Soumission de la
plupart des tribus arabes. — Guerre des idoles. — Mahomet déclare la guerre
aux Romains. — II revient bientôt à Médine. — Derniers moments et mort du
prophète. — Le Koran. — Ce livre est le code civil et religieux des
Musulmans. — Réflexions générales. — Principes fondamentaux du Koran. —
Mahomet reconnait six législateurs. — Son respect pour Jésus-Christ. — Le
chapitres du Koran sont publiés successivement. — Réponse de Mahomet à ses
ennemis. — Principaux dogmes du Koran. — Les préceptes se réduisent à quatre.
— Pureté de la morale du Koran. — Intolérance religieuse de Mahomet. — Deux
grandes sectes naissent après la mort de Mahomet, les Schiites et les
Sonnites.
La
conquête de la Mecque entrains la conversion et la soumission des tribus
arabes qui, selon les vicissitudes de la fortune, avaient respecté ou
dédaigné l'éloquence et les armes du prophète. Cependant quelques-unes
d'entre elles, demeurèrent fidèles à la religion et à la liberté de leurs
ancêtres, et la guerre de Bousin a été nommée avec raison la guerre des
idoles, que Mahomet voulait détruire et qu'avaient juré de défendre les
confédérés de Tayef. Le prophète marcha contre eux à la tête de douze mille hommes,
avec une confiance téméraire, et descendit sans précaution dans la vallée de
Honain. Les archers et les frondeurs des alliés s'étaient emparés des
hauteurs, et l'avantage de la position allait leur donner la victoire : déjà
les ennemis environnaient le prophète monté sur sa mule blanche : il voulut
chercher dans leurs rangs une mort honorable ; mais dix de ses compagnons lui
firent un rempart de leurs corps et tombèrent percés de coups à ses pieds.
« Mes frères, s'écriait-il avec douleur et indignation, je suis le fils
d'Abdallah, je suis l'apôtre de la vérité ; hommes, soyez constants dans la
foi : Dieu ! envoie-moi du secours. » Les Moslems fugitifs se rallient
et reviennent an combat avec une ardeur nouvelle ; Mahomet se met à leur tête
et les bataillons ennemis sont dispersés. Tayef,
qui résista d'abord avec succès, ne tarda point à se soumettre. Le temple fut
démoli, et un arrêt de proscription frappa toutes les idoles de l'Arabie. Un
peuple fidèle salua les lieutenants de Mahomet sur les côtes de la Mer-Rouge,
de l'Océan et du golfe Persique ; et les ambassadeurs qui vinrent
s'agenouiller devant le trône de Médine, furent aussi nombreux, dit un auteur
arabe, que les dattes mûres qui tombent des palmiers (631). Toute la nation se soumit au
Dieu et au sceptre de Mahomet[1]. On supprima la honteuse
dénomination de tribut. Les aumônes et les dîmes volontaires ou forcées
furent employées au service de la religion, et cent quatorze mille Moslems
accompagnèrent le dernier pèlerinage de l'apôtre. Après
la conquête de la Mecque et la guerre des Idoles, Mahomet enflé de tant de
succès ne craignait point de se mesurer avec les Romains. Ses députés
déclarèrent solennellement la guerre à Héraclius. Le prophète s'avança à la
tête de dix mille cavaliers et de vingt mille fantassins vers la frontière de
la Syrie ; mais arrivé à dix journées de Damas, il s'arrêta, se reposa près
de la fontaine de Tabuc, et revint sur ses pas atteint d'une langueur
mortelle[2]. Pendant ce temps l'intrépide
Khaled soumettait les tribus et les villes depuis l'Euphrate jusqu'à la ville
d'Allah, située près de la Mer-Rouge. Mahomet accorda à ses sujets chrétiens
la sûreté de leurs personnes, la liberté de leur commerce, la propriété de
leurs biens, et la tolérance de leur culte. Le fils
d'Abdallah, revenu à Médine, mourut après une fièvre de quatorze jours qui le
priva par intervalle de sa raison. Quand il sentit approcher l'heure suprême,
il se fit porter à la mosquée et du haut de la chaire, il s'écria : « Si
j'ai puni quelqu'un injustement, je me soumets au fouet des représailles. Si
j'ai flétri la réputation d'un Musulman, qu'il se lève et m'accuse. Si j'ai
dépouillé un fidèle de ses biens, le peu que je possède acquittera la dette.
