HISTOIRE DES DUCS DE BOURGOGNE DE LA RACE CAPÉTIENNE

TOME NEUVIÈME ET DERNIER

 

CHAPITRE LXI. — INVASION DE L'ARMÉE D'ÉDOUARD III, ROI D'ANGLETERRE ET DES GRANDES COMPAGNIES - janvier 1360 à septembre 1360.

 

 

Arrivée d'Edouard III, roi d'Angleterre et de son armée conduite en Bourgogne par Jean de Neufchâtel-sur-le-Lac et Guillaume de Granson. — Prise de Flavigny par Jean de Harleston. — Passage de l'armée anglaise à Saint-Florentin, Pontigny, Tonnerre, Noyers et L'Isle-sur-Serain. — Installation à Guillon. — Jacques de Vienne et Othe de Granson à Montréal. — Ravages et pillages des Anglais à Vieux-Château, Courcelles-Frémoy, Arnay. — Incendie de Saulieu. — Roger de Mortimer, comte de March, maréchal du roi d'Angleterre, tué à Rouvray. — Séjour prolongé des Anglais à Guillon. — Négociations du conseil ducal. — Traité de Guillon, rançon de deux cent mille moutons d'or. — Engagements de la noblesse bourguignonne, évêques, abbés et communes. — Levée du camp de Guillon et départ d'Edouard III, son passage à Asquins-sous-Vézelay, à Asnois, chez Jean de Saint-Verain, à Donzi-le-Pré et Montargis. — Méfaits des traînards de l'armée. — Prise de Clamecy par Jacques Wyn le « poursuivant d'amour ». — Sept mille écus demandés aux Nivernais pour la restitution de Clamecy. — Emotion à la cour de Bourgogne. — Richard de Bouembert envoyé comme parlementaire. — Subterfuge employé par Nicole Tamworth et Guillaume de Granson pour éviter toute restitution de la part du poursuivant d'amour. — Réunion des députés des Trois-Etats. — Difficultés pour le paiement des termes de la rançon de Guillon. — Difficultés pour payer les gens d'armes. — Révolte de la garnison de Chevigny. — Pillages commis par les gens d'armes bourguignons. — Compagnies dans toutes les directions malgré les traités de paix. — Nécessité d'employer les compères Nicole Tamworth, Guillaume de Granson, Richard do Bouambert et autres pour parlementer avec les ennemis. — La grande compagnie à Latrecey, à Vesoul, en Méconnais, Beaujolais et Nivernais, dans le comté, etc. — Traités avec diverses compagnies à Heuilley, à Jully-sur-Sarce, et promesses d'indemnités pécuniaires pour les faire partir. — Inanité de ces conventions. — Convocation des féodaux. — Les lieutenants du duc chargés de protéger le comté et le nord du duché. — Marche de Philippe de Rouvre en personne et préparatifs pour reprendre Lormes et Pierre-Perthuis. — Cette dernière place occupée par les Anglais, reprise par les habitants de Vézelay, puis surprise par un stratagème des compagnies. — Réunion des féodaux et des recrues étrangères. — Bertrand Garch, d'Alexandrie et ses brigands, Pierre d'Arembert et ses Allemands. — Immenses préparatifs pour la chevauchée de Pierre-Perthuis. — Funeste intervention de Nicole Tamworth et capitulation de la place moyennant une somme de cinq mille florins. — Vente de domaines pour paver les étranges négociateurs de cette capitulation. — Evénements arrivés simultanément au nord du duché. — Jacques de Vienne et le maréchal de Bourgogne faits prisonniers et rançonnés à l'assaut du château de Chariez, près Vesoul ; leur rançon payée à Régennes. — Saisie de Girard de Marey, Jacques de Baudoncourt, Barnicon Barté. — Exécution des traîtres au château de Semur. — Confiscation du domaine de Beire. — Philippe de Rouvre à Montbard au retour de Pierre-Perthuis. — Retour des féodaux de l'Avallonnais pour défendre Dôle, Auxonne, Montsaugeon. — Secours porté à Jacques de Vienne et à Othe de Granson. — Le duc en l'ost de Montsaugeon, avec Jean de Boulogne, comte de Montfort et autres. — Plusieurs Anglais tués dans un engagement. — Vigoureuse résistance arrêtant la marche des envahisseurs et promesse d'une indemnité pour les faire partir. — Autres menaces d'invasion du côté du Bourbonnais.

 

Edouard III, roi d'Angleterre, se disposait à envahir la France à la tête d'une armée formidable. Après avoir quitté Calais et ravagé l'Artois, il marcha d'abord sur Reims, près duquel il campa durant quarante jours, mais désespérant de s'emparer de cette ville, il leva le siège, le 11 janvier 1360, à minuit, et vint dresser ses tentes « ou fort de Chaalon, le jour de la purification Notre-Dame » [2 février][1]. Les plaines de la Champagne, tant de fois sillonnées par les compagnies, allaient recevoir la visite de ces hôtes incommodes qui ne devaient pas y faire long séjour, car le pays était en partie « rifflé », pour nous servir d'une expression pittoresque de Froissart.

Edouard III, dont les ressources étaient épuisées, n'agissait pas autrement que les chefs de bandes, et, ayant tout intérêt de procurer à ses hommes des approvisionnements et des occasions de pillage, les dirigeait sur une province menacée depuis longtemps, il est vrai, mais qui n'avait encore été sérieusement entamée que sur ses frontières, la Bourgogne. On n'en peut douter, en voyant Jean de Neufchâtel-sur-le-Lac, qui avait cependant juré à Brion-sur-Ource de ne plus guerroyer contre le duché, ainsi que le comte de Montbéliard et Guillaume de Granson, l'ami de Nicolas Tamworth, servir de guides et diriger l'armée ennemie dans cette riche contrée de Bourgogne dont les chemins leur étaient bien connus[2].

Cet appel à l'intervention étrangère allait déterminer dans le duché la crise la plus douloureuse de son histoire.

D'autre part, Jean de Harleston, un des chevaucheurs du roi d'Angleterre, commandant une des avant-gardes, le précédait de quelques jours, arrivait au Chemin-d'Aisey, et laissant là les chevaux malades ou hors de service, les roussins et les objets sans valeurs[3], s'emparait par surprise de Flavigny, une des places fortes au centre du duché, dans la nuit du 17 au 18 janvier[4]. Les habitants des environs furent fort étonnés de la hardiesse d'un tel coup de main que rien ne pouvait faire pressentir, et de voir la bannière du chevalier anglais, d'azur à un écusson d'argent, flotter sur les hautes murailles de la forteresse réputée imprenable par sa situation exceptionnelle.

Eudes de Grancey, sire de Pierrepont, et Philibert de Lespinâsse y envoyèrent aussitôt des espions en reconnaissance, « pour savoir le convine des ennemis », et le nombre des gens d'armes qui tenaient la place[5]. La reine manda en toute hâte Jacques et Henri de Vienne, alors à Avallon, Jean de Boulogne, comte de Montfort, les seigneurs d'Epoisse, de Voudenay, de Montmartin et autres, qui tentèrent sur Flavigny une chevauchée sans résultat[6] : Il n'y avait rien à faire ; toutes les forces du duché n'auraient pu prendre cette redoutable forteresse, facilement défendable avec une petite garnison.

L'insuccès jeta la consternation dans les villes voisines. Gui de Pontailler fut envoyé à Chatillon-sur-Seine avec vingt hommes, « pour aidier et conforter les habitans de la ville et les gens d'armes qui là estoient »[7]. Le conseil ducal expédia partout des ordres pour faire abattre les châteaux du duché qui ne seraient pas tenables[8]. Thibaud de Branges passa la visite des forteresses du Chalonnais[9]. Ailleurs, on doubla les garnisons, à Argilly[10], à Rouvre[11], à Villaines-en-Duesmois[12].

L'armée anglaise continuait sa route à travers la Champagne, passant à Bar-sur-Aube, Troyes, Méry, Pont-sur-Seine. « L'ost du duc de Lancastre passa à Sens sans y donner assaut »[13]. Dans la prévision d'une attaque, Guichard d'Ars, bailli et capitaine de Sens, avait réuni les gentilshommes du pays, et avait fait abattre l'abbaye de Sainte-Colombe, le monastère de Saint-Jean, Saint-Pierre-le-Vif, Saint-Remi, l'Hôtel-Dieu, l'église des Frères-Mineurs, une partie des faubourgs, les maisons fortes de Piffonds et de Villefranche, les moulins de l'Hôpital Saint-Jean, de Theil, de Dilo, deux maisons fortes à la Chapelle-sur-Oreuse, l'hospice de Jouancy, et avait même brûlé plusieurs de ces établissements pour que les ennemis ne pussent s'en servir pour faire le siège de la ville. Ces dévastations inutiles provoquèrent plus tard les récriminations des ecclésiastiques et des possesseurs des immeubles détruits[14].

