Arrivée d'Edouard III,
roi d'Angleterre et de son armée conduite en Bourgogne par Jean de
Neufchâtel-sur-le-Lac et Guillaume de Granson. — Prise de Flavigny par Jean
de Harleston. — Passage de l'armée anglaise à Saint-Florentin, Pontigny,
Tonnerre, Noyers et L'Isle-sur-Serain. — Installation à Guillon. — Jacques de
Vienne et Othe de Granson à Montréal. — Ravages et pillages des Anglais à
Vieux-Château, Courcelles-Frémoy, Arnay. — Incendie de Saulieu. — Roger de
Mortimer, comte de March, maréchal du roi d'Angleterre, tué à Rouvray. —
Séjour prolongé des Anglais à Guillon. — Négociations du conseil ducal. —
Traité de Guillon, rançon de deux cent mille moutons d'or. — Engagements de
la noblesse bourguignonne, évêques, abbés et communes. — Levée du camp de Guillon
et départ d'Edouard III, son passage à Asquins-sous-Vézelay, à Asnois, chez
Jean de Saint-Verain, à Donzi-le-Pré et Montargis. — Méfaits des traînards de
l'armée. — Prise de Clamecy par Jacques Wyn le « poursuivant d'amour ». —
Sept mille écus demandés aux Nivernais pour la restitution de Clamecy. —
Emotion à la cour de Bourgogne. — Richard de Bouembert envoyé comme
parlementaire. — Subterfuge employé par Nicole Tamworth et Guillaume de
Granson pour éviter toute restitution de la part du poursuivant d'amour. —
Réunion des députés des Trois-Etats. — Difficultés pour le paiement des
termes de la rançon de Guillon. — Difficultés pour payer les gens d'armes. —
Révolte de la garnison de Chevigny. — Pillages commis par les gens d'armes
bourguignons. — Compagnies dans toutes les directions malgré les traités de
paix. — Nécessité d'employer les compères Nicole Tamworth, Guillaume de
Granson, Richard do Bouambert et autres pour parlementer avec les ennemis. —
La grande compagnie à Latrecey, à Vesoul, en Méconnais, Beaujolais et
Nivernais, dans le comté, etc. — Traités avec diverses compagnies à Heuilley,
à Jully-sur-Sarce, et promesses d'indemnités pécuniaires pour les faire
partir. — Inanité de ces conventions. — Convocation des féodaux. — Les
lieutenants du duc chargés de protéger le comté et le nord du duché. — Marche
de Philippe de Rouvre en personne et préparatifs pour reprendre Lormes et
Pierre-Perthuis. — Cette dernière place occupée par les Anglais, reprise par
les habitants de Vézelay, puis surprise par un stratagème des compagnies. —
Réunion des féodaux et des recrues étrangères. — Bertrand Garch, d'Alexandrie
et ses brigands, Pierre d'Arembert et ses Allemands. — Immenses préparatifs
pour la chevauchée de Pierre-Perthuis. — Funeste intervention de Nicole Tamworth
et capitulation de la place moyennant une somme de cinq mille florins. —
Vente de domaines pour paver les étranges négociateurs de cette capitulation.
— Evénements arrivés simultanément au nord du duché. — Jacques de Vienne et
le maréchal de Bourgogne faits prisonniers et rançonnés à l'assaut du château
de Chariez, près Vesoul ; leur rançon payée à Régennes. — Saisie de Girard de
Marey, Jacques de Baudoncourt, Barnicon Barté. — Exécution des traîtres au
château de Semur. — Confiscation du domaine de Beire. — Philippe de Rouvre à
Montbard au retour de Pierre-Perthuis. — Retour des féodaux de l'Avallonnais
pour défendre Dôle, Auxonne, Montsaugeon. — Secours porté à Jacques de Vienne
et à Othe de Granson. — Le duc en l'ost de Montsaugeon, avec Jean de Boulogne,
comte de Montfort et autres. — Plusieurs Anglais tués dans un engagement. —
Vigoureuse résistance arrêtant la marche des envahisseurs et promesse d'une
indemnité pour les faire partir. — Autres menaces d'invasion du côté du
Bourbonnais.
Edouard
III, roi d'Angleterre, se disposait à envahir la France à la tête d'une armée
formidable. Après avoir quitté Calais et ravagé l'Artois, il marcha d'abord
sur Reims, près duquel il campa durant quarante jours, mais désespérant de
s'emparer de cette ville, il leva le siège, le 11 janvier 1360, à minuit, et
vint dresser ses tentes « ou fort de Chaalon, le jour de la purification
Notre-Dame » [2 février][1]. Les plaines de la Champagne,
tant de fois sillonnées par les compagnies, allaient recevoir la visite de
ces hôtes incommodes qui ne devaient pas y faire long séjour, car le pays
était en partie « rifflé », pour nous servir d'une expression pittoresque de
Froissart. Edouard
III, dont les ressources étaient épuisées, n'agissait pas autrement que les
chefs de bandes, et, ayant tout intérêt de procurer à ses hommes des
approvisionnements et des occasions de pillage, les dirigeait sur une
province menacée depuis longtemps, il est vrai, mais qui n'avait encore été
sérieusement entamée que sur ses frontières, la Bourgogne. On n'en peut
douter, en voyant Jean de Neufchâtel-sur-le-Lac, qui avait cependant juré à
Brion-sur-Ource de ne plus guerroyer contre le duché, ainsi que le comte de
Montbéliard et Guillaume de Granson, l'ami de Nicolas Tamworth, servir de
guides et diriger l'armée ennemie dans cette riche contrée de Bourgogne dont
les chemins leur étaient bien connus[2]. Cet
appel à l'intervention étrangère allait déterminer dans le duché la crise la
plus douloureuse de son histoire. D'autre
part, Jean de Harleston, un des chevaucheurs du roi d'Angleterre, commandant
une des avant-gardes, le précédait de quelques jours, arrivait au
Chemin-d'Aisey, et laissant là les chevaux malades ou hors de service, les
roussins et les objets sans valeurs[3], s'emparait par surprise de Flavigny,
une des places fortes au centre du duché, dans la nuit du 17 au 18 janvier[4]. Les habitants des environs
furent fort étonnés de la hardiesse d'un tel coup de main que rien ne pouvait
faire pressentir, et de voir la bannière du chevalier anglais, d'azur à un
écusson d'argent, flotter sur les hautes murailles de la forteresse réputée
imprenable par sa situation exceptionnelle. Eudes
de Grancey, sire de Pierrepont, et Philibert de Lespinâsse y envoyèrent
aussitôt des espions en reconnaissance, « pour savoir le convine des ennemis »,
et le nombre des gens d'armes qui tenaient la place[5]. La reine manda en toute hâte
Jacques et Henri de Vienne, alors à Avallon, Jean de Boulogne, comte de
Montfort, les seigneurs d'Epoisse, de Voudenay, de Montmartin et autres, qui
tentèrent sur Flavigny une chevauchée sans résultat[6] : Il n'y avait rien à faire ;
toutes les forces du duché n'auraient pu prendre cette redoutable forteresse,
facilement défendable avec une petite garnison. L'insuccès
jeta la consternation dans les villes voisines. Gui de Pontailler fut envoyé
à Chatillon-sur-Seine avec vingt hommes, « pour aidier et conforter les
habitans de la ville et les gens d'armes qui là estoient »[7]. Le conseil ducal expédia
partout des ordres pour faire abattre les châteaux du duché qui ne seraient
pas tenables[8]. Thibaud de Branges passa la
visite des forteresses du Chalonnais[9]. Ailleurs, on doubla les
garnisons, à Argilly[10], à Rouvre[11], à Villaines-en-Duesmois[12]. L'armée
anglaise continuait sa route à travers la Champagne, passant à Bar-sur-Aube,
Troyes, Méry, Pont-sur-Seine. « L'ost du duc de Lancastre passa à Sens sans y
donner assaut »[13]. Dans la prévision d'une
attaque, Guichard d'Ars, bailli et capitaine de Sens, avait réuni les
gentilshommes du pays, et avait fait abattre l'abbaye de Sainte-Colombe, le
monastère de Saint-Jean, Saint-Pierre-le-Vif, Saint-Remi, l'Hôtel-Dieu,
l'église des Frères-Mineurs, une partie des faubourgs, les maisons fortes de
Piffonds et de Villefranche, les moulins de l'Hôpital Saint-Jean, de Theil,
de Dilo, deux maisons fortes à la Chapelle-sur-Oreuse, l'hospice de Jouancy,
et avait même brûlé plusieurs de ces établissements pour que les ennemis ne
pussent s'en servir pour faire le siège de la ville. Ces dévastations
inutiles provoquèrent plus tard les récriminations des ecclésiastiques et des
possesseurs des immeubles détruits[14]. Un
corps d'armée commandé par Roger de Mortimer, comte de March, maréchal
d'Angleterre, arriva devant la ville de Saint-Florentin, défendue par le
brave Oudard de Renty, et ne put s'en emparer malgré plusieurs assauts
vigoureux[15]. Edouard III, qui était passé
près de Cerisiers et de Brienon-l'Archevêque, vint l'y rejoindre, et toutes
ces troupes campèrent vers l'Armançon, à l'entour de Saint-Florentin[16]. Là, on se divisa ; le corps de
