Situation des
compagnies sur la frontière septentrionale et au nord de la Bourgogne. —
Tentative sur Auxerre repoussée. — Déroute des garnisons anglaises
d'Aix-en-Othe et de Champlost à Troyes ; leur retraite à Régennes. —
Dispositions de Jacques de Vienne, capitaine des guerres, pour la défense des
places fortes. — Nombreuses revues. — Insécurité des routes ; le cardinal de
Talleyrand-Perigord volé en chemin par la garnison de Gyé. — Prise d'Auxerre
par Robert Knolles, Nicole Tamworth et autres. — Inquiétude dans le duché ;
forteresses mises en état de défense. — Embarras pour payer les gens d'armes
; démission de Jacques de Vienne comme capitaine général. — Difficulté de
toucher les tailles et impositions. — Sédition populaire à Dijon, incendie de
l'église des Jacobins, meurtre de Jean Rosier, conseiller de la reine et du
duc. — Jean de Montagu, sire de Sombernon, met les rebelles à la raison,
condamnation et exécution des principaux coupables, Laurent le peintre,
Adeline la chapellière, etc. — Départ de Robert Knolles de l'Auxerrois ;
train princier de sa femme Constance. — Régennes occupé par d'autres
compagnies. — Pillages dans les vallées de l'Yonne et de la Cure. — Tentative
avortée sur la forteresse de Voutenay. — Garnisons françaises de Maligny, Seignelay,
Merry-sur-Yonne ne se conduisant pas mieux que les compagnies. — Sauf-conduit
du roi d'Angleterre accordé à Jean de Noyers, comte de Joigny ; sa chevauchée
contre Eustache d'Auberchicourt à Pont-sur-Seine. — Défaite des Anglais. —
Résultat des guerres privées dans le Langrois. — Agnès et Marguerite, femme
de Girard et Guillaume de Marey livrent Brion-sur-Ource aux Anglo-Navarrais.
— Levée de troupes pour reprendre cette place ; attaque prématurée et défaite
des Bourguignons ; Mile, sire de Noyers, Eudes de Chaudenay et autres faits
prisonniers. — Emotion à la cour ducale après le combat de Brion. — Arrivée
de nouvelles troupes bourguignonnes et de recrues de Lorraine et d'Allemagne.
— Nicole Tamworth employé par le duc comme parlementaire. — Traité de la
Chassagne et évacuation de Brion. — Les compagnies en Mâconnais et en
Beaujolais. — Représailles contre les traîtres qui ont livré Brion. — Renvoi
en France de Jeanne, reine de Navarre, et de Marie, sa sœur. — Garnisons
bourguignonnes mal payées ; pillages et méfaits pour se ravitailler. —
Progrès de l'invasion du côté de la Champagne ; prise des Ricey, de
Bragelogne. — Jacques Wyn, le poursuivant d'amour, à Beaufort. — Broquard de
Fenestrange à Chaumont, Bar-sur-Seine. — Pillages dans le Nivernais. — Ravages
dans l'Avallonnais. — Episodes et mésaventures de divers personnages,
Bouchard, prêtre de Molème, Jean d'Ancy-le-Franc, Jacques de Serin, Jean et
Gui de Frolois, etc.
Au
moment où s'ouvrait l'année 1359, les régions occidentales de la Bourgogne,
comprenant le Nivernais, l'Auxerrois et le Tonnerrois, étaient en partie
occupées par l'ennemi, mais aucune des possessions ducales n'était
entièrement entamée. Au nord on était menacé par des compagnies qui tenaient
plusieurs places fortes en Champagne, et les guerres privées dont le Langrois
était le théâtre entretenaient un dangereux foyer d'agitation. Il importe de
suivre pas à pas les mouvements de ces invasions partielles avec des dates
certaines, pour éviter les anachronismes commis non seulement par les
chroniques mais aussi par leurs commentateurs. Après
diverses incursions dans l'Auxerrois, la garnison de Régennes entreprit une
sérieuse tentative sur Auxerre, et fut sur le point de s'emparer de cette
ville, le jeudi 10 janvier à l'entrée de nuit. En ce même moment l'évêque
Jean d'Auxois était à toute extrémité, et recevait les derniers sacrements en
présence des chanoines et du clergé qui entouraient, les armes à la main, le
lit du moribond. Cela n'empêcha pas les habitants de repousser
victorieusement les assaillants. On fit aussitôt abandonner tous les
établissements monastiques situés hors des murs de la ville, Saint-Amatre,
Saint-Julien, Saint-Gervais, Saint-Marien et les religieuses des Isles[1]. Cet
échec ne découragea pas les garnisons anglaises d'Aix-en-Othe et de
Champlost, qui deux jours plus tard (samedi 12 janvier) vinrent au nombre de quatre
cents hommes attaquer Troyes. Le comte de Vaudémont, capitaine de la place,
fit sortir les troupes de la ville et mit en pleine déroute les ennemis, dont
moitié furent tués ou faits prisonniers. Ceux qui parvinrent à s'échapper
regagnèrent Aix-en-Othe et Champlost pour y reprendre le butin précédemment
amassé, et décidèrent d'abandonner ces forteresses après y avoir mis le feu.
Tous vinrent se réfugier à Régennes, « et par ce, le chemin qui avoit esté
empeschié de Sens à Troies fu délivré »[2]. La
reine avait considérablement augmenté la garnison des places fortes de
l'Avallonnais. Dès la fin de décembre précédent, Jacques de Vienne, capitaine
général des guerres du duché avait commencé de recevoir « en
montre » les hommes d'armes qui se présentaient et dont le nombre
s'accroissait de jour en jour. Les châteaux de Semur, d'Avallon, de Montréal
et de Montbard étaient suffisamment pourvus, et de fréquents messages
donnaient avis des mouvements de l'ennemi[3]. D'après les listes fort
détaillées qui nous ont été conservées, on entretenait près de deux mille
hommes sur pied[4]. Les principaux chevaliers
bannerets de la province y figuraient : le maréchal Girard de Thurey, Hugues
de Montagu, sire de Couches, Jean et Pierre de Sombernon, Hugues de
Mont-Saint-Jean, Jean et Eudes de Chaudenay, Gui de Frolois, Guillaume de
Marigny, Gibaud de Mello, sire d'Epoisse, Thomas et Jean de Voudenay, Girard
de Bourbon, Mile de Noyers, Dreux de Mello, etc. Les féodaux du comté y
étaient aussi représentés, Guillaume d'Apremont, Hugues de Vienne, sire de
Communailles, Jean de Vaugrenant, le sire de Rahon, Estenevenot d'Oiselet,
Jean de Vienne, sire de Roulans, Jean de Champdivers, Jean et Thibaud de Rye,
Etienne de Montbéliard, Jean de Bourgogne, ce dernier ayant à lui seul près
de cent chevaliers, écuyers et hommes d'armes sous sa bannière. Ces
précautions ne mettaient pas les populations à l'abri des compagnies ; on
avait fait rentrer les habitants des villages dans les forteresses ; la reine
avait donné les mêmes instructions aux baillis du comté, et notamment à Jean
de Cusance, bailli d'amont, qui devait forcer les retrayants à se retirer
dans les enceintes fortifiées[5]. Si les terres restaient
incultes, les routes n'étaient pas sûres, et beaucoup de messages
n'arrivaient pas à destination. Le cardinal de Talleyrand-Périgord s'étant
entremis de négocier un accommodement de paix entre le régent et le roi de
Navarre, et n'ayant pu réussir, avait pris le parti de regagner Avignon, mais
il fut entièrement volé et pillé par la garnison de Gyé-sur-Seine, lors de
son passage près de cette localité ; c'est à grand peine qu'il put arriver
sain et sauf à Châtillon. La reine lui fit donner une escorte de vingt hommes
d'armes pour le ramener de Châtillon à Dijon[6]. Le 29 mars, une autre escorte
