Décadence de l'Empire.
— Organisation politique et financière. — Sources du revenu public. — État
des personnes. — Esclaves. — Patriciens. — Curiales. — Le défaut
d'obéissance, de liberté, de foi, considéré comme cause de la dissolution
sociale. — Division du monde barbare. — Famille Scythique. — Famille Sismale
ou Slave. — Révolutions de la Germanie. — Position des tribus Germaniques à
l'époque de l'invasion. — Peuples de l'Est : Goths. — Peuples du midi :
Suèves. — Peuples de l'Ouest : Francs. — Peuples du nord : Vandales. —
Religion des Germains. — Chefs militaires. — Assemblées. — Bandes guerrières.
— Majorité militaire et civile. — Nature de la propriété. — Mariages. —
Festins. — Force et moralité des institutions germaniques.
Si
jamais spectacle a mérité d'attirer les méditations de l'histoire, c'est,
sans contredit, le démembrement du colosse romain par les Barbares, la
régénération de l'humanité par le christianisme et la fondation d'un nouvel
ordre social, base des états modernes. Depuis longtemps les peuples du nord
et du midi, refoulés dans leurs déserts, s'agitaient, menaçants, aux limites
de l'Empire, dont ils avaient tant de fois franchi les impuissantes barrières
: leur réaction victorieuse était un événement inévitable, et les exploits de
Claude II, d'Aurélien, de Probus n'empêchèrent point la défaite de Valens.
L'héritage légué par la république aux Césars, et agrandi par les victoires
des premiers empereurs, avait bientôt dépassé les forces d'un seul homme.
« Marc-Aurèle, dit Bossuet, associe son frère à l'empire ; Sévère fait
ses deux enfants empereurs ; la nécessité des affalées oblige Dioclétien à
partager l'Orient et l'Occident entre lui et Maximien ; chacun d'eux,
surchargé, se soulage en élisant deux Césars. Par cette multitude d'empereurs
et de Césars, l'État est accablé d'une dépense excessive : le corps de
l'Empire est désuni, et les guerres civiles se multiplient. Constantin
partage l'empire comme un héritage entre ses enfants ; la postérité suit cet
exemple, et on ne voit presque plus un seul empereur. » Théodose
rendit un moment l'unité au monde romain. Son génie et ses vertus en
retardèrent la chute, et, à sa mort, il le laissa debout, mais avec des
principes de destruction, qui allaient se développer d'une manière
effrayante. Les voluptueux patriciens, satisfaits d'une vie indolente et
inutile, uniquement occupés à la recherche de grossiers plaisirs, purent
encore se faire illusion sur les causes de dissolution et de ruine, qui
depuis quatre siècles minaient l'antique édifice. Au premier aspect, il est vrai,
ses proportions semblaient majestueuses, et ses hases solidement affermies.
Mais, en songeant à tout ce qu'il coûtait de sang et de larmes, en
considérant les haines profondes qui conspiraient pour sa destruction, en
entendant résonner dans le lointain le pas précipité des cavales barbares,
les esprits sérieux et attentifs devaient s'inquiéter de l'avenir. Ils
sentaient pie le tremblait, que chaque pierre de cette œuvre de corruption et
de violence menaçait de s'écrouler sur des maîtres orgueilleux, et qu'à
l'heure du châtiment nul bras ne serait assez fort pour sauver ce que Dieu
lui-même avait condamné à périr. En
effet, si nous examinons l'organisation apparente et l'état réel de la
société romaine à la mort de Théodose, il sera facile de reconnaître combien
les institutions étaient en désaccord avec les mœurs, et combien les
ressources des populations étaient au-dessous des besoins ou des exigences du
pouvoir. Au centre, l'empereur entouré des grands officiers du palais dont
les principaux étaient le préposé à la chambre sacrée, les deux comtes des
domestiques, le maitre des offices, le questeur ou chancelier, le ministre du
trésor impérial ; dans les provinces, deux classes d'officiers, les uns
civils, les autres militaires : chacun des deux empires étant divisé[1] en deux préfectures, les
préfectures en diocèses, les diocèses en provinces, les provinces en cités,
les charges publiques suivaient cet ordre hiérarchique. Le préfet du
prétoire, qu'il ne faut pas confondre avec le préfet de Rome ou de
Constantinople, était le chef suprême de l'administration : après lui le
vicaire dans chaque diocèse, le président ou consulaire dans chaque province,
les duumvirs et le défenseur dans chaque cité. Ces différents magistrats
rendaient la justice dans toutes les affaires qui ressortissaient de leur
juridiction. On appelait du défenseur aux duumvirs, des duumvirs au
président, du président au vicaire, du vicaire au préfet du prétoire.