Roger de Mortimer s'écoula par la vallée du Serain, ravageant Pontigny et
Chablis. Cette riche abbaye de Pontigny devait tenter la cupidité des soldats
: « là vindrent plusieurs Anglois logier en ladite abbaie, et prindrent et
pillièrent tout ce qu'ils trouvèrent »[17]. Les
autres corps d'armée et le roi s'acheminèrent vers Tonnerre en suivant le
cours de l'Armançon, « et là eut moult grant assaut et dur, et fu la ville de
Tonnoire prise par force et non li castiaux », dont le maître des
arbalétriers de France, Baudoin d'Annequin, chambellan du roi, commandait la
place. Il y eut plusieurs tentatives d'escalade sur une tour conduisant au
Belfort et protégeant les faubourgs, tour maintenant détruite, mais qui avait
toujours conservé le nom de tour des Anglais[18]. Les bons vins du pays
arrêtèrent pendant cinq jours les assaillants, qui quittèrent « bien
rafreschi » la ville de Tonnerre et gagnèrent Noyers, dont le château, alors
considérable, dominait la vallée du Serain, « et [le roi] ne volt onques consentir que on
y assausist, car il tenoit le signor prisonnier », non depuis la
bataille de Poitiers, comme le dit Froissart, mais depuis le combat de Brion[19]. Le roi et son armée vinrent
prendre gîte à l'Isle-sur-Serain[20], en suivant les bords de la
rivière, et arrivèrent enfin à Guillon la nuit des Cendres, c'est-à-dire le
19 février 1360. Jean de
Neufchâtel et Guillaume de Granson avaient été de trop bons guides, en
amenant l'armée d'Edouard III dans cette plaine proverbialement riche de la
vallée d'Epoisse, où elle devait si longtemps séjourner. Jacques-de
Vienne, sire de Longvic, maréchal de Bourgogne, et Othe de Granson étaient
accourus avec des forces importantes pour défendre Montréal, et n'arrivèrent
que le 18 février[21], le jour même où Edouard III
prenait gîte à l'Isle, à moins de deux lieues de là. Le château de Montréal,
alors important et bien fortifié, occupant une éminence isolée, pouvait
résister longtemps à une attaque, mais non à une armée aussi nombreuse que celle
d'Edouard III. Des travaux considérables en avaient protégé les abords, et la
place était munie d'une artillerie redoutable, pour l'époque[22]. Olivier de Jussy y commandait
déjà une garnison, et Jean de Mussy, sire de Jours, occupait l'office de
châtelain. D'autres compagnies, commandées par Jean d'Arlay et Bertrand
Gasch, à la tête de ses « brigands », garnissaient les créneaux des
remparts[23]. Ceci
nous explique le passage de l'armée anglaise, effectué seulement le
lendemain, pendant la nuit, sous les murs de la forteresse ; qui dominaient
le cours du Serain. C'était le plus court chemin pour gagner Guillon et la
vallée d'Epoisse. Les défenseurs de la place purent, du haut des murailles,
suivre le lendemain les mouvements des corps d'armée, dont les uns
protégeaient le roi à Guillon, et dont les autres avaient dressé leurs tentes
sur la montagne de Montfôte, dans une situation inattaquable. Les
communications furent vite établies entre les Anglais de Guillon et ceux de
Flavigny, où Jean de Harleston avait trouvé des provisions assez
considérables pour nourrir pendant un mois le roi et son armée. Cela
n'empêchait pas les maréchaux de courir le pays, « ardant, gastant et
essillant tout entour yaus ». Vieux-Château fut pillé plusieurs fois,
Courcelles-Frémov incendié, Saint-Léger ravagé, ainsi que Bierry,
Valcroissant, Vassy-lès-Avallon, Vignes, Blacy, Annay-la-Côte[24]. A Rougemont-sur-Armançon, Jean
de Harleston commit d'horribles maux, brûlant et pillant tout[25]. Les habitants d'Arnay furent
tant de fois rançonnés qu'on leur abandonna deux ans plus tard la
Forte-Motte, située près de l'église, avec murs, fossés et dépendances, pour
leur permettre de se protéger contre les invasions[26]. La ville de Saulieu fut non
seulement pillée, mais détruite presque entièrement. Les titres furent
brûlés, les clochers abattus, les cloches fondues. L'année suivante, le pape
Innocent VI écrivait à Renaud de Montbernard, évêque d'Autun, pour l'autoriser
à relever de ses ruines l'église et la ville de Saulieu d'où les habitants
avaient été obligés de fuir[27]. D'autres bulles, des papes
Urbain V et Clément VII, accordèrent ensuite des indulgences à ceux qui
feraient des aumônes pour reconstruire l'église de Saint-Andoche, « prinse et
arse par les Anglois »[28]. Ces
expéditions aventureuses n'étaient pas toujours couronnées de succès, et plus
d'un chef ennemi dut succomber en attaquant des localités mieux défendues.
L'un des plus notables, Roger de Mortimer, comte de March, fut tué à Rouvray,
le 26 février, dans une de ces chevauchées. Edouard III fut « durement
courouchiés pour la mort de son cousin le conte de la Marche, connestable de
son host »[29], et fit déposer provisoirement
son corps à l'abbaye de Fontenay, en donnant aux religieux mille moutons d'or
pour rétablir leur église[30]. La dépouille mortelle du
défunt fut ensuite rapportée en Angleterre, et le roi donna un baudequin d'or
pour les frais de ses funérailles dans la chapelle de Windsor[31]. Installé
dans les bâtiments du prieuré que possédaient à Guillon les religieux de
Saint-Jean de Semur, Edouard III ne menait pas une vie désagréable, passant
son temps à la chasse ou à la pêche. Cette page du chroniqueur[32] mérite d'être citée : « Vous
devés savoir que li signeur d'Engleterre et li riche homme menoient sus leurs
chars tentes et pavillons, moulins, fours pour cuire et forges pour forgier,
fiers de chevaus et toutes aultres coses neccessaires. Et pour tout ce
estoffer, ils menoient bien huit mil chars, tous atelés de quatre fors
roncins que il avoient mis hors d'Engleterre. Et avoient encore sur ces
chars, pluiseurs nacelles et batelés, fais et ordonnés si soubtieument de
cuir boulit, que merveilles estoit à regarder. Et si pooient bien troi homme
dedans aidier, pour nagier parmi un estanc ou un vivier, corn grans qu'il
fust, et peschier à leur volenté[33]. De quoi il eurent grant aise
tout le temps et tout le quaresme, voires li signeur et les gens d'estat ;
mais les commugnes se passoient de ce qu'il trouvoient. Et avœch ce, li rois
avoit bien pour lui trente fauconniers à cheval, cargiés de oisiaus, et bien
soixante couples de fors chiens et otant de levriers dont il aloit cescun
jour en cace ou en rivière, ensi qu'il plaisoit. Et si y avoit pluiseurs des
signeurs et des riches hommes, qui avoient leurs chiens et leurs oiziaus,
ossi bien comme li rois leurs sires. » Dans
l'impossibilité de lutter contre des forces aussi écrasantes, les conseillers
du duc cherchèrent aussitôt à entrer en pourparlers avec le roi d'Angleterre,
et engagèrent des négociations longues et pénibles. Il fallut d'abord réunir
les communautés des principales villes qui nommèrent leurs procureurs, le 6
mars[34]. Puis, les délégués des
communes, des monastères et des seigneurs se réunirent, le 10 mars, à
Guillon, où furent signés les conventions et accords qui allaient libérer
momentanément le pays. Edouard
III, « par la grâce de Dieu roi de France et d'Angleterre », octroyait au duc
de Bourgogne une suspension de guerre, et lui remettait la ville de Flavigny,
occupée par ses gens, moyennant une somme de « deux cent mille deniers d'or
au mouton, des dits pays et coin de France », dont cinquante mille payables à
la Saint Jean-Baptiste prochaine, cent mille aux fêtes de Noël de la même
année, et le reste à Pâques 1361, c'est-à-dire qu'il fallait trouver et
solder dans l'espace de moins de deux années la somme entière de cette énorme
rançon. Les
seigneurs, les abbés et les évêques s'engagèrent pour tout ce qu'on leur
demanda, sans s'inquiéter de la possibilité de remplir leur promesse dans un
si court délai, et désireux seulement de voir au plus vite ces désagréables
visiteurs abandonner la province. Les noms de tous ces personnages sont
donnés par Dom Plancher[35]. Nous croyons inutile de les
reproduire. Les quinze nobles et les sept bourgeois qui figurent dans cette
convention prenaient en outre l'engagement de payer le double des sommes qui
n'auraient pas été versées en temps utile, et d'envoyer des otages à Calais
ou à Londres, tant que les termes en retard ne seraient pas acquittés.
