, dégénérés sous la tutelle des
Romains, avaient été peu à peu façonnés au joug de la servitude. Mais les
sauvages Calédoniens avaient toujours bravé la puissance de Rome, dont les
armées n'avaient jamais franchi les monts Cheviots.
La double muraille d'Adrien et de Sévère n'arrêta pas toujours les tribus du
nord, qui pillaient le plat pays et rentraient dans leurs montagnes chargées
de butin. Lorsque
les Barbares inondèrent de tous côtés l'empire, les légions d'outre-mer
furent rappelées an secours des provinces envahies. « Après avoir
opprimé l'île pendant quatre cents ans, disent les Annales bretonnes,
et en avoir exigé par année le tribut de trois cents livres d'argent, les
Césariens repartirent pour la terre de Rome, afin de repousser l'invasion de
la Horde noire. Ils ne laissèrent à leur départ que des femmes et des enfants
en bas âge, qui tous devinrent Cambriens[2]. » La
retraite des légions romaines rendit la Bretagne à une indépendance non moins
funeste pour elle que la servitude[3]. Des chefs de tribus se
substituèrent aux gouverneurs étrangers des villes et des provinces, et,
comme autrefois, formèrent une fédération de petites souverainetés, tantôt
électives, tantôt héréditaires. Mais les Bretons ainsi désunis étaient sans
force. Ils comprirent bientôt la nécessité de concentrer la puissance entre les
mains d'un seul chef, et ils élurent un penteyrn ou roi des rois, dont la
résidence devait être à Londres, au pays des Logriens. Cette institution
salutaire demeura sans effet par la rivalité des Logriens et des Cambriens
qui se disputaient souvent, les armes à la main, le droit d'élire un penteyrn
et se mettaient peu en peine des agressions du dehors. A la
faveur de ces désordres qui renaissaient à l'élection d'un magistrat
souverain, accepté par une partie de la nation et désavoué par l'autre, les
Calédoniens forcèrent les murailles élevées par les Romains. Les Bretons
menacés de toutes parts, avaient imploré le secours de leurs anciens maîtres.
« Les Barbares, disaient-fis, noue poussent
vers la mer qui nous repousse vers eux. Près d'être égorgés ou submergés,
nous n'avons d'assistance à espérer que de Dieu et des Romains. » Ces
supplications avalent été sans effet. Aetius, gouverneur des Gaules, luttait
avec effort contre l'invasion qui pénétrait au cœur de l'Empire, et il
n'avait donné au penteyrn Wortigern (Guorteyrn) que des témoignages d'un
impuissant intérêt. « Alors le chef breton, en vertu de sa prééminence royale
et d'après l'avis de plusieurs tribus, niais sans l'aveu des Cambriens, prit
tout-à-coup la résolution d'introduire en Bretagne une population de soldats
étrangers, qui, moyennant des subsides d'argent et des concessions de terre,
feraient au service des Bretons la guerre contre les Pictes et les Scots.