dirigée par les maîtres d'hôtel du duc conduisit le prélat de Dijon à Chalon[7]. Cette attaque à main armée contre
un parlementaire muni de sauf-conduits, cette violation des droits que les
belligérants ne peuvent enfreindre sans félonie, excita l'indignation
générale, et la reine s'entremit pour faire rendre gorge aux pillards. Le
bailli de la Montagne et Hugues de Pontailler furent à différentes reprises
envoyés à Gyé, pour demander restitution des biens volés ; réponse en fut
donnée à la reine à Rouvre, ainsi qu'au cardinal de Périgord, qui attendait à
Chalon le résultat de ces démarches heureusement couronnées de succès[8]. Mais de
plus sérieux et de plus graves événements excitaient les perplexités du
conseil ducal. Deux courriers partis d'Auxerre avaient appris la prise de
cette ville dans la nuit du dimanche 10 mars. Les garnisons anglaises de
Régennes et des environs, commandées par Robert Knolles, Thomas Fogg,
sénéchal de Bordeaux, Nicole Tamworth et autres, avaient préparé ce hardi
coup de main[9]. Ce fait d'armes valut à Robert
Knolles les éperons de chevalerie, et ce capitaine, qui avait débuté comme
ouvrier tisserand, dut à ses pillages et à ses exactions une notoriété et une
fortune que sa modeste origine ne pouvait faire prévoir. Il
fallait parer au plus vite aux dangers qui de ce côté menaçaient le duché. De
Rouvre la reine expédia dans toutes les directions des messagers porteurs de
la fâcheuse nouvelle, avec ordre de veiller avec soin à la garde des places
fortes[10]. Des arbalétriers mandés dans
le comté furent adjoints aux troupes qui gardaient Dijon sous le commandement
de Guillaume d'Antully, bailli et capitaine de cette ville[11]. Le châtelain de Jussey eut
ordre de réparer le château, d'y amasser des vivres et de le défendre[12]. La garnison de
Villaines-en-Duesmois, dirigée par Jean de Pluvault, fut doublée ; on mura
les fenêtres avec de grosses pierres et on munit la place d'artillerie[13]. Partout on se mit en garde
contre les surprises de l'ennemi. Malheureusement
la pénurie du trésor ducal ne permettait pas de faire face à tant de
coûteuses dispositions. La paye des gens d'armes, qui était la plus urgente,
se faisait avec une extrême difficulté ; on promettait des fonds qui ne
venaient pas, les hommes refusaient le service ou se débandaient. C'est ici
que l'imprévoyance de la reine apparaît comme impardonnable. Comment trouver
des ressources pour assurer les services, lorsque le dernier jour de ce même
mois de mars, on était obligé d'emprunter au lombard Othenin de Galère,
fermier du bailliage de Mâcon et de la boite aux Lombards, une somme de cinq
cents florins « pour la nécessité de vivre de madame la reyne et de mes dames
ses filles de France »[14]. Plus tard quand viendra le
moment de payer Bertrand du Gasth et ses « brigans », pour avoir gardé les
péages de la Saône, il faudra lui abandonner les revenus de ces péages. Le plus
embarrassé de tous était le lieutenant de la reine, Jacques de Vienne,
capitaine général des guerres, qui, ne pouvant répondre aux exigences des
hommes qu'il avait sous ses ordres, fut obligé de donner sa démission, car
six semaines après, Guillaume de Blaisy lui ayant écrit à Avallon pour lui
mander de venir au secours de la ville de Châtillon menacée, Jacques de
Vienne répondit qu'il n'était plus capitaine, « y ayant renoncé, mais que la
royne et le consoil y mettroient bon remède »[15]. Vainement
on pressait la rentrée des contributions ; Robert Chauvel, maître et fermier
de la monnaie d'Auxonne, Guillaume Bertel, clerc de la chambre aux deniers de
la reine, Jean de Couchey, maître de la monnaie de Cuisery, n'épargnaient pas
leurs peines pour parer aux exigences de la situation, mais la rigueur que
les receveurs apportaient dans la perception des taxes produisait dans les
communautés importantes une certaine commotion. On a
déjà vu un prévôt de Châtillon-sur-Seine victime du mécontentement de la
population. A Dijon le désordre fut autrement sérieux, et l'indignation
populaire se traduisit par des actes beaucoup plus regrettables. Il y eut une
sédition, une véritable émeute dont les causes étaient diverses. Les années
précédentes, les élections municipales de la Saint-Jean-Baptiste avaient été
fort mouvementées ; l'immixtion des officiers de la cour ducale qui, comme
toujours, voulaient peser sur le choix des candidats, n'avait pas été
heureuse. Deux maires avaient été élus, et l'un d'eux était Hélie de
Bretenières, lieutenant du bailli ; de grands et vifs débats s'ensuivirent,
dans lesquels Anseau de Salins, seigneur de Montferrand, et Pierre Curet,
secrétaire de la reine, étaient intervenus. Philibert Paillart, bailli de
Dijon, fut provisoirement chargé de la garde de la mairie et préposé à la
levée des tailles[16] ; ses agents ne mirent pas
toute la discrétion exigée par l'exercice de leurs fonctions. Le mardi « après
Pasques communians », 23 avril, la révolte éclata. La population
surexcitée parcourut les rues de la ville en poussant de grands cris, mit le
feu à l'église des Jacobins, incendia plusieurs maisons des Frères Prêcheurs[17], pénétra la nuit dans la maison
de Jean Gautheron[18] et s'empara de Jean Rosier,
procureur et conseiller de la reine et du duc, souvent employé sans succès
pour l'établissement de la gabelle et autres impositions[19]. Une
telle révolte exigeait une vigoureuse répression, et la reine se rendit
aussitôt de Rouvre au château de Talant pour donner des ordres à ce sujet. Le
30 avril, Jean de Sombernon passait la revue de quarante-six chevaliers et
écuyers pour faire justice des plus ardents meneurs de l'émeute[20]. Nous ne
connaissons pas tous les noms de ceux qui furent exécutés ou bannis ; il est
seulement établi que les femmes n'y furent pas moins féroces que les hommes,
comme le montrent trop souvent les révolutions. « Adeline la chapelière
fut arse »[21]. Laurent, le peintre, fut
exécuté au dit lieu, et ses biens meubles furent saisis et vendus à Huguenin
l'épicier, la somme de soixante-douze florins[22]. Sa maison, également
confisquée, fut vendue aux enchères par Dimanche de Vitel[23]. Ce Laurent, peintre et
enlumineur, est celui dont nous avons parlé ailleurs comme appartenant à une
famille d'artistes dijonnais, mais qui fut exécuté pour des démérites dont
nous ne connaissions ni la cause ni la gravité. Jouin le Feiriat, de Dijon,
un des émeutiers, fut emprisonné et le maire traita l'année suivante avec le
conseil ducal pour obtenir sa délivrance[24]. Des ecclésiastiques avaient
aussi figuré dans l'émeute. Jean Magni, clerc, ayant participé à
l'insurrection, avait été poursuivi devant le doyen du chapitre de la
chapelle ducale à Dijon, emprisonné et condamné à sept ans de réclusion au
pain et à l'eau ; il n'en fut délivré que par une lettre de rémission du roi
Jean, lors de son entrée en Bourgogne[25]. La
reine prit sous sa protection Jeannette de Bèze, veuve de Jean Rosier et
l'indemnisa de la perte de son mari. Plus tard, Jean le Bon se crut obligé à
plus de reconnaissance à l'égard d'un de ses conseillers tué à son service.