— Je réclame trois drachmes, s'écria un « des assistants ». Mahomet
trouva la plainte juste, donna ce qu'on lui demandait, remercia son créancier
de l'avoir accusé dans ce monde, plutôt qu'au jour du jugement. Il montra une
fermeté tranquille à l'approche de la mort, affranchit ses esclaves, régla
l'ordre de ses funérailles, et apaisa les lamentations de ses amis auxquels
il donna sa bénédiction. Le prophète parut désigner pour son successeur
Abou-Bekre, son ancien et son fidèle compagnon ; Mais il eut soin d'éviter
les dangers d'une élection plus formelle. Mahomet conserva jusqu'au dernier
moment de sa vie, toute la dignité d'un apôtre, et toute la confiance d'un
fanatique. Il décrivit la visite de l'Ange Gabriel qui était venu dire un
dernier adieu à la terre, et il ajouta avec vivacité qu'il comptait sur la
bonté de l'être suprême. Il exhala le dernier soupir en disant : « Dieu...
pardonnez mes péchés.... oui.... je vais retrouver mes compagnons qui sont
dans le ciel[3]. (632.) » Sa mort
suspendit l'expédition de Syrie. L'armée s'était arrêtée aux portes de
Médine, et les chefs ne quittèrent pas leur maitre tant qu'il lui resta un
souffle de vie ; la ville, et en pal-tituber la maison du prophète,
n'offrirent plus que des cris de douleur ou le silence du désespoir. Le
fanatisme seul essaya de donner de l'espoir et des consolations. « Notre
intercesseur, notre médiateur auprès de Dieu ne peut être mort, s'écrièrent
quelques Musulmans ; non il n'est pas mort ; il est dans ce saint évanouissement
où l'on a vu Moise, et il sera bientôt rendu à son » peuple fidèle. »
Omar alors tira son cimeterre et menaça de couper la tête du téméraire qui
oserait soutenir que le prophète n'était plus. L'autorité et la modération
d'Abou-Bekre apaisèrent le tumulte. « Est-ce donc Mahomet, dit-il à Omar et à
la multitude, ou le Dieu de ce prophète que vous adorez ? Le Dieu de Mahomet
vit à jamais, mais l'apôtre était mortel comme nous, et, selon sa prédiction,
il a subi la destinée commune. » On l'enterra dans le lieu même où il expira.
Sa mort et sa sépulture ont consacré Médine, et les innombrables pèlerins de
la Mecque se détournent souvent pour aller prier sur la tombe du prophète qui
est d'une simplicité remarquable[4]. LE KORAN. — Le Koran, ouvrage
tour-a-tour sublime et absurde, recueil confus de lois, de sermons, de récits
et de visions, est à la fois le code civil et religieux des Musulmans. Il est
divisé en chapitres ou sures, et en versets. « Nous avons divisé le
Koran[5], dit l'esprit, afin que tu
puisses le lire avec des pauses ; nous l'avons divisé par chapitres. »
Les communications fréquentes que Mahomet eut, dit-on, avec un libraire
chrétien nommé Cain, avec le moine Nestorien Bohaira ou Sergius, et avec le
rabbin Abdiah-Ben-Salem, le familiarisèrent avec la religion juive et
chrétienne, auxquelles il emprunta les principes fondamentaux de sa doctrine,
qui est toute résumée dans ces mots : « Il n'y a qu'un Dieu, et Mahomet
est son prophète. » La Illah, Allah, Mouhamed, Rassoul, Allah ! Le
prophète de la Mecque rejette le culte des idoles, des hommes, des étoiles et
des planètes, sur ce principe raisonnable que tout ce qui se lève doit se
coucher, tout ce qui reçoit le jour doit mourir, tout ce qui est corruptible
doit se dissoudre. Il adorait dans le créateur de l'univers un être infini,
unique, éternel, qui n'a point de forme, et qui n'occupe point d'espace,
auquel on ne peut rien comparer, qui assiste à nos pensées les plus secrètes,
qui existe par la nécessité de sa nature et qui tire de lui-même toutes ses
perfections morales et intellectuelles. Aussi ses prosélytes, depuis la
frontière de l'Inde jusqu'à celle de Maroc, sont-ils distingués par le nom
d'unitaires. Les Mahométans ont adopté la doctrine des décrets éternels et de
la prédestination absolue. Mahomet
accordait à ses prédécesseurs l'autorité qu'il réclamait pour lui-même, et il
trouvait une suite d'hommes inspirés depuis la chute de notre premier père
jusqu'à la promulgation du Koran. Pendant cette époque, disait-il, cent vingt-quatre
mille élus ont reçu quelque rayon de la lumière prophétique. Trois cent
treize apôtres ont été chargés d'arracher les hommes au vice et à l'idolâtre.
