Byzas, fondateur de
Byzance. — Position de cette ville. — Son port. — Description du Bosphore. —
Lutte de Byzas contre les barbares. — Accroissement de Byzance. — Forme de
son gouvernement. — Elle appartient aux Perses, aux Lacédémoniens, aux
Athéniens. — Philippe de Macédoine devant Byzance. — Elle devient l'alliée de
Rome. — Le proconsul Pison la traite en ville conquise. — Harangue de Cicéron
à ce sujet. — Siège de Byzance par Septime Sévère. — Indigne conduite de
Gallien dans Byzance. — Triomphe burlesque de cet empereur. — Réflexions.
(Depuis l'an 656 avant Jésus-Christ jusqu'à l'année 265 de l'ère chrétienne.)
Il en
est des cités qui ont eu un grand retentissement dans le monde comme des
hommes illustres : on voudrait connaître tous les détails de leur origine ;
niais dans le lointain des âges les faits se dérobent quelquefois aux plus
patientes recherches ; les fables et les légendes prennent la place de la
vérité. L'antiquité, a dit Tite Live, a voulu unir les actions humaines aux
actions divines, afin de rendre les commencements des empires plus vénérables
et plus augustes. Le côté merveilleux ne pouvait manquer aux premiers temps
de Byzance. D'après l'opinion la plus accréditée, cette ville célèbre aurait
été fondée 656 ans avant J. C., par une colonie mégarienne ayant à sa tête
Byzas qui lui donna son nom. Mais les écrivains païens ont donné à Byzas un
berceau fabuleux ; ils disent qu'il eut Neptune pour père, que Coroësse,
fille de Jupiter et d'Io, fut sa mère, et que son nom lui vient de la nymphe
Byzie qui prit soin de son enfance[1]. Byzas, quittant avec ses
compagnons d'aventure les champs désolés de Mégare, qui ne suffisaient pas à
l'existence d'un peuple, s'en allait, à travers la Grèce, cherchant, pour s'y
fixer, quelque place où la nature pût favoriser la construction d'une grande
cité ; il consulta, chemin faisant, l'oracle de Delphes, et la pythie du
temple d'Apollon lui répondit que le destin l'appelait à bâtir une ville sur
le rivage situé en face du pays des aveugles[2] ; on désignait ainsi par
dérision les Calcédoniens qui, arrivés les premiers dans ces parages,
n'avaient pas compris combien le lieu indiqué à Byzas était préférable à
celui de Calcédoine, aujourd'hui Cadi-Keui (village du juge). Byzance,
séparée de Calcédoine et de Chrysopolis (ville d'or) par le Bosphore (canal de
Constantinople) s'éleva donc sur ce magnifique promontoire de forme
triangulaire dominé par sept collines inégales qui se dressent
orgueilleusement en présence de l'Asie, comme pour lui commander et
l'asservir. Les remparts de la cité naissante bordèrent, en partie, le port
de Constantinople, le plus beau de l'univers, s'avançant dans les terres à
une profondeur de deux lieues, et pouvant contenir jusqu'à douze cents navires.
Bientôt les navigateurs apportèrent dans ses eaux les trésors de tous les
pays, et voilà pourquoi on lui donna le nom de Chrysokèras (corne d'or ou
corne d'abondance).