Lorsqu'il s'agissait de cas particuliers réservés à l'empereur ; le jugement
était déféré au questeur et quelquefois au sénat. Les grands officiers
militaires dans chaque préfecture étaient un maitre général de la milice, un
maitre de la cavalerie et un maitre de l'infanterie, des ducs et comtes
provinciaux, des préfets légionnaires. Ces officiers commandaient l'armée
permanente composée de légions et d'auxiliaires. Autour du souverain
résidaient en outre des troupes d'élite connues sous les noms de Compagnies
des gardes et d'Ecoles du palais. A mesure que le nom romain
perdait de son prestige et que les barbares gagnaient en audace, ces forces
devenaient insuffisantes pour protéger l'immense étendue de l'Empire. Il
avait fallu dégarnir les frontières et disperser les troupes dans l'intérieur. Le
mécanisme financier était simple. L'empereur envoyait nu préfet du prétoire
un état des sommes qu'il lui fallait pour l'année suivante ; le préfet
dressait alors une répartition proportionnelle entre les diverses provinces,
et la transmettait au vicaire, ceint-ci au président, le président aux dix
premiers curiales de la cité. Les curiales nommaient aussitôt les censeurs,
répartiteurs, exacteurs qui étaient chargés de veiller au paiement des
contributions publiques exigibles le premier janvier, le premier mai, le
premier septembre de chaque année. L'argent versé dans la caisse des
collecteurs arrivait aux trésoriers des métropoles, qui le faisaient passer
aux receveurs provinciaux. Une partie restait dans le pays pour subvenir aux
charges locales et aux besoins de l'administration. Le reste était transmis
par les comtes des largesses au ministre du trésor public, ou comte des
largesses sacrées, dont les attributions étaient bien distinctes de celles du
ministre fiscal ou ministre du trésor Impérial. Voici
lei quatre sources du revenu : 1° la taille agraire, exigée par cinquième ou
par dixième sur les terres domaniales concédées, affermées ou abandonnées aux
colons partiaires ; 2° les contributions directes, qui comprenaient l'indiction
et la capitation : on entendait par capitation le tribut personnel, que tout
homme libre était tenu de payer depuis quatorze ans jusqu'à soixante-cinq ;
3° les contributions indirectes, telles que l'annone de la milice, les droits
de douane sur les plis et les rives des fleuves, le quart du revenu des
mines, le vingt-cinquième de la valeur des comestibles, l'ignoble
chrysargyre, et une foule d'autres droits onéreux et arbitraires que
l'avidité du fisc inventait chaque jour ; 4° les produits éventuels, par
exemple, les confiscations, les amendes, les déshérences, l'or coronaire[2]. Les
contributions indirectes et éventuelles, d'autant plus dures et plus
multipliées qu'elles n'avaient rien de régulier ni de fixe, pesaient
principalement sur la seconde classe des citoyens, composée des curiales ou
possesseurs, des familles militaires, des marchands et des artisans libres.
La première classe, c'est-à-dire celle des nobles, patriciens, officiers
impériaux, sénateurs, profitant du déclin de l'Empire, avait obtenu
l'exemption de presque toutes les charges publiques, et depuis longtemps on avait
oublié les sages paroles prêtées à Servius Tullius par Denys d'Halicarnasse :
« Je veux que tous les biens paient le cens, et que chacun soit taxé selon
l'étendue de ses ressources. J'estime juste et utile à la république, que
ceux qui possèdent beaucoup paient beaucoup, et peu, ceux dont les facultés
sont petites. » Quant à la troisième classe, celle des affranchis, des colons
tributaires et des esclaves proprement dits, elle était en proie au plus
odieux despotisme. Les esclaves du domaine, écrasés par la taille agraire,
ceux des particuliers, obligés de satisfaire tous les caprices du maitre,
attendaient de la mort seule la fin de leurs maux. Dix millions d'hommes
courbaient sous le joug soixante millions de leurs semblables, et ce n'était
point encore assez pour suffire aux besoins sans cesse renaissants de la
mollesse et du luxe. Ne pouvant trouver assez d'esclaves sur les terres de
l'empire, on allait en chercher dans les forêts de la Germanie et au sein des
nations barbares. Leur influence funeste précipitait la décadence du goût, de
l'intelligence et des mœurs. Les jeunes Romains des grandes familles confiés
aux soins de quelque vieil esclave ne puisaient dans les leçons de ce maître
grossier, que des préceptes de barbarie, et aucune notion de morale et de
vertu. Devenus grands, ils s'énervaient dans de honteux plaisirs, ne
souhaitaient que des jouissances nouvelles, et restaient étrangers aux
souvenirs ainsi qu'aux nécessités de la patrie. Entre
la nullité sociale et politique des esclaves et l'égoïsme inactif des
privilégiés, le dernier espoir de salut pour l'Empire devait reposer sur la