Il anoblit Jeannette, ainsi que son frère Garnier de Bèze, bourgeois de
Dijon, et sa femme Guillemette[26]. Après
la prise d'Auxerre, les Anglais avaient abattu les murailles, comblé les
fossés et brûlé les portes. Robert Knolles en sortit le mardi 30 avril,
emmenant sa part de butin à Châteauneuf-sur-Loire. Il se dirigea vers la
Bretagne, laissant à Auxerre sa femme Constance, qui obtint l'année suivante
un sauf-conduit d'Edouard III pour aller le rejoindre. On peut juger des
richesses amassées par le pillard, d'après le train dont se faisait suivre
Constance, véritable princesse, accompagnée de vingt hommes d'armes et de
quarante arbalétriers à cheval, et, pour comble de prévenances, le roi
d'Angleterre mettait à sa disposition plusieurs navires afin de lui permettre
de traverser la mer[27]. Régennes
resta toujours occupé par une garnison, qui revenait fréquemment à Auxerre
chercher des vivres et le produit du pillage laissé en dépôt. D'autres
compagnies ennemies, comme celle de Ligny, continuaient le cours de leurs
brigandages dans la contrée ; la Motte de Champlay, appartenant à Gui de
Valéry, servait de repaire à une autre bande. Les habitants de Vermanton
furent, comme l'année précédente, plusieurs fois rançonnés par la garnison de
Ligny ; le fort de Bétry, qui protégeait cette bourgade, fut entièrement
détruit et n'a jamais été relevé de ses ruines. Le monastère de Reigny
n'échappa point au pillage ; dix-huit métairies appartenant aux religieux
furent réduites en cendres ; l'abbé, qui s'était réfugié dans la forteresse
de Vermanton, fut emmené prisonnier et ne put se racheter qu'au prix d'une
grosse rançon. L'abbaye des Echarlis subit le même sort, et ses moines
cherchèrent une retraite à Villeneuve-sur-Yonne, où ils séjournèrent
plusieurs années. Les
révélations d'un prisonnier faites à Jacques de Vienne, lieutenant de la
reine, apprirent que Dreux Phélise, capitaine du château de Voutenay, avait
fait marché pour livrer cette forteresse moyennant finance aux garnisons de
Régennes et de Ligny. Le château devait être livré le dimanche de la
mi-carême 1359, mais, sur l'ordre du gouverneur de Bourgogne, on fit entrer
huit jours auparavant Geofroi du Bouchet qui investit la place avec ses gens
d'armes, et les projets du capitaine Phélise furent déjoués[28]. Les
châteaux de Seignelay, de Maligny, de Saint-Maurice-Thizouailles servaient de
refuge aux habitants des villages voisins, et ceux-ci avaient, eux-mêmes
besoin de vivre et de battre la campagne pour s'approvisionner. Ces
malheureux, obligés de rester dans des domaines qu'ils ne pouvaient cultiver,
étaient dépouillés par les maraudeurs de tous les partis. De là, des lettres
de rémission sans nombre accordées aux uns et aux autres pour des exactions
qu'on n'avait pas le pouvoir d'empêcher. Gaucher, seigneur de Seignelay, fut
absous, ainsi que son écuyer Jean de Fougeray, des actes de violence commis
par lui pendant la guerre[29]. Oudin de Varennes, commandant
la garnison française de Maison-Fort, entre Saint-Verain-des-Bois et
Saint-Amand en Puisaye, ravitaillait ses hommes aux dépens des campagnes, et
commettait « pillaiges, roberies, ravissements de fames, embrasements de
maisons ou ediffices et autres meffaits »[30]. Gui de Valéry, seigneur de
Champlay, se livrait à de semblables excès à Ratilly en Puisaye[31]. Des lettres de rémission sont
concédées à Guillaume, seigneur d'Esnon, chevalier, pour crimes commis
pendant cette période[32] ; à Jean et Philippe de
Merry-sur-Yonne, qui avaient enlevé des bestiaux, des fourrages et des grains
afin de ravitailler leur château de Merry, et aussi pour alliance avec
l'ennemi, ravissement de filles pucelles, femmes mariées, pillages d'églises,
vols de vases sacrés et sacrilèges[33]. Les routes étaient si peu
sûres que personne n'osait sortir ; Erard de Racine, voulant forcer son valet
à faire le guet au château de Venisy, le tua d'un coup de poignard parce
qu'il refusait ce service par crainte de l'ennemi[34]. L'ancien
gouverneur du duché, Jean de Noyers, comte de Joigny, après avoir séjourné à
Troyes pour se guérir de ses blessures, s'était rendu prisonnier à Londres,
conformément à ses engagements, et avait obtenu du roi d'Angleterre un
sauf-conduit et une autorisation pour se rendre en France, par des lettres
données le 14 février 1359 et confirmées en mai de la même année[35]. Ce vaillant chevalier allait
utiliser la liberté momentanée qui lui était concédée, car il nourrissait de
terribles projets de vengeance contre Eustache d'Auberchicourt, l'un des
auteurs de son échec et de sa captivité lors de la funeste chevauchée qui
avait précédé la bataille de Poitiers. Il s'entendit avec Jean de Chalon,
Broquart de Fenestrange, le comte de Vaudémont et l'évêque de Troyes, qui
disposaient d'environ mille lances et de quinze cents brigands ; ces forces
réunies se dirigèrent vers Nogent-sur-Seine, où Auberchicourt avait depuis
longtemps établi son repaire. Ce dernier, prévenu de leur arrivée, était
sorti de la ville et s'avançait en rase campagne avec un nombre d'hommes bien
inférieur à celui des Français. La rencontre eut lieu « la vigile Saint-Jehan-Baptiste
», le 23 juin. Il y eut de part et d'autre des prouesses d'armes dont on peut
lire le détail dans Froissart ; mais après une lutte acharnée, les Anglais
succombèrent, en laissant sur le champ de bataille la plus grande partie des
leurs ; « et en firent messires Jehans de Chalon et li contes de Joni et leur
route tele desconfiture, que onques pies n'en escapa que tout ne demorassent
sur la place ». Eustache d’Auberchicourt, sérieusement blessé et fait
prisonnier, fut ramené à Troyes, où la population, indignée de ses méfaits et
de ses brigandages, l'eût impitoyablement massacré, sans la vigoureuse
résistance de ceux qui protégeaient la marche du captif. Dans le
Châtillonnais et dans le Langrois la situation empirait de jour en jour. Les
guerres privées entre Jean d'Igny et Girard de Marey, puis entre ce dernier
et Philippe de Bourgogne-Comté, avaient amené la participation de Jean de Neufchâtel-sur-le-Lac,
de Jean et Thibaud de Chauffour, et armé tous les seigneurs de la contrée,
dont plusieurs avaient fait appel aux Anglo-Navarrais et à des chefs de
compagnies. Le conseil ducal crut devoir prendre des précautions, et convoya
de ce côté Jean de Sombernon, capitaine général, après la répression de la
révolte de Dijon[36]. C'est à grand peine que l'on
put faire parvenir des courriers à Arc-en-Barrois, à Châteauvillain et à
Grancey pour mander ces seigneurs quinze jours après Pâques à Dijon[37]. Les habitants de Châtillon
effrayés menaçant d'abandonner le pays, Eudes de Grancey, seigneur de
Pierrepont, fils du sire de Grancey, fut mis en garnison dans cette ville[38], Guillaume de Cessey, à Vergy,
Jean de Pluvault à Villaines, et au mois de mai, Jean de Beneuvre, Jacques et
Jean d'Achey, ainsi que d'autres écuyers étaient chargés de contribuer à la
défense des places menacées[39]. Girard
de Marey s'était rendu à Brion, où ses intérêts l'appelaient, tout en
protestant qu'il n'avait pas l'intention de commettre des actes d'hostilité
dans le duché. II était en correspondance suivie avec le bailli de la
Montagne, qui transmettait ses lettres à la reine et lui en retournait les
réponses. Mais, malgré ses protestations, ses hommes ne se faisaient pas
scrupule de rançonner et de tuer les gens, de mettre le feu dans les
campagnes ; ils avaient même porté leurs ravages sur la terre d'Epailly,
appartenant aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, sous prétexte que ce
domaine ne relevait pas du duc, mais du roi ; ces exactions n'empêchaient pas
Girard de Marey de réclamer à la reine des lettres de sauf-conduit, qui lui
furent refusées à plusieurs fois par le bailli de la Montagne[40]. Dans
l'intervalle, les deux filles de feu Anseau de Brion, Agnès et Marguerite,
mariées à Girard et à Guillaume de Marey, avaient eu des pourparlers avec
l'ennemi et livré le château de Brion aux Anglo-Navarrais[41]. Si Girard avait été
d'intelligence avec sa femme pour cette trahison, il est certain que son
frère Guillaume en était innocent, car il figure parmi les seigneurs
bourguignons marchant sous la bannière de Girard de Longchamp, bailli de
Chalon. Bientôt
Girard de Marey, n'ayant plus rien à dissimuler de ses desseins, mettait à
rançon les habitants de Villiers-le-Duc, Vanvey, Villotte, Marigny, les
menaçant d'incendie, et, sur les observations que lui adressait le bailli,
répondait insolemment « qu'il le convenoit faire maintenant et autrefois »[42]. La
reine écrivit de nouveau à Jean de Bourgogne-Comté, pour lui mander de se
trouver en armes et chevaux avec les nobles qui devaient se réunir au
bailliage de la Montagne, « ou n'osoit nuls aler ne venir pour la doubtance
des ennemis estant environ Chastoillon »[43]. Nous ne savons trop quel était
en ce moment l'attitude de Jean de Bourgogne, qui n'avait - pas encore reçu
entière satisfaction pour ses revendications adressées ait duc ; il ne figure
pas plus que son beau-frère le sire de Châteauvillain dans les revues qui
suivent ; il était, paraît-il, absent et éloigné du pays. L'évêque de Langres
était lui-même sur la défensive comme tous les seigneurs de la région. Jean
de Chauffour occupait Gurgy-la-Ville, et les compagnies venaient de s'emparer
de la forte-maison des Riceys. Les protestations de plusieurs des personnages
qui faisaient mine de servir le duc ne devaient pas être sincères, et nous
reproduisons le récit un peu confus du comptable, qui constitue, comme dans
les notes précédentes, un fragment de chronique inédite[44]. On se
hâta de faire venir de l'artillerie et des munitions[45] ; on pressa l'arrivée des
recrues ; mais tous ces mouvements ne se faisaient pas assez activement, les
compagnies mieux organisées gagnaient du terrain. L'embarras
de la reine devait être extrême, car, dans le même moment, les troubles
survenus d'un autre côté nécessitaient l'intervention des troupes ducales.