Le Cydaris, le Lycus et d'autres courants d'eaux douces se jettent dans le
port, et y attirent les bancs de poissons qui arrivent périodiquement dans
les deux mers de Constantinople. Nous ne décrivons pas ici le Bosphore tel
qu'il est aujourd'hui, tel que nous l'avons vu avec ses gros et nombreux
villages construits en amphithéâtre dont la population réunie égale presque
celle de la capitale de l'empire ottoman ; le Bosphore avec ses mosquées
bariolées et ses minarets aériens, ses villas et ses kiosques élégants, ses
palais turcs aux murs peints en arabesques, aux toits resplendissants d'or et
de lumière, mystérieuses demeures des sultans et des sultanes, des pachas et
des odalisques, des beys et des effendis ; nous nous bornerons à montrer le
canal de Byzance tel que la nature l'a fait ; tel qu'il apparut aux Mégariens
quand ils touchèrent à ces riches rivages. Le
Bosphore, on le sait, joint le Pont-Euxin (mer Noire) à la Propontide (mer de
Marmara), laquelle
communique à l'Hellespont (détroit des Dardanelles) qui débouche à son tour dans la
mer Égée (Archipel). La longueur du Bosphore est de
sept lieues et sa largeur varie d'une lieue à une demi-lieue. Il présente,
par ses sinuosités, tantôt l'aspect d'un fleuve majestueux, tantôt celui d'un
beau lac où bondissent sans cesse à la surface des eaux des légions de
dauphins autour desquels voltigent des troupes innombrables d'alcyons,
appelés âmes damnées par les gens du pays à cause de leur mouvement
perpétuel. Des deux côtés du canal on voit des anses profondes servant de
refuge aux navires battus des vents contraires ou entraînés par les rapides
courants qui changent de direction plusieurs fois dans une heure. Deux
chaînes de montagnes, capricieusement découpées par des vallées, s'allongent
sur les deux rives depuis l'Euxin jusqu'au promontoire de Byzance. Du côté de
la mer Noire les monts sont escarpés, nus et déchirés par d'anciens volcans,
ce qui a fait supposer que le Bosphore avait été formé par quelque violente
secousse de la terre ; mais en avançant vers Constantinople, le versant et le
sommet des montagnes sont richement couverts de bois de châtaigniers, de
chênes verts, de hêtres, de frênes, de caroubiers, d'acacias odoriférants, de
plantes aromatiques, de cyprès dont la sombre verdure fait ressortir avec
éclat les nuances variées des autres arbres. De fraîches prairies, des gazons
fleuris, des lauriers-roses et des lauriers verts, des sycomores et des
platanes gigantesques, des saules pleureurs et des tilleuls, des arbousiers,
des jujubiers, des amandiers, des figuiers, des vignes, tous les arbres
fruitiers de cet heureux et admirable climat étalent leur magnificence au
sein des vallées délicieusement arrosées par des sources s'échappant du pied
(les montagnes et se précipitant, en nappes argentées, dans les eaux du
Bosphore. Les
Mégariens, sortis des plus pâles et des plus arides régions de la Grèce,
durent pousser des cris d'enthousiasme et de bénédiction en voyant cette
belle et vigoureuse nature, ces pompeux paysages, ce sol embaumé et fécond où
la Providence semble avoir jeté à pleines mains ses plus grandes merveilles.
Ils trouvèrent dans cette contrée superbe des traditions qui parlaient à leur
imagination, à leurs croyances. Hellé, fille d'un roi de Thèbes, fuyant la
haine d'une marâtre avec son frère Phryxus, avait traversé, sur son bélier à
toison d'or, le détroit qui sépare la Thrace de la Troade, et avait donné son
nom à cet Hellespont où elle trouva la mort. Sept siècles avant l'arrivée des
Mégariens sur ces rivages, les Argonautes, allant à la recherche de cette même
toison d'or, avaient osé, les premiers, remonter le Bosphore, gardé par des
dieux malfaisants, et affronter la périlleuse navigation de l'Euxin dont le
nom seul présageait des tempêtes. Sur la rive asiatique du Bosphore, Pollux
avait terrassé Amycus, roi de Bithynie, qui s'était opposé au passage de
Jason et de ses compagnons, et pour immortaliser ce triomphe, les Argonautes
bâtirent dans ces parages inhospitaliers, un temple dédié à l'une des
divinités tutélaires de la Grèce. Sur la même rive du canal s'élevait le
palais du coupable et malheureux Phinée, tourmenté par les dégoûtantes
harpies dont les Argonautes le délivrèrent. De nombreux autels expiatoires
construits au sommet des monts, attestaient la dévotion des navigateurs
grecs, et la terreur que leur inspiraient les flots orageux du Pont-Euxin.