Un corps d'armée commandé par Roger de Mortimer, comte de March, maréchal d'Angleterre, arriva devant la ville de Saint-Florentin, défendue par le brave Oudard de Renty, et ne put s'en emparer malgré plusieurs assauts vigoureux[15]. Edouard III, qui était passé près de Cerisiers et de Brienon-l'Archevêque, vint l'y rejoindre, et toutes ces troupes campèrent vers l'Armançon, à l'entour de Saint-Florentin[16]. Là, on se divisa ; le corps de Roger de Mortimer s'écoula par la vallée du Serain, ravageant Pontigny et Chablis. Cette riche abbaye de Pontigny devait tenter la cupidité des soldats : « là vindrent plusieurs Anglois logier en ladite abbaie, et prindrent et pillièrent tout ce qu'ils trouvèrent »[17].

Les autres corps d'armée et le roi s'acheminèrent vers Tonnerre en suivant le cours de l'Armançon, « et là eut moult grant assaut et dur, et fu la ville de Tonnoire prise par force et non li castiaux », dont le maître des arbalétriers de France, Baudoin d'Annequin, chambellan du roi, commandait la place. Il y eut plusieurs tentatives d'escalade sur une tour conduisant au Belfort et protégeant les faubourgs, tour maintenant détruite, mais qui avait toujours conservé le nom de tour des Anglais[18]. Les bons vins du pays arrêtèrent pendant cinq jours les assaillants, qui quittèrent « bien rafreschi » la ville de Tonnerre et gagnèrent Noyers, dont le château, alors considérable, dominait la vallée du Serain, « et [le roi] ne volt onques consentir que on y assausist, car il tenoit le signor prisonnier », non depuis la bataille de Poitiers, comme le dit Froissart, mais depuis le combat de Brion[19]. Le roi et son armée vinrent prendre gîte à l'Isle-sur-Serain[20], en suivant les bords de la rivière, et arrivèrent enfin à Guillon la nuit des Cendres, c'est-à-dire le 19 février 1360.

Jean de Neufchâtel et Guillaume de Granson avaient été de trop bons guides, en amenant l'armée d'Edouard III dans cette plaine proverbialement riche de la vallée d'Epoisse, où elle devait si longtemps séjourner.

Jacques-de Vienne, sire de Longvic, maréchal de Bourgogne, et Othe de Granson étaient accourus avec des forces importantes pour défendre Montréal, et n'arrivèrent que le 18 février[21], le jour même où Edouard III prenait gîte à l'Isle, à moins de deux lieues de là. Le château de Montréal, alors important et bien fortifié, occupant une éminence isolée, pouvait résister longtemps à une attaque, mais non à une armée aussi nombreuse que celle d'Edouard III. Des travaux considérables en avaient protégé les abords, et la place était munie d'une artillerie redoutable, pour l'époque[22]. Olivier de Jussy y commandait déjà une garnison, et Jean de Mussy, sire de Jours, occupait l'office de châtelain. D'autres compagnies, commandées par Jean d'Arlay et Bertrand Gasch, à la tête de ses « brigands », garnissaient les créneaux des remparts[23].

Ceci nous explique le passage de l'armée anglaise, effectué seulement le lendemain, pendant la nuit, sous les murs de la forteresse ; qui dominaient le cours du Serain. C'était le plus court chemin pour gagner Guillon et la vallée d'Epoisse. Les défenseurs de la place purent, du haut des murailles, suivre le lendemain les mouvements des corps d'armée, dont les uns protégeaient le roi à Guillon, et dont les autres avaient dressé leurs tentes sur la montagne de Montfôte, dans une situation inattaquable.

Les communications furent vite établies entre les Anglais de Guillon et ceux de Flavigny, où Jean de Harleston avait trouvé des provisions assez considérables pour nourrir pendant un mois le roi et son armée. Cela n'empêchait pas les maréchaux de courir le pays, « ardant, gastant et essillant tout entour yaus ». Vieux-Château fut pillé plusieurs fois, Courcelles-Frémov incendié, Saint-Léger ravagé, ainsi que Bierry, Valcroissant, Vassy-lès-Avallon, Vignes, Blacy, Annay-la-Côte[24]. A Rougemont-sur-Armançon, Jean de Harleston commit d'horribles maux, brûlant et pillant tout[25]. Les habitants d'Arnay furent tant de fois rançonnés qu'on leur abandonna deux ans plus tard la Forte-Motte, située près de l'église, avec murs, fossés et dépendances, pour leur permettre de se protéger contre les invasions[26]. La ville de Saulieu fut non seulement pillée, mais détruite presque entièrement. Les titres furent brûlés, les clochers abattus, les cloches fondues. L'année suivante, le pape Innocent VI écrivait à Renaud de Montbernard, évêque d'Autun, pour l'autoriser à relever de ses ruines l'église et la ville de Saulieu d'où les habitants avaient été obligés de fuir[27]. D'autres bulles, des papes Urbain V et Clément VII, accordèrent ensuite des indulgences à ceux qui feraient des aumônes pour reconstruire l'église de Saint-Andoche, « prinse et arse par les Anglois »[28].

Ces expéditions aventureuses n'étaient pas toujours couronnées de succès, et plus d'un chef ennemi dut succomber en attaquant des localités mieux défendues. L'un des plus notables, Roger de Mortimer, comte de March, fut tué à Rouvray, le 26 février, dans une de ces chevauchées. Edouard III fut « durement courouchiés pour la mort de son cousin le conte de la Marche, connestable de son host »[29], et fit déposer provisoirement son corps à l'abbaye de Fontenay, en donnant aux religieux mille moutons d'or pour rétablir leur église[30]. La dépouille mortelle du défunt fut ensuite rapportée en Angleterre, et le roi donna un baudequin d'or pour les frais de ses funérailles dans la chapelle de Windsor[31].

Installé dans les bâtiments du prieuré que possédaient à Guillon les religieux de Saint-Jean de Semur, Edouard III ne menait pas une vie désagréable, passant son temps à la chasse ou à la pêche. Cette page du chroniqueur[32] mérite d'être citée : « Vous devés savoir que li signeur d'Engleterre et li riche homme menoient sus leurs chars tentes et pavillons, moulins, fours pour cuire et forges pour forgier, fiers de chevaus et toutes aultres coses neccessaires. Et pour tout ce estoffer, ils menoient bien huit mil chars, tous atelés de quatre fors roncins que il avoient mis hors d'Engleterre. Et avoient encore sur ces chars, pluiseurs nacelles et batelés, fais et ordonnés si soubtieument de cuir boulit, que merveilles estoit à regarder. Et si pooient bien troi homme dedans aidier, pour nagier parmi un estanc ou un vivier, corn grans qu'il fust, et peschier à leur volenté[33]. De quoi il eurent grant aise tout le temps et tout le quaresme, voires li signeur et les gens d'estat ; mais les commugnes se passoient de ce qu'il trouvoient. Et avœch ce, li rois avoit bien pour lui trente fauconniers à cheval, cargiés de oisiaus, et bien soixante couples de fors chiens et otant de levriers dont il aloit cescun jour en cace ou en rivière, ensi qu'il plaisoit. Et si y avoit pluiseurs des signeurs et des riches hommes, qui avoient leurs chiens et leurs oiziaus, ossi bien comme li rois leurs sires. »

Dans l'impossibilité de lutter contre des forces aussi écrasantes, les conseillers du duc cherchèrent aussitôt à entrer en pourparlers avec le roi d'Angleterre, et engagèrent des négociations longues et pénibles. Il fallut d'abord réunir les communautés des principales villes qui nommèrent leurs procureurs, le 6 mars[34]. Puis, les délégués des communes, des monastères et des seigneurs se réunirent, le 10 mars, à Guillon, où furent signés les conventions et accords qui allaient libérer momentanément le pays.

Edouard III, « par la grâce de Dieu roi de France et d'Angleterre », octroyait au duc de Bourgogne une suspension de guerre, et lui remettait la ville de Flavigny, occupée par ses gens, moyennant une somme de « deux cent mille deniers d'or au mouton, des dits pays et coin de France », dont cinquante mille payables à la Saint Jean-Baptiste prochaine, cent mille aux fêtes de Noël de la même année, et le reste à Pâques 1361, c'est-à-dire qu'il fallait trouver et solder dans l'espace de moins de deux années la somme entière de cette énorme rançon.

