HISTOIRE DES DUCS DE BOURGOGNE DE LA RACE CAPÉTIENNE

TOME NEUVIÈME ET DERNIER

 

CHAPITRE LX. — RAVAGES COMMIS PAR LES COMPAGNIES DE NATIONALITÉS DIVERSES - l'année 1359 entière.

 

 

Situation des compagnies sur la frontière septentrionale et au nord de la Bourgogne. — Tentative sur Auxerre repoussée. — Déroute des garnisons anglaises d'Aix-en-Othe et de Champlost à Troyes ; leur retraite à Régennes. — Dispositions de Jacques de Vienne, capitaine des guerres, pour la défense des places fortes. — Nombreuses revues. — Insécurité des routes ; le cardinal de Talleyrand-Perigord volé en chemin par la garnison de Gyé. — Prise d'Auxerre par Robert Knolles, Nicole Tamworth et autres. — Inquiétude dans le duché ; forteresses mises en état de défense. — Embarras pour payer les gens d'armes ; démission de Jacques de Vienne comme capitaine général. — Difficulté de toucher les tailles et impositions. — Sédition populaire à Dijon, incendie de l'église des Jacobins, meurtre de Jean Rosier, conseiller de la reine et du duc. — Jean de Montagu, sire de Sombernon, met les rebelles à la raison, condamnation et exécution des principaux coupables, Laurent le peintre, Adeline la chapellière, etc. — Départ de Robert Knolles de l'Auxerrois ; train princier de sa femme Constance. — Régennes occupé par d'autres compagnies. — Pillages dans les vallées de l'Yonne et de la Cure. — Tentative avortée sur la forteresse de Voutenay. — Garnisons françaises de Maligny, Seignelay, Merry-sur-Yonne ne se conduisant pas mieux que les compagnies. — Sauf-conduit du roi d'Angleterre accordé à Jean de Noyers, comte de Joigny ; sa chevauchée contre Eustache d'Auberchicourt à Pont-sur-Seine. — Défaite des Anglais. — Résultat des guerres privées dans le Langrois. — Agnès et Marguerite, femme de Girard et Guillaume de Marey livrent Brion-sur-Ource aux Anglo-Navarrais. — Levée de troupes pour reprendre cette place ; attaque prématurée et défaite des Bourguignons ; Mile, sire de Noyers, Eudes de Chaudenay et autres faits prisonniers. — Emotion à la cour ducale après le combat de Brion. — Arrivée de nouvelles troupes bourguignonnes et de recrues de Lorraine et d'Allemagne. — Nicole Tamworth employé par le duc comme parlementaire. — Traité de la Chassagne et évacuation de Brion. — Les compagnies en Mâconnais et en Beaujolais. — Représailles contre les traîtres qui ont livré Brion. — Renvoi en France de Jeanne, reine de Navarre, et de Marie, sa sœur. — Garnisons bourguignonnes mal payées ; pillages et méfaits pour se ravitailler. — Progrès de l'invasion du côté de la Champagne ; prise des Ricey, de Bragelogne. — Jacques Wyn, le poursuivant d'amour, à Beaufort. — Broquard de Fenestrange à Chaumont, Bar-sur-Seine. — Pillages dans le Nivernais. — Ravages dans l'Avallonnais. — Episodes et mésaventures de divers personnages, Bouchard, prêtre de Molème, Jean d'Ancy-le-Franc, Jacques de Serin, Jean et Gui de Frolois, etc.

 

Au moment où s'ouvrait l'année 1359, les régions occidentales de la Bourgogne, comprenant le Nivernais, l'Auxerrois et le Tonnerrois, étaient en partie occupées par l'ennemi, mais aucune des possessions ducales n'était entièrement entamée. Au nord on était menacé par des compagnies qui tenaient plusieurs places fortes en Champagne, et les guerres privées dont le Langrois était le théâtre entretenaient un dangereux foyer d'agitation. Il importe de suivre pas à pas les mouvements de ces invasions partielles avec des dates certaines, pour éviter les anachronismes commis non seulement par les chroniques mais aussi par leurs commentateurs.

Après diverses incursions dans l'Auxerrois, la garnison de Régennes entreprit une sérieuse tentative sur Auxerre, et fut sur le point de s'emparer de cette ville, le jeudi 10 janvier à l'entrée de nuit. En ce même moment l'évêque Jean d'Auxois était à toute extrémité, et recevait les derniers sacrements en présence des chanoines et du clergé qui entouraient, les armes à la main, le lit du moribond. Cela n'empêcha pas les habitants de repousser victorieusement les assaillants. On fit aussitôt abandonner tous les établissements monastiques situés hors des murs de la ville, Saint-Amatre, Saint-Julien, Saint-Gervais, Saint-Marien et les religieuses des Isles[1].

Cet échec ne découragea pas les garnisons anglaises d'Aix-en-Othe et de Champlost, qui deux jours plus tard (samedi 12 janvier) vinrent au nombre de quatre cents hommes attaquer Troyes. Le comte de Vaudémont, capitaine de la place, fit sortir les troupes de la ville et mit en pleine déroute les ennemis, dont moitié furent tués ou faits prisonniers. Ceux qui parvinrent à s'échapper regagnèrent Aix-en-Othe et Champlost pour y reprendre le butin précédemment amassé, et décidèrent d'abandonner ces forteresses après y avoir mis le feu. Tous vinrent se réfugier à Régennes, « et par ce, le chemin qui avoit esté empeschié de Sens à Troies fu délivré »[2].

La reine avait considérablement augmenté la garnison des places fortes de l'Avallonnais. Dès la fin de décembre précédent, Jacques de Vienne, capitaine général des guerres du duché avait commencé de recevoir « en montre » les hommes d'armes qui se présentaient et dont le nombre s'accroissait de jour en jour. Les châteaux de Semur, d'Avallon, de Montréal et de Montbard étaient suffisamment pourvus, et de fréquents messages donnaient avis des mouvements de l'ennemi[3]. D'après les listes fort détaillées qui nous ont été conservées, on entretenait près de deux mille hommes sur pied[4]. Les principaux chevaliers bannerets de la province y figuraient : le maréchal Girard de Thurey, Hugues de Montagu, sire de Couches, Jean et Pierre de Sombernon, Hugues de Mont-Saint-Jean, Jean et Eudes de Chaudenay, Gui de Frolois, Guillaume de Marigny, Gibaud de Mello, sire d'Epoisse, Thomas et Jean de Voudenay, Girard de Bourbon, Mile de Noyers, Dreux de Mello, etc. Les féodaux du comté y étaient aussi représentés, Guillaume d'Apremont, Hugues de Vienne, sire de Communailles, Jean de Vaugrenant, le sire de Rahon, Estenevenot d'Oiselet, Jean de Vienne, sire de Roulans, Jean de Champdivers, Jean et Thibaud de Rye, Etienne de Montbéliard, Jean de Bourgogne, ce dernier ayant à lui seul près de cent chevaliers, écuyers et hommes d'armes sous sa bannière.

Ces précautions ne mettaient pas les populations à l'abri des compagnies ; on avait fait rentrer les habitants des villages dans les forteresses ; la reine avait donné les mêmes instructions aux baillis du comté, et notamment à Jean de Cusance, bailli d'amont, qui devait forcer les retrayants à se retirer dans les enceintes fortifiées[5]. Si les terres restaient incultes, les routes n'étaient pas sûres, et beaucoup de messages n'arrivaient pas à destination. Le cardinal de Talleyrand-Périgord s'étant entremis de négocier un accommodement de paix entre le régent et le roi de Navarre, et n'ayant pu réussir, avait pris le parti de regagner Avignon, mais il fut entièrement volé et pillé par la garnison de Gyé-sur-Seine, lors de son passage près de cette localité ; c'est à grand peine qu'il put arriver sain et sauf à Châtillon. La reine lui fit donner une escorte de vingt hommes d'armes pour le ramener de Châtillon à Dijon[6]. Le 29 mars, une autre escorte dirigée par les maîtres d'hôtel du duc conduisit le prélat de Dijon à Chalon[7]. Cette attaque à main armée contre un parlementaire muni de sauf-conduits, cette violation des droits que les belligérants ne peuvent enfreindre sans félonie, excita l'indignation générale, et la reine s'entremit pour faire rendre gorge aux pillards. Le bailli de la Montagne et Hugues de Pontailler furent à différentes reprises envoyés à Gyé, pour demander restitution des biens volés ; réponse en fut donnée à la reine à Rouvre, ainsi qu'au cardinal de Périgord, qui attendait à Chalon le résultat de ces démarches heureusement couronnées de succès[8].