Six législateurs ont annoncé au monde six révélations successives ; Adam,
Noé, Abraham, Moïse, Jésus-Christ et Mahomet sont ces six législateurs.
L'ordre de mérite suit l'ordre des temps ; ainsi le dernier est supérieur aux
cinq autres. Mahomet ajoutait que, parmi les nombreux prophètes inspirés de
Dieu, Moise et Jésus-Christ seuls avaient régné, et que tout ce qui restait
des écrits inspirés était réformé dans le livre de l'ancien et du nouveau
Testament. Le prophète montre beaucoup de respect pour le divin auteur du
Christianisme : « Jésus-Christ, fils de Marie, dit-il, est vraiment
l'apôtre de Dieu. Il mérite des honneurs dans ce monde et dans l'autre ;
c'est un de ceux qui approchent le plus de la divinité[6]. » Mais, ajoute Mahomet,
au jour du jugement, Jésus-Christ accusera et fera condamner les Juifs qui ne
veulent point le reconnaître pour prophète, et les chrétiens qui l'adorent
comme le fils de Dieu. Moïse et Jésus se réjouirent lorsqu'il leur fut révélé
qu'après leur mort paraîtrait un prophète plus illustre qu'eux. La promesse
du Paraclet ou de l'esprit saint, que fait l'évangile, s'est trouvée
accomplie dans le nom et la personne de Mahomet, le plus grand et le dernier
des apôtres de Dieu. D'après
les paroles de Mahomet ou de ses disciples, la substance du Koran est incréée
et éternelle. Elle existe dans l'essence de la divinité, et elle a été
inscrite avec une plume de lumière sur la table de ses décrets éternels.
L'Ange Gabriel apporta au prophète dans un volume orné de pierreries une
copie de cet ouvrage immortel ; et ce fidèle messager lui en révéla
successivement les chapitres et les versets. Mahomet ne promulgua pas le
Koran tout à la fois ; il donna chacune des révélations, selon le besoin de
ses passions ou de ses vues politiques ; et afin d'échapper au reproche de
contradiction, il établit en principe que chacun des textes se trouvait
abrogé ou modifié par un passage postérieur. Les disciples de Mahomet
écrivirent avec soin sur des feuilles de palmier ou des omoplates de mouton,
les paroles de Dieu et celles de l'apôtre ; et ces divers lambeaux furent
jetés sans ordre et sans liaison dans un coffre, dont le prophète confia la
garde à une de ses femmes. Deux ans après sa mort, Abou-Bekre son successeur
les recueillit et les publia. Le khalife Othman revit l'ouvrage la trentième
année de l'hégire. Le
prophète, entraîné par le fanatisme et l'orgueil, défie hardiment les hommes
et les anges d'imiter la beauté d'une seule de ses pages que Dieu seul a pu
dicter[7]. Quelques incrédules
reprochaient à Mahomet de débiter des fables recueillies parmi les Juifs, les
Chrétiens et les Arabes. On désignait l'Israélite qui composait les divers
chapitres du Koran. Alors Gabriel descendit et lui commanda : « Va et dis ;
l'esprit de sainteté a véritablement apporté le Koran du ciel pour affermir
les croyants, pour leur montrer la lumière et les promesses du Seigneur. Je
connais leurs discours : un homme, s'écrient-ils, dicte le Koran à Mahomet.