Les seigneurs, les abbés et les évêques s'engagèrent pour tout ce qu'on leur demanda, sans s'inquiéter de la possibilité de remplir leur promesse dans un si court délai, et désireux seulement de voir au plus vite ces désagréables visiteurs abandonner la province. Les noms de tous ces personnages sont donnés par Dom Plancher[35]. Nous croyons inutile de les reproduire. Les quinze nobles et les sept bourgeois qui figurent dans cette convention prenaient en outre l'engagement de payer le double des sommes qui n'auraient pas été versées en temps utile, et d'envoyer des otages à Calais ou à Londres, tant que les termes en retard ne seraient pas acquittés. L'inexécution de ces clauses entraînait l'annulation des trêves sans entraîner l'annulation des obligations. Les Anglais devaient abandonner toutes les forteresses dont ils étaient nantis sur le territoire de Bourgogne, mais ils se réservaient dès sauf-conduits pour aller et venir, à condition de payer un prix raisonnable les choses dont ils auraient besoin et de ne pas séjourner plus de deux jours dans la même localité.

La plus singulière de ces clauses portait que dans le cas où le roi d'Angleterre serait couronné roi de France, le duc de Bourgogne n'y devrait mettre aucun empêchement, et qu'en cas contraire les présentes trêves resteraient sans effet. De semblables conventions ne pouvaient être acceptées de bonne foi, car ceux qui y prirent part furent forcés de les sceller le couteau sur la gorge, et de souscrire à des exigences imposées sans résistance possible.

Le 10 mars, Edouard III permit à tous les habitants du duché et du comté de Bourgogne, ainsi qu'à ceux du bailliage de l'Isle-sur-Serain, de faire commerce pendant un an sur les domaines soumis à sa domination, en payant les droits accoutumés[36]. Deux jours après, il était encore à Guillon, et délivrait un saufconduit aux marchands qui circulaient dans les localités occupées par ses troupes[37].

Toutes ces pièces, rédigées en français et données par le roi d'Angleterre, sans indication des personnages de sa suite, pourraient bien avoir été libellées par Guillaume de Granson, employé comme parlementaire, dont nous constatons si souvent la funeste intervention, et qui fut fréquemment mêlé à des négociations ultérieures entre des belligérants qui ne parlaient pas la même langue.

Sans attendre les garanties des communautés et des villes, Edouard III, suffisamment armé par les engagements des seigneurs et des prélats, ordonna la levée du camp établi à Guillon, quitta la vallée du Serain pour gagner celle de la Cure, sur les bords de laquelle son armée s'échelonna. Lui-même s'établit à Asquins sous Vézelay, dont les commentateurs de Froissart dénaturent le nom à plaisir[38], pendant que ses têtes de colonne occupaient sur une longueur de deux lieues les villages de Saint-Père et de Pierre-Perthuis[39]. Nous ne savons quelle fut la durée de l'arrêt dans ces localités ; il fallait en tous cas plusieurs jours pour opérer la retraite d'une telle foule d'hommes et de chevaux, que suivaient un nombre considérable de chariots et de bagages.

De là, les corps de troupes occupèrent divers défilés qui les conduisaient dans la vallée de l'Yonne. Le gros de l'armée franchit cette rivière à Goulanges-sur Yonne. Edouard III, remontant du côté de Nevers, s'arrêta au village d'Asnois, et prit résidence au château de ce nom appartenant alors à Jean de Saint-Verain[40].

Cette étape du roi d'Angleterre, jusqu'ici non citée, permet de fixer son itinéraire, et justifie l'assertion des Grandes Chroniques, que les commentateurs se permettent de réfuter sans preuves. Sauf de rares erreurs de détail, Pierre d'Orgemont, rédacteur de cette période de la chronique, est rarement fautif, et connaissait bien nos régions, dont le roi Jean lui avait antérieurement confié l'administration.

Edouard III, par un acte de cette année, dont le jour n'est pas indiqué, déclare, à Aunois-sur-Yone (Asnois), sa volonté expresse de maintenir les trêves, malgré les actes d'hostilité exercés de part et d'autre[41], et c'est très probablement à Asnois que « ceux de la contée de Nevers envoyèrent par devers luy »[42]. Les troupes traversèrent ensuite et rançonnèrent la baronnie de Donzi-au-Pré. Jean le Bel nous fournit encore l'étape de Montargis. « A doncques se parti le noble roy, et mena son ost par la conté de Nyvers et la conté d'Aussourre ; si raenchonna le pays, et en eut tant de finance que on ne le pourroit nombrer, puis s'en tira par devers Montargis et y demoura trois jours[43]. »

Le mardi avant Pâques, 31 mars, Edouard III était logé « en l'ostel de Chantelou[44], » ancienne résidence des ducs de Bourgogne, et dont le nom a été souvent cité dans ce livre. Ainsi l'armée anglaise, depuis le départ de Guillon, avait mis moins de trois semaines pour arriver dans l'Ile-de-France.

Les prélats, les abbés, les nobles, les Trois-Etats de chaque bailliage avaient fourni leurs obligations pour ce malheureux traité. Une seule protestation s'éleva dans la province contre un tel acte : celle de Jean de Chalon-Arlay, longtemps l'allié d'Edouard III sous le gouvernement d'Eudes IV, maintenant serviteur dévoué du roi Jean et de sa dynastie. L'appel qu'il fit au régent, pour protester contre les engagements arrachés par la force au jeune duc, resta sans effet[45]. Le lieutenant du royaume était trop embarrassé et dans une trop difficile situation pour empêcher en Bourgogne ce que lui-même allait faire en France, à Brétigny. Cela est triste à dire, mais on ne pouvait faire autrement qu'on fit.

Les pillards les plus redoutables se trouvaient dans les compagnies errantes qui suivaient les troupes, travaillant pour leur propre compte, sans souci des traités. Dans le courant de mai, le capitaine Jacques Wyn, le poursuivant d'amour, ayant quitté la forteresse de Beaufort et voulant rejoindre l'armée anglaise, s'empara de Clamecy, pilla les habitants et exigea sept mille écus pour leur rançon. Il se fit même délivrer des lettres d'obligations et retint des otages en garantie de leurs promesses. Cette violation flagrante des conventions de Guillon causa quelque émotion à la cour de Bourgogne, et le grand conseil expédia de suite, le 28 mai, de Dijon à Régennes, Richard de Bouembert[46], afin de parlementer avec Nicole Tamworth, « pour réparer ce que les Anglois avoient meffait ». A son retour Richard de Bouembert fut envoyé directement à Clamecy (8 juin)[47] auprès de Guillaume de Granson, dont la présence indique toujours un accord désagréable à négocier ou un acte à rédiger. Les compères s'entendirent pour donner un semblant de satisfaction au duc et à son conseil. Il fut convenu que Jacques Wyn se constituerait prisonnier de Nicole Tamworth au château de Régennes, et c'est sous la garde de cet étrange geôlier que se réfugia le Poursuivant d'Amour, bien déterminé à ne se de saisir ni des lettres d'obligation des habitants de Clamecy, ni des otages. Sur les plaintes légitimes et les revendications adressées au roi d'Angleterre par Philippe de Rouvre et par la comtesse Marguerite de France, à laquelle appartenait ce domaine, Edouard III, dans une lettre datée de Calais, le 26 octobre[48], ordonnait l'abandon des otages, la restitution des lettres et la renonciation à toute indemnité pécuniaire réclamée par Jacques Wyn. Nous ignorons si les volontés du monarque furent exécutées.

Les Bourguignons devaient maintenant songer à payer leur rançon. La convocation des députés des Trois Etats avait été fixée pour le dimanche avant Pâques fleuries (22 mars) à Beaune[49]. Les membres de cette assemblée se hâtèrent de faire honneur à leurs engagements, et votèrent des subsides que Poinçart Bourgeoise dut percevoir, en qualité de « receveur général du subside des moutons ». Au prieur de Saint-Symphorien d'Autun fut confiée la mission de lever les tailles sur les gens d'église. Divers monastères, comme Cîteaux, en furent exonérés, parce qu'ils avaient décidé l'abandon du dixième de leurs revenus[50].

À voir tant de zèle et d'empressement, on pouvait croire que le premier terme, de cinquante mille livres payables à la Saint-Jean, serait rapidement couvert, mais les fonds étaient plus faciles à voter qu'à toucher. ; Aussi Poinçart Bourgeoise chargé, dès le 7 juin, d'aller porter la somme à Saint-Omer, crut-il prudent de décliner cet honneur. On fit marché avec Eudes, sire de Grancey, puis avec son fils Eudes, seigneur de Pierrefont, qui, moyennant trois mille moutons d'or, s'engageait, à ses risques et périls, à livrer le premier terme aux lieu et jour convenus[51]. On s'aperçut vite que les fonds ne seraient pas prêts, et le duc, nomma Guillaume de Vaulx, son chambellan, le doyen de Cambrai et autres pour s'entendre avec le roi d'Angleterre, et faire proroger la première échéance. Edouard III accorda plusieurs ajournements successifs d'une semaine, et donna commission de recevoir la somme à divers mandataires, parmi lesquels figure « notre chier et féal Jehan de Neufchâtel »[52], un des personnages néfastes que nous trouvons sans cesse avec Guillaume de Granson et Nicole Tamworth dans les périodes les plus critiques du duché. En résumé, et d'après la quittance du 9 juillet, on avait payé 47.620 moutons d'or, et le roi d'Angleterre accordait un mois pour le surplus. Dans la suite, et après la mort de Philippe de Rouvre, Edouard III employa spécialement Tamworth comme interprète pour les négociations qui exigeaient la connaissance de la langue française[53].