Mais de plus sérieux et de plus graves événements excitaient les perplexités du conseil ducal. Deux courriers partis d'Auxerre avaient appris la prise de cette ville dans la nuit du dimanche 10 mars. Les garnisons anglaises de Régennes et des environs, commandées par Robert Knolles, Thomas Fogg, sénéchal de Bordeaux, Nicole Tamworth et autres, avaient préparé ce hardi coup de main[9]. Ce fait d'armes valut à Robert Knolles les éperons de chevalerie, et ce capitaine, qui avait débuté comme ouvrier tisserand, dut à ses pillages et à ses exactions une notoriété et une fortune que sa modeste origine ne pouvait faire prévoir.

Il fallait parer au plus vite aux dangers qui de ce côté menaçaient le duché. De Rouvre la reine expédia dans toutes les directions des messagers porteurs de la fâcheuse nouvelle, avec ordre de veiller avec soin à la garde des places fortes[10]. Des arbalétriers mandés dans le comté furent adjoints aux troupes qui gardaient Dijon sous le commandement de Guillaume d'Antully, bailli et capitaine de cette ville[11]. Le châtelain de Jussey eut ordre de réparer le château, d'y amasser des vivres et de le défendre[12]. La garnison de Villaines-en-Duesmois, dirigée par Jean de Pluvault, fut doublée ; on mura les fenêtres avec de grosses pierres et on munit la place d'artillerie[13]. Partout on se mit en garde contre les surprises de l'ennemi.

Malheureusement la pénurie du trésor ducal ne permettait pas de faire face à tant de coûteuses dispositions. La paye des gens d'armes, qui était la plus urgente, se faisait avec une extrême difficulté ; on promettait des fonds qui ne venaient pas, les hommes refusaient le service ou se débandaient. C'est ici que l'imprévoyance de la reine apparaît comme impardonnable. Comment trouver des ressources pour assurer les services, lorsque le dernier jour de ce même mois de mars, on était obligé d'emprunter au lombard Othenin de Galère, fermier du bailliage de Mâcon et de la boite aux Lombards, une somme de cinq cents florins « pour la nécessité de vivre de madame la reyne et de mes dames ses filles de France »[14]. Plus tard quand viendra le moment de payer Bertrand du Gasth et ses « brigans », pour avoir gardé les péages de la Saône, il faudra lui abandonner les revenus de ces péages.

Le plus embarrassé de tous était le lieutenant de la reine, Jacques de Vienne, capitaine général des guerres, qui, ne pouvant répondre aux exigences des hommes qu'il avait sous ses ordres, fut obligé de donner sa démission, car six semaines après, Guillaume de Blaisy lui ayant écrit à Avallon pour lui mander de venir au secours de la ville de Châtillon menacée, Jacques de Vienne répondit qu'il n'était plus capitaine, « y ayant renoncé, mais que la royne et le consoil y mettroient bon remède »[15].

Vainement on pressait la rentrée des contributions ; Robert Chauvel, maître et fermier de la monnaie d'Auxonne, Guillaume Bertel, clerc de la chambre aux deniers de la reine, Jean de Couchey, maître de la monnaie de Cuisery, n'épargnaient pas leurs peines pour parer aux exigences de la situation, mais la rigueur que les receveurs apportaient dans la perception des taxes produisait dans les communautés importantes une certaine commotion.

On a déjà vu un prévôt de Châtillon-sur-Seine victime du mécontentement de la population. A Dijon le désordre fut autrement sérieux, et l'indignation populaire se traduisit par des actes beaucoup plus regrettables. Il y eut une sédition, une véritable émeute dont les causes étaient diverses. Les années précédentes, les élections municipales de la Saint-Jean-Baptiste avaient été fort mouvementées ; l'immixtion des officiers de la cour ducale qui, comme toujours, voulaient peser sur le choix des candidats, n'avait pas été heureuse. Deux maires avaient été élus, et l'un d'eux était Hélie de Bretenières, lieutenant du bailli ; de grands et vifs débats s'ensuivirent, dans lesquels Anseau de Salins, seigneur de Montferrand, et Pierre Curet, secrétaire de la reine, étaient intervenus. Philibert Paillart, bailli de Dijon, fut provisoirement chargé de la garde de la mairie et préposé à la levée des tailles[16] ; ses agents ne mirent pas toute la discrétion exigée par l'exercice de leurs fonctions. Le mardi « après Pasques communians », 23 avril, la révolte éclata. La population surexcitée parcourut les rues de la ville en poussant de grands cris, mit le feu à l'église des Jacobins, incendia plusieurs maisons des Frères Prêcheurs[17], pénétra la nuit dans la maison de Jean Gautheron[18] et s'empara de Jean Rosier, procureur et conseiller de la reine et du duc, souvent employé sans succès pour l'établissement de la gabelle et autres impositions[19].

Une telle révolte exigeait une vigoureuse répression, et la reine se rendit aussitôt de Rouvre au château de Talant pour donner des ordres à ce sujet. Le 30 avril, Jean de Sombernon passait la revue de quarante-six chevaliers et écuyers pour faire justice des plus ardents meneurs de l'émeute[20].

Nous ne connaissons pas tous les noms de ceux qui furent exécutés ou bannis ; il est seulement établi que les femmes n'y furent pas moins féroces que les hommes, comme le montrent trop souvent les révolutions. « Adeline la chapelière fut arse »[21]. Laurent, le peintre, fut exécuté au dit lieu, et ses biens meubles furent saisis et vendus à Huguenin l'épicier, la somme de soixante-douze florins[22]. Sa maison, également confisquée, fut vendue aux enchères par Dimanche de Vitel[23]. Ce Laurent, peintre et enlumineur, est celui dont nous avons parlé ailleurs comme appartenant à une famille d'artistes dijonnais, mais qui fut exécuté pour des démérites dont nous ne connaissions ni la cause ni la gravité. Jouin le Feiriat, de Dijon, un des émeutiers, fut emprisonné et le maire traita l'année suivante avec le conseil ducal pour obtenir sa délivrance[24]. Des ecclésiastiques avaient aussi figuré dans l'émeute. Jean Magni, clerc, ayant participé à l'insurrection, avait été poursuivi devant le doyen du chapitre de la chapelle ducale à Dijon, emprisonné et condamné à sept ans de réclusion au pain et à l'eau ; il n'en fut délivré que par une lettre de rémission du roi Jean, lors de son entrée en Bourgogne[25].

La reine prit sous sa protection Jeannette de Bèze, veuve de Jean Rosier et l'indemnisa de la perte de son mari. Plus tard, Jean le Bon se crut obligé à plus de reconnaissance à l'égard d'un de ses conseillers tué à son service. Il anoblit Jeannette, ainsi que son frère Garnier de Bèze, bourgeois de Dijon, et sa femme Guillemette[26].

Après la prise d'Auxerre, les Anglais avaient abattu les murailles, comblé les fossés et brûlé les portes. Robert Knolles en sortit le mardi 30 avril, emmenant sa part de butin à Châteauneuf-sur-Loire. Il se dirigea vers la Bretagne, laissant à Auxerre sa femme Constance, qui obtint l'année suivante un sauf-conduit d'Edouard III pour aller le rejoindre. On peut juger des richesses amassées par le pillard, d'après le train dont se faisait suivre Constance, véritable princesse, accompagnée de vingt hommes d'armes et de quarante arbalétriers à cheval, et, pour comble de prévenances, le roi d'Angleterre mettait à sa disposition plusieurs navires afin de lui permettre de traverser la mer[27].

Régennes resta toujours occupé par une garnison, qui revenait fréquemment à Auxerre chercher des vivres et le produit du pillage laissé en dépôt. D'autres compagnies ennemies, comme celle de Ligny, continuaient le cours de leurs brigandages dans la contrée ; la Motte de Champlay, appartenant à Gui de Valéry, servait de repaire à une autre bande. Les habitants de Vermanton furent, comme l'année précédente, plusieurs fois rançonnés par la garnison de Ligny ; le fort de Bétry, qui protégeait cette bourgade, fut entièrement détruit et n'a jamais été relevé de ses ruines. Le monastère de Reigny n'échappa point au pillage ; dix-huit métairies appartenant aux religieux furent réduites en cendres ; l'abbé, qui s'était réfugié dans la forteresse de Vermanton, fut emmené prisonnier et ne put se racheter qu'au prix d'une grosse rançon. L'abbaye des Echarlis subit le même sort, et ses moines cherchèrent une retraite à Villeneuve-sur-Yonne, où ils séjournèrent plusieurs années.