Vers l'époque où fut prise cette décision que les opposants traitaient de
lâcheté, le hasard amena sur les côtes de Bretagne trois vaisseaux de
corsaires germains commandés par deux frères appelés Henghist et Horsa. Ils
abordèrent à l'orient du pays de Kent, sur la même pointe de terre où jadis
avaient débarqué les légions romaines[4]. » Wortigern
traita avec les deux chefs saxons[5], qui promirent au roi breton un
corps de troupes considérable, à condition qu'on leur abandonnerait la petite
île de Thanet, près du rivage de Kent. Les deux
frères revinrent à la tête de dix-sept vaisseaux, établirent et organisèrent
une colonie dans leur fie, et reçurent de leurs hôtes toutes les choses
nécessaires à la vie. Fidèles à leurs engagements, ils combattirent vaillamment
dans les rangs de leurs alliés contre les Pictes et les Scots, qui furent
défaits dans une sanglante bataille près de Standfort. Les Bretons
s'endormirent alors dans une trompeuse sécurité, tandis que les Saxons qui
avaient désormais un refuge dans la tempête et un lieu star pour déposer leur
butin, méditaient la conquête du pays. L'harmonie
ne régna donc pas longtemps entre les habitants de la Bretagne et les hommes
du Nord. Les prétentions excessives de ces derniers éveillèrent enfin les
craintes des Bretons : mais il était trop tard. De nouvelles bandes
d'aventuriers germains vinrent s'établir, moitié de force, moitié après
transaction, sur les côtes du pays de Kent. Enfin la rupture éclata. Les
Saxons ayant fait alliance avec les Pictes, s'avancèrent de l'est à l'ouest
au cœur de la Bretagne, tandis que les tribus galliques descendaient vers le
sud. Après deux défaites, Wortigern, accusé de trahison, fut forcé
d'abandonner le commandement à son fils Mortimer. La journée glorieuse d'Aylesford, où Horsa frère d'Henghist fut vaincu et tué,
rendit quelque courage à la nation bretonne ; mais la mort du nouveau
penteyrn détruisit ses espérances. Wortigern rétabli essaya vainement de
soutenir la lutte du dragon rouge contre le dragon blanc. Battu dans
toutes les rencontres et poursuivi par la haine et le mépris de ses
concitoyens, il se réfugia à l'extrémité opposée de l'île. Henghist vainqueur
s'établit entre la Tamise inférieure et la Manche, et fonda un royaume qui
fut appelé royaume de Kent (455), dont la capitale fut Cantorbéry[6]. Mais
l'invasion saxonne ne continua pas son cours sans obstacle. Le penteyrn
Ambrosius, successeur de Wortigern, lutta contre les envahisseurs avec une
constance digne d'une meilleure fortune, et il ne succomba qu'après avoir
défendu le terrain pied à pied. De nouvelles bandes d'aventuriers saxons
inondèrent bientôt le pays. Ella vint débarquer avec trois vaisseaux au midi
du royaume de Kent, et, chassant devant lui vers le nord et vers l'ouest les
Bretons, il établit une colonie qui reçut le nom de royaume de Sussex (Sud-Sex)
ou des Saxons méridionaux (491), et qui eut pour capitale Chichester. En 491,
Cerdic, à la tête d'une armée formidable de Saxons, aborda au pays de Galles.
Nazabéod, nouveau penteyrn des Bretons, marcha
contre l'ennemi à la tête de soldats aguerris par une lutte de soixante
années. La résistance des Bretons dura vingt ans. Enfin Cerdic, secondé du
talent et de la bravoure de son fils Kenric, fonda le royaume de Wessex (West-Sex)
ou des Saxons occidentaux, qui embrassait tout le pays compris entre la
Tamise supérieure et l'île de Wight (516) ; capitale Winchester. Les successeurs de Cerdic
reculèrent les bornes de leurs États jusqu'à la Saverne. Au-delà de cette
rivière, qui était l'ancienne limite du pays des Logriens, se trouvait la
belliqueuse population des Cambriens. Loin d'attendre les ennemis dans leurs
défilés, ces farouches montagnards allèrent à leur
rencontre guidés par le fameux Arthur, chef des Silures de Caër-Léon, qui défit, dit-on, les Saxons dans douze
batailles, dont la plus célèbre est celle de Badon-Hill (520), laquelle assura l'indépendance
des Cambriens. Malgré ses exploits et ses services, Arthur trouva des ennemis
parmi les siens, et fut tué dans un combat livré à son propre neveu (542)[7]. Dans
l'intervalle, vers 526, de nouveaux émigrés commandés par Erkenwin