L'inexécution de ces clauses entraînait l'annulation des trêves sans
entraîner l'annulation des obligations. Les Anglais devaient abandonner
toutes les forteresses dont ils étaient nantis sur le territoire de
Bourgogne, mais ils se réservaient dès sauf-conduits pour aller et venir, à
condition de payer un prix raisonnable les choses dont ils auraient besoin et
de ne pas séjourner plus de deux jours dans la même localité. La plus
singulière de ces clauses portait que dans le cas où le roi d'Angleterre
serait couronné roi de France, le duc de Bourgogne n'y devrait mettre aucun
empêchement, et qu'en cas contraire les présentes trêves resteraient sans
effet. De semblables conventions ne pouvaient être acceptées de bonne foi,
car ceux qui y prirent part furent forcés de les sceller le couteau sur la
gorge, et de souscrire à des exigences imposées sans résistance possible. Le 10
mars, Edouard III permit à tous les habitants du duché et du comté de
Bourgogne, ainsi qu'à ceux du bailliage de l'Isle-sur-Serain, de faire
commerce pendant un an sur les domaines soumis à sa domination, en payant les
droits accoutumés[36]. Deux jours après, il était
encore à Guillon, et délivrait un saufconduit aux marchands qui circulaient
dans les localités occupées par ses troupes[37]. Toutes
ces pièces, rédigées en français et données par le roi d'Angleterre, sans
indication des personnages de sa suite, pourraient bien avoir été libellées
par Guillaume de Granson, employé comme parlementaire, dont nous constatons
si souvent la funeste intervention, et qui fut fréquemment mêlé à des négociations
ultérieures entre des belligérants qui ne parlaient pas la même langue. Sans
attendre les garanties des communautés et des villes, Edouard III,
suffisamment armé par les engagements des seigneurs et des prélats, ordonna
la levée du camp établi à Guillon, quitta la vallée du Serain pour gagner
celle de la Cure, sur les bords de laquelle son armée s'échelonna. Lui-même
s'établit à Asquins sous Vézelay, dont les commentateurs de Froissart
dénaturent le nom à plaisir[38], pendant que ses têtes de
colonne occupaient sur une longueur de deux lieues les villages de Saint-Père
et de Pierre-Perthuis[39]. Nous ne savons quelle fut la
durée de l'arrêt dans ces localités ; il fallait en tous cas plusieurs jours
pour opérer la retraite d'une telle foule d'hommes et de chevaux, que
suivaient un nombre considérable de chariots et de bagages. De là,
les corps de troupes occupèrent divers défilés qui les conduisaient dans la
vallée de l'Yonne. Le gros de l'armée franchit cette rivière à Goulanges-sur
Yonne. Edouard III, remontant du côté de Nevers, s'arrêta au village
d'Asnois, et prit résidence au château de ce nom appartenant alors à Jean de
Saint-Verain[40]. Cette
étape du roi d'Angleterre, jusqu'ici non citée, permet de fixer son
itinéraire, et justifie l'assertion des Grandes Chroniques, que les
commentateurs se permettent de réfuter sans preuves. Sauf de rares erreurs de
détail, Pierre d'Orgemont, rédacteur de cette période de la chronique, est
rarement fautif, et connaissait bien nos régions, dont le roi Jean lui avait
antérieurement confié l'administration. Edouard
III, par un acte de cette année, dont le jour n'est pas indiqué, déclare, à
Aunois-sur-Yone (Asnois),
sa volonté expresse de maintenir les trêves, malgré les actes d'hostilité
exercés de part et d'autre[41], et c'est très probablement à
Asnois que « ceux de la contée de Nevers envoyèrent par devers luy »[42]. Les troupes traversèrent
ensuite et rançonnèrent la baronnie de Donzi-au-Pré. Jean le Bel nous fournit
encore l'étape de Montargis. « A doncques se parti le noble roy, et mena son
ost par la conté de Nyvers et la conté d'Aussourre ; si raenchonna le pays,
et en eut tant de finance que on ne le pourroit nombrer, puis s'en tira par
devers Montargis et y demoura trois jours[43]. » Le
mardi avant Pâques, 31 mars, Edouard III était logé « en l'ostel de Chantelou[44], » ancienne résidence des
ducs de Bourgogne, et dont le nom a été souvent cité dans ce livre. Ainsi
l'armée anglaise, depuis le départ de Guillon, avait mis moins de trois
semaines pour arriver dans l'Ile-de-France. Les
prélats, les abbés, les nobles, les Trois-Etats de chaque bailliage avaient
fourni leurs obligations pour ce malheureux traité. Une seule protestation
s'éleva dans la province contre un tel acte : celle de Jean de Chalon-Arlay,
longtemps l'allié d'Edouard III sous le gouvernement d'Eudes IV, maintenant
serviteur dévoué du roi Jean et de sa dynastie. L'appel qu'il fit au régent,
pour protester contre les engagements arrachés par la force au jeune duc,
resta sans effet[45]. Le lieutenant du royaume était
trop embarrassé et dans une trop difficile situation pour empêcher en
Bourgogne ce que lui-même allait faire en France, à Brétigny. Cela est triste
à dire, mais on ne pouvait faire autrement qu'on fit. Les
pillards les plus redoutables se trouvaient dans les compagnies errantes qui
suivaient les troupes, travaillant pour leur propre compte, sans souci des
traités. Dans le courant de mai, le capitaine Jacques Wyn, le poursuivant
d'amour, ayant quitté la forteresse de Beaufort et voulant rejoindre l'armée
anglaise, s'empara de Clamecy, pilla les habitants et exigea sept mille écus
pour leur rançon. Il se fit même délivrer des lettres d'obligations et retint
des otages en garantie de leurs promesses. Cette violation flagrante des
conventions de Guillon causa quelque émotion à la cour de Bourgogne, et le
grand conseil expédia de suite, le 28 mai, de Dijon à Régennes, Richard de
Bouembert[46], afin de parlementer avec
Nicole Tamworth, « pour réparer ce que les Anglois avoient meffait ». A son
retour Richard de Bouembert fut envoyé directement à Clamecy (8 juin)[47] auprès de Guillaume de Granson,
dont la présence indique toujours un accord désagréable à négocier ou un acte
à rédiger. Les compères s'entendirent pour donner un semblant de satisfaction
au duc et à son conseil. Il fut convenu que Jacques Wyn se constituerait
prisonnier de Nicole Tamworth au château de Régennes, et c'est sous la garde
de cet étrange geôlier que se réfugia le Poursuivant d'Amour, bien déterminé
à ne se de saisir ni des lettres d'obligation des habitants de Clamecy, ni
des otages. Sur les plaintes légitimes et les revendications adressées au roi
d'Angleterre par Philippe de Rouvre et par la comtesse Marguerite de France,
à laquelle appartenait ce domaine, Edouard III, dans une lettre datée de
Calais, le 26 octobre[48], ordonnait l'abandon des
otages, la restitution des lettres et la renonciation à toute indemnité
pécuniaire réclamée par Jacques Wyn. Nous ignorons si les volontés du
monarque furent exécutées. Les
Bourguignons devaient maintenant songer à payer leur rançon. La convocation
des députés des Trois Etats avait été fixée pour le dimanche avant Pâques
fleuries (22
mars) à Beaune[49]. Les membres de cette assemblée
se hâtèrent de faire honneur à leurs engagements, et votèrent des subsides
que Poinçart Bourgeoise dut percevoir, en qualité de « receveur général du
subside des moutons ». Au prieur de Saint-Symphorien d'Autun fut confiée la
mission de lever les tailles sur les gens d'église. Divers monastères, comme Cîteaux,
en furent exonérés, parce qu'ils avaient décidé l'abandon du dixième de leurs
revenus[50]. À voir
tant de zèle et d'empressement, on pouvait croire que le premier terme, de
cinquante mille livres payables à la Saint-Jean, serait rapidement couvert,
mais les fonds étaient plus faciles à voter qu'à toucher. ; Aussi Poinçart
Bourgeoise chargé, dès le 7 juin, d'aller porter la somme à Saint-Omer,
crut-il prudent de décliner cet honneur. On fit marché avec Eudes, sire de
Grancey, puis avec son fils Eudes, seigneur de Pierrefont, qui, moyennant
trois mille moutons d'or, s'engageait, à ses risques et périls, à livrer le
premier terme aux lieu et jour convenus[51]. On s'aperçut vite que les
fonds ne seraient pas prêts, et le duc, nomma Guillaume de Vaulx, son
chambellan, le doyen de Cambrai et autres pour s'entendre avec le roi
d'Angleterre, et faire proroger la première échéance. Edouard III accorda
plusieurs ajournements successifs d'une semaine, et donna commission de
recevoir la somme à divers mandataires, parmi lesquels figure « notre chier
et féal Jehan de Neufchâtel »[52], un des personnages néfastes
que nous trouvons sans cesse avec Guillaume de Granson et Nicole Tamworth
dans les périodes les plus critiques du duché. En résumé, et d'après la
quittance du 9 juillet, on avait payé 47.620 moutons d'or, et le roi
d'Angleterre accordait un mois pour le surplus. Dans la suite, et après la
mort de Philippe de Rouvre, Edouard III employa spécialement Tamworth comme
interprète pour les négociations qui exigeaient la connaissance de la langue
française[53]. Cette
gêne incessante nuisait au fonctionnement de l'administration et à
l'entretien régulier des gens d'armes, dont on avait cependant si besoin.