Les révélations d'un prisonnier faites à Jacques de Vienne, lieutenant de la reine, apprirent que Dreux Phélise, capitaine du château de Voutenay, avait fait marché pour livrer cette forteresse moyennant finance aux garnisons de Régennes et de Ligny. Le château devait être livré le dimanche de la mi-carême 1359, mais, sur l'ordre du gouverneur de Bourgogne, on fit entrer huit jours auparavant Geofroi du Bouchet qui investit la place avec ses gens d'armes, et les projets du capitaine Phélise furent déjoués[28].

Les châteaux de Seignelay, de Maligny, de Saint-Maurice-Thizouailles servaient de refuge aux habitants des villages voisins, et ceux-ci avaient, eux-mêmes besoin de vivre et de battre la campagne pour s'approvisionner. Ces malheureux, obligés de rester dans des domaines qu'ils ne pouvaient cultiver, étaient dépouillés par les maraudeurs de tous les partis. De là, des lettres de rémission sans nombre accordées aux uns et aux autres pour des exactions qu'on n'avait pas le pouvoir d'empêcher. Gaucher, seigneur de Seignelay, fut absous, ainsi que son écuyer Jean de Fougeray, des actes de violence commis par lui pendant la guerre[29]. Oudin de Varennes, commandant la garnison française de Maison-Fort, entre Saint-Verain-des-Bois et Saint-Amand en Puisaye, ravitaillait ses hommes aux dépens des campagnes, et commettait « pillaiges, roberies, ravissements de fames, embrasements de maisons ou ediffices et autres meffaits »[30]. Gui de Valéry, seigneur de Champlay, se livrait à de semblables excès à Ratilly en Puisaye[31]. Des lettres de rémission sont concédées à Guillaume, seigneur d'Esnon, chevalier, pour crimes commis pendant cette période[32] ; à Jean et Philippe de Merry-sur-Yonne, qui avaient enlevé des bestiaux, des fourrages et des grains afin de ravitailler leur château de Merry, et aussi pour alliance avec l'ennemi, ravissement de filles pucelles, femmes mariées, pillages d'églises, vols de vases sacrés et sacrilèges[33]. Les routes étaient si peu sûres que personne n'osait sortir ; Erard de Racine, voulant forcer son valet à faire le guet au château de Venisy, le tua d'un coup de poignard parce qu'il refusait ce service par crainte de l'ennemi[34].

L'ancien gouverneur du duché, Jean de Noyers, comte de Joigny, après avoir séjourné à Troyes pour se guérir de ses blessures, s'était rendu prisonnier à Londres, conformément à ses engagements, et avait obtenu du roi d'Angleterre un sauf-conduit et une autorisation pour se rendre en France, par des lettres données le 14 février 1359 et confirmées en mai de la même année[35]. Ce vaillant chevalier allait utiliser la liberté momentanée qui lui était concédée, car il nourrissait de terribles projets de vengeance contre Eustache d'Auberchicourt, l'un des auteurs de son échec et de sa captivité lors de la funeste chevauchée qui avait précédé la bataille de Poitiers. Il s'entendit avec Jean de Chalon, Broquart de Fenestrange, le comte de Vaudémont et l'évêque de Troyes, qui disposaient d'environ mille lances et de quinze cents brigands ; ces forces réunies se dirigèrent vers Nogent-sur-Seine, où Auberchicourt avait depuis longtemps établi son repaire. Ce dernier, prévenu de leur arrivée, était sorti de la ville et s'avançait en rase campagne avec un nombre d'hommes bien inférieur à celui des Français. La rencontre eut lieu « la vigile Saint-Jehan-Baptiste », le 23 juin. Il y eut de part et d'autre des prouesses d'armes dont on peut lire le détail dans Froissart ; mais après une lutte acharnée, les Anglais succombèrent, en laissant sur le champ de bataille la plus grande partie des leurs ; « et en firent messires Jehans de Chalon et li contes de Joni et leur route tele desconfiture, que onques pies n'en escapa que tout ne demorassent sur la place ». Eustache d’Auberchicourt, sérieusement blessé et fait prisonnier, fut ramené à Troyes, où la population, indignée de ses méfaits et de ses brigandages, l'eût impitoyablement massacré, sans la vigoureuse résistance de ceux qui protégeaient la marche du captif.

Dans le Châtillonnais et dans le Langrois la situation empirait de jour en jour. Les guerres privées entre Jean d'Igny et Girard de Marey, puis entre ce dernier et Philippe de Bourgogne-Comté, avaient amené la participation de Jean de Neufchâtel-sur-le-Lac, de Jean et Thibaud de Chauffour, et armé tous les seigneurs de la contrée, dont plusieurs avaient fait appel aux Anglo-Navarrais et à des chefs de compagnies. Le conseil ducal crut devoir prendre des précautions, et convoya de ce côté Jean de Sombernon, capitaine général, après la répression de la révolte de Dijon[36]. C'est à grand peine que l'on put faire parvenir des courriers à Arc-en-Barrois, à Châteauvillain et à Grancey pour mander ces seigneurs quinze jours après Pâques à Dijon[37]. Les habitants de Châtillon effrayés menaçant d'abandonner le pays, Eudes de Grancey, seigneur de Pierrepont, fils du sire de Grancey, fut mis en garnison dans cette ville[38], Guillaume de Cessey, à Vergy, Jean de Pluvault à Villaines, et au mois de mai, Jean de Beneuvre, Jacques et Jean d'Achey, ainsi que d'autres écuyers étaient chargés de contribuer à la défense des places menacées[39].

Girard de Marey s'était rendu à Brion, où ses intérêts l'appelaient, tout en protestant qu'il n'avait pas l'intention de commettre des actes d'hostilité dans le duché. II était en correspondance suivie avec le bailli de la Montagne, qui transmettait ses lettres à la reine et lui en retournait les réponses. Mais, malgré ses protestations, ses hommes ne se faisaient pas scrupule de rançonner et de tuer les gens, de mettre le feu dans les campagnes ; ils avaient même porté leurs ravages sur la terre d'Epailly, appartenant aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, sous prétexte que ce domaine ne relevait pas du duc, mais du roi ; ces exactions n'empêchaient pas Girard de Marey de réclamer à la reine des lettres de sauf-conduit, qui lui furent refusées à plusieurs fois par le bailli de la Montagne[40].

Dans l'intervalle, les deux filles de feu Anseau de Brion, Agnès et Marguerite, mariées à Girard et à Guillaume de Marey, avaient eu des pourparlers avec l'ennemi et livré le château de Brion aux Anglo-Navarrais[41]. Si Girard avait été d'intelligence avec sa femme pour cette trahison, il est certain que son frère Guillaume en était innocent, car il figure parmi les seigneurs bourguignons marchant sous la bannière de Girard de Longchamp, bailli de Chalon.

Bientôt Girard de Marey, n'ayant plus rien à dissimuler de ses desseins, mettait à rançon les habitants de Villiers-le-Duc, Vanvey, Villotte, Marigny, les menaçant d'incendie, et, sur les observations que lui adressait le bailli, répondait insolemment « qu'il le convenoit faire maintenant et autrefois »[42].

La reine écrivit de nouveau à Jean de Bourgogne-Comté, pour lui mander de se trouver en armes et chevaux avec les nobles qui devaient se réunir au bailliage de la Montagne, « ou n'osoit nuls aler ne venir pour la doubtance des ennemis estant environ Chastoillon »[43]. Nous ne savons trop quel était en ce moment l'attitude de Jean de Bourgogne, qui n'avait - pas encore reçu entière satisfaction pour ses revendications adressées ait duc ; il ne figure pas plus que son beau-frère le sire de Châteauvillain dans les revues qui suivent ; il était, paraît-il, absent et éloigné du pays. L'évêque de Langres était lui-même sur la défensive comme tous les seigneurs de la région. Jean de Chauffour occupait Gurgy-la-Ville, et les compagnies venaient de s'emparer de la forte-maison des Riceys. Les protestations de plusieurs des personnages qui faisaient mine de servir le duc ne devaient pas être sincères, et nous reproduisons le récit un peu confus du comptable, qui constitue, comme dans les notes précédentes, un fragment de chronique inédite[44].