débarquèrent sur la côte orientale de Pile, s'emparèrent de la rive gauche de
la Tamise, et de la grande ville de Londres (Londin), et se formèrent un État
indépendant sous le nom d'Essex ou de Saxons orientaux, aux dépens du royaume
de Kent, dont le nouvel État ne fut qu'un démembrement, et eut pour capitale
Londres. Le flot
de la conquête semblait s'être amorti, lorsque les provinces du Nord furent
subitement envahies par de nouvelles tribus germaniques. Toute la population
des Angles, partie de l'isthme Cimbrique et commandée par un chef nommé Idda
et ses douze fils, vint aborder en 597, entre les embouchures du Forth et de
la Tweed. Les Angles firent alliance avec les Pictes, et les deux peuples
s'avançant de l'est à l'ouest, répandirent la terreur jusqu'aux montagnes
d'où descend la Clyde[8]. Là se présenta l'indomptable
population des Cambriens. Urien, leur chef, repoussa avec succès les
envahisseurs confédérés : mais ses victoires n'empêchèrent point les Angles
de se fixer dans le pays situé entre l'Humber et le Forth. Toutefois les
Cambriens prolongèrent la lutte. Idda fut tué dans une bataille livrée sur
les bords de la Clyde (559). Mais ses fils remportèrent une victoire décisive qui consomma
l'invasion des Angles (660). Le Northumberland fut alors partagé en deux Etats distincts
séparés par la Tyne, celui de Deire et celui de Bernicie. Ces deux provinces
réunies en 590, sous le règne d'Éthelfrède,
formèrent le royaume de Northumberland ; capitale York. Après la victoire des
fils d'Idda, ceux des vaincus qui ne purent se résigner à supporter la
servitude, se réfugièrent vers le sud, dans le pays des Cambriens (pays de
Galles). Un
détachement de l'armée d'Idda avait fondé une colonie sur la côte orientale
de la contrée comprise entre l'Humber et la Tamise. En 571, Offa fit de cette
colonie un royaume, et prit le titre de roi d'Estanglie (Angles de
l'Est) ; capitale
Norwich. Treize ans après, Crida fonda entre
l'Estanglie et le pays des Cambriens, le royaume de Merk ou de Mercie, qui
devait son nom (Merk, frontière) au voisinage des Cambriens, dont il dessinait la frontière ;
capitale Lincoln. Telle
fut l'Heptarchie anglo-saxonne. Le pays des Cambriens conserva seul son
indépendance, et offrit un asile inviolable à tous les ennemis de la
domination étrangère. De nombreux émigrés bretons traversèrent l'Océan et se
réfugièrent dans l'Armorique, où ils trouvèrent des hommes issus de la même
race, et parlant à peu près la même langue qu'eux[9]. Nous
allons raconter le plus brièvement possible l'histoire peu intéressante des
différents royaumes de l'Heptarchie, jusqu'à l'époque où ils furent réunis
sous la domination d'Egbert-le-Grand. ROYAUME DE KENT. — Escus, successeur
d'Henghist, posséda en paix le royaume fondé par son père. Oeta, son fils,
après un règne de vingt-deux ans, laissa la couronne à Hermenrich,
père d'Ethelbert, qui devait relever la gloire de sa maison. A peine monté
sur le trône (556), Ethelbert
envahit les États de Céaulin, roi de Wessex, dont
l'ambition excitait les craintes et la jalousie des princes voisins. Vaincu
dans deux batailles, le roi de Kent prit une glorieuse revanche et défit son
ennemi dans une action décisive. La mort de Céaulin
le délivra bientôt d'un rival redoutable. L'événement le plus mémorable de ce
règne est la prédication de l'Évangile parmi les Anglo-Saxons. Les efforts de
Grégoire-le-Grand, le zèle ardent de la reine Berthe, fille de Caribert, roi
de Paris, et épouse d'Ethelbert, le dévouement et les vertus du moine
Augustin propagèrent la foi chrétienne avec une rapidité merveilleuse. Les
autels du sanguinaire Odin furent renversés, et le rôt, ainsi que la plupart
de ses sujets, reçut le baptême[10]. Ethelbert publia le premier un
code de lois écrites, dont la compensation pécuniaire pour tous les crimes et
délits est, comme dans tous les autres codes barbares, le principe
fondamental. Eadbald,
fils d'Ethelbert (616),
épris d'une coupable passion pour sa belle-mère, et furieux de l'opposition
que mettait le clergé à son mariage, revint avec son peuple au culte des
dieux nationaux. Mais les pieuses remontrances de Laurentius, évêque de