classe moyenne, sur les curiales. Mais eux aussi étalent frappés de mort, et
par les institutions ternes qui les régissaient. Tout homme possesseur de
vingt-cinq arpents devenait curiale, et par ce titre était asservi à de
sévères devoirs. Aucun curiale ne pouvait sortir de sa condition on même
s'éloigner de la curie sans une permission spéciale, dont la durée et
l'étendue étaient toujours limitées. S'il partait, et qu'on ne pût le
ressaisir, ses biens étaient confisqués eu profit de la curie. Les curiales,
ainsi enfermés dans un cercle infranchissable, devaient administrer les
affaires du municipe, ses dépenses et ses revenus ; répondre non-seulement de
leur gestion individuelle, mais des besoins de la ville, et pourvoir à ces
besoins en cas d'insuffisance du revenu municipal. Une terre curiale
abandonnée était divisée entre les autres curiales, qui s'en partageaient
aussi les contributions. Tout enfant d'un curiale était curiate. Le curiate,
pour entrer dans le clergé, devait léguer ses biens à quelqu'un qui remplit à
sa place les fonctions de la curie : celui qui n'avait point d'enfants ne
pouvait disposer par testament que du quart de ses propriétés. En échange de
ces charges onéreuses, les curiales étaient exemptés de la torture et de
certaines peines infamantes ; ceux qui avaient passé par toutes les charges
municipales étaient traités avec honneur et recevaient quelquefois le titre
de comte ; ceux que la misère atteignait dans leur vieillesse étaient nourris
aux dépens du municipe. Mais ce
qui écrasait surtout les curiales, c'est qu'ils étaient tenus de payer les
impôts à défaut de contribuables solvables. Ils se trouvaient donc obligés ou
d'employer la violence ou de se ruiner pour satisfaire a cette exigence
tyrannique. Il est vrai que Dioclétien avait promulgué une loi qui défendait
aux officiers de l'Empire de rendre les curiales responsables des sommes non
payées. Cette loi ne fut suivie que du vivant de ce prince, et prévalut si
peu contre l'usage, que plus tard, dans la Gaule, Clovis ne se fit point
faute d'appliquer aux curiales toute la rigueur des lois impériales. « En
effet, dit Montesquieu, il n'y a point d'état où l'on ait plus besoin de
tributs, que dans ceux qui s'affaiblissent ; de sorte que l'on est obligé
d'augmenter les charges à mesure que l'on est moins en état de les payer.
Bientôt dans les provinces romaines les tributs devinrent intolérables. Il
faut lire dans Salvien les horribles exactions que l'on faisait sur les
peuples : les citoyens, poursuivis par les traitants[3], n'avaient d'autre ressource
que de se réfugier chez les Barbares ou de donner leur liberté au premier qui
voulait la prendre[4]. » Les
empereurs, dans leur politique défiante, s'étaient aussi privés du concours
actif des curiales, en déclarant les fonctions de la curie incompatibles avec
le service militaire, et en défendant expressément d'avoir dans les maisons
d'autres armes que celles dont on se servait à la chasse ou en voyage.
Pendant les guerres civiles qui déchirèrent l'Empire, les propriétaires
furent spectateurs indifférents des luttes dont le résultat inévitable pour
eux, était de changer leur tyran sans changer leur oppression. Quand les
Barbares parurent, ils ne leur opposèrent que la même apathie on la même
impuissance. Valentinien III et Théodose II promulguèrent vainement un édit
qu'ils intitulèrent le Droit des armes rendues : vainement ils engagèrent les
habitants des provinces à défendre leurs personnes et leurs biens contre les
ennemis qui dévastaient leur territoire : il était trop tard pour ranimer le
courage éteint dans les times, et pour faire descendre sur les champs de
bataille des hommes énervés par le despotisme. A la
place des citoyens et des sujets provinciaux, les empereurs avaient pris à
leur solde des corps entiers de Barbares, et pour récompense de leurs
services, leur avaient assigné des établissements sur les frontières. C'est
ainsi que les Francs avaient obtenu, à titre de gratification, des terres en
Belgique, et que les Vandales, les Alains et les Goths s'étaient établis dans
la Pannonie et dans la Thrace. Cette facilité, qui était une vraie marque de
faiblesse, eut deux résultats funestes. Incorporés en grand nombre, les
Barbares s'accoutumèrent à regarder l'Empire comme leur proie, et ouvrirent à
leurs compatriotes un facile accès dans les pays qu'ils étaient chargés de
défendre. D'autre part les Romains, mêlés avec ces étrangers, imitèrent leur
esprit d'indépendance et leur défaut de discipline. L'ancienne tactique fut
abandonnée, les travaux militaires négligés, les armes défensives rejetées
comme trop pesantes[5]. Les soldats s'habituèrent à
désobéir à leurs généraux : les généraux autorisèrent l'insubordination des