Nous avons déjà vu des exemples de révolte, mais à l'heure présente, un cas
semblable faisait redouter de plus gravés inconvénients. Aux environs de la
Saint-Georges, la garnison de Chevigny, près Semur, commandée par Simon
d'Aignay, chevalier, était en rébellion : n'ayant pas été payée de ses gages,
elle opérait des réquisitions dans les villages voisins, et s'insurgeait
contre l'autorité du bailli d'Auxois. Il fallut organiser une expédition pour
mettre à la raison ces mutins, qui refusaient l'entrée du château et
prétendaient s'y défendre. Les prévôts de Montréal et d'Avallon furent
mandés, avec leurs hommes, pour faire le siège de Chevigny, et le maître des
engins de Moutier-Saint-Jean découpla l'artillerie pour l'amener devant la
place. Les révoltés, ne se sentant pas en force, furent obligés de se rendre
pour mettre fin à un conflit dont ils auraient été les victimes[54]. Plus tard, le capitaine Simon
d'Aignay se fit absoudre de tous ces méfaits par le roi[55]. Des lettres de rémission
furent accordées, dans le même moment, à Pierre, seigneur de Savigny, pour
les meurtres commis par ses gens, et les pillages exercés sur les habitants
de Rougemont, Genay, Saulieu, Moutier-Saint-Jean[56]. Les
garnisons bourguignonnes n'avaient pas besoin de contribuer au désordre, au
moment où les capitaines anglais, sans égard pour les trêves, continuaient le
cours de leurs déprédations. Le nombre des compagnies paraît même s'être
singulièrement augmenté, car on les voit apparaître dans toutes les
directions, dans le comté, dans le Langrois, l'Auxerrois et le Nivernais. Il ne
s'agit plus maintenant des conventions de Guillon, mais du traité de paix
entre la France et l'Angleterre, dont les préliminaires ont été signés le
8mai et seront ratifiés à Brétigny. Les chefs de bande n'en tiennent compte,
ou refusent de croire à la réalité d'un acte si préjudiciable à leurs
intérêts et qui les laisserait sans emploi. Les uns disent qu'ils ne
comprennent pas le français ; d'autres déclarent hautement que « se les rois
avoient fait la paix, si leur convenoit-il vivre ». Le 8
juin, le duc écrit aux sires de Mirebel et de Saint-Georges, et leur annonce « qu'aucuns
Anglois et pillars, jusqu'au nombre de quatre mille estoient à Latrecey et
environ amassez et mis ensemble pour entrer ou duchié[57] ». Cette grande compagnie,
véritable armée, fut obligée de se répandre au loin pour se ravitailler ;
aussi de nombreuses bandes envahirent les plaines de l'Ain et du Beaujolais.
La forteresse de Jasseron menacée reçut des renforts ; Perrenin d'Estrées, châtelain
de cette châtellenie, son frère Jean et le Galois de la Baume se rendirent
ensuite à la chevauchée du sire de Beaujeu contre les Anglais qui pénétraient
sur ses terres[58]. Le 19
juin, Jean de Rie, maréchal de Bourgogne, réunit deux cents hommes d'armes
contre quelques-unes de ces compagnies[59]. Le 3 juillet, des messages
apprennent que les ennemis sont à Vesoul, et des ordres sont donnés à Jean de
Gusance, bailli d'Amont, pour munir de fortes garnisons les châteaux de
Baume, Clerval, Montboson, Châtillon-le-Duc, etc.[60] Le 9, Philippe de Rouvre mande
que deux de ses conseillers, Jean de Bourbon, doyen d'Autun, et Bureau de
Maison-Comte viennent d'être faits prisonniers par les ennemis campés à
Pierre-Perthuis[61]. Les 16 et 22 juillet, on
répare d'urgence les murailles de Dôle menacée par les Anglais, et on y
envoie des vivres pour la garnison[62]. Pendant
toute cette période, les interprètes du duc n'arrêtent pas ; Guillaume de
Granson et Nicole Tamworth sont envoyés sur un point ou sur un autre. Richard
de Bouembert, déjà expédié à Régennes et à Clamecy, est chargé de porter au
roi d'Angleterre des réclamations au sujet de l'incessante violation des
trêves. Le 24 juin, on lui donne mission, ainsi qu'à Jean de Musigny et
Nicole Tamworth, de se rendre à Nogent-le-Roi et autres localités, pour faire
entendre raison aux capitaines de toutes ces compagnies envahissantes. Ces
démarches ne donnent pas grand résultat. Il
fallait une organisation plus énergique pour arrêter les mouvements de ces
pillards errants. Othe, seigneur de Granson fut institué lieutenant du duc et
capitaine général dans la Comté[63] ; on lui adjoignit Jacques de
Vienne et le maréchal Jean de Rie pour défendre les frontières du Nord.
Hugues de Montagu, seigneur de Couches, et Philibert de Les pinasse furent
envoyés auprès du comte de Flandre pour lui demander l'aide de recrues nouvelles[64]. Bertrand Gasch, d'Alexandrie,
se fit enrôler avec tous ses « brigands » pour le mois de juillet[65]. Par une
inexplicable confiance, dont on ne devait pas tarder à se repentir, Jean de
Neufchâtel, tant de fois soupçonné d'hostilité et de trahison, fut admis à
concourir à la défense de Montboson, et toucha sur la recette générale trois
cents florins pour les cent hommes d'armes qu'il commandait[66]. La mort de ce perfide
chevalier, à la suite d'une longue détention, devait plus tard venger les
Bourguignons de ses crimes et de sa félonie. Les
divers émissaires de Philippe de Rouvre étaient cependant parvenus à grouper
quelques chefs anglais et à les mettre en rapport avec les officiers du duc.
Une réunion eût lieu, le 23 juillet, « ez champs, prez d'une ville que l'on
apelle Heuilley, en l'eveschié de Laingres ». Jacques de Vienne, Oudot de
Sauvigney, Guiot Malebarbe, chevaucheur du duc et autres y assistaient.
Nicole Tamworth, capitaine de Régennes, lieutenant d'Edouard III, et
Guillaume de Granson, seigneur de Sainte-Croix, firent jurer à un certain
nombre d'Anglais « qu'ils ne mefferoient ou ne feroient meffiait au duc
de Bourgoigne, ne en sa terre, en quelconque menière que ce soit », et qu'ils
quitteraient le pays le vendredi suivant. Tamworth reçut les serments de ces
hommes, dont les noms n'indiquent pas des personnages connus[67], qui s'engageaient à ne plus
servir sous le capitaine Gauthier, également inconnu, et qui tacitement
gardaient le droit de s'affilier à d'autres compagnies[68]. Cet
acte ne semblait offrir aucune garantie sérieuse, et ne valait, ni les
démarches faites, ni l'argent qu'il fallut donner aux négociateurs pour
l'obtenir. Des trêves passées dans le même moment à Jully-sur-Sarce, et dont
nous n'avons que les mentions[69], n'eurent pas plus d'influence
sur la sécurité du pays. On avait fait un mandement pour convoquer les
nobles, bannerets et autres, à Dijon, le dimanche 21 juin, mais cette
assemblée fut ajournée et fixée à Dôle, le 24 du mois suivant[70]. Pendant
que les lieutenants Jacques de Vienne et Othe de Granson allaient protéger
les frontières nord du duché. Philippe de Rouvre préparait dans l'Avallonnais
et le Nivernais une chevauchée qu'il tenait à diriger en personne, en se
signalant par une action d'éclat, au moment où il allait atteindre sa
majorité et gagner l'Artois pour la célébration de son mariage. Il
voulait reprendre les forteresses de Lormes et de Pierre-Perthuis. Cette
dernière résidence, récemment donnée à son ami le plus intime Amé de Genève,
venait d'être prise par une compagnie anglaise qui causait dans les environs
des exactions et des dégâts considérables. Les habitants de Vézelay étaient
parvenus à s'en emparer et à s'affranchir d'un aussi désagréable voisinage.