Celui qu'ils soupçonnent parle une langue étrangère, et l'arabe du Koran est
pur et élégant. Ceux qui rejettent les préceptes du Seigneur ne l'auront
point pour guide, ils seront la proie des supplices : ceux qui nient
l'islamisme ajoutent le blasphème au mensonge. » Des
prodiges éclatants avaient confirmé la mission de Moise et de Jésus : les
habitants de Médine et de la Mecque sommèrent plus d'une fois Mahomet de
manifester par des miracles l'autorité de son apostolat. Quelques versets
tombés du ciel apportaient aux hommes la réponse de Dieu. « Les infidèles se
sont écriés : nous ne croirons pas à ta mission, si tu ne fais jaillir de la
terre une source d'eau vive, ou si, du milieu d'un jardin planté de palmiers
et de vignes, tu ne fais sortir des ruisseaux : ou si tu n'abaisses la voûte
des cieux et si tu ne nous fais voir Dieu et les anges à découvert ; si tu ne
bâtis une maison d'or, on si tu ne montes dans les cieux par une échelle ; et
nous ne croirons pas encore, à moins que tu ne nous envoies du ciel un livre
que nous puissions lire. — Dis-leur : louange au Très-Haut I je ne suis qu'un
homme qui vous a été envoyé ; les hommes n'ont point cru lorsque la véritable
religion leur a été annoncée, parce qu'ils ont dit : Dieu aurait-il choisi un
mortel pour être l'organe de ses volontés ? Réponds-leur : si les anges
habitaient la terre, s'ils conversaient avec vous, nous vous aurions envoyé
un ange pour ministre. Celui que Dieu conduit marche dans le vrai chemin.
Ceux qu'il égare n'auront point d'abri contre sa vengeance. L'enfer sera leur
demeure : si les flammes viennent à s'éteindre, nous les rallumerons, et nous
en augmenterons l'ardeur[8]. » On
distingue dans le Koran les dogmes et les préceptes. Voici les dogmes ; un
Dieu unique et sans compagnon communique avec la terre par la
médiation des anges et des prophètes. Après cette vie, des peines sont
réservées aux méchants, des récompenses aux bons. Le monde finira. Alors, au
son de la trompette, les anges, les génies et les hommes sortiront des tombeaux,
et les âmes humaines se trouveront réunies à leurs corps. Le jugement dernier
suivra la réunion du corps et de l'anse. Les supplices des infidèles seront
seuls éternels, et les larmes que versa Mahomet sur la tombe de sa mère, pour
laquelle sa doctrine lui défendait de prier, offrent un contraste frappant de
fanatisme et d'humanité. Les demeures éternelles des chrétiens, des juifs,
des sabéens et des mages se trouvent dans l'abîme, les uns au-dessous des autres,
et le dernier enfer est destiné aux mécréants hypocrites, qui ont pris le
masque de la religion. Les
saints, c'est-à-dire ceux qui auront marché sur les traces de Mahomet, feront
leur entrée triomphante dans le paradis, tandis que les Musulmans coupables
seront précipités dans le premier et le moins affreux des sept enfers. Le
temps de l'expiation variera de neuf siècles à sept mille ans ; mais le
prophète a déclaré habilement, que la foi de ses disciples et son
intercession en leur faveur les sauveront de la damnation éternelle. « Les
élus, dit Mahomet, posséderont deux jardins ornés de bosquets ; dans chacun
d'eux jailliront des fontaines, et dans chacun d'eux des fruits divers croîtront
en abondance. Les hôtes de ce séjour, couchés sur des lits de soie enrichis
d'or, jouiront au gré de leurs désirs de tous les plaisirs des sens. Là
seront de jeunes vierges au regard modeste, dont jamais homme ni génie n'a
profané la beauté. Les vierges aux beaux yeux noirs seront renfermées dans