Les écueils cyanéens se montrent et se cachent successivement selon la
hauteur des eaux aux bouches de la mer Noire, ce qui avait fait dire aux
poètes de l'antiquité, que ces roches aux pointes aiguës s'agitaient
volontairement ou changeaient de place par la volonté de Neptune. Non loin de
là, et sur la cime d'une montagne, apparaissait le fameux temple de Jupiter
Urius, au frontispice duquel on lisait l'inscription suivante : Le
nautonier qui invoque Jupiter Urius en dirigeant sa course vers les roches
cyanées ou vers la mer Égée semée d'écueils dangereux, navigue en sûreté s'il
a fait un sacrifice au dieu dispensateur des vents. Tel
était le pays où les Mégariens étaient venus se fixer. Ils n'en furent pas
longtemps les tranquilles possesseurs. Des bandes 'nombreuses de barbares,
venant de la Thrace, commandées par le roi Hémus, les attaquèrent violemment
mais inutilement. Le chef des barbares provoqua Byzas à un combat singulier,
à cheval et le glaive au poing. Byzas accepta courageusement le défi et tua
son téméraire agresseur. Il eut à soutenir des luttes contre les Scythes qui
avaient passé le Danube pour porter leurs ravages sur les rives du Bosphore,
triompha de tous ses ennemis, et mourut laissant après lui la réputation d'un
homme juste, et la gloire d'avoir fondé une ville qui devait être dans
l'avenir le siège de deux empires fameux. Les Byzantins choisirent pour leur
chef Dinias, prince de Calcédoine, qui, à l'époque de leurs combats avec les
barbares, avait donné des preuves de bravoure et de dévouement. Dans
l'espace de deux cents ans, leur ville s’était considérablement accrue. Ses
remparts étaient construits avec de grosses pierres carrées, tellement
jointes, qu'ils semblaient ne former qu'un seul bloc. On voyait dans
l'enceinte un gymnase, des temples, une belle statuer de Byzas et toutes les
ressources nécessaires à un peuple riche et nombreux. Les Byzantins
s'assemblaient dans une place assez vaste pour y mettre une armée en bataille
; la cité nouvelle était une de ces petites républiques comme on en voyait
dans l'ancienne Grèce, et sur quelques points de l'Asie Mineure où les
peuples colonisateurs des bords de l'Alphée, du Céphise et de l'Eurotas
avaient transporté leurs pénates ; les habitants de Byzance confirmaient ou
rejetaient les décrets d'un sénat plus éclairé qu'eux. « Cette
inconséquence m'a frappé dans plusieurs villes de la Grèce, dit un voyageur
célèbre ; et je rite suis souvent rappelé le mot d'Anacharsis à Solon : Parmi
vous, ce sont les sages qui discutent et les fous qui décident[3]. » Les
Byzantins, qui avaient conservé leur indépendance pendant deux siècles,
furent attaqués et vaincus par les Perses quatre cent cinquante ans avant
l'ère chrétienne, au commencement du règne de Darius, fils d'Hystaspe. Mais
vingt-six ans plus tard, après les victoires de Salamine et de Platée, le
Spartiate Pausanias assiégea Byzance et en chassa les nouveaux maîtres.
Périclès la reprit aux Lacédémoniens qui s'en emparèrent une seconde fois ;
la ville fut ensuite livrée par trahison à Alcibiade, qui ne la garda pas
longtemps. De plus grandes affaires appelaient dans la Grèce le vaillant fils
de Clinias. Philippe,
roi de Macédoine, songeait fortement à s'ouvrir le chemin de l'Attique. Déjà
plusieurs villes de la Propontide étaient soumises à ses armes. Il avait
pensé qu'en se rendant maître du pays de Byzance, d'où les Athéniens tiraient
la meilleure partie de leur subsistance, il pourrait les affamer en leur
coupant les vivres par la mer Noire et l'Hellespont. Il vint camper avec une
armée au pied des murailles de Byzance. Mais les Byzantins, prévenus à temps,
coururent demander des secours aux Athéniens, aussi intéressés qu'eux à
réprimer l'ambition de Philippe ; leur prompte et énergique intervention
réduisit à néant les tentatives du roi de Macédoine. Byzance et les peuples
de la Chersonèse, délivrés du conquérant macédonien, décernèrent, par des
décrets solennels, des couronnes d'or aux Athéniens leurs libérateurs. On