Mais les pillards usèrent d'un ingénieux stratagème pour rentrer en
possession de la place. Ils s'approchèrent sans bruit de Pierre-Perthuis, en
se glissant par les gorges de la Cure, après avoir envoyé du côté opposé deux
des leurs déguisés en mendiants et faisant danser des chiens. La garnison,
amusée par ces faux mendiants accourut aux portes du château, pendant que
leurs compagnons escaladaient les rochers à pic dominant la rivière, et
entraient par la chapelle dans la forteresse avant que leur présence y fût
soupçonnée[71]. La prise et la reprise du
château sont confirmées par une mention de comptes[72]. La
singularité d'un coup de main accompli dans de telles conditions avait sans
doute piqué l'amour-propre du jeune duc, puis le désir de servir son ami Amé
de Genève, et de venger l'affront fait à ses conseillers Bureau de
Maison-Comte et Jean de Bourbon, que la garnison anglaise retenait
prisonniers, lui firent mettre sur pied des contingents considérables pour le
siège de Pierre-Perthuis. Dès le
1er août, tous les féodaux réunis à Semur, Avallon, Montréal, se mettaient en
marche et Jean de Rye, seigneur de Balançon, Jean de Châteauvillain, seigneur
de Luzy, Girard de Cusance, Hugues de Lespinasse, Gauthier de Frolois,
conduisaient des compagnies composées de gens d'armes beaucoup trop nombreux
pour cette petite expédition[73], où figuraient môme des
contingents allemands commandés par Pierre d'Arembert[74], les deux cent trente brigands
et les vingt-quatre hommes d'armes de Bertrand Gasch. La quittance de ce
personnage nous apprend en outre que la chevauchée ne fut pas seulement
entreprise pour Pierre-Perthuis, mais pour la forteresse de Lormes[75]. Le conseil ducal avait ordonné
de réunir une quantité de vivres proportionnelle à l'importance de ces
troupes, que suivaient des chariots et des bagages, comme pour une campagne
sérieuse et lointaine. Humbert de Rye et Etienne de Flavigny, chevaliers, devaient
procurer « des arbalétriers et des pavoisans qui failloient en l'ost[76] ». Philippe
de Rouvre était lui-même à Larrey-les-Dijon, le 1er août, et en armes devant
la place le 6[77], accompagné de ces troupes,
dirigées par Girard de Longchamp, son chambellan et maître d'hôtel, Géofroi
de Blaisy, Hugues de Montjeu, ce dernier faisant l'office de maréchal pour la
durée du siège[78], et chargé des manœuvres de
l'artillerie, que l'on avait fait venir à grands frais de Dijon et d'ailleurs[79]. Le 10
août, le duc était revenu avec une partie de ses hommes à Montbard, « au
retour de Pierre Perthuis[80] ». Pendant les quatre jours
précédents, que s'était-il passé ? La néfaste intervention de Nicole Tamworth
et de ses acolytes n'avait-elle tiré les assiégés d'un mauvais pas ? Le fait
n'est pas douteux. Peut-être avait-on persuadé au duc et à son entourage que
la garnison était importante, que des renforts lui arriveraient avec la
grande compagnie, que la place était difficile à prendre. Pierre-Perthuis,
déjà important sous Philippe-Auguste qui y donna un diplôme, en 1480 situé
dans une position assez abrupte et surtout particulièrement pittoresque,
était au moins abordable du côté de Vézelay. En présence des forces qui
l'entouraient, il n'y avait pas de résistance possible, et le château ne
pouvait longtemps tenir. Les assiégés ne demandaient assurément qu'à
capituler, mais Nicole Tamworth eut l'habileté d'obtenir cette capitulation,
en la faisant payer au duc contre remboursement de cinq mille florins.
C'était une aggravation de ce qui s'était passé à Brion-sur-Ource. Chose plus
étrange, le principal bailleur de fonds était Nicole Tamworth lui-même, car
Philippe de Rouvre, n'ayant pas un denier disponible, empruntait, pour cette
belle opération, quatre mille cinq cents florins au négociateur, et cinq
cents aux habitants de Vézelay. Puis, ceux-ci n'ayant pu donner immédiatement
la sommé pour laquelle ils étaient engagés, Tamworth paya le tout, et cette
dette lui fut remboursée en deux fois, le 29 août, à Régennes, par Eudes,
sire de Mussy, et le 7 septembre, à Semur, par Jacques de Vienne, sire de
Longvy[81]. Guillaume de Clugny, bailli
d'Auxois, fut chargé de verser les fonds avant l'évacuation de la garnison,
et eut « hun sien cheval gris affolez, en pourtant la finance dehue pour la
ranceon de Pierre-Perthuis[82] ». On est
confondu de l'ingénuité de Philippe de Rouvre et de ses conseillers ; mais ce
qui nous met surtout en garde contre les agissements perfides de son prêteur,
c'est de voir apparaître son complice Guillaume de Granson, qui, ayant pris
part aux négociations, était qualifié de conseiller du duc, et recevait, le
17 août, mille florins de florence pour services rendus[83], sans compter qu'il venait de
toucher récemment une forte somme, « pour ses peines, labours et diligences
», lors du traité passé avec le roi d'Angleterre[84]. Afin de
payer Tamworth et une partie des frais de la chevauchée, Philippe de Rouvre
fut dans la nécessité de vendre immédiatement deux importantes châtellenies,
par des contrats passés le 24 août. Henri de Vienne, sire de Miribel, se
rendit acquéreur de la Perrière-sur-Saône, moyennant trois mille florins[85], et Henri, comte de
Montbéliard, sire de Montfaucon, prit possession de la forteresse et des
dépendances de Clerval pour une somme de quatre mille florins payée comptant[86]. Quant
aux habitants de Vézelay, qui n'avaient pas encore rempli leurs engagements,
et n'avaient pu donner que cent florins, ils durent verser le reliquat de
leur dette au châtelain d'Avallon, pour payer Thibaud de Rye, investi de la
capitainerie de Pierre-Perthuis après sa reddition[87]. Il faut
dire, à la décharge du duc, que.de très sérieux événements, arrivés
simultanément pendant cette période si mouvementée, avaient contribué à sa
retraite précipitée et à la levée des sièges de Lormes et de Pierre-Perthuis.
Les agents peu délicats qu'il entretenait à si grands frais n'y étaient
assurément pas étrangers, car ayant été informés de la direction donnée à ses
troupes, ils s'empressèrent d'en informer les compagnies anglaises, qui
étaient en mesure de profiter de l'éloignement du duc. Les capitaines qui
avaient promis « de ne plus meffaire », lors du traité du 23 juillet,
n'engageaient en rien les autres chefs de bande, et on annonçait que Jacques
de Vienne, auteur de cet accord, était, ainsi que le maréchal Jean de Ryé,
prisonnier de la Grande Compagnie. Tous deux et un certain nombre de leurs
compagnons avaient été pris à l'assaut du château de Chariez, près de Vesoul,
et même condamnés à payer une rançon : « à Richart de Bouembert, chevalier,
quatre cent florins dus aux gens de la grant compaignie, qui estoient entrez
en la conté de Bourgoigne, pour certain accors et traittiés faiz à eulx sur
la délivrance des prisons qu'ils tenoient, c'est assavoir, mess. Jaques de
Vienne, mess. Jehan de Rie, mareschal, et plusieurs autres des gens de mgr le
duc, pris par les diz de ladite compaignie à l'aussaut et prise de la ville
de Chariey, et lesquelx luer doient estre porté et délivrés à Chablies ou à
Regennes[88] ». Ce
funeste événement avait donc eu lieu pendant la chevauchée de
Pierre-Perthuis, puisque le 16 août, Poinçart Bourgeoise, receveur général
des subsides, versait l'argent de la rançon, et que, dix jours après, Richard
de Bouembert portait la somme à Nichole Tamworth au château de Régennes[89]. Indépendamment
de la grande compagnie, d'autres aventuriers avaient profité de l'absence de
Philippe de Rouvre pour pénétrer dans le duché. Les principaux instigateurs
de cette invasion étaient Girard de Marey, si souvent cité dans ce livre, et
un personnage bien connu pour son hostilité contre le roi, Jacques, seigneur
de Baudoncourt, de Saint-Remy et de Beire[90]. Les deux traîtres avaient été
saisis dans les environs de Montréal, dans les premiers jours d'août, et
conduits sous bonne escorte par Jean de Sainte-Croix, seigneur de Sauvigny,
au château de Semur-en-Auxois. Un
troisième chef de bandes Barnicon Barté « de Saint-Baisile, en Gascoigne,
embleur et eschielleur de chastels », saisi près de Montbard, fut livré à
Guillaume Broquard, châtelain de cette ville par le duc et par Jean, comte de
Montfort, qui le firent enfermer provisoirement, puis mettre « ès fers et au
crot », et enfin l'expédièrent à Semur, où le bailli d'Auxois fut chargé de
son exécution[91]. Comment
Philippe de Jaucourt, un chevalier banneret, se trouvait-il compromis avec
ces bandits, nous ne le savons. En tous cas, son affaire n'était pas
sérieuse, et son élargissement fut ordonné. Il prouva plus tard par sa
conduite et par les services rendus qu'il ne pouvait être confondu avec les
traîtres, car il devint porte-oriflamme de Bourgogne, et Philippe le Hardi