On se hâta de faire venir de l'artillerie et des munitions[45] ; on pressa l'arrivée des recrues ; mais tous ces mouvements ne se faisaient pas assez activement, les compagnies mieux organisées gagnaient du terrain.

L'embarras de la reine devait être extrême, car, dans le même moment, les troubles survenus d'un autre côté nécessitaient l'intervention des troupes ducales. Les baillis d'Aval et d'Amont, ainsi que Jean de Salins, châtelain de Bracon, et diverses garnisons étaient allés dans la nuit du 17 au 18 juin « corre, forfaire et bouter les feux sur le seigneur de Joux »[46]. On battait monnaie avec les Juifs, et quinze d'entre eux étaient enfermés à Chalon, Pontailler, Salins ; on ne les relâchait que moyennant finance. Guillaume de Chivres, châtelain d'Argilly, était envoyé avec des gentilshommes et des troupes pour prendre les lombards de Fondremand[47], qui furent emprisonnés au château de Vergy[48].

A la fin de juin il n'était arrivé qu'une faible partie des chevaliers mandés sur les frontières du Châtillonnais ; les sires de Grancey-Pierrepont, de Saffres, de Chaudenay, de Blaisy, de Mussy, et à leur tête le maréchal de Bourgogne Girard de Thurey[49]. D'autres bannerets qui chevauchaient dans le voisinage se joignirent à eux, et résolurent d'attaquer Brion sans attendre l'arrivée des autres contingents qui s'acheminaient dans cette direction. Cette détermination hâtive leur coûta cher, car ils ignoraient la supériorité numérique des forces qu'ils avaient à combattre. D'après l'avis du bailli de la Montagne, dont on n'avait pas suffisamment tenu compte, les compagnies anglo-navarraises « croissaient grandement de jour en jour ». Les garnisons de Ligny-le-Châtel, Régennes, Gyé-sur-Seine étaient accourues porter secours à celles de Brion menacées, et nous retrouverons tout à l'heure les noms de leurs capitaines.

Le mardi 2 juillet[50], ce ne fut pas une bataille mais un sérieux combat qui s'engagea sous les murs de Brion, dont l'enceinte recélait un nombre de combattants dont les assaillants ne soupçonnaient pas l'importance. Les Bourguignons furent entièrement battus et lâchèrent pied pour éviter un plus grand désastre. Guillaume, frère de Girard de Marey, qui servait sous la bannière du bailli de Chalon, resta mort sur le champ de bataille, expiant la faute de sa femme, et victime d'une trahison à laquelle il n'avait point participé. L'attestation de ce fait fut donnée par le maréchal de Thurey : l'acte est conservé dans nos archives[51].

Mile, seigneur de Noyers, à peine libéré de sa rançon de Poitiers, eut encore la mauvaise fortune de tomber aux mains de deux Anglais, Robert Salle, écuyer de chambre du roi d'Angleterre, et Guillaume Aumale. Un autre chevalier appartenant à une de nos grandes familles féodales, Eudes de Chaudenay, subit le même sort. Plusieurs, comme Guillaume Buignot, qui servait « en la besoingne devant Brion », en furent quittes pour la perte de leurs bagages et de leurs chevaux.

La défaite de Brion produisit à la cour ducale une aussi grande commotion que la journée de Poitiers. Les conseillers de la reine, épouvantés de l'évènement et craignant de pires dangers, donnèrent des ordres pour faire marcher tous les féodaux sur les frontières du Châtillonnais. Pendant tout ce mois de juillet, les revues commencées le mois précédent se succédèrent sans interruption, et la série entière de ces documents nous a été conservée[52]. On a publié aussi la convocation des gentils hommes du comte qui furent mandes à cette chevauchée[53].

Malheureusement ces troupes étaient arrivées trop tard, et on avait inutilement dégarni les forteresses voisines de leurs garnisons. La liste détaillée des « montres » permet de constater la supercherie de plusieurs des chevaliers et écuyers, qui se faisaient inscrire sur deux ou trois rôles à quelques jours d'intervalle, et touchaient ainsi une double ou triple paye.

La reine avait quitté Gray, et était venue s'installer à Montbard ainsi que le duc, tous deux protégés par des forces respectables. Le capitaine-général des guerres et son lieutenant, ne pouvant loger dans la ville, campaient avec leurs hommes dans l'abbaye de Fontenay[54]. Le comte de Montfort et le conseil ducal séjournèrent quelques jours près de la reine, avant de se rendre à Châtillon, et après avoir pris les dispositions pour la sécurité des châteaux voisins ; on s'empara de tous les engins de guerre que l'on put trouver pour les envoyer devant Brion.

Les esprits étaient frappés d'un tel affolement, que l'on avait fait appel non seulement à des Lorrains et à des Allemands, mais, chose plus étrange, à des Anglais. L'étonnement redouble en voyant que celui qui devait les guider était Nichole Tamworth, le complice de Robert Knolles à Régennes et à Auxerre. C'est Nichole Tamworth qu'on allait opposer à Robert Knolles[55]. Il est probable que les Dijonnais eux-mêmes ne virent pas sans inquiétude cette compagnie anglaise hébergée aux frais du duc dans une hôtellerie de la ville. Mais ils ignoraient que Tamworth était appelé comme interprète et parlementaire, pour faciliter des négociations avec des gens dont on ne connaissait pas la langue et avec lesquels on ne pouvait s'expliquer. Ceci prouve que les Anglais n'étaient pas regardés comme responsables de l'échauffourée de Brion ; l'indignation publique se portait tout entière sur Girard de Marey, Jacques de Baudoncourt, sire de Beire, et leurs adhérents, lesquels, sous prétexte de défendre des intérêts privés, avaient appelé à leur aide les bandes de nationalités diverses qui ravageaient la contrée. Nichole Tamworth était l'ami de Guillaume de Granson, sire de Sainte-Croix, originaire du pays de Vaud, appartenant à une branche des Granson depuis longtemps attachée à la fortune du roi d'Angleterre. Nous aurons trop souvent occasion de rencontrer ces personnages, et de constater combien leur intervention, acceptée ou recherchée par le gouvernement de la reine, a été funeste aux intérêts de notre province.

En ce moment, la perte des ennemis logés à Brion eût été certaine, et la place ne pouvait résister aux deux ou trois mille hommes qui allaient l'assaillir. La prise de Nogent-sur-Seine et la déconfiture d'Eustache d'Auberchicourt, annoncée peu de jours auparavant[56], devait inspirer de sérieuses réflexions. Deux jours après l'arrivée de Tamaworth, le 23 juillet 1359, fut signé à la Chassagne, entre Brion et Châtillon, un traité qui était une simple capitulation, ne subordonnant l'engagement des deux partis à aucune condition. Jean de Neufchâtel-sur-le-Lac et Girard de Marey, maréchal de Navarre, signant l'accord au nom de leur maître Charles le Mauvais, rendaient la maison de Brion, et s'engageaient simplement « à ne plus meffaire sur les terres du duc et de la reine sa mère ». Ils donnaient pour garants le fameux Robert Knolles, capitaine de Régennes. Guillaume de Starqui, capitaine de Ligny-le-Châtel, Aimé d'Arundel, Jean de Harleston et divers chefs de bandes qui ne nous intéressent pas. Les chevaliers principaux des deux Bourgogne, cités précédemment, figurent presque tous dans cet acte à la suite de Jacques de Vienne et du maréchal de Thurey, représentant le duc et son conseil. Les uns et les autres devaient se prévenir un mois d'avance en cas d'hostilité, et se réservaient de servir ailleurs où il leur plairait[57].

Par une omission inexcusable de la part des Bourguignons, mais calculée de la part des Anglo-Navarrais, il n'était pas dit un mot des prisonniers. Le fait avait cependant son importance, car ceux qui détenaient les captifs espéraient en tirer bon profit. Robert Salle avait emmené Mile de Noyers et Eudes de Chaudenay, et les rudoyait jusqu'à les menacer de mort. Après en avoir obtenu la promesse d'une grosse rançon, il avait établi comme procureur Jacques Wyn « le porsigant d'amour », issu des anciens princes de Galles[58], qui avait remplacé Pierre d'Audley comme châtelain de Beaufort, au nom du duc de Lancastre. Le sire de Noyers s'était engagé à payer une somme de sept mille mailles d'or de Florence en quatre termes dans l'église Saint-Thomas de Londres. En cas de non-paiement de l'un des termes, Mile ou son frère Erard, seigneur de Montcornet, chevalier, devaient se constituer prisonniers à Calais ; à leur défaut, ils auraient droit de fournir deux bannerets ayant chacun deux mille livres de rente en terres et six chevaux ; le comte de Joigny et le seigneur d'Epoisse se rendirent garants de cet engagement[59].