Les baillis d'Aval et d'Amont, ainsi que Jean de Salins, châtelain de Bracon,
et diverses garnisons étaient allés dans la nuit du 17 au 18 juin « corre,
forfaire et bouter les feux sur le seigneur de Joux »[46]. On battait monnaie avec les
Juifs, et quinze d'entre eux étaient enfermés à Chalon, Pontailler, Salins ;
on ne les relâchait que moyennant finance. Guillaume de Chivres, châtelain
d'Argilly, était envoyé avec des gentilshommes et des troupes pour prendre
les lombards de Fondremand[47], qui furent emprisonnés au
château de Vergy[48]. A la
fin de juin il n'était arrivé qu'une faible partie des chevaliers mandés sur
les frontières du Châtillonnais ; les sires de Grancey-Pierrepont, de
Saffres, de Chaudenay, de Blaisy, de Mussy, et à leur tête le maréchal de
Bourgogne Girard de Thurey[49]. D'autres bannerets qui
chevauchaient dans le voisinage se joignirent à eux, et résolurent d'attaquer
Brion sans attendre l'arrivée des autres contingents qui s'acheminaient dans
cette direction. Cette détermination hâtive leur coûta cher, car ils
ignoraient la supériorité numérique des forces qu'ils avaient à combattre.
D'après l'avis du bailli de la Montagne, dont on n'avait pas suffisamment
tenu compte, les compagnies anglo-navarraises « croissaient grandement
de jour en jour ». Les garnisons de Ligny-le-Châtel, Régennes, Gyé-sur-Seine
étaient accourues porter secours à celles de Brion menacées, et nous
retrouverons tout à l'heure les noms de leurs capitaines. Le
mardi 2 juillet[50], ce ne fut pas une bataille
mais un sérieux combat qui s'engagea sous les murs de Brion, dont l'enceinte
recélait un nombre de combattants dont les assaillants ne soupçonnaient pas
l'importance. Les Bourguignons furent entièrement battus et lâchèrent pied
pour éviter un plus grand désastre. Guillaume, frère de Girard de Marey, qui
servait sous la bannière du bailli de Chalon, resta mort sur le champ de
bataille, expiant la faute de sa femme, et victime d'une trahison à laquelle
il n'avait point participé. L'attestation de ce fait fut donnée par le
maréchal de Thurey : l'acte est conservé dans nos archives[51]. Mile,
seigneur de Noyers, à peine libéré de sa rançon de Poitiers, eut encore la
mauvaise fortune de tomber aux mains de deux Anglais, Robert Salle, écuyer de
chambre du roi d'Angleterre, et Guillaume Aumale. Un autre chevalier
appartenant à une de nos grandes familles féodales, Eudes de Chaudenay, subit
le même sort. Plusieurs, comme Guillaume Buignot, qui servait « en la
besoingne devant Brion », en furent quittes pour la perte de leurs
bagages et de leurs chevaux. La
défaite de Brion produisit à la cour ducale une aussi grande commotion que la
journée de Poitiers. Les conseillers de la reine, épouvantés de l'évènement
et craignant de pires dangers, donnèrent des ordres pour faire marcher tous
les féodaux sur les frontières du Châtillonnais. Pendant tout ce mois de
juillet, les revues commencées le mois précédent se succédèrent sans
interruption, et la série entière de ces documents nous a été conservée[52]. On a publié aussi la
convocation des gentils hommes du comte qui furent mandes à cette chevauchée[53]. Malheureusement
ces troupes étaient arrivées trop tard, et on avait inutilement dégarni les
forteresses voisines de leurs garnisons. La liste détaillée des « montres »
permet de constater la supercherie de plusieurs des chevaliers et écuyers,
qui se faisaient inscrire sur deux ou trois rôles à quelques jours
d'intervalle, et touchaient ainsi une double ou triple paye. La
reine avait quitté Gray, et était venue s'installer à Montbard ainsi que le
duc, tous deux protégés par des forces respectables. Le capitaine-général des
guerres et son lieutenant, ne pouvant loger dans la ville, campaient avec
leurs hommes dans l'abbaye de Fontenay[54]. Le comte de Montfort et le
conseil ducal séjournèrent quelques jours près de la reine, avant de se
rendre à Châtillon, et après avoir pris les dispositions pour la sécurité des
châteaux voisins ; on s'empara de tous les engins de guerre que l'on put trouver
pour les envoyer devant Brion. Les
esprits étaient frappés d'un tel affolement, que l'on avait fait appel non
seulement à des Lorrains et à des Allemands, mais, chose plus étrange, à des
Anglais. L'étonnement redouble en voyant que celui qui devait les guider
était Nichole Tamworth, le complice de Robert Knolles à Régennes et à Auxerre.
C'est Nichole Tamworth qu'on allait opposer à Robert Knolles[55]. Il est probable que les
Dijonnais eux-mêmes ne virent pas sans inquiétude cette compagnie anglaise
hébergée aux frais du duc dans une hôtellerie de la ville. Mais ils
ignoraient que Tamworth était appelé comme interprète et parlementaire, pour
faciliter des négociations avec des gens dont on ne connaissait pas la langue
et avec lesquels on ne pouvait s'expliquer. Ceci prouve que les Anglais
n'étaient pas regardés comme responsables de l'échauffourée de Brion ;
l'indignation publique se portait tout entière sur Girard de Marey, Jacques
de Baudoncourt, sire de Beire, et leurs adhérents, lesquels, sous prétexte de
défendre des intérêts privés, avaient appelé à leur aide les bandes de
nationalités diverses qui ravageaient la contrée. Nichole Tamworth était l'ami
de Guillaume de Granson, sire de Sainte-Croix, originaire du pays de Vaud,
appartenant à une branche des Granson depuis longtemps attachée à la fortune
du roi d'Angleterre. Nous aurons trop souvent occasion de rencontrer ces
personnages, et de constater combien leur intervention, acceptée ou
recherchée par le gouvernement de la reine, a été funeste aux intérêts de
notre province. En ce
moment, la perte des ennemis logés à Brion eût été certaine, et la place ne
pouvait résister aux deux ou trois mille hommes qui allaient l'assaillir. La
prise de Nogent-sur-Seine et la déconfiture d'Eustache d'Auberchicourt,
annoncée peu de jours auparavant[56], devait inspirer de sérieuses
réflexions. Deux jours après l'arrivée de Tamaworth, le 23 juillet 1359, fut
signé à la Chassagne, entre Brion et Châtillon, un traité qui était une
simple capitulation, ne subordonnant l'engagement des deux partis à aucune
condition. Jean de Neufchâtel-sur-le-Lac et Girard de Marey, maréchal de
Navarre, signant l'accord au nom de leur maître Charles le Mauvais, rendaient
la maison de Brion, et s'engageaient simplement « à ne plus meffaire sur les
terres du duc et de la reine sa mère ». Ils donnaient pour garants le
fameux Robert Knolles, capitaine de Régennes. Guillaume de Starqui, capitaine
de Ligny-le-Châtel, Aimé d'Arundel, Jean de Harleston et divers chefs de
bandes qui ne nous intéressent pas. Les chevaliers principaux des deux
Bourgogne, cités précédemment, figurent presque tous dans cet acte à la suite
de Jacques de Vienne et du maréchal de Thurey, représentant le duc et son
conseil. Les uns et les autres devaient se prévenir un mois d'avance en cas
d'hostilité, et se réservaient de servir ailleurs où il leur plairait[57]. Par une