des pavillons superbes ; les époux reposeront sur des tapis et des lits
magnifiques. Au reste, les joies du paradis de Mahomet ne se bornent pas aux
plaisirs sensuels, le prophète a déclaré positivement que les saints et les
martyrs, admis à la béatitude de la vision divine, oublieront et dédaigneront
toutes les joies d'un ordre inférieur. Les
préceptes sont au nombre de quatre, la prière, les ablutions, le jeûne et
l'aumône. D'après la tradition du voyage nocturne, l'apôtre, dans ses
conférences avec Dieu, eut ordre d'imposer à ses disciples l'obligation de
prier cinquante fois par jour. Moise lui ayant conseillé de demander que ce
fardeau fut allégé, le nombre fut peu-à-peu réduit à cinq fois : au point du
jour, à midi, à quatre heures, le soir et à la première veille de la nuit. Le
vendredi de chaque semaine, le peuple se rassemble dans la mosquée. Un
vieillard monte en chaire ; il fait la prière et termine par un sermon.
Depuis l'époque la plus reculée, les Arabes se lavaient souvent les mains, le
visage et le corps ; le Koran ordonne ces ablutions, symbole de pureté, avant
la prière. A défaut d'eau on peut se servir de sable. Le prophète institua un
jeûne de trente jours par année : il recommanda soigneusement de l'observer,
comme un sacrifice qui purifie rame et maîtrise le corps ; comme un exercice
d'obéissance à la volonté de Dieu et à celle de son apôtre. Pendant le mois
de Ramadan, depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, un Musulman doit
s'abstenir de toute nourriture, de toute boisson, de bains, de parfums : en
un mot, il renonce à tous les plaisirs des sens. D'après les révolutions de
l'année lunaire, le Ramadan tombe tour-à-tour au milieu des froids de l'hiver
et des chaleurs de l'été, et pour accorder à la soif une goutte d'eau, il
faut attendre la fin d'une journée brillante[9]. Mahomet fit une loi positive
et générale de l'interdiction du vin. La
charité des Musulmans s'étend jusque sur les animaux, et le Koran recommande
plusieurs fois, non plus comme une œuvre seulement méritoire, mais comme un
devoir rigoureux et indispensable, de secourir les pauvres et les malheureux.
Mahomet est peut-être le seul législateur qui ait fixé la mesure précise de
l'aumône. Elle semble varier avec le degré ou la nature de la propriété :
mais pour accomplir la loi, le Musulman doit donner le dixième de ses revenus
; et si sa conscience n'est pas tranquille, il est tenu d'abandonner le cinquième.
« Faites le bien pour lui-même, dit le Koran, sans considération
humaine. Celui qui donne par ostentation est semblable à un rocher couvert de
poussière : une pluie abondante survient et ne lui laisse que sa dureté. »
Le prêt à intérêt est sévèrement défendu, et représenté comme un outrage à
l'humanité. On a
faussement attribué la propagation de l'islamisme à l'indulgence de sa
morale, et à l'attrait des plaisirs sensuels que le prophète promet aux
Croyants. La morale du Koran est toujours pure et souvent pleine d'élévation.
Mahomet, il est vrai, ne détruisit point la polygamie qui avait constamment
régné dans l'Asie occidentale ; mais il réduisit à quatre le nombre des
femmes légitimes. Dans le commencement de son apostolat, il prêcha la
tolérance : « Ne faites point de violence aux hommes à cause de leur
foi, dit le Koran, la voie du salut est assez distincte du chemin de l'erreur
: » Mais quand il se sentit fort et puissant, il se présenta aux infidèles,
le livre sacré d'une main, le glaive de l'autre, et il ne permit pas toujours
aux vaincus d'acheter l'exercice de leur culte par un tribut annuel.