Jacques Wyn, le poursuivant d'amour, était également fondé de pouvoir de Robert Salle et dépositaire de l'obligation d'Eudes de Chaudenay, qui s'était engagé à payer cinq cents deniers d'or au mouton dans l'espace de cinq semaines, e en avait donné des lettres de reconnaissance à l'hôpital de Bures, le 8 septembre 1359[60].

Les Bourguignons tinrent leur promesse, et n'exercèrent de représailles que sur l'un des principaux coupables ; le maire de Brion, qui avait, conjointement avec les dames du lieu, pris part à la trahison, fut saisi, emprisonné et « exécuté pour ses démérites ». On possède l'inventaire des biens du maire de Brion, qui furent confisqués et vendus après l'exécution du possesseur[61]. Milot des Orgues, clerc de Girard de Marey, ayant été capturé près de Villaines, le châtelain Euvrard de Nesle reçut ordre de l'élargir et de lui donner congé[62].

L'accord de la Chassagne éloignait pour un temps les combattants de Brion, et épargnait à nos frontières les menaces de ce dangereux voisinage, mais n'entravait en rien leur marche dans une autre direction. Ces compagnies se dirigèrent en effet dans le Mâconnais et le Beaujolais, car quelques jours après le traité, le comte de Savoie était obligé de porter secours au sire de Beaujeu dont le château était menacé par les Anglo-Navarrais[63] ; Geofroi de Saint-Amour, bailli de Saint-Trivier, y amena de son côté le renfort de la garnison[64], ainsi que le bâtard de Rougemont, Jean de Saint-Didier et autres, qui accoururent avec les gens d'armes de la forteresse de Bagé[65].

De Montbard, la reine était venue s'installer à Argilly, où elle avait laissé Jeanne de France, reine de Navarre, et sa sœur Marie. Mais comme la présence de ces princesses donnait lieu à des propos fâcheux, depuis la lutte contre les Navarrais, on résolut de les faire partir du duché, et le 24 septembre, on les conduisit sous bonne escorte dans l'Ile-de-France[66]. La reine, le duc et mademoiselle de Bourgogne se rendirent ensuite à Auxonne, au mois d'octobre, et Henri de Longvy, sire de Rahon, les accompagna avec vingt-deux hommes d'armes, « pour aidier à garder l'onneur et l'estat de mesdites dames et de la ville d'Auxonne[67] ».

La chevauchée de Brion avait coûté de grosses sommes, et les garnisons qu'il fallait entretenir vivaient péniblement des ressources que la caisse ducale leur livrait fort irrégulièrement. Les gens d'armes, obligés de se procurer des vivres pour eux et leurs chevaux, faisaient main basse sur tout ce qu'ils pouvaient trouver, et commettaient des méfaits qui rappelaient trop le passage des compagnies. Hugues et Jean de Salins ayant été envoyés avec plusieurs gentilshommes par Godefroy de Boulogne pour garder le château d'Argilly, brisèrent les portes des granges pour prendre les avoines. Girard de Cusance, qui les remplaça comme capitaine, avait à sa suite quarante-cinq hommes « qui despandirent et gastèrent le demorant du foin »[68]. Il fallut envoyer un expert à Argilly pour estimer les dégâts commis par ces malfaiteurs. — Le jour des Bordes 1359, les gens de Hugues de Vienne brisèrent les portes et les serrures des greniers de Sarry, pour prendre les fourrages et les grains dont ils avaient besoin[69]. — Lorsqu'on voulut faire venir à Dijon les avoines de Salives et de Saulx pour la dépense de l'hôtel de la reine et du duc, le châtelain s'excusa en disant qu'il avait été dans l'obligation de les livrer à la garnison envoyée à Saulx, qui menaçait de les prendre de force[70].

Le maréchal de Bourgogne ayant envoyé une compagnie pour garder le château de Villaines-en-Duesmois, le châtelain Pierre de Chacenay refusa de la recevoir, parce que Olivier de Jussy et le trésorier des guerres y avaient pourvu. On avait d'excellentes raisons pour se priver de ses services, car on n'avait pas d'argent pour solder les gens d'armes qui s'y trouvaient déjà, et l'on n'avait même pas de quoi payer les façons de vignes. La reine recommanda d'ajourner le paiement jusqu'à la réunion des Trois-Etats qui devait avoir lieu à Dijon, le dimanche après la Saint-Vincent, et finalement on renonça à faire cultiver les vignes, parce qu'on n'avait rien à donner aux vignerons et que les ennemis étaient à Flavigny[71].

Eudes de Grancey, fils de Robert, qui possédait, du chef de sa femme Alix d'Arcis, les terres d'Ancy-le-Franc, Cusy, Pisy[72], avait mis une forte garnison dans son château d'Ancy-le-Franc, avec Jacques de Loches comme capitaine, pour le protéger contre les pillards, mais le ravitaillement de ses hommes ne pouvait se faire qu'au préjudice des villages voisins. Un jour que ses gens d'armes allaient chercher des vivres à Stigny, ils se rencontrèrent avec ceux de la garnison bourguignonne de Grusy-le-Châtel, qui venait dans cette localité pour motif semblable, et qui les poursuivit en criant : à mort ! à mort ! Il en résulta une collision à la suite de laquelle il y eut plusieurs blessés, diverses maisons de Stigny brûlées, et pillage dans les caves et dans les greniers[73]. — Un grand seigneur comme Gilles, seigneur de Maligny-en-Auxerrois, ne se faisait pas scrupule de voler trente chevaux à des charretiers qui conduisaient à Paris des vins destinés au roi[74].

Il était indispensable de se tenir sur ses gardes et de protéger le pays contre l'invasion, alors que les trêves de Bordeaux prenaient fin et que la rupture des négociations entre la France et l'Angleterre ajournait toute espérance de paix. Cela faisait parfaitement l'affaire des compagnies, car à cette époque, privilégiée pour les chevaliers d'aventure, ceux qui s'étaient engagés à ne plus guerroyer au nom du roi de Navarre trouvaient une excellente occasion de se rallier au roi d'Angleterre.

A la fin de 1359, l'invasion avait fait de grands progrès du côté de la Champagne. Albrecht occupait toujours le poste de Gyé-sur-Seine. Les garnisons ennemies s'étaient emparées des Riceys et de Bragelonne, ce qui leur permettait de correspondre avec Guillaume Star qui à Ligny-le-Châtel. Wyn, le poursuivant d'amour, tenait Beaufort sous sa domination. Dans son voisinage, Rosnay, Montéclair, « Vachey » et autres forteresses menaçaient Chaumont ; Jean de Tintry, bailli de cette ville, signalait les mouvements de Jean de Neufchâtel et de Broquard de Fenestrange, et, pour éviter leur approche, faisait détruire les maisons des faubourgs où les troupes auraient pu loger, abattre la tour d'Auteville, diverses maisons, et notamment celle de « Jehan de Saissefontaine appelée Aultremont[75] ». Bar-sur-Seine avait été surpris et occupé par l'ennemi au moment où Broquart de Fenestrange était dans ces parages, et plusieurs des habitants de la ville avaient été réquisitionnés pour le transport des vivres et des munitions[76]. Toutes ces garnisons, y compris celle de Régennes, étaient en communication constante, et se réunissaient volontiers à Molème « ou estoit lors la grant compaignie des dits ennemis[77] ».