omission inexcusable de la part des Bourguignons, mais calculée de la part
des Anglo-Navarrais, il n'était pas dit un mot des prisonniers. Le fait avait
cependant son importance, car ceux qui détenaient les captifs espéraient en
tirer bon profit. Robert Salle avait emmené Mile de Noyers et Eudes de
Chaudenay, et les rudoyait jusqu'à les menacer de mort. Après en avoir obtenu
la promesse d'une grosse rançon, il avait établi comme procureur Jacques Wyn « le
porsigant d'amour », issu des anciens princes de Galles[58], qui avait remplacé Pierre
d'Audley comme châtelain de Beaufort, au nom du duc de Lancastre. Le sire de
Noyers s'était engagé à payer une somme de sept mille mailles d'or de
Florence en quatre termes dans l'église Saint-Thomas de Londres. En cas de non-paiement
de l'un des termes, Mile ou son frère Erard, seigneur de Montcornet,
chevalier, devaient se constituer prisonniers à Calais ; à leur défaut, ils
auraient droit de fournir deux bannerets ayant chacun deux mille livres de
rente en terres et six chevaux ; le comte de Joigny et le seigneur d'Epoisse
se rendirent garants de cet engagement[59]. Jacques
Wyn, le poursuivant d'amour, était également fondé de pouvoir de Robert Salle
et dépositaire de l'obligation d'Eudes de Chaudenay, qui s'était engagé à
payer cinq cents deniers d'or au mouton dans l'espace de cinq semaines, e en
avait donné des lettres de reconnaissance à l'hôpital de Bures, le 8
septembre 1359[60]. Les
Bourguignons tinrent leur promesse, et n'exercèrent de représailles que sur
l'un des principaux coupables ; le maire de Brion, qui avait, conjointement
avec les dames du lieu, pris part à la trahison, fut saisi, emprisonné et «
exécuté pour ses démérites ». On possède l'inventaire des biens du maire de
Brion, qui furent confisqués et vendus après l'exécution du possesseur[61]. Milot des Orgues, clerc de
Girard de Marey, ayant été capturé près de Villaines, le châtelain Euvrard de
Nesle reçut ordre de l'élargir et de lui donner congé[62]. L'accord
de la Chassagne éloignait pour un temps les combattants de Brion, et
épargnait à nos frontières les menaces de ce dangereux voisinage, mais
n'entravait en rien leur marche dans une autre direction. Ces compagnies se
dirigèrent en effet dans le Mâconnais et le Beaujolais, car quelques jours
après le traité, le comte de Savoie était obligé de porter secours au sire de
Beaujeu dont le château était menacé par les Anglo-Navarrais[63] ; Geofroi de Saint-Amour,
bailli de Saint-Trivier, y amena de son côté le renfort de la garnison[64], ainsi que le bâtard de
Rougemont, Jean de Saint-Didier et autres, qui accoururent avec les gens
d'armes de la forteresse de Bagé[65]. De
Montbard, la reine était venue s'installer à Argilly, où elle avait laissé
Jeanne de France, reine de Navarre, et sa sœur Marie. Mais comme la présence
de ces princesses donnait lieu à des propos fâcheux, depuis la lutte contre
les Navarrais, on résolut de les faire partir du duché, et le 24 septembre,
on les conduisit sous bonne escorte dans l'Ile-de-France[66]. La reine, le duc et
mademoiselle de Bourgogne se rendirent ensuite à Auxonne, au mois d'octobre,
et Henri de Longvy, sire de Rahon, les accompagna avec vingt-deux hommes
d'armes, « pour aidier à garder l'onneur et l'estat de mesdites dames et
de la ville d'Auxonne[67] ». La
chevauchée de Brion avait coûté de grosses sommes, et les garnisons qu'il
fallait entretenir vivaient péniblement des ressources que la caisse ducale
leur livrait fort irrégulièrement. Les gens d'armes, obligés de se procurer
des vivres pour eux et leurs chevaux, faisaient main basse sur tout ce qu'ils
pouvaient trouver, et commettaient des méfaits qui rappelaient trop le
passage des compagnies. Hugues et Jean de Salins ayant été envoyés avec
plusieurs gentilshommes par Godefroy de Boulogne pour garder le château
d'Argilly, brisèrent les portes des granges pour prendre les avoines. Girard
de Cusance, qui les remplaça comme capitaine, avait à sa suite quarante-cinq
hommes « qui despandirent et gastèrent le demorant du foin »[68]. Il fallut envoyer un expert à
Argilly pour estimer les dégâts commis par ces malfaiteurs. — Le jour des
Bordes 1359, les gens de Hugues de Vienne brisèrent les portes et les
serrures des greniers de Sarry, pour prendre les fourrages et les grains dont
ils avaient besoin[69]. — Lorsqu'on voulut faire venir
à Dijon les avoines de Salives et de Saulx pour la dépense de l'hôtel de la
reine et du duc, le châtelain s'excusa en disant qu'il avait été dans
l'obligation de les livrer à la garnison envoyée à Saulx, qui menaçait de les
prendre de force[70]. Le
maréchal de Bourgogne ayant envoyé une compagnie pour garder le château de
Villaines-en-Duesmois, le châtelain Pierre de Chacenay refusa de la recevoir,
parce que Olivier de Jussy et le trésorier des guerres y avaient pourvu. On
avait d'excellentes raisons pour se priver de ses services, car on n'avait
pas d'argent pour solder les gens d'armes qui s'y trouvaient déjà, et l'on
n'avait même pas de quoi payer les façons de vignes. La reine recommanda
d'ajourner le paiement jusqu'à la réunion des Trois-Etats qui devait avoir
lieu à Dijon, le dimanche après la Saint-Vincent, et finalement on renonça à
faire cultiver les vignes, parce qu'on n'avait rien à donner aux vignerons et
que les ennemis étaient à Flavigny[71]. Eudes
de Grancey, fils de Robert, qui possédait, du chef de sa femme Alix d'Arcis,
les terres d'Ancy-le-Franc, Cusy, Pisy[72], avait mis une forte garnison
dans son château d'Ancy-le-Franc, avec Jacques de Loches comme capitaine,
pour le protéger contre les pillards, mais le ravitaillement de ses hommes ne
pouvait se faire qu'au préjudice des villages voisins. Un jour que ses gens
d'armes allaient chercher des vivres à Stigny, ils se rencontrèrent avec ceux
de la garnison bourguignonne de Grusy-le-Châtel, qui venait dans cette
localité pour motif semblable, et qui les poursuivit en criant : à mort ! à
mort ! Il en résulta une collision à la suite de laquelle il y eut plusieurs
blessés, diverses maisons de Stigny brûlées, et pillage dans les caves et
dans les greniers[73]. — Un grand seigneur comme Gilles,
seigneur de Maligny-en-Auxerrois, ne se faisait pas scrupule de voler trente
chevaux à des charretiers qui conduisaient à Paris des vins destinés au roi[74]. Il
était indispensable de se tenir sur ses gardes et de protéger le pays contre
l'invasion, alors que les trêves de Bordeaux prenaient fin et que la rupture
des négociations entre la France et l'Angleterre ajournait toute espérance de
paix. Cela faisait parfaitement l'affaire des compagnies, car à cette époque,
privilégiée pour les chevaliers d'aventure, ceux qui s'étaient engagés à ne
plus guerroyer au nom du roi de Navarre trouvaient une excellente occasion de
se rallier au roi d'Angleterre. A la
fin de 1359, l'invasion avait fait de grands progrès du côté de la Champagne.