Cantorbéry, le rendirent lui et ses sujets à l'Église chrétienne. Ercombert, auquel Eadbald transmit la couronne (640), acheva d'extirper l'idolâtrie
dans ses États. Egbert, qui le remplaça, essaya d'assurer le trône à son fils
Edric, par le meurtre de ses deux cousins germains, fils d'Erminfrid, son oncle. Cette barbare précaution fut
inutile. A sa mort, Lothaire, son frère, s'empara du pouvoir, et pour
l'affermir dans sa famille, s'associa son fils Richard. Edric, l'héritier
légitime, trouva un asile à la cour du roi de Sussex, Edilwach,
qui s'arma pour le venger. Lothaire fut défait et tué après onze ans de règne
: Richard s'enfuit en Germanie. A la mort d'Edric (686), Widred,
frère de Lothaire, se saisit du sceptre et se maintint sur le trône, malgré
les efforts de Cadwalla, roi de Wessex. La maison royale de Kent s'éteignit
en 694 dans la personne d'Alric. Le royaume fut alors livré à l'anarchie,
sous les règnes agités des usurpateurs Egbert, Cuthred et Baldred. Ce dernier
fut renversé par les armes victorieuses d'Egbert-le-Grand, qui réunit sous
ses lois toute l'Heptarchie anglo-saxonne (823). ROYAUME DU NORTHUMBERLAND. — Le fils d'Ella, Edwin,
dépouillé de la couronne par son beau-frère Adelfrid, roi de Bernicle (590), fut rétabli sur le trône par
Redwald, chef des Estangles. « Edwin, dit Hume, fut le plus grand des
princes de l'Heptarchie qui régnèrent de son temps ; il se distingua à la
fois par l'ascendant qu'il prit sur les autres royaumes, et dans le sien par
la justice exacte de son administration. Il tira ses sujets de la corruption à laquelle ils étaient abandonnés, et les contint sous le joug
d'une police si sévère, que sous son règne une femme ou un enfant, disent les
chroniques, pouvait porter à toute heure et partout une bourse d'or dans la
main sans craindre de la perdre par la violence ou par la ruse. » Edwin
avait épousé Éthelburge, fille d'Ethelbert, roi de Kent : cette princesse,
aussi fervente chrétienne que sa mère, fut l'instrument de la conversion de
son mari et de ses sujets. Ce prince périt dans un combat contre Péada, roi
de Mercie (628).
Ses enfants furent dépossédés par Eanfrid, fils d'Adelfrid, et par Osric
cousin-germain d'Edwin. L'un prit possession de la Bernicie, l'autre s'empara
du Deire. En 634, Oswald, frère d'Eanfrid, réunit sous son sceptre tout le
Northumberland, Depuis cette époque jusqu'au moment où Egbert-le-Grand reçut
la soumission des Northumbriens, le trône est successivement occupé par des
princes qui périrent presque tous de mort violente, et dont pas un seul n'est
digne de mémoire. ROYAUME D'ESTANGLIE. — L'histoire de ce royaume fondé par Offa, est dénuée de tout
intérêt. Sigebert, son cinquième roi, qui avait été élevé en France, propagea
dans ses États le christianisme, et fonda l'université de Cambridge ou plutôt
quelques écoles publiques dans cette ville. Les règnes obscurs de ses
successeurs n'offrent qu'un mélange repoussant de combats, de meurtres et de
perfidies. En 792 l'Estanglie fut subjuguée par le roi de Merde Offa,
assassin d'Ethelbert le dernier des princes Estangles. ROYAUME DE MERCIE. — Le vaste royaume de Mercie comprenait toutes
les provinces centrales de la Grande-Bretagne. Wibba, fils de Crida, demeura pendant tout son règne sous la dépendance
d'Ethelbert, roi de Kent, auquel il devait la couronne. A sa mort, son fils
Péada, prince d'un génie inquiet et remuant, fut écarté du trône par
Éthelbert qui lui préféra Céorl, parent de Wibba.
Péada avait cinquante ans lorsqu'il arriva au pouvoir ; il fut sans cesse en
guerre avec ses voisins, et se rendit odieux à tous ses sujets par son
injustice et ses violences. Vers 655, Péada II, son fils, fut converti à la
religion chrétienne par sa femme. L'influence des femmes, chez les Barbares,
servit puissamment la propagation de la foi chrétienne. Ethelred, successeur
de Péada, après avoir signalé son courage dans deux expéditions glorieuses
contre les rois de Kent et de Northumberland, se retira vers 697 dans le
monastère de Bardney, et laissa le trône à Kenred, qui abdiqua lui-même en
faveur de Ceolred. Ethelbald chercha à éteindre ces
haines héréditaires de famille que perpétuaient les discordes intérieures.