La situation n'était pas meilleure dans le Nivernais et l'Auxerrois. Au moment où Arnaud de Cervole, l'Archiprêtre, allait être relevé dans le comté de Nevers d'une charge dont il s'était assez mal acquitté, il avait gardé la main sur plusieurs châteaux-forts de son ancien commandement, Cosne, la Motte-Josserand, près de Donzy[78], Bléneau, Dannemarie-en-Puisaye, sous prétexte que les gens d'armes à sa solde n'avaient pas été payés ; il entendait ne s'en dessaisir que contre le remboursement des créances qu'il réclamait[79]. La comtesse Marguerite, fille de Philippe le Long, avait fait un mauvais placement de sa confiance en choisissant un tel gérant de ses intérêts, qui rendait à son successeur Charles de Poitiers toute administration impossible. Car, ce qui n'a pas été dit, c'est que les lieutenants préposés par l'Archiprêtre dans ces divers postes commirent, au nom de leur chef et en son absence, les plus inqualifiables forfaits. Ce ne fut plus bientôt quatre châteaux mais dix forteresses qui tombèrent en leur pouvoir, et les habitants des pays voisins eurent tellement à souffrir des excès de ces troupes qu'ils furent la plupart, comme ceux d'Avigneau, obligés d'abandonner les villages[80].

Ce ne sont plus seulement des Anglais et des Navarrais, mais des Gascons, des Basques, des Aragonais, méridionaux et routiers de nationalités diverses, qui envahissent toute la région, et qui, campés d'abord à Corvol-l'Orgueilleux, prennent position sur le cours supérieur de l'Yonne, et ensuite dans la vallée de la Cure ; ces bandes s'empareront bientôt de Saint-Révérien, de Lormes, de Pierre-Perthuis, qui sera plusieurs fois pris et repris[81]. Garciot du Chastel, l'un des principaux chefs, promet bien de quitter le pays, moyennant une somme modérée de cinq mille florins, promise par les Nivernais, avec l'intervention de Jean d'Armagnac, son compatriote, mais après lui d'autres bandes, qui ne se croient pas du tout liées par cet engagement, continuent le cours des déprédations.

Aussi a-t-on envoyé à Avallon et sur les frontières du Nivernais la plus grande partie des troupes dont on pouvait disposer. Les listes de revues relatent dix-sept cents noms de chevaliers bannerets, bacheliers ou écuyers[82], et même des gens d'armes nommés « brigans », au nombre de plus de deux cents, sous la conduite de Bertrand Gasch, d'Alexandrie. Ce personnage joue un rôle important, et la reine, par une lettre datée d'Auxonne, le 17 décembre, déclare « qu'elle est moult contente de ses services..., il nous a donné à entendre que l'en li doit grant somme de deniers pour les gaiges de lui et de ses compaignons, dont les éleuz des finances du païs de B. ne li veulent faire aucune satisfaction ». On voit qu'il n'était pas plus favorisé que les autres capitaines, mais la reine ordonne de lui faire payer deux cents florins sans aucun retard[83].

Indifférents aux fléaux divers qui accablent le pays, les gens d'armes étrangers qui sillonnent le duché contribuent pour une large part à la dépopulation et à la désertion des campagnes ; ils emmènent les laboureurs, les femmes, les jeunes gens et même les enfants, qu'ils utilisent pour leurs services. Les uns et les autres sont obligés de les suivre dans des pays lointains. Les prêtres, les moines et les clercs sont employés comme écrivains et secrétaires. Les registres du trésor en fournissent de nombreux exemples, et la détention de ces prisonniers donne parfois lieu à de touchants épisodes.

Comment ne pas être ému de compassion en lisant le récit des tribulations et des infortunes de ce pauvre prêtre de Molème, Bouchard, promené pendant plusieurs années de garnison en garnison, incarcéré une première fois à Nogent, puis à Pont-sur-Seine, condamné à payer une rançon qu'il lui était impossible de trouver, et de suivre ses geôliers pour n'être point mis à mort. Gomme les fréquents changements de résidence et de garnison l'empêchaient d'assister au service de la messe, il demanda à écrire les lettres du capitaine, au lieu de l'accompagner dans ses chevauchées. Quand le terme de sa captivité fut arrivé, les Anglais, craignant de le voir partir, le retinrent en prison les fers aux pieds, au pain et à l'eau, pendant sept semaines, le menaçant de mort s'il ne payait une rançon de cinquante moutons d'or. Ils le relâchèrent enfin, sans lui donner de sauf-conduit. Le pauvre homme atteint de remords, assez peu justifiés, pour avoir manqué aux offices divins dans de semblables circonstances, « ce qui mettait son âme en grant péril », résolut d'aller trouver le pape à Avignon pour en obtenir l'absolution. Chemin faisant, il est repris par une compagnie ennemie, entre Auxerre et Saint-Bris, conduit à Régennes, de Régennes à Ligny-le-Châtel, et de Ligny à l'abbaye de Molème, où la grande compagnie avait alors son principal repaire. Les Anglais, voyant qu'il n'y avait plus rien à tirer du captif, le donnèrent à Guillaume Star qui, capitaine de Ligny, qui lui fit jurer sur la sainte hostie, « sur le corps de Dieu sacré sur l'ostel, que bien loyaument le serviroit de son escripture » jusqu'aux fêtes de Noël de cette année. Enfin, délivré de prison, Bouchard obtint l'absolution du confesseur du pape, et put, cette fois sans remords de conscience, reprendre l'exercice de ses fonctions sacerdotales[84].

Les mésaventures de Jean d'Ancy-le-Franc ne sont pas moins lamentables. Ce seigneur, descendant en ligne droite de la puissante maison de Mont-Saint-Jean, dont celle d'Ancy-le-Franc était une branche, avait longtemps guerroyé en Normandie sous l'étendard du duc d'Orléans, frère du roi. Il eût la mauvaise fortune d'être fait quatre fois prisonnier, et contraint de payer de lourdes rançons, qui le forcèrent d'aliéner la plus grande partie de ses terres patrimoniales. Rien ne lui restait quand il fut pris pour la quatrième fois ; on le conduisit en Angleterre, « ou il fu mis et détenu ès fers en crueles prisons, esquelles il souffrit moult de paines et de tourmens de son corps ». Ce supplice dura quatre années qu'il passa, soit dans les fers, soit à faire le service de valet[85]. Son domaine d'Ancy-le-Franc était depuis longtemps aliéné quand il rentra en France ; il ne lui restait qu'une partie des fiefs de la Planche, vers Troyes, et de Saint-Liébaut, dont sa veuve Agnès de Vouziers et ses enfants héritèrent.

Jacques, sire de Serin, près Auxerre, maître d'écurie du régent, ayant servi sous la bannière des maréchaux de France, des sires de Beaujeu, de Nesle, de Clermont et du comte de Poitiers, fut également quatre fois rançonné et reçut de nombreuses blessures[86].

Les seigneurs de Frolois furent particulièrement éprouvés et subirent des pertes considérables. Jean de Frolois, ancien maréchal du duc Eudes IV, chargé de dettes par suite des obligations de son service militaire, avait été obligé de mettre en gage son argenterie et ses joyaux. Son fils Gui de Frolois, sire de Molinot et d'Arcis, parvint à rentrer en possession d'une partie de ces objets[87], mais ayant lui-même été fait prisonnier et rançonné à plusieurs fois les années suivantes, il reçut plus tard du duc Philippe le Hardi une somme de mille florins en considération de ses services et de ses malheurs[88].

Parcourez les comptes de l'Avallonnais relatifs à cette triste époque[89] et lisez les détails des lamentables désastres occasionnés par ces hordes de pillards : Saint-Germain-de-Modéon est ruiné et le prieur dudit lieu est prisonnier ; — les moulins de Saint-Léger « sont ars de font en font par les Anglois » ; — Menade, Fiez, Fontenay, Sœuvre, Cure, Nuars sont déserts et ont été pillés par la garnison de Saint-Révérien ; — A Tharoiseau, à Précy-le-Mou « la plus grant partie des habitans estoient fuis, et li présens morèrent de faim » — Impossible de toucher les tailles à Charancy, Flez, Foissy, Vignol, Chalevron, soit parce que les villages sont en partie abandonnés, soit « pour la très grant poureté des présenz ». — Le châtelain lui-même « n'y est osé aler pour la doubtance des Anglois » ; les vignes restent incultes parce que les hommes qui les faisaient ont été pris et emmenés ; nulle part on ne trouverait un grain d'avoine, une « geline ».

 

 

 



[1] Voir Lebeuf, Histoire d'Auxerre, nouv. éd., t. I, p. 464 ; III, p. 218.

[2] Grandes Chroniques, éd. P. Paris, t. VI, p. 147.