tint son fils sur les fonts de baptême[92]. Quant à
Girard de Marey et à Jacques de Baudoncourt, enfermés à Semur dans les
cachots de la tour Lourdeau, les fers aux pieds, une circonstance aggravante
détermina leur condamnation. Anseau de Marey, moine de Molême, frère de
Girard, s'était introduit, le 15 août, à Semur, dans l'espoir de faire évader
les captifs ; mais ayant été reconnu et menacé d'être saisi, il se jeta dans
l'église Notre-Dame, en franchise. Les aveux des uns et des autres, les
informations prises par Jean d'Ampilly, procureur du duc[93], firent découvrir les noirs
desseins de Girard et de Jacques qui subirent la peine de mort, le mercredi
19 août. La culpabilité et la participation du religieux, quoique prouvées,
exigèrent de plus longues négociations avec le vicaire et l'official d'Autun,
car l'habit ecclésiastique qu'il portait entravait l'action de la justice. Le
9 octobre, Anseau de Marey mourut, après deux mois de séjour dans les
cachots, et par suite de mauvais traitements ; six jours seulement après, le
corps du malheureux fut enterré, non au cimetière, mais près de la tour
carrée du « belle »[94]. Dans la
suite, on parvint à se saisir de divers compagnons qui avaient participé à
l'entreprise, comme Simon de Meursanges et Huguenin de Marey, fils,
croyons-nous, de Girard. On confisqua les biens et les équipages de Simon,
qui fut exécuté en décembre avec ses complices. Quant à Huguenin, dont la
jeunesse était une excuse, on le délivra de prison parce qu'il n'avait que
seize ans[95]. On
avait pris possession du château de Beire appartenant à Jacques de
Baudoncourt, mais, par esprit de justice, on fit délivrer à Catherine
d'Andeloncourt, sa veuve, le douaire auquel elle avait droit[96]. Les
multiples incidents que nous venons de rapporter avaient produit une très
vive impression en Bourgogne, et nous ont fait perdre de vue les événements
antérieurs et les agissements de Philippe de Rouvre, que nous avons laissé à
Montbard, le 10 août, au retour de Pierre-Perthuis. On comprend
l'empressement qu'il mettait à porter secours à son maréchal, à Jacques de
Vienne, et à ses autres vassaux rançonnés et relâchés sur parole ; mais,
malgré son désir de les venger, il avait surtout hâte de repousser la grande
compagnie qui, après la malheureuse affaire de Chariez, n'allait pas manquer
d'envahir les régions voisines. Diverses
bandes occupaient déjà Montsaugeon, Dôle, Auxonne, et se promettaient
d'arriver jusqu'au centre du duché. On avait fait refluer de ce côté tous les
contingents bourguignons massés sur les frontières de l'Avallonnais, et, en
quelques jours, ces troupes défilèrent par Dijon, en se portant dans la
direction menacée[97]. A
Montbard, le duc était accompagné de Jean de Boulogne, comte de Montfort, du
chevalier allemand Pierre d'Aremberg, et des inséparables Guillaume de
Granson et Nichole Tamworth. Les prévenances intéressées et les
gratifications dont il comblait ces émissaires montrent assez les services
qu'il en attendait. Ceux-ci étaient en effet chargés de s'aboucher avec les
chefs des compagnies, et furent envoyés en avant, de Lantenay à Auxonne, pour
s'entendre avec eux. Girard de Longchamp les conduisait et les protégeait, et
Pierre Curet réglait leur dépense[98]. Philippe
de Rouvre partit de Montbard avec une suite de soixante-dix chevaux, passa,
le 12 août, à Frolois, le 14 à Lantenay et arriva le soir à Talant. Ce même
jour, il y eut à Auxonne, entre les compagnies et les Bourguignons, une
escarmouche dont nous ne connaissons pas l'importance. Quant au duc, il avait
gardé par devers lui un autre Anglais, Jean Sandrey, qui était encore en sa
compagnie, le 18, « en son ost devant Montsaujon », où, dans un engagement,
plusieurs Anglais perdirent la vie, et d'autres leurs chevaux et leur butin[99]. Le château de Montsaugeon
avait été repris sur le capitaine Guillempot, qui s'en était rendu maître,
par la trahison de plusieurs vassaux de Guillaume de Poitiers, évêque de
Langres, auquel il appartenait. Le prélat fit saisir et décapiter les
traîtres, et leurs biens furent donnés à l'un de ses bâtards[100]. La
vigoureuse résistance des troupes ducales parut arrêter la marche en avant
des envahisseurs, mais les négociations entamées avec les chefs par des
parlementaires qui n'avaient plus rien à gagner à une lutte prolongée, y
contribuèrent également dans une notable proportion. Les
compagnies prirent l'engagement de quitter le pays dans un bref délai, contre
la promesse d'une somme d'argent qui devait leur être livrée prochainement.
Mais, comme on le verra, les compagnies n'étaient pas plus disposées à tenir
leurs promesses que le duc n'était en mesure de faire honneur aux siennes. En
attendant, les négociateurs bénéficiaient de largesses qui paraissent
excessives et ne s'expliquent que par l'urgent besoin que l'on avait
d'utiliser de tels agents. Nichole « l'Anglois » était gratifié de trois cent
soixante florins pour achat de chevaux[101] ; on vendait des terres pour
régler Guillaume de Granson ; Pierre d'Arembert, chevalier allemand, était
doté, pour ses services, d'une pension de cent livres, assise sur le péage de
Pontarlier[102]. Bientôt,
ce ne fut plus au nord du duché que l'invasion devint menaçante ; on
annonçait d'autres bandes à l'ouest et au sud. Le 7 septembre, le conseil
ducal, siégeant à Chalon, envoyait vers la Loire Jean de Rabutin et divers
compagnons, « pour savoir et rappourter le convine et estat des ennemis que
l'on disoit estre ès parties de la rivière de Loire »[103]. Le 27, Jean de Tôtes recevait
l'ordre de se rendre en Bourbonnais pour connaître la marche d'autres bandes,
et en informer ceux qui gardaient la foire de Chalon, « pour adviser les
marchans afin qu'ils ne fussent surprins »[104]. Le conseil résolut de renouveler les plaintes au roi d'Angleterre au sujet de la violation incessante des trêves. Jacques de Vienne, victime des compagnies, et Girard de Marigny, grand prieur de Champagne, lui furent députés à cet effet[105], et obtinrent une remise de douze mille moutons d'or, en réparation des dommages causés. Mais la plus grande concession qui fut faite par Edouard III, ce fut la faculté d'espacer les termes restant dus, et de les partager en plusieurs paiements, dans l'impossibilité de remplir les premiers engagements aux termes convenus. |
[1]
Comptes du Châtillonnais, Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. 107, fol. 184.
[2]
Froissart, éd. Luce, t. VI, p. 401.
[3]
Toutes ces épaves furent vendues à la fin de janvier, après le départ de Jean
de Harleston (Comptes de Jean de Recey, châtelain d'Aisey, B. 2079, fol. 138).
[4]
Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 50 ; et Bibl. nat., Collection
Bourgogne, t. XXIV, fol. 55.
[5]
Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. XXIV, fol. 56.
[6]
On a quelques quittances des chevaliers qui servirent en cette chevauchée. Voir
Peincedé, t. XXIV, p. 592.
[7]
Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 40.
[8]
Orig. scellé, mandement du duc, Beaune, 13 février ; Arch. de la
Côte-d'Or, B. 11.844.
[9]
Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 56.
[10]
Arch. de la Côte-d'Or, Comptes d'Argilly, B. 2149.
[11]
Comptes de Rouvre, B. 5744, fol. 8.
[12]
Comptes de Villaines, B. 6555, fol. 24 et 25.
[13]
Grandes Chroniques, t. VI, p. 167.
[14]
Rémission du roi Jean pour Guichard d'Ars, Paris, mai 1361, Arch. nat., JJ, 89,
n° 615.
[15]
Cette fois, Saint-Florentin ne fut pas pris par les Anglais, comme le dit très
bien Froissart, malgré la note de Luce, t. V, Sommaire, p. LXIV ; mais la ville
avait été prise et brûlée dans une chevauchée antérieure par les garnisons
ennemies du voisinage (Arch. nat., JJ. 109, n° 11), et les habitants avaient
composé avec les compagnies moyennant finance (Arch. nat., JJ. 86, n° 553).
Nous en avons parlé dans un des chapitres qui précédent.
[16]
Comparer le récit de Froissart avec celui des Grandes Chroniques.
[17]
Voir Kervyn de Lettenhove, Froissart, t. XX, p. 68-69, d'après Bibl.
nat., fr. 6474, et Luce, Froissart, t. V, p. 414-415, pour le passage à
Pontigny, et l'impossibilité de déplacer le corps de saint Edme que les Anglais
voulaient enlever, ce qui causa la mort des ravisseurs. — Contrairement à ce
que croit Luce, id., t. VI, Sommaire, p. LXIV-LXV, Edouard III n'avait pas suivi le cours
du Serain, mais celui de l'Armançon jusqu'à Tonnerre. C'est à Noyers seulement
qu'il fut rejoint par le corps d'armée qui avait pillé Chablis et Pontigny.
[18]
Voir Annuaire de l'Yonne, 1848, p. 145. — Edouard III logeait à Tonnerre
dans les bâtiments de l'Hôpital, construits par Marguerite de Bourgogne.
[19]
Il ne s'agit pas de Jean de Noyers, comme le croit Luce, Froissart, t.