soldats dans l'intérêt de leur ambition ou de leur tupi dite. A l'exemple des
Barbares, les Romains apprirent à fuir sans honte et à chercher le pillage
plutôt que l'honneur. La
licence était partout et la liberté nulle part. C'est le propre des états qui
commencent ou de ceux qui finissent. L'absence de liberté politique, outre
qu'elle frappait de mort la dignité morale, laissait sans contrepoids la
violence militaire. Privée à la fois d'ordre et de sécurité, la société
subissait tout le poids des lois vexatoires, sans pouvoir recourir aux lois
protectrices. Elle n'avait pas même ces croyances élevées, ces consolations
suprêmes, qui font considérer aux hommes les maux de la vie présente comme
les gages d'une félicité pure et éternelle : dans les hautes classes « la
philosophie d'Epicure vainement combattue par celle de Zénon, avait flétri
toutes les âmes. Impuissante auxiliaire de la morale, la vieille religion de
l'Empire n'avait conservé que les honteux exemples de ses dieux et la licence
de ses fêtes publiques. Conseillère de vices pour les uns, objet de mépris
pour les autres, elle se trouvait désormais sans appui, et tombait en ruines
de toutes parts[6]. » Le christianisme, il
est vrai, commençait à répandre la lumière, à relever les espérances, à
soulager les afflictions. Mais sa victoire était récente, sa marche arrêtée
par l'hérésie, son action paralysée par l'inertie même de la société qu'il
voulait régénérer. Sur les Barbares, au contraire, races ardentes, sincères,
énergiques, il devait exercer une influence nouvelle et durable. Avec eux, il
avait moins à lutter contre les mœurs, les usages, les traditions ; tandis
que la populace de Rome demandait encore à ses maîtres, comme au temps de du
vénal, du pain et des jeux, et applaudissait avec frénésie aux combats des
gladiateurs. Le Barbare expirant se tournait en tombant vers les régions du
nord, où il avait laissé sa hutte sauvage, sa femme, ses enfants au berceau ;
il mourait en maudissant Rome et en appelant des vengeurs. Les
vastes contrées situées au-delà du Rhin et du Danube jusqu'au Caucase et aux
monts Altaï, étaient médiocrement connues des anciens qui les divisaient en
trois régions, sous les dénominations vagues de Scythie, Sarmatie, Germanie.
Cependant les recherches de la science moderne ont prouvé que cette division
pouvait être maintenue, puisque toutes les peuplades répandues sur cet
immense territoire se rattachaient aisément à trois familles distinctes,
lesquelles correspondaient aux trois régions. La famille Scythique, qui
allait plus loin que les Romains ne pouvaient le soupçonner s'étendait du
Volga à la mer de la Chine, et des monts Albi à l'Océan Glacial. Il parait
hors de doute que toutes les races désignées sous le nom général de Tartares
faisaient partie de cette famille, à laquelle appartiennent les Mongols, les
Turcs, les Hongrois on Magdiares, les Bulgares, les Avares, probablement les
Alains et surtout les Huns ou Hiong-Nou, le plus féroce des peuples qui
inondèrent l'Empire Romain. Originaires du désert de Cobi et chassés du Katay
par l'empereur chinois Vouti, les Huns, ayant émigré au commencement du IVe
siècle, avaient entrainé sur leur passage les Alains, qui habitaient au nord
du Caucase sur les bords de la mer Caspienne, et franchissant avec eux le
Tenais, avaient bouleversé la puissante monarchie des Goths. Ce grand
déplacement, en refoulant les Goths vers le midi, détermina la révolution qui
devait changer la face de l'Europe entière. La
famille Sarmate dont l'ancienne histoire est enveloppée d'une obscurité
impénétrable, ne commença à paraître que depuis le quatrième siècle de l'ère
chrétienne. L'historien goth Jornandès en parle le premier. Il appelle les
Sarmates Slavi ou Slavini et les partage en trois branches
principales, les Vénèdes, les Slaves et les Antes, dont tes nombreuses tribus
demeuraient entre la Vistule, le Dniéper et le Volga. Ces Slaves, réunis aux
Finnois de la Baltique orientale, ont formé la nation russe primitive, et à
mesure que les peuples de famille germanique se précipitèrent vers le midi et
quittèrent leurs cantonnements, les Slaves occidentaux, gagnant du terrain,
poussèrent jusqu'à l'Elbe et aux monts Krapaks. Leurs tribus se répandirent
alors sous les noms de Tchèques (partie de la Bohème), Sorabes (Misnie, Saxe,
Anhalt, basse Lusace),
Wilzes et Obotrites (Brandebourg, Poméranie, Meklembourg), Moraves (Moravie,
partie de la Hongrie),
Poléniens, Lettons (Pologne et Lithuanie) ; ceux du midi traversant le
Danube à partir du sixième siècle, envahirent le Norique, la Pannonie,
l'Illyrie, et s'établirent entre la Save et la mer Adriatique, sous les noms
de Bosniens, Serviens, Croates, Esclavons, Dalmates, etc. La
famille germanique, la plus importante et la plus utile à étudier, est aussi