[3] 23 janvier 1359, lettre de Robin Chevel, messager de la reine à Jacques de Vienne, à Avallon. — 29 janvier, lettre close de la reine à Henri de Vienne, sire de Mirebel en Montagne, à Avallon. — Dernier janvier, lettres de la reine étant à Dijon aux capitaines d'Avallon, Semur, Montréal, Montbard. — Lettres de la même au comte de Montbéliard, au trésorier de Vesoul. — Autres lettres de 3 février, etc. (Comptes de Vitel, B. 1407, fol. 43).

[4] Voir Bibl. nat., fr. nouv. acq., 1036, la collection des montres copiées par dom Guillaume Aubrée, et Collection Bourgogne, t. 98, fol. 378-300. Dom Plancher, t. II, p. 313-324, a publié seulement une partie des noms des gens d'armes. Dans la copie de dom Aubrée, on trouve avec ces noms l'estimation des chevaux et les indications des couleurs qui servaient à les désigner « cheval noir, bay, fauve, gris pommelé, morel, blanc, brun bay, brun bay estelle, brun bay veron, noir estelle, noir gris, rouge estelle, gris cendré, liait, cler bay, rouge gris, bay rouge, blanc fauve, etc. »

[5] Lettre de la reine, Dijon, 21 février 1359 ; Arch. du Doubs, B. 372.

[6] Comptes de Guillaume de Blaisy, bailli de la Montagne ; Collection Bourgogne, t. 107, fol. 134.

[7] Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de Vitel, B. 1407, fol. 43.

[8] « Mgr Hugues de Pontaillié, chevaliers, fut aussi avec ledit bailli de la Montaigne à Gié plusieurs fois pour requérir et pourchacer la délivrance d'aucuns des biens de mgr le cardinal de Pieregort, et furent à Chalon dire la response audit cardinal, et à Rouvre à la reyne (Comptes du Châtillonnais ; Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. 107, fol. 184). — Les Grandes Chroniques, t. VI, p. 146, disent : « ledit cardinal fut pillié et robé de grand avoir, mais despuis luy fut tout rendu, si comme l'on disoit. » Les mentions ci-dessus complètent et éclaircissent l'incident cité par les Grandes Chroniques.

[9] Nous renvoyons à l'abbé Lebeuf, aux chroniques, et aux auteurs locaux pour les détails connus de la prise d'Auxerre, sur laquelle nous n'aurions rien de nouveau à signaler.

[10] 15 mars 1359 ; Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1407, fol. 43.

[11] Recueil de Peincedé, t. II, p. 793-794.

[12] Arch. de la Haute-Saône, H. 303.

[13] Comptes de G. Brancion, châtelain de Villaines, B. 6554, fol. 41.

[14] Comptes de Hugues de Vercels, bailli de Chalon, B. 3561.

[15] Comptes du Châtillonnais ; Collection Bourgogne, t. CVII, fol 184.

[16] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1403, fol. 34 et 58.

[17] Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de Vitel, B. 1407, fol. 21, 1 et 39 v° ; Arch. nat., JJ. 91, n° 52.

[18] Comptes de Vitel, B. 4408, fol. 39 v°.

[19] Jean Rosier est souvent cité comme procureur à Chalon dans les comptes du bailliage de cette ville, en 1350-1351 (B. 2278). Le 2 mai 1352, il est procureur des seigneurs et des communautés pour comparaître devant la commission du roi au sujet de l'imposition de six deniers pour livre (Recueil de Peincedé, t. XVII, p. 10). — En novembre 1334, il assiste comme procureur et conseiller du roi au Parlement de Beaune (Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. XXV, fol. 27 r°). — En 1355, il est envoyé à Sens et à Paris vers le roi pour l'établissement de la gabelle et des huit deniers pour livre que Jean le Bon voulait lever dans le duché (Comptes de Hugues de Vercels, bailli de Chalon, B. 3561). — La même année, il prend part avec Richard de Corcelles aux débats et à l'accord passé avec l'Hôpital et le chapitre de Beaune (Comptes de Beaune, B. 3145, fol. 9). — En 1356, il est substitut du lieutenant du gouverneur de Bourgogne Etienne de Musigny, alors que le gouverneur titulaire Jean de Noyers-Joigny, blessé à Poitiers, ne peut exercer son office (Comptes de Vitel, B. 1402, fol. 57). — Le 12 mai 1357, il écrit de Paris à la reine pour annoncer les tentatives du comte de Savoie sur les châteaux de Cuisery et de Sagy (Comptes de Vitel, B. 1402, fol. 54). — En novembre 1357, il assiste au Parlement de Beaune (Arch. nat., JJ, 319, fol. 1). — Il est qualifié de sage en droit en amodiant une maison qu'il possédait rue des Changeurs à Dijon ; il fut choisi comme conseil d'Odard de Mipont, chevalier. Arch. de la Côte-d'Or. (Protocole des notaires, B. 11.248). — Jean Rosier portait une rose dans son écu.

[20] Bibl. nat., fr. nouv. acq., 1036, fol. 31 v°.

[21] Comptes de Vitel, B. 1410, fol. 73 v°.

[22] Comptes de Vitel, B. 1407, fol. 23.

[23] Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des notaires, B. 11,248.

[24] Comptes de Vitel, fol, 21, r°.

[25] Dijon, décembre 1361 ; Arch. nat., JJ. 91, n° 52.

[26] Jeannette de Bèze, veuve en premières noces de Hugonet Karesme-entrant, bourgeois de Dijon, était mariée avec Jean Rosier avant le mois d'avril 1351, car, à cette date, le second mari réclamait l'héritage du premier (Lettre du roi Jean ; Arch. nat., JJ. 80, n° 316). Voir aussi d'Arbaumont, Les Anoblis de Bourgogne et Armoriai de la Chambre des Comptes, p. 354.

[27] Rymer, Fœdera, t. VI, p. 174.

[28] Arch. nat., JJ. 97, fol. 88, n° 327.

[29] Deux lettres de rémission de mai 1360 ; Arch. nat., JJ.89, n° 613 et JJ. 91, n° 14.

[30] Rémission du roi Jean, 1361 avril ; Arch. nat., JJ. 91, n° 466.

[31] Rémission du régent, 1375 juillet ; Arch. nat., JJ. 107, n° 167. Un des méfaits de Gui de Valery était d'avoir enlevé une jeune fille de la maison de son père et d'avoir abusé d'elle, « pour ce que l'on leur avoit dit que les Bretons l'avoient tenue et cogneue charnellement ».

[32] Rémission du roi Jean, 1361 juillet ; Arch. nat., JJ. 89, n° 645.

[33] Rémission du roi Jean, Dijon, 1361 décembre ; Arch. nat., JJ. 91, n° 181. Voir d'autres rémissions dans le catalogue d'actes. Il s'agit ici de Merry-sur-Yonne et non de Marey, comme le croit Luce, du Guesclin, p. 471.

[34] Rémission de mai 1360 ; Arch. nat., JJ. 90, n° 524.

[35] Rymer, Fœdera, t. III, pars I, p. 164 et suiv. L'auteur le nomme Jean de Newers, conte de Juny — Jean de Noyers, au moment de sa libération, avait d'autres familiers qui tenaient prison pour lui, et qui reçurent plus tard des sauf-conduits pour rentrer en France, le 21 juillet, 1359. On les trouve sur la même liste avec les familiers du comte d'Auxerre, et un personnage dont le nom est assez connu Gasse de la Bigne (Rymer, t. III, p. 183), — Un dernier sauf-conduit fut délivré, le 12 mars 1360, à Henri Fauconnier, familier du comte de Joigny (idem, p. 194). — Les auteurs de l'Art de vérifier les dates commettent de singulières confusions dans l'article relatif à Jean de Noyers. Ils le font battre par les Anglais, en 1353, dans une rencontre qu'ils ne connaissent pas, et qu'ils confondent sans doute avec la chevauchée qui précéda la bataille de Poitiers ; ils lui font faire une seconde chevauchée à Meaux, en 1358, alors qu'il était prisonnier à Londres, le confondant avec le sire de Grancey (Granci) — corr. aussi Luce, Froissart, t. V, somm. p. LXVI, note 2, au sujet de la filiation de Jean de Noyers. — D'autre part, Kervyn de Lettenhove, Froissart, t. XXII, p. 6, prête à Mile, comte de Joigny, fils de Jean, des actes qui ne peuvent être attribués qu'au père. Il faut savoir que Jean de Noyers-Joigny, gouverneur de Bourgogne, était né en 1323, et mourut dos suites de sus blessures à la bataille de Brignais, le 19 mai 1362, âgé de trente-huit ans seulement.