V, sommaire, p. LXVI,
mais de Mile, seigneur de Noyers et de Montcornet, petit-fils du maréchal de
même nom, qui fut d'abord prisonnier à Poitiers, puis à Brion (Voir notre chap.
LIX).
[20]
L'Isle-sous-Montréal et non Montréal est la bonne version de Froissart. Voir
les explications qui suivent.
[21]
Comptes de Montréal, B. 8403.
[22]
Travaux aux quatre tours du donjon de Montréal — eschiffes — curage des fossés
opéré par quatre mille journées d'hommes — façon de « deux engins de
charpenterie à getier » — engin à deux poulies « pour lever les engins, l'un
appelé Couillart, l'autre le grand engin » — achats de fer, de pointes, etc. —
« despens de CXL hommes qui « ont gaietié sur les murs du chastel » —
distribution à chacun d'un pain de douze deniers chaque jour, etc. (Comptes de
Montréal, B. 8403).
[23]
Plusieurs quittances scellées en cire rouge, Arch. de la Côte-d'Or, B. 359.
[24]
Comptes de Vieux-Château, B. 6821 ; Comptes de l'Auxois, B. 2748, Comptes de
l'Avallonnais, B. 2970.
[25]
Lettres du roi Jean, Paris, 1362, 8 mars. Documents de notre cabinet.
[26]
Charte du comte de Tancarville, 1362 octobre ; Arch. nat., JJ. 93, n° 36, fol.
17.
[27]
Martène, Thes. anecd., t. II, p. 937-938.
[28]
Courtépée, t. IV, p. 92 ; l'abbé Baudiau, le Morvand, t. II, p. 535.
[29]
Kervyn de Lettenhove, Froissart, t. VI, p. 292.
[30]
Bibl. nat, Collection Bourgogne, t. LII, p. 88 et Dom Plancher, t. II, p. 234.
[31]
Kervyn de Lettenhove, Froissart, t. XXII, p. 150.
[32]
Luce, Froissant, t. V, p. 225-226.
[33]
Tout ceci est parfaitement exact. Les Anglais péchèrent même les étangs, comme
celui de Saint-Euphrène, Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de l'Auxois, B. 2748.
[34]
La commune de Dijon assemblée à cors et à cris nomma ses procureurs le 6 mars
(dom Plancher, t. II, p. 229 et pr. 294). La commune d'Autun nomma les siens le
même jour (Généalogie de la famille de Clugny, Dijon, s. d. in-4°, p.
477). Il est probable que les autres villes donnèrent leur procuration à la
môme date, bien que les procès-verbaux ne nous aient pas tous été conservés. On
a seulement les engagements fournis par les villes après le traité : Montbard,
46 mars ; Autun, 21 mars ; Chalon, 30 mars ; Semur-en-Auxois, dimanche après
Pâques fleuries. — L'évêque et la ville de Chalon, 30 mars.
[35]
Voir dom Plancher, t. II, p. 227 et pr. 295.
[36]
Champollion-Figeac, Lettres de rois et reines, t. II, p. 118-120.
[37]
Guillon, 12 mars 1360 ; dom Plancher, t. II, pr. 297.
[38]
Kervyn de Lettenhove, Froissart, t. VI, p. 259, dit : « le roys
d'Engleterre s'en vint logier sur la rivière d'Ione à Kou[langes] desoubs
Vesselay... » Vézelay n'est pas sur l'Yonne et Coulanges en est bien éloigné. —
Luce, Froissart, sommaire, t. V, p. LXVIII, émet la même allégation, malgré son
peu d'indulgence pour le précédent commentateur — A Kon desous Vosselay,
t. V, p. 227 de Luce est tout simplement Asquins sous Vézelay, Akon, en
latin Asconium.
[39]
Charte de rémission donnée par le roi Jean, Tonnerre, décembre 1361, à
Guillaume de Prétain, de Vézelay, déclarant que quand le roi d'Angleterre était
aux environs de cette ville, il était allé à Saint-Père pour voir s'il pourrait
porter dommage aux Anglais qui y étaient logés, etc. (Arch. nat., JJ. 91, n°
33, fol. 18 ; in-ext., Cherest, Vézelay, t. III, pr. 223-225). — Droin
de Vauceri, écuyer, paie trente florins, « pour ce qu'il avait acheté des bêtes
des Anglois à Pierre Perthuz. » (Comptes de l'Auxois, B. 2748).
[40]
Jean de Saint-Verain, seigneur « d'Anoix », chevalier, servait alors dans
l'armée ducale. On a diverses quittances scellées pour ses gages en la garnison
d'Avallon, mai 1359 — en la garnison de Châtillon-sur-Seine, juillet 1359. — Orig.
Arch. de la Côte-d’Or ; sceau en cire rouge ; écu portant la croix et cinq
lambels.
[41]
Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. 52, p. 88. Nous n'avons malheureusement
qu'une mention, non le texte entier de cette pièce importante, qui est
assurément de mars 1360, la seule qui donne l'étape d'Asnois.
[42]
Grandes chroniques, t. VI, p. 168.
[43]
Chron. de Jehan le Bel, t. II, p. 261 (éd. Belge). La bonne édition
préparée par J. Viard n'a pas encore paru.
[44]
Grandes chroniques, t. VI, p. 169.
[45]
Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de l'Auxois, B. 2748.
[46]
Richard de Bouembert est nommé dans certains documents « Bouhanver »,
« Borrembert » et même « Bombart », nous adoptons la forme qui reparaît le
plus souvent. Il fut employé par le duc dans diverses circonstances, le 28 mai
1360 ; les 8et 27 juin de la même année (Bibl. nat., Collection Bourgogne, t.
XXVI, fol. 235). — Philippe de Rouvre le gratifia de huit cents florins d'or
qui furent assis sur la prévôté d'Auxonne, à condition que Richard deviendrait
son homme. Les antécédents de ce personnage, qui paraît avoir eu des attaches
avec nos pays, n'étaient pas des plus recommandables, car environ huit années
avant, il avait soutenu Jean de Chauffour dans sa guerre contre feu Girard de
Marey, et était entré à Langres avec des gens d'armes pour s'emparer de ce
dernier ; mais dans la bagarre Jean le Bastard, cousin dudit Richard, avait été
tué, et par vengeance, le sire de Bouembert avait commis « des pilleries,
roberies et delitz » qui lui avaient valu une condamnation au bannissement hors
du royaume, pour laquelle il reçut plus tard du roi Jean une lettre de
rémission, datée de Saint-Denis, en octobre 1361 (Arch. nat., JJ, 91, n° 123).—
Le duc avait été obligé de recourir à ses services parce qu'il parlait
l'anglais et pouvait s'expliquer avec les ennemis. D'autres interprètes
également utilisés étaient indispensables dans certaines circonstances, malgré
la mauvaise foi dont ils firent preuves et qu'il fallut payer fort cher. On
avait pris quelque temps avant un bonhomme de Lucenay qui portait trois paires
de lettres aux Anglais, « personne de Semur ni autres ne les sehurent
lire, pour ce que elles estoient escriptes en Ainglois » (Comptes de l'Auxois,
B. 2748). Le duc avait dû y aviser.
[47]
1360 28 mai (Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.925, fol. 19 v°). — 1360 8 juin (Orig.,
Arch. de la Côte-d'Or, B.359 ; sceau en cire rouge effacé).
[48]
Rymer, Fœdera, t. VI, p. 295.
[49]
Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 40 ; comptes de
Villaines-en-Duesmois, B. 6555, fol. 25.
[50]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.642 ; lettre du duc, Chalon, 20 mai 1360.
[51]
Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. 23, fol. 24 ; Orig., Arch. de la
Côte-d'Or, B. 11923 et Peincedé, t. II, p. 515.
[52]
Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. 52, fol. 88 ; Plancher, t ; II, p. 298. —
Le 16 juin 1360, le duc passe une obligation au profit de Jean de Neufchâtel
pour 8.000 deniers d'or au mouton faisant partie de celle qu'il doit au roi
d'Angleterre au terme de la Saint-Jean, et promet de la lui payer le jour de
l'Assomption ; Bibl. nat., Coll. B., t., 21, fol. 2.
[53]
Actes de 1363 à 1367. Public Record office, bundle 314 et 315 ; Voir
Léon Mirot et Eugène Déprez, Les ambassades anglaises pendant la guerre de
cent ans, n° 229, 233, 239, 251, 252, 259, 261, 274.
[54]
Comptes de l'Auxois, de Guillaume de Clugny, B. 2748.
[55]
Rémission du roi Jean, 1362 février, en nostre chastel d'Aignay (Arch.
nat., JJ. 91, n° 69).
[56]
Rémission du roi Jean, Dijon, 1361 décembre, JJ. 91, n° 50.
[57]
Comptes de Dimanche de Vitel, fol. 40, v°.
[58]
Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de Jasseron, B. 8074, rouleau.
[59]
Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 46 v°.
[60]
Orig., Arch. du Doubs, B. 327 ; Vitel, B. 1408, fol. 41 r°.