la mieux connue. Ses rapports de mœurs, de langage, de religion, de caractère
physique avec les Celtes ou Gaulois, étalent si frappants que les Romains
avaient désigné la réunion des peuples situés entre le Rhin et la Vistule,
sous le nom générique de Germains, frères[7]. Avant César, les tribus
dominantes étaient les tribus cimbriques (Gambrives, Teutons, Ingævons, Istævons) ; de César à Tacite, les Suèves
prirent la prépondérance avec Arminius, et la confédération des Hermions
dirigea les destinées de la Germanie. « Plus tard, les tribus suéviques
reçurent une civilisation plus haute, un mouvement plus hardi, plus héroïque
par l'invasion des adorateurs d'Odin, des Goths (Jutes,
Gépides, Lombards, Burgundes) et des Saxons. Quoique le système odinique fût loin sans doute d'avoir
encore les développements qu'il prit dans la suite, il apportait dès-lors les
éléments d'une vie plus noble, d'une moralité supérieure ; il promettait
l'immortalité aux braves, un paradis, un Wahalla, où ils pourraient tout le
jour se tailler en pièces et s'asseoir ensuite au banquet du soir[8]. » Au
moment du déclin de l'Empire, les nombreuses tribus germaniques, dont
plusieurs étaient inconnues à Tacite, se trouvaient ainsi disposées : à
l'est, en dehors de la Germanie proprement dite, habitaient les Goths, qui
commencèrent à s'illustrer depuis le règne de l'empereur Caracalla ; ils
demeuraient alors entre la Vistule, le Dniester, le Borysthène et le Tanaïs[9]. L'empereur Aurélien fut forcé
de leur abandonner la Dacie romaine. Cette nation, la première des tribus
germaniques qui reçut la religion du Christ, mais sous la forme arienne[10], s'était partagée en deux
branches : les Ostrogoths à l'est vers le Pont-Euxin, entre le Dnieper et le
Dniester ; les Visigoths à l'est entre le Dniester, le Danube et la Vistule.
Ces derniers, attaqués par les Huns vers l'an 375, après la dispersion des
Ostrogoths, avaient été forcés de quitter leurs demeures et s'étaient fixés
dans la Thrace, dans la Meule et dans la Dacie riveraine, du consentement des
empereurs, qui avaient aussi accordé aux Ostrogoths des établissements dans
la Pannonie. Les Gépides ou traîneurs, dont la parenté avec les Goths
est hors de doute, mais dont la situation primitive est difficile à préciser,
s'établirent après le départ des Visigoths sur la rive gauche du Danube, où
ils furent détruits par les Lombards et les Avares réunis en 565. Après les
Goths, en remontant la rive gauche du Danube, venaient à la suite les
Hermundures, les Quades, les Marcomans. Au midi
de la Germanie, on remarquait les Allemani ou Allemands, confédération qui
s'étendait entre le Danube, le Rhin, le Necker, le Alein, et la Lahn. Ce
peuple, inconnu à Tacite, avait fait de fréquentes irruptions en Gaule et en
Italie, dans le cours du troisième et du quatrième siècle. Il avait pour
voisins et pour alliés les Suèves (partie de la Franconie et de la Souabe
moderne), qui,
après avoir longtemps formé une nation distincte, finirent par se confondre
avec les Allemani. A côté de ces deux peuples, à peu près dans la Bavière
actuelle, les Boïariens, chassés de la Bohème par les Marcomans, et dont
l'histoire est fort obscure jusqu'au moment où ils subirent la suprématie des
rois francs. A
l'ouest, sur la côte de l'Océan, les Frisons, et sur la frontière du Rhin, la
puissante confédération des Francs, nom nouveau dont la première
mention se trouve dans les historiens du troisième siècle. Parmi les tribus
qui composaient cette association, on doit citer les Sicambres, les Chances,
les Chamaves, les Chérusques, les Bructères, les Caties, les Ampsivariens,
les Ripuaires, les Saliens. Ces deux dernières désignations, tirées
évidemment de la situation de quelques-unes de ces tribus sur le Rhin ou sur
la Saale, paraissent leur avoir été données par les Romains et avoir été
conservées par elles. Quoique liés ensemble pour la défense commune, ces
peuples conservaient chacun leurs lois, leurs chefs particuliers, leur
gouvernement[11]. Au temps de saint Jérôme, on
appelait Francia le pays renfermé entre le Rhin, le Mein, le Weser et l'Elbe. Enfin,
au nord les Saxons, établis du temps de Ptolémée au-delà de l'Elbe, dans le
Holstein moderne, et ayant pour voisins les Angles, habitants du Sleswie
actuel. Ces peuples, fameux par leurs pirateries, infestaient les côtes de la
Gaule et étendaient déjà leurs courses jusque dans la Bretagne romaine[12]. Plus au nord, les Cimbres et
les Scandinaves devaient rester étrangers à la grande irruption des barbares,
et plus tard, sous le nom de Northmans, menacer à leur tour la société
nouvelle. A la suite des Saxons venaient les Hérules, les Lombards, les Rugiens,
les Burgundes ou Bourguignons, dont l'émigration laissa la place aux Vénèdes.