Massacré dans une sédition, il eut pour successeur Offa (755). La
gloire d'Offa, qui réunit à ses États les royaumes de Kent et de Wessex, fut
souillée par le meurtre d'Ethelbert, roi d'Estanglie, dont il usurpa les
domaines. « Ce prince perfide crut cependant devoir, ou pour réhabiliter
sa réputation, ou pour apaiser le remords de sa conscience, se concilier la
bienveillance du clergé. Il abandonna le dixième de ses biens à l'Église, fit
de magnifiques donations à la cathédrale d'Hertford et alla en pèlerinage à
Rome. Pour se rendre favorable le souverain Pontife, il promit de lui payer
tous les ans une somme destinée à l'entretien d'un collège anglais à Rome, et
afin de tirer cette somme de ses sujets, il leva une taxe d'un penny sur
chaque maison d'un revenu annuel de trente pence. Cet impôt, qui s'étendit
ensuite sur toute l'Angleterre, fut appelé le denier de saint Pierre[11]. » Offa, qui eut des
relations d'amitié avec Charlemagne, mourut après un règne de trente-neuf ans
(794). Son fils Egfrid ne lui
survécut que cinq mois, et fut remplacé par Kenulph, descendant de la maison
royale. Son règne fut rempli par des guerres continuelles contre les rois de
Kent et d'Estanglie. Kenulph fut massacré dans une
révolte des Estangles et eut pour successeur Céolulf, son frère, qui fut
détrôné par un seigneur mercien nommé Béornulf. Cet usurpateur fut lui-même assassiné. Ludican éprouva le même sort : Wiglaff
essaya en vain de s'affermir sur un trône chancelant, et la Mercie tomba
bientôt sous la domination d'Egbert-le-Grand (823). ROYAUME D'ESSEX — Sehert ou Sisehert,
petit-fils d'Erkenwin et neveu d'Ethelbert,
embrassa la foi chrétienne, à la sollicitation de son oncle. Mais à ce roi
fervent succédèrent des princes hostiles au nouveau culte. Les deux fils de
Sebert s'empressèrent de retourner à l'idolâtrie et d'abolir les lois qui
protégeaient le christianisme naissant. Cependant ils traitèrent d'abord avec
douceur l'évêque Mélitus et ses néophytes. Ils se
rendaient même à l'église par passe-temps et peut-être par une sorte d'incertitude
secrète. Un jour que le Romain donnait à ses fidèles la communion de
l'eucharistie : « Pourquoi, lui dirent les deux jeunes chefs, ne nous
offres-tu pas comme aux autres de ce pain si blanc que tu donnais à notre
père Sebert ? — Si vous vouliez, répondit l'évêque, vous laver dans la
fontaine de salut où votre père a été lavé, vous auriez comme lui votre part
de ce pain salutaire. — Nous ne voulons pas entrer dans la fontaine : nous
n'en avons nul besoin, et cependant nous avons envie de nous restaurer avec
ce pain. » Ils renouvelèrent plusieurs fois cette bizarre demande et toujours
le Romain leur répétait qu'il ne pouvait y accéder. « Puisque tu ne veux
pas, lui dirent-ils, nous complaire dans une chose si aisée, tu sortiras de
notre pays. » Ils le chassèrent en effet lui et tous ses compagnons[12]. Sigebert-le-Bon rétablit le
christianisme. Après la mort de Selbred, dernier prince de la famille royale,
l'État fut en proie à une anarchie violente et le trône occupé pendant un
demi-siècle par des usurpateurs sans mérite et sans autorité ; Sigered, l'un
d'eux, se plaça sous le patronage d'Egbert-le-Grand, dont il reconnut la
suzeraineté. ROYAUME DE SUSSEX. — Ce petit État est à peine aperçu dans
l'histoire de l’Heptarchie. Absorbé de bonne heure par le royaume de Wessex,
il chercha à recouvrer son indépendance sous Adelwach, le dernier de ses
princes. Mais Cadwalla, roi de Wessex, châtia sans peine cette impuissante
tentative. Adelwach fut tué dans un combat, et ses deux fils furent mis à
mort par le vainqueur. Dès ce moment le Sussex fut incorporé au Wessex, qui