Albrecht occupait toujours le poste de Gyé-sur-Seine. Les garnisons ennemies
s'étaient emparées des Riceys et de Bragelonne, ce qui leur permettait de
correspondre avec Guillaume Star qui à Ligny-le-Châtel. Wyn, le poursuivant
d'amour, tenait Beaufort sous sa domination. Dans son voisinage, Rosnay,
Montéclair, « Vachey » et autres forteresses menaçaient Chaumont ; Jean de
Tintry, bailli de cette ville, signalait les mouvements de Jean de Neufchâtel
et de Broquard de Fenestrange, et, pour éviter leur approche, faisait
détruire les maisons des faubourgs où les troupes auraient pu loger, abattre
la tour d'Auteville, diverses maisons, et notamment celle de « Jehan de
Saissefontaine appelée Aultremont[75] ». Bar-sur-Seine avait été
surpris et occupé par l'ennemi au moment où Broquart de Fenestrange était
dans ces parages, et plusieurs des habitants de la ville avaient été
réquisitionnés pour le transport des vivres et des munitions[76]. Toutes ces garnisons, y
compris celle de Régennes, étaient en communication constante, et se
réunissaient volontiers à Molème « ou estoit lors la grant compaignie des
dits ennemis[77] ». La
situation n'était pas meilleure dans le Nivernais et l'Auxerrois. Au moment
où Arnaud de Cervole, l'Archiprêtre, allait être relevé dans le comté
de Nevers d'une charge dont il s'était assez mal acquitté, il avait gardé la
main sur plusieurs châteaux-forts de son ancien commandement, Cosne, la
Motte-Josserand, près de Donzy[78], Bléneau,
Dannemarie-en-Puisaye, sous prétexte que les gens d'armes à sa solde
n'avaient pas été payés ; il entendait ne s'en dessaisir que contre le
remboursement des créances qu'il réclamait[79]. La comtesse Marguerite, fille
de Philippe le Long, avait fait un mauvais placement de sa confiance en
choisissant un tel gérant de ses intérêts, qui rendait à son successeur
Charles de Poitiers toute administration impossible. Car, ce qui n'a pas été
dit, c'est que les lieutenants préposés par l'Archiprêtre dans ces divers
postes commirent, au nom de leur chef et en son absence, les plus
inqualifiables forfaits. Ce ne fut plus bientôt quatre châteaux mais dix
forteresses qui tombèrent en leur pouvoir, et les habitants des pays voisins
eurent tellement à souffrir des excès de ces troupes qu'ils furent la
plupart, comme ceux d'Avigneau, obligés d'abandonner les villages[80]. Ce ne
sont plus seulement des Anglais et des Navarrais, mais des Gascons, des
Basques, des Aragonais, méridionaux et routiers de nationalités diverses, qui
envahissent toute la région, et qui, campés d'abord à Corvol-l'Orgueilleux,
prennent position sur le cours supérieur de l'Yonne, et ensuite dans la
vallée de la Cure ; ces bandes s'empareront bientôt de Saint-Révérien, de
Lormes, de Pierre-Perthuis, qui sera plusieurs fois pris et repris[81]. Garciot du Chastel, l'un des
principaux chefs, promet bien de quitter le pays, moyennant une somme modérée
de cinq mille florins, promise par les Nivernais, avec l'intervention de Jean
d'Armagnac, son compatriote, mais après lui d'autres bandes, qui ne se
croient pas du tout liées par cet engagement, continuent le cours des
déprédations. Aussi
a-t-on envoyé à Avallon et sur les frontières du Nivernais la plus grande
partie des troupes dont on pouvait disposer. Les listes de revues relatent
dix-sept cents noms de chevaliers bannerets, bacheliers ou écuyers[82], et même des gens d'armes
nommés « brigans », au nombre de plus de deux cents, sous la conduite de
Bertrand Gasch, d'Alexandrie. Ce personnage joue un rôle important, et la
reine, par une lettre datée d'Auxonne, le 17 décembre, déclare « qu'elle est
moult contente de ses services..., il nous a donné à entendre que l'en li
doit grant somme de deniers pour les gaiges de lui et de ses compaignons,
dont les éleuz des finances du païs de B. ne li veulent faire aucune
satisfaction ». On voit qu'il n'était pas plus favorisé que les autres
capitaines, mais la reine ordonne de lui faire payer deux cents florins sans
aucun retard[83]. Indifférents
aux fléaux divers qui accablent le pays, les gens d'armes étrangers qui
sillonnent le duché contribuent pour une large part à la dépopulation et à la
désertion des campagnes ; ils emmènent les laboureurs, les femmes, les jeunes
gens et même les enfants, qu'ils utilisent pour leurs services. Les uns et
les autres sont obligés de les suivre dans des pays lointains. Les prêtres,
les moines et les clercs sont employés comme écrivains et secrétaires. Les
registres du trésor en fournissent de nombreux exemples, et la détention de
ces prisonniers donne parfois lieu à de touchants épisodes. Comment
ne pas être ému de compassion en lisant le récit des tribulations et des
infortunes de ce pauvre prêtre de Molème, Bouchard, promené pendant plusieurs
années de garnison en garnison, incarcéré une première fois à Nogent, puis à
Pont-sur-Seine, condamné à payer une rançon qu'il lui était impossible de
trouver, et de suivre ses geôliers pour n'être point mis à mort. Gomme les
fréquents changements de résidence et de garnison l'empêchaient d'assister au
service de la messe, il demanda à écrire les lettres du capitaine, au lieu de
l'accompagner dans ses chevauchées. Quand le terme de sa captivité fut
arrivé, les Anglais, craignant de le voir partir, le retinrent en prison les
fers aux pieds, au pain et à l'eau, pendant sept semaines, le menaçant de mort
s'il ne payait une rançon de cinquante moutons d'or. Ils le relâchèrent
enfin, sans lui donner de sauf-conduit. Le pauvre homme atteint de remords,
assez peu justifiés, pour avoir manqué aux offices divins dans de semblables
circonstances, « ce qui mettait son âme en grant péril », résolut d'aller
trouver le pape à Avignon pour en obtenir l'absolution. Chemin faisant, il
est repris par une compagnie ennemie, entre Auxerre et Saint-Bris, conduit à
Régennes, de Régennes à Ligny-le-Châtel, et de Ligny à l'abbaye de Molème, où
la grande compagnie avait alors son principal repaire. Les Anglais, voyant
qu'il n'y avait plus rien à tirer du captif, le donnèrent à Guillaume Star
qui, capitaine de Ligny, qui lui fit jurer sur la sainte hostie, « sur le
corps de Dieu sacré sur l'ostel, que bien loyaument le serviroit de son
escripture » jusqu'aux fêtes de Noël de cette année. Enfin, délivré de
prison, Bouchard obtint l'absolution du confesseur du pape, et put, cette
fois sans remords de conscience, reprendre l'exercice de ses fonctions
sacerdotales[84]. Les
mésaventures de Jean d'Ancy-le-Franc ne sont pas moins lamentables. Ce
seigneur, descendant en ligne droite de la puissante maison de
Mont-Saint-Jean, dont celle d'Ancy-le-Franc était une branche, avait
longtemps guerroyé en Normandie sous l'étendard du duc d'Orléans, frère du
roi. Il eût la mauvaise fortune d'être fait quatre fois prisonnier, et
contraint de payer de lourdes rançons, qui le forcèrent d'aliéner la plus
grande partie de ses terres patrimoniales. Rien ne lui restait quand il fut
pris pour la quatrième fois ; on le conduisit en Angleterre, « ou il fu mis
et détenu ès fers en crueles prisons, esquelles il souffrit moult de paines
et de tourmens de son corps ». Ce supplice dura quatre années qu'il passa,
soit dans les fers, soit à faire le service de valet[85]. Son domaine d'Ancy-le-Franc
était depuis longtemps aliéné quand il rentra en France ; il ne lui restait
qu'une partie des fiefs de la Planche, vers Troyes, et de Saint-Liébaut, dont
sa veuve Agnès de Vouziers et ses enfants héritèrent. Jacques,
sire de Serin, près Auxerre, maître d'écurie du régent, ayant servi sous la
bannière des maréchaux de France, des sires de Beaujeu, de Nesle, de Clermont
et du comte de Poitiers, fut également quatre fois rançonné et reçut de
nombreuses blessures[86]. Les
seigneurs de Frolois furent particulièrement éprouvés et subirent des pertes
considérables. Jean de Frolois, ancien maréchal du duc Eudes IV, chargé de
dettes par suite des obligations de son service militaire, avait été obligé
de mettre en gage son argenterie et ses joyaux. Son fils Gui de Frolois, sire
de Molinot et d'Arcis, parvint à rentrer en possession d'une partie de ces
objets[87], mais ayant lui-même été fait
prisonnier et rançonné à plusieurs fois les années suivantes, il reçut plus
tard du duc Philippe le Hardi une somme de mille florins en considération de
ses services et de ses malheurs[88]. Parcourez les comptes de l'Avallonnais relatifs à cette triste époque[89] et lisez les détails des lamentables désastres occasionnés par ces hordes de pillards : Saint-Germain-de-Modéon est ruiné et le prieur dudit lieu est prisonnier ; — les moulins de Saint-Léger « sont ars de font en font par les Anglois » ; — Menade, Fiez, Fontenay, Sœuvre, Cure, Nuars sont déserts et ont été pillés par la garnison de Saint-Révérien ; — A Tharoiseau, à Précy-le-Mou « la plus grant partie des habitans estoient fuis, et li présens morèrent de faim » — Impossible de toucher les tailles à Charancy, Flez, Foissy, Vignol, Chalevron, soit parce que les villages sont en partie abandonnés, soit « pour la très grant poureté des présenz ». — Le châtelain lui-même « n'y est osé aler pour la doubtance des Anglois » ; les vignes restent incultes parce que les hommes qui les faisaient ont été pris et emmenés ; nulle part on ne trouverait un grain d'avoine, une « geline ». |
[1]
Voir Lebeuf, Histoire d'Auxerre, nouv. éd., t. I, p. 464 ; III, p. 218.
[2]
Grandes Chroniques, éd. P. Paris, t. VI, p. 147.