Cette gêne incessante nuisait au fonctionnement de l'administration et à l'entretien régulier des gens d'armes, dont on avait cependant si besoin. Nous avons déjà vu des exemples de révolte, mais à l'heure présente, un cas semblable faisait redouter de plus gravés inconvénients. Aux environs de la Saint-Georges, la garnison de Chevigny, près Semur, commandée par Simon d'Aignay, chevalier, était en rébellion : n'ayant pas été payée de ses gages, elle opérait des réquisitions dans les villages voisins, et s'insurgeait contre l'autorité du bailli d'Auxois. Il fallut organiser une expédition pour mettre à la raison ces mutins, qui refusaient l'entrée du château et prétendaient s'y défendre. Les prévôts de Montréal et d'Avallon furent mandés, avec leurs hommes, pour faire le siège de Chevigny, et le maître des engins de Moutier-Saint-Jean découpla l'artillerie pour l'amener devant la place. Les révoltés, ne se sentant pas en force, furent obligés de se rendre pour mettre fin à un conflit dont ils auraient été les victimes[54]. Plus tard, le capitaine Simon d'Aignay se fit absoudre de tous ces méfaits par le roi[55]. Des lettres de rémission furent accordées, dans le même moment, à Pierre, seigneur de Savigny, pour les meurtres commis par ses gens, et les pillages exercés sur les habitants de Rougemont, Genay, Saulieu, Moutier-Saint-Jean[56].

Les garnisons bourguignonnes n'avaient pas besoin de contribuer au désordre, au moment où les capitaines anglais, sans égard pour les trêves, continuaient le cours de leurs déprédations. Le nombre des compagnies paraît même s'être singulièrement augmenté, car on les voit apparaître dans toutes les directions, dans le comté, dans le Langrois, l'Auxerrois et le Nivernais.

Il ne s'agit plus maintenant des conventions de Guillon, mais du traité de paix entre la France et l'Angleterre, dont les préliminaires ont été signés le 8mai et seront ratifiés à Brétigny. Les chefs de bande n'en tiennent compte, ou refusent de croire à la réalité d'un acte si préjudiciable à leurs intérêts et qui les laisserait sans emploi. Les uns disent qu'ils ne comprennent pas le français ; d'autres déclarent hautement que « se les rois avoient fait la paix, si leur convenoit-il vivre ».

Le 8 juin, le duc écrit aux sires de Mirebel et de Saint-Georges, et leur annonce « qu'aucuns Anglois et pillars, jusqu'au nombre de quatre mille estoient à Latrecey et environ amassez et mis ensemble pour entrer ou duchié[57] ». Cette grande compagnie, véritable armée, fut obligée de se répandre au loin pour se ravitailler ; aussi de nombreuses bandes envahirent les plaines de l'Ain et du Beaujolais. La forteresse de Jasseron menacée reçut des renforts ; Perrenin d'Estrées, châtelain de cette châtellenie, son frère Jean et le Galois de la Baume se rendirent ensuite à la chevauchée du sire de Beaujeu contre les Anglais qui pénétraient sur ses terres[58].

Le 19 juin, Jean de Rie, maréchal de Bourgogne, réunit deux cents hommes d'armes contre quelques-unes de ces compagnies[59]. Le 3 juillet, des messages apprennent que les ennemis sont à Vesoul, et des ordres sont donnés à Jean de Gusance, bailli d'Amont, pour munir de fortes garnisons les châteaux de Baume, Clerval, Montboson, Châtillon-le-Duc, etc.[60] Le 9, Philippe de Rouvre mande que deux de ses conseillers, Jean de Bourbon, doyen d'Autun, et Bureau de Maison-Comte viennent d'être faits prisonniers par les ennemis campés à Pierre-Perthuis[61]. Les 16 et 22 juillet, on répare d'urgence les murailles de Dôle menacée par les Anglais, et on y envoie des vivres pour la garnison[62].

Pendant toute cette période, les interprètes du duc n'arrêtent pas ; Guillaume de Granson et Nicole Tamworth sont envoyés sur un point ou sur un autre. Richard de Bouembert, déjà expédié à Régennes et à Clamecy, est chargé de porter au roi d'Angleterre des réclamations au sujet de l'incessante violation des trêves. Le 24 juin, on lui donne mission, ainsi qu'à Jean de Musigny et Nicole Tamworth, de se rendre à Nogent-le-Roi et autres localités, pour faire entendre raison aux capitaines de toutes ces compagnies envahissantes. Ces démarches ne donnent pas grand résultat.

Il fallait une organisation plus énergique pour arrêter les mouvements de ces pillards errants. Othe, seigneur de Granson fut institué lieutenant du duc et capitaine général dans la Comté[63] ; on lui adjoignit Jacques de Vienne et le maréchal Jean de Rie pour défendre les frontières du Nord. Hugues de Montagu, seigneur de Couches, et Philibert de Les pinasse furent envoyés auprès du comte de Flandre pour lui demander l'aide de recrues nouvelles[64]. Bertrand Gasch, d'Alexandrie, se fit enrôler avec tous ses « brigands » pour le mois de juillet[65].

Par une inexplicable confiance, dont on ne devait pas tarder à se repentir, Jean de Neufchâtel, tant de fois soupçonné d'hostilité et de trahison, fut admis à concourir à la défense de Montboson, et toucha sur la recette générale trois cents florins pour les cent hommes d'armes qu'il commandait[66]. La mort de ce perfide chevalier, à la suite d'une longue détention, devait plus tard venger les Bourguignons de ses crimes et de sa félonie.

Les divers émissaires de Philippe de Rouvre étaient cependant parvenus à grouper quelques chefs anglais et à les mettre en rapport avec les officiers du duc. Une réunion eût lieu, le 23 juillet, « ez champs, prez d'une ville que l'on apelle Heuilley, en l'eveschié de Laingres ». Jacques de Vienne, Oudot de Sauvigney, Guiot Malebarbe, chevaucheur du duc et autres y assistaient. Nicole Tamworth, capitaine de Régennes, lieutenant d'Edouard III, et Guillaume de Granson, seigneur de Sainte-Croix, firent jurer à un certain nombre d'Anglais « qu'ils ne mefferoient ou ne feroient meffiait au duc de Bourgoigne, ne en sa terre, en quelconque menière que ce soit », et qu'ils quitteraient le pays le vendredi suivant. Tamworth reçut les serments de ces hommes, dont les noms n'indiquent pas des personnages connus[67], qui s'engageaient à ne plus servir sous le capitaine Gauthier, également inconnu, et qui tacitement gardaient le droit de s'affilier à d'autres compagnies[68].

Cet acte ne semblait offrir aucune garantie sérieuse, et ne valait, ni les démarches faites, ni l'argent qu'il fallut donner aux négociateurs pour l'obtenir. Des trêves passées dans le même moment à Jully-sur-Sarce, et dont nous n'avons que les mentions[69], n'eurent pas plus d'influence sur la sécurité du pays. On avait fait un mandement pour convoquer les nobles, bannerets et autres, à Dijon, le dimanche 21 juin, mais cette assemblée fut ajournée et fixée à Dôle, le 24 du mois suivant[70].

Pendant que les lieutenants Jacques de Vienne et Othe de Granson allaient protéger les frontières nord du duché. Philippe de Rouvre préparait dans l'Avallonnais et le Nivernais une chevauchée qu'il tenait à diriger en personne, en se signalant par une action d'éclat, au moment où il allait atteindre sa majorité et gagner l'Artois pour la célébration de son mariage.

Il voulait reprendre les forteresses de Lormes et de Pierre-Perthuis. Cette dernière résidence, récemment donnée à son ami le plus intime Amé de Genève, venait d'être prise par une compagnie anglaise qui causait dans les environs des exactions et des dégâts considérables. Les habitants de Vézelay étaient parvenus à s'en emparer et à s'affranchir d'un aussi désagréable voisinage. Mais les pillards usèrent d'un ingénieux stratagème pour rentrer en possession de la place. Ils s'approchèrent sans bruit de Pierre-Perthuis, en se glissant par les gorges de la Cure, après avoir envoyé du côté opposé deux des leurs déguisés en mendiants et faisant danser des chiens. La garnison, amusée par ces faux mendiants accourut aux portes du château, pendant que leurs compagnons escaladaient les rochers à pic dominant la rivière, et entraient par la chapelle dans la forteresse avant que leur présence y fût soupçonnée[71]. La prise et la reprise du château sont confirmées par une mention de comptes[72].