devait engloutir tous les autres. ROYAUME DE WESSEX. — Kenric, fils de Cerdic, et ses deux successeurs immédiats Céaulin (560) et Céalric furent engagés dans des guerres continuelles contre les Saxons, les Bretons, les Scots et les Pictes. Leurs victoires agrandirent considérablement le royaume. Cynegile et Cuichelme, fils de Céalric, qui régnèrent conjointement, embrassèrent la religion chrétienne ; Cenwalch, fils de Cynegile, hérita de tout le royaume (642). Resté fidèle à la religion d'Odin, il répudia sa femme fille de Péada, roi de Mercie. Péada vengea cet outrage en renversant son gendre. Cenwalch se fit chrétien, rappela son épouse et remonta ainsi sur le trône. A sa mort, Sexburge, sa veuve, se saisit de la couronne malgré les prétentions de la famille de Cerdic. Après elle la royauté devint élective. Les Thanes élurent successivement Escwin, Kentwin et Cadwalla (686). Ce dernier, issu de la race de Cerdic, conquit le royaume de Sussex et l'île de Wight. Il mourut à Rome (688) où il était allé recevoir le baptême de la main du pontife Sergius. Ina, son successeur, réunit à ses États le royaume d'Essex, et força le roi de Kent de le reconnaitre pour suzerain. Le code qu'il publia, bien qu'empreint de la barbarie de l'époque, contribua puissamment à adoucir les mœurs de ses sujets et à calmer les haines héréditaires. Fatigué du monde et dégoûté des grandeurs, il abdiqua après un règne glorieux de trente-cinq ans (728), se rendit à Rome avec sa femme Etbelburge, et consacra les dernières années de sa vie aux austérités de la pénitence. Æthelheard et Oswald, désignés par lui pour héritiers, se disputèrent avec fureur l'autorité souveraine. Le premier triompha et laissa en 748 le trône à Cuthred son frère. Le règne d'Æthelheard dut quelque célébrité aux victoires qu'il remporta sur les Bretons. Sigebyrcht, son successeur, déposé par les Thanes et remplacé par Cynewulf, fut lâchement égorgé dans sa fuite par les ordres du nouveau monarque. Cynehard vengea le meurtre de son frère en assassinant Cynewulf et chercha à s'emparer du pouvoir. Mais les Thanes indignés refusèrent de le reconnaître, appelèrent le peuple aux armes et massacrèrent Cynehard et ses partisans[13]. |
[1]
Archæology of Wales, p. 57.
[2]
Triœdd ynys
Prydain, n. 8.
[3]
Sous la longue domination des Romains, la Bretagne était insensiblement devenue
une province policée et façonnée au joug, dont la défense dépendait d'une
puissance éloignée. Les Bretons contemplèrent leur liberté récente avec un
mélange de surprise et de terreur. L'Empereur les abandonnait, dépourvus de
toute constitution civile et militaire. Leurs chefs manquaient également de
courage, d'intelligence et d'autorité pour diriger les forces publiques contre
l'ennemi commun. L'arrivée des Saxons décèle leur faiblesse. La consternation
exagéra le danger, la désunion diminua les ressources et la fureur des factions
rendit la résistance impossible.
[4]
M. AUG. THIERRY, Conquête de
l'Angleterre, t. Ier, p. 42.
[5]
Les peuples désignés sous le nom de Saxons occupaient alors toute la côte
comprise entre l'Eyder et l'embouchure de l'Ems. Leurs douze tribus étaient
commandées par des chefs respectifs qui avaient au-dessus d'eux l'assemblée
générale de la nation. Affiliés par la communauté d'origine et de mœurs aux
Jutes et aux Angles leurs voisins, ils infestaient de leurs pirateries les
côtes de la Gaule et de la Germanie. Les Romains avaient créé contre eux un
gouvernement militaire dont le chef portait le titre de Comes littoris Saxonici. Malgré
cette précaution, les Saxons avaient plus d'une fois désolé par leurs
brigandages les côtes de la Bretagne.