raconte qu'après avoir échoué dans ses projets contre Byzance, Philippe
protesta de ses bons sentiments envers les habitants de cette ville. Il fit
demander une entrevue à Léon qui en était alors le chef. Il y consentit. Léon
pria le roi de lui faire connaître les motifs qui l'avaient porté à déclarer
la guerre à un peuple qui ne lui avait jamais fait aucun mal. J'ai
toujours aimé les Byzantins, et j’aurais voulu les contraindre à être mes
amis. Seigneur, répliqua Léon en lui montrant du doigt les machines de
siège des Macédoniens encore tournées contre la place : Seigneur, vous
donnez d'étranges fêtes à ceux que vous mettez au rang de vos amis. Le père
d'Alexandre, qui avait commencé sa carrière par l'usurpation d'un trône dont
la garde était confiée à son honneur, laissait voir à travers des qualités
brillantes peu de respect pour la justice et pour la foi jurée. C'est de la
bouche de ce prince qu'est sortie cette abominable maxime, qu'on amusait
les enfants avec des osselets, et les hommes avec des serments[4]. Dès que
le nom romain eut retenti au-delà des mers, la république byzantine fit
alliance avec la république des bords du Tibre. Elle réunit ses forces à
celles de Rome dans les guerres contre Philippe, père de Persée, contre
Antiochus et Aristonique. Les Byzantins parurent noblement dans les armées de
Sylla, de Lucullus, de Pompée et d'Antoine. Byzance avait été déclarée ville
libre par le sénat romain[5]. Pison,
gouverneur de la Macédoine (56 avant J.-C.), avait soulevé contre lui, par ses vexations et
ses rapines, les populations de la Grèce. Il avait réduit, à force d'impôts
qui ne lui étaient point dus, les Byzantins à la dernière misère. Un moment
vint où sa rapacité ne trouva plus rien à prendre au sein d'une population
épuisée. Il plaça alors ses cohortes en quartiers d'hiver à Byzance, en leur
permettant tous les excès. Pison traita la cité en pays conquis. Les plaintes
des opprimés parvinrent à Rome. Pison fut rappelé sur la demande de Cicéron
qui, dans cette occasion, prononça cette belle harangue dans laquelle il
révélait au sénat indigné toutes les abominations du proconsul de Macédoine.
« Je ne parlerai point, disait le grand orateur, d'une juridiction établie
dans une ville libre, au mépris des lois et des sénatus-consultes. Je ne
dirai rien des meurtres et des débauches qui sont une honte pour la
république. Parlerai-je de ces nobles vierges qui, pour échapper au
déshonneur, se précipitent dans des puits où elles trouvent la mort ? Pison
avait choisi pour chef de ses soldats les hommes qu'il croyait devoir être
les agents les plus impitoyables de ses crimes. Byzance était remplie de
statues ; ses habitants, épuisés par des guerres ruineuses, les avaient
religieusement gardées ; sous ton commandement, Pison, une cité libre et qui
par des services récents, avait mérité du sénat et du peuple romain le
maintien de tous ses droits, s'est vue dépouiller de tous ses trésors[6]. » César,
déjà tout-puissant et beau-père de Pison, lui épargna l'ignominie d'une
condamnation solennelle ; mais il n'a pu le protéger contre la flétrissure de
l'histoire. Après
la chute de la république romaine, les empereurs envoyaient à Byzance des
gouverneurs qui sont appelés archontes dans les anciennes médailles de cette
ville : cette dénomination grecque n'était plus qu'une lointaine
réminiscence, une sorte de simulacre de sa liberté. Pourtant sous le règne de
Claude, l'an 53 de Jésus-Christ, les Byzantins obtinrent, en souvenir de leur
antique alliance avec les Romains, cinq ans d'exemption d'impôts[7]. Dans la
grande querelle entre Septime Sévère et Niger, Byzance se déclara pour ce
dernier. Ce fut la seule ville d'Europe qui ne voulut pas reconnaître
l'empereur Sévère. Niger envoya une armée à Byzance afin de conserver une
place qui était justement regardée comme la clef de l'Asie. A cette époque (l'an 196 de
J.-C.), Byzance
était la ville la plus grande, la plus riche et la plus peuplée de la Thrace.