Cependant ceux qui reniaient leur religion pour embrasser l'islamisme
obtenaient tous les avantages des conquérants. La nouvelle religion ne fut pas à l'abri des discordes religieuses. Nous verrons la révolte impuissante de Moseilama, le refus des Kharégites de reconnaitre les droits d'Abou-Bekre, et leurs efforts pour élever au pouvoir Ali, gendre de Mahomet. Telle fut l'origine du grand schisme qui a divisé et qui divise encore les Musulmans d'Orient et d'Occident, et qui entretient entre les Persans et les Turcs une haine éternelle. Les premiers, flétris par la dénomination de schiites ou sectaires, ont ajouté au symbole musulman cet article de foi : « Que si Mahomet est l'apôtre de Dieu, Ali est le vicaire de la divinité. » Dans le commerce habituel de la vie et dans le culte public, ils chargent d'imprécations les trois usurpateurs qui interceptèrent son droit à la dignité d'iman et de khalife, et le nom d'Omar exprime dans leur langue la réunion de la scélératesse et de l'impiété. Les schiites, scrupuleux observateurs de la lettre du Koran, rejettent l'autorité et les commentaires des docteurs. La doctrine des Sonnites ou traditionnaires est fondée sur la tradition orthodoxe des Musulmans. Ils respectent la mémoire d'Abou-Bekre, d'Omar et d'Othman, les saints et légitimes successeurs du prophète ; mais persuadés que le degré de sainteté a déterminé l'ordre de succession, ils donnent la dernière place à l'époux de Fatime. Au reste, ils rendent haine pour haine aux schiites, et nous lisons dans un paragraphe de la Sonna, qu'on se rend plus agréable à Dieu en tuant un schiite qu'en tuant trente-six chrétiens. |
[1]
La neuvième année de l'Hégire fut appelée l'année des ambassades.
[2]
Il avait, dit-on, été empoisonné après la prise de Chaïbar, par une juive dont
le mari avait été égorgé. Sa santé altérée, depuis cette époque, ne put jamais
se rétablir.
[3]
Que Mahomet, dit un écrivain moderne, se soit cru réellement inspiré, ou qu'il
ait agi dans un but purement humain, on ne murait refuser à ses vues une grande
étendue. La pensée de ramener les Arabes à la connaissance d'un Dieu unique,
tout-puissant, rémunérateur et vengeur, pensée qu'il ne sépara jamais du projet
de les réunir par lin même lien religieux pour en faire un même peuple, suffit
pour le placer au nombre des plus grands hommes que tes siècles aient produits.
[4]
Mahomet méprisait les pompes de la royauté : il se soumettait aux occupations
les plus ordinaires de la famille. Il allumait le feu, balayait le plancher,
tirait le lait des brebis, raccommodait sa chaussure et ses vêtements. Sil
dédaignait les privations et les vertus d'un ermite, il observait sans efforts
ou sans vanité le régime frugal d'un Arabe et d'un soldat. Dans les grandes
occasions, il donnait à ses amis un festin hospitalier où régnait une rustique
abondance, mais dans sa vie habituelle, plusieurs semaines s'écoulaient sans
qu'on fît du feu chez lui. Soumis à sa propre loi il s'abstenait de vin, il
aimait beaucoup le lait et le miel ; mais il se nourrissait ordinairement de
dattes et d'eau. — Mahomet eut huit enfants. Fatime seule survécut à son père.
Ses ennemis ont prétendu qu'il était sujet à de fréquentes attaques d'épilepsie
qu'il doutait pour des extases célestes.
[5]
Le mot Koran vient de Kora, qui signifie lire, lecture, ou bien
encore recueillir, rassembler. Cette double étymologie est également bonne,
puisque le livre semé de Fis-lentigine était lu publiquement, et qu'il n'était
qu'un assemblage de chapitres et de versets. — Islam signifie abandon de
soi-même à Dieu.
[6]
Dans le chapitre intitulé Marie, nous lisons : « Célèbre Marie dans le
Koran ; célèbre le jour où elle s'éloigna de sa famille du côté de l'Orient.