La singularité d'un coup de main accompli dans de telles conditions avait sans doute piqué l'amour-propre du jeune duc, puis le désir de servir son ami Amé de Genève, et de venger l'affront fait à ses conseillers Bureau de Maison-Comte et Jean de Bourbon, que la garnison anglaise retenait prisonniers, lui firent mettre sur pied des contingents considérables pour le siège de Pierre-Perthuis.

Dès le 1er août, tous les féodaux réunis à Semur, Avallon, Montréal, se mettaient en marche et Jean de Rye, seigneur de Balançon, Jean de Châteauvillain, seigneur de Luzy, Girard de Cusance, Hugues de Lespinasse, Gauthier de Frolois, conduisaient des compagnies composées de gens d'armes beaucoup trop nombreux pour cette petite expédition[73], où figuraient môme des contingents allemands commandés par Pierre d'Arembert[74], les deux cent trente brigands et les vingt-quatre hommes d'armes de Bertrand Gasch. La quittance de ce personnage nous apprend en outre que la chevauchée ne fut pas seulement entreprise pour Pierre-Perthuis, mais pour la forteresse de Lormes[75]. Le conseil ducal avait ordonné de réunir une quantité de vivres proportionnelle à l'importance de ces troupes, que suivaient des chariots et des bagages, comme pour une campagne sérieuse et lointaine. Humbert de Rye et Etienne de Flavigny, chevaliers, devaient procurer « des arbalétriers et des pavoisans qui failloient en l'ost[76] ».

Philippe de Rouvre était lui-même à Larrey-les-Dijon, le 1er août, et en armes devant la place le 6[77], accompagné de ces troupes, dirigées par Girard de Longchamp, son chambellan et maître d'hôtel, Géofroi de Blaisy, Hugues de Montjeu, ce dernier faisant l'office de maréchal pour la durée du siège[78], et chargé des manœuvres de l'artillerie, que l'on avait fait venir à grands frais de Dijon et d'ailleurs[79].

Le 10 août, le duc était revenu avec une partie de ses hommes à Montbard, « au retour de Pierre Perthuis[80] ». Pendant les quatre jours précédents, que s'était-il passé ? La néfaste intervention de Nicole Tamworth et de ses acolytes n'avait-elle tiré les assiégés d'un mauvais pas ? Le fait n'est pas douteux. Peut-être avait-on persuadé au duc et à son entourage que la garnison était importante, que des renforts lui arriveraient avec la grande compagnie, que la place était difficile à prendre.

Pierre-Perthuis, déjà important sous Philippe-Auguste qui y donna un diplôme, en 1480 situé dans une position assez abrupte et surtout particulièrement pittoresque, était au moins abordable du côté de Vézelay. En présence des forces qui l'entouraient, il n'y avait pas de résistance possible, et le château ne pouvait longtemps tenir. Les assiégés ne demandaient assurément qu'à capituler, mais Nicole Tamworth eut l'habileté d'obtenir cette capitulation, en la faisant payer au duc contre remboursement de cinq mille florins. C'était une aggravation de ce qui s'était passé à Brion-sur-Ource. Chose plus étrange, le principal bailleur de fonds était Nicole Tamworth lui-même, car Philippe de Rouvre, n'ayant pas un denier disponible, empruntait, pour cette belle opération, quatre mille cinq cents florins au négociateur, et cinq cents aux habitants de Vézelay. Puis, ceux-ci n'ayant pu donner immédiatement la sommé pour laquelle ils étaient engagés, Tamworth paya le tout, et cette dette lui fut remboursée en deux fois, le 29 août, à Régennes, par Eudes, sire de Mussy, et le 7 septembre, à Semur, par Jacques de Vienne, sire de Longvy[81]. Guillaume de Clugny, bailli d'Auxois, fut chargé de verser les fonds avant l'évacuation de la garnison, et eut « hun sien cheval gris affolez, en pourtant la finance dehue pour la ranceon de Pierre-Perthuis[82] ».

On est confondu de l'ingénuité de Philippe de Rouvre et de ses conseillers ; mais ce qui nous met surtout en garde contre les agissements perfides de son prêteur, c'est de voir apparaître son complice Guillaume de Granson, qui, ayant pris part aux négociations, était qualifié de conseiller du duc, et recevait, le 17 août, mille florins de florence pour services rendus[83], sans compter qu'il venait de toucher récemment une forte somme, « pour ses peines, labours et diligences », lors du traité passé avec le roi d'Angleterre[84].

Afin de payer Tamworth et une partie des frais de la chevauchée, Philippe de Rouvre fut dans la nécessité de vendre immédiatement deux importantes châtellenies, par des contrats passés le 24 août. Henri de Vienne, sire de Miribel, se rendit acquéreur de la Perrière-sur-Saône, moyennant trois mille florins[85], et Henri, comte de Montbéliard, sire de Montfaucon, prit possession de la forteresse et des dépendances de Clerval pour une somme de quatre mille florins payée comptant[86].

Quant aux habitants de Vézelay, qui n'avaient pas encore rempli leurs engagements, et n'avaient pu donner que cent florins, ils durent verser le reliquat de leur dette au châtelain d'Avallon, pour payer Thibaud de Rye, investi de la capitainerie de Pierre-Perthuis après sa reddition[87].

Il faut dire, à la décharge du duc, que.de très sérieux événements, arrivés simultanément pendant cette période si mouvementée, avaient contribué à sa retraite précipitée et à la levée des sièges de Lormes et de Pierre-Perthuis. Les agents peu délicats qu'il entretenait à si grands frais n'y étaient assurément pas étrangers, car ayant été informés de la direction donnée à ses troupes, ils s'empressèrent d'en informer les compagnies anglaises, qui étaient en mesure de profiter de l'éloignement du duc. Les capitaines qui avaient promis « de ne plus meffaire », lors du traité du 23 juillet, n'engageaient en rien les autres chefs de bande, et on annonçait que Jacques de Vienne, auteur de cet accord, était, ainsi que le maréchal Jean de Ryé, prisonnier de la Grande Compagnie. Tous deux et un certain nombre de leurs compagnons avaient été pris à l'assaut du château de Chariez, près de Vesoul, et même condamnés à payer une rançon : « à Richart de Bouembert, chevalier, quatre cent florins dus aux gens de la grant compaignie, qui estoient entrez en la conté de Bourgoigne, pour certain accors et traittiés faiz à eulx sur la délivrance des prisons qu'ils tenoient, c'est assavoir, mess. Jaques de Vienne, mess. Jehan de Rie, mareschal, et plusieurs autres des gens de mgr le duc, pris par les diz de ladite compaignie à l'aussaut et prise de la ville de Chariey, et lesquelx luer doient estre porté et délivrés à Chablies ou à Regennes[88] ».

Ce funeste événement avait donc eu lieu pendant la chevauchée de Pierre-Perthuis, puisque le 16 août, Poinçart Bourgeoise, receveur général des subsides, versait l'argent de la rançon, et que, dix jours après, Richard de Bouembert portait la somme à Nichole Tamworth au château de Régennes[89].

Indépendamment de la grande compagnie, d'autres aventuriers avaient profité de l'absence de Philippe de Rouvre pour pénétrer dans le duché. Les principaux instigateurs de cette invasion étaient Girard de Marey, si souvent cité dans ce livre, et un personnage bien connu pour son hostilité contre le roi, Jacques, seigneur de Baudoncourt, de Saint-Remy et de Beire[90]. Les deux traîtres avaient été saisis dans les environs de Montréal, dans les premiers jours d'août, et conduits sous bonne escorte par Jean de Sainte-Croix, seigneur de Sauvigny, au château de Semur-en-Auxois.

Un troisième chef de bandes Barnicon Barté « de Saint-Baisile, en Gascoigne, embleur et eschielleur de chastels », saisi près de Montbard, fut livré à Guillaume Broquard, châtelain de cette ville par le duc et par Jean, comte de Montfort, qui le firent enfermer provisoirement, puis mettre « ès fers et au crot », et enfin l'expédièrent à Semur, où le bailli d'Auxois fut chargé de son exécution[91].

Comment Philippe de Jaucourt, un chevalier banneret, se trouvait-il compromis avec ces bandits, nous ne le savons. En tous cas, son affaire n'était pas sérieuse, et son élargissement fut ordonné. Il prouva plus tard par sa conduite et par les services rendus qu'il ne pouvait être confondu avec les traîtres, car il devint porte-oriflamme de Bourgogne, et Philippe le Hardi tint son fils sur les fonts de baptême[92].