[36] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408.

[37] Comptes du Châtillonnais, Collection Bourgogne, t. 107, fol. 184.

[38] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1407.

[39] Comptes du Châtillonnais, Collection Bourgogne, t. CVII, fol. 184.

[40] Bibl. nat., Comptes du Châtillonnais, loc. cit.

[41] Mémoire sur l'affaire de Brion ; Recueil de Peincedé, t. XXV, p. 497.

[42] Bibl. nat., Comptes du Châtillonnais, loc. cit.

[43] Bibl. nat., Comptes du Châtillonnais, loc. cit.

[44] Bibl. nat., Comptes du Châtillonnais, loc. cit.

[45] Comptes d'Aisey, B. 2059, fol. 116

[46] Chevallier, Histoire de Poligny, t. I, p. 424.

[47] Comptes de la châtellenie d'Argilly, B. 2149.

[48] Comptes de Vergy, B. 6479, fol. 7 v°.

[49] Le 22 juin, Girard de Thurey était encore à Dijon, et le 29, Eudes de Grancey était à Châtillon : « XXIIe jour de juing LIX, lettres adressées hastivement à la reyne à Gray, par Girart de Thurey, mareschal de B., qui estoit venuz à Dijon au mandement de la reyne, pour aler ès parties de Chastoillon au devant des annemis, et illec attendoit response » — « 29e jour de juin, lettres à la royne à Gray du sire de Pierrepont qui estoit à Chastillon en garnison, lesquelles furent envoiés à Dijon par le consoil et renvoiées à la royne, pour ce qu'elles contenoient plusieurs choses sur le fait de mgr Girart de Mery qu'estoit à Brion à gens d'armes... » (Comptes de Vitel, B. 1407, fol. 43). Le maréchal avait quinze chevaliers sous sa bannière, le bailli de Chalon, dix ; Eudes de Grancey, sire de Pierrepont, vingt-quatre, dont le seigneur de Saffres, Jean et Emonin d'Avot, etc. ; Géofroi, Garnier et Guillaume de Blaisy, trente-deux hommes, etc.

[50] Recueil de Peincedé, t. XXIV, p. 47.

[51] Acte du 26 juillet 1359.

[52] Bibl. nat., fr. nouv. acq. 1036, fol. 37 et suiv. « Ce sont les monstres des gens d'armes venus sur la frontière de Chastillon-sur-Seine, pour le fait de Bryon. » Copie de dom Guillaume Aubrée. André de Morey, lieutenant du maréchal, passe une partie des revues dans lesquelles paraissent Thomas et Jean de Voudenay, Guillaume d'Antully, Jean et Etienne de Musigny, Gui de Frolois, Girard de Cusance, Jean d'Estrabonne, Jacques et Henri de Vienne, Philibert de Montagu-Couches, Jean de Rye, Hélie de Toulongeon, les sires de Grancey de Vautravers, Salins, Vantoux, Sennecey, Villefrancon, Trainel, Ration, Sombernon, etc.

[53] Chevalier, Histoire de Poligny, t. I, p. 424.

[54] Arch. de la Côte-d'Or. Comptes de Montbard, B. 5307, fol. 29.

[55] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 55.

[56] La prise de Nogent-sur-Seine avait eu lieu la veille de la Saint-Jean-Baptiste, 23 juin, et le combat de Brion, le 2 juillet.

[57] Le traité de la Chassagne est donné in ext. par Aimé Gherest, l'Archiprêtre, p. 393-395.

[58] Pour Wyn (Jean ou Jacques) voir Kervyn de Lettenhove, Froissart, tables.

[59] Bibl. nat., Collection Moreau, t. 684, fol. 9-13 ; Rymer, Fœdera, supp. mss. E. III, t. XI, n° 1. Ce dernier acte est de 1360 lundi avant Noël, mais il est précédé par d'autres pièces données dans dom Plancher, t. II, p. 225-226 ; voir aussi Les sires de Noyers, p. 180-181, pour une pièce du 18 février 1360. Six ans plus tard, Mile de Noyers était toujours prisonnier, et Edouard III autorisait Robert Salle à traiter avec lui.

[60] Bibl. nat., Collection Moreau, t. 684, p. 1-7 ; Rymer, Fœdera, supp. mss. E. III, t. XI, n° 3. Eudes de Chaudenay était libre l'année suivante, car le 18 mai 1360, le duc l'établit capitaine du château de Frolois aux appointements de quatre cents florins (Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. 26, fol. 198).

[61] Comptes de Villaines-en-Duesmois, B. 6555, fol. 6 v°.

[62] Comptes de Villaines-en-Duesmois, B. 6555, fol. 6 v°.

[63] Comptes de la châtellenie de Pont-de-Vaux, B. 9170, rouleau, et comptes de Châtillon-les-Dombes, B. 7586, rouleau.

[64] Comptes de Saint-Trivier, B. 9956, rouleau.

[65] Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de Bagé, B. 6785 et 6786, rouleaux.

[66] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1407, fol. 43.

[67] Bibl. nat., portefeuille Decamps, t. 83, fol. 573.

[68] Comptes de Guillaume de Chivres, châtelain d'Argilly, B. 2549.

[69] Comptes du bailliage d'Auxois, B. 5402.

[70] Mardi 14 janvier 1389 (1360) ; Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 39 v°.

[71] Comptes de Villaines, B. 6555, fol. 24-25.

[72] Alix d'Arcis, fille de Guillaume d'Arcis-sur-Aube, possédait ces terres du chef de sa mère Reine d'Ancy-le-Franc, fille de Jean de Mont-Saint-Jean et d'Agnès de Pacy-sur-Armançon.

[73] Lettres de rémission de Charles V ; Vincennes, 15 mai 1376 ; Arch. nat., JJ. 109, n° 312, et novembre 1365 ; JJ. 107, n° 328.

[74] Arch. nat., sect. jud. Xia 10, fol. 15-16 ; cité par Luce, du Guesclin, p. 341.

[75] Rémission du roi Jean pour Jean de Tintry, Paris, mai 1361. Arch. nat., JJ. 89, n° 616.

[76] Rémission accordée à Jacques Munier, de Villemorien (Aube), par le roi Jean, Villeneuve-lès-Avignon, février 1363 ; Arch. nat., JJ. 93, n° 154.

[77] Rémission à un moine de Molème, par le roi Jean, Avignon, janvier 1363 ; Arch. nat., JJ. 93, n° 140.

[78] Et non la Motte-Josserand, près Auxerre, comme le croit Luce, du Guesclin, p. 508.

[79] Arch. nat., JJ, 89, n° 517. Voir Cherest, l'Archiprêtre, p. 80-81.

[80] Rémission du roi Jean, Paris, janvier 1361 ; Arch. nat., JJ. 89, n° 500. Voir aussi, pour l'occupation du fort de Verrières, Arch. nat., JJ. 89, n° 547.

[81] Arch. de la Côte-d'Or, Comptes d'Avallon, B. 2970, fol. 29 v°.

[82] Voir la suite de ces montres, Bibl. nat., fr. nouv. acq. 1036, fol. 5-37, et Collection Bourgogne, t. 98, fol. 378-500.

[83] Orig., Arch. de la Côte-d'Or, B. 359. — Lettre écrite par Pierre Curet, secrétaire de la reine, et quittance de Bertrand Gasch, du mercredi devant Noël 1359. Ce Bertrand Gasch était un lombard que nous rencontrerons fréquemment au service de ceux qui le prenaient à leur solde. 11 apparaît quelques années plus tard comme gouverneur du comté de Vertus, au nom de Galéas Visconti (Voir Auguste Longnon, Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie, t. II, pr. 568 M).

[84] Arch. nat., JJ. 93, n° 130, fol. 53.

[85] Lettre du roi Jean, Germigny-l'Evêque, Arch. nat., JJ. 95, n° 39.

[86] Lettre de Charles, régent, octobre 1360 ; Arch. nat., JJ. 89, n° 443.

[87] Orig., Arch. de la Côte-d'Or, B. 359 ; petit sceau en cire rouge.

[88] Acte du 30 mars 1364, Arch. de la Côte-d'Or, B. 10925, fol. 37 v°.

[89] Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de l'Avallonnais, B. 2970 et 2971.