Elle prit en secret un voile pour se couvrir, et nous lui envoyâmes Gabriel,
notre esprit, sous une forme humaine. » Le miséricordieux est mon refuge,
s'écria Marie, redoute sa colère. — Je suis l'envoyé de ton Dieu, reprit
l'ange, je viens t'annoncer un fils béni. — D'où me viendra cet enfant,
répondit la vierge ? je n'ai point d'époux. — Il en sera ainsi, répliqua l'ange
; la parole du Très-Haut en est le garant. Ce miracle lui est facile. Ton fils
sera le prodige et le bonheur de l'univers. Tel est l'ordre du ciel. » Elle
conçut et se retira dans un lieu écarté. Les douleurs de l'enfantement la
surprirent auprès d'un palmier et elle s'écria : « Plut à Dieu que je fusse
morte oubliée et abandonnée des hommes avant ma conception ! — Ne t'afflige
point, lui cria l'ange ; Dieu a fait couler près de toi un ruisseau, agite le
palmier et tu verras tomber des dattes mûres : mange, bois, essuie tes pleurs.
» Elle retourna dans sa famille portant son fils entre ses bras. « Sœur
d'Aaron, lui dit-on, votre père était juste et votre mère vertueuse, que vous
est-il donc arrivé ? — Interrogez l'enfant, répondit-elle. — Nous
adresserons-nous à un enfant au berceau ? — Je suis le serviteur de Dieu,
répondit l'enfant : il m'a donné l'évangile et m'a établi prophète. Sa
bénédiction nie suivra partout. Il m'a commandé d'être pieux et charitable. Il
a mis dans mon cœur la piété filiale et m'a délivré de l'orgueil. La paix me
fut donnée au jour de ma naissance elle accompagnera ma mort et ma
résurrection. » Ainsi parla Jésus, vrai fils de Marie. » Ce passage du Koran,
que nous avons cru devoir citer, jette une vive lumière sur la doctrine de
Mahomet.
[7]
Deux siècles après Mahomet, la Sonna ou la loi orale fut fixée par Al-Bochari
qui sépara sept mille deux cent soixante-quinze traditions véritables de neuf
mille autres moins authentiques. Chaque jour ce pieux auteur allait prier dans
le temple de la Mecque. Il faisait ses ablutions avec les eaux du Zemzem. Il
déposa successivement ses pages sur le tombeau de l'apôtre et les quatre sectes
orthodoxes des Sonnites ont approuvé l'ouvrage.
[8]
Cependant les sectaires de Mahomet parlent de ses nombreux miracles. Ils
assurent que les arbres allèrent à sa rencontre, qu'il fut salué par les
pierres, que l'eau jaillissait de ses doigts, qu'il guérissait les malades et
ressuscitait les morts, qu'un chameau lui adressa des plaintes, qu'une épaule
de mouton lui dit qu'elle était empoisonnée. Mahomet décrit sérieusement un
voyage qu'il avait rivé pendant la nuit : un animal mystérieux, Al-Borak, le
transporta du temple de la Mecque à celui de Jérusalem. Il parcourut
successivement les sept cieux avec l'ange Gabriel qui l'accompagnait, et
lorsqu'il arriva dans les demeures respectives des patriarches, des prophètes
et des anges, il y reçut leurs salutations. Il eut seul la permission de
s'avancer au-delà du septième ciel : il se trouva à deux portées de trait du
trône de Dieu, et il éprouva un froid qui se fit sentir jusqu'au cœur,
lorsqu'il fut frappé à l'épaule par la main du Très-Haut. Ensuite il
redescendit à Jérusalem, remonta sur Al-Borak, et revint la même nuit à la
Mecque. Il coupa la lune en deux parties. La planète obéissante s'éloigna de sa
route, fit le tour de la Caaba, et après avoir salué Mahomet en langue arabe,
elle entra par le col de sa chenille, et sortit par sa manche.
[9]
Mais aux privations du Ramadan succèdent les fêtes du Baïran qui est la Pâque
de la religion musulmane.