Quant à Girard de Marey et à Jacques de Baudoncourt, enfermés à Semur dans les cachots de la tour Lourdeau, les fers aux pieds, une circonstance aggravante détermina leur condamnation. Anseau de Marey, moine de Molême, frère de Girard, s'était introduit, le 15 août, à Semur, dans l'espoir de faire évader les captifs ; mais ayant été reconnu et menacé d'être saisi, il se jeta dans l'église Notre-Dame, en franchise. Les aveux des uns et des autres, les informations prises par Jean d'Ampilly, procureur du duc[93], firent découvrir les noirs desseins de Girard et de Jacques qui subirent la peine de mort, le mercredi 19 août. La culpabilité et la participation du religieux, quoique prouvées, exigèrent de plus longues négociations avec le vicaire et l'official d'Autun, car l'habit ecclésiastique qu'il portait entravait l'action de la justice. Le 9 octobre, Anseau de Marey mourut, après deux mois de séjour dans les cachots, et par suite de mauvais traitements ; six jours seulement après, le corps du malheureux fut enterré, non au cimetière, mais près de la tour carrée du « belle »[94].

Dans la suite, on parvint à se saisir de divers compagnons qui avaient participé à l'entreprise, comme Simon de Meursanges et Huguenin de Marey, fils, croyons-nous, de Girard. On confisqua les biens et les équipages de Simon, qui fut exécuté en décembre avec ses complices. Quant à Huguenin, dont la jeunesse était une excuse, on le délivra de prison parce qu'il n'avait que seize ans[95].

On avait pris possession du château de Beire appartenant à Jacques de Baudoncourt, mais, par esprit de justice, on fit délivrer à Catherine d'Andeloncourt, sa veuve, le douaire auquel elle avait droit[96].

Les multiples incidents que nous venons de rapporter avaient produit une très vive impression en Bourgogne, et nous ont fait perdre de vue les événements antérieurs et les agissements de Philippe de Rouvre, que nous avons laissé à Montbard, le 10 août, au retour de Pierre-Perthuis. On comprend l'empressement qu'il mettait à porter secours à son maréchal, à Jacques de Vienne, et à ses autres vassaux rançonnés et relâchés sur parole ; mais, malgré son désir de les venger, il avait surtout hâte de repousser la grande compagnie qui, après la malheureuse affaire de Chariez, n'allait pas manquer d'envahir les régions voisines.

Diverses bandes occupaient déjà Montsaugeon, Dôle, Auxonne, et se promettaient d'arriver jusqu'au centre du duché. On avait fait refluer de ce côté tous les contingents bourguignons massés sur les frontières de l'Avallonnais, et, en quelques jours, ces troupes défilèrent par Dijon, en se portant dans la direction menacée[97].

A Montbard, le duc était accompagné de Jean de Boulogne, comte de Montfort, du chevalier allemand Pierre d'Aremberg, et des inséparables Guillaume de Granson et Nichole Tamworth. Les prévenances intéressées et les gratifications dont il comblait ces émissaires montrent assez les services qu'il en attendait. Ceux-ci étaient en effet chargés de s'aboucher avec les chefs des compagnies, et furent envoyés en avant, de Lantenay à Auxonne, pour s'entendre avec eux. Girard de Longchamp les conduisait et les protégeait, et Pierre Curet réglait leur dépense[98].

Philippe de Rouvre partit de Montbard avec une suite de soixante-dix chevaux, passa, le 12 août, à Frolois, le 14 à Lantenay et arriva le soir à Talant. Ce même jour, il y eut à Auxonne, entre les compagnies et les Bourguignons, une escarmouche dont nous ne connaissons pas l'importance. Quant au duc, il avait gardé par devers lui un autre Anglais, Jean Sandrey, qui était encore en sa compagnie, le 18, « en son ost devant Montsaujon », où, dans un engagement, plusieurs Anglais perdirent la vie, et d'autres leurs chevaux et leur butin[99]. Le château de Montsaugeon avait été repris sur le capitaine Guillempot, qui s'en était rendu maître, par la trahison de plusieurs vassaux de Guillaume de Poitiers, évêque de Langres, auquel il appartenait. Le prélat fit saisir et décapiter les traîtres, et leurs biens furent donnés à l'un de ses bâtards[100].

La vigoureuse résistance des troupes ducales parut arrêter la marche en avant des envahisseurs, mais les négociations entamées avec les chefs par des parlementaires qui n'avaient plus rien à gagner à une lutte prolongée, y contribuèrent également dans une notable proportion.

Les compagnies prirent l'engagement de quitter le pays dans un bref délai, contre la promesse d'une somme d'argent qui devait leur être livrée prochainement. Mais, comme on le verra, les compagnies n'étaient pas plus disposées à tenir leurs promesses que le duc n'était en mesure de faire honneur aux siennes. En attendant, les négociateurs bénéficiaient de largesses qui paraissent excessives et ne s'expliquent que par l'urgent besoin que l'on avait d'utiliser de tels agents. Nichole « l'Anglois » était gratifié de trois cent soixante florins pour achat de chevaux[101] ; on vendait des terres pour régler Guillaume de Granson ; Pierre d'Arembert, chevalier allemand, était doté, pour ses services, d'une pension de cent livres, assise sur le péage de Pontarlier[102].

Bientôt, ce ne fut plus au nord du duché que l'invasion devint menaçante ; on annonçait d'autres bandes à l'ouest et au sud. Le 7 septembre, le conseil ducal, siégeant à Chalon, envoyait vers la Loire Jean de Rabutin et divers compagnons, « pour savoir et rappourter le convine et estat des ennemis que l'on disoit estre ès parties de la rivière de Loire »[103]. Le 27, Jean de Tôtes recevait l'ordre de se rendre en Bourbonnais pour connaître la marche d'autres bandes, et en informer ceux qui gardaient la foire de Chalon, « pour adviser les marchans afin qu'ils ne fussent surprins »[104].

Le conseil résolut de renouveler les plaintes au roi d'Angleterre au sujet de la violation incessante des trêves. Jacques de Vienne, victime des compagnies, et Girard de Marigny, grand prieur de Champagne, lui furent députés à cet effet[105], et obtinrent une remise de douze mille moutons d'or, en réparation des dommages causés. Mais la plus grande concession qui fut faite par Edouard III, ce fut la faculté d'espacer les termes restant dus, et de les partager en plusieurs paiements, dans l'impossibilité de remplir les premiers engagements aux termes convenus.

 

 

 



[1] Comptes du Châtillonnais, Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. 107, fol. 184.

[2] Froissart, éd. Luce, t. VI, p. 401.

[3] Toutes ces épaves furent vendues à la fin de janvier, après le départ de Jean de Harleston (Comptes de Jean de Recey, châtelain d'Aisey, B. 2079, fol. 138).

[4] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 50 ; et Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. XXIV, fol. 55.

[5] Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. XXIV, fol. 56.

[6] On a quelques quittances des chevaliers qui servirent en cette chevauchée. Voir Peincedé, t. XXIV, p. 592.

[7] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 40.

[8] Orig. scellé, mandement du duc, Beaune, 13 février ; Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.844.

[9] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 56.

[10] Arch. de la Côte-d'Or, Comptes d'Argilly, B. 2149.

[11] Comptes de Rouvre, B. 5744, fol. 8.

[12] Comptes de Villaines, B. 6555, fol. 24 et 25.

[13] Grandes Chroniques, t. VI, p. 167.

[14] Rémission du roi Jean pour Guichard d'Ars, Paris, mai 1361, Arch. nat., JJ, 89, n° 615.

[15] Cette fois, Saint-Florentin ne fut pas pris par les Anglais, comme le dit très bien Froissart, malgré la note de Luce, t. V, Sommaire, p. LXIV ; mais la ville avait été prise et brûlée dans une chevauchée antérieure par les garnisons ennemies du voisinage (Arch. nat., JJ. 109, n° 11), et les habitants avaient composé avec les compagnies moyennant finance (Arch. nat., JJ. 86, n° 553). Nous en avons parlé dans un des chapitres qui précédent.

[16] Comparer le récit de Froissart avec celui des Grandes Chroniques.

[17] Voir Kervyn de Lettenhove, Froissart, t. XX, p. 68-69, d'après Bibl. nat., fr. 6474, et Luce, Froissart, t. V, p. 414-415, pour le passage à Pontigny, et l'impossibilité de déplacer le corps de saint Edme que les Anglais voulaient enlever, ce qui causa la mort des ravisseurs. — Contrairement à ce que croit Luce, id., t. VI, Sommaire, p. LXIV-LXV, Edouard III n'avait pas suivi le cours du Serain, mais celui de l'Armançon jusqu'à Tonnerre. C'est à Noyers seulement qu'il fut rejoint par le corps d'armée qui avait pillé Chablis et Pontigny.