Entre l'Elbe et la Vistule, la puissante tribu des Vandales, qui formaient
une branche des anciens Suèves, aussi bien que les Bourguignons et les
Lombards. Sous Probus, les Vandales unis aux Bourguignons faisaient déjà la
guerre aux Romains. L'avant-garde de leur nation, établie d'abord par
Aurélien dans la partie occidentale de la Dacie, puis chassée par les Goths,
obtint sous Constantin de demeurer en Pannonie, sous la charge de certains
services militaires, et c'est de là qu'elle s'élança, sous la conduite du
Suève Radagaise, à la conquête de l'Italie. Après
avoir indiqué la position des peuples germaniques, disons quelques mots de
leurs usages et de leurs mœurs, qui influèrent puissamment sur les
institutions des sociétés nées de la conquête. Toutes ces tribus avaient
perdu le souvenir de l'origine indienne qu'on leur assigne ; du moins, au
temps de Tacite, leur religion était un grossier mélange des idées orientales
et du culte mythologique des Grecs. Elles adoraient le soleil, la lune, le
feu ; mais leur principale divinité était la terre (Herthe), dont le fils Tuist ou Teutsch
parait la source du nom national de Teutons. Les fontaines et les arbres
recevaient souvent les hommages de ces hommes superstitieux, qui adressaient
aussi leurs vœux à Mars, à Hercule et à Mercure. La
plupart des tribus germaniques reconnaissaient l'autorité de chefs
militaires, qui, sans jouir précisément de l'hérédité du pouvoir, étaient
choisis ordinairement dans une même famille : ainsi chez les Goths et les
Bourguignons, les Amali, les Balti ; chez les Saxons, les descendants d'Odin.
Dans quelques-unes, l'autorité était seulement le prix du courage ; mais, à
l'exemple des rois d'Homère, la puissance de ces chefs était limitée par
l'influence des principaux de la tribu et par l'assemblée du peuple, qui se
tenait à la nouvelle et à la pleine lune. « Les principaux, dit Tacite,
délibèrent sur les petites choses, toute la nation sur les grandes, de sorte
pourtant que les affaires dont le peuple est l'arbitre sont traitées devant
les principaux. » César va plus loin : il affirme que les Germains
n'avaient point de magistrat commun pendant la paix, mais que dans chaque
bourgade les chefs rendaient la justice. Ces assemblées, où l'on retrouve les
anciens Champs-de-Mars, exerçaient le pouvoir législatif et rendaient la
justice ; c'est à elles qu'étaient déférées les accusations capitales. Les
crimes ou délits étaient expiés par des amendes payées en nature et
déterminées d'après un tarif que l'on appelait Wergild ou composition. La
trahison et la lâcheté étaient seules punies de mort : le coupable périssait
étranglé ou noyé dans la boue des marais sous une claie d'osier. C'étaient
les prêtres qui étaient chargés de faire la police dans les assemblées du
peuple ; il n'était permis qu'à eux de châtier, de lier, de frapper, ce
qu'ils faisaient non par l'ordre du prince, ni pour Infliger une peine, mais
comme par une inspiration de la divinité toujours présente à ceux qui font la
guerre. Dans la Gaule, dit Montesquieu, les évêques succédèrent à cette
influence des prêtres germains et trouvèrent les barbares disposés à accepter
leur autorité et leur arbitrage. En
dehors des guerres nationales, auxquelles la tribu entière prenait part, les
jeunes guerriers s'associaient sous la conduite d'un chef particulier, pour
des expéditions aventureuses qui les habituaient aux dangers et à la
discipline. Le repos leur était si pesant que, si leur pays natal jouissait
d'une trop longue paix, ils couraient ailleurs chercher de la gloire et des
périls. « L'esprit de la bande guerrière, du comitatus, aperçu
déjà par Tacite dans les premiers Germains, était tout-puissant chez ces
peuples. A jamais infâme celui qui survit à son chef, qui revient sans lui du
combat ; le défendre, le couvrir de- son corps, rapporter à sa gloire ce
qu'on fait soi-même de beau, voilà leur premier serment : les princes
combattent pour la gloire, les compagnons pour le prince.... C'est au prince
qu'ils demandent ce cheval de bataille, cette victorieuse et sanglante
framée. La table abondante et grossière, voilà la solde : la guerre y fournit
et le pillage[13]. » Les libéralités que ce Heere-zog
ou conducteur d'armée répandait sur ses leudes ou fidèles, se
retrouvent après la conquête sous le nom de bénéfices, et sont à la
fois l'origine et la base de l'organisation féodale. Les
Germains ne traitaient aucune affaire publique ni particulière sans être
armés. Dans les assemblées dont nous avons parlé, ils donnaient leur avis en
agitant leurs framées, si la proposition leur plaisait ; en se taisant d'un
air de dédain, si elle n'obtenait pas leur assentiment. Comme la guerre se
décidait dans ces réunions générales, c'était là aussi que les jeunes gens
étaient présentés, et qu'ils recevaient le bouclier et la framée. Dès ce
moment ils sortaient de l'enfance. Jusqu'alors ils étaient membres de la