[3]
23 janvier 1359, lettre de Robin Chevel, messager de la reine à Jacques de
Vienne, à Avallon. — 29 janvier, lettre close de la reine à Henri de Vienne,
sire de Mirebel en Montagne, à Avallon. — Dernier janvier, lettres de la reine
étant à Dijon aux capitaines d'Avallon, Semur, Montréal, Montbard. — Lettres de
la même au comte de Montbéliard, au trésorier de Vesoul. — Autres lettres de 3
février, etc. (Comptes de Vitel, B. 1407, fol. 43).
[4]
Voir Bibl. nat., fr. nouv. acq., 1036, la collection des montres copiées par
dom Guillaume Aubrée, et Collection Bourgogne, t. 98, fol. 378-300. Dom
Plancher, t. II, p. 313-324, a publié seulement une partie des noms des gens
d'armes. Dans la copie de dom Aubrée, on trouve avec ces noms l'estimation des
chevaux et les indications des couleurs qui servaient à les désigner « cheval
noir, bay, fauve, gris pommelé, morel, blanc, brun bay, brun bay estelle, brun
bay veron, noir estelle, noir gris, rouge estelle, gris cendré, liait, cler
bay, rouge gris, bay rouge, blanc fauve, etc. »
[5]
Lettre de la reine, Dijon, 21 février 1359 ; Arch. du Doubs, B. 372.
[6]
Comptes de Guillaume de Blaisy, bailli de la Montagne ; Collection Bourgogne,
t. 107, fol. 134.
[7]
Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de Vitel, B. 1407, fol. 43.
[8]
« Mgr Hugues de Pontaillié, chevaliers, fut aussi avec ledit bailli de la
Montaigne à Gié plusieurs fois pour requérir et pourchacer la délivrance
d'aucuns des biens de mgr le cardinal de Pieregort, et furent à Chalon dire la
response audit cardinal, et à Rouvre à la reyne (Comptes du Châtillonnais ;
Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. 107, fol. 184). — Les Grandes
Chroniques, t. VI, p. 146, disent : « ledit cardinal fut pillié et robé de
grand avoir, mais despuis luy fut tout rendu, si comme l'on disoit. » Les
mentions ci-dessus complètent et éclaircissent l'incident cité par les Grandes
Chroniques.
[9]
Nous renvoyons à l'abbé Lebeuf, aux chroniques, et aux auteurs locaux pour les
détails connus de la prise d'Auxerre, sur laquelle nous n'aurions rien de
nouveau à signaler.
[10]
15 mars 1359 ; Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1407, fol. 43.
[11]
Recueil de Peincedé, t. II, p. 793-794.
[12]
Arch. de la Haute-Saône, H. 303.
[13]
Comptes de G. Brancion, châtelain de Villaines, B. 6554, fol. 41.
[14]
Comptes de Hugues de Vercels, bailli de Chalon, B. 3561.
[15]
Comptes du Châtillonnais ; Collection Bourgogne, t. CVII, fol 184.
[16]
Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1403, fol. 34 et 58.
[17]
Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de Vitel, B. 1407, fol. 21, 1 et 39 v° ; Arch.
nat., JJ. 91, n° 52.
[18]
Comptes de Vitel, B. 4408, fol. 39 v°.
[19]
Jean Rosier est souvent cité comme procureur à Chalon dans les comptes du
bailliage de cette ville, en 1350-1351 (B. 2278). Le 2 mai 1352, il est
procureur des seigneurs et des communautés pour comparaître devant la
commission du roi au sujet de l'imposition de six deniers pour livre (Recueil
de Peincedé, t. XVII, p. 10). — En novembre 1334, il assiste comme
procureur et conseiller du roi au Parlement de Beaune (Bibl. nat., Collection
Bourgogne, t. XXV, fol. 27 r°). — En 1355, il est envoyé à Sens et à Paris vers
le roi pour l'établissement de la gabelle et des huit deniers pour livre que
Jean le Bon voulait lever dans le duché (Comptes de Hugues de Vercels, bailli
de Chalon, B. 3561). — La même année, il prend part avec Richard de Corcelles
aux débats et à l'accord passé avec l'Hôpital et le chapitre de Beaune (Comptes
de Beaune, B. 3145, fol. 9). — En 1356, il est substitut du lieutenant du
gouverneur de Bourgogne Etienne de Musigny, alors que le gouverneur titulaire
Jean de Noyers-Joigny, blessé à Poitiers, ne peut exercer son office (Comptes
de Vitel, B. 1402, fol. 57). — Le 12 mai 1357, il écrit de Paris à la reine
pour annoncer les tentatives du comte de Savoie sur les châteaux de Cuisery et
de Sagy (Comptes de Vitel, B. 1402, fol. 54). — En novembre 1357, il assiste au
Parlement de Beaune (Arch. nat., JJ, 319, fol. 1). — Il est qualifié de sage en
droit en amodiant une maison qu'il possédait rue des Changeurs à Dijon ; il fut
choisi comme conseil d'Odard de Mipont, chevalier. Arch. de la Côte-d'Or. (Protocole
des notaires, B. 11.248). — Jean Rosier portait une rose dans son écu.
[20]
Bibl. nat., fr. nouv. acq., 1036, fol. 31 v°.
[21]
Comptes de Vitel, B. 1410, fol. 73 v°.
[22]
Comptes de Vitel, B. 1407, fol. 23.
[23]
Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des notaires, B. 11,248.
[24]
Comptes de Vitel, fol, 21, r°.
[25]
Dijon, décembre 1361 ; Arch. nat., JJ. 91, n° 52.
[26]
Jeannette de Bèze, veuve en premières noces de Hugonet Karesme-entrant,
bourgeois de Dijon, était mariée avec Jean Rosier avant le mois d'avril 1351,
car, à cette date, le second mari réclamait l'héritage du premier (Lettre du
roi Jean ; Arch. nat., JJ. 80, n° 316). Voir aussi d'Arbaumont, Les Anoblis
de Bourgogne et Armoriai de la Chambre des Comptes, p. 354.
[27]
Rymer, Fœdera, t. VI, p. 174.
[28]
Arch. nat., JJ. 97, fol. 88, n° 327.
[29]
Deux lettres de rémission de mai 1360 ; Arch. nat., JJ.89, n° 613 et JJ. 91, n°
14.
[30]
Rémission du roi Jean, 1361 avril ; Arch. nat., JJ. 91, n° 466.
[31]
Rémission du régent, 1375 juillet ; Arch. nat., JJ. 107, n° 167. Un des méfaits
de Gui de Valery était d'avoir enlevé une jeune fille de la maison de son père
et d'avoir abusé d'elle, « pour ce que l'on leur avoit dit que les Bretons
l'avoient tenue et cogneue charnellement ».
[32]
Rémission du roi Jean, 1361 juillet ; Arch. nat., JJ. 89, n° 645.
[33]
Rémission du roi Jean, Dijon, 1361 décembre ; Arch. nat., JJ. 91, n° 181. Voir
d'autres rémissions dans le catalogue d'actes. Il s'agit ici de Merry-sur-Yonne
et non de Marey, comme le croit Luce, du Guesclin, p. 471.
[34]
Rémission de mai 1360 ; Arch. nat., JJ. 90, n° 524.
[35]
Rymer, Fœdera, t. III, pars I, p. 164 et suiv. L'auteur le nomme Jean de
Newers, conte de Juny — Jean de Noyers, au moment de sa libération, avait
d'autres familiers qui tenaient prison pour lui, et qui reçurent plus tard des
sauf-conduits pour rentrer en France, le 21 juillet, 1359. On les trouve sur la
même liste avec les familiers du comte d'Auxerre, et un personnage dont le nom
est assez connu Gasse de la Bigne (Rymer, t. III, p. 183), — Un dernier
sauf-conduit fut délivré, le 12 mars 1360, à Henri Fauconnier, familier du
comte de Joigny (idem, p. 194). — Les auteurs de l'Art de vérifier les dates
commettent de singulières confusions dans l'article relatif à Jean de Noyers.
Ils le font battre par les Anglais, en 1353, dans une rencontre qu'ils ne
connaissent pas, et qu'ils confondent sans doute avec la chevauchée qui précéda
la bataille de Poitiers ; ils lui font faire une seconde chevauchée à Meaux, en
1358, alors qu'il était prisonnier à Londres, le confondant avec le sire de
Grancey (Granci) — corr. aussi Luce, Froissart, t. V, somm. p. LXVI, note 2, au sujet
de la filiation de Jean de Noyers. — D'autre part, Kervyn de Lettenhove,
Froissart, t. XXII, p. 6, prête à Mile, comte de Joigny, fils de Jean, des
actes qui ne peuvent être attribués qu'au père. Il faut savoir que Jean de
Noyers-Joigny, gouverneur de Bourgogne, était né en 1323, et mourut dos suites
de sus blessures à la bataille de Brignais, le 19 mai 1362, âgé de trente-huit
ans seulement.