Ses murailles, jointes par des crampons d'airain, étaient soutenues et
surmontées de tours construites avec une rare solidité. Septime
Sévère la tint assiégée pendant trois ans. Il finit par triompher malgré le
persévérant courage des Byzantins qui se défendirent en désespérés. Se voyant
à bout de ressources, ils lancèrent, du haut de leurs remparts à moitié
démantelés, les statues de leurs grands hommes et celles de leurs dieux sur
leurs ennemis. Les femmes coupèrent leurs cheveux pour en faire des cordes,
tout en combattant elles-mêmes et demandant à leurs pères, à leurs fils ou à
leurs époux de mourir plutôt que de se rendre. Les Byzantins éprouvèrent les
horreurs de la faim. Les anciens historiens assurent que, n'ayant plus à leur
disposition aucun animal qu'ils pussent manger, ils se virent réduits à se
nourrir de cadavres humains. Le
vainqueur fut implacable. Après avoir rendu Byzance veuve d'une grande pallie
de ses habitants, il fit détruire ses monuments publics et le reste de ses
murailles. Byzance fut non-seulement privée de sa liberté, mais encore du nom
de ville. Elle fut mise au rang des simples bourgades. Pourtant le même
empereur la rétablit bientôt dans ses anciens droits, à la prière de
Caracalla. Les Byzantins, peuple actif, intelligent, industrieux, se livrant
au commerce des mers, amassèrent de nouvelles richesses, et leur ville avait
repris, soixante ans après, son éclat d'autrefois. Sévère lui avait donné le
nom d'Antoninia, à cause de Caracalla qui s'appelait Antonin. Mais
elle reprit son nom primitif après la mort de ce prince[8]. L'empereur
Gallien passa en Orient en 263. Il marcha contre Byzance pour se venger
de ses habitants, dit Pollion. Mais cet auteur, le seul qui ait rapporté ce
fait, se tait sur la cause du ressentiment de cet empereur cruel et débauché,
et qui s'était indignement moqué de son vieux père, captif chez les Perses.
On peut croire que dans ses desseins contre Byzance, Gallien n'obéissait qu'à
un caprice de son esprit tracassier et méchant. Après avoir examiné les
forces dont il disposait devant Byzance et s'être assuré de l'invincible
résistance qu'il rencontrerait cirez les Byzantins, Gallien renonça au siège
de cette ville. Mais comme il voulait pénétrer dans son enceinte avec ses
troupes, il employa la fourberie pour arriver à ses fins : il négocia avec
les Byzantins pour obtenir d'entrer en ami dans Byzance. Ils crurent à la
parole de l'empereur et l'accueillirent en allié ! Mais au moment où
ils se croyaient en toute sûreté, Gallien fit massacrer la garnison de
Byzance ! Il
reprit ensuite le chemin de Rome où il entra plutôt en histrion qu'en
triomphateur. Il s'avançait sur un char, non pas, comme autrefois
quelques-uns de ses prédécesseurs, avec le rayonnement de la gloire,
environné des dépouilles des nations et traînant à sa suite des rois vaincus
; mais escorté de prêtres, de sénateurs dégénérés, de deux mille hommes
déguisés en Goths, en Sarmates, en Francs, en Perses, sans parler des
bacchantes et des bouffons qui, mêlés à cette sorte de mascarade, examinaient
avec une curiosité affectée les prétendus Perses ; on leur demanda ce qu'ils
cherchaient : le père du prince, répondirent-ils en riant, faisant,
par ce mot, allusion à l'empereur Valérien encore prisonnier de Sapor.
Gallien fit brûler vifs ceux qui s'étaient permis cette plaisanterie. Depuis
longtemps déjà les Romains donnaient au monde le triste spectacle de leur
abaissement moral. Mais un immense travail de rénovation sociale s'opérait au
sein même de l'empire décrépit. Les peuples, laissant de côté, comme autant
de haillons pourris, les institutions païennes et leurs grossières
inspirations, recevaient une vie nouvelle par les divines croyances parties
du Golgotha. Tels avaient été les principaux événements accomplis à Byzance lorsque Constantin (Caius Flavius) transféra dans cette ville le siège de l'empire romain. |
[1]
Denys de Byzance.
[2]
Tacite, Annales, livre XII.
[3]
Barthélemy, Voyage du jeune Anacharsis.
[4]
Biographie universelle. Vie de Philippe.
[5]
Tacite, Annales, livre XII, et Pline, lettre 4, chap. XI.
[6]
Cicéron, Discours sur les provinces consulaires.
[7]
Pline, lettre 52, et Tacite, Annales, livre XII.
[8]
Hésichius.