famille ; après cette cérémonie ils faisaient partie de la république. Aussi
la collation des armes entraînait la majorité civile, ordinairement fixée à
quinze ans ; le corps émancipait l'esprit. « Les aigles, disait plus
tard le grand Théodoric, cessent de donner la nourriture à leurs petits sitôt
que leurs plumes et leurs ongles sont formés ; ceux-ci n'ont plus besoin du
secours d'autrui, quand ils vont eux-mêmes chercher une proie. Il serait indigne
que nos jeunes gens qui sont dans nos armées, fussent censés être dans un âge
trop faible pour régir leurs biens et pour régler la conduite de leur vie[14]. » Au
temps de Tacite, les Germains n'habitaient pas de villes dignes de ce nom, et
ils ne pouvaient souffrir que leurs maisons se touchassent les unes les
autres. Chacun laissait autour de sa demeure un espace clos et fermé, qui fut
plus tard la terre salique (sala, maison)[15]. C'était là le vrai patrimoine
: et il n'y a pas de trace d'autre propriété territoriale chez les anciens
Germains. Leurs principaux biens consistaient en esclaves, en chevaux, en
armes, en troupeaux. Les terres à cultiver n'étaient distribuées par les magistrats
que pour un an : après ce terme elles redevenaient publiques ; et même les
travaux des champs étaient généralement abandonnés aux esclaves. Ainsi la
tribu ne tenait pas au sol ; quand il fallait changer de résidence, elle ne
laissait rien derrière elle, et en peu de temps elle s'était élevé de
nouvelles demeures ; car les habitations de ces peuples étaient aussi simples
que leurs vêtements. Ils ne connaissaient pas les arts du luxe. Un habit
serré, commode pour l'action, les couvrait, et leurs longs cheveux faisaient
le plus bel ornement d'un homme libre. Chez
les peuples nomades, pâtres plutôt qu'agriculteurs, le mariage n'est pas
d'ordinaire soumis à des lois fixes. Cependant les Germains faisaient
exception ; ils se contentaient d'une seule femme qui apportait en dot une
armure complète. L'époux, de son côté, achetait le consentement du père de la
fiancée et donnait à celle-ci le Morgengab ou présent du matin. Les
rois et les grands avaient seuls plusieurs femmes, et ces unions étaient
moins un témoignage d'incontinence qu'un attribut de dignité. En effet, dit
Tacite, les mariages sont sévères chez les Germains. Les vices n'y sont point
un sujet de ridicule : corrompre ou être corrompu, ne s'appelle pas vivre
selon le siècle, et dans une nation si nombreuse les adultères sont
très-rares[16]. » Les
coutumes germaines préféraient dans les familles la descendance par les
femmes à la descendance par les mâles, et les enfants des sœurs étaient
regardés dans la maison comme les enfants mêmes. Cette particularité qui
explique plusieurs dispositions singulières de la loi Salique, et en général
des lois barbares, provenait sans doute, comme le fait remarquer Montesquieu,
de l'amour presque paternel des oncles pour les enfants de leurs sœurs. Les
Germains regardaient même souvent ce lien du sang comme plus étroit et plus
saint, et le préféraient quand ils recevaient des otages. L'histoire des rois
Mérovingiens offre une foule d'exemples à l'appui de ce fait. Comme
les Gaulois, les Germains observaient religieusement l'hospitalité : mais les
festins par lesquels ils célébraient l'arrivée de leurs hôtes, et où venaient
s'asseoir les amis et les voisins, étaient servis avec une abondance
grossière qui entraînait la plupart du temps des rixes sanglantes. Tantôt
cependant on traitait assez paisiblement dans ces repas les affaires
publiques ou privées ; tantôt les convives se livraient avec fureur aux
hasards du jeu. Quand ils avaient tout perdu, ils engageaient jusqu'à leur
liberté et se soumettaient à la servitude ; mais le vainqueur, rougissant de
ce gain honteux, se hâtait de vendre ses esclaves au dehors, et de les>
échanger contre cette monnaie précieuse, dont les marchands de Rome lui
avaient révélé l'existence et la valeur. A tout prendre, on ne peut s'empêcher de reconnaître que chez ces peuples « régnaient fortement les idées primitives de l'ordre social, l'unité et la pureté de la famille, l'adhérence des parentés et ce sentiment de justice qui, combiné avec les passions du sauvage, produit la loi intermédiaire de l'honneur. Mais les Romains ne découvrirent qu'imparfaitement les causes de cet état si remarquable où leur apparaissait l'homme de la Germanie. L'ordre d'institutions qui était établi là, ne les frappa que par la rudesse extérieure. « La liberté Germanique est plus rude à combattre que les monarchies de l'Orient, » disait Tacite. Il ne soupçonnait pas que les idées, les formes politiques, les usages nationaux de ces populations dans l'enfance, renfermassent des germes assez vigoureux pour se déployer un jour sur les ruines du colosse Romain[17]. » |
[1]
Voyez pour la division et le partage de l'Empire, le chapitre suivant.