[36]
Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408.
[37]
Comptes du Châtillonnais, Collection Bourgogne, t. 107, fol. 184.
[38]
Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1407.
[39]
Comptes du Châtillonnais, Collection Bourgogne, t. CVII, fol. 184.
[40]
Bibl. nat., Comptes du Châtillonnais, loc. cit.
[41]
Mémoire sur l'affaire de Brion ; Recueil de Peincedé, t. XXV, p. 497.
[42]
Bibl. nat., Comptes du Châtillonnais, loc. cit.
[43]
Bibl. nat., Comptes du Châtillonnais, loc. cit.
[44]
Bibl. nat., Comptes du Châtillonnais, loc. cit.
[45]
Comptes d'Aisey, B. 2059, fol. 116
[46]
Chevallier, Histoire de Poligny, t. I, p. 424.
[47]
Comptes de la châtellenie d'Argilly, B. 2149.
[48]
Comptes de Vergy, B. 6479, fol. 7 v°.
[49]
Le 22 juin, Girard de Thurey était encore à Dijon, et le 29, Eudes de Grancey
était à Châtillon : « XXIIe jour de juing LIX, lettres adressées hastivement à
la reyne à Gray, par Girart de Thurey, mareschal de B., qui estoit venuz à
Dijon au mandement de la reyne, pour aler ès parties de Chastoillon au devant
des annemis, et illec attendoit response » — « 29e jour de juin, lettres à la
royne à Gray du sire de Pierrepont qui estoit à Chastillon en garnison,
lesquelles furent envoiés à Dijon par le consoil et renvoiées à la royne, pour
ce qu'elles contenoient plusieurs choses sur le fait de mgr Girart de Mery
qu'estoit à Brion à gens d'armes... » (Comptes de Vitel, B. 1407, fol. 43). Le
maréchal avait quinze chevaliers sous sa bannière, le bailli de Chalon, dix ;
Eudes de Grancey, sire de Pierrepont, vingt-quatre, dont le seigneur de
Saffres, Jean et Emonin d'Avot, etc. ; Géofroi, Garnier et Guillaume de Blaisy,
trente-deux hommes, etc.
[50]
Recueil de Peincedé, t. XXIV, p. 47.
[51]
Acte du 26 juillet 1359.
[52]
Bibl. nat., fr. nouv. acq. 1036, fol. 37 et suiv. « Ce sont les monstres des
gens d'armes venus sur la frontière de Chastillon-sur-Seine, pour le fait de
Bryon. » Copie de dom Guillaume Aubrée. André de Morey, lieutenant du maréchal,
passe une partie des revues dans lesquelles paraissent Thomas et Jean de
Voudenay, Guillaume d'Antully, Jean et Etienne de Musigny, Gui de Frolois,
Girard de Cusance, Jean d'Estrabonne, Jacques et Henri de Vienne, Philibert de
Montagu-Couches, Jean de Rye, Hélie de Toulongeon, les sires de Grancey de
Vautravers, Salins, Vantoux, Sennecey, Villefrancon, Trainel, Ration,
Sombernon, etc.
[53]
Chevalier, Histoire de Poligny, t. I, p. 424.
[54]
Arch. de la Côte-d'Or. Comptes de Montbard, B. 5307, fol. 29.
[55]
Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 55.
[56]
La prise de Nogent-sur-Seine avait eu lieu la veille de la Saint-Jean-Baptiste,
23 juin, et le combat de Brion, le 2 juillet.
[57]
Le traité de la Chassagne est donné in ext. par Aimé Gherest, l'Archiprêtre,
p. 393-395.
[58]
Pour Wyn (Jean ou Jacques) voir Kervyn de Lettenhove, Froissart, tables.
[59]
Bibl. nat., Collection Moreau, t. 684, fol. 9-13 ; Rymer, Fœdera, supp.
mss. E. III, t. XI, n° 1. Ce dernier acte est de 1360 lundi avant Noël, mais il
est précédé par d'autres pièces données dans dom Plancher, t. II, p. 225-226 ;
voir aussi Les sires de Noyers, p. 180-181, pour une pièce du 18 février
1360. Six ans plus tard, Mile de Noyers était toujours prisonnier, et Edouard
III autorisait Robert Salle à traiter avec lui.
[60]
Bibl. nat., Collection Moreau, t. 684, p. 1-7 ; Rymer, Fœdera, supp.
mss. E. III, t. XI, n° 3. Eudes de Chaudenay était libre l'année suivante, car
le 18 mai 1360, le duc l'établit capitaine du château de Frolois aux
appointements de quatre cents florins (Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. 26,
fol. 198).
[61]
Comptes de Villaines-en-Duesmois, B. 6555, fol. 6 v°.
[62]
Comptes de Villaines-en-Duesmois, B. 6555, fol. 6 v°.
[63]
Comptes de la châtellenie de Pont-de-Vaux, B. 9170, rouleau, et comptes de
Châtillon-les-Dombes, B. 7586, rouleau.
[64]
Comptes de Saint-Trivier, B. 9956, rouleau.
[65]
Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de Bagé, B. 6785 et 6786, rouleaux.
[66]
Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1407, fol. 43.
[67]
Bibl. nat., portefeuille Decamps, t. 83, fol. 573.
[68]
Comptes de Guillaume de Chivres, châtelain d'Argilly, B. 2549.
[69]
Comptes du bailliage d'Auxois, B. 5402.
[70]
Mardi 14 janvier 1389 (1360) ; Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 39
v°.
[71]
Comptes de Villaines, B. 6555, fol. 24-25.
[72]
Alix d'Arcis, fille de Guillaume d'Arcis-sur-Aube, possédait ces terres du chef
de sa mère Reine d'Ancy-le-Franc, fille de Jean de Mont-Saint-Jean et d'Agnès
de Pacy-sur-Armançon.
[73]
Lettres de rémission de Charles V ; Vincennes, 15 mai 1376 ; Arch. nat., JJ.
109, n° 312, et novembre 1365 ; JJ. 107, n° 328.
[74]
Arch. nat., sect. jud. Xia
10, fol. 15-16 ; cité par Luce, du Guesclin, p. 341.
[75]
Rémission du roi Jean pour Jean de Tintry, Paris, mai 1361. Arch. nat., JJ. 89,
n° 616.
[76]
Rémission accordée à Jacques Munier, de Villemorien (Aube), par le roi Jean,
Villeneuve-lès-Avignon, février 1363 ; Arch. nat., JJ. 93, n° 154.
[77]
Rémission à un moine de Molème, par le roi Jean, Avignon, janvier 1363 ; Arch.
nat., JJ. 93, n° 140.
[78]
Et non la Motte-Josserand, près Auxerre, comme le croit Luce, du Guesclin, p.
508.
[79]
Arch. nat., JJ, 89, n° 517. Voir Cherest, l'Archiprêtre, p. 80-81.
[80]
Rémission du roi Jean, Paris, janvier 1361 ; Arch. nat., JJ. 89, n° 500. Voir
aussi, pour l'occupation du fort de Verrières, Arch. nat., JJ. 89, n° 547.
[81]
Arch. de la Côte-d'Or, Comptes d'Avallon, B. 2970, fol. 29 v°.
[82]
Voir la suite de ces montres, Bibl. nat., fr. nouv. acq. 1036, fol. 5-37, et
Collection Bourgogne, t. 98, fol. 378-500.
[83]
Orig., Arch. de la Côte-d'Or, B. 359. — Lettre écrite par Pierre Curet,
secrétaire de la reine, et quittance de Bertrand Gasch, du mercredi devant Noël
1359. Ce Bertrand Gasch était un lombard que nous rencontrerons fréquemment au
service de ceux qui le prenaient à leur solde. 11 apparaît quelques années plus
tard comme gouverneur du comté de Vertus, au nom de Galéas Visconti (Voir
Auguste Longnon, Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie, t.
II, pr. 568 M).
[84]
Arch. nat., JJ. 93, n° 130, fol. 53.
[85]
Lettre du roi Jean, Germigny-l'Evêque, Arch. nat., JJ. 95, n° 39.
[86]
Lettre de Charles, régent, octobre 1360 ; Arch. nat., JJ. 89, n° 443.
[87]
Orig., Arch. de la Côte-d'Or, B. 359 ; petit sceau en cire rouge.
[88]
Acte du 30 mars 1364, Arch. de la Côte-d'Or, B. 10925, fol. 37 v°.
[89]
Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de l'Avallonnais, B. 2970 et 2971.