[6]
Les Jutes qui suivaient particulièrement les drapeaux d'Henghist furent les
véritables fondateurs du royaume de Kent. On en attribue l'honneur aux Saxons
primitifs. Les Angles distingués par leur nombre et par leurs succès donnèrent
plus tard leur nom au pays dont ils occupaient la plus vaste partie. D'autres
pirates se joignirent à la triple confédération des Jutes, des Angles et des
Saxons. Les Frisons que le voisinage de la Grande-Bretagne avait tentés,
balancèrent quelque temps la puissance des autres envahisseurs. Des Rugiens et
même des Huns prirent aussi part à la conquête.
[7]
Arthur blessé grièvement fut transporté dans une île qui porte aujourd'hui le
nom de Glastonbury, au sud du golfe où se jette la Saverne. « Il y mourut de
ses blessures, dit M. Aug. Thierry, mais comme c'était le temps où les Saxons
occidentaux envahirent ce territoire, dans le tumulte de l'invasion, personne
ne sut exactement les circonstances de la mort d'Arthur ni le lieu où il fut
enseveli. Cette ignorance attira sur son nom une célébrité mystérieuse. Il y
avait déjà longtemps qu'il n'était plus, et on l'attendait encore. Le besoin
qu'on avait du grand chef de guerre qui savait vaincre
les Germains nourrissait la vaine espérance de le voir reparaître un jour.
Cette ignorance n'eut pas de fin ; et durant plusieurs siècles la nation qui
avait aimé Arthur ne se découragea pas d'attendre sa guérison et son retour.
[8]
Les indigènes dans leur épouvante surnommèrent Idda l'homme de feu. Nous
reproduisons ici une citation faite par M. Aug. Thierry. « L'homme de feu est
venu contre nous, dit un poète breton contemporain. Il nous a demandé d'une
voix forte : « Voulez-vous me livrer des otages, êtes-vous prêts ? Owen lui a
répondu, en agitant sa lance : non, nous ne te livrerons point d'otages ; non,
nous ne sommes pas prêts ? Urien, le chef du pays s'est alors écrié : Enfants
d'une même race unie pour la même cause, levons notre étendard sur les
montagnes, et précipitons-nous dans la plaine : précipitons-nous sur l'Homme de
Feu, et unissons dans le même carnage, lui, son armée et ses auxiliaires. »
[9]
On appelle Heptarchie la réunion des sept royaumes fondés dans la
Grande-Bretagne par les tribus germaniques. Cette dénomination n'est pas
rigoureusement exacte ; car le Northumberland forma plusieurs fois deux
royaumes séparés, celui de Bernicle au nord de la Tyne, et celui de Deire au
midi de cette rivière. Le royaume de Kent comprenait eu tout ou en partie les
comtés actuels de Kent, Sussex, Essex, Middlesex ; les comtés de Sussex et de
Surrey appartenaient aux Saxons du sud ; les comtés de liants, Dorset, Wilts,
Fens, Sommerset et l'île de Wight formaient le royaume de Wessex ; celui
d'Essex embrassait les comtés d'Essex, Middlesex, Hertford ; le Northumberland,
qui avait pour capitale York, comprenait les comtés de Northumberland, Durham,
Westmoreland, York, Lancastre ; les comtés de Cambridge, Suffolk, Norfolk et
Ille d'Ely appartenaient à l'Estanglie ; le royaume de Mercie se composait des
comtés de Glocester, Worcester, Leicester, Northampton, Bedford, Buckingham,
Derby, Nottingham, etc.
[10]
Voyez pour la conversion des Saxons au catholicisme, le chapitre suivant.
[11]
HUME, Histoire
d'Angleterre.
[12]
M. AUG. THIERRY, Histoire de
la conquête de l'Angleterre, t. Ier, p. 76.
[13]
Voyez pour la suite le chapitre XXX.