[2]
C'était une ancienne coutume que les alliés de la république ou les villes
d'Italie qui devaient leur délivrance aux armées romaines, ornassent le
triomphe du vainqueur par le don volontaire d'une couronne d'or, que l'on
plaçait après la cérémonie dans le temple de Jupiter Capitolin. C'est ainsi
qu'au triomphe de César figurèrent 2.822 couronnes d'or massif, que le
dictateur fit fondre aussitôt après. Son exemple fut suivi par ses successeurs,
et l'usage s'introduisit de substituer à ces magnifiques ornements le don
beaucoup plus utile d'une somme en or au coin de l'Empire. L'offrande libre
finit par être exigée comme une dette, et les empereurs demandaient l'or
coronarum aux villes et aux provinces, toutes les fois qu'ils daignaient
annoncer leur avènement, leur consulat, la création d'un César ou une victoire
sur les barbares. L'aurum coronarien, exigé du sénat romain, et déguisé
sous le nom de Auri oblatio, montait à 1.600 livres d'or ; environ
1.800.000 fr. de notre monnaie. (LIPSIUS, de maguit. Rom., lib. II, c. 9. — Cod. Theodos.,
lib. XIX, tit. 13.)
[3]
Parmi les inventions criminelles des officiers du fisc, on peut citer celle qui
consistait à exiger le paiement des impôts en monnaie à l'effigie d'un empereur
mort depuis longtemps, et dont il ne restait que peu de pièces en circulation ;
les contribuables se voyaient alors forcés de composer avec les exacteurs qui
réduisaient arbitrairement les espèces présentées à la place de celles qu'ils
demandaient, et réalisaient ainsi des bénéfices énormes.
[4]
MONTESQUIEU, Grandeur
et décadence des Romains, chap. XVIII.
[5]
VÉGÈCE dit que
les soldats obtinrent de l'empereur Gratien de quitter leur cuirasse et ensuite
leur casque, de façon qu'exposés aux coups sans défense ils ne songèrent plus
qu'à fuir. MONTESQUIEU,
Grandeur et décadence des Romains, chap. XVIII.
[6]
M. DESMICHELS, Précis
d'Histoire du Moyen Âge, Ier chap.
[7]
« Je crois, dit STRABON,
que le nom de Germains signifie frères et veut dire une espèce
d'hommes tout-à-fait semblables aux Gaulois. » Quelques critiques modernes ont
préféré l'étymologie de Hermann, homme de guerre. Quoi qu'il en soit, il
ne parait pas que la race germanique se soit jamais donné un nom commun : du
moins aucun ne nous est parvenu. Ce n'est que longtemps après l'invasion
qu'elle a accepté et gardé celui d'Allemani, pour désigner la nation
entière.
[8]
M. MICHELET, Précis
d'Histoire de France, p. 29.
[9]
C'était à la suite d'une émigration ; car dans des temps plus reculés, ils
habitaient la Scandinavie selon le témoignage de leur historien Jornandès. Les Guttones
de Pline, les Gothones de Tacite, les Gythones de Ptolémée, que
ces écrivains placent dans le nord de la Germanie, sont vraisemblablement la
même nation que les Goths, et ne doivent pas être confondus avec les Gètes.
[10]
On trouve un évêque goth nommé Théophile, parmi les évêques qui signèrent les
actes du premier concile général de Nicée. Ulfilas, évêque goth, vers le milieu
du IVe siècle traduisit la Bible dans la langue de sa nation, et se servit de
caractères grecs et romains. Ses quatre Évangiles conservés dans le Codex
argenteus de la bibliothèque d'Upsal, sont le plus ancien monument qui nous
reste de la langue germanique dont le gothique eut un des principaux dialectes.
Note de KOCH, Tabl.
des Révolut. Périod. I.
[11]
Voyez pour l'histoire des Francs avant l'invasion, le chapitre IV.
[12]
Les Francs ayant ensuite passé dans la Gaule avec leurs principales forces, les
Saxons franchirent l'Elbe, et occupèrent avec le temps ou entrainèrent dans
leur confédération la plus grande partie de l'ancienne France, qui prit d'eux
le nom de Saxe. On les y vit partagés en trois principales branches, les
Ostphaliens à l'Est, les Westphaliens à l'Ouest, et les Angrivariens siégeant
entre les deux autres le long du Weser et jusqu'aux confins de la Hesse. KOCH, Tabl. des
Révolut. Périod. I.
[13]
TACITE, de
Mor. Germ., cité par M. Michelet, Précis d'histoire de France, chap.
III.
[14]
THÉDORIC, apud
Cassiodorum cité par Montesquieu, Esprit des lois. C'était aussi par
la collation des armes que l'adoption était constituée.
[15]
Montesquieu adopte ici l'opinion d'Échard, et cette interprétation a prévalu de
nos jours sur celle de Ducange et de Mably.
[16]
C'est pour cela que les Francs punirent Childéric. Ils lui permettaient d'avoir
plusieurs femmes, mais non de prendre celles d'autrui.
[17]
MOKE, Histoire
des Francs, tom. I, p. 5.