[61]
Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. 23, fol. 83 bis.
[62]
Arch. de là Côte-d'Or, B. 11.925, fol. 21 et 35 r°.
[63]
Prêt de cinq cents florins au sire de Granson établi capitaine général, le 12
juillet. 1360 (Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.925, fol. 22 r°).
[64]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.925, fol. 20, 7 juillet 1360.
[65]
6 juillet 1360, Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.925, fol. 21 v°.
[66]
8 juillet 1360, Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.925, fol. 22.
[67]
A l'exception cependant de Mathieu de Redeman, qui fut plus tard capitaine de
Berwich (Froissart), et qui est cité en 1361 dans un diplôme du roi Jean, comme
ayant commis beaucoup de dégâts en Bourgogne (Plancher, II, pr. 305).
[68]
Voir dans Plancher, t. II, pr. 300, l'acte passé par un notaire de Besançon,
assisté de Jean de Pontailler, écuyer, et autres, acte qui fut ratifié, le 10
septembre, par Guillaume Viaut, de Lain, tabellion de la cour d'Auxerre.
[69]
Bibl. nat., Collection Bourgogne, Comptes du Châtillonnais, t. 107, fol. 184
v°, copie de Pérard.
[70]
Comptes de l'Auxois, B. 2748.
[71]
L'abbé Pissier, Histoire de Saint-Père-sous-Vézelay, Bulletin de
l'Yonne, 1903, p. 311-312, d'après une tradition locale qui paraît fondée.
[72]
Comptes de Jean Gautherin, châtelain d'Avallon, B. 2970, fol. 40 r°. — Beaucoup
d'autres travaux sont mentionnés pour éviter le retour d'une semblable
surprise.
[73]
Jean de Rye était à Avallon avec « neuf vingt-trois glaives », et trente sous
son étendard ; Jean de Châteauvillain avec trente hommes, Girard de Cusance,
quarante, etc. (Comptes de Vitel, B. 1408, fol. 48 ; Arch. de la Côte-d'Or, B.
369 ; Collection Bourgogne, t. 23, fol. 81).
[74]
Pierre d'Arembert reçut du duc, le 19 août, cent livres sur le péage de
Pontarlier, pour ses bons services à la guerre (Orig. Arch. du Doubs, B.
389, et Arch. du Pas-de-Calais, A. 89). Il est nommé Pierre « Alemand » dans un
acte du 10 août, lorsque le duc lui fit délivrer cent florins pour avoir un
coursier, d'après sa quittance scellée portant un lion (Orig., Arch. de
la Côte-d'Or, B. 383).
[75]
Orig., Arch. de la Côte-d'Or, B. 11734, sceau en cire rouge.
[76]
Mandement du 25 juillet, B. 11925, fol. 22 r°.
[77]
Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1410, fol. 67 et 68.
[78]
Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 59.
[79]
Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 57 v°.
[80]
Compte de Guillaume Broquart, châtelain de Montbard, B. 5308, fol. 12.
[81]
On a les deux quittances de Tamworth, 1° de 4.640 florins (Arch. de la
Côte-d'Or, B. 11.923, Cherest, l'Archiprêtre, p. 394) ; 2° de 416
florins, (Arch. de la Côte-d'Or, B. 340 ; pièce scellée en cire rouge ; voir
nos preuves ; écu au sautoir enclenché). D'autre part, le compte de
Vitel B. 1408, fol. 48, v°, porte une longue note reproduite par Cherest, l'Archiprêtre,
p. 132.
[82]
Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de l'Auxois, B. 2748.
[83]
Collection Bourgogne, t. 23, fol. 67. — Le 17 août 1360, le duc ne pouvant
payer les mille florins à Guillaume de Granson lui fit délivrer la forteresse
de Fresne-Saint-Mammès et cinq cents florins. (Bibl. nat., Collection
Bourgogne, t. 26, fol. 232.)
[84]
Arch.de la Côte-d'Or, B. 11.925, fol. 21, à la date du 26 juin.
[85]
Collection Bourgogne, t. 52, fol. 80, et t. 26, fol. 57.
[86]
Contrat passé à Argilly, Recueil de Peincedé, t. XXV, p. 6.
[87]
Actes du 23 août ; Recueil de Peincedé, t. II, p. 69, et du 23 août ;
Collection Bourgogne, t. 21, fol. 2. Jean Gautherin, châtelain d'Avallon,
s'occupa de la gestion de la terre de Pierre-Perthuis, jusqu'à la reprise du
domaine par Amé de Genève, auquel le duc lo restitua à la fin d'août (Comptes
d'Avallon, B. 2971).
[88]
Dimanche après Notre-Dame, en mi-août (16 août). Arch. de la Côte-d'Or, B
11.925, fol. 22 v°. On voit ailleurs que Jacques de Vienne reçut plus tard
6.000 florins de la comtesse-de Flandre, parce qu'il fut pris avec toute sa
route à Chariez (Arch. de la Côte-d'Or, B. 485 bis, fol. 3 v°).
[89]
26 août (Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.925, fol. 33 v°), — Richard de Bouembert
ne paraît pas lui-même négliger ses intérêts, car il reçoit quinze florins pour
porter l'argent- (Idem, B. 11.925, fol. 23 r°), et se fait donner
vingt-cinq florins « pour restor d'un cheval ».
[90]
Jacques était fils de Girard, seigneur de Saint-Remy, et avait seulement gardé
le nom de Baudoncourt ; il possédait par son mariage moitié de la terre de
Beire (Côte-d'Or). Baudoncourt, Haute-Saône, arr. Lure, canton Luxeuil. —
Saint-Remy, Haute-Saône, arr. Vesoul, canton Amance.
[91]
Comptes de Guillaume Broquart, de Montbard, B. 5308, fol. 5 à 9, et 12.
[92]
Philippe de Jaucourt, fils de Richard de Jaucourt, coseigneur de Vendeuvre,
Dolincourt, Baroville et de Marie de Villarnout, dans l'Avallonnais, fit son
testament et mourut, en 1390. — Voir nos Itinéraires et, comte de
Chastellux, Généalogie des Jaucourt, Bulletin de la Soc. de l'Yonne,
1878.
[93]
Le duc mande, le 15 août, au bailli de Dijon de payer, sur les exploits de son
bailliage, Jean d'Ampilly, son procureur, pour les frais d'informations sur les
délits et meurtres de Jacques de Baudoncourt et de Girard de Marey (Bibl. nat.,
Collection Bourgogne, t. 26, fol. 49).
[94]
Nous ne reproduirons pas toutes les mentions, en partie données par d'autres,
d'après l'Inventaire des Arch. de la Côte-d'Or ; Voir Finot, Recherches
sur les incursions des Anglais, p. 49 ; Cherest, l'Archiprêtre, p.
131.— Il faut lire toutes ces mentions dans le compte de Perrenot de
Sauvoigney, châtelain de Semur, B. 6202, fol. 14 et 25.
[95]
Actes du 16 décembre 1360 ; Collection Bourgogne, t. 26, p. 76, et du 29
décembre ; Idem, t. 26, fol. 49 r°.
[96]
Acte du 19 janvier 1361, donné à Rouvre ; Collection Bourgogne, t. 26, p. 49
r°. — Jean de Sainte-Croix, seigneur de Sauvoigney, s'était emparé de Beire, au
nom du duc, le 10 août 1360 (Comptes de Dimanche de Vitel, B. 4411, fol. 59
r°), d'après un mandement du 8 ordonnant au bailli d'Auxois de mettre à sa
disposition les hommes et les fonds nécessaires pour cette saisie (Collection
Bourgogne, t. 26, fol. 285).
[97]
Girard de Longchamp, Bertrand Gasch d'Alexandrie, Renaud de Beaufort et autres
étaient passés à Dijon du 11 au 17 août (Arch. de la Côte-d'Or, B. 359 ; B.
11.734 et B. 11.925, fol. 22 v°).
[98]
Comptes de Huguenin le Guinaut, châtelain de Lantenay, B. 5.042, fol. 24 r° et
32 v°.
[99]
Arch.de la Côte-d'Or, B. 11.928, fol. 22 v° ; acte du 18 août 1360.
[100]
Rémission de Charles V, Senlis, mars 1378. Les justiciables de l'évêque sont
exécutés et décapités, « pour ce qu'ils avaient traictié avec Guillempot,
capitaine d'une route de genz d'armes de compaignie, de lui bailler et faire
avoir le chastel de Montsaujon » (JJ. 444, n° 494, fol. 99 v°). Une singulière
confusion de M. Luce transforme Guillempot en Guillaume Pot.
[101]
Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1412, fol. 57.
[102]
Orig., Arch. du Doubs, B. 389, et Vidimus, Arch. du
Pas-de-Calais, A. 89. — Pour Pierre d'Arembert, chevalier allemand, voir Kervyn
de Lettenhove, Froissart, t. XIII, p. 277, et table.
[103]
Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 47 v°.
[104]
Comptes de Vitel, B. 4408, fol. 54.
[105]
Argilly, dernier septembre 1360, Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. XXV, fol.
59.