[18] Voir Annuaire de l'Yonne, 1848, p. 145. — Edouard III logeait à Tonnerre dans les bâtiments de l'Hôpital, construits par Marguerite de Bourgogne.

[19] Il ne s'agit pas de Jean de Noyers, comme le croit Luce, Froissart, t. V, sommaire, p. LXVI, mais de Mile, seigneur de Noyers et de Montcornet, petit-fils du maréchal de même nom, qui fut d'abord prisonnier à Poitiers, puis à Brion (Voir notre chap. LIX).

[20] L'Isle-sous-Montréal et non Montréal est la bonne version de Froissart. Voir les explications qui suivent.

[21] Comptes de Montréal, B. 8403.

[22] Travaux aux quatre tours du donjon de Montréal — eschiffes — curage des fossés opéré par quatre mille journées d'hommes — façon de « deux engins de charpenterie à getier » — engin à deux poulies « pour lever les engins, l'un appelé Couillart, l'autre le grand engin » — achats de fer, de pointes, etc. — « despens de CXL hommes qui « ont gaietié sur les murs du chastel » — distribution à chacun d'un pain de douze deniers chaque jour, etc. (Comptes de Montréal, B. 8403).

[23] Plusieurs quittances scellées en cire rouge, Arch. de la Côte-d'Or, B. 359.

[24] Comptes de Vieux-Château, B. 6821 ; Comptes de l'Auxois, B. 2748, Comptes de l'Avallonnais, B. 2970.

[25] Lettres du roi Jean, Paris, 1362, 8 mars. Documents de notre cabinet.

[26] Charte du comte de Tancarville, 1362 octobre ; Arch. nat., JJ. 93, n° 36, fol. 17.

[27] Martène, Thes. anecd., t. II, p. 937-938.

[28] Courtépée, t. IV, p. 92 ; l'abbé Baudiau, le Morvand, t. II, p. 535.

[29] Kervyn de Lettenhove, Froissart, t. VI, p. 292.

[30] Bibl. nat, Collection Bourgogne, t. LII, p. 88 et Dom Plancher, t. II, p. 234.

[31] Kervyn de Lettenhove, Froissart, t. XXII, p. 150.

[32] Luce, Froissant, t. V, p. 225-226.

[33] Tout ceci est parfaitement exact. Les Anglais péchèrent même les étangs, comme celui de Saint-Euphrène, Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de l'Auxois, B. 2748.

[34] La commune de Dijon assemblée à cors et à cris nomma ses procureurs le 6 mars (dom Plancher, t. II, p. 229 et pr. 294). La commune d'Autun nomma les siens le même jour (Généalogie de la famille de Clugny, Dijon, s. d. in-4°, p. 477). Il est probable que les autres villes donnèrent leur procuration à la môme date, bien que les procès-verbaux ne nous aient pas tous été conservés. On a seulement les engagements fournis par les villes après le traité : Montbard, 46 mars ; Autun, 21 mars ; Chalon, 30 mars ; Semur-en-Auxois, dimanche après Pâques fleuries. — L'évêque et la ville de Chalon, 30 mars.

[35] Voir dom Plancher, t. II, p. 227 et pr. 295.

[36] Champollion-Figeac, Lettres de rois et reines, t. II, p. 118-120.

[37] Guillon, 12 mars 1360 ; dom Plancher, t. II, pr. 297.

[38] Kervyn de Lettenhove, Froissart, t. VI, p. 259, dit : « le roys d'Engleterre s'en vint logier sur la rivière d'Ione à Kou[langes] desoubs Vesselay... » Vézelay n'est pas sur l'Yonne et Coulanges en est bien éloigné. — Luce, Froissart, sommaire, t. V, p. LXVIII, émet la même allégation, malgré son peu d'indulgence pour le précédent commentateur — A Kon desous Vosselay, t. V, p. 227 de Luce est tout simplement Asquins sous Vézelay, Akon, en latin Asconium.

[39] Charte de rémission donnée par le roi Jean, Tonnerre, décembre 1361, à Guillaume de Prétain, de Vézelay, déclarant que quand le roi d'Angleterre était aux environs de cette ville, il était allé à Saint-Père pour voir s'il pourrait porter dommage aux Anglais qui y étaient logés, etc. (Arch. nat., JJ. 91, n° 33, fol. 18 ; in-ext., Cherest, Vézelay, t. III, pr. 223-225). — Droin de Vauceri, écuyer, paie trente florins, « pour ce qu'il avait acheté des bêtes des Anglois à Pierre Perthuz. » (Comptes de l'Auxois, B. 2748).

[40] Jean de Saint-Verain, seigneur « d'Anoix », chevalier, servait alors dans l'armée ducale. On a diverses quittances scellées pour ses gages en la garnison d'Avallon, mai 1359 — en la garnison de Châtillon-sur-Seine, juillet 1359. — Orig. Arch. de la Côte-d’Or ; sceau en cire rouge ; écu portant la croix et cinq lambels.

[41] Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. 52, p. 88. Nous n'avons malheureusement qu'une mention, non le texte entier de cette pièce importante, qui est assurément de mars 1360, la seule qui donne l'étape d'Asnois.

[42] Grandes chroniques, t. VI, p. 168.

[43] Chron. de Jehan le Bel, t. II, p. 261 (éd. Belge). La bonne édition préparée par J. Viard n'a pas encore paru.

[44] Grandes chroniques, t. VI, p. 169.

[45] Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de l'Auxois, B. 2748.

[46] Richard de Bouembert est nommé dans certains documents « Bouhanver », « Borrembert » et même « Bombart », nous adoptons la forme qui reparaît le plus souvent. Il fut employé par le duc dans diverses circonstances, le 28 mai 1360 ; les 8et 27 juin de la même année (Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. XXVI, fol. 235). — Philippe de Rouvre le gratifia de huit cents florins d'or qui furent assis sur la prévôté d'Auxonne, à condition que Richard deviendrait son homme. Les antécédents de ce personnage, qui paraît avoir eu des attaches avec nos pays, n'étaient pas des plus recommandables, car environ huit années avant, il avait soutenu Jean de Chauffour dans sa guerre contre feu Girard de Marey, et était entré à Langres avec des gens d'armes pour s'emparer de ce dernier ; mais dans la bagarre Jean le Bastard, cousin dudit Richard, avait été tué, et par vengeance, le sire de Bouembert avait commis « des pilleries, roberies et delitz » qui lui avaient valu une condamnation au bannissement hors du royaume, pour laquelle il reçut plus tard du roi Jean une lettre de rémission, datée de Saint-Denis, en octobre 1361 (Arch. nat., JJ, 91, n° 123).— Le duc avait été obligé de recourir à ses services parce qu'il parlait l'anglais et pouvait s'expliquer avec les ennemis. D'autres interprètes également utilisés étaient indispensables dans certaines circonstances, malgré la mauvaise foi dont ils firent preuves et qu'il fallut payer fort cher. On avait pris quelque temps avant un bonhomme de Lucenay qui portait trois paires de lettres aux Anglais, « personne de Semur ni autres ne les sehurent lire, pour ce que elles estoient escriptes en Ainglois » (Comptes de l'Auxois, B. 2748). Le duc avait dû y aviser.

[47] 1360 28 mai (Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.925, fol. 19 v°). — 1360 8 juin (Orig., Arch. de la Côte-d'Or, B.359 ; sceau en cire rouge effacé).

[48] Rymer, Fœdera, t. VI, p. 295.

[49] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 40 ; comptes de Villaines-en-Duesmois, B. 6555, fol. 25.

[50] Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.642 ; lettre du duc, Chalon, 20 mai 1360.

[51] Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. 23, fol. 24 ; Orig., Arch. de la Côte-d'Or, B. 11923 et Peincedé, t. II, p. 515.

[52] Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. 52, fol. 88 ; Plancher, t ; II, p. 298. — Le 16 juin 1360, le duc passe une obligation au profit de Jean de Neufchâtel pour 8.000 deniers d'or au mouton faisant partie de celle qu'il doit au roi d'Angleterre au terme de la Saint-Jean, et promet de la lui payer le jour de l'Assomption ; Bibl. nat., Coll. B., t., 21, fol. 2.

[53] Actes de 1363 à 1367. Public Record office, bundle 314 et 315 ; Voir Léon Mirot et Eugène Déprez, Les ambassades anglaises pendant la guerre de cent ans, n° 229, 233, 239, 251, 252, 259, 261, 274.

[54] Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2748.

[55] Rémission du roi Jean, 1362 février, en nostre chastel d'Aignay (Arch. nat., JJ. 91, n° 69).

[56] Rémission du roi Jean, Dijon, 1361 décembre, JJ. 91, n° 50.

[57] Comptes de Dimanche de Vitel, fol. 40, v°.

[58] Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de Jasseron, B. 8074, rouleau.

[59] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 46 v°.

[60] Orig., Arch. du Doubs, B. 327 ; Vitel, B. 1408, fol. 41 r°.

[61] Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. 23, fol. 83 bis.

[62] Arch. de là Côte-d'Or, B. 11.925, fol. 21 et 35 r°.

[63] Prêt de cinq cents florins au sire de Granson établi capitaine général, le 12 juillet. 1360 (Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.925, fol. 22 r°).

[64] Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.925, fol. 20, 7 juillet 1360.

[65] 6 juillet 1360, Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.925, fol. 21 v°.

[66] 8 juillet 1360, Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.925, fol. 22.

[67] A l'exception cependant de Mathieu de Redeman, qui fut plus tard capitaine de Berwich (Froissart), et qui est cité en 1361 dans un diplôme du roi Jean, comme ayant commis beaucoup de dégâts en Bourgogne (Plancher, II, pr. 305).

[68] Voir dans Plancher, t. II, pr. 300, l'acte passé par un notaire de Besançon, assisté de Jean de Pontailler, écuyer, et autres, acte qui fut ratifié, le 10 septembre, par Guillaume Viaut, de Lain, tabellion de la cour d'Auxerre.

[69] Bibl. nat., Collection Bourgogne, Comptes du Châtillonnais, t. 107, fol. 184 v°, copie de Pérard.

[70] Comptes de l'Auxois, B. 2748.

[71] L'abbé Pissier, Histoire de Saint-Père-sous-Vézelay, Bulletin de l'Yonne, 1903, p. 311-312, d'après une tradition locale qui paraît fondée.

[72] Comptes de Jean Gautherin, châtelain d'Avallon, B. 2970, fol. 40 r°. — Beaucoup d'autres travaux sont mentionnés pour éviter le retour d'une semblable surprise.

[73] Jean de Rye était à Avallon avec « neuf vingt-trois glaives », et trente sous son étendard ; Jean de Châteauvillain avec trente hommes, Girard de Cusance, quarante, etc. (Comptes de Vitel, B. 1408, fol. 48 ; Arch. de la Côte-d'Or, B. 369 ; Collection Bourgogne, t. 23, fol. 81).

[74] Pierre d'Arembert reçut du duc, le 19 août, cent livres sur le péage de Pontarlier, pour ses bons services à la guerre (Orig. Arch. du Doubs, B. 389, et Arch. du Pas-de-Calais, A. 89). Il est nommé Pierre « Alemand » dans un acte du 10 août, lorsque le duc lui fit délivrer cent florins pour avoir un coursier, d'après sa quittance scellée portant un lion (Orig., Arch. de la Côte-d'Or, B. 383).

[75] Orig., Arch. de la Côte-d'Or, B. 11734, sceau en cire rouge.

[76] Mandement du 25 juillet, B. 11925, fol. 22 r°.

[77] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1410, fol. 67 et 68.

[78] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 59.

[79] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 57 v°.

[80] Compte de Guillaume Broquart, châtelain de Montbard, B. 5308, fol. 12.

[81] On a les deux quittances de Tamworth, 1° de 4.640 florins (Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.923, Cherest, l'Archiprêtre, p. 394) ; 2° de 416 florins, (Arch. de la Côte-d'Or, B. 340 ; pièce scellée en cire rouge ; voir nos preuves ; écu au sautoir enclenché). D'autre part, le compte de Vitel B. 1408, fol. 48, v°, porte une longue note reproduite par Cherest, l'Archiprêtre, p. 132.

[82] Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de l'Auxois, B. 2748.

[83] Collection Bourgogne, t. 23, fol. 67. — Le 17 août 1360, le duc ne pouvant payer les mille florins à Guillaume de Granson lui fit délivrer la forteresse de Fresne-Saint-Mammès et cinq cents florins. (Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. 26, fol. 232.)

[84] Arch.de la Côte-d'Or, B. 11.925, fol. 21, à la date du 26 juin.

[85] Collection Bourgogne, t. 52, fol. 80, et t. 26, fol. 57.

[86] Contrat passé à Argilly, Recueil de Peincedé, t. XXV, p. 6.

[87] Actes du 23 août ; Recueil de Peincedé, t. II, p. 69, et du 23 août ; Collection Bourgogne, t. 21, fol. 2. Jean Gautherin, châtelain d'Avallon, s'occupa de la gestion de la terre de Pierre-Perthuis, jusqu'à la reprise du domaine par Amé de Genève, auquel le duc lo restitua à la fin d'août (Comptes d'Avallon, B. 2971).

[88] Dimanche après Notre-Dame, en mi-août (16 août). Arch. de la Côte-d'Or, B 11.925, fol. 22 v°. On voit ailleurs que Jacques de Vienne reçut plus tard 6.000 florins de la comtesse-de Flandre, parce qu'il fut pris avec toute sa route à Chariez (Arch. de la Côte-d'Or, B. 485 bis, fol. 3 v°).

[89] 26 août (Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.925, fol. 33 v°), — Richard de Bouembert ne paraît pas lui-même négliger ses intérêts, car il reçoit quinze florins pour porter l'argent- (Idem, B. 11.925, fol. 23 r°), et se fait donner vingt-cinq florins « pour restor d'un cheval ».

[90] Jacques était fils de Girard, seigneur de Saint-Remy, et avait seulement gardé le nom de Baudoncourt ; il possédait par son mariage moitié de la terre de Beire (Côte-d'Or). Baudoncourt, Haute-Saône, arr. Lure, canton Luxeuil. — Saint-Remy, Haute-Saône, arr. Vesoul, canton Amance.

[91] Comptes de Guillaume Broquart, de Montbard, B. 5308, fol. 5 à 9, et 12.

[92] Philippe de Jaucourt, fils de Richard de Jaucourt, coseigneur de Vendeuvre, Dolincourt, Baroville et de Marie de Villarnout, dans l'Avallonnais, fit son testament et mourut, en 1390. — Voir nos Itinéraires et, comte de Chastellux, Généalogie des Jaucourt, Bulletin de la Soc. de l'Yonne, 1878.

[93] Le duc mande, le 15 août, au bailli de Dijon de payer, sur les exploits de son bailliage, Jean d'Ampilly, son procureur, pour les frais d'informations sur les délits et meurtres de Jacques de Baudoncourt et de Girard de Marey (Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. 26, fol. 49).

[94] Nous ne reproduirons pas toutes les mentions, en partie données par d'autres, d'après l'Inventaire des Arch. de la Côte-d'Or ; Voir Finot, Recherches sur les incursions des Anglais, p. 49 ; Cherest, l'Archiprêtre, p. 131.— Il faut lire toutes ces mentions dans le compte de Perrenot de Sauvoigney, châtelain de Semur, B. 6202, fol. 14 et 25.

[95] Actes du 16 décembre 1360 ; Collection Bourgogne, t. 26, p. 76, et du 29 décembre ; Idem, t. 26, fol. 49 r°.

[96] Acte du 19 janvier 1361, donné à Rouvre ; Collection Bourgogne, t. 26, p. 49 r°. — Jean de Sainte-Croix, seigneur de Sauvoigney, s'était emparé de Beire, au nom du duc, le 10 août 1360 (Comptes de Dimanche de Vitel, B. 4411, fol. 59 r°), d'après un mandement du 8 ordonnant au bailli d'Auxois de mettre à sa disposition les hommes et les fonds nécessaires pour cette saisie (Collection Bourgogne, t. 26, fol. 285).

[97] Girard de Longchamp, Bertrand Gasch d'Alexandrie, Renaud de Beaufort et autres étaient passés à Dijon du 11 au 17 août (Arch. de la Côte-d'Or, B. 359 ; B. 11.734 et B. 11.925, fol. 22 v°).

[98] Comptes de Huguenin le Guinaut, châtelain de Lantenay, B. 5.042, fol. 24 r° et 32 v°.

[99] Arch.de la Côte-d'Or, B. 11.928, fol. 22 v° ; acte du 18 août 1360.

[100] Rémission de Charles V, Senlis, mars 1378. Les justiciables de l'évêque sont exécutés et décapités, « pour ce qu'ils avaient traictié avec Guillempot, capitaine d'une route de genz d'armes de compaignie, de lui bailler et faire avoir le chastel de Montsaujon » (JJ. 444, n° 494, fol. 99 v°). Une singulière confusion de M. Luce transforme Guillempot en Guillaume Pot.

[101] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1412, fol. 57.

[102] Orig., Arch. du Doubs, B. 389, et Vidimus, Arch. du Pas-de-Calais, A. 89. — Pour Pierre d'Arembert, chevalier allemand, voir Kervyn de Lettenhove, Froissart, t. XIII, p. 277, et table.

[103] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 47 v°.

[104] Comptes de Vitel, B. 4408, fol. 54.

[105] Argilly, dernier septembre 1360, Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. XXV, fol. 59.